Service du travail obligatoire
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Durant l'occupation de la France par l'Allemagne nazie, le service du travail obligatoire (STO) consista en réquisitions et transfert contre leur gré vers l'Allemagne de centaines de milliers de travailleurs français pour l'effort de guerre allemand (usines, agriculture, chemins de fer, etc.) dans des camps de travailleurs sur le sol allemand.
Avec la complicité active du gouvernement de Vichy (les travailleurs forcés français sont les seuls d'Europe à avoir été requis par les lois de leur propre Etat, et non pas par une ordonnance allemande), l'Allemagne nazie impose la mise en place du STO pour compenser le manque de main-d'œuvre dû à l'envoi de ses soldats sur le front. Le gauleiter Fritz Sauckel, surnommé le "négrier de l'Europe", fut chargé d'amener la main-d'oeuvre de toute l'Europe par tous les moyens, et s'intéressa particulièrement à la France. Un total de 600.000 à 650.000 travailleurs français seront acheminés vers l'Allemagne entre juin 1942 et juillet 1944. La France fut le troisième fournisseur de main-d'oeuvre forcée du Reich après l'URSS et la Pologne, et le pays qui lui donna le plus d'ouvriers qualifiés.
Selon la Fédération Nationale des Déportés du Travail, fondée en 1945 et devenue en 1979 Fédération Nationale des Victimes et Rescapés des Camps nazis du Travail Forcé, 60 000 moururent en Allemagne et 15 000 furent fusillés, pendus ou décapités pour "actes de résistance". Les historiens jugent aujourd'hui ces chiffres excessifs, et estiment qu'entre 25.000 et 35.000 STO ont néanmoins perdu la vie en Allemagne. Leur emploi dans des usines de guerre bombardées, souvent dans de mauvaises conditions et sous la surveillance fréquente de la Gestapo, rendait en tout cas leur taux de mortalité supérieur à celui des prisonniers de guerre.
L'exploitation de la main d'œuvre française par le IIIème Reich a concerné des travailleurs obligatoires (« les requis du STO »), mais on vit aussi partir en Allemagne des travailleurs volontaires attirés par la rémunération, ou voulant faire revenir un parent proche. Ces derniers ne furent ni mieux ni pire traités que les requis, mais contribuèrent dans l'opinion, après la guerre, à un amalgame fréquent et injustifié entre requis du STO et volontaires. 250.000 prisonniers de guerre durent également travailler pour le Reich à partir de 1943 après avoir été "transformés" de gré ou de force en travailleurs civils.
Admise en Belgique et bien que le Parlement français ne se soit jamais prononcé définitivement sur la qualification à donner aux requis du STO, la dénomination officielle de "déporté du travail" a été interdite aux associations de victimes du STO par la justice française (1992), au nom du risque de confusion entre la déportation vers la mort des résistants et des Juifs, et l'envoi au travail obligatoire.
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[modifier] Historique
- Automne 1940 : 80 000 volontaires choisissent de travailler en Allemagne. En tout, pendant la Seconde Guerre mondiale, 150.000 à 200.000 Français se seraient portés volontaires, dont 30.000 femmes. C'est aussi à l'automne 1940 que l'occupant procéda à des rafles arbitraires de main-d'oeuvre dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais, rattachés à Bruxelles.
- Juin 1942 : l'Allemagne exige de la France 350 000 travailleurs. Vichy, obligé de maquiller cette sommation, annonce le 22 la création de la "Relève" qui consiste à échanger un prisonnier libéré contre trois travailleurs volontaires envoyés. Mais seuls les ouvriers spécialistes sont en fait pris en compte dans l'échange, tandis que les prisonniers relâchés doivent être des paysans, ou des hommes déjà âgés et malades, donc improductifs et qui auraient probablement été rapatriés de toute façon. De plus, la Relève n'est pas nominative: on ne peut pas s'embaucher pour faire libérer son frère, son mari, son voisin, etc. Le manque de succès de cette mesure (17.000 volontaires fin août) sonne le glas du volontariat.
- Pétain promulgue alors la loi de réquisition du 4 septembre 1942, malgré l'opposition de quatre ministres et une agravation sensible de l'impopularité du régime. Moins connue que la loi du 16 février 1943, la loi du 4 septembre ne frappe de fait que des ouvriers. Elle fut surtout appliquée en zone occupée, la plus industrielle et la plus peuplée. Cette loi, récemment redécouverte par les historiens, est responsable du départ forcé de près de 250.000 travailleurs en six mois.
- 16 février 1943 : instauration du Service du Travail Obligatoire (STO) proprement dit. Le recrutement, de catégoriel, se fait désormais par classes d'âge entières. Les jeunes gens nés entre 1920 et 1922 sont obligés de travailler en Allemagne (ou en France) à titre de substitut de service militaire. La classe d'âge 1922 fut la plus touchée, et les exemptions ou sursis initialement promis aux agriculteurs ou aux étudiants disparurent dès juin. Les Chantiers de la Jeunesse contribuèrent aussi activement à l'envoi de leurs propres jeunes en Allemagne, par groupements entiers.
- Certaines victimes furent prises dans des rafles de la Milice et de la Wehrmacht. Le PPF de Jacques Doriot mit quant à lui sur pied, en 1944, des Groupes d'Action pour la Justice Sociale (sic) chargés de traquer les réfractaires contre de l'argent, et d'enlever la main-d'oeuvre jusqu'en pleine rue.
Dans l'ensemble, grâce à la collaboration indispensable du gouvernement de Vichy et de l'administration française, et en particulier d'une bonne part de l'inspection du travail, les Allemands obtinrent tous les hommes qu'ils voulaient. Les deux premières grosses demandes de Fritz Sauckel furent intégralement fournies en un temps assez bref. Seuls le développement des maquis et le tarissement des ressources humaines prélévables expliquent la chute des départs à partir de l'été 1943, et le demi-succès de la troisième "action Sauckel" (juin-décembre 1943) puis le fiasco de la quatrième (1944). Le département de la Gironde, grâce au préfet régional Sabatier et à son secrétaire général Maurice Papon, fut félicité par Pierre Laval pour avoir un des seuls fournis, aussi tard qu'à l'automne 1943, plus de requis du STO que le quota fixé.
Le STO provoqua le départ dans la clandestinité de près de 200.000 réfractaires, dont environ un quart gagnèrent les maquis en pleine formation. Le STO accentua la rupture de l'opinion avec le régime de Vichy, et constitua un apport considérable pour la Résistance. Mails la plaça aussi dans l'immédiat devant une tâche inédite, d'une ampleur non moins considérable (manque d'argent, de vivres, d'armes etc. pour des milliers de maquisards soudain afflués). Les réfractaires au STO forment également le premier groupe au sein des 35.000 évadés de France qui gagnèrent l'Espagne puis l'Afrique du Nord et s'engagèrent dans la France Libre. Faute de filière, de place dans le maquis ou de désir de se battre, de nombreux réfractaires se contentèrent toutefois de se cacher à domicile ou de s'embaucher dans des fermes isolées où ils servirent de main-d'oeuvre à des paysans complices.
D'autres Français échappèrent au STO en Allemagne en s'embauchant dans la police et les pompiers, voire dans la Milice. Après l'automne 1943, ils furent nombreux à rejoindre un vaste secteur industriel protégé mis en place par l'occupant, et travaillant exclusivement pour son compte.
Usines allemandes ayant utilisé de la main-d'œuvre STO :
Célébrités françaises ex-STO : André Bergeron, Antoine Blondin, Auguste Boncors, Jean Boudou, Georges Brassens, François Cavanna, Raymond Devos, Stéphane Just.
Une controverse interminable entoura le passé de Georges Marchais, dirigeant suprême du Parti Communiste Français (1970-1994), accusé d'avoir été volontaire en Allemagne chez Messerschmitt et non pas au STO selon ses dires. Selon son biographe Thomas Hoffnung, Marchais ne fut en fait ni volontaire ni requis du STO, il fut muté en Allemagne par l'entreprise allemande d'aviation qui l'employait déjà en France depuis 1940. Son parcours pendant la guerre ne ferait dès lors que refléter le sort de centaines de milliers de Français, contraint pour survivre de travailler pour les Allemands, soit en France, soit en Allemagne, une très large majorité de l'économie nationale étant de toute façon déjà mise au service des occupants.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Bibliographie
- La déportation des travailleurs français dans le IIIème Reich, Jacques Évrard, Fayard, Les grandes études contemporaines, Paris, 1972.
- La Main-d'oeuvre française exploitée par le IIIe Reich, actes du colloque international de Caen (novembre 2001), Centre de Recherche d’Histoire quantitative, Caen, 2001, textes rassemblés par B. Garnier, J. Quellien et F. Passera
- Jeannot chez les nazis - Journal d'un Déporté du Travail 1943-45, Jean Pasquiers, bibliothèque d'Alexandrie Online : http://jean-pasquiers.chez.tiscali.fr/journal-d-un-deporte-du-travail-1943-45.pdf

