Francais | English | Espanõl

Pierre Laval

Un article de Wikivisual, l'encyclopédie libre.

Pierre Laval premier ministre du régime de Vichy.
Pierre Laval premier ministre du régime de Vichy.

Pierre Laval, né le 28 juin 1883 à Châteldon (Puy-de-Dôme) et mort le 15 octobre 1945, à Fresnes, est un homme politique français.

Sommaire

[modifier] Biographie

Né d'une famille de la petite bourgeoisie avec un père d'origine tsigane, il passe son baccalauréat et obtient une licence de Science naturelles avant d'opter pour le Droit. Il s'installe à Paris comme avocat en 1907. Membre de la SFIO, pendant la Première Guerre mondiale, il est élu député socialiste d'Aubervilliers, dont il devient maire en 1923. Réformé pendant la Première Guerre mondiale, il n'en développe pas moins un fort sentiment pacifiste, entretenu par ses contacts réguliers avec Aristide Briand, avec qui il travaillait à établir de bonnes relations avec l'Allemagne et l'Union Soviétique. Il s'éloigne progressivement de la gauche à mesure que s'accroît sa fortune et devient plusieurs fois ministre à partir de 1925, puis président du Conseil en 1931. Cette même année, Laval est élu « Homme de l'année » par le Time magazine aux États-Unis.

Dans les années 1920 et les années 1930, Pierre Laval glisse peu à peu vers la droite parlementaire. Il est plusieurs fois ministre et président du Conseil (voir ci-dessous). Il mènera au cours de ces différents mandats une politique déflationniste qui ne fera qu'aggraver la crise économique des années 1930. Autre aspect de sa politique, la limitation du budget de l'armée au moment où Hitler fourbit ses armes.

En janvier 1936, à l'approche du Front populaire, il est écarté du pouvoir. Il en gardera, dès cette date, une vive hostilité envers les « socialo-communistes » qu'il associera à la Troisième République. De retour au privé, il accumule un empire commercial basé sur les journaux (Gringoire, Je suis partout,..), l'imprimerie et la radio (Ici Paris).

[modifier] Laval et le Régime de Vichy

La défaite de 1940 fournit à Laval l'occasion de revenir au pouvoir. Il place son empire de médias au service de Pétain et du gouvernement de Vichy. Le lendemain même de la conclusion de l'Armistice, le 23 juin 1940, il entre au gouvernement Philippe Pétain. Le 10 juillet 1940, il use également de son influence à l'Assemblée nationale pour faire donner à Pétain les pleins pouvoirs. Deux jours plus tard, le 12 juillet 1940, Laval est appelé par Pétain comme vice-président du Conseil, le Maréchal restant à la fois chef de l'Etat et du gouvernement.

Laval développa des rapports très étroits avec Otto Abetz, ambassadeur allemand en France, et le 22 octobre 1940, il rencontra Adolf Hitler et proposa que les deux pays s'allient très étroitement ensemble. Deux jours après, il organisait l'entrevue retentissante de Montoire, où la poignée de main symbolique entre Hitler et Pétain engageait la France dans la collaboration d'Etat. Un mois plus tard, lors d'une autre réunion avec Hermann Goering, Laval suggéra une alliance militaire avec l'Allemagne Nazie.

De juillet à décembre 1940, Laval outrepasse les consignes de Pétain et mène une politique de collaboration active avec le projet d'alliance avec l'Allemagne nazie évoqué ci-dessus. Des membres du gouvernement se sont inquiétés au sujet de cette alliance et le 13 décembre 1940, Philippe Pétain limoge Laval, et le remplace par Darlan. Il est brièvement arrêté, mais Otto Abetz introduit les troupes pour le libérer et l'emmène à Paris, où il vivra désormais sous la protection de l'armée allemande. Ce limogeage n'empêche pas Pierre Laval de continuer à participer à la vie publique et politique.

Le 27 août 1941, alors qu'il passait en revue le premier contingent de la LVF sur le point de partir pour participer à l'opération Barbarossa, il est victime d'un attentat à Versailles. La cérémonie organisée à la caserne Borgnis-Desbordes, avenue de Paris, réunissait Eugène Deloncle, président du Comité central de la LVF, Marcel Déat, fondateur du RNP, Fernand de Brinon, délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés, Marc Chevallier, préfet de Seine-et-Oise et le ministre plénipotentiaire allemand Schleier. L'auteur des 5 coups de feu est un jeune ouvrier de 21 ans, Paul Collette, ancien membre des Croix-de-feu.

En avril 1942, toujours sous la pression allemande, Laval, qui a recouvré sa santé, est nommé chef du gouvernement du régime de Vichy par le Maréchal Philippe Pétain. Il croit en la victoire définitive de l'Allemagne nazie et renforce encore la politique de collaboration avec l'occupant. En mai 1942, Laval ordonne à la police française d'arrêter les juifs de France afin de les déporter. Ses responsabilités dans la rafle parisienne du Vel'd'Hiv' et dans celle perpétrée le 26 août 1942 en zone sud sont accablantes. Alors même que les Allemands ne demandaient pas l'inclusion des enfants de moins de 16 ans dans les convois, il insiste pour les ajouter aux trains de déportation. Sollicité de revenir sur cette décision, notamment par le pasteur Boegner, chef des protestants de France, il refuse : « pas un seul de ces enfants ne doit rester en France ». « Je lui parlais massacres », raportera Boegner, « il me parlait jardinage ».

En juin 1942, il prend également la décision très controversée de créer la Relève, ancêtre du STO, afin d'envoyer les meilleurs travailleurs en Allemagne en échange de prisonniers de guerre français. En septembre il autorise la Gestapo à pourchasser les résistants français en France libre.

En janvier 1943, Laval crée la Milice française, force de police politique sous la conduite de Joseph Darnand, mais dont il est officiellement le président. En six mois, elle recrute plus de 35 000 hommes et joue alors le principal rôle dans la traque des juifs et des résistants, qui sont soit torturés et exécutés sommairement sur place, soit déportés vers les camps de concentration. Cette même année 1943, il livre Léon Blum aux nazis.

[modifier] La fuite et l'exécution

En juin 1944, après le jour J, Laval déplace son gouvernement à Belfort puis à Sigmaringen en Allemagne. En mai 1945, il fuit en Espagne, est arrêté à Barcelone et, le 30 juillet, remis au nouveau gouvernement français dirigé par le Général de Gaulle, à la demande de ce dernier. Jugé par un tribunal français, il est condamné à mort le 9 octobre pour « Haute trahison en ayant aidé l'ennemi et violé la sécurité de l'État ». Ayant tenté de se suicider la veille de son exécution en avalant une capsule de cyanure, il subira 17 lavages d'estomac avant d'être amené hoquetant, dans un état effrayant, devant le peloton d'exécution qui le fusilla le 15 octobre 1945, dans la cour de la prison de Fresnes. S'il avait été jugé aujourd'hui, la charge de crime contre l'humanité aurait sans doute pû être retenue contre lui.

Jean Jardin (1904/1976), son directeur de cabinet, fut aussi son éminence grise et continua à jouer ce rôle après la guerre auprès d'autres personnalités.

[modifier] Carrière ministérielle

Il a exercé les fonctions de président du Conseil des ministres (Troisième République) à quatre reprises, puis celles de chef du gouvernement (Régime de Vichy) à deux reprises :

[modifier] La personnalité de Laval, pièces diverses

  • 1. le 17 décembre 1940, Otto Abetz, l'ambassadeur allemand, proteste auprès de Pétain de ce que Pierre Laval ait été démis du gouvernement français.

« Le Führer considère la conduite du gouvernement français envers Laval comme un affront personnel. L'Allemagne ne veut pas altérer la liberté d'action du gouvernement français de quelque façon que ce soit. Cependant, en cas de refus français (pour le rétablir) elle ne continuerait pas la politique de coopération rendue possible à Montoire. »

« Mauvaise nouvelle : Laval est revenu au gouvernement français. Si le Diable avait une âme, il l'appellerait Laval. Ce Laval est un millionnaire parvenu, de style nouveau riche, connu depuis des années pour être un agent français directement au service des Nazis. Il a joué un grand rôle dans les intrigues qui ont amené la chute de la France et pour lui, l'armistice a solidement fonctionné pour ce qu'il appelle la collaboration entre la France et l'Allemagne, signifiant que la France devrait lier son sort avec celui de l'Axe en envoyant une armée pour participer à la guerre contre la Russie, et employant sa flotte contre la Grande-Bretagne.

Pendant plus d'un an, il a été tenu hors du gouvernement, grâce à la pression américaine, mais il semble que les relations diplomatiques entre la France et les États-Unis se termineront bientôt. Le gouvernement américain a déjà rappelé William Leahy, son ambassadeur, et conseillé à ses ressortissants de quitter la France.

Cette rupture n'est peut-être pas une mauvaise chose en soi, car il n'y a guère de doute que les sous-marins allemands de l'atlantique se sont habituellement servi des ports français, en France mais aussi en Afrique et aux Indes occidentales. Et si ces relations sont interrompues, les Américains ne s'estimeront pas tenus par la prétendue neutralité de la France.

Néanmoins, il y a un danger très grand qu'à un certain moment, Laval ne puisse réussir à jeter la flotte française dans la bataille de l'Atlantique contre la marine britannique, qui lutte déjà contre les navires de trois nations. »

« En cas d'une victoire sur l'Allemagne de la Russie soviétique et de l'Angleterre, le Bolchevisme s'installerait inévitablement en Europe. Dans ces circonstances je préférerais voir l'Allemagne gagner la guerre. J'estime qu'un arrangement pourrait être atteint (avec l'Allemagne) qui aurait comme conséquence une paix durable en Europe. Je crois qu'une victoire allemande est préférable à une victoire britannique et soviétique.

  • 4. septembre 1942, discours de Laval à une réunion des politiciens français.

« Clairement, pour la France en sa position actuelle, l'intelligence consiste à pratiquer une politique d'entente avec l'Allemagne afin de survivre. Mais la même intelligence contraint l'Allemagne à pratiquer la même politique. Je défie n'importe qui - et j'ai dit ceci aux Allemands - de construire une Europe solide, articulée et viable sans le consentement de la France. La France ne peut pas être détruite. Elle est une mère patrie qui, en dépit de ses malheurs, a, et aura toujours, grâce à son passé, un prestige énorme dans le monde, celui que le destin lui a donné.»

« Si les Allemands sont battus, le Général de Gaulle reviendrait. Il serait soutenu par 80 ou 90 pour cent des français qui m'ont acclamés.»

  • 6. 22 juin 1942: Laval, émission de radio expliquant « l'échange-arrangement » du STO

« Ouvriers français : c'est pour la liberté des prisonniers que vous irez travailler en Allemagne ! C'est pour notre pays que vous irez en grand nombre ! Pour que la France puisse trouver sa place dans la nouvelle Europe que vous répondrez à mon appel. »

  • 7. Evènements d'avril 1942, William Leahy, ambassadeur US au gouvernement de Vichy, a écrit au sujet de Pierre Laval dans ses mémoires, « J'étais là » (paru en 1950).

« La figure de Laval s'accrocha comme une ombre mauvaise au-dessus de Vichy pendant que l'année s'ouvrait. L'ancien premier ministre était un politicien astucieux et rusé qui a bâti son avenir et celui de la France sur une victoire de l'Axe. En avril 1942, une épreuve de force entre l'Allemagne et les États-Unis se déroula à Vichy et se termina au bénéfice de celle-ci, lorsqu'Abetz obligea le Maréchal à reprendre Laval au gouvernement, événement qui rendit nécessaire mon rappel à Washington.
C'était un petit homme, basané, complexé, négligé dans son aspect personnel, mais avec un discours charmeur. Dans une discussion politique très franche, Laval m'a donné l'impression d'être fanatiquement voué à son pays, avec une conviction que les intérêts de la France étaient liés irrévocablement à ceux de l'Allemagne. Cette idée était nécessairement construite sur des signaux persistants et il avait employé sa carrière politique pour accroître sa fortune personnelle. Il est vrai que, parti de rien, le pauvre garçon de livraison dans une épicerie provinciale de ville était devenu l'un des hommes les plus riches (et puissants) de son pays.
Il m'avait convaincu que son gouvernement avait été entièrement conçu pour collaborer avec l'Allemagne et aider à la défaite de ce qu'il nommait « le Bolchevisme Soviéto-Britannique »…

  • 8. le 17 avril 1945, après la défaite de l'Allemagne nazie, Laval fait une tentative désespérée de s'échapper en Espagne : texte du télégramme envoyé au gouvernement espagnol.

« Ce n'est ni l'homme d'État ni l'ami qui demande votre aide, mais simplement l'homme. Je vous demande dans mon propre nom aussi bien que dans celui de mon épouse et de mon ami fidèle, Maurice Gabolde, la permission d'entrer en Espagne et d'y attendre pendant des jours meilleurs. Aujourd'hui, le vieil homme fatigué et usé qui vous écrit, en mémoire de notre longue amitié, vous en remercie à l'avance. »

  • 9. après la guerre, André Guenier, l'ancien secrétaire personnel de Laval, essaya de défendre son ancien patron.

« Laval n'a jamais suspecté le système inhumain et les atrocités auxquelles les gens qui ont été arrêtés et expulsés vers l'Est ont été soumis. S'il avait su, aucune des considérations qui l'ont contraint à se dévouer à gouverner le pays, de quelque manière que se soit, n'aurait gardé leur validité. Il aurait dénoncé le fait avant le monde civilisé et aurait refusé n'importe quel contact avec les représentants d'un tel gouvernement. »

[modifier] Bibliographie

[modifier] Biographies

  • Guy Bechtel, Pierre Laval, Robert Laffont, 1963
  • Hubert Cole, Pierre Laval, Fayard, 1964
  • René de Chambrun, Pierre Laval devant l'Histoire, Paris, France-Empire, 1983
  • Fred Kupferman, Pierre Laval, Balland, 1987
  • Odette Pannetier, Pierre Laval, Denoël et Steele, 1936
  • Maurice Privat, Pierre Laval, cet inconnu, Paris, Fournier-Valdès, 1948

[modifier] Sur le procès

  • René de Chambrun, Le « Procès » Laval, Paris, France-Empire, 1984
  • Géo London, Le Procès Laval, Lyon, Bonnefon, 1946


Wikimedia Commons propose des documents multimédia sur Pierre_Laval.


Précédé par
Théodore Steeg
Président du Conseil Suivi par
André Tardieu


Précédé par
Fernand Bouisson
Président du Conseil Suivi par
Albert Sarraut


Précédé par
Philippe Pétain
Chef de gouvernement
français
Suivi par
Pierre-Étienne Flandin


Précédé par
François Darlan
Chef de gouvernement
français
Suivi par
Charles de Gaulle
af:Pierre Laval

bg:Пиер Лавал ca:Pierre Laval de:Pierre Laval en:Pierre Laval es:Pierre Laval fi:Pierre Laval he:פייר לאוואל it:Pierre Laval nl:Pierre Laval pl:Pierre Laval pt:Pierre Laval ru:Лаваль, Пьер sl:Pierre Laval sv:Pierre Laval zh:皮埃尔·赖伐尔

Outils personnels