Sibylle
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Dans l'Antiquité, les sibylles étaient des grandes « prêtresses », souvent hermaphrodites, auxquelles on attribuait des pouvoirs médiumniques, entre autre à cause de leurs « particularités » anatomiques, considérées alors comme une intervention divine.
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[modifier] La sibylle dans l’Antiquité
On les supposait chargées par les dieux de transmettre leurs Oracles aux hommes et en particulier aux puissants. Elles le faisaient dans un langage énigmatique permettant de nombreuses interprétations, ce qui les mettait à l'abri de toute contestation ultérieure.
Cette pratique, ainsi que l'ambiguïté de leur apparence, a donné le qualificatif de «sibyllin» qu'on attribue à des écrits ou des paroles obscures, énigmatiques, mystérieux, dont le sens est caché.
La sibylle figure l'être humain élevé à une dimension surnaturelle, lui permettant de communiquer avec le divin et d'en livrer les messages, tels le possédé, le prophète, l'écho des oracles, l'instrument de la révélation. Les sibylles furent considérées comme des émanations de la sagesse divine, aussi vieilles que le monde, et dépositaires de la révélation primitive : elles seraient à ce titre le symbole même de la révélation. Aussi n'a-t-on pas manqué de rapprocher le nombre des douze sibylles de celui des douze apôtres et de peindre ou de sculpter leurs effigies dans des églises.
Son mythe est sans doute né en Asie Mineure, par le biais des chamans aux alentours de la Mer Noire et du Caucase actuels, chez les Cimmériens, se transmettant par la suite par l'intermédaire des Hittites, des Phéniciens, des Grecs, puis des Romains au gré des échanges commerciaux et des invasions. Leurs civilisations accordaient comme aujourd'hui une place importante aux personnages sensés être dotés de pouvoirs divinatoires : prophètes, pythies, et oracles…
Les sibylles (dont la racine étymologique grecque Sibylla (Prophétesse) proviendrait du sanskrit Shramana (être éclairé) toujours existant en langue Toungouze pour désigner les chamans, sont supposées possèder également un pouvoir de prédiction. Contrairement à la Pythie qui était attachée au temple de Delphes, elles étaient indépendantes et vivaient une existence itinérante. La première recensée fut vraisemblablement la Sibylle Érythrée, originaire d'Asie mineure.
[modifier] Les douze sibylles
Au premier siècle avant JC, on en dénombre douze, soit :
- La sibylle de la cité disparue d'Erythrée, sur la côte Ionienne.
- La sibylle de Tibur (aujourd’hui Tivoli où l’on voit encore son temple).
- La sibylle d'Hellespont.
- La sibylle Phrygienne (d'Anatolie).
- La sibylle Persique.
- La sibylle Libyque.
- La sibylle Cimmérienne, née au bord de la mer Noire.
- La sibylle de Delphique.
- La sibylle Samienne (de l'île de Samos).
- La sibylle Agrippa, déformation probable d'Aegypta.
- La sibylle de Marpessos (près de Troie). Elle s’exprimait, selon Héraclite, «d’une bouche délirante, sans sourire, sans ornements, sans fards et sa voix parvenant au-delà de mille années grâce au dieu». Elle rendait ses oracles sous la forme d'énigmes et les inscrivait sur des feuilles.
- La sibylle de Cumes (près de Naples). La légende dit qu’Apollon avait une fois offert à la sibylle Démophilé, de Cumes, ce qu'elle voudrait en échange de son amour. Elle accepta le cadeau et demanda autant d'années de vie qu'un tas de poussière contenait de grains ; et il y avait mille grains. Malheureusement, elle avait omis de demander aussi la jeunesse perpétuelle, et, ayant par la suite refusé son amour au dieu, elle devint de plus en plus vieille. Finalement elle resta suspendue dans une bouteille au plafond de sa cave, toute recroquevillée, et lorsque des enfants lui demandaient ce qu'elle désirait, elle disait simplement : « je veux mourir ».
Virgile décrit la descente d'Enée aux Enfers accompagné de la sibylle de Cumes; elle lui avait montré où cueillir le rameau d'or, dans les bois sur les bords du lac Averne, rameau qui devait lui permettre de pénétrer dans le royaume d'Hadès.
Une autre des sibylles de Cumes est restée célèbre, Aristodemos il Malasio, pour avoir été la reine fondatrice, en 475 av. J-C. de la cité de Néapolis signifiant nouvelle ville, qui devint Naples, Cumes prenant dès lors le nom de Paléopolis signifiant, vieille ville.
[modifier] Divination chez les Romains
Les Romains, pourtant plus circonspects que les Grecs vis-à-vis de l'art divinatoire, conservaient pieusement dans le temple Jupiter capitolin les « livres sibyllins », qui auraient été vendus dans d'étranges circonstances par la Sibylle de Cumes à l'un des deux Tarquin, au VIe siècle av. J.-C.
La Sibylle de Cumes se rendit auprès de Tarquin le Superbe, le dernier roi de Rome, avec neuf livres oraculaires, et lui en demanda une énorme somme. Il se moqua d'elle et la renvoya; elle brûla trois des livres, et lui offrit les six restants pour la même somme. Tarquin refusant toujours de payer, elle en brûla trois autres, et lui offrit les trois derniers, toujours au même prix. Cette fois-ci Tarquin consulta un conseil de prêtres, les Augures, qui déplorèrent la perte des six livres et lui conseillèrent d'acheter ceux qui restaient.
Ces livres, confiés à la garde de deux prêtres particuliers appelés duumvirs, étaient consultés dans les grandes calamités, mais il fallait un décret du sénat pour y avoir recours; et il était défendu aux duumvirs de les laisser voir à personne sous peine de mort.
Ils ne contenaient pas de prophéties, mais des remèdes expiatoires à appliquer lorsque surviennent des « prodiges », événements exceptionnels particulièrement redoutés par les Romains. En réalité le texte des Livres sibyllins était d'une obscurité telle que des siècles plus tard, Cicéron, peu enclin à la crédulité dira qu'on pouvait en tirer ce que l'on voulait au gré des circonstances.
Après l'incendie du Capitole (-81), plusieurs missions furent envoyées dans les pays supposés héberger des sibylles, afin de reconstituer les ouvrages perdus. Contrôlés et expurgés par Auguste et Tibère, ils furent finalement détruits quelques siècles plus tard sous l'empereur Honoré (395-423).
[modifier] Les sibylles, "prophètes" du Christ
Parallèlement circulent en Méditerranée, dès le IIIe siècle av. J.-C., une série de livres connus sous le nom d'Oracles Sibyllins, dont certains sont parvenus jusqu'à nous via des copies datant des XIVe et XVIe siècles. Ces livres, au nombre de douze, comprennent des oracles antiques, des oracles juifs et des écrits chrétiens.
Les Pères de l'Église n'ignoreront pas ces textes obscurs. À leur suite et pendant longtemps, les auteurs chrétiens chercheront, avec plus ou moins de bonheur, à voir dans les vaticinations des Sibylles des marques sans équivoque de l'attente du Messie Sauveur par le monde païen.
Ainsi c'est dans le 8éme livre des Oracles Sybillins que l'on trouve des vers, attribués à la Sibylle d'Érythrée, annonçant le second avènement du Christ le jour du Jugement Dernier. Cependant, Virgile, qui vécut au Ier siècle av. J.-C. se fit aussi l’écho de cette prophétie dans ces vers célèbres de ses «Bucoliques» : «Voici venir les derniers temps prédits par la sibylle de Cumes, et de nouveau l’ordre qui fut au commencement des siècles. Voici revenir la Vierge et voici l’âge d’or. Voici que va descendre du haut des cieux une race nouvelle. Diane pure et lumineuse, protège cet enfant qui va naître et fermant l’âge de fer ressuscitera sur toute la terre la génération du siècle d’or»
Les premiers chrétiens vont peu à peu s'emparer de la sibylle et intégrer cette prophétie dans leur littérature religieuse. Eusèbe de Césarée (vers 340) recueille les vers de la Sibylle Érythrée, suivi de Saint Augustin un siècle plus tard, dans «La Cité de Dieu». Il en offre alors une version particulière, traduite très approximativement du grec, comprenant 27 vers, soit 3x3x3, symbole de la Trinité. Elle commence ainsi : Iudicii signum : tellus sudore madescet(le signe du jugement : la terre s'inondera de sueur…) Cette version saint-augustienne présente un acrostiche (ensemble de vers dont les lettres initiales, lues dans le sens vertical, constituent un nom ou une phrase) : Jesus Christus dei filius servator crux. Elle est notamment citée dans un sermon du Moyen Âge visant à convaincre les incroyants, lu à la veille de Noël. On y invoque tour à tour des personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament, puis des figures païennes : Virgile, Nabuchodonosor, et la Sibylle Érythrée.
De même, un manuscrit du XIIe siècle rapporte que l'empereur Auguste (63 av. J.C. à 14 ap. J.C.) ayant interrogé la Sibylle de Tibur pour savoir s'il y aurait un homme plus grand que lui, une vierge lui apparut alors dans une grande splendeur sur l'autel du temple de Junon, tenant en ses bras un enfant, et une voix venant du ciel lui disant : « Voici la vierge qui va concevoir le sauveur du monde», puis, «celle-ci est la chère fille de Dieu».
Des versions musicales du Iudicii signum ont été retrouvées dans des manuscrits des monastères Saint-Martial de Limoges (IXe et Xe siècle) et Saint-Oyan (XIIIe siècle). Ceci explique la mention dans le « Dies irae » de la sibylle et qu'elle figure à Saint-Pierre de Rome sur la fresque de Michel-Ange.
Après le Concile de Trente (1568), un nouveau bréviaire met fin à ces représentations de la Sibylle. Certaines régions ont conservé une tradition de voir une sibylle costumée chantant la nuit deNoël jusqu'au XVIIIe siècle av. J.-C., voire, à Majorque, jusqu'à nos jours.
[modifier] Apparition des sibylles dans l’iconographie chrétienne
Les Sibylles, apparaissent dans l'art de l'Occident chrétien vers le XIIe siècle, pour fleurir à partir du XVe quand on redécouvre l'Antiquité, comme en témoigne un ouvrage attribué à Jean de Paris qui fut copié entre 1474 et 1477 intitulé La Foi chrétienne prouvée par l'autorité des païens, où il est dit : « des vierges pleines de l'esprit de Dieu, qu'on appelait Sibylles, ont annoncé le Sauveur à la Grèce, à l'Italie, à l'Asie mineure : Virgile, instruit par leurs livres, a chanté l'enfant mystérieux qui allait changer la face du monde. »
La pensée chrétienne qui avait recueilli les prophéties visionnaires du peuple d'Israël conservées dans l'Ancien Testament l'étendait ainsi, mais dans une moindre mesure, aux peuples païens par l'entremise des Sibylles. L'iconographie proposera en face des douze prophètes, les douze Sibylles, y associant parfois les douze apôtres, dans un souci d'harmonie où le visuel vient relayer le sens d'une symbolique religieuse profonde.
Pour les artistes du Moyen Âge, la Sibylle devint le profond symbole de l'attente des Gentils; une place lui fut réservée au portail des cathédrales, et la mystérieuse inspirée hanta longtemps encore l'imagination des poètes.
La diffusion dans l'Europe de la troupe des Douze Sibylles se fait au XVe siècle, à partir de l'ouvrage du dominicain italien Filippo Barbieri publié en 1481. En France, les sibylles profiteront de l'intérêt des grands imprimeurs parisiens qui ornent les livres d'Heures d'images partout.
Depuis lors, peintures, sculptures polychromes, tapisseries, émaux peints, témoignent de l'influence du personnage de la Sibylle sur l'art religieux occidental. Les Sibylles d'Érythrée, de Tibur et de Cumes sont les plus fréquemment représentées. Quelques exemples :
[modifier] Fresques
- Chapelle Sixtine de Michel Ange, où l’on retrouve les grands traits du platonisme : la révélation chrétienne complète harmonieusement la méditation païenne, et ne s'oppose pas à elle. C'est ainsi que sur la voûte, les prophètes de l'Ancien Testament sont exactement corrélés aux Sibylles : jamais on n'avait placé, avec autant d'audace, à égalité de taille et de dignité, la Révélation faite aux fils d'Israël avec la divination de l'ancien paganisme.
- Sybille de l'église Santa Maria della Pace (Rome). Raphaël, 1514
[modifier] Tableaux
- L'empereur Auguste et la Sibylle de Tibur. Conrad Witz (1395-1447)
- La Sibylle de Tibur. Antoine Caron (1521-1599)
- La sibylle de Tibur annonçant à Auguste la naissance du Christ. Berretini Pietro, dit Pierre de Cortone (1596-1669)
- Énée et la Sibylle de Cumes. Claude Gellée dit Le Lorrain (1600-1682)
- Temple de la Sibylle à Tivoli. Hubert Robert (1733-1808)
- Sibylle de Perse, d'après Michel-Ange (Chapelle Sixtine). Gustave Moreau (1826-1898)
[modifier] Tapisserie
[modifier] Émaux peints
- Sibylle d'Érythrée, Sibylle de Cumes de Léonard Limosin, à Limoges (Musée du Moyen Âge de Cluny, Musée de la Renaissance d'Écouen).
[modifier] Statuettes polychromes
- Statuettes du XVIe siècle, originaires de Champagne, conservées au musée du Louvre et au musée d'Écouen, et représentant des sibylles persique, phrygienne, lybique et Agrippa.
[modifier] Musique
- « Dies iræ, dies illa
- Solvet sœclum in favilla
- Teste David cum Sibylla. »
- « Jour de colère, ce jour-là
- dissoudra le monde en poussière
- témoins David et la Sibylle. »
- Le compositeur Maurice Ohana a lui aussi trouvé son inspiration du côté des prophétesses grecques : «Sibylle, pour soprano, percussion et bandes» (1968), et «Les trois prophéties de la Sibylle», tirée de l'opéra La Célestine (1989), pour soprano, mezzo-soprano, piano et percussion.
- Le groupe néoclassique italien Ataraxia *[1] notamment sa chanteuse Francesca Nicoli revendique l'influence des sybilles " Nous nous sentons sybilles, mediums de l'Histoire et du Temps qui sont notre Mère et notre Père et nous utilisent pour révéler quelques-unes de leurs nombreuses voix ."
[modifier] Photographie
- Sœurs, saintes et sibylles. Nan Goldin (2004)
[modifier] Littérature
- Dans sa septième lettre à Héloîse, Abélard (1079/1142) écrit:" Pesez toutes les paroles de la Sibylle: quel résumé clair et complet de ce que la foi chrétienne doit croire de Jésus-Christ! Elle n'a rien oublié, ni sa divinité, ni son humanité, ni son arrivée pour les deux jugements; le premier dans lequel il a été injustement condamné aux tourments de la passion, le second dans lequel il viendra dans sa majesté juger le monde suivant les lois de la justice. Elle fait mention et de sa descente aux enfers et de la gloire de la résurrection; et en celà, elle s'éléve aux dessus des prophètes, que dis-je? au dessus des évangélistes eux-mêmes, qui de la descente aux enfers, ne disent presque rien."
- Déracinée des ailes
- Dans une œuvre posthume intitulée [La Fin de Satan] [Victor Hugo] met en scène une Sibylle "d'Achlab" dialoguant avec Jésus lui-même.
- Pascal Quignard a publié en septembre 2006 chez Galilée un livre intitulé Requiem où "l'ombre de la Sibylle" joue un grand rôle. Cet ouvrage est une œuvre de collaboration avec le compositeur Français Thierry Lancino qui en écrit la musique (2006-2008).

