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Pinatubo

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Pinatubo
Image:Pinatubo ash plume 910612.jpg
Altitude 1486 m
Latitude 15° 7.8' N
Longitude 120° 21.0' E
Pays Luçon, Philippines
Massif Massif du Zambales
Première ascension
Voie d'ascension
la plus facile

Le Pinatubo est un volcan actif situé sur l'île de Luçon dans les Philippines, au niveau des provinces de Zambales, Bataan, et Pampanga, et à proximité des villes de Manille, Quezon City, Angeles City, Tarlac et San Carlos. Avant 1991 la montagne était couverte de forêts et habitée par des milliers de personnes de l'ethnie Aeta.

En juin 1991, le volcan se réveille après un sommeil de plus de 500 ans, cette éruption, l'une des plus violentes du XXe siècle, a tué entre 900 et 1000 personnes et causé d'importants dommages à tout le secteur avoisinant. Des milliers de personnes ont dû s'enfuir. Des tonnes d'aérosols furent éjectées dans l'atmosphère provoquant un hiver volcanique c'est à dire une baisse de la température globale du globe de 0.5°C.

Sommaire

[modifier] Description du volcan

Le Pinatubo fait partie de la chaîne de volcans qui court tout le long du flanc ouest de l'île de Luçon. Ce sont des volcans de subduction, formés par le glissement de la plaque Eurasienne sous la plaque des Philippines, le long de la fosse de Manille. Le mot Pinatubo vient du Tagalog et signifie qui grandit, ce qui tend à prouver qu'il y a une connaissance du caractère volcanique de la montagne aux alentours des années 1500. Cependant il n'y a pas de tradition orale d'éruptions violentes encore plus anciennes chez les autochtones.

Avant la catastrophe de 1991, le Pinatubo est donc une montagne paisible, son sommet culmine à 1 745m, dominant de 600m la plaine environnante. A ses pieds vivent plus de 30 000 personnes essentiellement des Aetas, un peuple indigène de chasseurs-cueilleurs qui avait fuit les plaines pour échapper aux persécutions des Espagnols. Grâce à ces terres fertiles et à l'abondance de précipitation (plus de 4m par an) les flancs du volcan sont propices à l'agriculture. La majeure partie de la montagne est recouverte d'une dense végétation tropicale où les Aetas vivent en symbiose.

Dans un rayon de 40km autour du volcan se concentre une population de plus de 500 000 personnes, avec notamment des centres urbains comme Angeles City (150 000 habitants) et la base aérienne de Clark.

Plusieurs rivières prennent leur source au Pinatubo, comme la Bucao, le Santo Tomas, la Maloma, le Tanguay et la Kileng.

[modifier] Histoire géologique

Bien qu'il n'y ait pas de mémoire populaire d'éruptions antérieures, certains Aetas se souviennent que les anciens se rappelaient avoir observé de petites explosions par le passé. La région du Pinatubo était connue pour son activité géothermale, mais ce n'est qu'après l'éruption de 1991 que les géologues s'intéressèrent à l'histoire volcanique de la région. Deux grandes périodes éruptives peuvent être décrites.

[modifier] Le Pinatubo primitif

La plupart des terrains présents autour du volcan actuel proviennent de l'ancien Pinatubo. Cette montagne se trouvait à peu prés à la même place que le Pinatubo actuel. Son activité volcanique a commencé il y a environ 1,1 millions d'années, formant un dôme d'environ 2 300 mètres de haut.

Beaucoup de reliefs qui entourent le Pinatubo moderne sont des anciennes bouches périphériques formées à partir des dômes de lave, ou des restes du volcan originel ayant résistés à l'érosion.

L'activité du volcan primitif semble être moins explosive que celle du volcan actuel. Cette première phase se termine il y a environ 45 000 ans. Après une période de répit, le volcan actuel se forme à partir des éruptions qui commencent il y a 35 000 ans.

[modifier] Le Pinatubo moderne

Le Pinatubo actuel naquit dans la plus formidable éruption explosive de son histoire, plus 100 mètres de dépôts dus aux coulées pyroclastiques sont présent sur tous les flancs de la montagne. On estime à plus de 25 km³ la quantité de matière éjectée et la puissance de cette éruption forma une gigantesque caldeira.

Plusieurs autres éruptions eurent lieu il y a 17000, 9000, 6000-5000 et 3900-2300 ans. Chacune de ces éruptions semblent avoir été suffisamment importantes pour éjecter plus de 10 km³ de matières. On estime que la dernière éruption avant celle de 1991 s'est déroulée il y a 500 ans. Le volcan resta ensuite endormi, ses flancs se couvrant de forêts et l'érosion creusant de profondes ravines.

[modifier] Les prémices de l'éruption de 1991

Le 16 juillet 1990 un tremblement de terre de magnitude 7.8 sur l'échelle de Richter secoue l'île de Luçon. Son épicentre se trouvant à environ 100 km au nord-est du Pinatubo, certains volcanologues ont pensé que c'était peut-être l'évènement déclencheur de l'éruption de 1991. Deux semaines après cette secousse des habitants rapportent avoir vu de la vapeur sur le volcan, mais les scientifiques qui inspectèrent la montagne conclurent que cela provenait d'un petit glissement de terrain plutôt que d'une quelconque activité volcanique.

Le 15 mars 1991, une succession de secousses est ressentie par des villageois sur le bord nord-ouest du volcan. Dans les deux semaines qui suivent ces secousses s'intensifient et il devient clair qu'une activité volcanique se prépare. Le 2 avril le volcan se réveille, provoquant une éruption phréatique le long d'une faille de 1.5 km près du sommet. Dans les semaines qui suivent de petites éruptions se produisent, déposant des cendres volcaniques tout autour du volcan. Des centaines de séismes sont détectés chaque jour.

L'activité volcanique s'intensifie au cours des mois d'avril et de mai. Les mesures d'émission de dioxyde de soufre montrent une augmentation très rapide, de 500 tonnes/jour le 13 mai à 5000 tonnes/jour le 28 mai. Preuve d'une remontée du magma à l'intérieur du volcan. Après le 28 mai on assiste à une chute du taux de SO2 émis, preuve que le dégazage du magma semble bloqué quelque part. Une augmentation de la pression dans la chambre magmatique est alors à craindre, entraînant des risques d'une éruption explosive.

La première éruption magmatique survient le 3 juin et la première grosse explosion le 7 juin, générant une colonne de fumée de 7 km de haut. L'institut de volcanologie et de sismologie philippin (le PHIVOLCS) en partenariat avec l'U.S. Geological Survey émet alors une alerte d'une menace d'éruption majeure dans les deux semaines.

[modifier] L'évacuation

Devant les signes de plus en plus évidents d'une éruption majeure, le PHIVOLCS et les organismes volcanologiques internationaux tentent de convaincre les autorités locales du danger réel. La difficulté majeure tient dans la bonne évaluation de ce risque, un catastrophisme trop grand peut entraîner une décrédibilisation des autorités compétentes, alors qu'une négation du danger peut entraîner des milliers de morts.

Après de multiples concertations trois zones d'évacuation sont définies: une zone centrale de 10 km de diamètre centrée sur le sommet du volcan, une zone intermédiaire entre 10 et 20 km du sommet et une troisième zone entre 20 et 40 km (la base aérienne de Clark et la ville de Angeles City se trouve dans cette zone). Plus de 40 000 personnes vivent dans les deux premières zones et près de 331 000 dans la troisième.

Cinq niveaux d'alertes sont définis, chaque jour un bulletin est émis par les journaux, les radios et les télévisions qui quantifie pour chaque zone le niveau d'alerte.

Beaucoup d'Aetas qui vivaient sur les flancs du volcan quittent leurs villages de leur propre chef. La première évacuation officielle débute dans la première zone le 7 avril. L'évacuation de la deuxième zone est décrétée le 7 juin après que le niveau 4 d'alerte ait été atteint. Le 14 juin le niveau 5 est atteint dans la troisième zone entraînant l'évacuation de 60 000 personnes. La plupart se réfugient à Manille et à Quezon City et plus de 30 000 personnes se réfugient au Stadium Amoranto à Quezon City.

[modifier] L'intensification de l'éruption

Début juin les capteurs de déformation montrent que le volcan se dilate, apportant la preuve d'une remontée de magma sous le massif. Dans le même temps les séismes deviennent de plus en plus superficiels et se rapprochent du sommet. Le 7 juin la première éruption magmatique entraîne la formation d'un dôme de lave au sommet du volcan. Ce dôme grossit durant les 5 jours suivants jusqu'à atteindre un diamètre de 200 mètres et une hauteur de 40 mètres.

A 3h41 le matin du 12 juin, une petite explosion marque le début d'une phase plus violente. Quelques heures plus tard de grosses explosions qui durent plus de 30 minutes génèrent une colonne éruptive de 19 km de haut et des coulées pyroclastiques qui dévalent les vallées sur 4 km. Quatorze heures plus tard une éruption de 15 minutes génère un panache de 24 km de hauteur.

Une troisième éruption démarre à 8h41 le matin du 13 juin, elle dure 5 minutes et une colonne de 24 km se forme à nouveau. Après 3 heures d'accalmie l'activité sismique reprend de plus en plus intense au cours des 24 heures suivantes jusqu'à l'éruption du 14 juin à 13h09 qui forme une colonne éruptive de 21 km de haut.

Une quantité phénoménale de matière est éjectée au sud ouest du volcan durant ces 4 éruptions majeures. Deux heures après la dernière de ces quatre explosions, une série d'éruptions se déroulent sur une période de 24 heures générant des coulées pyroclastiques encore plus phénoménales qui dévalent sur des kilomètres les vallées.

[modifier] L'apogée

Le 15 juin c'est l'apogée de l'activité éruptive. De fortes secousses sont enregistrées à 13h42 saturant les sismographes de la base de Clark et à 14h30 ils tombent en panne à cause de la forte concentration de poussières. Des variations brutales de la pression atmosphérique sont également enregistrées.

Le même jour l'ouragan Yunya atteint l'île de Luçon à 75 km au nord du volcan. Les pluies diluviennes empêchent une observation directe de l'éruption mais les mesures montrent que les particules sont éjectées sur une hauteur de 34 km, des nuées ardentes déferlent sur une distance de plus de 16 km durant le paroxysme qui dure 3 heures. Les pluies en se mêlant aux cendres créent des coulées de boue appelées lahars.

Le nuage de cendre se déploie sur une surface de 125000 km², plongeant dans l'obscurité totale une grande partie de l'île de Luçon. Des cendres qui forment comme des flocons de neige grise se déposent sur la majeure partie de l'île. Des blocs volcaniques tombent sur toute la mer de Chine méridionale et la cendre est emportée jusqu'au Viêt Nam, Cambodge et la Malaisie.

Vers 22h30 soit 9 heures après le début de la phase paroxystique, la pression atmosphérique décroît vers des valeurs plus normales. Les volcanologues considèrent cette horaire comme marquant la fin de l'apogée éruptive.

[modifier] Les conséquences

Au total, l'éruption a éjecté 10 km³ de matière, cela en fait l'éruption la plus importante depuis celle du Novarupta en 1912. Cela représente 10 fois la quantité de matière généré par le Mont Saint Helens en 1980.

On estime à 6 l'Indice d'Explosivité Volcanique de cette éruption colossale [1]. Le sommet du volcan décapité et remplacé par une caldera de 2.5 km de diamètre. Le point le plus haut du bord de la caldera culmine à présent à 1485 m soit 260 m de moins que le sommet primitif.

Environ 300 personnes sont mortes directement à cause de l'éruption, la plupart dans l'effondrement des toits sous le poids de la cendre humide. Ce bilan relativement faible pour une éruption de cette importance est du à une bonne prévision des risques par les volcanologues et à la décision d'évacuer les populations.

Malheureusement la saison des pluies qui a suivi a créée d'autres coulées de boue, déplaçant des populations dans des camps de réfugiés. Des centaines de personnes y sont mortes à cause des conditions d'hygiène sanitaires.

L'agriculture a souffert; des centaines d'hectares de terres arables ont été rendues impropres à la culture, détruisant les revenus de milliers de fermiers.

Les États-Unis possédait deux bases militaires dans la région: la base navale de Subic Bay et la base aérienne de Clark. Elles furent toutes les deux abandonnées après avoir été sévèrement endommagées par l'éruption.

[modifier] Impacts économiques et sociaux

L'éruption du Pinatubo a fortement pesé sur le développement économique de la région. Cette région représentant 10% de la richesse nationale produite, la catastrophe a aussi pesé sur l'économie nationale, l'augmentation du PIB philippin a été d'à peine 2% pour l'exercice 1990/1991 contre 5% les années précédentes. Les destructions des bâtiments et des infrastructures ont coûté des milliards de pesos à l'État.

Au total, 364 communautés et 2,1 millions de personnes furent impactés par l'éruption. 8 000 maisons furent complètement détruites et plus de 73 000 endommagées. Les nuées ardentes ont détruit les routes et les moyens de communication, le coût estimé des dommages sur les infrastructures est de 3,8 milliards de pesos.

150 km² de forêt représentant une valeur de 125 millions de pesos fut détruit. 800 km² de rizières furent rendu impropre à toute culture et 800 000 têtes de bétail et volailles furent tués. Le coût pour l'agriculture est estimé à 1,5 milliards de pesos.

La destruction sur les équipements de santé et les conditions d'hygiène difficile dans les camps de réfugiés, expliquent l'augmentation du taux de mortalité dans les mois qui suivirent l'éruption. Les dommages sur les écoles ont perturbé la scolarité de milliers d'enfants.

[modifier] Effets sur le climat mondial

La gigantesque explosion a émis une importante quantité d'aérosols et de poussières dans la stratosphère. Les volcans rejettent en particuliers des mégatonnes de dioxyde de soufre.

Le dioxyde de soufre réagit avec l'eau pour former des aérosols d'acide sulfurique qui se sont répandus dans toute la stratosphère dans l'année qui a suivi l'éruption. Cet apport d'aérosols dans la stratosphère est le plus important depuis l'éruption du Krakatoa en 1883, avec un total estimé de 17 millions de tonnes de SO2 c'est la quantité la plus importante jamais enregistrée par les instruments modernes (voir courbe et figure).

L'acide sulfurique absorbe et réfléchit le rayonnement solaire. Il se produit alors un refroidissement de la surface de la Terre. Voir figure). On estime la diminution de la température moyenne au sol dans l'hémisphère nord à 0.5–0.6°C et 0.4 °C sur tout le globe. Dans le même temps on observe une augmentation de la température de 0,5 à 0,9 °C de l'hémisphère sud, du à l'absorption des radiations par les aérosols.

Les cendres propulsées dans la stratosphère, se dispersèrent et firent plusieurs fois le tour de la Terre, elles y restèrent près de trois ans. Après l’éruption du Pinatubo il y eut, d'ailleurs pendant plusieurs semaines, une série de magnifiques couchers de soleil dans l’hémisphère Nord. La présence, dans la stratosphère, d’un nuage de fines particules volcaniques était perceptible car celui-ci accentuait la diffusion du rayonnement solaire ce qui donnait un véritable flamboiement du ciel.

Cette éruption a aussi eu un effet sur la couche d'ozone, en augmentant de manière significative le taux de destruction. Dans les zones tempérées les niveaux d'ozone ont atteint un minimum historique, alors que dans l'hémisphère sud durant l'hiver 1992 le trou dans la couche d'ozone a atteint la plus grande taille jamais observée. L'éruption du Mont Hudson au Chili en août 1991 a aussi participé à cette destruction de la couche d'ozone.

[modifier] Le site depuis 1991

Après l'apogée du 15 juin, l'activité volcanique continu de manière régulière jusqu'au mois d'août, puis de manière épisodique le mois suivant. L'activité reste faible jusqu'en juillet 1992, où un nouveau dôme de lave se forme.

Ce dôme semble se composer de lave fraîche en provenance d'un réservoir profond, plutôt que des restes de l'éruption de 1991. Les volcanologues émettent alors l'hypothèse de nouvelles éruptions violentes, et certaines zones sont de nouveau évacuées. Heureusement cette éruption ne sera pas violente. Depuis 1992 le volcan est en sommeil.

Après la fin des éruptions un lac de cratère s'est formé dans la caldera, le dôme de lave de 1992 y formant une île. Au début le lac était petit, chaud (40°C) et très acide (pH de 2). Puis les pluies ont refroidi et dilué le lac et en 2003 il avait une température de 26°C et un pH de 5,5.

Le lac prenait 1m de hauteur par mois jusqu'en septembre 2001, le gouvernement philippin craignant alors que les parois ne cèdent sous la pression, ordonna un drainage. 9000 personnes furent à nouveau évacuées et on pratiqua une ouverture de 5m pour drainer un quart du volume du lac.

Les Aetas furent les plus touchés par la catastrophe. La destruction de nombreux villages a complètement bouleversé leur mode de vie. Relogés dans des campements, leurs conditions de vie demeurent difficiles.

[modifier] Images

[modifier] Références

[modifier] Liens externes

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