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Révolution russe

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(Redirigé depuis Révolution d'Octobre)

La Révolution russe est l'ensemble des événements en 1917 ayant conduit au renversement spontané du régime tsariste en Russie en février, puis en octobre à l'installation préparée d'un régime léniniste. Largement produite par la Grande Guerre, la Révolution russe est un événement fondateur et décisif du "court XXe siècle" ouvert par l'éclatement du conflit européen en 1914 et clos en 1991 par la disparition de l'URSS. Objet de sympathies et d'immenses espoirs pour les uns (la "grande lueur à l'Est" de Jules Romains, le "charme universel d'octobre" décrit par François Furet), objet de sévères critiques, voire de peurs et de haines viscérales pour les autres, elle reste un des faits les plus étudiés et les plus passionnément discutés de l'histoire contemporaine. Son déroulement mais aussi ses conséquences restent sujets à controverse : Février impliquait-il nécessairement Octobre ? Qui sortit vainqueur de la Révolution d'octobre, de la guerre civile et de la dictature bolchevik ? Ces derniers furent-ils l'avènement du stalinisme des années 1930 ?

Sommaire

[modifier] La révolution de 1905

Voir Révolution russe de 1905

[modifier] Création des Soviets

C'est une tentative du peuple russe de se libérer de son tsar faible, Nicolas II. On assiste à des soulèvements et des grèves faites par les ouvriers et les paysans, déclenchés, en grande partie, à cause de la guerre impopulaire contre le Japon et au "Dimanche rouge", au cours duquel le tsar a fait fusiller une foule qui venait lui porter une supplique. Le tsar, après avoir calmé son peuple, se voit obligé de créer la Douma (une sorte de parlement), mais il ne lui donnera aucun pouvoir.

[modifier] La Russie avant la Révolution

Avant 1917, la Russie était sous la direction d’un régime tsariste, autocratique et répressif, en place depuis des siècles. Au début du XXe siècle, la Russie connut un essor industriel spectaculaire, entraînant un essor urbain et une grande effervescence culturelle : le vieil ordre social était ébranlé, aggravant les difficultés des plus pauvres. Les industries florissaient, la classe ouvrière était concentrée principalement dans les grandes villes. Cependant, cette prospérité du pays n'avait pas profité à la population.

La Russie restait cependant un pays essentiellement rural (85% de la population). Si une partie des paysans s'était enrichie et constituait une sorte de bourgeoisie rurale, soutenant le régime, le nombre de paysans sans terres avait augmenté, créant un véritable prolétariat rural, réceptif aux idées révolutionnaires. Un député à la douma signalait que dans bien des villages, la présence de blattes dans les maisons était considérée comme un signe de richesse.

Or, après la scolarisation menée quelques années auparavant, une partie des ouvriers avait été conquis par des idées marxistes et autres idéologies révolutionnaires. Toutefois, le pouvoir tsariste fit preuve d’immobilisme. Aux XIXe et XXe siècles, des mouvements organisés par des membres de toutes les classes de la population (étudiants ou ouvriers, paysans ou nobles) tentèrent de renverser le gouvernement – sans succès, certain se tournant vers le terrorisme et les attentats politiques. Les mouvements révolutionnaires étaient soumis à une dure répression, menée par la toute-puissante Okhrana, la police politique du Tsar. De nombreux révolutionnaires étaient emprisonnés ou déportés, d'autres réussissaient à fuir et à rejoindre les rangs des exilés. De ce point de vue, la révolution de 1917 n’est que l’aboutissement d’une longue succession de petites révoltes, et les réformes nécessaires que ni les révoltes paysannes, ni les attentats politiques, ni l'activité parlementaire de la douma n'avaient réussi à imposer viendront finalement d'une révolution impulsée par le prolétariat.

Les évènements se déroulèrent en deux grandes étapes.

[modifier] Révolution de février 1917

Les défaites successives de la Russie lors de la Première Guerre mondiale fut un des déclencheurs de la révolution. À l'entrée en guerre, tous les partis étaient pour cette participation, à l’exception du parti social-démocrate (POSDR). La guerre amena une suite impressionnante de malheurs en Russie. Dès le début du conflit, après quelques succès initiaux, l'armée connaît de lourdes défaites (en Prusse orientale notamment) ; les usines s’avèrent insuffisamment productives, le réseau ferroviaire insuffisant, le ravitaillement en armes et denrées de l’armée boiteux. Dans l’armée, les pertes battirent tous les records (1 700 000 morts et 5 950 000 blessés) et des mutineries éclatèrent, le moral des troupes se trouvant au plus bas. Les soldats supportaient de moins en moins l'incapacité des officiers (on a ainsi vu des unités monter au combat avec des balles ne correspondant pas au calibre de leur fusil), les brimades et punitions corporelles en usages dans l'armée.

La famine grondait, les marchandises se faisaient rares. L’économie russe, qui venait de connaître le taux de croissance le plus élevé d’Europe était à présent coupée du marché européen. La Chambre basse du Parlement russe (la Douma), constituée de partis libéraux progressistes, mit en garde le tsar Nicolas II et lui conseilla de former une nouvelle sorte de gouvernement constitutionnel. Mais le tsar ignora l’avis de la Douma.

Le mois de février 1917 rassemblait toutes les caractéristiques pour une révolte populaire : hiver rude, pénurie alimentaire, lassitude face à la guerre… Tout commença par des grèves spontanées, début février, des ouvriers des usines de la capitale Petrograd. Pendant ces grèves, des manifestations furent organisées pour réclamer du pain. Ces manifestations furent soutenues par la main-d’œuvre industrielle, trouvant là une raison de prolonger la grève. Le premier jour, malgré quelques confrontations avec les forces de l’ordre, il n’y eut aucune victime.

Les jours suivants, les grèves se généralisèrent dans tout Petrograd et la tension monta. Les slogans, jusque là plutôt discrets, se politisèrent : « À bas la guerre ! », « À bas l’autocratie ! ». Cette fois, les affrontements avec la police firent des victimes des deux côtés. Les manifestants s’armèrent en pillant les postes de police.

Après trois jours de manifestations, le Tsar mobilisa les troupes de la garnison de la ville pour mater la rébellion. Les soldats résistèrent aux premières tentatives de fraternisation et tuèrent de nombreux manifestants. Toutefois, durant les nuits, les troupiers rejoignirent le camp des insurgés, qui purent ainsi s’armer plus convenablement. Entre-temps, le tsar, désemparé, n'ayant plus les moyens de gouverner, avait dissout la Douma et élu un comité provisoire.

C'est le triomphe de la révolution. Le tsar Nicolas II abdique le 2 mars (jusqu'en 1918, la Russie utilisait le calendrier julien, qui a 13 jours de retard sur celui grégorien. Le 2 mars de "l'ancien style" correspond donc au 15 mars du "nouveau style"). Tous les régiments de la garnison de Petrograd se joignirent aux révoltés. Cet épisode de la révolution fit tout de même des centaines de victimes, en majorité parmi les manifestants. Elle amena la mort du tsarisme et les premières élections au soviet des ouvriers de Petrograd.

[modifier] La dualité des pouvoirs

Image:Gouvernement provisoire russe.jpg Un gouvernement provisoire élu par la Douma, dirigé par Michel Rodzianko, ancien officier du Tsar, monarchiste et riche propriétaire de Terres, s'installe. Ainsi, officiellement, même s'il est issu d'une révolution des ouvriers et soldats, le pouvoir est au mains d'un gouvernement provisoire, dirigé par des politiciens libéraux (principalement du parti Kadet, le parti de la bourgeoisie libérale). Mais en réalité, il doit composer avec les soviets, assemblées élues d'ouvriers et de soldats. En effet, les ouvriers de Petrograd recréent spontanément les conseils (soviet en Russe) de représentant élus des ouvriers, paysans et soldats, expérimentés en 1905. Dès début mars, des soviets existent dans les principales villes du pays, ils surgiront dans les campagnes en avril et mai.

La période suivant l'abdication du tsar est donc confuse, et les gouvernements provisoires se succèdent rapidement au fur et à mesure que la révolution gagne en profondeur et que la masse des ouvriers et paysans se politise. Le programme du soviet de Petrograd est la paix démocratique immédiate, la terre aux paysans, la journée de 8 heures et une république démocratique. Ce programme est inapplicable par la bourgeoisie libérale qui a pris le pouvoir à la suite de la révolution, et qui ne veut ni rompre avec ses alliés, ni toucher à la propriété des terres par la noblesse féodale, ni accorder la journée de 8 heures. Mais le gouvernement provisoire ne peut gouverner sans l'appui incertain des soviets, qui ont le soutient et la confiance de la grande masse des travailleurs. Le soviet est donc à la fois un club dans lequel les ouvriers se rendent pour discuter de la situation, et un organe de gouvernement.

La révolution s'étend dans tout le pays: dans les villes et les villages, à l'annonce de la révolution dans la capitale, des soviets se forment et les notables qui dirigeaient au nom du tsar sont destitués. Les soviets sont alors dominés par des partis socialistes, Mencheviks et Socialistes-Révolutionnaires, les bolcheviks, malgré leur nom, sont minoritaires.

[modifier] Les journées d'avril

Malgré la volonté populaire d'en finir avec la guerre, l'implication dans la première guerre mondiale n'est pas remise en cause. En avril, la publication d'une note secrète du gouvernement à ses alliés, indiquant qu'il ne remettra pas en cause les traités tsaristes et continuera la guerre, provoque la colère des soldats et ouvriers. Des manifestations pour et contre le gouvernement causent les premiers véritables affrontements armés de la révolution. Les socialistes modérés entrent au gouvernement, soutenus par la majorité des ouvriers qui pensent qu'ils pourront faire pression pour arrêter la guerre.

Peu après son retour en Russie, Lénine fait paraître ses Thèses d'avril, dans lesquelles il s'oppose au gouvernement provisoire et explique que seul le plein pouvoir aux soviets est à même de sauvegarder les acquis de la révolution. Il prône la confiscation et le partage des terres par les paysans, le passage immédiat à une république des soviets et le boycott du gouvernement provisoire. Avec l'effondrement économique et la poursuite de la guerre, les idées du parti bolchevik, dirigé par Lénine et Trotsky gagnent de l'influence. Début juin, les bolcheviks sont majoritaires dans le soviet ouvrier de Petrograd.

[modifier] Les journées de juillet

Les 3 et 4 juillet, les ouvriers et soldats de Petrograd manifestent pour exiger des dirigeants du soviet de Petrograd qu'il prenne le pouvoir. Les bolcheviks s'opposent à une insurrection, estimant qu'il est encore trop tôt pour renverser le gouvernement provisoire : les bolcheviks ne sont majoritaires qu'à Petrograd et Moscou, tandis que les partis socialistes modérés conservent une influence importante dans le reste du pays. Ils préfèrent laisser le gouvernement aller au bout de ses possibilités et montrer son incapacité à gérer les problèmes de la révolution : la paix, la journée de 8 heures, la réforme agraire.

[modifier] La montée de la réaction

La répression s'abat néanmoins sur les bolcheviks. Trotsky est emprisonné, Lénine est obligé de fuir, et se réfugie en Finlande, le journal bolchevik, "Rabotchi I Soldat" ("Ouvrier et Soldat") est interdit. La réaction s'installe et le tsarisme relève la tête ; des pogroms se produisent en province. Les régiments de mitrailleurs qui ont soutenus la révolution sont dissous, envoyés au front par petit détachements, les ouvriers sont désarmés. 90 000 hommes doivent quitter Petrograd, les "agitateurs" sont emprisonnés. Le 8 juillet, le général Kornilov, qui commande le front sud-ouest, donne l'ordre d'ouvrir le feu à la mitrailleuse et l'artillerie sur les soldats qui reculeraient (du 18 juin au 6 juillet, une offensive sur ce front fait 58 000 morts).

Le gouvernement ne peut ni ne veut s'opposer à la montée de la réaction. Kerensky, arrivé au pouvoir après les journées de juillet perd de plus en plus la considération des masses populaires.

Le général Kornilov incarne les espoirs des anciennes classes dirigeantes, noblesse et grande bourgeoisie. Monarchiste "Cent-Noir", il a déjà en avril donné l'ordre de fusiller les déserteurs et d'exposer les cadavres avec des écriteaux sur les routes, et menacé de peines rigoureuses les paysans qui s'en prendraient aux domaines seigneuriaux.

Dans les usines et l'armée, le danger d'une contre-révolution prend corps. Les syndicats, dans lesquels les bolcheviks sont majoritaires (malgré la répression) organisent une grève massivement suivie.

[modifier] Le soulèvement de Kornilov

Fin août 1917, Kornilov organise un soulèvement armé, et jette 3 régiments de cavalerie par voie de chemin de fer sur Petrograd, dans le but affiché d'écraser dans le sang les soviets et les organisations ouvrières. Face à l'incapacité du gouvernement provisoire à se défendre, les bolcheviks organisent la défense de la capitale. Les ouvriers creusent des tranchées, les cheminots envoient les trains sur des voies de garage, et les troupes finissent par se dissoudre.

Les conséquences du putsch sont énormes: les masses se sont réarmées, les bolcheviks peuvent sortir de leur semi-clandestinité, les prisonniers politiques de juillet, dont Trotsky, sont libérés par les marins de Kronstadt.

[modifier] La montée des bolcheviks

De plus en plus d'ouvriers et soldats pensent qu'il ne saurait y avoir de conciliation entre l'ancienne société défendue par Kornilov et la nouvelle. Le putsch et l'effondrement du gouvernement provisoire, en donnant aux soviets la direction de la résistance renforce leur autorité et accroît l'audience des bolchéviks. Leur prestige se trouve grandit : aiguillonnées par la contre-révolution, les masses se radicalisent, des soviets, des syndicats se rangent du côté des bolcheviks. Le 31 août, le soviet de Pétrograd accorde la majorité aux bolcheviks, et élit Trotsky à sa présidence le 30 septembre. Toutes les élections montrent cette montée ; ainsi, aux élections municipales de Moscou, entre juin et septembre, les SR passent de 375 000 suffrages à 54 000, les mencheviks de 76 000 à 16 000, les cadets de 109 000 à 101 000 voix, alors que les bolcheviks passent de 75 000 à 198 000 voix. Le mot d'ordre "tout le pouvoir au soviets" dépasse largement les bolcheviks et est repris par des ouvriers SR ou mencheviks. Le 31 août, le soviet de Pétrograd et 126 soviets de province votent une résolution en faveur du pouvoir des soviets.

La révolution se poursuit, les paysans s'emparent des terres des seigneurs sans attendre la réforme agraire promise et constamment retardée par un gouvernement provisoire. Les soldats désertent en masse les tranchées, qui se vident peu à peu.

Ainsi, les bolcheviks, qu'on qualifiait encore en juillet d'une "insignifiante poignée de démagogues" contrôlent la majorité du pays.

[modifier] Révolution d'octobre 1917

[modifier] La préparation de l'insurrection

En octobre, Lénine et Trotski considèrent que le moment est venu d'en finir avec la situation de double pouvoir. Les débats au sein du Comité central du Parti bolchévik afin que celui-ci organise une insurrection armée et prenne le pouvoir sont vifs, certains considérant qu'il faut encore attendre et agir en accord avec d'autres formations révolutionnaires. Mais Lénine et Trotski l'emportent et après avoir résisté, le Comité approuve et organise l’insurrection, qui doit se tenir juste avant l'ouverture du IIe congrès des soviets, lequel doit se réunir le 25 octobre.

[modifier] L'insurrection

L'insurrection éclate dans la nuit du 24 au 25 octobre (dans l'ancien calendrier tsariste, ce qui correspond à la nuit du 6 au 7 novembre). Un Comité Militaire Révolutionnaire dirigé par Trotski et composé d’ouvriers armés, de soldats et de marins est créé et prépare l'insurrection : prise d’assaut des points stratégiques de la ville : le Palais d'hiver, siège du Gouvernement provisoire.

Le 7 novembre 1917, les dirigeant bolchevik Lénine et Trotsky lancent leurs partisans dans un soulèvement à Pétrograd (alors capitale de la Russie) contre le gouvernement provisoire dirigé par Kerensky (notons qu'à cette époque, la Russie utilise encore le calendrier julien : la date du 7 novembre (grégorien) correspond au 25 octobre julien).

Dans tous le pays, des assemblées d’ouvriers, de soldats, de paysans, se réunissent, discutent pour savoir s’ils doivent combattre ou soutenir la révolution. John Reed décrit le meeting qui se tient au moment même de l’insurrection dans un régiment d’automitrailleuses basé à Petrograd. Les orateurs Bolcheviks, SR et Mencheviks se suivent à la tribune. Une cinquantaine de soldats condamnent l’insurrection, plusieurs centaines l’approuvent. J. Reed écrit :
« 

Qu'on s'imagine cette lutte renouvelée dans chaque caserne de la ville, de la région, sur tout le front, dans la Russie tout entière (…). Qu'on s'imagine la même scène se répétant dans toutes les permanences des syndicats, dans les usines, dans les villages, à bord des navires ; qu'on songe aux centaines de milliers de Russes, ouvriers, paysans, soldats, marins, contemplant les orateurs, s'appliquant avec une telle intensité à comprendre et à choisir, réfléchissant avec une telle acuité, et, à la fin, se décidant avec une telle unanimité ! Ainsi était la Révolution russe » </blockquote>

Les évènements à Pétrograd se déroulèrent presque sans effusion de sang : les bolcheviks parvinrent à prendre les symboles gouvernementaux sans résistance avant de lancer un assaut final sur le Palais d'hiver. Ce dernier, défendu par des bataillons féminins, céda au prix limité de six morts. Les films officiels tournés plus tard montrèrent ces évènements sous un angle héroïque, bien que dans la réalité les insurgés n'eurent à faire face qu'à une faible résistance. En effet, parmi les troupes cantonnées dans la capitale, seuls quelques bataillons d'élèves officiers ("junkers") soutiennent le gouvernement provisoire, l'immense majorité des régiments se prononçant pour le soulèvement ou se déclarant neutres dans le conflit entre les soviets et le gouvernement provisoire. Pendant que se déroulaient les événements, les tramways continuaient à circuler et les théâtres à jouer. Un des événements les plus décisifs du XXe siècle avait lieu sans que grand monde ne s'en rende compte.

[modifier] Le congrès des Soviets

Alors que les bolcheviks etaient encore pourchassés la veille, leurs journaux interdits et certains de leurs dirigeants en prison, ils sont désormais maîtres de la ville.

Si une poignée de partisans a pu se rendre maître de la capitale face à un gouvernement provisoire que plus personne ne soutient, le soulèvement doit maintenant être ratifié. Le lendemain, 25 octobre, Trotsky annonce officiellement la dissolution du gouvernement provisoire lors de l'ouverture du Congrès pan-russe des soviets des députés ouvriers et paysans (649 délégués y furent élus, dont 390 bolcheviks).

Certains délégués socialistes se déclarent outrés de cette « conjuration ourdie dans le dos des soviets. » Environ 110 délégués Mencheviks et SR quittent la salle, 150 délégués SR choisissant d'approuver l'insurrection (ils formeront les SR de gauche). Ces défections furent accompagnées de ce commentaire de Léon Trotsky : « Partez, allez-y, partez, vous rejoignez les tas de poussière de la société, dans les poubelles de l'Histoire. » Les 540 délégués restant approuvent la création d'un nouveau gouvernement de 15 commissaires du peuples, tous bolcheviks, et d'un comité exécutif composé de 71 bolchéviks et 29 SR.

Les opinions sur cette ratification par le congrès des soviets sont constrastées. Pour certains, comme Nicolas Werth, les bolcheviks prétendent avoir reçu un mandat des soviets, prétention qui va "abuser des générations de crédules" (N. Werth). Pour d'autres, les bolcheviks représentent bien la majorité des ouvriers et paysans de russie, comme l'anarchiste Victor Serge, qui écrit :
« 

On affirme encore que l'insurrection du 7 novembre 1917 fut l'œuvre d'une minorité de conspirateurs, le Parti bolchevik. Rien n'est plus contraire aux faits véritables. 1917 fut une année d'action de masses étonnante par la multiplicité, la variété, la puissance, la persévérance des initiatives populaires dont la poussée soulevait le bolchevisme. » </blockquote>

Le congrès adopte les décrets transférant "tout le pouvoirs aux soviets", et les décrets sur la terre, la paix, et le contrôle ouvrier sur la production. Lorsque Lénine fit sa première apparition publique, il fut véritablement ovationné et sa première déclaration fut : « Nous allons maintenant procéder à la construction de l’ordre socialiste. » Image:Long live the universal October - Klutsis - 1933.jpg Le jour suivant, les Soviets élirent un conseil des commissaires du peuple comme base du nouveau gouvernement soviétique, en attendant la convocation d'une assemblée constituante (c’est ce « conseil des commissaires » qui détient alors en fait le pouvoir).

[modifier] Les premiers décrets

Dans les quelques heures qui suivirent, une poignée de décrets allait jeter les bases de la révolution.

  • Décret sur la Paix. Tout d'abord, Lénine annonce l'abolition de la diplomatie secrète et la proposition à tous les pays belligérants d'entamer des pourparlers "en vue d'une paix équitable et démocratique, immédiate, sans annexions et sans indemnités." Seule l'Allemagne accepte. Trotski, nommé commissaire du peuple aux Affaires Etrangères, fait alors publier les traités secrets entre grandes puissances, tel le pacte d'alliance franco-russe de 1894 ou les accords Sykes-Picot de 1916 partageant d'avance le Proche-Orient entre les Alliés. Le 15 décembre, un Armistice russo-allemand est signé à Brest-Litovsk et des négociations de paix s'engagent.
  • Ensuite, un décret sur la terre: "la grande propriété foncière est abolie immédiatement sans aucune indemnité", et laisse aux soviets de paysans la liberté d'en faire ce qu'ils désirent, socialisation de la terre ou partage entre les paysans pauvres. Dans les faits, ce décret entérine la réalité existante, puisque les paysans ont spontanément procédé depuis l'été à des occupations massives de grands domaines.
  • D'autres mesures suivront, comme la nationalisation des banques (14 décembre), le contrôle ouvrier sur la production, la création d'une milice ouvrière, la souveraineté et l'égalité de tous les peuples de Russie, leur droit à disposer d'eux-même "y compris par la séparation totale et la constitution d'un Etat indépendant", la suppression de tout privilège à caractère national ou religieux, la séparation de l'Eglise orthodoxe et de l'Etat, le passage du calendrier julien au calendrier grégorien, etc.

La tentative de prendre Moscou du 28 octobre au 2 novembre rencontra de violentes résistances. L'assaut du Kremlin y fut conduit par le jeune Nicolas Boucharine. Conscients qu'ils ne pourraient gouverner sans l'appui du monde rural, constituant l'immense majorité du pays, les bolcheviks convoquèrent du 10 au 16 novembre un congrès paysan, qui malgré une majorité SR hostile aux bolcheviks, adopta le décret sur la terre et apporta son soutien au nouveau gouvernement révolutionnaire, consacrant très provisoirement l'union entre le prolétariat et la paysannerie.

En prenant le pouvoir à Petrograd, Lénine et Trotsky savaient et réaffirmaient qu'ils ne pourraient tenir sans le renfort de révolutions dans des pays industrialisés, l'Allemagne, la France et l'Angleterre. Dans les mois qui suivent, une vague de révolutions éclate en Allemagne (révolution allemande de 1918-1919), en Hongrie (où une République des conseils voit le jour, dirigée par Bela Kun), en Finlande. D'autres pays, comme l'Italie, connaissent des grèves insurrectionnelles. Mais ces révolutions sont partout écrasées dans le sang (en Finlande, la terreur blanche fait 35 000 morts, la social-démocratie allemande fait appel aux corps francs pour réprimer la révolution ouvrière, et fait assassiner les dirigeants spartakistes Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg). La vague révolutionnaire finit par reculer, et le pouvoir bolchevik est isolé.

[modifier] Les débuts du régime bolchevik

[modifier] Les points de vue de différents partis

Certains partis se prononcent pour un rétablissement de la monarchie, et comptent sur un coup de force militaire, comme celui du général Kornilov en septembre 1917, ou du général Krasnov au lendemain de l’insurrection d’octobre. Mais parmi les partis se réclamant du socialisme, les points de vue sont également partagés sur la politique à suivre.

[modifier] Les Mencheviks

L’opinion quasi unanime parmi les marxistes russes était que la Russie n’était mûre que pour une révolution bourgeoise, le prolétariat étant trop faible numériquement et inexpérimenté. C’est cette conviction qui guide la politique des Mencheviks : la révolution doit se cantonner aux tâches que l’analyse marxiste assignait à la révolution bourgeoise, celles accomplies par la révolution française de 1789 : la fin du féodalisme et la réforme agraire. Leur soutien puis leur participation au gouvernement provisoire allaient leur faire perdre une partie de leur influence (aux élections municipales de Moscou, ils passent de 76 000 à 16 000 voix entre juin et septembre 1917). Ils considèrent que les préalables nécessaires pour l'instauration du socialisme n'existent pas encore.

[modifier] Les Bolcheviks

Si au tout début de la révolution ces thèses étaient également partagées par bien des bolcheviks, Lénine, à son retour en Russie, allait convaincre, dans les thèses d’avril son parti qu’il ne fallait pas confier à un gouvernement bourgeois la défense de la révolution. Pour les Bolcheviks, seuls le pouvoir aux soviets et la poursuite de la révolution peuvent arrêter la guerre et assurer les conquêtes de la révolution de Février. Cette opinion devient majoritaire dans les soviets au début de l’automne 1917, conduisant à l’insurrection et au renversement du gouvernement provisoire. En 1917, les bolcheviks n’ont nullement l’intention de construire le socialisme dans la seule Russie, sous-développée et arriérée (des propres dires de Lénine et Trotsky), et ils affirment qu’il est impossible de bâtir une telle société sur des bases économiques inférieures à celles des pays les plus industrialisés. Mais ils espèrent être la première victoire ouvrière d’une série de révolutions en Europe, qui seule permettrait à la révolution de tenir. Trotsky déclare au congès des soviets qui approuve l’insurrection : Ou bien la Révolution russe soulèvera le tourbillon de la lutte en Occident, ou bien les capitalistes de tous les pays étoufferont notre révolution.

[modifier] La situation économique au lendemain de la révolution d'octobre

La guerre mondiale a saigné la Russie, et l’a privé d’une grande part de ses approvisionnements. Déjà avant octobre 1917, le Gouvernement Provisoire de Kerensky avait dû procéder à des réquisitions forcées des stocks de nourriture afin de nourrir les villes, où la famine guette. En arrivant au pouvoir les Bolcheviks tentent de renoncer à ces pratiques impopulaires, mais devant l'aggravation de la situation sanitaire et économique, ils devront y recourir à nouveau. La guerre et la guerre civile provoquent une chute dramatique de la production industrielle. Selon Trotsky, la production industrielle de 1921 représente moins d’un cinquième de celle d’avant guerre, la production d’acier chute de 4 200 000 à 180 000 tonnes

Déjà avant octobre 1917, le Gouvernement Provisoire de Kerensky devait procéder à des réquisitions forcées des stocks de nourriture afin de nourrir les villes. En arrivant au pouvoir les Bolcheviks tentèrent d'y renoncer mais avec la guerre civile, la situation sanitaire et économique allait se dégrader encore. Un régime spécial, appelé "communisme de guerre" fut instauré.

En effet, avec l'occupation de l'Ukraine par les troupes allemandes, l'embargo sur la Russie décrété par les principales puissances (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne et Japon) et les débuts de la guerre civile, la situation se dégrade brutalement, provoquant une quasi disparition de toute activité économique dans le pays. En janvier 1918, la ration de blé moyenne dans les grandes villes tombe à 3 livre par mois. Des entreprises doivent fermer, les ouvriers ne trouvant plus de quoi se nourrir, des bandes de pillards parcourent les campagnes à la recherche de nourriture, des détachements de déserteurs se heurtent à l'armée. La production industrielle chute dramatiquement, rendant impossible le troc de produits manufacturés avec les paysans, contre de la farine.

Les soviets organisent des détachements d'ouvriers, chargés de procéder à des réquisitions dans les campagnes, entraînant une chute de la production agricole. Les blancs, bien que proclamant le libre échange sont eux-aussi contraints de recourir aux réquisitions forcées. Il faudra attendre la fin de la guerre civile en 1921 pour que Lénine puisse mettre fin au « communisme de guerre », et tente de faire repartir la machine économique avec l'instauration de la Nouvelle Politique Economique (NEP).

Plus tard, certains historiens accuserons Lénine d'utiliser la famine pour soumettre les régions récalcitrantes (méthode reprise ensuite par Staline en Ukraine) : "C'est précisément maintenant, que les régions en famine mangent de la chair humaine, et que des milliers de cadavres jonchent les chemins, que nous devons exécuter la confiscation des biens de l'église avec l'énergie la plus sauvage et la plus impitoyable, et écraser toute velléité de résistance, avec une telle brutalité qu'on en parlera pendant des dizaines d'années."

[modifier] Les relations entre les bolcheviks et la paysannerie

L'un des premiers décrets du gouvernement bolchévik avait été l'abolition de la grande propriété foncière et l'initiative laissée aux paysans quant à la répartition ou la socialisation des terres.

Ce décrèt est en rupture avec le programme bolchevik, qui prévoyait la nationalisation des terres.

Pour certain, il s'agit là d'une manoeuvre des bolcheviks: il marque aussi un malentendu entre les Bolcheviks et les paysans. Les premiers visent à terme au collectivisme intégral, les seconds à l'extension et à la multiplication de la petite propriété. Les Bolcheviks ont habilement repris depuis plusieurs mois le programme des SR, que ces derniers ont été incapables de mettre en œuvre, mais de ce fait les paysans ne sont que conjoncturellement séduits par le parti de Lénine, qui reste avant tout collectiviste, urbain et ouvriériste. De leur côté, les bolcheviks pour leur part se déclarent toujours partisant de la nationalisation, mais disent n'avoir ni le désir ni les moyens de l'imposer aux paysans. Lénine écrit:

« 

Nous ne pouvons ignorer la décision de la base populaire, quand bien même nous ne serions pas d'accord avec elle... Nous devons donner aux masses populaires une entière liberté d'action créatrice... En somme, et tout est là, la classe paysanne doit obtenir la ferme assurance que les nobles n'existent plus dans les campagnes, et il faut que les paysans eux-mêmes décident de tout et organisent leur existence.  » </blockquote> En effet, pour les bolchevik, c'est la réforme agraire qui est à l'ordre du jour, et non la construction d'une société socialiste, dont ils pensent que l'instauration est impossible dans un pays pauvre comme la Russie.

Enfin, en prenant le pouvoir, le parti hérite du problème catastrophique du ravitaillement des villes, qui a déjà fait tomber Nicolas II et Kerensky. La nécessité de procéder à des réquisitions de céréales s'il veut survivre porte en elle les germes d'un conflit avec la paysannerie, effectif dès 1918.

[modifier] Les débuts de la guerre civile

Au lendemain de la révolution d'octobre, Kerensky et le général blanc Krasnov organisent un soulèvement pour renverser le gouvernement bolchevik, appuyée par une mutinerie des élèves officiers à Petrograd, rapidement défait par les gardes rouges. En novembre, une armée de volontaire est montée dans les régions cosaques par le général tsariste Alekseev, rejoint en décembre par le général Kornilov. Ils combattent les bolcheviks et prennent Rostov en décembre.

C'est surtout à partir du printemps 1918 que les Mencheviks et Socialistes-révolutionnaires rejoignent les blancs dans la lutte armée contre les bolcheviks.

[modifier] Le problème de la coalition

Le 2e congrès des soviets avait approuvé la nomination d'un gouvernement composé uniquement de Bolcheviks. Or pour les militants bolcheviks, cette solution de peut être que temporaire. Victor Serge écrit: "On affirme que les bolcheviks voulurent tout de suite le monopole du pouvoir. Autre légende ! Ils redoutaient l'isolement du pouvoir. Nombre d'entre eux furent, au début, partisans d'un gouvernement de coalition socialiste". De fait dès le lendemain de l'insurrection victorieuse, la quasi totalité de délégués au congrès vote une résolution du menchevik Martov, soutenue par le bolchevik Lounatcharski demandant que le conseil des commissaires du peuple soit élargi à des représentants d'autres partis socialistes. Le syndicat des cheminots, le Vikhjel, reprend cette revendication. Une délégation conduite par Kamenev rencontre les représentants mencheviks et SR, qui exigent le désarmement des gardes rouges, un gouvernement sans Lénine ni Trotsky, et le fait que le gouvernement ne soit pas responsable devant les soviets.

Les négociations entrainent de vifs débats au sein du parti bolchevik, les dirigeants étant partagés sur les concessions possibles, et menant le parti bolchevik au bord de la scission. Finalement, les mencheviks et les SR refusent une coalition, et seule une partie des SR, devenant les SR de gauche accepte de partager le pouvoir avec les bolcheviks, et entre au gouvernement.

[modifier] Les premiers jours

Les avis sur les premiers jours suivant la révolution d'octobre sont partagés.

Pour certains, il s'agit dès le début d'une dictature. Dès le lendemain du 7 novembre, certains journaux de droite qui appèlent à l'insurrectiona armée contre le gouvernement sont interdits. les journaux bolcheviks, interdits par le gouvernement provisoire, sont à nouveau autorisés. Les sept principaux titres de la capitale disparaissent, la radio et le télégraphe sont mis sous contrôle. Alors qu'à peu près tous les fonctionnaires de Petrograd se sont mis en grève pour protester contre le coup de force, des listes publiques livrent à la vindicte populaire tout fonctionnaire qui refuse de servir le nouveau pouvoir. Déjà de nombreux suspects sont jetés en prison sans jugement. Le 10 décembre, tout membre du parti KD est déclaré hors-la-loi. La notion vague d’« ennemi du peuple », celle de « suspect », ou encore l'accusation d'"appartenance à une classe hostile" sont déjà abondamment employées dès novembre 1917, notamment par Félix Dzerjinski, bientôt fondateur de la Tchéka. Ces notions étaient inemployées auparavant, mais auront une longue postérité. Contrairement aux idées reçues, la construction de la dictature exclusive du parti bolchevik n'est pas un produit de la lutte nécessaire contre le péril contre-révolutionnaire. Elle est lancée bien avant l'éclatement de la guerre civile à l'été 1918, et même avant le printemps de cette année-là, à une époque où le pays est globalement calme (à peine 3.000 insurgés cosaques avant cette date, tous dans le Caucase).

D'autres estiment que c’est surtout la clémence qui marque les premiers temps du régime soviétique. Les ministres du gouvernement provisoire sont arrêtés, et rapidement relâchés. La plupart participeront par la suite à la guerre civile aux cotés des monarchistes. Le général Krasnov, qui s'est soulevé au lendemain de l'insurrection d'octobre, est mis en liberté avec d'autres officiers contre leur parole de ne pas reprendre les armes contre le régime soviétique. Ils formeront les cadres de l’armée Blanche dans les mois suivants.

Lénine a refusé en octobre 1917 les avertissements de Kamenev et Zinoviev, qui préféraient une alliance préalable avec les autres forces révolutionnaires et un partage équitable du pouvoir, et qui avaient mis en garde contre le risque d'isolement des bolcheviks face aux oppositions. Le coup de force d'Octobre a mis les autres partis devant le fait accompli, et la proposition bolchevique de partager le pouvoir (les Bolcheviks n'étaient ni majoritaires ni encore assez forts pour se passer de la faire) avait toutes raisons d'apparaître à ces derniers comme purement tactique, sinon comme passablement hypocrite.

Plus globalement, les Bolchéviks n'ont que mépris pour le "crétinisme parlementaire", la "justice bourgeoise" et autres "libertés formelles". Depuis les années 1900, Lénine a aussi théorisé l'idée du parti-guide, "avant-garde du prolétariat". Cette assimilation du Parti aux masses conduit à mettre automatiquement hors-la-loi comme ennemi du peuple toute personne, tout groupe qui entre en désaccord avec lui - ce qu'avaient déjà dénoncé en leur temps Rosa Luxemburg ou encore Trotski lui-même en sa période menchevik.

Quelle que soit la part indéniable des circonstances qui contribueront à radicaliser la dictature (explosions de violences populaires dans toute la Russie depuis le printemps 1917, effondrement du ravitaillement et de l'économie, puis formation des armées blanches), les Bolcheviks n'ont à aucun moment envisagé de bâtir autre chose qu'un régime de parti unique débarrassé de toute opposition.

(voir pour cette partie et les suivantes : Nicolas Werth, "Un Etat contre son peuple", in Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 1997 ; Jacques Baynac, La Terreur sous Lénine, Poche, 1998 ; Marc Ferro, La révolution de 1917, Flammarion, 1967) H. Carrère d'Encausse, Lénine, Fayard, 1998 ; ou encore John Keegan, La Grande Guerre, Perrin)

[modifier] La construction d'un État policier

Dès le 20 décembre 1917, la Tchéka est fondée. Son action n'a aucune base légale ni judiciaire (le décret qui la fonde n'est rendu public qu'après la mort de Lénine), et cette « commission extraordinaire » se veut indépendante du gouvernement, de la justice et des lois. Parmi les saboteurs et ennemis prévus par le décret susdit figurent KD, SR de droite, journalistes, grévistes... D'emblée la Tchéka multiplie les appels à la délation, à la constitution de Tchékas locales, etc. Fondée avec 100 fonctionnaire (dont Menjinski, Peters, Iagoda), elle en compte 12.000 dès juillet 1918. Lorsqu'elle arrive à Moscou, et s'installe à la Loubianka, le 10 mars 1918, elle a sur place 600 membres. En juillet, elle en a 2000. Dès cette date, les effectifs policiers dont dispose Lénine sont supérieurs à ceux de l'Okhrana sous Nicolas II.

Selon l’historien Pierre Broué, la Tchéka, crée en décembre 1917 commence à frapper à partir de mars au moment de l’offensive Allemande. La répression s’aggrave en juillet après l’assassinat de Volodarski par des SR. Mais c’est au cours de l’été 1918 que les choses changent brutalement, avec l’insurrection des SR de gauche de Moscou, et une série d’attentats contre les dirigeants bolcheviks (Ouritski est assassnié le 30 aout, Lénine grièvement blessé). S’inspirant de l’exemple des jacobins de la révolution française, les dirigeants bolcheviks déclarent opposer à la "terreur blanche" la "terreur rouge". Selon la Tcheka elle-même il y a 22 exécutions dans les 6 premiers mois de 1918, 6 000 pour les six derniers (bien que ces chiffres soient probablement largement sous-estimés, ils montent l'intensification de la répression à partir du début de la guerre civile). Selon l’historien Chamberlain (cité par Broué), la terreur rouge pourrait avoir fait environ 50 000 victimes.

Victor Serge fait remarquer que l’ensemble de la terreur rouge a fait bien moins de victimes que certaines journées de la bataille de Verdun. Il estime que la création de la Tcheka et ses procédures secrètes est la plus grave erreur du pouvoir bolchevique. Il note toutefois que la jeune république vivait sous des "périls mortels" et que l’initiative de la terreur blanche a précédé celle de la terreur rouge. Il note que Dzerjnski redoutait les excès des tchéka locales, et que bien des tchékistes furent eux-même fusillés pour cela.

À Steinberg, ministre SR de la Justice, qui tente de freiner les actions illégales de la Tchéka, et s'exclame devant lui : « A quoi bon un Commissariat à la Justice? appelons-le commissariat à l’extermination sociale, la cause sera entendue », Lénine répond : « Excellente idée, c’est comme ça que je vois la chose. Malheureusement, on ne peut l’appeler ainsi. »

[modifier] La dissolution de la Constituante

Réclamée par tous les programmes des partis révolutionnaires depuis le XIXe siècle, l'assemblée constituante russe est élue en décembre 1917. Bien qu'ils atteignent 25% des voix et 175 élus, les Bolcheviks sont minoritaires avec 175 élus sur 707 députés. Les campagnes ont préféré voter pour les SR, leurs alliés traditionnels.

La dissolution de la Constituante par les gardes Rouges suit immédiatement sa première réunion, le 19 janvier 1918. Vingt des manifestants protestant contre la décision sont tués : Gorki saluera en eux, à leurs obsèques, les martyrs d’une expérience démocratique de quelques heures à peine, attendue pendant cent ans.

Selon le mot de Jacques Baynac (dans La Terreur sous Lénine, Le Livre de Poche, 1998), les résultats de l'élection indiquaient que le pays ne voulait majoritairement ni du gouvernement issu de la révolution de février, ni de celui issu de la révolution d'octobre. Il n'y aura cependant pas de révolution de janvier ou de juillet 1918, répression et guerre civile aidant.

[modifier] La mise au pas des concurrents révolutionnaires

C’est dès le 9 janvier 1918 que le transfert du gouvernement à Moscou est envisagé, alors que les négociations sont en cours à Brest-Litovsk, et que l'armistice avec l'Allemagne tient toujours. Contrairement à ce qui sera affirmé par la suite, cette translation, effective en mars, n'est donc pas due aux offensives allemandes et blanches, mais à une peur que les quartiers ouvriers de Petrograd, toujours affamés et exaspérés, se soulèvent à nouveau, mais cette fois contre le pouvoir né d'Octobre. Il s'agit aussi de démontrer spectaculairement aux opposants de toute sorte que le pouvoir bolchevik peut subsister même hors de son foyer d'origine petrogradois.

Le 27 mars 1918, la Tchéka est chargée des délits de presse. La décision permet d'accentuer considérablement la censure de la presse non-bolchevik.

Le 11-12 avril, une vague de répression anti-anarchiste frappe Moscou : 1000 hommes des troupes spéciales attaquent leurs domiciles, on compte 520 arrestations, 25 exécutions sommaires. Désormais, les anarchistes sont qualifiés officiellement de « bandits » : un mot qui aura de la postérité. Dzerjinski prévient que cette opération n’est qu’un début.

Une recrudescence des SR et des anarchistes inquiète en effet alors le pouvoir. Leur net regain d'audience se lit aux résultats : là où se tiennent encore des élections locales libres, ils en remportent plus de la moitié.

En réaction, en mai-juin 1918, 205 journaux socialistes sont fermés, et la Tchéka dissout l’arme au poing des dizaines de soviets SR ou mencheviks, alors que ceux-ci viennent d'être élus légalement. C’est le cas à Riazan, Tambov, Oral, Kazan…

Le 14 juin 1918, les mencheviks et les SR de gauche sont expulsés du comité exécutif panrusse des soviets, qui ne comprend alors plus d’autre parti que le parti bolchevik. Le 16 juillet, le journal de Gorki, La Vie Nouvelle, est interdit par la Tcheka. C'était le dernier journal indépendant encore en activité en Russie.

Dans les villes, la situation alimentaire demeure explosive. Pas plus que Kerensky Lénine n'a de solution toute prête face à la rupture des échanges villes/campagnes, et au retour des paysans à l'autoconsommation. Les bolcheviks ne peuvent que reprendre la méthode des prélèvements obligatoires effectués par des détachements armés de citadins, ce qui soude les campagnes contre leur pouvoir urbain, et aliène au parti les paysans que le décret sur la terre lui avaient gagné. 150 révoltes paysannes sont réprimées à travers la Russie pour le seul mois de juillet 1918, sans susciter une amélioration notable du ravitaillement urbain. Au contraire, les rations s’effondrent. Dans des dizaines de villes, la Tcheka et certains Gardes Rouges tirent alors sur des marches de la faim, fusillent des grévistes, brisent les meetings populaires.

Une nouvelle pratique est même inaugurée : le lock-out des usines... nationalisées ! Un autre moyen de réprimer les grèves. Le 20 juin 1918, en représailles à l’assassinat d’un responsable bolchevik, 800 meneurs ouvriers sont arrêtés à Petrograd en deux jours, et leur soviet dissout. Le 2 juillet, les ouvriers répliquent par une grève générale à travers Petrograd, en vain.

Refusant ces actes mais aussi le traité de Brest-Litovsk qu'ils interprètent comme une capitulation face à l'impérialisme allemand, les SR de gauche rompent à leur tour avec le gouvernement bolchevik. Le 6 juillet 1918, ils tentent de relancer la guerre contre l'Allemagne en assassinant l'ambassadeur du Reich, Von Mirbach. Le même jour, ils tentent de prendre d'assaut le siège de la Tchéka à Moscou. Virtuellement, la guerre civile opposant les bolcheviks à toutes les autres forces est commencée.

[modifier] La guerre civile russe

[modifier] Les prémices

En janvier 1918, la révolution en Finlande, est réprimée par les "blancs", aidés par la division allemande du général Von der Goltz. La répression est brutale. Les prisonniers rouges sont abattus à la mitrailleuse dans des fossés. La terreur blanche fait 35 000 morts dans un pays de 4 millions d'habitants. 80 000 prisonniers sont enfermés dans les premiers camps de concentration de la guerre civile (tous fermés cependant avant fin 1918, alors que les camps de la Tchéka survivront à la guerre civile et préfigureront en partie le Goulag).

Pour les monarchistes Russes, c'est un exemple à suivre, et un avertissement de ce qui attend les révolutionnaires s'ils perdaient le pouvoir. Plus loin dans le temps, les Bolcheviks se souviennent de l'écrasement impitoyable de la Commune de Paris vaincue, lors de la Semaine Sanglante. Lénine n'a-t-il pas esquissé un pas de danse dans la neige au Kremlin, lorsqu'il s'est aperçu que son gouvernement venait de dépasser d'un jour la durée de la Commune ?

Jusqu'au traité de Brest-Litovsk en mars 1918, divers groupes nationaux, notamment en Ukraine et dans le Caucase, mettent à profit la situation pour tenter de s'émanciper mais les combats restent fort sporadiques.

[modifier] L'intervention étrangère

A partir d'avril, les Alliés - Français et Britanniques - interviennent dans le nord et dans le sud du pays, mais d'abord pour contrer l'occupation allemande. Les bolcheviks ne sont pas initialement hostiles à leur arrivée - Trotski conseille même au soviet de Mourmansk d'accepter leur aide contre toute menace allemande, et laisse d'abord dans l'imprécision l'ennemi que la toute récente Armée Rouge aura à affronter : Allemands ou Alliés ? L'Armistice de Rethondes prévoit par ailleurs l'annulation du désastreux traité de Brest-Litovsk que le gouvernement bolchevik a du conclure en mars 1918.

Ce n'est qu'après leur victoire de novembre 1918 que les Alliés prennent ouvertement position contre les Rouges et aux côtés des « Blancs ». Ecœurés par le traité de Brest-Litovsk qui a permis au Kaiser de transférer ses divisions d'Est en Ouest et de manquer de peu de remporter la victoire en France, beaucoup de dirigeants occidentaux s'en tiennent à l'époque à la thèse infondée d'un Lénine agent des "Boches", et conçoivent au départ leur intervention comme un prolongement de la lutte contre l'Allemagne. S'y mêle ensuite la peur de la contagion révolutionnaire. Comme le déclara Winston Churchill, certes anti-bolchevik particulièrement virulent même au regard des critères de l'époque, « le bolchévisme doit être étranglé dans son berceau ».

L'idée de Lénine et Trotsky n'était pas d'instaurer un régime socialiste dans la seule Russie, mais que l'extension de la révolution aux pays industriellement avancés, comme l'Allemagne était le seul moyen de sauver la révolution.

A partir de l'été 1918, Anglais, Allemands, Français, Américains, Grecs, Polonais, Roumains et Japonais interviennent. Avant l'Armistice de Rethondes, l'Ukraine reste occupée par les troupes allemandes, qui renversent le gouvernement, et privant la Russie d'approvisionnement en blé, les troupes autrichiennes occupent Odessa, les Japonais débarquent à Vladivostok, les Turcs pénètrent dans le Caucase.

Anglais et Français arment le général tsariste Dénikine, les allemands la division cosaque de Krasnov. Le général blanc Kornilov (qui mourra en 1918) écrit "Même s'il faut brûler la moitié de la Russie et verser le sang de trois quarts de la population, nous le ferons si c'est nécessaire pour sauver la Russie". L'écrivain blanc Andreiev écrit "là où on fusille les gens comme des chiens, règnent la paix, la prospérité et un sens très fin de la légalité". Les pogroms antisémites que perpètrent ou laissent perpétrer les généraux blancs font plusieurs centaines de milliers de victimes et constituent les pires massacres anti-juifs jamais perpétrés avant la Shoah.

Les déclarations incendiaires ne sont pas moins absentes du camp opposé. En exil, Lénine a théorisé le passage de la "guerre civile impérialiste" à la "guerre civile révolutionnaire". La culture bolchevik juge que la violence est un moteur de l'Histoire. Dans cette perspective, la guerre civile est inévitable, et même parfaitement souhaitable pour vaincre plus vite les forces de réaction et accélérer le changement social. Dès avril 1918, à propos des détachements chargés des réquisitions forcées de céréales, Trotski s'exclame : « Notre parti est pour la guerre civile. La guerre civile, c’est la lutte pour le pain. Vive la guerre civile ! » Dans la chaleur d'un discours à Petrograd, Zinoviev s'emportera en 1919 jusqu'à parler d'anéantir les dix millions de Russes hostiles à la révolution. Quant à Boukharine, il appelle en ces termes à la vigilance policière : « nous devons tous être des tchékistes. »

Les deux camps principaux sont donc prêts à en découdre, et exempts de toute hésitation à recourir à la violence de masse. Trois fronts principaux se constituent par divers groupes nationaux qui mettent à profit la situation pour tenter de s'émanciper :

  • au sud (armée des volontaires russes et celle des cosaques dans la région du Don, commandée par le général Dénikine),
  • au nord-ouest (armée de Ioudénitch),
  • en Sibérie occidentale (armée de l'amiral Koltchak, renforcée par les 40 000 hommes de la Légion tchèque) à Omsk.

A ces trois fronts s'ajouterons d'autres forces blanches plus ou moins autonomes:

[modifier] Armée rouge

Face à la conjugaison des menaces, le gouvernement soviétique transfère la capitale de Petrograd à Moscou et proclame la mobilisation générale et obligatoire. Léon Trotski prend énergiquement la direction de l'Armée rouge : de près d'un million d'hommes à la fin de l'année 1918, elle en comptera plus de 5 millions deux années plus tard.

L'armée rouge défait une à une les armées blanches en commençant par Ioudenitch en octobre, puis presque simultanément à la mi-novembre Koltchak et Anton Ivanovitch Dénikine. En 1919, le gouvernement liquide la Makhnovchtchina.

La période finale de la guerre fut le long siège des dernières forces blanches en Crimée. Piotr Vrangel y avait rassemblé les restes des troupes de Dénikine qui s'étaient fortifiés. Ils tinrent jusqu'à ce que l'Armée Rouge, qui avait participé à la guerre contre la Pologne, débarque. Alors les blancs furent débordés et leurs dernières troupes évacuées vers Constantinople en novembre 1920.

[modifier] Conséquences

Le premier résultat de cette révolution fut le renversement du régime tsariste, laissant le champ libre pour la prise de pouvoir par les bolchéviks. Paradoxalement, selon le mot de Nicolas Werth, "une révolution populaire et plébéienne profondément antiautoritaire et antiétatique [a] amené au pouvoir le groupe le plus dictatorial et le plus étatiste."

Il est en effet établi aujourd'hui que les bases de l'Etat policier léninien sont largement jetées dès avant l'éclatement de la guerre civile en août 1918, et que la répression s'abat autant sinon plus sur les autres partis révolutionnaires et sur certains mouvements populaires que sur les partis "bourgeois" ou les forces monarchistes. Ainsi sombrent les aspirations des masses populaires russes à une forme de démocratie directe spontanée et à de liberté totale (voir notamment Nicolas Werth, "Un Etat contre son peuple", in Le Livre Noir du Communisme, Robert Laffont, 1997).

Un autre résultat immédiat est la signature du traité de Brest-Litovsk.

La guerre civile allait laisser le pays épuisé, ruiné pour de nombreuses années, et sous la coupe d'un parti unique lui-même de plus en plus monolithe (suppression du droit de tendance en mars 1921), dont la police et l'armée ont éliminé toutes les forces d'opposition organisées. Tout est à reconstruire.

De plus, la révolution attendue par les bolcheviks dans les pays capitalistes n'a pas eu lieu. En Allemagne même, les masses populaires, classe ouvrière comprise, n'ont pas soutenu la tentative spartakiste de Rosa Luxemburg, et la répression a suivi. En Hongrie, Bela Kun s'est aliéné d'emblée les paysans, et n'a pu tenir que 133 jours au pouvoir avant d'en être délogé par une invasion roumaine. La vague révolutionnaire reflue dès 1920 en Italie, ouvrant la voie au succès du fascisme. Des pays industrialisés aussi importants que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France ne connaissent que des vagues de grèves et de manifestations, parfois violentes, mais jamais en mesure d'ébranler la société et le gouvernement. La création à Moscou de la IIIe Internationale (Komintern), en 1919, est une conséquence directe d'Octobre. Elle sera dissoute par Staline en 1943 sans avoir jamais réussi à conduire une révolution victorieuse. Dans l'immédiat, rupture et scissions entre partis sociaux-démocrates et partis communistes, entre 1919 et 1921, ont laissé le mouvement ouvrier et syndical durablement divisé, et affaibli face aux forces conservatrices et fascistes. La Russie elle-même reste amoindrie et isolée, cernée par un "cordon sanitaire" de petits Etats (pays Baltes, Pologne, etc).

Ensuite vint la création, en 1922, de l’U.R.S.S. – l’Union des républiques socialistes soviétiques.

Le régime instauré par les bolcheviques, a souvent été qualifié de ‘communisme’, même si pour Marx, le communisme correspond à une société qui répond à la devise "à chacun selon ses besoins, de chacun selon ses moyens". En 1918, cependant, Lénine ne répugnait pas à faire changer le nom du parti en parti communiste, ni à fonder en 1919 le Komintern, alias l'Internationale communiste (il s’agissait de choisir un nom se démarquant de la social-démocratie, qui avait été majoritairement favorable à la guerre).

Le délabrement économique et moral consécutif à la guerre civile va laisser la place à une couche de bureaucrates, qui au sein même du parti bolchevik vont réussir à s'imposer à la tête du pays. Pour cela, ils devront déporter puis massacrer tous leurs opposants, "contre-révolutionnaires" comme révolutionnaires. Des milliers de militants communistes, dont la majorité de la "vieille garde" bolchevique, des héros d'Octobre et de la guerre civile, seront ainsi déportés, fusillés, les plus célèbres d'entre eux lors des procès de Moscou en 1936. Pour asseoir son pouvoir absolu, et aussi pour faire oublier le rôle très limité qu'il a joué dans la Révolution d'octobre, Joseph Staline entreprend en effet de liquider, lors de la Grande Terreur de 1936-1939, toute une génération de militants, de cadres politiques et économiques, de militaires, d'écrivains ou même de policiers qui ont connu l'avant-1917 et fait la révolution puis la guerre civile. Une partie d'entre eux avait pu faire un temps d'autres choix que les Bolcheviks ou que le dictateur lui-même.

Le régime totalitaire de Staline finira d'étouffer les idéaux de la Révolution d'octobre. Dès le milieu des années 1930, il rétablit un certain nombre de valeurs honnies au temps de Lénine et Trotski : exaltation de la famille et de la patrie, restauration de titres militaires tels le grade de maréchal, libre vente de la vodka par l'Etat, académisme dans l'art, russification forcée des minorités et "chauvinisme grand-russe", antisémitisme officiel de moins en moins voilé… Fort peu sensible à l'internationalisme des premiers dirigeants bolcheviks, Staline abandonne par ailleurs toute idée d'exporter la révolution par le Komintern. À ses yeux, elle ne doit s'étendre que grâce à l'Armée rouge, sous strict contrôle de Moscou et comme une extension de l'empire soviétique. C'est ce qui se produit dès 1939 lors des annexions permises par le Pacte germano-soviétique, puis après la victoire de 1945.

Tous ces faits seront caractérisés par Léon Trotski comme le "Thermidor" de la révolution russe (par comparaison avec la réaction qui suivit la chute de Robespierre pendant la Révolution française). La comparaison présente toutefois certaines limites. En effet, l'ère stalinienne se marque aussi par un retour, contre les paysans, aux méthodes du « communisme de guerre ». Et elle coïncide avec un déchaînement de terreur sans précédent, là où le Thermidor français mettait au contraire fin à la Terreur. D'autre part, l'avènement de Staline signifie aussi une relance spectaculaire de la transformation économique en Russie, au point que l'on a pu parler de la "seconde révolution" de l'an 1930 : nationalisation intégrale des terres, plan quinquennal sortant brusquement l'URSS de l'arriération. Cela au lourd prix dissimulé de millions de victimes et de l'acheminement vers un État totalitaire.

Les causes de cette "dégénérescence" sont diversement expliquées. Pour les anarchistes, elle est due aux principes "autoritaires" du parti bolchevik, et le ver était dans le fruit. Pour d'autres, elle est inscrite dans les idées mêmes de Marx. Pour un certain nombre de marxistes non-bolcheviks, Lénine a commis l'erreur fatale de vouloir déclencher une révolution ouvrière dans un pays massivement paysan, et de surestimer les potentialités révolutionnaires dans les pays occidentaux. Pour Trotsky et les trotskistes, c'est dans l'isolement de la révolution dans un pays pauvre et peu développé qu'il faut chercher la cause de la dictature totalitaire. On peut toutefois souligner que précisément, aucune révolution « marxiste » au XXe siècle n'a jamais éclaté dans un pays riche et industriel, les seuls pays concernés étant agraires et en retard de développement (dont la Chine, le Viêt Nam, l'Éthiopie, le Mozambique, etc. tous pays peu capitalistes que les analyses de Marx et Engels avaient laissé complètement de côté). Par ailleurs, force est de constater qu'aucun des régimes se réclamant d'une révolution communiste n'a évité de s'orienter rapidement vers la dictature policière et bureaucratique.

La Seconde Guerre mondiale fut suivie par la fameuse « Guerre froide », opposant le Bloc communiste à l’Occident (dans ce cas, les États-Unis surtout) dans une course à l’armement qui n'aboutit jamais à un conflit ouvert direct, avant la chute de l’URSS.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens internes

[modifier] Lien externe

[modifier] Bibliographie

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