Sébastien-Roch-Nicolas de Chamfort
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Sébastien-Roch Nicolas, qui prit par la suite le nom de Chamfort, né à Clermont-Ferrand le 6 avril 1741 et mort à Paris le 13 avril 1794 est un moraliste français.
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[modifier] Biographie
Né d'un père inconnu, fit ses études comme boursier au collège des Grassins à Paris, et remporta les premiers prix de l'Université. Il s'y montra un élève brillant mais fantasque, qui alla jusqu'à faire une fugue au cours de laquelle il pensa s'embarquer pour l'Amérique. On lui pardonna et il put terminer ses études.
II prit en entrant dans le monde le nom de Chamfort, à la place, du simple nom de Nicolas qu'il avait porté jusque-là, se fit de bonne heure connaître par des prix de poésie remportés à l'Académie, donna au Théâtre-Français quelques comédies qui réussirent, et s'attacha pour vivre à diverses entreprises littéraires. Sa réputation le fit choisir par le prince de Condé pour être secrétaire de ses commandements; il devint ensuite en 1789 lecteur de Madame Elisabeth, sœur du roi. Avant la Révolution, il fut un des écrivains les plus apprécié par les salons parisiens, brillant et spirituel, il écrivit des pièces de théâtre. Il avait été élu à l'Académie française en 1782 au fauteuil no 6
Il applaudit la venue de la Révolution française mais en condamna les excès, parlant à son sujet de « la fraternité d'Étéocle et de Polynice ». De 1790 à 1791, il est secrétaire du club des Jacobins. Il fut l'ami de Mirabeau ; il écrivit pour l'orateur du peuple des discours et des rapports, collabora à la rédaction de plusieurs journaux en particulier le Mercure. En 1792, Jean-Marie Rolland le nomme directeur de la Bibliothèque nationale. Le Comité de sûreté générale le dénonce pour propos hostile à la Terreur (il avait blâmé les fautes et les violences du parti révolutionnaire), arrêté, il essaye de se suicider et est sauvé par une intervention chirurgicale.
On le relâcha bientôt, mais il mourut au bout de quelques semaines, des suites des blessures qu'il s'était faites (avril 1794). Il fit une carrière d'homme de lettres qui le conduisit à l'Académie, mais très tôt contracta une maladie vénérienne dont il ne guérit jamais véritablement et qui le tint dans un état valétudinaire tout le reste de sa vie. Il avait été reçu à l'Académie française en 1781.
L'œuvre la plus célèbre et la seule lue de Chamfort a été publiée en 1795 par son ami Pierre Louis Ginguené : Maximes, caractères et anecdotes, tirée des notes manuscrites qu'il avait laissées de Maximes et Pensées et de Caractères et Anecdotes. L'amertume de ces écrits annonce déjà Ambrose Bierce ou George Bernard Shaw. Sébastien Roch Nicolas Chamfort souhaitait les publier sous le nom de Produits de la civilisation perfectionnée.
La mort de Chamfort représente le comble du suicide raté. Ne tolérant pas lors de sa dernière arrestation l'idée d'être à nouveau emprisonné, il s'enferme dans son cabinet et se tire une balle dans le visage. Le pistolet fonctionne mal et, s'il perd le nez et une partie de la mâchoire, ne parvient pas à se tuer. Il se saisit alors d'un coupe-papier et tente de s'égorger mais malgré plusieurs tentatives ne parvient pas à trouver d'artère. Il utilise alors le même coupe-papier pour « fouiller sa poitrine ». Épuisé, il perd connaissance. Son valet, alerté, le retrouvera dans "une mare de sang". Malgré tous ces efforts pour se supprimer, on parviendra à sauver Chamfort qui agonisera plusieurs semaines durant.
[modifier] Quelques extraits
- "Dans le monde, vous avez trois sortes d'amis : vos amis qui vous aiment, vos amis qui ne se soucient pas de vous, et vos amis qui vous haïssent."
- « La plus perdue des journées est celle où l'on n'a pas ri. »
- « En vivant et en voyant les hommes, il faut que le cœur se brise ou se bronze »
- « Donner est un plaisir plus durable que recevoir, car celui des deux qui donne est celui qui se souvient le plus longtemps »
- « Si tu es soupçonné d'une faute que tes juges aient pu commettre, tu es un homme perdu »
- « Tout homme qui à quarante ans n'est pas misanthrope n'a jamais aimé les hommes » (Sacha Guitry pastichera cette citation en remplaçant misanthrope et hommes par misogyne et femmes)
- « Quiconque détruit un préjugé, un seul préjugé, est un bienfaiteur du genre humain »
- « En France, on laisse en repos ceux qui mettent le feu, et on persécute ceux qui sonnent le tocsin » !
- Le tsar Pierre 1er, étant à Spithead, voulut savoir ce que c'était que le châtiment de la cale qu'on inflige aux matelots. Il ne se trouva pour lors aucun coupable. Pierre dit : « Qu'on prenne un de mes gens. - Prince, lui répondit-on, vos gens sont en Angleterre, et par conséquent sous la protection des lois. »
- Dans les malheurs de la fin du règne de Louis XIV, après la perte des batailles de Turin, d'Oudenarde, de Malplaquet, de Ramillies, d'Hochstet, les plus honnêtes gens de la cour disaient : « Au moins le roi se porte bien, c'est le principal. »
- Un courtisan disait, à la mort de Louis XIV : « Après la mort du roi, on peut tout croire. »
- A propos des choses de ce bas monde, qui vont de mal en pis, M... disait : « J'ai lu quelque part, qu'en politique il n'y avait rien de si malheureux pour les peuples que les règnes trop longs. J'entends dire que Dieu est éternel ; tout est dit. »
- Un énergumène de gentilhommerie, ayant observé que le contour du château de Versailles était empuanti d'urine, ordonna à ses domestiques et à ses vassaux de venir lâcher de l'eau autour de son château.
- Dans une dispute que les représentants de Genève eurent avec le chevalier de Bouteville, l'un d'eux s'échauffant, le chevalier lui dit : « Savez-vous que je suis le représentant du roi mon maître ? – Savez-vous, lui dit le Genevois, que je suis le représentant de mes égaux ? »
- Un Français avait été admis à voir le cabinet du roi d'Espagne. Arrivé devant son fauteuil et son bureau : « C'est donc ici, dit-il, que ce grand roi travaille ! – Comment, travaille ! dit le conducteur : quelle insolence ! ce grand roi travailler ! Vous venez chez lui pour insulter Sa Majesté ! » Il s'engagea une querelle où le Français eut beaucoup de peine à faire entendre à l'Espagnol qu'on n'avait pas eu l'intention d'offenser la Majesté de son maître.
[modifier] Publications
Ses écrits les plus estimés au XIXe siècle selon le Dictionnaire Bouillet sont :
- Éloge de Molière, couronné (1769) ;
- Éloge de La Fontaine (1774) ;
- La jeune Indienne ;
- le Marchand de Smythe, comédies ;
- Mustapha et Zéangir, tragédie.
Plusieurs de ses ouvrages se sont perdus, entre autres un Commentaire sur La Fontaine (il n'en a paru qu'une partie dans les Trois Fabulistes, 1796).
Ses œuvres ont été rassemblées :
- par Pierre Louis Ginguené, 1795, 4 vol. in-8
- par M. Auguis, 1824, 5 vol. in-8.
Chamfort brillait surtout par l'esprit : on a fait sous le titre de Cliam-fortiana un recueil de ses bons mots, 1800.
[modifier] Sources
- Jean Tulard, Jean-François Fayard, Alfred Fierro, Histoire et dictionnaire de la Révolution française 1789-1799, Éditions Robert Laffont, collection Bouquins, Paris, 1987. ISBN 270282076X
- « Sébastien-Roch-Nicolas de Chamfort », dans Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), Dictionnaire universel d'histoire et de géographie, 1878 [détail des éditions] (Wikisource)
[modifier] Liens externes
- Nicolas de Chamfort, Des femmes, de l’amour, du mariage et de la galanterie, Maximes et pensées (Chapitre VI).
- Citations
- Ses pièces de théâtre et leurs représentations sur le site CÉSAR
| Précédé par Jean-Baptiste de Lacurne de Sainte-Palaye | Fauteuil 6 de l'Académie française 1781-1794 | Suivi par Pierre-Louis Roederer |
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