Suse (Élam)
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Suse ou Shushan dans la Bible (Šušan en élamite) est une ancienne cité de la civilisation élamite, située dans le sud de l'actuel Iran à environ 140 km à l'est du fleuve Tigre aux coordonnées 32° 11.4’ N, 48° 15.3’ E. Elle ne présente plus aujourd'hui qu'un champ de ruines. La petite ville iranienne de Shush se trouve à proximité.
Sommaire |
[modifier] Histoire
Suse a été fondée vers 4000 av. J.-C. sur un point de passage qui relie la vallée du Tigre au plateau iranien. La ville est mentionnée dans la Bible. C'est l'une des plus anciennes cités de la région ; elle a été occupée jusqu'au XIVe siècle, soit une période de plus de 5000 ans.
[modifier] Époque d'Uruk
Une grande terrasse de 80 mètres de côté a été construite, peut-être dès le moment de la fondation (-3900) ou peu après : elle marque le début de grandes entreprises de construction qui dépassent les possibilités normales d’un village et indique que le pays est en voie d’urbanisation. Les fouilles ont fourni un assez grand nombre de sceaux ou d’empreintes de sceaux de forme encore circulaire qui présentent des affinités réelles avec les productions du Lorestan, ainsi que des scellements de portes. Il y a donc, dès cette époque, installée sur la terrasse, une gestion administrative dont on ne peut dire si elle était le fait d’un temple mais qui marque nettement, plus tôt qu’en pays sumérien, la transformation des structures économiques caractéristiques d’une civilisation villageoise.
À partir de 3600-3500 av. J.-C., au début de l’époque d’Uruk, Suse semble basculer dans l’orbite mésopotamienne et prendre ses distances avec l’univers iranien. On y retrouve les mêmes phénomènes qu’à Uruk : essor des bulles et des calculi, substitution du sceau-cylindre au cachet circulaire traditionnel, apparition des premières tablettes à la fin de la période, vers 3100 av. J.-C., et parfois de signes pictographiques, importance accrue du métal. La comptabilité connaît ainsi une extension sans précédent, signe d’une gestion sans cesse plus complexe des domaines agricoles et d’un accroissement des échanges. Les traits principaux de l’architecture, connus par l’iconographie des sceaux et les monuments réels, se rapprochent de ceux d’Uruk.
[modifier] Époque élamite
À son origine, Suse n'est pas une ville élamite, située sur la marge de l'influence mésopotamienne, elle est englobée dans une entité élamite dès 3200 av. J.-C..
A partir de 3100 Suse bascule culturellement dans la mouvance d'Awan et Anshan dont la culture, dite proto-élamite, par sa langue sans parenté connue et sa religion, est très différente des cultures mésopotamiennes. Bien que culturellement importante par sa position mésopotamienne, la Suse proto-élamite n'est pas une capitale comparée à Anshan bien plus importante à l'époque et bien plus au cœur de la culture proto-élamite issue de ses montagnes alentours. Dans ce riche univers naissant marqué par un extraordinaire développement du commerce sur le plateau iranien et de la culture et de l'art proto-élamite, d'autre grande cité comme Aratta voient le jour et constituent une vraie civilisation proto-élamite à laquelle participe Suse, mais plutôt comme cités de seconde importance.
Lorsqu'entre 2800-2600 la civilisation proto-élamite s'estompe pour des raisons mal expliquées, Suse rebascule dans l'orbite culturelle sumérienne et l'Elam alors dominée par Awan, plus mésopotamien, se recentre vers sa partie occidentale et devient une puissance politique mésopotamienne de premier ordre. Sous l'empire d'Akkad, Suse est le siège du gouverneur de l'Elam après que Sargon (2335-2279) puis son fils ont soumis les rois d'Awan. Le dernier roi d'Awan en annexant la Susiane fait de Suse la capitale d'un royaume Elamite puissant qui envahit ensuite alors le nord de la Mésopotamie précipitant, avec les invasions Gutis des montagnes du Zagros, la disparition de l'empire d'Akkad.
Les succès élamites ne durent pas et ils se heurtent vite à Ur-Nammu (2112-2095), fondateur de l'Empire d'Ur et de la Troisième dynastie d'Ur, et sont défaits à Suse qui redevient la capitale de la province de l'Elam en tant qu'élément de l'empire d'Ur. De cette période datent les textes en élamite linéaire, héritier du proto-élamite. La période d'Ur III reste instable pour l'Elam, à la fin du XXIe siècle les Elamites réunis autour du royaume de Simashki restés insoumis, finissent par se rallier Suse jusqu'alors province de l'empire d'Ur et leur roi vainc finalement le dernier empereur d'Ur qui est ramené prisonnier à Anshan où il mourra.
L'Elam est alors définitevement libéré du joug mésopotamien et Suse en devient l'incontestable capitale bien que le royaume de Suse ne recouvre pas tout l'Elam. Peu après la chute d'Ur, les relations avec la Mésoptamie s'améliorent ainsi qu'avec l'autre royaume élamite d'Anshan parfois réuni à celui de Suse. Au tournant du millénaire la transcription de la langue élamite en linéaire élamite disparaît peu à peu au profit de la retranscription en cunéiforme.
La situation se complique vers 1900, Larsa mène des raids en Elam notamment contre Anshan dont l'instabilité locale engendrée permet aux rois de Suse de réunifier l'Elam sous leur autorité. Au début du XVIIIe siècle le roi de Suse, Siwe-palar-huppak, domine l'Elam et sa pression sur la Mésopotamie est grande au point qu'il est même considéré, au moins un temps, comme le suzerain des rois Hammurabi de Babylone (1792-1750) et Zimri-Lim (1774-1762) de Mari. Finalement après une alliances contre Eshnunna, Mariotes et Babyloniens coalisés se retournent contre l'Elam, et repoussent ses ambitions mésopotamiennes. Ce dernier disparaît alors de la scène mésopotamienne pour plus de deux siècles. Le morcellement de l'Elam expliquerait cette abscence et le peu de sources entre le milieu du XVIIIe siècle et le milieu du XVe.
A partir de 1455, pendant que les Kassites s'installent en Babylonie, le royaume d'Anshan est réuni à celui de Suse et marque une consolidation durable du pays d'Elam. En 1405 des raids Kassites provoquent un changement dynastique à Suse, pendant plus de 150 ans les relations entre Kassites de Babylonie et Elamites deviennent alors très bonnes et sont scéllées par de nombeux mariages entre les familles royales créant une période de paix et de prospérité d'une longueur exeptionnelle renforçant l'unité de chacun. De cette période date la restauration des monuments de Babylone comme la grande ziggourat, les plus belles et les plus nombreuses œuvres littéraires comme Monologue du juste souffrant ou L'épopée de Gilgamesh et la célébre ziggourat de Chogha Zanbil en Elam.
Les conflits reprennent entre ces deux maisons dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, après des raids Kassites provoquant un nouveau changement dynastique à Suse. Les Elamites reprennent l'initiative et conduisent de sévères campagnes en Babylonie qui les mènent jusqu'à Babylone en 1155 où ils placent un roi gouverneur de leur maison mettant fin à quatre siècles de royauté Kassite dans la région.
Après cette victoire écrasante l'empire élamite est au faîte de sa puissance et de sa renommée et plus brillant qu'il ne l'a jamais été, son nouveau et remarquable roi Shilhak-Inshushinak étend encore l'influence de l'Elam sur Akkad, Nippur et Sippar et restaure un grand nombre de temples dédiés aux dieux élamites comme Inshushinak. Suse est alors l'une des plus riches et des brillantes cités du monde mésopotamien.
Cependant l'hostilité en Mésopotamie vis-à-vis des Elamites est grande et son successeur est à nouveau vaincu par le nouveau roi de Babylone Nabuchodonosor 1er(1126-1105), originaire d'Isin, qui dévaste le pays élamite.
Il s'ensuit une disparition quasi totale de l'Elam et de Suse des sources pendant presque quatre siècles jusqu'en 743, date à laquelle des souverains néo-élamites aux prises avec l'empereur assyrien Sargon II (721-705) réapparaissent dans les textes. Les états élamites intriguent et soutiennent Babylone dans sa résistance envers l'Assyrie, ce qui leur vaut d'être finalement pillés et annexés par l'empereur assyrien Assurbanipal (668-627) qui s'empare de Suse en 646. Cependant la royauté élamite réapparaît vite avec de nouveaux rois à Anshan puis à Suse, l'unité élamite semble ensuite se disloquer sans heurt avec l'apparition de nouveaux royaumes, notamment mèdes et perses.
[modifier] Époque achéménide
Le VIIe siècle av. J.-C. sera le théâtre de la lutte entre Assyriens et Élamites, lutte qui aboutira à la défaite de ces derniers devant le roi Assurbanipal en 648 av. J.-C. Suse sera livrée à un pillage implacable, ses monuments détruits, mais les Assyriens ne s'y établiront pas.
C'est ensuite le Perse Cyrus II qui s'empare de la ville à peine relevée de ses ruines, et qui ouvre une période à nouveau fastueuse pour la ville. D'abord capitale de la satrapie d'Élam, elle devient, avec Darius Ier, vers 490 av. J.-C., l'une des capitales de l'Empire perse avec Persépolis et Sarde. De nouveaux monuments recouvrent alors les ruines élamites.
[modifier] Époque séleucide
Conquise par Alexandre le Grand en 323 av. J.-C., elle fait face à de nouvelles destructions et ne retrouve pas son influence sous la royauté séleucide, qui s'écroule à son tour vers 140 av. J.-C.
[modifier] Époque parthe et sassanide
Devenue après la chute des Séleucides l'une des deux capitales de l'Empire parthe — avec Ctésiphon, aujourd'hui en Irak — elle sert de refuge aux rois parthes puis aux rois perses sassanides fuyant les attaques romaines, lesquelles détruisent cinq fois Ctésiphon entre 116 et 297 ap. J.-C.
En 116, les Romains de Trajan entrent dans Suse, mais, isolés dans cette contrée hostile, ils doivent rebrousser chemin. Cette incursion marque l'extrême extension vers l'Est de l'Empire romain. La ville reste sous l'influence des rois sassanides de 226 à 643, date à laquelle la ville tombe sous la domination islamique, après avoir subi un nouveau saccage total en 639 par les armées musulmanes.
[modifier] Époque islamique
Sous la domination islamique, la ville continue a avoir une grande importance, comme le prouve la présence dans ses murs d'un hôtel de la monnaie. Au Xe siècle, elle s'étend sur quatre kilomètres carrés, ce qui inclut quatre Tepe : celui de la citadelle, celui de l'apadana, celui de la ville royale et celui de la ville des artisans, où se trouve la première mosquée élevée à Suse. La ville regroupe aussi bien des musulmans que des juifs ou des chrétiens. Selon le rabbin Benjamin de Tudèle, quatorze synagogues y existent encore au XIIe siècle, et un pèlerinage chrétien, autour de la tombe du prophète Daniel, s'y déroule.
Plusieurs productions de luxe sont réalisées à Suse, notamment des tissus (soieries, feutre, coton) et du sucre de canne, qui est exporté vers l'Iran, l'Irak et le Yémen. On y a d'aileurs retrouvé des moules servant à réaliser des pains de sucre. Suse constitue également un site de première importance pour l'étude de la céramique des débuts de l'Islam (voir ausssi : céramique islamique du site de Suse).
La ville connaît un déclin rapide après les invasions mongoles du XIIIe siècle, mais reste néanmoins toujours active jusqu'au milieu du XVe siècle.
[modifier] Sites archéologiques et monuments
Dès la fin du XIXe siècle, d'importantes fouilles archéologiques ont été effectées sur le site de Suse. On y a découvert notamment la stèle du Code d'Hammourabi, aujourd'hui conservée au musée du Louvre, ainsi que la stèle de Naram-Sin et les ruines du palais de Darius Ier.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
- fouilleurs de Suse : Jacques de Morgan, Roland de Mecquenem, Roman Ghirshman, Jean Perrot
[modifier] Bibliographie
[modifier] Généralités
- Suse, dernières découvertes, Dossiers Histoire et Archéologie n°138, Faton, mai 1989
- P. Amiet, Suse : 6000 ans d'histoire, Réunion des musées nationaux, Paris, 1988
- P. O. Harper, J. Aruz et F. Tallon (dir.), La Cité royale de Suse. Trésors du Proche-Orient ancien au Louvre (catalogue de l'exposition), Réunion des musées nationaux, Paris, 1994
[modifier] Publications des découvertes
- Mémoires de la Délégation en Perse (MDP) : vol. 1-13 jusqu'en 1913
- Mémoires de la Délégation Archéologique en Susiane : vol. 14, 1913
- Mémoires de la Mission Archéologique en Perse : vol. 15
- Mémoires de la Mission Archéologique de Perse (MMAP) : vol. 16-28, 1921-1939
- Mémoires de la Mission Archéologique en Iran (MMAI) : vol. 29-37, 1943-1965
- Mémoires de la Délégation Archéologique en Iran (MDAI) : vol. 38-53, 1966-1987
- Cahiers de la Délégation Archéologique Française en Iran (DAFI) : 15 vol., 1971-1987
[modifier] Période protohistorique
- P. Amiet, L'âge des échanges inter-iraniens, 3500-1700 av. J.-C., Réunion des musées nationaux, Paris, 1986
[modifier] Période élamite
- (en) F. Vallat, "Susa and Susiana in Second-Millenium Iran", in J.M.Sasson, Civilizations of the Ancient Near East, Scribner, 1995, pp. 1020-1033
[modifier] Période islamique
- Sophie Makariou (dir.), Suse, terres cuites islamiques, Snoeck, 2005.
[modifier] Lien externe
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