Quinzième cible HQE
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Préalable : Attention, ce qu’on regroupe depuis quelques années sous le terme générique de « 15ème cible » ne fait pas partie de l’actuel référentiel HQE validé par l'association HQE et ses partenaires. En 2006, le référentiel HQE porte sur 14 cibles (voir article HQE). L'idée de 15 ème cible regroupe en fait plusieurs éléments, qui semblent aujourd’hui pouvoir utilement compléter la démarche HQE.
La biodiversité, ignorée jusque maintenant dans la démarche HQE, est à la fois un objectif et un moyen d'atteindre la réalisation de cette quinzième cible. Les objectifs de la 15ème cible pourraient être plus largement regroupés derrière le thème du « remboursement de la dette écologique ».
La biodiversité est alors appréhendée :
- comme ressource naturelle utile et nécessaire au projet architectural, conçu comme élément du "développement soutenable",
- comme nécessitant des conditions particulières pour sa pérennité (dans les parties naturelles environnant la construction et sur l’enveloppe bâtie ou sur certains éléments bâtis ; toit, murs, sols, éléments de décor ou fonctionnels mobilier, allées, bassins, abris, poteaux, clôtures, et autres niches et nichoirs…).
- contribuant à la renaturation générale de notre environnement
- comme condition de la soutenabilité (un des moyens de restaurer et protéger la biodiversité)
- comme indicateur en soi
Ce point pourrait être intégré dans la 1ère cible existante si elle était précisée, avec un référentiel à adapter au contexte biogéographique de chaque projet.
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[modifier] Pourquoi une 15ème cible ?
La HQE est une démarche volontaire, récente et encore émergente. À partir de 1997, elle a fait l’objet d’une première formalisation, susceptible d’évoluer vers une normalisation...
Comme toute démarche-qualité, elle doit néanmoins s’appuyer sur un processus d’amélioration continue, pour notamment s’adapter aux évolutions techniques, aux évolutions de la connaissance ainsi que du contexte (dont modifications climatiques attendues).
Il semble nécessaire et urgent de ne plus se limiter à simplement préserver l’existant, car il est déjà très dégradé. Il ne faudrait pas non plus dégrader par des construction l’environnement de qualité là où il subsiste. Comment rembourser à une juste mesure les impacts de l'urbanisation et de la construction ?
Depuis la fin des années 1990, les apports (et les lacunes) des premiers bilans des nombreuses constructions HQE et plus généralement dites « écologiques » commencent à permettre des critiques constructives.
Un certain nombre d'acteurs ont suggéré que l'approche HQE gagnerait à s'enrichir d'une cible s’intéressant de plus près à la « Relation écologique du projet (bâti, infrastructures, non-bâti, fonctionnement..) avec l’environnement ».
Les architectes veillent déjà à préserver - dans une certaine mesure - les arbres et les éléments naturels des sites qu'ils vont occuper et modifier. Mais ils ont plutôt l’habitude de travailler avec des paysagistes que des écologues. De plus, les écoles d'architecture et du Paysage n’intègrent l’écologie du paysage dans leur cursus que depuis quelques années seulement, et parfois de manière très limitée.
De la même manière qu’on fait maintenant des maisons à énergie positive (qui produisent plus d’énergie qu’elles n’en consomment), l’idée est ici de faire un bâti qui offre au moins autant de place pour la biodiversité naturelle que s’il n’y avait pas de construction, voire plus. Si la HQE intégrait ce double objectif (maisons à énergie positive et à biodiversité positive) elle répondrait aux deux conventions majeures du Sommet de la Terre (Rio, Juin 1992), sur les modifications climatiques (décliné dans le Protocole de Kyoto dont les objectifs seront revus en 2012) et sur la biodiversité.
[modifier] L’existant
Aujourd’hui (début 2006), la 1ère des 14 cibles de la HQE demande à l’architecte une relation harmonieuse des bâtiments avec leur environnement immédiat, en lui proposant 4 sous-cibles :
- utilisation des opportunités offertes par le voisinage et le site ;
- gestion des avantages et inconvénients de la parcelle ;
- organisation de la parcelle pour créer un cadre de vie agréable ;
- réduction des risques de nuisances entre le bâtiment, son voisinage et le site ;
.. et des exigences minimales :
- traiter l'insertion du bâtiment dans son environnement en réalisant une étude préalable au projet une étude d'organisation de la parcelle, une étude de traitement des espaces extérieurs et intermédiaires. En cas de friches industrielles, analyser le niveau de pollution et dépolluer si nécessaire ;
- respecter un niveau minimal de protection acoustique de 50dB des bruits émis par des équipements ou des pratiques extérieures, en réalisant éventuellement un traitement acoustique ;
- repérer les sources de bruit extérieur et créer un isolement acoustique satisfaisant.
Ce cadre permet - si l’architecte et le maître d’ouvrage le souhaitent - d’insérer une priorité à la biodiversité, éventuellement fonctionnelle dans leur projet. Mais la 1ère cible ne propose ni seuil minimal, ni indicateurs, ni même clairement de « compensation fonctionnelle ».
Sans l’interdire, cette cible n’engage donc pas à une approche restauratoire.
[modifier] Nouveaux questionnements
Ces deux dernières approches (compensatoire, restauratoire) posent des questions complexes, en particulier quand au niveau-objectif de qualité éco-paysagère et donc de biodiversité à rechercher, et quant à l’échéance visée (il faut 300 à 800 ans pour produire un vieux chêne, et d’ici là nous aurons peut-être bouleversé le climat au point de dépasser ses conditions de survie).
L’objectif sous-jacent d’une quinzième cible est donc d’augmenter la capacité du projet à durablement contribuer à améliorer l’environnement, protéger, voire restaurer la biodiversité, dans l’objectif de tendre à rembourser la dette écologique (à effacer son empreinte écologique).
Cette cible sera atteinte à 100 % ;
- - s’il y a autant de Biodiversité après la construction que s’il n’y avait pas de projet,
- - si la Nature peut s’exprimer pleinement et spontanément sur le site concerné.
Par convention on entendra ici par Nature, les endroits où la vie sauvage et ses processus peuvent se manifester de manière significative et spontanée, quelles que soient et quelles qu’aient été les actions de l’Homme.
[modifier] Conditions de réussite
La construction bouleversant nécessairement, peu ou prou, le milieu, cette objectif fera donc appel à ce que les anglo-saxons nomment « mitigation » (« réparation écologique »). L’architecte s’appuiera nécessairement sur le « génie écologique ». Dans cette nouvelle perspective, l'architecte a à utiliser le Vivant comme élément dynamique et fonctionnel de sa construction. Il n'a généralement pas été formé pour cela et doit donc apprendre à collaborer avec un écologue. Or l'écologue n'a pas non plus l'habitude de travailler sur ce type de sujet, et dans les pays francophones, l'enseignement officiel de l'écologie urbaine et de l'écologie du paysage ont pris beaucoup de retard, par rapport aux pays anglosaxons qui bénéficient de cursus et de littérature spécialisés sur le sujet
Ceci implique également d’envisager finement la dimension temporelle de la part environnementale du projet (Si le bâti devient le substrat d’une Nature qui « pousse », l’architecte doit préparer ou permettre un plan de gestion adapté, sur le court, moyen et long terme).
L’approche pourrait par exemple être de type :
état des lieux + étude d’impact et d’empreinte écologique => mesures conservatoires , compensatoires et restauratoires + évaluation => mesures rétrocorrectrices
On approche éventuellement aussi l’idée de résilience écologique.
Ces objectifs pourraient être intégré comme sous-objectif de la 1ère cible, par exemple sous la dénomination « Relation éco-biologique positive du bâti avec l’environnement » (Ce titre évoque à la fois l’insertion écopaysagère, les fonctions écologiques, qui sont des éléments permettant pour partie d’approcher le remboursement de la dette écologique de l’aménagement et des usagers ou autrement dit : d’effacer l’empreinte écologique de l’aménagement, de son fonctionnement sur toute sa durée de vie).
Mais, pour les raisons évoquées ci dessous, il semble utile de disposer d’une cible plus transversale aux autres..
[modifier] « La 15 ème cible » ; Objectif tranversal et permanent :
Pour des raisons intrinsèques à cette cible, en aucun cas, les moyens d’atteindre les 14 cibles déjà « classiques », pas plus que le parti esthétique retenu, ne doivent contredire l’objectif de la quinzième cible qui inclut nécessairement la contribution du projet à restaurer, gérer et protéger la biodiversité. Ceci implique donc de restaurer, gérer ou – si elles existent - protéger les fonctions écopaysagères du projet, avec :
1. des zones-refuges,
2. des zones-tampons,
3. une connectivité biologique protégée ou restaurée avec l’environnement naturel, via un maillage fonctionnel de corridors biologiques.
Ces fonctions devant être intégrées
- dans la zonation interne et externe du projet
- et pour partie sur - et dans - l’enveloppe bâtie et les infrastructures associées,
- là où cela est compatible avec les fonctions essentielles des différents constituants la zone, et avec la sécurité et le confort des usagers.
Remarque : Il ne s’agit surtout pas de réaliser artificiellement un couteux arborétum ni un zoo ou une arche de Noé. Il s’agit simplement d’offrir un réseau d’espaces (d’habitats) retrouvé, reconstruit ou de substitution aux espèces qui devraient être naturellement présentes, au vu du contexte éco-paysager ou de la flore et de la faune potentielles, en veillant à ce que l'architecture soit éco-compatible.
L’objectif à moyen et long terme est celui d’une nature dont le cycle est le plus auto-entretenu possible. Il s’agit donc de durablement restaurer les conditions (dynamiques) d’entretien de la biodiversité, tout en gardant une maitrise minimale, par exemple sur les eaux pluviales et de ruissellement et sur la végétation jouxtant ou couvrant le bâti.
[modifier] Principes généraux de la 15 ème cible
Le premier principe en matière de biodiversité est celui de la complexité des écosystèmes. Plus un milieu est complexe (creux, bosses, zones d’ombre, de soleil, milieu boisé, strates herbacées, etc.), plus il est susceptible d’accueillir une faune et une flore riches et diversifiées. Le vivant se développe et se différencie en fonction d’une multitude de facteurs, il faut donc offrir tout un panel de biotopes, afin qu’un grand nombre d’espèces puisse y trouver refuge ou simplement utiliser ces biotopes comme corridors biologiques.
Le second principe est celui de l’auto-entretien du milieu. L’écosystème doit pouvoir se stabiliser et se réguler de lui-même, l’homme doit intervenir le moins possible. C’est pourquoi, dans le cadre d’un habitat répondant à la 15 ème cible HQE, il est important d’établir, dès la construction, un plan de gestion du milieu. Il faut parfois plusieurs années, voire dizaines d’années pour qu’un milieu perturbé par l’homme retrouve un certain équilibre.
Un troisième principe est celui du « remboursement de la dette écologique » du construit, en veillant à ce que la faune ou la flore ne posent toutefois pas de problème de compatibilité avec l'infrastructure construite en question (Ex : risque de court-circuit sur l'image ci-contre), ou ne mettent pas en péril la faune.
[modifier] Conclusion / perspectives
La matrice paysagère est trop souvent grise-brune, ponctuée de quelques taches de Nature relictuelle. Cette quinzième cible veut contribuer à inverser cette tendance, pour restaurer une matrice de Nature dans la quelle les taches réservées à l’habitat, aux productions et aux réseaux d’infrastructures seront les moins nuisantes et fragmentantes possibles (pour leurs usagers et pour le reste des espèces vivantes).
Il faut aussi pour cela réduire l’effet de fragmentation écopaysagère et la pollution des infrastructures de transport, des villes linéaires, et restaurer un solide maillage écologique (réseau fonctionnel de corridors biologiques).
Les difficultés : Elles ne sont pas financières, et la nature a encore de puissantes capacités de cicatrisation. De plus, cette approche permet de considérablement diminuer la contribution, voire l'exposition aux risques naturels et donc les coûts externes. Les difficultés proviennent des habitudes, du manque de compétences en génie écologique, de l'absecence de critères d'écoéligibilité, du fait que l’agriculture et l’aménagement du territoire n’intègrent pas encore les besoins de la Biodiversité et du fait que les réservoirs de biodiversité sont de plus en plus rares, petits, éloignés les uns des autres et qu’ils s’appauvrissent. Plus on attend, plus ce sera difficile.
Enfin, des besoins urgents de réflexion concertée, mais aussi de R&D (Recherche et Développement), de formation et de mise à dispositions d’outils et de guides adaptés à cette cible existent. Les architectes ont maintenant autant besoin de l'aide de spécialistes du comportement des insectes, des oiseaux, des mammifères, des amphibiens, des écosystèmes que de spécialistes de l'hygiène.
[modifier] Articles connexes
[modifier] Liens externes
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