Une seconde avant Noël
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Une seconde avant Noël est un conte de Romain Sardou.
Parution aux éditions XO le 3 novembre 2005. ISBN : 2-84563-262-2
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[modifier] Resumé
Qui était le père Noël avant de devenir le père Noël ?
1851. A Cokecuttle, une cité industrielle anglaise, le petit Harold survit péniblement, vivant sous les ponts et ramonant des cheminées. Et pourtant... Harold ignore qu’il est promis à un destin fantastique. Guidé par un génie invisible, il va découvrir un monde peuplé de lutins, d’arbres magiques et de rennes volants. D’extraordinaires voyages l’y attendent. Il est appelé à devenir un personnage que nous connaissons tous très bien : à la longue barbe blanche et au costume rouge éclatant...
Ce petit orphelin est le Père Noël avant qu’il devienne le Père Noël !
Au travers de mille péripéties joyeuses, nous allons assister avec lui à son premier Noël, à sa toute première distribution de cadeaux. Une seconde avant Noël, la question reste posée : le père Noël débutant parviendra-t-il à livrer les jouets aux enfants ? Redonnera-t-il enfin aux hommes le goût de l’impossible et du merveilleux ?
Après le succès de ses deux romans, Pardonnez nos offenses et L’Éclat de Dieu, Romain Sardou nous livre ici un conte destiné aux petits et aux grands qui réveille en nous les plus belles émotions de l’enfance.
[modifier] Extrait
Chapitre 1
Où l’on fait la découverte d’un lieu, d’une époque et d’un petit garçon
À l’heure où débute ce récit, en cette nuit froide du jour et du mois de l’année, le 16 octobre 1851, les habitants de Cokecuttle dormaient paisiblement, abattus par leurs longues heures passées aux ateliers et aux usines.
Dans cette lointaine ville du Lancashire, la nature, les landes, les bois clairs, les pâturages herbeux étaient aussi éteints que s’ils n’avaient jamais existé ; les tours noirâtres des manufactures avaient envahi le paysage depuis longtemps. Cokecuttle était autrefois un petit village de pêcheurs ; c’était maintenant une cité industrielle sans âme, couverte par la suie, le coke des hauts fourneaux, la houille grasse, la fumée des machines. Les familles d’ouvriers y vivaient dans de sordides lotissements noyés entre les fabriques et les dépôts de charbon.
Ce soir, tout était silencieux et immobile.
Une nuit sans lune.
Pourtant.
Pourtant tout ne dormait pas dans la ville...
S’il était possible au lecteur de ce petit conte (que nous imaginons allongé dans sa chambre ou blotti sur un strapontin de métro), s’il lui était possible de se suspendre provisoirement dans les airs de Cokecuttle, oh ! pas trop haut, mais, mettons, à une cinquantaine de pieds, il pourrait visiter à la manière d’un esprit bienveillant le dessus des ruelles et des places de la ville. Là, il apercevrait dans l’éclat cuivré des becs de gaz un spectacle surprenant : en dépit de l’heure tardive, sur trois placettes, une quarantaine de garçons, âgés d’entre sept et douze ans, étaient répartis en trois équipes, sous l’autorité de trois adultes.
Le lecteur, étant assez haut pour ne rien perdre de la scène, pourrait alors se poser la question soufflée depuis quelques lignes par l’auteur : mais que se passait-il ?
Un rendez-vous annuel, et de premier ordre, voilà ce qui se passait.
« Un rendez-vous d’enfants, en pleine nuit ? »
Hélas. Il va sans dire que ces enfants n’étaient pas là pour s’amuser, mais bien pour gagner un travail... Un travail qui les sauverait de la misère.
À l’époque, les petits dans les villes avaient, en termes de rémunération, un choix notablement restreint et cruel : ils pouvaient trier les poubelles des propriétaires, faire la chasse aux rats pour le compte de la mairie, intégrer une filature ou une usine de confection de bouteilles où leurs petits doigts étaient très estimés, réduire de la caillasse en vue de la construction de nouvelles routes, ou encore aller patauger à la marée basse dans les cours d’eaux usées de la ville à la recherche d’une pièce ou d’un objet à revendre bon marché. Ce dernier travail, les petons nus dans la boue et l’urine, hiver comme été, pouvait passer pour l’existence la plus abominable, mais ce serait omettre les gamins exploités dans les « tanneries », usines de traitement des cuirs si infectes et si empuanties de réactifs chimiques et de chairs mortes qu’elles étaient bâties à une grande distance des villes.
Restait un métier cependant. Mieux peut-être, un statut. Et que tout le monde appréciait : les petits ramoneurs !
La recrudescence des ateliers et des foyers chauffés au charbon avait, depuis quelques années, assuré un travail quotidien réservé à l’enfant. Il n’en fallait pas davantage pour pousser les orphelinats et les familles sans ressource à proposer leurs chérubins à la merci des Maîtres Ramoneurs.
L’enthousiasme était tel que les candidatures surpassaient les besoins des villes et qu’on devait instaurer des épreuves et des concours pour sélectionner les plus capables.
C’est très exactement ce qui se déroulait cette nuit, à Cokecuttle.

