Rhétorique
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La rhétorique (du grec ancien ῥητορικὴ [τέχνη] / rhêtorikề [tékhnê], « technique/art oratoire ») désigne au sens propre « l'art de bien parler » est l'art ou la technique de persuader, généralement au moyen du langage. La rhétorique, la dialectique et la grammaire constituent le trivium, qui forme avec le quadrivium les sept arts libéraux de la culture occidentale. Dans l'Antiquité et au Moyen Âge, la rhétorique s'intéressait à la persuasion dans des contextes publics et politiques, comme les assemblées et les tribunaux. À ce titre, elle s'est développée dans les sociétés ouvertes et démocratiques avec des droits de libre expression, de libre réunion, et des droits politiques pour une partie de la population.
Le concept de rhétorique a varié pendant ses 2500 ans d'existence. De nos jours la rhétorique est décrite, au sens large, comme l'art ou la pratique de la persuasion par n'importe quel moyen de communication, dont particulièrement le langage. Les termes « rhétorique » ou « sophistique » sont souvent utilisés avec un sens péjoratif, quand on souhaite opposer les paroles creuses de l'action, ou séparer l'information de la désinformation, de la propagande, ou encore pour qualifier des formes douteuses de discours pseudo-argumentatif. Quoi qu'il en soit, en tant qu'art de la persuasion, la rhétorique continue à jouer un rôle important dans la vie publique contemporaine.
[modifier] Définition
La rhétorique est à la fois la science (au sens d'étude structurée) et l'art (au sens de pratique reposant sur un savoir éprouvé) qui se rapporte à l'action du discours sur les esprits. Par principe, la rhétorique s'occupe de l'oral, mais il est évident qu'elle s'est très tôt intéressée aussi au discours écrit, dans la mesure où celui-ci est, de manière plus ou moins étroite, une transcription ou une mimésis de l'oral.
[modifier] Histoire de la rhétorique
La rhétorique, qualifiée par Roland Barthes de métalangage (discours sur le discours), a comporté plusieurs pratiques présentes successivement ou simultanément selon les époques.
[modifier] Naissance de la rhétorique
La rhétorique en tant que science naquit vers 465 avant J.-C en Grèce antique lorsque deux tyrans siciliens, Gelon et Hiéron, exproprièrent et déportèrent les populations de l'île de Syracuse pour le peuple de mercenaires à leur solde. Les natifs de Syracuse se soulevèrent démocratiquement et voulurent revenir à l'état antérieur des choses, ce qui aboutit à d'innombrables procès de propriété. Ces procès mobilisèrent de grands jurys devant lesquels il fallait être éloquent. Cette éloquence devînt rapidement l'objet d'un enseignement dispensé par Empédocle d'Agrigente, Corax et Tisias (à qui est attribué le premier manuel), enseignement qui se transmit en Attique par les commerçants qui plaidaient conjointement à Syracuse et à Athènes.
La rhétorique fut ensuite rendue populaire au cinquième siècle avant Jésus-Christ par des professeurs itinérants connus sous le nom de sophistes, dont les plus connus se nomment Protagoras, Gorgias et Isocrate, et auxquels s'opposait farouchement Platon en distinguant deux types de rhétoriques.
Dès les origines, la rhétorique a eu un versant pratique et un versant spéculatif. D’un côté, elle s'est constituée en ensemble de recettes se mettant à la disposition de l'orateur ou de l'écrivain. Mais, très tôt, on s’est avisé qu'elle mobilisait des questions théoriques de première importance. En effet, elle situe son action dans le monde du possible et du vraisemblable. Elle se situe donc ainsi entre la logique, qui traite de ce qui est matière à connaissances certaines et donc à énoncés scientifiques, et la philosophie, qui s'interroge sur les conditions de vérité des énoncés. En s'occupant du vaste domaine des sentiments, des opinions, la rhétorique pose des questions comme la crédibilité, le cliché ou l'évidence, que la sociologie ou les sciences du discours assumeront par la suite.
[modifier] Etymologie et histoire
C'est en 1150 qu'on connait la première réference du mot sous la forme retorique. Début du XVième on trouve rettorique et au XVI siècle retohorique. (Réf: TFLI)
[modifier] Rhétorique sophistique et rhétorique platonicienne
Platon oppose deux rhétoriques :
- la rhétorique sophistique, mauvaise, est constituée par la logographie, qui consiste à écrire n'importe quel discours et a pour objet la vraisemblance, l'illusion ;
- la rhétorique de droit ou rhétorique philosophique, qui constitue pour lui la vraie rhétorique qu'il appelle psychagogie (formation des âmes par la parole).
Pour Platon (dont deux dialogues concernent précisément la rhétorique : le Gorgias et le Phèdre), l'essence de la philosophie reposait dans la dialectique : la raison et la discussion mènent peu à peu à la découverte d'importantes vérités. Platon pensait que les sophistes ne s'intéressaient pas à la vérité, mais seulement à la manière d'y faire adhérer autrui. Ainsi il rejetait l'écrit et recherchait l'interlocution personnelle, l'ad hominatio. Le mode fondamental du discours est le dialogue entre le maître et l'élève.
À la génération suivante, en revanche, Aristote compose (à côté de sa Poétique ) un traité de rhétorique qui légitime pleinement cette discipline.
[modifier] Cadres de la rhétorique ancienne
Au cours de l'Antiquité, les théoriciens de la rhétorique (Anaximène, Aristote, Démétrios, Cicéron, Quintilien, Hermagoras, Hermogène, d'autres encore) ont formalisé la discipline, tant sur le plan pratique que sur le plan théorique.
Du côté pratique, on peut évoquer la description du travail d'élaboration du discours, dont on énumère les différentes phases, pour fournir les compétences langagières nécessaires au communicateur. Ces phases sont surtout connues sous leur nom latin (parce que le traité de rhétorique de Quintilien a été longtemps pris comme base d’enseignement) : inventio, dispositio, elocutio, actio, memoria. Chacune de ces étapes suppose ou appelle l'élaboration ou l'intervention de disciplines distinctes (stylistique pour l'elocutio, logique pour la dispositio, etc.).
- Invention (inventio : art de trouver) : tout ce qui concerne la recherche des idées et leur développement en fonction du sujet à traiter et des destinataires à toucher.
- Disposition : tout ce qui concerne la construction du discours, ses différentes parties, ses transitions, etc.
- Élocution : tout ce qui concerne les procédés touchant au style, aux sons, aux rythmes, etc.
- Action : les moyens à mettre en œuvre pour dire et jouer le texte qu'on prononce, comme le ferait un acteur. C'est la partie la plus externe de l'art oratoire.
Exemples: la gestuelle et la prononciation.
- Mémoire : les moyens de retenir un texte préalablement composé, ou d'improviser à partir d'un « stock » de formes pré-définies.
Du côté de la théorie, on peut citer la typologie des discours, fondée sur des paramètres à la fois formels, thématiques, pragmatiques et sociologique. C'est, dans l'histoire de la pensée occidentale, la première tentative pour élaborer une sorte de sociologie sémiotique des messages et de la communication.
Aristote, en distinguant trois types d'auditeurs, distinguait ainsi trois genres rhétoriques, chacun trouvant à s'adapter à l'auditeur visé et visant un certain type d'effet social : le délibératif, le judiciaire, l'épidictique (ou démonstratif). Le délibératif s'adresse au politique et son objectif est de pousser à la décision et à l'action; le judiciaire s'adresse au juge et vise l'accusation et/ou la défense; le démonstratif fait l'éloge ou le blâme d'une personne. A chaque discours s'accorde une série de technique et un temps particulier : le passé pour le discours judiciaire (puisque c'est sur des faits accomplis que porte l'accusation ou la défense), le futur pour le délibératif (on envisage les enjeux et conséquences futures de la décision objet du débat), enfin présent essentiellement mais aussi passé et futur pour le démonstratif (il est question des actes passés, présents et des souhaits futurs d'une personne). Le judiciaire a le syllogisme comme instrument principal, le délibératif privilégie l'exemple et l'épidictique l'amplification.
Chaque discours retrouve la même structure classique :
- exorde (ou introduction),
- narration et proposition (exposé des faits et exposé des motifs),
- péroraison (ou conclusion).
[modifier] L'évolution de la rhétorique
La rhétorique, née dans le milieu judiciaire, couvre potentiellement l’ensemble des messages sociaux, y compris les textes à visée esthétique. La pensée classique avait envisagé, à côté de la rhétorique, l’existence de la poétique, œuvrant dans le monde de l'imaginaire. Mais les textes à visée esthétique, parce qu'ils appartiennent à l’espace du vraisemblable, relèvent aussi d'une rhétorique comprise dans un sens large. De sorte qu'entre poétique et rhétorique, les passages sont possibles : des concepts élaborés dans le cadre de la seconde ont été sans difficultés transposés à la première. C’est ainsi à Rome, Cicéron a pu fournir une théorie des trois styles (style simple, style sublime, style moyen, souvent présentés dans "la roue de Virgile")) transférés ensuite dans les usages littéraires. Et au Moyen Age, ce que l'on a appelé la « rhétorique seconde » s'occupe des textes de fiction, et cousine ainsi avec la poétique.
La rhétorique n’a jamais été abandonnée au long de l’histoire. Mais, selon les époques, elle a eu des statuts bien différents. En schématisant fortement son évolution, on peut dire qu’elle a constamment oscillé entre une conception sociale et une conception formaliste et qu’elle a fini par mourir, avant de renaître, de manière spectaculaire au XXe siècle.
La conception sociale est celle qui mise principalement sur l'argumentation et la controverse (philosophique, politique, scientifique, etc., la formaliste se focalisant sur les techniques discursives, et notamment sur celles qu'étudiait l'elocutio (voir Ramus, Dumarsais, Fontanier) ; la première tend à maintenir intacte l'opposition entre rhétorique et poétique, la seconde à l'abolir. Au Moyen Âge, par exemple, la fonction politique de la rhétorique s'est perdue : l’éloquence sacrée ne se donne pas pour un discours humain construit, mais revendique d'être une simple transmission de la parole divine. On conçoit que la rhétorique se réduise alors à l'étude des ornements relevant de l'elocutio, et qu'elle se cantonne à un rôle modeste dans le cadre du Trivium.
On peut noter les évolutions qui suivent :
- La mémoire et l'action étaient spécifiques du discours oral. On considère actuellement qu'elles relèvent de l'art des acteurs, des « trucs » d'avocats, ou de certaines branches de la psychologie, mais non de la rhétorique.
- L'invention, seule ou réunie à la disposition, est souvent appelée argumentation.
- L'élocution se subdivise, comme chez les théoriciens de l'Antiquité, en un grand nombre de points de vue portés sur le discours à faire (rhétorique-art) ou déjà fait (rhétorique-science) :
- sur le vocabulaire (registres de langue),
- sur les rythmes et les sonorités,
- sur la forme et la structure des phrases (syntaxe/parataxe, type de progression, période/style commatique, etc.),
- sur les procédés de micro-composition,
- sur les figures dites « de rhétorique » ou « de style » (voir ci-dessous).
Il faut par ailleurs noter que, dès l'Antiquité, la division en invention/ disposition/ élocution est un artifice : très souvent, le rhétoricien est amené à étudier des procédés qui relèvent simultanément de plusieurs de ces catégories. Il en est ainsi de l'ethos, qui concerne l'image qu'on veut donner du locuteur, qu'il s'agisse de l'auteur lui-même ou d'un personnage qu'il met en scène : l'ethos met en jeu à la fois l'invention, la disposition, l'élocution - et l'action.
Progressivement, la rhétorique est morte. Cette mort est due à plusieurs raisons. Tout d'abord, on peut dire chacune des parties du grand édifice conceptuel qu’elle constituait a pris son indépendance, tant dans le domaine des disciplines théoriques que dans celui des disciplines pratiques : d'un côté, le raffinement des mécanismes de démonstration a débouché sur une logique qui n’a cessé de se formaliser; de l’autre des pratiques sociales comme le marketing ou la réécriture ont repris le flambeau rhétorique. Ensuite, le fait qu'elle ait parfois été réduite à un art d’ornementation du propos a valu une mauvaise réputation à la rhétorique, mot qui est souvent employé, depuis deux siècles, avec une connotation péjorative (comme dans l'expression "fleurs de rhétorique"). Enfin, la rhétorique, misant sur la communication sociale et réfléchissant aux savoirs partagés, était devenue incompatible avec la pensée individualiste qui s'est développée à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe : c'est l'anti-rhétorisme bourgeois. C'est dans le cadre de cette pensée individualiste que s'est développée la stylistique, qui prétendait remplacer la rhétorique.
Evacuée du monde de la pensée et de la science à la fin du XVIIIe siècle, la rhétorique n'a donc survécu, jusque dans la seconde moitié du XXe, que comme une discipline purement formelle, règnant dans le monde de l'école.
[modifier] Place de la rhétorique dans le monde gréco-romain
C'est le premier des sept arts à maîtriser dans le cursus scolaire du monde gréco-romain comme la grammaire, la dialectique, la géométrie, l'arithmétique, l'astronomie et la musique.
[modifier] La rhétorique contemporaine
La seconde moitié du XXe siècle voit une renaissance spectaculaire de la rhétorique.
La différence essentielle avec la rhétorique ancienne est que la contemporaine n'entend plus fournir des trucs, mais a un caractère scientifique, en ceci qu'elle veut dégager les règles générales de la production des messages.
Cette renaissance se produit en deux endroits distincts. D'une part chez des philosophes du droit (comme Chaïm Perelman, professeur à l'Université libre de Bruxelles), elle entendait occuper le terrain laissé vacant par une logique qui s'était formalisée au point de perdre peu à peu le contact avec la réalité pratique. Cette rhétorique, aujourd'hui illustrée par Michel Meyer, successeur de Perelman, étudie les mécanismes du discours social général et de son efficacité pratique; elle se penche par exemple sur la propagande politique ou commerciale, et la controverse juridique ou philosophique. L'autre cadre qui permet la résurrection de la rhétorique est la poétique contemporaine. Dans les années 1960, la linguistique a en effet été en quête de structures linguistiques qui seraient spécifiques à la littérature, recherche que la stylistique ne permettait pas de mener. Dès 1958, Roman Jakobson donnait une nouvelle jeunesse au couple métaphore-métonymie, et dès 1964 Roland Barthes notait que la rhétorique méritait d'être repensée en termes structuraux. Ce qu'ont par exemple fait les travaux de Tzvetan Todorov ou du Groupe µ de l'Université de Liège, portant essentiellement sur les mécanismes sémiotiques à l'œuvre dans la figure.
Distinctes l’une de l’autre parce que s'inscrivant dans des traditions différentes, la néo-rhétorique de l’argumentation et la néo-rhétorique des figures, ont pas mal de points en commun, étudiant comment le sens circule dans un groupe social, et surtout comment il peut évoluer.
Science des mises en œuvre du langage, la rhétorique contemporaine voisine donc avec la philosophie, la sociologie, la pragmatique et la sémiotique.
[modifier] Figures de rhétorique (ou figures de style)
[modifier] Typologie
| Figures de grammaire | Figures de pensée | Figures de mots (tropes) |
|---|---|---|
| chiasme | antithèse | métaphore |
| ellipse | comparaison | métonymie |
| inversion | euphémisme | synecdoque |
| périphrase | hyperbole | catachrèse |
| pléonasme | ironie | |
| litote |
source de la typologie : Picoche J., Marie-Luce Honeste, « Les figures éteintes dans le lexique de haute fréquence » in Revue trimestrielle de langue française, no 101 : Les figures de rhétorique et leur actualité en linguistique, février 1994, p.118-119
[modifier] Glossaire
[modifier] Voir aussi
- Arthur Schopenhauer, La Dialectique éristique
- Aristote, Les Topiques
- Sextus Empiricus, Esquisses pyrrhoniennes
- Pascal, L'Art de persuader
[modifier] Articles connexes
- Figure de style
- Cadrage (biais cognitif)
- Propagande
- Sophisme
- Argumentation
- Analyse du discours
- Analyse des logiques subjectives
- Rhétorique politique
- Esprit critique
- Nouvelle Rhétorique
- Vérité formelle
- Vérité matérielle
[modifier] Liens externes
- Les figures de style recensées dont certaines illustrées par différents médias.
- Glossaire de plus de 200 figures de rhétorique...
- Lexique des figures de style de l'Office québécois de la langue française
- Rhétorique : effets de style, illustrés avec des citations.
- Rhétorique : figures (classiques).
- Nombreuses figures de style, avec explications et exemples.
- Rhétorique qui est étudiée en comparaison à un art martial.
- Clé des procédés littéraires répertoire des figures de rhétoriques et des effets de style, avec exemples (basés pour la plupart sur les exercices de style de R. Queneau)
- De quelques figures, Autour du Jeu Verbal de Michel Bernardy Du Marsais, Beauzée, Arnauld & Nicole, Fontanier
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