Résistance intérieure française
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La résistance intérieure française, appelée en France La Résistance, désigne l'ensemble des mouvements et réseaux clandestins qui durant la Seconde Guerre mondiale ont poursuivi la lutte contre l'Axe sur le territoire français depuis l'Armistice du 22 juin 1940 jusqu'à la Libération en 1944. Cette lutte a consisté en des actions de renseignement, de sabotage ou des opérations militaires contre les troupes d'occupation (essentiellement allemandes) et aussi les forces du régime de Vichy.
Les formes de résistance qui ont pu exister en Afrique du Nord ou dans le reste de l'Empire français sont traitées dans un article séparé Résistance dans l'Empire colonial français et dans résistance au nazisme en Alsace-Moselle pour ce qui concerne les trois départements annexés.
[modifier] Les différentes façons de considérer la Résistance
[modifier] France Libre et Résistance intérieure
Le 18 juin 1940, le général de Gaulle a appelé à la radio les Français qui avaient une quelconque compétence militaire à venir le rejoindre à Londres. Ceux qui ont répondu à son appel sont normalement classés comme membres de la « France Libre » ou résistants de l'extérieur.
La résistance de l'intérieur concerne les hommes et les femmes qui sont restés en France, soit en zone occupée, dite zone Nord, soit en zone Sud, non occupée jusqu'en novembre 1942. Ils se sont organisés pour perpétrer des actions contre les forces de l'Allemagne nazie, donc contraires à la légalité de l'occupant ou du gouvernement de Vichy.
[modifier] Le point de vue administratif
Avant que les historiens n'aient eu le temps de définir ce qu'il convenait d'englober sous le terme de « Résistance », il a fallu déterminer administrativement qui avait droit de s'en réclamer, c'est-à-dire de toucher la pension à laquelle elle donnait droit. C'était un point particulièrement important pour les veufs, veuves et orphelins des 60 000 déportés politiques qui n'étaient pas revenus des camps et des 30 000 fusillés entre 1940 et 1944.
Dès la fin de la guerre, 250 000 cartes de Combattants Volontaires de la Résistance sont distribuées aux candidats présentés par les 45 mouvements homologués de la Résistance française et les 270 réseaux de la France Combattante - qui dépendaient directement du Bureau central de renseignements et d'action (BCRA) de Londres. Selon cette définition administrative, les membres des réseaux du Special Operations Executive (SOE) ne sont pas comptabilisés puisqu'ils dépendaient d'une puissance étrangère, le Royaume-Uni. Certains mouvements ont été plus laxistes que d'autres pour donner leur agrément à des candidats douteux<ref>R.Faligot et R.Kauffer, Les Résistants, Fayard, 1989, pp.90-93 Pour étayer le point de vue selon lequel la carte de résistants a été attribuée selon des critères à géométrie variable, les auteurs citent Henri Bailly-Guerchon, secrétaire général de la Confédération nationale des combattants volontaires et Roger Cocteau-Gallois, ancien dirigeant de Ceux de la Résistance </ref>.
[modifier] Le point de vue militaire
L'historien peut vouloir estimer les différentes manifestations de la Résistance sous un angle strictement militaire. On se réfère souvent à l'appréciation d'Eisenhower qui évalue à l'équivalent de quinze divisions l'apport de la Résistance aux forces alliées<ref>D.Eisenhower, Rapport sur les opérations en Europe des des forces expéditionnaires, Lavauzelle, 1948
On cite très souvent ce chiffre de 15 divisions (entre 150 000 et 300 000 hommes, sans citer la phrase complète: "Notre QG estimait que par moment, la valeur de l'aide apportée par les FFI à la campagne représentait l'équivalence en hommes de 15 DI et, grâce à leur assistance, la rapidité de notre avance à travers la France fut grandement facilitée" </ref>. Un auteur comme Philippe Masson<ref>Philippe Masson, Une guerre totale, 1939-1945, Taillandier, 1990, ASIN 2235019323</ref> donne une estimation beaucoup plus basse, mais reste dans la même problématique : combien de divisions ?
Dans une telle vision, les manifestations non directement militaires de la Résistance, par exemple, la production d'une presse clandestine, ne sont à prendre en compte que si elles sont de nature à drainer des forces vers une aide efficace aux forces alliées<ref>Cette problématique est largement développée dans l'article de François Marcot Les enjeux de la lutte armée, in Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006, pp.574-584, particulièrement p.583
Voir également l'article de Dominique Veillon et Olivier Wievorka, La Résistance, in La France des années noires, T2 Le Seuil, 1993, p.88 (effectifs et sociologie) </ref>.
[modifier] Le point de vue politique
À l'inverse du point de vue militaire, l'historien peut avoir un point de vue strictement politique où les manifestations de Résistance sont considérées dans la mesure où elles changent la donne politique, notamment en donnant une légitimité à la France Libre d'abord, et aux nouveaux pouvoirs qui émergent à la Libération. Suivant ce point de vue, les actions militaires de la Résistance n'ont de la valeur que si elles ont une efficacité politique.
[modifier] Résistance nationale et résistance antinazie
Composantes politique et militaire de la Résistance peuvent être parfois séparées. Il y a en fait deux aspects dans l'activité de la Résistance en France, pendant la Seconde Guerre mondiale :
- une réaction nationale contre l'occupation étrangère et de lutte militaire pour l'indépendance nationale, qui est certainement la composante principale, largement évoquée dans cet article,
- une lutte politique et morale contre le nazisme, contre la dictature, contre le racisme et la déportation, qu'il faut aussi prendre en compte si l'on veut pouvoir expliquer la présence d'Allemands dans la Résistance française et même d'un maquis d'antifascistes allemands entre 1942 et 1944, dans les Cévennes. Dans cette composante politique et morale, il faut aussi situer le Mouvement National contre le Racisme qui publie Fraternité et J'Accuse ou les réseaux de chrétiens à l'origine de Témoignage Chrétien. On peut aussi situer dans cette seule dimension politique la résistance trotskiste, ainsi que les unités espagnoles de guérilla dans le sud-ouest.
[modifier] Les facteurs externes: Chronologie succinte
L'histoire de la résistance française est en partie déterminée par un certain nombre de facteurs externes découlant du contexte historique de la Seconde Guerre mondiale et de la France occupée. Il est important d'avoir en tête les dates de quelques évènements de première importance:
- 30 septembre 1938 : signature des accords de Munich.
- 23 août 1939 : signature du Pacte germano-soviétique.
- 3 septembre 1939 : suite à l'invasion de la Pologne, le Royaume-Uni et la France déclarent la guerre à l'Allemagne.
- 18 juin 1940 : appel du général De Gaulle : les militaires et les spécialistes de l'armement sont invités à venir le rejoindre à Londres.
- 22 juin 1940 : signature à Rethondes de la convention d'armistice franco-allemande.
- 11 juillet 1940 : Philippe Pétain prend le titre de chef de l'État français.
- 24 octobre 1940 : Pétain et Hitler définissent à Montoire les principes d'une collaboration politique.
- 22 juin 1941 : la Wehrmacht attaque l'Union Soviétique.
- 8 décembre 1941 : entrée en guerre des États-Unis, le lendemain de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor.
- 4 septembre 1942 : instauration du STO (Service du travail obligatoire, en Allemagne).
- 8 novembre 1942 : opération Torch débarquement américain en Afrique du Nord.
- 11 novembre 1942 : la Wehrmacht pénètre dans la Zone Libre.
- 30 janvier 1943 : création de la Milice française qui remplace formellement l'armée d'armistice, mais qui va se trouver en situation de réprimer la Résistance.
- 2 février 1943 : capitulation de l'armée allemande à Stalingrad.
- 6 juin 1944 : débarquement des Alliés en Normandie
- 15 août 1944 : débarquement franco-américain sur les côtes de Provence.
- 24 août 1944 : arrivée de la 2e DB à Paris.
- 23 novembre 1944 : Libération de Strasbourg par la 2e division blindée.
- 8 mai 1945 : Armistice dans la zone europe.
[modifier] Origines et mouvances de la Résistance
[modifier] Sociologie
Les résistants sont des hommes et des femmes de tous âges mais souvent jeunes voire très jeunes. Moins nombreuses que les hommes, les femmes sont souvent cantonnées à des rôles subalternes. Toutes les couches sociales, toutes les sensibilités politiques, toutes les sensibilités philosophiques et religieuses sont représentées au sein de la Résistance. Malgré cette diversité, on peut tenter de constituer une typologie des mouvements de résistance et mettre en évidence pour chacune de ces mouvances une généalogie politique et idéologique. Des étrangers ont combattu aux côtés des résistants français : antifascistes italiens, antinazis allemands et républicains espagnols<ref>Denis Peschanski, article Les Espagnols dans Dictionnaire historique de la Résistance, p. 880, Robert Laffont, 2006. </ref> réfugiés en France ; immigrés polonais et arméniens ; juifs apatrides.
Inévitablement se pose la question «Combien étaient-ils ?». Sur l'ensemble de la Résistance française, François Marcot a tenté de donner une réponse tout en soulignant combien la question était délicate et nécessairement approximative<ref>François Marcot, article Combien étaient-ils, dans Dictionnaire historique de la Résistance, p. 339, Robert Laffont, 2006. </ref>, et il en vient à proposer le chiffre de 200 000 résistants pour le début de l'année 1944 et estime à 500 000 le nombre de personnes ayant eu une implication substantielle dans la Résistance.
Dans les maquis, la population est plus spécifiquement jeune et masculine. Dans le maquis de Bourgogne, par exemple, 90% des maquisards sont des hommes jeunes et célibataires, typiquement dans la tranche d'age 22-25 ans<ref>Jacqueline Sainclivier, article Sociologie des maquis, dans Dictionnaire historique de la Résistance, p. 911, Robert Laffont, 2006. </ref>.
La population des mouvements de Résistance est surtout citadine. L'origine sociale des résistants sera spécifique à chaque mouvement: Ainsi, l'OCM regroupe essentiellement des hommes d'age mûr, souvent cadres supérieurs du secteur privé et du secteur public. Défense de la France recrute plus spécifiquement des étudiants et des fonctionnaires. le Front national, créé par les communistes a une coloration nettement ouvrière à sa naissance, mais ensuite, perd en partie cette spécificité<ref>Jacqueline Sainclivier, article Sociologie des mouvements, dans Dictionnaire historique de la Résistance, p. 912, Robert Laffont, 2006. </ref>.
Les réseaux de renseignement recrutent plus spécialement dans certaines professions en rapport avec l'activité du réseau : officiers de l'armée, cheminots, représentants de commerce, qui voyagent beaucoup et boutiquiers qui peuvent servir de boîte à lettres. Par exemple, parmi les 600 agents du réseau Manipule on décompte 20% de femmes, 50% de moins de trente ans. La grande majorité des agents sont des citadins. 25% sont ouvriers qualifiés ou cadres techniques, 25% employés ou fonctionnaires subalternes. Le reste est composé d'étudiants, professions libérales ou militaires. 13% ont fait la guerre de 14-18, 36% seulement la guerre de 39-40 et le reste n'a pas d'état de service antérieur<ref>Jacqueline Sainclivier, article Sociologie des réseaux, dans Dictionnaire historique de la Résistance, p. 913, Robert Laffont, 2006. </ref>.
[modifier] L'armée et l'administration
Les accords d'armistice ont limité les effectifs de l'armée du gouvernement de Vichy à 100 000, cantonnés exclusivement dans la zone non occupée. Parmi ces militaires, qu'ils fassent partie de cette armée d'armistice ou qu'ils aient été démobilisés, nombreux sont ceux qui souhaitent préparer la revanche contre les Allemands, sans pour autant vouloir rejoindre le général De Gaulle à Londres. Comme la grande majorité des Français, ils sont fidèles au nouveau chef de l'État, le maréchal Pétain.
Le capitaine Henri Frenay, qui a été versé au 2e bureau de l'armée d'armistice s'engage dés la fin de l'année 1940 dans la constitution en zone libre du mouvement Combat organisé selon les règles de la clandestinité et qui deviendra l'un des mouvements de résistance les plus importants.
En zone Nord, le colonel Touny fonde l'Organisation civile et militaire (OCM). Le capitaine Paul Paillole, chef des services de contre-espionnage avant la défaite, continue à exercer ces fonctions dans l'armée d'armistice, mais il travaille en collaboration avec les Britanniques et continue de pourchasser les agents de l'Abwehr et du RSHA. Une deuxième vague de militaires s'engagera dans la Résistance après l'invasion de la zone libre en novembre 1942 :
- sous l'autorité du général Frère, qui avait fait partie du tribunal qui avait condamné à mort De Gaulle, de très nombreux officiers et sous-officiers se regroupent à partir de fin 1942 dans l'Organisation de résistance de l'armée (ORA) ;
- dans l’Organisation civile et militaire (OCM).
[modifier] Les réseaux du BCRA
En octobre 1941, au sein de la France Libre de De Gaulle, se crée le Bureau central de renseignement et d’action militaire BCRA, dirigée par le colonel Passy et spécialisé dans les missions de renseignement ou de sabotage. Les réseaux du BCRA, créés et dirigés à Londres, se situent donc à la frontière entre la Résistance extérieure et la Résistance intérieure. La Confrérie Notre-Dame, l'un des plus célèbres de ces réseaux est créée par le colonel Rémy en novembre 1940 lorsque les services secrets de la France Libre ne s'appellent pas encore le BCRA. Honoré d'Estienne d'Orves, officier de marine qui avait constitué en zone occupée un réseau de 26 personnes est arrêté en mai 1941 et fusillé le 29 août 1941.
[modifier] Le Special Operations Executive (SOE)
Après le rembarquement des troupes britanniques à Dunkerque et la défaite de l'armée française en juin 1940, Churchill a compris que ses troupes régulières ne reprendraient pas pied sur le continent avant longtemps et que seuls des agents infiltrés pourraient aiguillonner les troupes ennemies à travers l'Europe hitlérienne. Le 19 juillet, le Special operations executive, « bureau des opérations spéciales » est officiellement créé.
Au sein du SOE, la responsabilité de la section française ou section F est confiée à Maurice Buckmaster. Les réseaux du SOE en France sont également appelés « réseaux Buckmaster ». Les parachutages en France commencent en mai 1941, mais ce n'est qu'à partir de septembre 1942 qu'ils prennent de l'ampleur. Les agents parachutés recrutent de nombreux agents en France qui dépendent directement des Britanniques tout au long de la guerre.
[modifier] La Résistance communiste
Le Parti communiste a été dissout en septembre 1939, après la conclusion du pacte germano-soviétique; depuis, l'appareil du parti survit dans la clandestinité.
Jusqu'en avril 1941, les communistes renvoient dos à dos les belligérants britanniques et allemands, mais à partir de juin 1941, l'invasion de l'URSS par les Allemands jette les communistes français dans la lutte contre l'occupant. L'expérience de la clandestinité donne alors aux communistes une longueur d'avance sur les autres mouvements.
Les moyens militaires des communistes sont encore très faibles, en août 1941 lorsque Fabien commet le premier attentat symbolique contre un officier allemand, mais les communistes développent rapidement un mouvement de résistance armée, les Francs-tireurs et partisans français (FTPF), dirigé par Charles Tillon. Ouvert aux non-communistes, les FTPF restent toujours sous contrôle communiste.
Il en est de même du Front national, mouvement de résistance politique, organisé par profession. Le plus gros maquis français, celui du Limousin est d'obédience communiste et dirigé par Georges Guingouin qui a formé ses premiers groupes de sa propre initiative. Par la suite, faisant passer les règles de cloisonnement inhérentes à la clandestinité avant la discipline de parti, Guingouin conserve toujours une grande indépendance vis-à-vis des structures de son parti.
Des communistes sont également présents dans des mouvements de résistance non communistes. Ce sont souvent des militants qui n'occupaient pas, avant-guerre, une place centrale dans l'appareil du parti et qui, privés de contact avec le parti clandestin, ont eu l'opportunité de rallier un autre mouvement. Le parti les a ensuite encouragés à rester dans ces organisations. Par exemple, Jean-Pierre Vernant, universitaire qui termine la guerre comme responsable Forces françaises de l'intérieur (FFI) de 9 départements du Sud-Ouest a désavoué le pacte germano-soviétique et avait rejoint le mouvement Libération.
[modifier] L'extrême-droite
D'une façon générale, les gens inclinés à s'engager pour une cause, c'est-à-dire les militants, sont particulièrement bien représentés dans la Résistance. Avant-guerre, on désigne sous le terme d'extrême-droite les Ligues, comme Action Française, d'inspiration monarchiste, où les Croix-de-feu du colonel de La Rocque, surtout formée d'anciens combattants. Elles se caractérisent par leur anti-parlementarisme, qui les poussent à l'action de rue, par exemple lors des émeutes du 6 février 1934. Plus tard encore, La Cagoule, une organisation paramilitaire et activiste, cultive plutôt l'action séditieuse clandestine.
A l'instar de Charles Maurras, fondateur de l'Action française pour qui la chute de la République est une « divine surprise! », ces milieux d'extrême-droite accueillent très favorablement le Régime de Vichy, mais leur nationalisme pousse également certains de ses membres à s'engager dans la lutte contre l'occupant en même temps que d'autres s'engageaient dans des mouvements collaborationnistes. Ainsi, le colonel de La Rocque fonde le réseau Klan, lié au réseau Alibi lui-même lié à l'Intelligence service britannique. Georges Loustaunau-Lacau et Marie-Madeleine Fourcade, d'anciens Cagoulards, fondent le réseau de résistance Alliance, tandis que le colonel Groussard fonde le « réseau Gilbert ». Certains membres de l'Action française s'engagent dans la Résistance pour les mêmes raisons, comme Pierre Bénouville qui devient l'un des dirigeants de Combat, aux côtés d'Henri Frenay.
[modifier] Les antifascistes
À l'opposé de l'extrême droite sur l'échiquier politique, les antifascistes, nombreux chez les universitaires, ont un rôle important dans la fondation du mouvement Libération : Emmanuel d'Astier de la Vigerie, principal dirigeant du mouvement est journaliste. Jean Cavaillès, philosophe et mathématicien de l'université de Strasbourg, rencontre d'Astier et Lucie Aubrac à Clermont-Ferrand où l'université s'est repliée.
Les intellectuels antifascistes sont nombreux également, autour de Jean Cassou et Boris Vildé dans ce qu'on a appelé le réseau du musée de l'Homme, dont le premier bulletin Résistance est diffusé dès décembre 1940. C'est dans cette mouvance que l'on peut classer des franc-maçons comme Pierre Brossolette et François Verdier.
[modifier] Les chrétiens
Dans la France de 1940, la majorité de la population est encore catholique. On retrouve donc des chrétiens, sans motivation religieuse exprimée, dans presque toutes les catégories citées comme courant de la Résistance. Mais tandis que d'un côté, l'épiscopat, le clergé et la majorité des milieux catholiques représentent un des meilleurs soutiens au maréchal Pétain, d'un autre côté, certaines mouvances de la Résistance sont motivées par un fort ancrage catholique, comme par exemple Liberté, fondée par François de Menthon qui sera l'une des composantes du mouvement Combat. Ces militants considèrent que leur foi chrétienne leur impose d'agir aux côtés de la Résistance. Les mouvements chrétiens voient se regrouper des catholiques et des protestants et contribuent à renforcer les tendances à l'œcuménisme.
[modifier] Les étrangers
Beaucoup de réfugiés politiques étrangers n'ont guère le choix : l'internement administratif promis aux étrangers ou la Résistance. Lorsqu'ils sont communistes, ils forment ce qu'on appelle des unités des FTP M.O.I (Francs Tireurs Partisans de la Main d'œuvre Immigrée). Le groupe FTP MOI de Joseph Epstein et Missak Manouchian qui pratique la guérilla urbaine dans la région parisienne et sera rendu célèbre par l'affiche rouge, placardée sur les murs en janvier 1944, comprend un grand nombre de juifs d'Europe centrale. Dans les maquis du Sud-Ouest, on trouve un grand nombre de républicains espagnols, communistes ou anarchistes ; on y trouve aussi le bataillon Gernika, composé de réfugiés basques ressortissants espagnols. En Bretagne, des républicains espagnols sont également actifs, comme Roque Carrion et ses camarades. Communistes et antifascistes allemands et autrichiens participent également à la Résistance.
[modifier] Les syndicalistes
Le 9 novembre 1940, Le gouvernement de Vichy avait instauré un système de syndicat unique basé sur le corporatisme. Dés le 15 novembre, des syndicalistes non communistes de la CFTC et de la CGT signent le Manifeste des Douze<ref>Voir le texte et l'analyse du manifeste sur Présentation par Alya Aglan. </ref> qui est un texte de défiance vis-à-vis du gouvernement de Vichy. Plus tard, les syndicalistes de la CGT et ceux de la CGTU, à tendance communiste, entament un processus de rapprochement qui conduira aux Accords du Perreux.
D'une façon générale, les syndicalistes sont souvent bien placés pour créer des réseaux de renseignement ou de sabotage dans les nombreuses usines qui travaillent pour l'armement allemand. Les réseaux relationnels constitués d'anciens syndicalistes peuvent également servir à drainer un certain nombre de militants vers les mouvements de résistance. Gaston Cusin réactive ses réseaux de douaniers qu'il a déjà mis en œuvre pour faire de la contrebande en faveur des républicains, du temps de la guerre d'Espagne. Il va réussir à détourner de l'or de la Banque de France au profit de la France Libre<ref name="Pean">Pierre Péan, Vies et morts de Jean Moulin, Éditions Fayard, Paris, 1998</ref>. Il retrouve Christian Pineau à Libération Nord.
[modifier] Autres mouvances
Certains groupes sociaux ou politiques, parce qu'ils étaient très minoritaires dans le pays ont eu une influence négligeable dans l'évolution de la Résistance française. Tel est le cas des Trotskistes.
[modifier] L'unification de la Résistance
Au début de l'occupation, les réseaux et mouvements de résistance sont très isolés; mais progressivement, la Résistance tend à s'unifier. Cependant, même si la construction de l'unité de la Résistance française peut être présentée dans un ensemble simple et linéaire, elle ne doit pas occulter certains aspects qui échappent à l'histoire de son unification:
Ainsi, les nombreux réseaux contrôlés par les Britanniques ou les Américains ne sont pas concernés par l'unification de la résistance tandis que ceux de la résistance communiste ne le sont que partiellement: le contact entre les envoyés de De Gaulle et les communistes ne s'établit qu'à la fin de 1942. De même, la libération de la Corse en septembre 1943, qui constitue un des plus grands faits d'armes de la Résistance, est surtout l'œuvre de FTP communistes qui ne sont pas encore intégrés à l'Armée secrète et de giraudistes, qui ne sont pas partie prenante dans l'unification politique de la Résistance.
[modifier] L'arrivée de Jean Moulin à Londres
L'histoire de l'unification de la Résistance est indissociable de celle de Jean Moulin. En 1941 une Résistance intérieure commence à se former, incarnée en zone sud par des mouvements créés autour d'Henri Frenay, d'Emmanuel d'Astier de la Vigerie ou de François de Menthon, indépendamment des agents de la France Libre. Pour affirmer sa légitimité, cette dernière a besoin d'être reconnue par la Résistance intérieure, qui elle-même a besoin du soutien matériel et financier de la France libre. C'est parce qu'il a compris que cette rencontre reste à faire que Jean Moulin va jouer un rôle déterminant dans le rapprochement des Résistances intérieure et extérieure.
Préfet d'Eure-et-Loir en 1939, Jean Moulin a fait partie du cabinet du ministre de l'air Pierre Cot. Il a ainsi tissé un solide réseau de relations dans les milieux antifascistes. Dès novembre 1940, il a l'idée de recenser avec son ancien collègue Gaston Cusin un certain nombre de résistants potentiels, mais ce n'est qu'au cours de l'été 1941 qu'il a les contacts les plus décisifs, notamment avec Henri Frenay dirigeant du mouvement qui ne s'appelle pas encore Combat, mais Mouvement de Libération nationale. Il a également des contacts avec Liberté, de François de Menthon et Libération de Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Dans le rapport qu'il rédige à l'intention de De Gaulle, il parle de ces trois mouvements en les regroupant sous l'acronyme LLL. C'est la fusion de Liberté et du Mouvement de Libération nationale qui donnera naissance au mouvement Combat. Jean Moulin arrive à Lisbonne le 12 septembre 1941, prend contact avec le SOE puis rejoint Londres où il rencontre de Gaulle le 25 octobre. Il parvient à se faire passer pour le représentant des trois Mouvements LLL aux noms desquels il demande une aide financière et logistique. Moulin fait également état de contacts avec le colonel Groussard, ancien cagoulard, ce qui donne à sa mission un caractère encore plus éclectique. Les contacts qu'il a eus avec les différents mouvements sont réels, mais les mandats dont il se prévaut le sont moins<ref name="Pean"> </ref>.
[modifier] La mission de Jean Moulin
Le courant passe bien entre les deux hommes : Jean Moulin, homme de gauche, reconnaît un démocrate en Charles de Gaulle, homme de tradition. Et le général lui confie la mission de rallier et d'unir les mouvements de résistance, et de créer une Armée secrète unifiée, établissant ainsi une distinction entre forces militaires et organisations politiques.
Moulin est parachuté dans la nuit du 1er au 2 janvier 1942 avec des fonds (un million et demi de francs) pour les mouvements, et du matériel de transmission. Il agit avec doigté et fermeté auprès des différents chefs de mouvement pour obtenir leur allégeance à la France Libre. Durant l'année 1942, Moulin, dont le pseudonyme est Rex avant de devenir Max se concentre sur la zone sud où un nouveau mouvement est apparu, Franc-Tireur dont le chef est Jean-Pierre Lévy. Le rapprochement entre les deux fortes personnalités que sont Frenay et d'Astier n'est pas aisé, et Moulin et Lévy doivent souvent jouer les modérateurs pour apaiser les conflits.
D'Astier, résolument antifasciste penche pour une action politique qui prendrait appui sur les couches populaires tandis que Frenay, surtout anti-allemand prône la primauté du militaire sur le politique. A partir de fin 1941, la relative clémence dont la police de Vichy a fait preuve à l'égard des mouvements clandestins non communistes prend fin et des militants des diverses organisations se font arrêter. D'Astier a beaucoup de mal à supporter que Frenay aille s'en expliquer avec le ministre de l'intérieur Pierre Pucheu.
Des services administratifs communs sont mis sur pied : en avril 1942, le Bureau d'information et de propagande, sorte d'agence de presse clandestine, et en juillet 42, le Comité général d'études chargé d'étudier les réformes politiques et économiques à mettre en œuvre à la Libération. La coordination des mouvements de la zone sud et la fusion de leurs moyens militaires buttent sur des rivalités internes qui obligent à organiser un voyage des quatre leaders à Londres. Frenay et d'Astier de la Vigerie se rendent à Londres en septembre 1942, mais Lévy et Moulin ne peuvent traverser la Manche. De Gaulle écoute les arguments de deux présents et tranche en faveur de Jean Moulin, puis parvient à faire accepter la création d'un Comité de coordination de la zone sud. Désormais, les deux principaux mouvements de résistance reconnaissent clairement l'autorité de la France Libre, devenue France Combattante. Ils se sont mis d'accord pour constituer l'Armée Secrète. La responsabilité en est confiée au général Delestraint. Jean Moulin est informé de ces décisions par une lettre dactylographiée du Général datée du 22 octobre 1942<ref> Cette lettre remise à Moulin par d'Astier sera confiée à sa soeur Laure Moulin. Elle est reproduite dans les Cahiers du Cercle Jean Macé n°10, article "Jean Moulin" coordonné par Emile Reiland, 3 bis rue Gambetta 57000 Metz</ref>. La première du comité aura lieu à Lyon le 27 novembre 1942.
[modifier] La création des Mouvements unis de la Résistance (MUR) et de l'Armée secrète (AS)
Il faut un an à Moulin pour parvenir à former un noyau solide autour duquel peuvent cristalliser les autres composantes de la Résistance, et notamment celles de la zone Nord : le 26 janvier 1943, les trois grands mouvements Combat, Franc-tireur et Libération-Sud fusionnent pour former les Mouvements unis de la Résistance (MUR). Jean Moulin en assure la présidence, Henri Frenay est commissaire aux « affaires militaires », Emmanuel d'Astier de la Vigerie aux « affaires politiques » et Jean-Pierre Lévy aux « renseignements et à l'administration ».
Les relations entre l'Armée secrète, supposée intégrer les différents groupes armés et corps francs des mouvements, et les MUR, font problème : les responsables des MUR ne veulent pas d'une séparation entre l'activité militaire et l'activité politique; ils ne veulent pas non plus que l'AS dépende directement de Londres. Frenay et Delestraint sont souvent en conflit, et l'arrestation de Delestraint le 9 juin 1943 laisse le problème entier. L'indépendance de la presse clandestine ne pose pas de problème : chaque mouvement conserve sa presse indépendante.
Au cours du second semestre de 1943, les territoires de l’Empire français et les forces armées extérieures et intérieures deviennent dépendants du Comité français de la Libération nationale (CFLN) créé en juin et celui-ci prend, le 4 avril 1944, le nom de Gouvernement provisoire de la République française (GPRF). Dès lors, la Résistance forme un tout organique et peut tirer sa force de son insertion même dans la nouvelle structure politique. Le GPRF comprend une assemblée consultative au sein de laquelle on trouve des représentants de tous les mouvements de résistance ; aussi, au printemps 1944, l’union s’accomplit-elle progressivement entre l’Armée secrète, l’Organisation de résistance de l’armée (ORA) et les Francs-tireurs et partisans (FTP).
[modifier] L'unification en zone Nord et la jonction des Communistes et de De Gaulle
L'unification de la Résistance en zone Nord s'effectue avec presque un an de décalage par rapport au processus amorcé en zone Sud. Moulin a bien envoyé son vieux compagnon du cabinet Cot, le commandant Henri Manhès en zone Nord, mais en gros, le processus d'unification en zone Nord se fait plutôt en marge de la mission de Moulin. C'est avec un mandat de divers mouvements et organisations syndicales que Christian Pineau, qui a fondé Libération-Nord, gagne Londres en mars 1942 et négocie son ralliement à De Gaulle <ref name="Pean"> </ref>.
Au début 1943, De Gaulle charge Pierre Brossolette et le colonel Passy d'une mission centrée sur l'unification de la résistance armée, partiellement divergente de la mission confiée à Jean Moulin. Le Comité de Coordination créé le 26 mars 1943 regroupe tous les mouvements de l'ancienne zone Nord, c'est-à-dire l'OCM (Organisation civile et militaire), Ceux de la Résistance (CDLR) et Ceux de la Libération (CDLL), et organise leurs services « Action » sous l'autorité de la France Combattante.
La résistance communiste n’est entrée en communication avec De Gaulle qu'au deuxième trimestre 1942. Curieusement, ce n'est pas Jean Moulin qui a pourtant dans ses relations un certain nombre de proches du PCF qui est l'acteur de ce rapprochement. C'est une éminence grise du parti communiste, Jean Jérome qui peut prendre contact avec des officiers du BCRA. Il s'ensuit plusieurs mois de contacts entre Rémy qui représente De Gaulle et un certain Joseph, représentant de la Résistance communiste. (Voir histoire du parti communiste français).
Ces contacts aboutissent à l'envoi à Londres de Fernand Grenier, ancien député de Saint-Denis, mandaté pour représenter aussi bien la direction du parti communiste (Jacques Duclos) que celle des FTP (Charles Tillon). De même qu'ils ont créé une structure pour la résistance armée, les FTP, les communistes ont également constitué un mouvement de résistance, le Front national, sensé dépasser leur mouvance politique. Ils en font pour des raisons tactiques un concurrent temporaire des MUR créés en Janvier 1943 par Jean Moulin. Finalement, le Front national, comme le parti communiste est représenté à la réunion constitutive du Conseil national de la Résistance (CNR), le 7 mai 1943. Mais il faut attendre officiellement le mois de décembre 1943, et pratiquement bien plus tard pour que les FTP soient intégrés à une structure centralisée, à savoir, les Forces françaises de l'intérieur (FFI).
[modifier] Le CNR
En 1943, encouragé par le ralliement de certains leaders politiques, De Gaulle provoque à Alger la résurgence des anciens partis, allant souvent à l'encontre des vœux des résistants. Le Conseil national de la résistance, qui tient sa première réunion à Paris, rue du Four, le 27 mai 1943, comprend des représentants des mouvements de résistance, mais également des partis politiques et des syndicats.
La séance est présidée par Jean Moulin assisté de Pierre Meunier et Robert Chambeiron<ref name="Pean"/>. Moulin lit un message de De Gaulle.
Participent également à cette réunion
- au titre des mouvements :
Ceux de la Libération : Roger Coquoin, Ceux de la Résistance : Jacques Lecompte-Boinet, Front national : Pierre Villon, Libération Nord, Libération-Sud : Charles Laurent, OCM : Jacques-Henri Simon, Combat : Claude Bourdet, Franc-Tireur : Eugène Claudius-Petit, Libération : Pascal Copeau
- au titre des tendances politiques :
Parti communiste : André Mercier, Parti socialiste : André Le Troquer, Radicaux socialistes : Marc Rucart, Démocrates populaires : Georges Bidault, Alliance démocratique : Joseph Laniel, Fédération républicaine : Jacques Debû-Bridel
- au titre des organisations syndicales :
CGT : Louis Saillant, CFTC : Gaston Tessier
Cette réunion du 27 mai est en quelque sorte l'aboutissement du travail de Jean Moulin et de Pierre Brossolette. Le CNR survit à l'arrestation de Jean Moulin, le 21 juin 43 à Caluire. Georges Bidault lui succéde, comme président du CNR, mais celui-ci ne se réunit plus jamais en séance plénière. Le bureau permanent comprend, en septembre 1943, outre Georges Bidault, Pierre Villon, Pascal Copeau, Louis Saillant et Maxime Blocq-Masquart (OCM). Certains mouvements ne sont pas invités à la réunion du 27 mai - par exemple Défense de la France et les tendances giraudistes comme l'ORA. Lors de cette réunion, certains participants interviennent, à droite Bidault et à gauche Villon, pour rétablir un équilibre entre Giraud et De Gaulle. Néanmoins, c'est à De Gaulle que la constitution du CNR apporte un surcroît de légitimité qui lui permet de s'imposer vis-à-vis des alliés britannique et américain comme le seul représentant authentique de la France résistante.
[modifier] Création des FFI et intégration des FTP dans les FFI
A ce stade de l'exposé sur l'unification de la Résistance, il est bon d'insister sur une vérité première. Le résistant de base ignore souvent à quel mouvement il appartient. Dans le réseau où il est entré, généralement par cooptation, il n'a de contacts qu'avec un nombre limité de personnes, et il accomplit les tâches qui lui sont affectées. Il n'apprendra qu'à la fin de la guerre qu'il a travaillé, par exemple, pour le SOE et qu'il ne dépendait pas de De Gaulle.
L'unification des mouvements armés revêt un caractère assez formel, en ce sens que, quand la coordination devient nécessaire entre les réseaux, les maquis et les troupes alliées, elle est assurée depuis Londres et non par un quelconque état-major clandestin basé sur le territoire français. A l'échelon local, l'unification peut aider les groupes de différentes origines à travailler ensemble et parfois à se soumettre à une autorité commune. Cela a relativement bien fonctionné lors de la libération de Paris.
Le général Delestraint, arrêté début mai 1943, et déporté à Dachau, est remplacé par Pontcarral-Dejussieu à la tête de l'AS. Reste à intégrer d'une part l'Organisation de résistance de l'armée (ORA), émanation de l'ancienne armée d'armistice, représentative de ce qu'il est convenu d'appeler la résistance vichysso-giraudiste et, d'autre part, les FTP. L'ORA qui se veut strictement militaire n'a pas été partie prenante de la constitution du CNR. Elle a des contacts privilégiés avec le général Giraud. A partir de juin 1943, lorsque Giraud doit s'effacer devant De Gaulle, l'ORA s'intégre en douceur dans l'AS. Cette intégration est formalisée en octobre 1943 par un accord ORA-AS. L'ORA reconnaît alors l'autorité du CFLN d'Alger présidé par De Gaulle.
De la même façon, une fusion théorique a lieu le 29 décembre 1943 entre l'AS et les FTP, donnant naissance aux FFI placées sous l'autorité du général Koenig le 23 mars 1944.
Parallèlement à la création des FFI, le CNR, de plus en plus dominé par les communistes et leurs alliés, avait créé une Commission militaire d'action sensée superviser les FFI. D'abord désignée COMIDAC, on l'appela ensuite le COMAC. Alors de qui dépendait Koenig ? Du COMAC ou du CFLN d'Alger, transformé le 2 juin en Gouvernement provisoire ? Personne ne le sait trop. Le délégué militaire national, (Chaban), ainsi que les délégués militaires de zones (DMZ) dépendent, eux, directement du Comité militaire National d'Alger. En bref, l'organigramme est suffisamment complexe pour permettre à chacun de faire ce qu'il lui plait. Il a au moins le mérite d'exister, et quand tout le monde est de bonne volonté, on peut faire avancer les choses.
[modifier] Les différentes formes de la Résistance
Les mouvements de Résistance agissent sur deux plans distincts : d'une part, ils veulent contribuer à la défaite militaire des Allemands, et d'autre part, ils veulent influencer l'opinion publique pour que la France bascule dans le camp qu'ils estiment être le bon.
[modifier] Réseaux et mouvements
Dés l'année 1941, on peut distinguer parmi les différents groupes de résistance balbutiants deux types d'organisation : les réseaux et les mouvements.
Selon Claude Bourdet, « un réseau, c'est une organisation créée en vue d'un travail militaire précis, essentiellement le renseignement, accessoirement le sabotage, fréquemment aussi, l'évasion de prisonniers de guerre et surtout de pilotes tombés chez l'ennemi… Un mouvement, au contraire, a pour premier objectif de sensibiliser et d'organiser la population de la manière la plus large possible… »
[modifier] Les réseaux d'évasion
La nécessité de créer des réseaux d'évasion se manifeste dès les premiers mois de l'occupation : nombreux sont les aviateurs britanniques qui se retrouvent largués en territoire ennemi. On ne s'étonnera pas que ce soit l'Intelligence Service qui ait suscité la création du réseau Alliance, dirigée par Marie-Madeleine Fourcade. Citons également le réseau très efficace qui fonctionne dans les environs de Béthune sous la direction de Sylvette Leleu. Mais bien vite, il s'avère que l'évasion et le transit vers l'Espagne ou la Suisse concerne tout aussi bien les Français désireux de rejoindre Londres que les Résistants grillés devant se mettre au vert, ou encore les membres de l'armée qui veulent rejoindre Alger après novembre 1942. Sur la frontière suisse, le réseau Gilbert, créé par le colonel Groussard, est également piloté par les Britanniques.
[modifier] La presse clandestine
La première action de beaucoup de mouvements de résistance est la publication et la diffusion de presse clandestine. Ce n'est pas la règle générale, puisque certains mouvements, surtout dans la zone Nord, comme CDLR et CDLL et dans une moindre mesure l'OCM refusent l'action civile pour mieux s'occuper du militaire.
D'autres mouvements, comme Défense de la France fondé en août 1941 par les étudiants Philippe Viannay et Robert Salmon, se refusent à monter des services de renseignements ou des corps francs. Témoignage Chrétien est à ranger dans la même catégorie.
La plupart des journaux clandestins ne consistent qu'en quelques feuillets, souvent même une feuille unique, ronéotée recto verso, car la vente de toutes les matières premières - papier, encre, stencils - est interdite.
En zone Nord, en juin 1941, Pantagruel, l'organe de Franc-Tireur tire à 10 000 exemplaires, et Libération-Nord qui le remplacera atteint assez vite un tirage à 50 000. En janvier 1944, Défense de la France, diffuse 450 000 exemplaires.
En zone Sud, après la fusion des deux journaux Liberté de François de Menthon et Vérité de Henri Frenay, paraissent 58 numéros du journal Combat de décembre 1941 à janvier 1944, et pendant la même période 37 numéros de Franc-Tireur, 54 numéros de Libération et 15 cahiers de Témoignage Chrétien. Pour les tirages, Dominique Veillon et Olivier Wieviorka donnent le chiffre de 5 000 à 10 000 exemplaires au démarrage, et ensuite un chiffre moyen de 125 000 à 150 000.
[modifier] Le renseignement
Les réseaux de renseignement sont de loin les plus nombreux et les plus étoffés. Il s'agit, bien sûr de collecter des renseignements de valeur militaire : constructions sur la façade atlantique, effectifs des unités de la Wehrmacht basées en France… On assiste souvent une compétition entre le BCRA et les différents services britanniques pour prendre contact avec les réseaux qui se sont mis en position de fournir des renseignements intéressants.
Les premiers agents de la France Libre débarquent sur la côte bretonne dès juillet 40. Ce sont le lieutenant Mansion, Saint-Jacques, Corvisart, Rémy, qui n'hésitent pas à prendre contact avec les milieux militaires anti- allemands de Vichy comme Loustaunau-Lacau et le colonel Groussard dont ils sont proches idéologiquement.
Les différents mouvements ont bien compris l'intérêt de disposer de réseaux de renseignements pour se faire reconnaître et toucher des subsides de la part du BCRA ou des Britanniques. Le service de renseignement des FTP s'appelle la FANA. Il est dirigé par Georges Beyer, le beau-frère de Charles Tillon.
La transmission des renseignements se fait d'abord par émetteur radio. Plus tard, lorsque les liaisons aériennes par Lysanders deviennent plus fréquentes, une partie des renseignements est également acheminée par ces courriers. Selon Passy, le responsable du BCRA, en 44, 1 000 télégrammes quotidiens transitent par radio, auxquels il faut ajouter plus de 20 000 pages et 2 000 plans par semaine. On appelle les opérateurs radio des pianistes. Beaucoup sont repérés par les voitures goniométriques allemandes qui patrouillent également en zone sud dès l'été 1943.
Après la guerre, 266 réseaux directement liés au BCRA sont reconnus, comprenant 150 000 agents dénombrés.
[modifier] Le sabotage
Le sabotage est une forme d'action que peuvent ambitionner tous les groupes désireux de dépasser la diffusion de presse clandestine. De nombreux laboratoires clandestins se mettent en place pour produire les explosifs, indispensables. Jules Dumont et la chimiste France Bloch-Serazin montent en août 41 un petit laboratoire pour fournir des explosifs aux premiers combattants communistes. Le laboratoire produit également des ampoules de cyanure pour permettre à ces combattants de se soustraire à la torture en cas d'arrestation. France Bloch est arrêtée en février 1942, torturée, déportée à Hambourg et décapitée à la hache en février 1943. En zone Sud, l'ancien royaliste Renouvin se livre aux mêmes activités pour le compte des groupes francs de Combat.
À la longue, le vol de dynamite sera préféré à la fabrication artisanale. Les Britanniques en parachutent également des tonnes à destination de leurs réseaux SOE dont l'une des missions essentielles est le sabotage. Les chemins de fer sont la cible préférée des saboteurs. On comprend d'ailleurs bien vite que le déboulonnage est autrement plus efficace que les explosifs.
Les déraillements de train sont d'une efficacité discutable pendant toute la période de l'occupation où les Allemands parviennent à réparer les voies assez rapidement. Après le débarquement de Normandie et celui de Provence, joints aux bombardements alliés, ils peuvent désorganiser plus efficacement la retraite des Allemands. Les sabotages des voies font évidemment moins de dégâts collatéraux que les bombardements.
Les sabotages du matériel sortant des usines d'armement a été une forme d'action plus discrète, mais vraisemblablement au moins aussi efficace que les attentats à l'explosif.
[modifier] La guérilla urbaine
Les pratiques de guérilla sont, en gros, l'apanage des groupes communistes. Il s'agit de perpétrer des attentats pour frapper l'ennemi au cœur des villes. Une première vague d'attentats a lieu immédiatement après l'entrée en guerre de l'URSS, en juin 1941. Les communistes ont alors un objectif clair, participer à la guerre aux cotés de l'URSS de la même façon que les Français Libres participent à la guerre aux cotés des Britanniques. L'objectif est d'immobiliser le maximum de troupes allemandes à l'Ouest.
Pierre Georges, plus connu sous le nom de Fabien, abat un officier allemand, l'aspirant Moser à la station de métro Barbès, le 21 août 1941. Cet attentat, et ceux qui sont perpétrés dans les semaines suivantes par de jeunes communistes ont une efficacité naturellement dérisoires au regard de l'objectif visé. Curieusement, la presse communiste clandestine se fait très discrète sur ces attentats, surtout le dernier, celui de Nantes qui déclenche en représailles l'exécution de 98 otages. Les communistes renoncent temporairement à ce type d'action trop impopulaire.
Les groupes qui livrent à Paris une série d'attaques directes contre des soldats ou des officiers Allemands de juillet à octobre 1943, sont autrement mieux organisés. Joseph Epstein, alias colonel Gilles est un responsable des FTP-MOI à qui l'on a également confié la responsabilité des combattants FTP de l'ensemble de la région parisienne où la formation de véritables commandos de quinze combattants permet de réaliser un certain nombre d'actions spectaculaires, comme l'attaque d'un détachement allemand qui monte vers la place de l'Étoile au pas de l'oie. Cela n'aurait pas été possible avec les groupes de trois qui étaient la règle dans l'organisation clandestine depuis 1940. Ces commandos sont constitués d'étrangers de la MOI. Le groupe de Manouchian est le plus célèbre.
[modifier] Les maquis
On désigne par maquis des groupes de résistants opérant dans les régions peu accessibles, où une végétation abondante peut masquer des mouvements de groupes. Les massifs montagneux français, Alpes, Jura, Massif central, Morvan… sont souvent propices à de telles implantations.
À quelques exceptions près, comme celle de Georges Guingouin, les résistants ne songent guère à créer des maquis avant 1943. C'est l'afflux de réfractaires qui tentent d'échapper au Service du travail obligatoire (STO) instauré à partir du 16 février 1943 qui suscite la création des maquis où des résistants plus chevronnés encadrent les jeunes réfractaires. Par ailleurs, à cette même date, la Résistance a atteint un degré de maturité suffisant pour permettre d'envisager certains contrôles de territoires. Après que, sous l'impulsion de Jean Moulin, les trois mouvements de la zone sud aient fusionné sous l'appellation de MUR, un Service national des Maquis (SNM) est mis en place, en mars 1943, sous la responsabilité de Michel Brault. En octobre 1943, le SNM estime à 14 000 le nombre des maquisards relevant de ses services, auxquels il faut ajouter les maquis FTP, peut-être 5 000 en sone Sud et 6 000 en zone nord.
Surgissent alors des problèmes de toutes sortes : motivation très variable de la part des réfractaires pour adhérer à un projet de résistance, difficultés matérielles pour l'approvisionnement, armement insuffisant, mais au cours du temps, un nombre assez considérables de maquis sont créés, au point qu'ils symbolisent, dans une certaine mesure, l'idée même de résistance.
À travers les maquis, la résistance prend elle-même des formes diverses, selon les tactiques adoptées. On y voit s'exprimer des divergences qui apparaissent dans la dernière année de l'occupation allemande. Les maquis « gaullistes », impulsés par les MUR et l'ORA préfèrent conserver leurs maquis en réserve pour une action généralisée et concentrer leurs effets sur la transmission de renseignements aux Alliés et aux FFL, alors que les maquis FTP prétendent se lancer dans des opérations de harcèlement des forces allemandes et de la Milice. Selon les régions, les rivalités entre différents maquis de l'AS ou des FTP ont pu être intenses ou inexistantes. Sur la façon d'envisager la création de maquis, des différences culturelles séparent les anciens officiers de l'ORA qui considèrent avant tout le maquis comme une forteresse stratégique, une tête de pont ou un point d'appui et les partisans communistes qui pensent davantage au contrôle des populations.
La Milice créée le 23 janvier 1943 à la suite de la dissolution de l'armée d'armistice consécutive à l'invasion de la zone sud par les Allemands, va devenir un acteur important de cette période. Elle est engagée dans des opérations frontales de lutte contre les maquis, donnant ainsi à cette période de 1943-1944 une allure de guerre civile, qui ne se termine que fin 1944 avec l'arrêt de l'épuration et l'affirmation du gouvernement de De Gaulle.
Le 11 novembre 1943, les Maquis de l'Ain et du Haut-Jura, aux ordres du colonel Henri Romans-Petit, prennent le contrôle de la ville d'Oyonnax (Ain) et défilent jusqu'au monument aux morts. Devant les Oyonnaxiens qui s'approchent, enthousiastes, ils déposent une gerbe en forme de croix de Lorraine portant l'inscription « Les vainqueurs de demain à ceux de 14-18 ». Les résistants quittent ensuite la ville.
À trois reprises, des maquis subissent de lourdes pertes pour avoir accepté un affrontement trop direct avec les troupes allemandes toujours supérieures. Les Glières, en Haute-Savoie sont un maquis créé par l'AS en janvier 1944 et commandé par l'ancien officier d'active Tom Morel. Plus de 500 combattants, AS ou FTP, rejoignent le maquis. Ils reçoivent des parachutages d'armes, mais en mars 1944, le maquis est encerclé, attaqué et submergé par quelques milliers d'Allemands et 1 000 miliciens. Au moins 100 maquisards y perdront la vie.
Dès la fin mai 1944, 2500 hommes se sont rassemblés au Mont-Mouchet, en Auvergne. Après une première attaque qui échoue, le 2 juin, les Allemands attaquent à nouveau, le 9 juin. Les rescapés se regroupent vers la Haute-Truyère. Ce sont 5 000 hommes que la Wehrmacht attaque le 18 juin, faisant au moins 100 morts parmi les maquisards sans compter les victimes des actions de représailles. Le 20 juin, l'ordre de dispersion générale est prononcé.
Les pertes seront encore plus lourdes au maquis du Vercors attaqué le 21 juillet 1944. 4 000 hommes s'y sont concentrés, avec le soutien des différents mouvements de résistance intérieure, du BCRA et des Britanniques. Seuls les FTP se sont toujours opposés au projet. Le Massif du Vercors est complètement entouré de falaises, mais les planeurs de la Wehrmacht utilisent une piste d'aviation préparée pour recevoir des renforts alliés. En plus des 840 morts dont 200 civils, de nombreux maquisards seront déportés.
[modifier] Autres formes de résistance
Dans la France occupée, toutes sortes d'actes individuels peuvent être assimilés à de la résistance anti-allemande. Ils ne peuvent être pris en compte dans cet article qui rend compte de la Résistance organisée.
Peuvent ainsi être assimilés à des résistants ceux qui ont œuvré pour le sauvetage des Juifs sur le territoire français. Ils sont globalement connus comme les Justes parmi les nations.
[modifier] Le rôle de la Résistance dans la libération du territoire
Une motivation principale des deux formes de résistances, extérieure et intérieure, était que les Français soient présents aux cotés des alliés lors de la victoire finale espérée. La question vient alors d'elle même : Quel a été le rôle de la Résistance dans la libération du territoire ? Il est difficile de donner une réponse tranchée à cette question qui appelle des éléments de réponse : En septembre 1943, les résistants corses déclenchent une insurrection qui libére l'île avec l'aide de commandos venus d'Afrique du Nord. À partir de juin 1944, FFI et FTP, théoriquement unifiés sous le commandement du général Kœnig s'efforcent de participer activement à la libération des autres départements français.
À la suite du débarquement en Normandie, en juin 1944. Les maquis et les différents réseaux de sabotage interviennent, soit en engageant le combat afin de fixer les forces ennemies, soit en désorganisant les réseaux de communications ferroviaires utilisés par les Allemands : plan vert pour les voies ferrées, plan violet pour les lignes téléphoniques et plan bleu pour les installations électriques. Le plan Paul, vise, lui, à détruire les dépôts allemands de munitions et de carburants, à harceler les renforts allemands et à préparer l'arrivée des troupes alliées.
Le déclenchement de l'insurrection parisienne qui s'est achevé par la Libération de Paris le 25 août 1944 avec l'appui de la 2e Division blindée du général Leclerc est un des moments glorieux les plus célèbres de la Résistance française, mais il est très difficile de faire la part de ce qui ressort de la manifestation populaire, de l'opération psychologique d'une part et de l'efficacité militaire d'autre part. Moins discutable est la libération de la plus grande partie du sud-ouest et du centre de la France, et, dans le sud-est, l'aide apportée à la progression de la 1re Armée française du général de Lattre de Tassigny débarquée en Provence en août 1944.
On se réfère souvent au commentaire du général Eisenhower dans son «Rapport sur les opérations en Europe des forces expéditionnaires» :
- « Notre QG estimait que par moment, la valeur de l'aide apportée par les FFI à la campagne représentait l'équivalent en hommes de 15 divisions d'infanterie et grâce à leur assistance, la rapidité de notre avance en France en fut grandement facilitée.»
Une division d'infanterie (DI) représente à peu près 10 000 hommes. La conversion des forces de la Résistance en DI a ses limites. Comment convertir les renseignements fournis aux alliés ? Et l'intoxication des Allemands que l'Intelligence Service tenta en manipulant le réseau Prosper du SOE ? On n'aura jamais de réponse certaine à la question : « Est-ce que l'apport de la Résistance fut décisif pour que la tête de pont établie en Normandie ne soit pas rejetée à la mer ? »
[modifier] L'établissement du gouvernement provisoire
Le 10 janvier 1944, une ordonnance du général De Gaulle crée en France des commissaires généraux de la République qui ont vocation à jouer le rôle de préfets dés lors que le pouvoir aura basculé, tout ou partie du coté de la Résistance. Gaston Cusin est ainsi nommé à Bordeaux et Raymond Aubrac à Marseille. Le 3 juin, le général de Gaulle devient président du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF).
Au fur et à mesure que les troupes alliées progressent, des Comités départementaux et locaux de libération (CDL et CLL) constitués par des résistants sont mis en place dans la France libérée, ces comités se substituant à l'administration de Vichy. Dans le même temps, des cours de justice et des chambres civiques sont créées avec la participation de résistants. Il s'agit d'éviter, dans la mesure du possible, les exécutions sommaires et les règlements de compte qui accompagnent souvent la libération des différentes régions, et de mettre en place une « épuration légale » des collaborateurs.
CDL, CLL et milices patriotiques constituent parfois, en particulier dans les départements où la résistance communiste est en position de force, une menace de contre-pouvoir face aux commissaires de la République et aux préfets nommés par le Gouvernement provisoire de la République française qui se sont rapidement imposés partout. Le 9 septembre 1944, après la Libération de Paris, De Gaulle forme un gouvernement d'Union nationale qui prépare des élections. Il faut attendre la libération quasi-totale du territoire, en hiver 1945, pour organiser des élections municipales en avril et mai, et législatives en octobre 1945. Les Allemands capitulent le 8 mai 1945, la légalité républicaine est rétablie, et la page de la Résistance est tournée.
[modifier] Bilan
Au printemps 1945, lorsque le territoire français est complètement libéré avec la réduction des dernières poches tenues par les Allemands, on peut esquisser un bilan des pertes : 20 000 FFI ou FTP tués au combat, 30 000 fusillés, plus de 60 000 déportés dans les camps, dont un peu moins de la moitié ne reviendront pas.
Quelque soit l'appréciation que l'on peut porter sur son efficacité militaire, l'action de la Résistance a bien servi la France sur le plan politique. Après la Libération, les résistants, en s'engageant dans la nouvelle armée française reconstituée combattant aux côtés des Alliés, ont permis d'associer la France à la victoire de 1945 sur l'Allemagne nazie.
En réalisant une large union parmi les Français et en ne cédant pas aux tentations de guerre civile, la Résistance a occupé un rôle de premier plan dans le rétablissement de la République et dans le renouveau de la politique française. Beaucoup de résistants auraient sans doute aimé s'affranchir des partis traditionnels et le rétablissement, en 1946, d'un régime d'Assemblée, ne correspondait pas forcément à l'idéal de changement profond qui avait pu motiver leur engagement dans la Résistance. Les tentatives de créer un grand parti de la Résistance échouèrent. C'est donc dispersés qu'ils œuvrèrent pour la reconstruction administrative, politique, économique et sociale de la France.
L'héritage de la Résistance marquera durablement la vie politique française. Le programme du CNR se réalisera par le vote des femmes, la nationalisation des secteurs clés de l'économie et la création de la Sécurité sociale.
[modifier] Mémoire de la Résistance
[modifier] Du légendaire au mythe
Dans l'immédiat après-guerre, alors que les anciens Résistants investissent les lieux du pouvoir en même temps qu'ils structurent toutes sortes d'amicales d'anciens combattants, une frange de l'opinion, l'extrême droite de l'époque, prend parti pour Pétain et le régime de Vichy, contre les « vainqueurs » du moments que sont, en gros, les anciens résistants, et utilise l'expression de « mythe de la Résistance » à la suite de celle d'« épuration sauvage » <ref name="Vast"> Cécile Vast, article la Résistance: du légendaire au mythe dans Dictionnaire historique de la Résistance, p. 1017, Robert Laffont, 2006. </ref>. Ce sont les derniers soubresauts de cette quasi guerre civile qui a secoué la France dans les dernières années de l'occupation et au cours de la Libération.
Au cours des deux décennies qui suivront, la mémoire collective, exprimée, par exemple par les manuels scolaires aura tendance à mettre en avant une France résistante ce qui permettait de ne pas s'appesantir sur la politique de collaboration du régime de Vichy. Selon l'historien Henry Rousso, « De 1954 à 1971, le souvenir de Vichy se fait moins conflictuel… mais les Français semblent refouler cette guerre civile, aidés en cela par l'établissement d'un mythe dominant le Résistancialisme »<ref>Henry Rousso, Le syndrome de Vichy 1944-198…, Le Seuil, 1990. </ref>.
Le fait de traiter à la fois la Résistance et le Régime de Vichy selon la méthode historique n'interdit pas, en parallèle, de développer une légende et d'entretenir des mythes. Le légendaire naît de fait réels mais répond au besoin de donner une signification à une expérience jugée révélatrice <ref name="Vast"/>. C'est dans cette catégorie qu'il faut classer toutes sortes de cérémonies commémoratives, de constructions de musées et de monuments. A la différence du légendaire qui alimente une mémoire multiforme de la Résistance selon les lieux, les cultures et les moments, le mythe ne retient de cette histoire que quelques éléments qu'il normalise. Le poète Pierre Emmanuel, lui-même résistant, revendique en 1945, « Il faut oser davantage, procéder des symboles aux mythes… à la lumière de ces grands éclairs de l'histoire qui dévoilent


