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Sacre (France)

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Le premier sacre d'un roi en France est celui de Pépin le Bref, principalement par alliance avec l'Église pour assurer sa légitimité. Il est sacré une première fois en mars 752 par une assemblée d'évêques du royaume des Francs réunie à Soissons et sans doute conduite par l'archevêque de Mayence, Boniface. Le dimanche 28 janvier 754, il est sacré une deuxième fois à Saint-Denis par le pape Étienne II qui sacre aussi ses deux fils et bénit son épouse Bertrade ou Berthe de Laon dite au Grand Pied.

Les Ordines ad consecrandum coronandum regem décrivent précisément la liturgie de cette cérémonie.

Sommaire

[modifier] Les acteurs du sacre

Le roi est sacré par l'archevêque de Reims, entouré de cinq évêques suffrageants de sa province ecclésiastique ainsi que du chapitre de la cathédrale de Reims. À ceux-ci s'ajoutent l'abbé de Saint-Remi de Reims, gardien de la Sainte Ampoule ainsi que l'abbé de Saint-Denis, gardien des autres insignes royaux.

Les pairs sont cités pour la première fois en 1226. Il s'agit des six pairs ecclésiastiques (six évêques les plus importants du royaume) et des six pairs laïques (d'abord les six plus grand vassaux du roi de France, à l'époque moderne des princes du sang ou des grands seigneurs). Finalement sont présents les grands officiers de la Couronne, pour l'autel du roi, et le public.

[modifier] La liturgie du sacre

Le sacre a normalement lieu à Reims un dimanche ou le jour de la célébration d'une grande fête liturgique de l'Eglise chrétienne. Certaines circonstances exceptionelles du moment ont fait que certains sacres se sont déroulés un autre jour de la semaine et dans un autre lieu. La cérémonie est présidée par l'archevêque de Reims.

Il faut noter qu'Henri IV n'a pu être sacré à Reims, qui était entre les mains des Ligueurs : la cérémonie a donc été célébrée à Chartres, par l'évêque de la ville, avec l'huile de la Sainte Ampoule (voir ci-dessous) de l'abbaye de Marmoutier.

[modifier] Le roi prête serment

Le contenu du serment prêté par le roi est assez vague, en résumé il promet d'assurer la protection de l'Église et de ses biens. Il promet également de procurer la paix à l'Église et aux peuples chrétiens, et depuis Latran IV, de combattre les hérétiques. Par paix on entend que le roi s'engage à préserver l'ordre social voulu par Dieu et de rendre la justice.

Ce serment était au départ une limite au pouvoir royal : le roi était obligé de respecter et de faire respecter la justice (comme Saint-Louis). Ensuite, cette obligation est devenue une augmentation du caractère sacré du roi : le roi était nécessairement toujours juste, et ses décisions ne pouvaient donc pas être injustes.

À l'époque moderne, les serments prêtés sont les suivants :

  • le serment ecclésiastique, promettant au clergé français de conserver et défendre leurs privilèges canoniques
  • le serment au royaume :
    • conserver la paix
    • empêcher l'iniquité
    • observer la justice et la miséricorde
    • exterminer (c'est-à-dire bannir) les hérétiques

Henri IV y ajoute en 1594 un troisième serment, celui de maintenir les ordres créés par ses prédécesseurs (à savoir l'ordre de Saint-Michel et l'ordre du Saint-Esprit). Louis XV ajoute celui de l'ordre de Saint-Louis, et Louis XVI celui de faire observer les édits contre le duel.

[modifier] L'adoubement royal

L'adoubement est plus ou moins confisqué par l'Église. L'abbé de Saint-Denis apporte les insignes de chevalerie, qu'on va remettre solennellement au roi. Le grand chambrier (plus tard le grand chambellan) remet les souliers, le duc de Bourgogne (plus tard un grand seigneur) l'éperon d'or et l'archevêque de Reims lui remet l'épée qui est portée par le sénéchal pendant la cérémonie.

Depuis la fin du XIIIe siècle, on utilise Joyeuse, l'épée de Charlemagne.

[modifier] L'onction avec l'huile de la Sainte Ampoule

La Sainte Ampoule contient une huile miraculeuse apportée par une colombe le jour du baptême de Clovis pour oindre les Rois de France pendant le sacre.

L'archevêque de Reims conserve cette ampoule comme une grande relique. Il s'agit ici d'une confusion entre sacre et baptême, où l'on utilise le chrême. L'huile miraculeuse donne un très grand prestige au Roi de France. Le choix de la ville de Reims pour le sacre est fondé sur la possession de l'ampoule par l'archevêque.

L'évêque de Laon, duc et pair du royaume, a le privilège de porter la Sainte Ampoule au cours de la cérémonie. Le Roi est oint en sept endroits différents du corps, avec un mélange de chrême et d'huile de la Sainte Ampoule. Par cette onction, le roi est roi « par la grâce de Dieu » : Dieu l'a choisi.

[modifier] Remise des insignes royaux

Les insignes royaux sont donc apportés par l'abbé de Saint-Denis. Ces insignes sont :

  • la tunique jacinthe à fleurs de lys, qui possède un caractère sacerdotal car une allusion est faite au grand prêtre de l'Ancien Testament
  • la chape sans chaperon, un surcot sans manches, taillé comme la chasuble du prêtre
  • l'anneau, signe de la dignité royale, de la foi catholique, un peu à l'image de l'évêque
  • le sceptre, terminé par une fleur de lys
  • la main de justice, qui apparaît au moment où la justice royale s'impose réellement
  • la couronne d'or, composée d'un cercle d'or surmonté de quatre fleurs de lys posé sur un bonnet en velours orné de perles (couronne fermée), qui est ceinte sur la tête du roi par l'évêque après avoir été soutenue par tous les pairs du royaume ou leurs représentants.
  • les éperons et l'épée symbole de la fonction militaire

Le roi est ensuite intronisé, et les pairs viennent chacun lui rendre hommage par un baiser en lui disant : "Vive le roi éternellement". Acclamation reprise par l'assemblée au son des trompettes (Plus tard, on introduira le peuple dans la Cathédrale et on chantera un Te Deum). Puis, on lachait des oiseaux et on jetait pièces et médailles.

Après la remise des insignes, on assiste à une messe et un banquet, tous deux, comme le sacre, payés par la ville de Reims.

[modifier] L'importance de la cérémonie du sacre

Le sacre est un sacramental et non un sacrement, mais il élève le roi au-dessus du reste des laïcs. Il devient un personnage sacré. Il n'est plus considéré comme un pur laïc mais « il approche l'ordre sacerdotal » c'est-à-dire des prêtres. Il peut communier sous les deux espèces (pain et vin consacrés), comme les clercs.

Le roi sacré a également la particularité d'être thaumaturge: il a la réputation de guérir les écrouelles (maladie d'origine tuberculeuse causée par une affection des ganglions lymphatiques du cou, la scrofule), lors des grandes occasions (sacre lui-même, grandes fêtes liturgiques), en touchant les malades et en prononçant la formule : « Le roi te touche, Dieu te guérit » (« te guérisse » à partir de Louis XV). Pour cela, il doit être en état de grâce. Louis XV cesse de toucher les écrouelles à partir de 1744, Louis XVI les rétablit en 1775.

Ce statut sacré rend le roi inviolable. Tout attentat contre sa personne est puni avec une très grande sévérité. Le coupable est accusé de régicide, torturé et exécuté, même si le roi n'est que blessé et que la blessure est légère. Ainsi Damiens fut écartelé après avoir été tenaillé et couvert de plomb fondu pour avoir frappé Louis XV d'un coup de canif, blessure sans gravité.

Le sacre pose un problème juridique : le sacre fait-il le roi ? Dans l'opinion des juristes royaux, depuis la mort de Saint Louis, le sacre n'a plus de valeur constitutive. Dès la mort du roi, l'armée a reconnu Philippe le Hardi comme successeur, même si le sacre n'a eu lieu qu'un an plus tard en 1271. Dans l'opinion populaire médiévale, le roi reste celui qui est sacré. (cf. Jeanne d'Arc).

À l'époque moderne se développe une théologie du « sang royal » : sitôt le roi mort, son successeur devient roi. C'est l'application au droit public de la formule de droit privé « le mort saisit le vif », qui aboutira à la célèbre formule : « le roi est mort, vive le roi ».

[modifier] Bibliographie

  • Michel Depreux La France au fil de ses rois, Charlemagne et les Carolingiens, Editions Tallandier-Historia, 2002 (ISBN 2235023207) ;
  • Ordre pour oindre et couronner le roi de France, L'Atelier graphique, 1995 ;
  • Marc Bloch, Les rois thaumaturges, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1983 (réédition) (ISBN 2070227049) ;
  • Alain Erlande-Brandeburg, Le roi est mort. Étude sur les funérailles, les sépultures et les tombeaux des rois de France jusqu’à la fin du XIIIe siècle, Arts et Métiers graphiques, 1975 ;
  • Richard A. Jackson, Vivat Rex ! Histoire des sacres et couronnements en France, Presses universitaires de Strabsourg, 1995 (réédition) ;
  • Jacques Le Goff (s. dir.), Le sacre royal à l'époque de saint Louis, Gallimard, coll. « Le temps des images », 2001 (ISBN 2070755991) ;
  • Ernest H. Kantorowicz, Les deux corps du roi, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1989 (ISBN 2070714160) ;
  • Michel Le Moël, Le sacre des rois de France, Sides, coll. « Histoire et arts », 2000 (ISBN 2868611125) ;
  • Jean Raspail, Sire, Livre de Poche, 2001 (ISBN 2253062332) (roman, contient une description assez précise du déroulement du sacre) ;
  • Jean de Viguerie, « Les serments du sacre des rois de France (XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles) », Hommage à Roland Mousnier. Clientèle et fidélités en Europe à l'époque moderne, éd. Yves Durand, Presses Universitaires de France, 1981 (ISBN 2130367100).

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

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