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Papesse Jeanne

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La légende de la papesse Jeanne conte l'histoire d'une femme qui aurait usurpé la papauté catholique en cachant sa véritable identité sexuelle. Le pontificat de la papesse est généralement placé entre 855 et 857, c'est-à-dire entre celui de Léon IV et Benoît III, au moment de l'usurpation d'Anastase le Bibliothécaire.

Sommaire

[modifier] La légende

Jeanne, née en 822 à Ingelheim, à proximité de Mayence, était fille de moine. Selon des chroniqueurs tardifs, son père, Gerbert, faisait partie des évangélistes du pays des Angles venus prêcher la bonne parole aux frères saxons. La petite Jeanne baignant dans cet univers de savoir eut donc la chance de pouvoir étudier, ce qui était refusé à la gent féminine de l'époque. Seule la carrière ecclésiatique permettant de continuer de solides études, elle entra donc en religion comme copiste sous le nom masculin de Johannes Anglicus (Jean l'Anglais). Selon Martin le Polonais, elle aurait simplement suivi son amant étudiant.

Elle voyagea énormément de monastère en monastère et fit connaissance des grands personnages de l'époque. Elle se rendit tout d'abord à Constantinople où elle aurait vu Théodora, l'impératrice douairière. Elle passa par Athènes afin d'obtenir quelques éclaircissements sur la médecine auprès du Rabbi Isaac Istraeli. De retour en Germanie, elle se rend au Regnum Francorum chez le roi Charles le Chauve.

Elle se rend à Rome en 848 où elle obtiendra une chaire d'enseignement. Dissimulant toujours son identité avec habileté, elle fut accueillie dans les milieux ecclésiastiques et en particulier, à la Curie. En raison de sa réputation de connaissance universelle, elle rencontre le pape Léon IV et deviendra rapidement son secrétaire aux affaires internationales. En juillet 855, succédant à celui-ci, elle se fit élire pape sous le nom de « Benoît III ». Deux ans passèrent. Ensuite viendra le temps des légendes : la papesse se trouva un jour enceinte ; obligée de dissimuler sa grossesse, elle fut malencontreusement prise de contractions au cours d'une procession et accoucha quasiment publiquement. Selon Jean de Mailly, elle fut lapidée à mort par la foule. Selon Martin le Polonais, elle mourut en couches.

L'aventure aurait contraint l'Église à procéder à une vérification rituelle de la virilité des papes nouvellement élus. Un ecclésiastique était censé examiner manuellement la chose, au travers d'une chaise percée. L'inspection terminée, il pouvait s'exclamer « Duos habet et bene pendentes » (« il en a deux, et qui pendent bien »). De plus, les processions pontificales, pour éviter de remuer des souvenirs douloureux, éviteraient désormais de passer par l'église Saint-Clément, lieu de l'accouchement, dans leur trajet du Vatican au Latran.

[modifier] Les faits

Il s'agit très probablement d'une légende, qui fut pourtant accréditée jusqu'au XVIe siècle par l'Église elle-même. Les chaises percées exhibées à l'appui ne sont en réalité que des chaises curules, censées symboliser le caractère collégial de la Curie romaine. Aucune chronique contemporaine n'accrédite l'histoire, et la liste des papes ne laisse aucun interstice dans lequel le pontificat de Jeanne pourrait s'insérer. En effet, entre la mort de Léon IV, le 17 juillet 855 et l'élection de Benoît III, entre lesquels Martin le Polonais place la papesse, il ne s'écoule que peu de temps, même si ce dernier n'est pas couronné avant le 29 septembre de la même année, du fait de l'antipape Anastase. Ces dates sont confirmées par des preuves solides, telles que des monnaies et des chartes. La chronique de Jean de Mailly suggère quant à elle un placement de Jeanne peu avant 1100. Or il ne s'écoule que quelques mois entre la mort de Victor III (16 septembre 1087) et l'élection d'Urbain II (12 mars 1088), et quelques jours seulement entre la mort de ce dernier (29 juillet 1099) et l'élection de Pascal II (13 août 1099).

[modifier] Histoire de la légende

Les explications de la légende sont diverses. Le mythe fut peut-être imaginé à partir du surnom de « Papesse Jeanne » donné de son vivant au pape Jean VIII pour sa faiblesse face à l'Église de Constantinople, ou bien du surnom de « papesse Jeanne » donné à la maîtresse autoritaire du pape Jean XI, Marozie. Enfin, le mythe renvoie aux inversions des valeurs rituelles, typiques des carnavals.

Un autre ressort de la légende vient peut-être de la prescription du Lévitique (21:20), qui interdit le service de l'autel à un « homme aux testicules écrasées », c'est-à-dire un eunuque. L'idée qui en découle, de vérifier que seuls les hommes « entiers » accèdent à la prêtrise, a probablement été à l'origine de la vérification cérémonielle, sujet tentant pour une disputatio de quo libet estudiantine du Moyen Âge.

La légende s'est développée au cours du Moyen Âge. La première mention connue de la papesse se trouve dans la chronique de Jean de Mailly, dominicain du couvent de Metz, rédigée vers 1255. La légende se propage ensuite rapidement et sur une large étendue géographique, ce qui laisse supposer qu'elle existait déjà auparavant et que le dominicain se soit contenté de la consigner par écrit. Vers 1260, l'anecdote se retrouve chez Étienne de Bourbon, également dominicain et de la même province ecclésiastique que Jean de Mailly, dans son Traité des divers matériaux de la prédication. C'est surtout le récit qu'en fait le dominicain Martin le Polonais, chapelain de plusieurs papes, dans sa Chronique des pontifes romains et des empereurs, vers 1280, qui lui assure le succès. L'accueil que font les milieux pontificaux à l'anecdote s'explique par l'intérêt du cas juridique, et sans doute par une volonté d'imposer une interprétation officielle à l'événement.

En effet, la légende est rapidement reprise à des fins polémiques. Le franciscain Guillaume d'Ockham dénonce une intervention diabolique en la personne de Jeanne, qui préfigure celle de Jean XXII, adversaire des « spirituels » (dissidents franciscains). Lors du Grand Schisme d'Occident, l'histoire de Jeanne prouve, pour les deux partis, la nécessité légale d'une possibilité de déposition. Elle fut reprise par les polémistes hussites puis luthériens qui voient en Jeanne l'incarnation de la « prostituée de Babylone » décrite par l'Apocalypse.

Ce sont ces attaques qui poussent l'érudit Onofrio Panvinio, moine augustin, à rédiger en 1562 la première réfutation sérieuse de la légende dans sa Vitæ Pontificum (Vie des papes). Au XVIIe siècle, les luthériens se rallient à cette argumentation. La légende séduit enfin divers auteurs de fiction par son caractère romanesque : Pétrarque, Lawrence Durrell, Renée Dunan ou encore Alfred Jarry.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Bibliographie

  • Alain Boureau :
    • La papesse Jeanne, Flammarion, coll. « Champs », 1993 ;
    • q.v., Dictionnaire historique de la papauté, s. dir. Philippe Levillain, Fayard, Paris, 2003 (ISBN 2-213-618577) ;
  • Yves-Marie Hilaire (s.dir.), Histoire de la papauté. 2000 ans de mission et de tribulations, Seuil, coll. « Points », Paris, 2003 (ISBN 2020590069).
  • Alfred Jarry, La Papesse Jeanne, roman médiéval, traduit par Alfred Jarry et Jean Saltas de l'œuvre grecque d'Emmanuel Rhoïdes suivi de Le Moutardier du Pape, Opérette Bouffe, (1908 et 1907), Nouvelles éditions Oswald, 1981, avec une préface de Marc Voline qui retrace la postérité littéraire de la légende. (ISBN 2730400761).

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

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