Ordre du Temple
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L'Ordre du Temple était un ordre religieux et militaire international issu de la chevalerie chrétienne des XIIe et XIIIe siècles. Il œuvra pendant deux siècles à l'accompagnement et à la protection des pèlerins pour Jérusalem dans le contexte de la guerre sainte. Il fut créé le 13 janvier 1129<ref name="DemurgerDATE">Date à laquelle le concile de Troyes a eut lieu et pendant lequel la création de l'Ordre du Temple a été entérinée</ref> à partir d'une milice appelée les Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon (en latin : Pauperes commilitones Christi Templique Solomonici). Il fut dissout le 22 mars 1312<ref name="DemurgerDATE2">Date à laquelle le pape Clément V fulmina la bulle Vox in excelso, officialisant la dissolution de l'Ordre du Temple</ref> suite à un procès en hérésie.
[modifier] Histoire de l'Ordre des Templiers
[modifier] Un contexte politico-militaire complexe
[modifier] Première Croisade (1096-1099)
Le pape Urbain II prêche la première croisade le 27 novembre 1095, dixième jour du Concile de Clermont. La motivation du pape à voir une telle expédition militaire prendre forme vient des nombreuses exactions et assassinats dont sont souvent victimes les pèlerins chrétiens se dirigeant vers Jérusalem<ref name="Grousset1p74">Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem Tome 1 : 1095-1130 L'anarchie musulmane, René Grousset, réédition 2006, édition Perrin, page 74</ref>.
Le pape demande donc au peuple chrétien d'Occident de venir en aide aux chrétiens d'Orient en prenant les armes. Cette croisade aura alors comme cri de ralliement « Dieu le veut ! », et tous les personnels prenant part à la croisade seront marqués par le signe de la croix, devenant ainsi les Croisés.
Cette action se soldera le 15 juillet 1099 par la prise de Jérusalem par les troupes chrétiennes menées par Godefroy de Bouillon<ref name="Grousset1p218-219">Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem Tome 1 : 1095-1130 L'anarchie musulmane, René Grousset, réédition 2006, édition Perrin, pages 218-219</ref>.
Hugues de Payns, futur fondateur et premier maître de l'Ordre du Temple, vient pour la première fois en Terre Sainte en 1104 pour accompagner le comte Hugues de Champagne qui accomplit un pèlerinage<ref name="Demurgerp24">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 24</ref>. Ils en reviennent en 1107<ref>Le comte Hugues de Champagne effectuera par la suite deux autres pèlerinages, le dernier étant en 1125 à la conclusion duquel il devient lui-même un templier.</ref>.
[modifier] Les Prémices de l'Ordre du Temple
Godefroy de Bouillon est désigné par ses pairs comme roi de Jérusalem, titre qu'il refuse, préférant porter celui d'Avoué du Saint-Sépulcre. Il met en place l'Ordre des chanoines du Saint-Sépulcre qui avaient pour mission d'aider à toutes les tâches le patriarche de Jérusalem. Un certain nombre d'hommes d'arme, issus de la croisade, se mettent alors au service du patriarche afin de protéger les intérêts du Saint-Sépulcre<ref name="Demurgerp25">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 25</ref>.
Une institution similaire constituée de chevaliers, appelés Chevaliers de Saint-Pierre (milites sancti Petri) est créée en Occident pour protéger les biens des abbayes et églises. Ces chevaliers étaient des laïcs mais ils profitaient des bienfaits des prières.
Par extension, les hommes chargés d'assurer la protection des biens du Saint-Sépulcre ainsi que de la communauté des Chanoines étaient appelés milites sancti Sepulcri.
Il est fort probable qu'Hugues de Payns intégra cette institution dès 1115<ref name="Demurgerp26">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 26</ref>.
Tous les hommes chargés de la protection du Saint-Sépulcre logeaient à l'hôpital Saint-Jean de Jérusalem situé tout près.
Lorsqu'en 1113 l'Ordre de l'Hôpital devient indépendant pour s'occuper des pèlerins venant d'Occident, une idée naît, celle de créer une milice du Christ (militia Christi) qui ne s'occuperait que de la protection de la communauté de chanoines du saint-Sépulcre et des pèlerins sur les chemins de Terre Sainte, en proie aux brigands locaux.
Ainsi, les chanoines s'occuperaient des affaires liturgiques, l'Ordre de l'Hôpital des fonctions charitables et la milice du Christ de la fonction purement militaire. Cette répartition trinaire des tâches reproduit l'organisation de la société médiévale, qui était composée de prêtres (oratores), de guerriers (bellatores) et de paysans (laboratores)<ref>Chevaliers du Christ: Les ordres religieux-militaires au Moyen Âge, 2002, Seuil, pages 17-18</ref>.
C'est ainsi que l'Ordre du Temple qui se nommait à cette époque militia Christi, prit naissance.
[modifier] La fondation de l'Ordre du Temple
[modifier] La naissance
C'est en 1118 que naît, sous l'impulsion d'Hugues de Payns et Geoffroy de St-Omer, la milice des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon qui avait pour mission de sécuriser le voyage des pèlerins affluant d'Occident depuis la reconquête de Jérusalem.
La date de 1118 pour la création de cette milice est controversée car les références précises sont peu nombreuses, et le changement de calendrier (qui fait commencer l'année non plus en mars mais en janvier) complique encore les choses. Ainsi, certains historiens proposent les dates de 1118, 1119 et 1120. Le seul repère précis que l'on ait actuellement c'est que le Concile de Troyes se déroula neuf ans après la naissance de la milice originelle.
Il est donc plus sûr (et aussi plus pertinent) de lier la date de la naissance de l'Ordre du Temple à celle du concile de Troyes, durant lequel sa création a été entérinée.
Dans un premier temps, Payns et St-Omer se concentrèrent sur le défilé d'Athlit, un endroit particulièrement dangereux de la route empruntée par les pèlerins; par la suite, l'une des plus grandes places fortes templières en Terre Sainte se dressera à cet endroit : Château Pèlerin.
Le nouvel Ordre ainsi créé ne pouvait survivre qu'avec l'appui de personnes influentes. Hugues de Payns réussit à convaincre le roi de Jérusalem Baudoin II de l'utilité d'une telle milice, chose assez aisée au vu de l'insécurité régnant à l'époque.
Les chevaliers prononcèrent les trois vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. Ils reçurent du patriarche Gormond la mission de "garder voies et chemins contre les brigands, pour le salut des pèlerins" ("ut vias et itinera, ad salutem peregrinorum contra latronum"<ref name="Huchet">Les Templiers, de la gloire à la tragédie, Patrick Huchet, 2002, Editions Ouest-France</ref>) pour la rémission de leurs péchés.
Le roi Baudoin II leur octroie une partie de son palais de Jérusalem, à l'emplacement du Temple de Salomon, qui donna par la suite le nom de Templiers ou de Chevaliers du Temple.
Hugues de Payns et Geoffroy de Saint-Omer ne sont alors pas seuls car on a connaissance de six autres chevaliers faisant partie de la milice avant que celle-ci ne devienne l'Ordre du Temple au moment du concile de Troyes. Voici donc la liste de ces chevaliers, précuseurs ou "fondateurs" de l'Ordre :
| 1. | Hugues de Payns<ref name="Demurgerp51">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 51</ref> | ||||
| 2. | Geoffroy de St-Omer<ref name="Demurgerp51">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 51</ref> | ||||
| 3. | André de Montbard<ref name="Demurgerp52">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 52</ref> | ||||
| 4. | Payen de Montdidier<ref name="Demurgerp51">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 51</ref> | ||||
| 5. | Geoffroy Bisol<ref name="Demurgerp51">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 51</ref> | ||||
| 6. | Archambault de Saint-Amand<ref name="Demurgerp51">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 51</ref> | ||||
| 7. | Gondemare<ref name="Demurgerp52">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 52</ref> | ||||
| 8. | Rolland<ref name="Demurgerp51">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 51</ref> | ||||
Le premier don reçu par l'Ordre du Temple vient de Foulque, Comte d'Anjou, futur roi de Jérusalem qui y vient pour faire pèlerinage. Ce don consiste en trente livres de sous angevins.<ref name="Demurgerp31">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 31</ref>
[modifier] La recherche de soutien
Cependant, la notoriété du Temple ne parvient pas à s'étendre au-delà de la Terre Sainte et c'est ainsi que Hugues de Payns, accompagné de cinq autres chevaliers (Godefroy de St-Omer, Payen de Montdidier, Geoffroy Bissol, Archambault de St-Amand et Rolland), embarque pour l'Occident en 1127<ref name="Demurgerp51">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 51</ref>.
Ayant le soutien du roi Baudoin de Jérusalem, Hugues de Payns porte également un message destiné au pape Honorius II et au moine Bernard.
En partant pour l'Occident, Hugues de Payns avait trois objectifs<ref name="Demurgerp51">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 51</ref>:
- faire reconnaître l'Ordre par l'Église et lui donner une règle (les chevaliers, rattachés aux chanoines du Saint-Sépulcre, suivaient, comme eux, la règle de Saint-Augustin),
- donner une légitimité à l'action des Templiers, puisque la dénomination de moine-chevalier, un amalgame d'une nouveauté absolue, pouvait être en contradiction avec les règles de l'Église et de la société en général,
- recruter de nouveaux chevaliers et obtenir des dons qui feraient vivre l'Ordre en Terre Sainte.
La tournée occidentale des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon commence en Anjou, pour passer ensuite par le Poitou, la Normandie, l'Angleterre (où ils recevront de nombreux dons), la Flandre et enfin la Champagne<ref name="Huchet">Les Templiers, de la gloire à la tragédie, Patrick Huchet, 2002, Editions Ouest-France</ref>.
Il est à noter que cette démarche d'Hugues de Payns, accompagné de ces cinq chevaliers et soutenu par le roi de Jérusalem, suit deux tentatives infructueuses qui avaient été faites par André de Montbard et Gondemare, probablement en 1120 et 1125<ref name="Demurgerp52">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 52</ref>.
[modifier] Le concile de Troyes (13 Janvier 1129)
Arrivant à la fin de sa tournée en Occident et après avoir porté le message du roi de Jérusalem à Bernard de Clairvaux, afin qu'il aide les Templiers à obtenir l'aide du pape, Hugues de Payns participe au concile de Troyes (ainsi nommé parce qu'il s'est déroulé dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes). Le 13 janvier 1129<ref name="Demurgerp28">Extrait du livre Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 28 : "A partir d'une minutieuse analyse des documents existants, Rudolf Hiestand a proposé une autre date pour le concile de Troyes et, en conséquence, une autre date pour la fondation de l'ordre. Les chartes du nord-est de la France sont alors datées dans le style (florentin) de l'Annonciation, qui fait débuter l'année non pas le 1 janvier, comme dans notre actuel calendrier, mais le 25 mars. L'année 1129 commence donc le 25 mars de notre année 1129, mais jusqu'au 24 mars les hommes d'alors vivaient toujours en 1128. Le concile de Troyes, réuni le 13 janvier 1128 selon les textes de l'époque, s'est donc tenu le 13 janvier 1129 de notre actuel calendrier.[....] La démonstration a convaincu et la correction de date proposée pour le concile de Troyes est désormais acceptée par les historiens."</ref>, le concile s'ouvre en présence de nombreuses personnalités religieuses dont le prologue de la Règle primitive du Temple donne les noms<ref name="Demurgerp64">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 64</ref>:
- le cardinal Mathieu d'Albano, légat du pape en France,
- les archevêques de Reims et de Sens, ainsi que dix de leurs évêques suffragants,
- quatre abbés cisterciens (ceux de Cîteaux, Clairvaux, Pontigny et Troisfontaines),
- deux abbés clunisiens (ceux de Molesmes et Vézelay),
- deux chanoines,
- deux maîtres et un secrétaire.
En plus des religieux, se trouvait des personnages laïcs:
- Thibaud II, comte de Champagne,
- André de Baudement, sénéchal du comté de Champagne,
- Guillaume II, comte de Nevers, Auxerre et Tonnerre.
Le concile menera à la création d'une règle propre à l'Ordre du Temple, laquelle sera de forte inspiration cistercienne (présence de saint Bernard et d'Etienne Harding, fondateur de Cîteaux), en contradiction avec les clunisiens qui suivent la règle de saint Benoît et font de nombreux écarts (nourriture…). Une fois la règle adoptée, elle devra encore être soumise à Étienne de Chartres, patriarche de Jérusalem.
[modifier] Règle et statuts
La règle de l'ordre du Temple s'inspire de la règle de saint Benoît suivie par les moines bénédictins. Elle est toutefois adaptée au genre de vie active que mène les moines templiers qui sont des militaires. Par exemple, les jeûnes seront moins sévères que pour les moines bénédictins, de manière à ne pas affaiblir les templiers qui seraient appelés au combat.
[modifier] La règle primitive
Datée de 1128, la règle primitive (ou latine car écrite en latin) est annexée au procès-verbal du concile de Troyes. Elle est introduite par un prologue constitué de 24 articles. Elle comprend un total de 72 articles.
[modifier] La règle française
Vers 1138, sous la maîtrise du deuxième maître de l'ordre du Temple, Robert de Craon (1136-1149), la règle primitive est traduite en français. A cette occasion, certains articles sont supprimés, d'autres modifiés, et le plan général est remanié de façon à regrouper les articles portant sur le même sujet. Ainsi, tous les articles concernant la réception dans l'ordre sont rassemblés au début du manuscrit, la période de noviciat d'un an devient une mise à l'épreuve et l'interdiction de côtoyer les excommuniés dans la règle latine est assouplie pour permettre un large recrutement, y compris parmi les chevaliers pécheurs (mais repentants). De plus, la règle française indique pour la première fois que l'ordre dispose de ses propres prêtres qui sont placés sous l'autorité du maître et par conséquent du pape (et non de l'évêque du lieu, ce qui ne manquera pas de provoquer des conflits).
[modifier] Les retraits
Les retraits ou retrais <ref name="Demurgerp103">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 103</ref> <ref name="Melvillep97">La vie des Templiers, Marion Melville, 1974, Gallimard, page 97</ref> sont des articles statutaires qui ont été ajoutés à la version française de la règle. Ils sont écrits en français. Ils apportent un éclaircissement sur :
- la hiérarchie de l'ordre (articles 77 à 197)
- l'organisation conventuelle de l'ordre (articles 279 à 415)
- la justice au sein de l'ordre : les pénalités (articles 224 à 278), les pénitences (articles 416 à 543), les détails et exemples de pénalités (articles 544 à 656)
- deux rituels:
- le mode d'élection du maître (articles 198 à 222)
- les étapes de la réception dans l'ordre (articles 657 à 686)
Selon les historiens, il faut compter quatre à cinq rédactions différentes des retraits datés d'avant 1187 pour la hiérarchie et entre 1200 et 1257 pour la justice. Aussi, il est probable qu'ils aient été rédigés à l'époque du maître Bertrand de Blanquefort <ref name="Melvillep98">La vie des Templiers, Marion Melville, 1974, Gallimard, page 98</ref>.
[modifier] Les manuscrits de la règle
La redécouverte de la règle primitive de l'ordre du Temple date de 1610. Il s'agit du manuscrit de l'abbaye Saint-Victor, aujourd'hui conservé à la Bibliothèque nationale de France.
Sa traduction a été réalisée par le doyen de la faculté d'Anvers et historien, Aubert le Mire (1573-1640), qui est aussi à l'initiative des premières publications au début du XVIIe siècle. Par la suite, d'autres traductions vont être publiées dans le courant du XVIIe et du XVIIIe siècle. Une traduction en anglais est publiée en 1623, à Londres.
Ces textes s'inscrivent dans trois types d'ouvrages sur :
- les constitutions et les chroniques de Cîteaux
- les actes des conciles
- les ordres de chevalerie
Par la suite, les historiens vont découvrir dans les fonds d'archives européens d'autres manuscrits qui permettront de compléter les connaissances sur l'ordre du Temple.
[modifier] La reconnaissance
Pour exister pleinement, un ordre monastique a besoin de la reconnaissance du pape. Pour l'accorder, le souverain pontife se base sur une règle, un nom et un habit. Après le concile de Troyes où l'idée d'une règle propre à l'Ordre du temple est acceptée, la tâche de la rédiger est confiée à Bernard de Clairvaux qui lui-même la fait écrire par un clerc, Jean Michel (Jehan Michiel), sur des propositions faites par Hugues de Payns lui-même.
On peut donc affirmer que l'Ordre du Temple naît officiellement le 13 janvier 1129, suite à l'approbation du concile<ref name="Demurgerp63">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 63</ref>. Son développement va suivre en plusieurs étapes.
[modifier] Éloge de la Nouvelle Milice (De laude novae militiae)
Grâce à saint Bernard, une des plus grandes figures religieuses du XIIe siècle, l'Ordre du Temple va connaître un accroissement significatif et bon nombre de chevaliers vont s'engager pour le salut de leur âme ou, tout simplement, pour prêter main forte en s'illustrant sur les champs de bataille.
Il s'agit d'une lettre de saint Bernard à Hugues de Payns, dont le titre complet était Liber ad milites Templi de laude novae militiae<ref name="Demurgerp58">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 58</ref> et écrite après la défaite de l'armée franque au siège de Damas en 1129.
Cet éloge permettra enfin aux Templiers de rencontrer une grande ferveur et une reconnaissance générale.
De plus, ce texte contient un passage important où saint Bernard explique pourquoi les Templiers ont le droit de tuer un ennemi : « Le chevalier du Christ donne la mort en toute sécurité et la reçoit avec plus d'assurance encore. S'il meurt, c'est pour son bien, s'il tue, c'est pour le Christ […] ».<ref name="Saint-Bernard">De laude novae militiae, Saint-Bernard</ref>
[modifier] Omne Datum Optimum (1139)
La bulle Omne datum optimum est fulminée par le pape Innocent II le 29 mars 1139<ref name="Demurgerp108">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 108</ref> sous la maîtrise de Robert de Craon, deuxième maître de l'Ordre du Temple.
Cette bulle est d'importance pour l'Ordre puisqu'elle est à la base de tous les privilèges dont jouissent les Templiers.
En effet, suite à celle-ci, les frères du Temple ont le droit :
- à la protection apostolique,
- d'avoir leurs propres prêtres.
On voit donc une nouvelle catégorie émerger dans la communauté, celle des frères chapelains qui officient pour les Templiers.
De plus, cette bulle confirme le fait que l'Ordre du Temple n'est soumis qu'à l'autorité du pape. La bulle crée aussi une concurrence pour le clergé séculier - ce que ce dernier verra souvent d'un mauvais oeuil. De nombreux conflits d'intérêt éclatent entre templiers et les évêques ou les curés.
Les privilèges qu'elle accorde étant souvent remis en cause, la bulle Omne datum optimum est confirmée douze fois entre 1154 et 1194, et c'est pour cela d'ailleurs qu'il ne fut pas aisé de retrouver l'originale<ref name="Demurgerp110">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 110</ref>.
[modifier] Milites Templi (1144)
La bulle Milites Templi (Chevaliers du Temple) est fulminée le 9 janvier 1144<ref name="Demurgerp111">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 111</ref> par le pape Célestin II.
Elle permet aux chapelains du Temple de prononcer l'office une fois dans l'année dans des régions ou villes interdites, « pour l'honneur et la révérence de leur chevalerie », sans pour autant autoriser la présence des personnes excommuniées dans l'église. Mais ce n'est en réalité qu'une confirmation de la bulle Omne datum optimum.
[modifier] Militia Dei (1145)
Militia Dei (Chevalerie de Dieu) est une bulle fulminée par le pape Eugène III, le 7 avril 1145<ref name="Demurgerp111">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 111</ref>.
Cette bulle permet aux Templiers de construire leurs propres oratoires mais aussi de disposer d'une totale indépendance vis-à-vis du clergé séculier grâce au droit de percevoir des dîmes et d'enterrer leurs morts dans leurs propres cimetières. De plus, la protection apostolique est étendue aux familiers du Temple (leurs paysans, troupeaux, biens,…).
Suite à certaines plaintes des Templiers au pape, comme quoi le clergé séculier leur prend un tiers du leg fait par les personnes désireuses de se faire enterrer dans les cimetières de l'Ordre, la bulle Dilecti filii ordonne au clergé de ne se contenter que d'un quart des legs.<ref name="Melville">La vie des Templiers, Marion Melville,1974, Gallimard</ref>
[modifier] L'habit
La reconnaissance du Temple ne passe pas seulement par l'aboutissement à une Règle et à un nom. Elle passe également par l'attribution d'un code vestimentaire particulier propre à l'ordre du Temple.
Le manteau des Templiers fait référence aux habits des moines cisterciens.
Seuls les chevaliers (les frères issus de la noblesse) ont le droit de porter le manteau blanc symbole de pureté de corps et de chasteté. Les frères sergents (issus de la paysannerie) portent quant à eux un habit couleur de bure plus sombre, sans pour autant que ce dernier ait une connotation négative.
En ce qui concerne la croix rouge des Templiers, il semblerait qu'elle ait été accordée aux Templiers en 1147 par le pape Eugène III<ref name="Demurgerp139">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 139</ref>. Il aurait donné le droit de la porter sur l'épaule gauche, du côté du cœur. Quelqu'ait été sa forme, la croix indiquait l'appartenance des Templiers à la chrétienté et la couleur rouge rappellait le sang versé par le Christ.
C'était l'ordre qui remettait l'habit et c'est aussi lui qui avait le pouvoir de le reprendre.
La perte de l'habit était prononcée par la justice du chapitre pour les frères qui avaient enfreint gravement le règlement. Il signifiait un renvoi de l'ordre temporaire ou définitif.
Dans sa bulle Vox in excelso d'abolition de l'ordre du Temple,
le pape Clément V indique qu'il supprime "le dit ordre du Temple et son état, son habit et son nom."
[modifier] La réception dans l'ordre
[modifier] Généralités
Les commanderies ont entre autre pour rôle d'assurer de façon permanente le recrutement des frères de l'ordre. Ce recrutement devait être le plus large possible. Ainsi, les hommes laïcs de la noblesse et de la paysannerie libre pouvaient prétendre à être reçus dans l'ordre s'ils répondaient aux critères exigés par ce dernier.
Tout d'abord, l'entrée dans l'ordre était gratuite et volontaire. Il était nécessaire que le candidat soit motivé car il n'y avait pas de période d'essai par le noviciat. L'entrée était directe (prononciation des vœux) et définitive (à vie). Le candidat pouvait être pauvre. Avant toute chose, il faisait don de lui-même.
Les principaux critères étaient les suivants :
- être âgé de plus de 18 ans (La majorité pour les garçons était à 16 ans) (article 58)
- ne pas être fiancé (article 669)
- ne pas faire partie d'un autre ordre (article 670)
- ne pas être endetté (article 671)
- être en parfaite santé mentale et physique (ne pas être estropié) (article 672)
- n'avoir soudoyé personne pour être reçu dans l'ordre (article 673)
- être homme libre (le serf d'aucun homme)(article 673)
- ne pas être excommunié (article 674)
Le candidat était prévenu que s'il mentait, il serait immédiatement renvoyé."... si vous en mentiez, vous en seriez parjure et en pourriez perdre la maison, ce don dieu vous garde." (Extrait de article 668)
[modifier] La cérémonie
La version française de la règle de l'ordre consacre un article (n°55) sur "comment on doit recevoir les frères". En voici un extrait : "Si un chevalier séculier, ou tout autre homme, veut s'en aller de la masse de perdition et abandonner ce siècle et choisir la vie commune du Temple, ne vous pressez pas trop pour le recevoir. Car ainsi le dit messire saint Paul : probate spiritus si ex Deo sunt, c'est-à-dire "Éprouvez l'esprit pour voir s'il vient de Dieu.""
Ainsi, avant la cérémonie de réception dans l'ordre, on relève plusieurs phases progressives qui ont pour objectif de faire réfléchir le candidat, de l'informer sur les réalités de la vie dans l'ordre et enfin d'évaluer la force de son désir d'engagement. La durée de cette période était laissée à la discrétion du chapitre de la commanderie, c'est à dire à l'ensemble des frères, et pouvait être variable selon les cas.
Tout le déroulement de la réception est indiqué précisément dans les derniers articles des retraits de la Règle (articles 657 à 686)<ref name="Dailliezp307">Règle et statuts de l'ordre du Temple, Laurent Dailliez, 1996, Dervy, page 307</ref>.
Le candidat fait sa demande d'être reçu dans l'ordre auprès d'une communauté de frères qui peut être en Occident comme en Orient.
- Lorsqu'il a fait sa demande, le candidat est immédiatement averti des duretés de la vie templière. Cette première mise en garde est faite par deux ou trois frères des plus anciens de la commanderie donc parmi ceux qui en ont la plus grande expérience. Puis, ceux-ci le questionnent pour savoir s'il répond aux critères demandés.
- Les frères font ensuite part de ce premier entretien au maître (commandeur) lors d'une tenue de chapitre et confirment que le candidat est recevable. Le commandeur fait alors entrer le candidat dans la salle du chapitre. À genou et les mains jointes, celui-ci doit confirmer devant l'assemblée des frères son désir d'être reçu dans l'ordre.
La version française de la règle à l'article 55 indique : "Pour que la compagnie des frères lui soit donnée, que la règle soit lue devant lui et s'il veut obéir à ses commandements, s'il plaît au maître et aux frères de le recevoir, qu'il montre sa volonté et son désir aux frères assemblés en chapitre et devant tous et qu'il fasse sa demande avec courage."
C'est alors que le commandeur réitère l'avertissement de la dureté des commandements de la vie templière : le candidat ne doit pas être ébloui par l'apparence des frères et les avantages qu'il pourrait en tirer ("leurs beaux chevaux, leurs beaux équipements, le boire et le manger, et leurs belles robes…") mais doit savoir que rien de ce qu'il fera ne sera jamais plus commandé par son désir personnel "Car à grand peine vous ne ferez la chose que vous voudrez."
- Le commandeur indique au candidat que son désir d'entrer dans l'ordre doit se fonder sur trois choses (article 663) :
- Echapper au péché de ce monde
- Servir Dieu
- Etre pauvre et faire pénitence
Ainsi le candidat doit rechercher le salut de son âme.
- Le candidat sort de la salle. Le commandeur prend conseil auprès des frères pour savoir si au moins l'un d'entre eux a des raisons de s'opposer à la réception.
- Puis, le candidat rejoint le chapitre et doit à nouveau formuler sa demande à genoux les mains jointes. Le commandeur insiste :
"Avez-vous bien réfléchi, beau frère, si vous voulez être serf et esclave de la maison et si vous voulez laisser votre propre volonté tous les jours pour faire celle d'autrui ? Et voulez-vous souffrir toutes les duretés que l'on vous fera ?"
- Si la réponse est affirmative, alors le chapitre se lève pour prier. Puis, sur le livre ouvert des Evangiles, le candidat doit répondre aux questions qui lui sont posées au sujet des différents critères énumérés plus haut. Il ne doit pas mentir sous peine d'être renvoyé de l'ordre.
- Le candidat prononce ses voeux et promesses. (articles 675 et 676)
- Le commandeur prononce la phrase solennelle d'accueil dans l'ordre (article 677) : "Et nous, de par Dieu et de part Notre-Dame Sainte-Marie et de par notre monseigneur Saint-Pierre de Rome, et par notre père le pape et de tous les frères du Temple, nous vous accueillons à tous les bienfaits de la maison (...) Nous vous promettons du pain et de l'eau et la pauvre robe de la maison et du travail assez."
- Puis, il lui remet le manteau qu'il lui attache au cou par des lacets.
Le frère chapelain dit le psaume "Ecce quam bonum et quam jucundum habitares frates…", (Voici qu'il est bon, qu'il est agréable d'habiter tous ensemble en frère…), puis il chante l'oraison du Saint-Esprit et les frères disent un patenôtre. L'officiant fait se relever le nouveau frère et l'embrasse sur la bouche qui est le baiser d'hommage féodal. Il le fait assoir et lui souhaite la bienvenue dans la "belle compagnie comme est la chevalerie du Temple". Puis il lui recommande de ne rien faire qui puisse lui faire perdre cette compagnie. Il l'avertit que bientôt il sera prévenu du règlement et informé du comportement à adopter au sein de l'ordre.
[modifier] Les promesses d'engagement
L'entrée dans les ordres monastiques se caractérise par la prononciation de trois vœux : d'obéissance, de chasteté et de pauvreté.
Selon la Règle du Temple, le candidat doit prononcer une série de sept promesses faîtes à Dieu et à Notre-Dame, dont celles des trois vœux. Ces promesses sont posées par l'officiant sous forme de questions auxquelles le candidat doit répondre "Oui, sire, s'il plaît à Dieu."
- Par la promesse ou le vœu d'obéissance, le candidat s'engage à obéir au maître du Temple et à n'importe quel commandeur qui se trouve au-dessus de lui dans la hiérarchie.
- La chasteté ("chastement") de corps est le deuxième vœu qui l'engage dans la pureté physique et symbolise son courage.
- La pauvreté concerne une pauvreté matérielle. A partir du moment où il entre dans l'ordre, cet homme ne possède plus rien en propre. Tout ce dont il aura besoin désormais lui sera fourni par l'ordre : logis, nourriture, soins, vêtements, matériel, armes et chevaux.
- Le candidat s'engage à appliquer dans sa vie quotidienne "les bons usages et les bonnes coutumes de la maison". Il s'agit des articles de la Règle, présents et futurs.
- Il doit exprimer son engagement permanent pour la guerre sainte en "aidant à conquérir la sainte terre de Jérusalem".
- Il promet de rester toute sa vie au sein de l'ordre et à ne jamais le quitter.
- Il s'engage à ne faire aucun tort aux intérêts des chrétiens où qu'ils se trouvent.
[modifier] Devenir un templier
Entrer dans un ordre monastique exigeait abnégation de soi et retrait de la vie du siècle. La réception dans l'ordre du Temple était donc conditionnée par la motivation mûrement réfléchie du postulant. Celui-ci était généralement reçu dans une commanderie d'occident qui devenait son point de départ pour une nouvelle existence. La majorité des hommes du Temple provenait de la petite et de la moyenne noblesse. Mais on pouvait aussi trouver des fils de paysans libres et des fils de la bourgeoisie, c'est à dire des notables habitants les bourgs, qui étaient recrutés par les commanderies urbaines.
A partir de là, cet homme oeuvrait sur ordre au service des chrétiens de façon anonyme et au péril de sa vie : il abandonnait son patronyme. Ainsi, les chevaliers du Temple s'appelaient frère Jehan, frère Guillaume, frère Hugues... Seuls les hauts dignitaires conservaient leurs noms de familles pour des raisons liées à leurs fonctions. Il ne faisait rien pour glorifier sa personne, et l'entrée dans l'ordre n'était pas un moyen de promotion sociale, sauf pour les hauts dignitaires. Ainsi, pour la grande majorité des chevaliers, "tel on était dans le siècle, tel on restait au Temple".<ref name="Demurgerp133">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 133</ref>
Pour devenir un templier, il fallait faire ses preuves en étant capable de :
- respecter les voeux
- observer la Règle
- obéir à la hiérarchie
- accepter des contraintes de la vie en communauté
- renoncer aux plaisirs matériels du siècle.
Les frères d'occident qui répondaient parfaitement à ces attentes étaient désignés par leur commandeur et autorisés à quitter la commanderie pour partir en orient fournir le contingent de l'armée.
Pour les hommes de cette époque en mouvement, les raisons de rejoindre l'ordre du Temple étaient diverses : l'aspiration au voyage et à la découverte de l'orient lointain, l'attrait pour l'action et l'action militaire en particulier, la garantie du gîte, du couvert et des soins à vie, le rachat de ses pêchés.
[modifier] La vie quotidienne en Occident
La vie quotidienne des frères de l'Ordre était partagée entre les temps de prières, les temps de vie collective (repas, réunion), l'entraînement militaire, l'accompagnement des pèlerins, la gestion de leurs biens et le contrôle du travail des paysans sur leur terres.
[modifier] Les Templiers : de grands combattants
[modifier] Le cheval
Un ordre de chevalerie ne va pas sans cheval, ainsi l'histoire de l'ordre du Temple est-elle intimement liée à ce dernier. Pour commencer, un noble qui était reçu dans l'ordre pouvait faire don de son destrier, un cheval de combat que les écuyers tiennent à destre, c'est à dire à droite. Après 1140, on compte de nombreux donateurs de la grande noblesse léguant aux templiers des armes et leurs chevaux.
Pour équiper son armée, l'ordre du Temple fournissait à chacun de ses chevaliers, trois chevaux dont l'entretien était assuré par un écuyer (article 33 de la Règle). Ces chevaux devaient être harnachés de la plus simple manière exprimant le voeux de pauvreté. Selon la règle (article 39) " Nous défendons totalement que les frères aient de l'or et de l'argent à leur brides, à leurs étriers et à leurs éperons." Parmi ces chevaux se trouvait un destrier qui était entraîné au combat et réservé à la guerre. Les autres chevaux étaient des sommiers ou bêtes de somme de race comtoise ou percheronne. Ce pouvait être aussi des mulets appelés "bêtes mulaces". Ils assuraient le transport du chevalier et du matériel. Il y avait aussi le palefroi plus spécialement utilisé pour les longs déplacements.
Selon les retraits, la hiérarchie de l'ordre s'exprimait à travers l'attribution réglementaire des montures. Les retraits commencent ainsi : "Le maître doit avoir quatre bêtes..." indiquant l'importance du sujet. D'ailleurs les trois premiers articles du maître de l'ordre (articles 77, 78 et 79) portent sur son entourage et le soin aux chevaux. On apprend ainsi que les chevaux étaient nourri en mesures d'orge et qu'un maréchal-ferrant se trouvait dans l'entourage du maître. Parmi les chevaux du maître se trouvait un turcoman, un pur sang arabe, qui était un cheval de guerre d'élite et de grande valeur car très rapide. Quatre chevaux étaient fournis à tous les hauts dignitaires, sénéchal, maréchal, commandeur de la terre et du royaume de Jérusalem, commandeur de la cité de Jérusalem, commandeurs de Tripoli et d'Antioche, drapier, commandeurs des maisons (commanderies), turcopolier. Les frères sergents tels que le sous-maréchal, le gonfanonier, le cuisinier, le maréchal-ferrant et le commandeur du port d'Acre avaient droit à deux chevaux. Les frères sergents ne disposaient que d'une seule monture. Les turcopoles, soldats arabes au service de l'ordre du Temple, devait fournir eux-même leur chevaux.
C'était le maréchal de l'ordre qui veillait à l'entretien de tous les chevaux et du matériel, armes, armures et harnais, sans lesquels la guerre n'était pas possible. Il était responsable de l'achat des chevaux (article 103) et il devait s'assurer de leur parfaite qualité. Un cheval rétif devait lui être montré (article 154) avant d'être écarté du service. Les destriers étaient équipés d'une selle à "croce" (à crosse) appellée aussi selle à arçonnière qui était une selle montante pour la guerre qui permettait de maintenir le cavalier lors de la charge. Les commanderies du sud de la France, mais aussi celles de Castille, d'Aragon et de Gascogne étaient spécialisées dans l'élevage des chevaux<ref name="Demurgerp191">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 191</ref>. Ceux-ci étaient ensuite acheminés dans les États latins d'Orient par voie maritime. Pour cela, ils étaient transportés dans les cales des nefs templières et livrés à la caravane du maréchal de l'ordre qui supervisait la répartition des bêtes selon les besoins. Lorsqu'un templier mourait ou était envoyé dans un autre Etat, ses chevaux revenaient à la maréchaussée.(article 107)
Rares sont les représentations des templiers eux-même. Il nous est cependant parvenue une peinture murale d'un chevalier du temple en train de charger sur son destrier. Il s'agit d'une fresque de la chapelle de Cressac en Charente, vers 1170 ou 1180.
[modifier] L'équipement militaire
Le noble des XIIe et XIIIe siècle devait se faire confectionner un équipement complet (vêtement et armes) pour être adoubé chevalier. Le combat médiéval était basé sur un corps à corps qui opposait les adversaires. Ce matériel nécessitant essentiellement des métaux valait une fortune et pesait environ cinquante kilos. Les chevaliers templiers devaient disposer d'un tel équipement.
La protection du corps était assurée par<ref name="Melville">La vie des Templiers, Marion Melville,1974, Gallimard</ref>:
- un écu (ou bouclier) de forme triangulaire, pointe en bas. Il était fait en bois recouvert d'une feuille de métal ou de cuir. Il servait à protéger le corps, mais sa taille fut réduite dans le courant du XIIe siècle pour être allégé et donc plus maniable.
- une cotte de mailles constituée de milliers d'anneaux en fer d'un centimètre de diamètre entrelassés et parfois rivetés. Cette cotte était constituée de quatre parties : les chausses de mailles attachées à la ceinture par des lanières de cuir, le haubert protégeait le corps et les bras et le camail ou coiffe de mailles. Un mortier ou casquette en cuir était posé sur la tête pour supporter le heaume. Les mains étaient protégées par des gants en mailles. Il est à noter que dans le courant du XIIIe siècle, le haubert fut raccourcit au genou pour être plus léger.
- un heaume sans visière mobile, ou un chapeau de fer, dans ce cas le visage n'était pas protégé.
Le sous-vêtement était une chemise de lin et des braies. La protection du corps était renforcée par le port de chausses de cuir attachées par des lanières, et un gambison ou gambeson en cuir. Pour finir le surcot, porté sur la cotte, est aussi appellé jupon d'arme ou cotte d'arme. Le surcot templier était cousu, devant comme derrière, d'une croix rouge, insigne de l'ordre. Il permettait de reconnaître les combattants templiers sur le champs de bataille comme en tout lieu. Le baudrier, porté autour des reins, était une ceinture spéciale qui permettait d'accrocher l'épée et de maintenir le surcot près du corps.
[modifier] Les armes
Maniée à deux mains, l'épée devait être levée pointe en haut et abattue de façon à frapper au tranchant. Elle était pratiquement employée comme une masse d'arme dans la mesure où il était impossible de transpercer la cotte de mailles avec. La masse d'arme templière était principalement une masse dite turque aux pointes saillantes. L'épée et les masses servaient à frapper l'ennemi de manière à lui briser les os. Les blessés mourraient alors d'hémorragie interne. La lance était une perche en bois terminée par une pointe en fer forgé appellée tête de fer. Chaque frère détenait trois couteaux dont un couteau d'arme, un autre "de pain taillé" qui servait à manger et un canif à lame étroite <ref name="Melville">La vie des Templiers, Marion Melville,1974, Gallimard</ref>.
[modifier] Le drapeau
Le drapeau de l'ordre du Temple est appellé le gonfanon baucent. Baucent qui signifie bicolore avait plusieurs graphies : baussant, baucent ou balcent. C'était un rectangle vertical composé de deux bandes coupées au tiers supérieur : une blanche et une noire. Porté en hauteur au bout d'une lance, il était le signe de ralliement des combattants templiers sur le champ de bataille, protégé en combat par une dizaine de chevaliers. Celui qui en était responsable est appelé le gonfanonier. Selon la circonstance, le gonfanonier désignait un porteur qui pouvait être un écuyer, un soldat turcopole ou une sentinelle. Le gonfanonier chevauchait devant lui et conduisait son escadron sous le commandement du maréchal de l'ordre.
Le gonfanon devait être visible en permanence sur le champ de bataille, c'est pourquoi il était interdit de l'abaisser. Ce manquement grave au règlement pouvait être puni par la sanction la plus sévère, c'est à dire la perte de l'habit qui signifiait le renvoi de l'ordre. Selon l'historien Georges Bordonove<ref name="Bordonovep174">La vie quotidienne des templiers au XIIIe siècle, Georges Bordonove, 1990, Hachette, page 174</ref>, lorsque le gonfanon principal tombait parce que son porteur et sa garde avaient été tués, le commandeur des chevaliers déroulait un étendard de secours et reprenait la charge. Si celui-ci venait à disparaître à son tour, un commandeur d'escadron devait lever son pennon noir et blanc et rallier tous les templiers présents.
Si les couleurs templières n'étaient plus visibles, les templiers survivants devaient rejoindre la bannière des hospitaliers. Dans le cas où celle-ci était tombée, les templiers devaient rallier la première bannière chrétienne qu'ils apercevaient.
Le gonfanon baucent est représenté dans les fresques de la chapelle templière San Bevignate de Pérouse en Italie. La bande blanche se situe dans la partie supérieure. Il est aussi dessiné dans la chronica majorum, les Chroniques de Matthieu Paris en 1245. Dans ce cas, la bande blanche se trouve dans la partie inférieure.<ref name="dailliezp385p388">Règles et statuts de l'ordre du Temple, Laurent Dailliez, 1996, Devry, page 385 page 288</ref>
[modifier] Les principales batailles
Les Templiers, durant toutes les années d'existence de l'Ordre, ont fait preuve de grand courage et se sont révelés être de fins stratèges. Ils étaient présents sur tous les champs de batailles où se trouvait l'armée franque.
[modifier] Second siège d'Ascalon (16 août 1153)
Le siège de Damas ayant été une grosse défaite pour le roi de Jérusalem, Baudouin III, celui-ci décide de lancer une attaque sur Ascalon.
Le maître de l'Ordre, Bernard de Tramelay, appuie l'avis du roi et l'attaque est donnée le 16 août 1153. C'est une hécatombe pour les Templiers qui pénètrent au nombre de quarante dans la cité derrière leur Maître. Ils sont tous tués par les défenseurs égyptiens de la cité et leurs corps sont suspendus aux remparts<ref name="Demurgerp207">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 207</ref>.
Cet épisode a soulevé de nombreuses polémiques car certains prétendent que les Templiers ont voulu entrer seuls dans la cité afin de s'approprier tous les biens et trésors alors que d'autres pensent qu'ils ont, au contraire, voulu marquer l'Ordre d'un fait d'arme.
Toutefois, la ville d'Ascalon tombe le 22 août 1153<ref name="Demurgerp208">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 208</ref>, et l'Ordre du Temple se voit élire un
nouveau maître : André de Montbard, qui accepte cette nomination pour contrer l'élection d'un autre chevalier du Temple, Guillaume II de Chanaleilles, fils de Guillaume Ier — l'un des héros de la Première croisade aux côtés du comte de Toulouse Raymond IV, dit Raymond de Saint-Gilles — favori du roi de France Louis VII, qui aurait permis au roi de contrôler l'Ordre.
[modifier] Bataille de Montgisard (25 novembre 1177)
Image:Schlacht von Montgisard 2.jpg
Cette bataille, menée le 25 novembre 1177<ref name="Grousset2p621">Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem Tome 2 : 1131-1187 L'équilibre, René Grousset, réédition 2006, édition Perrin, page 621</ref>, fut l'une des premières du jeune roi de Jérusalem Baudoin IV, alors âgé de seize ans. Les troupes du roi avaient été renforcées par quatre-vingts Templiers venus de Gaza en marche forcée.
Cette alliance de forces eut raison de l'armée de Saladin à Montgisard, près de Ramla.
[modifier] Bataille de Hattin (4 juillet 1187)
Après la mort du roi lépreux Baudoin IV, Guy de Lusignan, qui a épousé la soeur de Baudoin, devient roi de Jérusalem, par le biais de sa femme Sybille.
Sous les conseils du Temple et de l'Hôpital, Guy de Lusignan apprête l'armée. Le temps est particulièrement aride et l'unique point d'eau se situe à Hattin, près de Tibériade, aussi le roi fait prendre cette direction à ses troupes.
Le 4 juillet 1187<ref name="Grousset2p752">Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem Tome 2 : 1131-1187 L'équilibre, René Grousset, réédition 2006, édition Perrin, page 752</ref> , Saladin fait encercler les francs. Presque toute l'armée est faite prisonnière (environ quinze mille hommes) ainsi que le roi lui-même. Saladin ayant une aversion particulière pour les Templiers, ceux-ci sont tous exécutés (ainsi que tous les Hospitaliers). Un seul Templier est épargné, le maître en personne : Gérard de Ridefort.
[modifier] Bataille d'Arsouf (7 septembre 1191)
Après la chute de Jérusalem, une troisième croisade avait été lancée à partir de l'Europe. Richard Cœur de Lion, se retrouve seul après le retrait de la majorité des troupes allemandes de Frédéric Barberousse (après la noyade de ce dernier dans un fleuve) et le retour de Philippe Auguste en France. Richard fait marcher son armée le long de la mer, cela lui permet de rester en communication avec sa flotte et, ainsi, d'assurer continuellement l'approvisionnement de ses troupes.
Formée d'une immense colonne, l'armée de Richard a pour avant-garde le corps des Templiers, viennent ensuite les Bretons et les Angevins, Guy de Lusignan avec ses compatriotes Poitevins, puis les Normands et les Anglais et enfin en arrière-garde les Hospitaliers<ref name="Grousset3p106">Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem Tome 3 : 1188-1291 L'anarchie franque, René Grousset, réédition 2006, édition Perrin, page 106</ref>.
Dans les premiers temps de la bataille, Richard subit l'initiative de Saladin, mais il reprend la situation en main pour finalement mettre l'armée de Saladin en déroute par deux charges successives de la chevalerie franque et ce malgré le déclenchement prématuré de la première charge<ref name="Grousset3p110">Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem Tome 3 : 1188-1291 L'anarchie franque, René Grousset, réédition 2006, édition Perrin, page 110</ref>.
[modifier] Bataille de Mansourah (8 février 1250)
Le comte Robert Ier d'Artois, désobéissant aux ordres de son roi de frère Saint-Louis, voulait attaquer les troupes égyptiennes malgré les protestations des Templiers qui lui recommandaient d'attendre le gros de l'armée royale. L'avant-garde franque pénétre dans la cité de Mansourah, s'éparpille dans les rues. Profitant de cet avantage, les forces musulmanes lancent une contre-attaque et harcelent les francs. C'est une véritable hécatombe. De tous les templiers, 295 périssent, dont le maître de l'ordre Guillaume de Saunhac, seuls 4 ou 5 en réchappent. Robert d'Artois, lui-même, instigateur de cette attaque sans ordres et complètement dénuée de sens, perd la vie<ref name="Grousset3p470471472">Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem Tome 3 : 1188-1291 L'anarchie franque, René Grousset, réédition 2006, édition Perrin, pages 470 à 472</ref>.
Saint-Louis reprendra l'avantage le soir-même en anéantissant les troupes qui venaient d'exterminer son avant-garde, mais les Templiers avaient perdu presque tous leurs hommes.
[modifier] Les Templiers et l'argent
Au départ, les Templiers n'avaient pas vocation à manipuler de l'argent en raison de leur vœu de pauvreté.
Cette activité a pourtant débuté en 1146 lorsque Louis VII en partance pour la deuxième croisade avait décidé de laisser le trésor royal sous la garde du Temple de Paris. Par la suite, cela se développa si bien que nombre de souverains firent confiance aux trésoriers de l'Ordre.
Une autre grande personnalité, Henri II d'Angleterre, avait laissé la garde du trésor au Temple. Par ailleurs, de nombreux templiers de la maison d'Angleterre étaient également des conseillers royaux.
L'activité "bancaire" de l'Ordre prit tellement d'ampleur que même des particuliers firent appel à eux pour déposer leurs biens lors d'un départ en pèlerinage (Jérusalem, Saint-Jacques de Compostelle,…). Les Templiers inventèrent donc le bon de dépôt. En effet, lorsqu'un pèlerin déposait une somme dans les caisses de l'Ordre, le frère trésorier lui donnait un bon sur lequel était inscrit la somme déposée, ainsi le pèlerin pouvait récupérer son bien dans une des maisons du Temple à la fin de son trajet.
[modifier] La chute de l'Ordre
La chute de l'Ordre du Temple fait également l'objet d'une polémique. Elle serait le fait du roi de France Philippe IV le Bel qui aurait agi dans le but unique de s'approprier le trésor des Templiers.
Cependant, les raisons pour lesquelles l'Ordre a été décimé sont beaucoup plus complexes, et celles exposées ci-dessous n'en représentent probablement qu'une infime partie.
[modifier] Les raisons
[modifier] La chute de Saint-Jean d'Acre (28 mai 1291)
Une des premières raisons est la perte de la ville de Saint-Jean d'Acre.
En effet, le 28 mai 1291<ref name="Grousset3p746">Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem Tome 3 : 1188-1291 L'anarchie franque, René Grousset, réédition 2006, édition Perrin, page 746</ref> les croisés perdent Acre à l'issue d'une bataille sanglante. Les chrétiens sont alors obligés de quitter la Terre Sainte : les ordres religieux tels que les Templiers et les Hospitaliers n'échappent pas à cette exode.
Or, une fois en Occident, la question de l'utilité de l'Ordre du Temple se pose car il avait été créé, à l'origine, pour défendre les pèlerins allant à Jérusalem sur le tombeau du Christ.
[modifier] Le Temple, bras armé du Pape
Suite à la chute d'Acre, les Templiers se retirèrent à Chypre puis revinrent en France occuper leurs commanderies.
Les Templiers possédaient des richesses immenses, augmentées par les biens issus du travail de leurs commanderies (bétail, agriculture…) mais (surtout ?) ils possèdaient une puissance militaire équivalente à quinze mille hommes dont mille cinq cents chevaliers entraînés au combat, force entièrement dévouée au pape.
La plus célèbre des querelles entre un pape et un roi est sans doute celle qui a opposé Philippe IV le Bel à Boniface VIII, ce dernier affirmant la supériorité du pouvoir papal sur le pouvoir temporel des rois, en publiant une bulle en 1302 : Unam Sanctam.
La réponse du roi de France est arrivée sous la forme d'une demande de concile aux fins de destituer le Pape, lequel excommuniera en retour Philippe le Bel et toute sa famille par la bulle Super Patri Solio <ref>voir l'article Attentat d'Anagni pour plus de détails</ref>.
Boniface VIII meurt le 11 octobre 1303, son successeur, Benoît XI aura un pontificat très bref puisqu'il mourra à son tour le 7 juillet 1304.
Clément V est élu pour lui succéder le 5 juin 1305.
[modifier] La fusion du Temple et de l'Hôpital
Certains historiens prêtent une part de responsabilité dans la perte de l'Ordre à Jacques de Molay, maître du Temple élu en 1293 à Chypre après la perte de Saint-Jean d'Acre.
En effet, suite à la perte d'Acre, un projet de croisade germe à nouveau dans l'esprit de certains rois chrétiens mais aussi et surtout dans celui du pape Clément V. Le pape désire également une fusion des deux Ordres militaires les plus puissants de Terre Sainte, et le fait savoir à Jacques de Molay en 1306 dans une lettre.
Le maître y répondra par une autre lettre affirmant une certaine opposition, mais pas un refus catégorique. Cependant, les arguments développés pour étayer ses idées étaient bien minces …
[modifier] L'arrestation massive des Templiers
[modifier] Une action bien préparée
L'idée de détruire l'Ordre du Temple était déjà présente dans l'esprit du roi Philippe IV le Bel, mais ce dernier manquait de preuves et d'aveux afin d'entamer une procédure.
Ce sera chose faite grâce à un atout majeur déniché par Guillaume de Nogaret en la personne d'un ancien Templier : Esquieu de Floyran.
Celui-ci avoue en 1305 au Roi de France les pratiques obscènes des rites d'entrée dans l'Ordre et Philippe le Bel, personnage très pieux, est choqué par de tels actes. Il écrit donc au Pape pour lui faire part du contenu de ces aveux.
En même temps, Jacques de Molay, au courant de ces rumeurs, demande une enquête pontificale au Pape, ce dernier la lui accorde le 24 août 1307<ref name="Demurgerp433">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 433</ref>.
Cependant, Philippe le Bel est trop pressé, il n'attend pas les résultats de l'enquête et dépêche des messagers le 14 septembre 1307<ref name="Demurgerp434">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 434</ref> à tous ses sénéchaux et baillis, leur donnant des directives afin de procéder à l'arrestation des Templiers au cours d'une même journée, le vendredi 13 octobre 1307<ref name="Demurgerp435">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 435</ref>. Le but de cette action ciblée sur une journée est de profiter du fait que ces derniers sont disséminés sur tout le territoire et d'éviter ainsi que des Templiers, alarmés par l'arrestation de certains de leurs frères, ne se regroupent et deviennent alors difficile à arrêter.
[modifier] Le vendredi 13 octobre 1307
Au matin du 13 octobre 1307, Guillaume de Nogaret et des hommes d'armes pénètrent dans l'enceinte du Temple de Paris où réside le maître de l'Ordre Jacques de Molay. A la vue de l'ordonnance royale qui justifie cette rafle, les Templiers se laissent emmener sans aucune résistance. A Paris, il sera fait 138 prisonniers, en plus du maître de l'Ordre.
Un scénario identique se déroule au même moment dans toute la France, la plupart des Templiers présents dans les commanderies sont arrêtés. Quelques uns réussiront à s'échapper avant ou pendant les arrestations.
Les prisonniers sont enfermés pour la plupart à Paris, Caen, Rouen, Gisors. Tous leurs biens sont inventoriés et confiés à la garde du Trésor royal.
Ceux qui en 1306, avaient recueilli Philippe IV le Bel pendant les émeutes de Paris se retrouvent maintenant enfermés en attendant leur procès.
[modifier] Le Procès
[modifier] Les interrogatoires et commissions d'enquêtes
Puisque tous les Templiers du royaume de France ont été arrêtés, Philippe IV le Bel enjoint les souverains européens à faire de même. Alors que la plupart d'entre eux refusent, le roi de France n'est pas découragé et ouvre donc le procès des Templiers.
Cependant, l'Ordre du temple est un ordre religieux et ne peut subir à ce titre la justice laïque. Philippe le Bel demande donc à son confesseur, Guillaume de Paris, aussi Grand Inquisiteur de France, de procéder aux interrogatoires des cent trente-huit Templiers arrêtés à Paris. Parmi ces chevaliers, trente-huit mourront sous la torture mais surtout le début des "aveux" est enclenché.
Parmi les pêchés revenant le plus souvent, l'Inquisition entend parler du reniement de la Sainte-Croix, du reniement du Christ, de la sodomie et de l'adoration d'une idole (appelée le Baphomet). Seuls trois Templiers résistent à la torture et n'avouent aucun comportement obscène.
Afin d'essayer de protéger l'Ordre du Temple, le pape Clément V fulmine la bulle Pastoralis praeminentiae qui ordonne aux souverains européens d'arrêter les Templiers qui résident chez eux et de mettre leurs biens sous la gestion de l'Église.
De plus, le Pape demande à entendre lui-même les Templiers à Poitiers mais, la plupart des dignitaires sont emprisonnés à Chinon, le roi Philippe le Bel prétexte que les prisonniers (soixante-douze en tout et triés par le roi lui-même) sont trop faibles pour faire le voyage. Le pape délèguera alors deux cardinaux pour aller entendre les témoins à Chinon (il en découlera alors le fameux Parchemin de Chinon).
La première commission pontificale a lieu le 12 novembre 1309<ref name="Demurgerp460">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 460</ref> à Paris. Elle aura pour but de juger l'Ordre du Temple, personne morale et non comme personne physique. Pour ce faire, elle envoie dès le 8 août une circulaire à tous les évêchés afin de faire venir les templiers arrêtés pour qu'il comparaissent devant la commission. Un seul frère dénoncera les aveux fait sous la torture : Ponsard de Gisy, précepteur de la commanderie de Payns. Le 6 février 1310, quinze Templiers sur seize clament leur innocence et seront bientôt suivi par la plupart de leurs frères.
Le roi de France, souhaite gagner du temps et fait nommer à l'archiépiscopat de Sens un archevêque qui lui est totalement dévoué : Philippe de Marigny (demi-frère d'Enguerrand de Marigny).
Celui-ci enverra cinquante-quatre Templiers au bûcher le 12 mai 1310<ref name="Demurgerp456">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 456</ref>, suite à leurs aveux extorqués sous la torture en 1307. Tous les interrogatoires sont clos le 26 mai 1311<ref name="Demurgerp464">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 464</ref>.
[modifier] Le concile de Vienne (16 octobre 1311)
Le concile de Vienne se tient le 16 octobre 1311<ref name="Demurgerp465">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 465</ref> et recèle trois objectifs :
- statuer sur le sort de l'Ordre
- discuter de la réforme de l'Église
- organiser une nouvelle croisade.
Cependant, lors du concile, une poignée de Templiers décide de se présenter : ils sont au nombre de sept et désirent défendre l'Ordre.
Le Roi également veut en finir avec l'Ordre du Temple, il part donc en direction de Vienne avec des gens d'arme afin de faire pression sur Clément V. Il arrivera sur place le 20 mars 1312.
Le 22 mars 1312<ref name="Demurgerp383">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 383</ref>, le Pape fulmine la bulle Vox in excelso qui ordonne l'abolition définitive de l'Ordre.
Pour ce qui est du sort des Templiers et de leurs biens, le pape fulmine deux autres bulles:
- Ad Providam le 2 mai 1312<ref name="Demurgerp467">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 467</ref>, concerne les biens du Temple qui seront légués en totalité à l'Ordre de l'Hôpital (à l'exception de l'Espagne et du Portugal)
- Considerantes dudum le 6 mai 1312<ref name="Demurgerp474">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 474</ref> quant à elle, détermine le sort des hommes :
- ceux ayant avoués ou ayant été déclaré innocents se verront attribuer une rente et pourront vivre dans une maison de l'Ordre,
- tous ceux ayant niés ou s'étant rétractés, subiront un châtiment sévère.
Toutefois, le sort des dignitaires de l'Ordre du Temple reste entre les mains du Pape <ref name="Huchet">Les Templiers, de la gloire à la tragédie, Patrick Huchet, 2002, Editions Ouest-France</ref>.
[modifier] Le sort des dignitaires
Une commission pontificale est nommée le 22 décembre 1313<ref name="Demurgerp480">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 480</ref>. Elle est constituée de trois cardinaux et d'avoués du Roi de France et doit statuer sur le sort des quatre dignitaires de l'Ordre. Devant cette commission, ils réitèrent leurs aveux.
Le 11 ou 18 mars 1314<ref name="Demurgerp483">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 483</ref>, sur le parvis de Notre-Dame de Paris, les quatre templiers sont amenés afin qu'on leur lise la sentence. C'est là, que Jacques de Molay, maître de l'Ordre du Temple, Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, Hugues de Pairaud, visiteur en France et Geoffroy de Goneville, précepteur en Poitou-Aquitaine apprennent qu'ils sont condamnés à la prison à vie.
Toutefois, Jacques de Molay et Geoffroy de Charnay clament leur innocence, ils sont donc relaps et doivent subir une autre sentence.
Le lendemain, Philippe le Bel convoque son conseil et, faisant fi des cardinaux, condamne les deux Templiers au bûcher. Ils sont conduit sur l'île de la Cité afin d'y être brûlés.
D'après un chroniqueur de l'époque, Guillaume de Nangis : "On les vit si résolus à subir le supplice du feu, avec une telle volonté, qu'il soulevèrent l'admiration chez tous ceux qui assistèrent à leur mort…".
De plus, un autre chroniqueur affirme que c'est à cet instant que Jacques de Molay lança sa légendaire malédiction : "Clément, juge inique et cruel bourreau! Je t'ajourne à comparaître dans quarante jours devant le tribunal du souverain juge." Mais cela n'a jamais été prouvé et la légende des Templiers commence à s'écrire...
[modifier] Organisation de l'Ordre
[modifier] Hiérarchie
Les Templiers étaient organisés tel un ordre monastique, suivant la règle créée pour eux par Bernard de Clairvaux, un membre de l'Ordre Cistercien. Dans chaque pays était nommé un maître qui dirigeait l'ensemble des commanderies et dépendances, et tous étaient sujets du maître de l'Ordre, désigné à vie, qui supervisait à la fois les efforts militaires de l'Ordre en Orient, et ses possessions financières en Occident.
Avec la forte demande de chevaliers, certains parmi eux se sont aussi engagés à la commande pendant une période prédéterminée avant d'être renvoyés à la vie séculaire, comme les Fratres conjugati, qui étaient des frères mariés. Ils portaient le manteau noir ou brun avec la croix rouge pour les distinguer des frères ayant choisi le célibat, et n'avaient pas le même statut que ces derniers.
Les frères servants (frères casaliers et frères de métiers) étaient choisis parmi les esrgents qui étaient d'habiles marchand ou incapables de combattre en raison de l'âge ou d'une infirmité. La grande majorité des Templiers, incluant les chevaliers et les maîtres de l'Ordre, étaient incultes et illettrés, ils n'étaient pas issus de la haute noblesse mais de familles plus obscures.
À tout moment, chaque chevalier avait environ dix personnes dans des positions de soutien. Quelques frères seulement se consacraient aux opérations bancaires (spécialement ceux avec une éducation), car l'Ordre a souvent eu la confiance de participants aux Croisades pour la bonne garde de marchandises précieuses ; mais la mission primaire des Chevaliers du Temple restait la guerre.
[modifier] Les maîtres de l'Ordre du Temple
L'expression "Grand Maître" pour désigner le chef suprême de l'ordre, est apparue à la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle dans des chartes tardives et dans les actes du procès des templiers. Puis, il a été repris et popularisé par certains historiens des XIXe et XXe siècles. Elle est aujourd'hui largement répandue. Or, ce grade n'existait pas dans l'ordre et les templiers eux-mêmes ne semblaient pas l'utiliser.<ref name="Bordonovep160">La vie quotidienne des templiers au XIIIe siècle, Georges Bordonove, 1990, Hachette, page 160</ref>. Dans la Règle et les retraits de l'ordre, il est appelé "Li Maistre" Un grand nombre de dignitaires de la hiérarchie pouvaient être appelés maître sans l'adjonction d'un qualificatif particulier. Les précepteurs des commanderies pouvaient être désignés ainsi. Il faut donc se référer au contexte du manuscrit pour savoir de qui l'on parle. En Occident comme en Orient, les hauts dignitaires étaient appelés maîtres des pays : il y avait donc un maître en France, un maître en Angleterre, un maître en Espagne, etc. Aucune confusion n'était possible puisque l'ordre n'était dirigé que par un seul maître à la fois, celui-ci demeurant à Jérusalem. Pour désigner le chef suprême de l'Ordre, il convient de dire simplement le maître de l'Ordre et non Grand Maître.
Durant sa période d'existence de 1129<ref name="DemurgerDATE">Date à laquelle le concile de Troyes a eut lieu et pendant lequel la création de l'Ordre du Temple a été entérinée</ref> à 1312<ref name="DemurgerDATE2">Date à laquelle le pape Clément V fulmina la bulle Vox in excelso, officialisant la dissolution de l'Ordre du Temple</ref>, soit 183 ans, l'ordre du Temple a été dirigé par vingt-trois maîtres dont voici la liste :
[modifier] Les sceaux templiers
Le mot sceau vient du latin sigillum signifiant marque. C'est un cachet personnel qui authentifie un acte et atteste d'une signature. Il existe une vingtaine de sceaux templiers connus. Ils appartenaient à des maîtres, hauts dignitaires, commandeurs ou chevaliers de l'ordre au XIIIe siècle. Leurs diamètres varient entre 15 et 50 mm. Les sceaux templiers français sont conservés au service des sceaux des Archives nationales. Le sceau templier le plus connu est celui des maîtres de l'ordre "sigilum militum xristi" qui représente deux chevaliers armés chevauchant sur le même cheval.
[modifier] Les sites des chevaliers du Temple
[modifier] La maison du Temple à Jérusalem
[modifier] Un nom
Le nom originel de l'ordre était "milites Christi", la milice du Christ, qui apparaît dès 1129 dans la Règle latine. Dans les premières années de l'ordre, les actes de donations font apparaître un très grand nombre de dénominations, parfois fantaisistes. C'est à partir de la maison de Jérusalem en Palestine que l'ordre pris son nom complet "les pauvres chevaliers du Christ et du Temple de Salomon" qui ancrait l'ordre en orient et plus particulièrement en Terre Sainte. Il fut très rapidement raccourcit en "ordre du Temple" et ses membres appelés les templiers. Ceux-ci étaient appelés les chevaliers de religion et distingués ainsi des chevaliers du siècle.
[modifier] Une maison
C'est le roi de Jérusalem Baudoin II qui logea tout d'abord dans une aile de son palais, l'ancienne mosquée al-Aqsa, les premiers templiers dont Hugues de Payns. Le maître de l'ordre obtint par la suite du roi que leur soit prêté tout le palais situé devant le Temple. Baudoin II comprit immédiatement l'intérêt militaire qu'il avait de soutenir ce nouvel ordre à Jérusalem. Il accepta donc de transférer sa résidence dans la Tour de David, plus aisée à défendre, et laissa aux templiers son ancien palais qui devint la maison cheftaine de l'ordre. Les templiers l'agrandir, le transformèrent et se firent constuire une chapelle. Jérusalem devint alors la capitale de l'ordre où résidait le maître.
"Entre les murs de Jérusalem et la porte Dorée, se trouve le Temple. Il y a là un espace plus d'un grand trait de flèche en longueur, et large d'un jet de pierre, et là on arrive au Temple. Ce terrain est pavé, d'où lui vient son nom. A gauche, en hissant de ce portail, se touve le Temple de Salomon où demeurait les Templiers." Description extraite du carnet de pélerinage de Jean de Wirtburg ou Würtzburg en 1170.<ref name="Melville">La vie des Templiers, Marion Melville,1974, Gallimard</ref> Ce pélerin décrit avec emphase et admiration :
- une écurie souterraine, si grande qu'elle pouvait "loger plus de deux mille chevaux ou mille cinq cent chameaux"
- beaucoup de bâtiments "larges et amples"
- "une nouvelle et magnifique église" aux toits pentus, dédiée à la Vierge et appellée "Sainte-Marie-Lateran", c'est à dire des Latins, des Francs, pour la distinguer de deux autres églises de Jérusalem dédiées à Marie.
- Le réfectoire des templiers, toujours appellé le palais, était une vaste salle voûtée sur colonnes aux murs décorés de trophées d'armes. Des tables couvertes de nappes étaient disposées le long des murs et les frères s'asseyaient le dos au mur. Le maître et le chapelain avaient une place atittrée et recevaient à leur table un bon nombre d'invités tous hôtes de rang. Les restes des repas étaient donnés aux pauvres de la Chrétienté par charité.
- Entre le réfectoire et l'église se trouvaient les dortoirs des frères chevaliers, donnant sur un couloir. Les dortoirs des frères sergent se trouvaient à part. Chaque frère disposait d'une chaise, d'un coffre appellé huche, d'un lit, d'une paillasse (matelat empli de paille), d'un traversin, d'un drap et d'une couverture. Comme dans tout monastère, la proximité avec l'église permettait aux frères de se rendre à l'office de matine entre minuit et trois heures du matin.
- une salle du chapitre
- Cette maison comptait aussi une infirmerie et des appartements pour les hauts dignitaires.
- La maréchaussée était la salle où étaient stockés armes, cottes de mailles et harnais.
- Elle était équipée d'une forge dans laquelle étaient fabriqués le matériel militaire mais aussi la ferrerie pour les chevaux, les pièces mettaliques destinées aux selles et brides, ainsi que la bourrellerie.
- Sous le contrôle du drapier du couvent se trouvaient les entrepôts de la draperie, de la parementerie et de la cordonnerie.
- Des cuisines, celliers à vin et fours de boulangerie
- Des procheries, poullaillers, et jardins potagers
- Des silos à blé et à fourrage
- des citernes
A l'extérieur de Jérusalem, la maison du Temple possédaient des pâturages et des enclos pour les boeufs, les moutons et les chevaux.
Cette maison toute entière pouvait ainsi entretenir une force de trois cent chevaliers et d'un nombre indéterminés de sergent.<ref name="Melville">La vie des Templiers, Marion Melville,1974, Gallimard</ref>
Lorsque Saladin conquit Jérusalem, il fit détruire la maison de l'ordre du Temple et restaurer la mosquée Al-Aqsa dans son aspect d'origine.<ref name="Demurgerp89">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 89</ref>.
[modifier] Les forteresses
Afin d'assurer la sécurité des pèlerins sur la route de Jérusalem et de contrer également les forces musulmanes, les templiers vont disposer peu à peu d'un réseau de forteresses en Orient. Il est à noter également qu'ils vont occuper un certain nombre de places fortes dans la péninsule ibérique afin de participer à la Reconquista.
[modifier] Orient
[modifier] XIIe siècle
Après la chute de la ville de Jérusalem devant les forces de Saladin en 1187, les templiers parvinrent à résister quelques mois dans certaines de leurs places fortes, mais peu à peu, en perdirent la plus grande partie<ref name="Demurgerp233">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 233</ref>.
Il faudra attendre l'issue de la troisième croisade, menée par les rois de France, d'Angleterre et l'empereur d'Allemagne, pour que les templiers reconstituent leur dispositif militaire en terre sainte.
[modifier] XIIIe siècle
Dans le royaume de Jérusalem, les templiers possèdent quatre forteresses : le Château Pèlerin construit en 1217-1218, la forteresse de Safed reconstruite en 1240-1243, le château de Sidon et la forteresse de Beaufort tous deux cédés par Julien, seigneur de Sidon en 1260.
Dans le comté de Tripoli, ils disposent du château de Tortose reconstruit en 1212, d'Arima et du Chastel Blanc.
Au nord, dans la principauté d'Antioche, les places fortes templières sont Baghras (Gaston) récupérée en 1216, ainsi que Roche de Roissel et Roche-Guillaume qu'ils détenaient toujours, Saladin ayant renoncé à les conquérir en 1188.
[modifier] Péninsule ibérique
Les templiers possédaient de bien plus de places fortes dans la péninsule ibérique qu'en Orient. En effet, un décompte de celles-ci, permet de dénombrer au moins 72 sites rien que pour l'Espagne et au moins 6 pour le Portugal. C'est également dans cette zone que l'on trouve les édifices qui ont le mieux résisté au temps (ou qui ont bénéficié de restaurations), comme par exemple le château d'Almourol.
Cependant, il ne faut pas en déduire que l'activité militaire des templiers était plus importante dans cette région qu'en Terre Sainte. En effet, nombre de ces châteaux étaient à conquérir lorsqu'ils leur ont été cédés !<ref name="Demurgerp249">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, page 249</ref>
[modifier] Europe de l'Est
Contrairement à l'Orient et à la péninsule ibérique où les templiers font face aux musulmans, l'Europe de l'Est, où les ordres religieux-militaires sont également implantés, les confronte au paganisme. En effet, les territoires de la Pologne, de la Bohême, de la Moravie, de la Hongrie, mais aussi de la Lituanie et de la Livonie forment un couloir de paganisme, constitué de terres sauvages et en grande partie non encore défrichées, qui est pris en tenailles entre l'Occident catholique et la Russe orthodoxe. Prusses, Lituaniens, Lives ou Coumans, encore païens, y résistent à l'avancée - lente mais inexorable - du christianisme durant plusieurs siècles. La christianisation catholique, qui nous intéresse ici, se fait à l'initiative de la papauté, mais avec le soutien des princes germaniques convertis (qui voient là l'occasion d'agrandir leurs possessions terrestres en même temps que de renforcer les chances de salut pour leur âme) et en s'appuyant sur les évêques, notamment celui de Riga, qui tiennent en quelque sorte des places fortes en territoire païen.
Après la disparition en 1238 de l'ordre de Dobrin (officiellement reconnu par le pape Grégoire IX sous le nom "Chevaliers du Christ de Prusse") qui avait procédé aux premières conversions, les templiers se voient invités formellement à prendre pied en Europe orientale, par l'octroi à l'Ordre de trois villages le long de la rivière Bug ainsi que de la forteresse de Lukow (qu'ils se voient confier, en même temps que la mission de défendre la présence chrétienne dans cette région, en 1258). Tout au long du 13e siècle, la présence des templiers en Europe orientale ira en augmentant, et on comptera jusqu'à 14 établissements et 2 forteresses templières<ref name="Starnawskap128+137-139">M. Starnawska , "Crusade orders on Polish Lands during the Middle Ages. Adaptation in a Peripherical Environment", in Quaestiones medii aevi novae, Institut hisorique de l'université de Varsovie, t.2, pages 128 et 137-1391997 (citée par A. Demurger 2002, page 71)</ref>.
Cependant, les templiers (tout comme les hospitaliers, également présents en Europe orientale) vont rapidement céder la place à l'Ordre teutonique dans la lutte contre le paganisme dominant ces régions reculées : les deux ordres hésitaient à ouvrir un troisième front venant s'ajouter à la Terre Sainte et à la Péninsule ibérique, alors que l'idée première de cette installation aux frontières du christianisme était surtout de diversifier les sources de revenus afin de financer la poursuite des activités principales de l'Ordre, en Terre Sainte.
Autre région d'Europe orientale, mais plus méridionale, la Hongrie devra faire face tout comme la Pologne d'ailleurs aux invasions dévastatrices des Mongols aux alentours de 1240. Présents là aussi, les templiers enverront des informations aux rois occidentaux, sans pour autant arriver à les alerter assez pour qu'une réaction volontaire et efficace ne soit déclenchée<ref name="Demurgerp252-253">(pour toute cette section:)Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil, pages 252-253. Et Chevaliers du Christ, Alain Demurger, 2002, Seuil, pages 70-72</ref>.
[modifier] Les commanderies
[modifier] Vocabulaire
Le terme de commanderie n'apparaît qu'à la fin du Moyen Âge vers le XVe siècle. Pour désigner leurs domaines, les Templiers employaient les mots "domus" ou "preceptoria", qui signifient en bas latin maison et préceptorie. Le mot commanderie a été utilisé par les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Les historiens ont conservé cette appellation pour désigner les monastères ayant appartenu à des ordres militaires.
[modifier] Définition
Une commanderie était un monastère dans lequel vivaient les moines de l'Ordre en Occident. Elle servait de base arrière pour financer les activités de l'Ordre en Orient et assurer le recrutement et la formation militaire et spirituelle des frères de l'Ordre.
[modifier] Description
Elle était constituée d'un ensemble de bâtiments comprenant notamment:
- Une chapelle
- Un logis comprenant cuisine, réfectoire et dortoir
- Une salle du chapitre
- Des granges
- Des écuries
D'autres bâtiments pouvaient y être adjoints comme une hôtellerie, destinée à accueillir les pèlerins de passage, mais aussi une boulangerie, un colombier et d'autres bâtments pour loger les animaux d'élevage. La commanderie était entourée d'un mur de clôture qui garantissait la tranquillité des moines, protégeait un jardin, un verger et un cimetière.
Le cimetière était prévu pour les moines de la commanderie mais certains donateurs laïques de l'Ordre pouvaient aussi s'y faire inhumer. Les sépultures templières étaient très simples à l'image d'une vie d'humilité, sans aucune marque en surface. Les commandeurs pouvaient se faire enterrer à l'intérieur de la chapelle. Dans ce cas, leurs pierres tombales pouvaient être installées sur le sol.
[modifier] Architecture
Les commanderies n'avaient pas une architecture militaire. Par ailleurs, les templiers n'étaient pas des moines cloîtrés. Il n'y avait donc pas de cloître dans une commanderie. Il existe une architecture régionale de ces constructions réparties dans les pays de l'Occident chrétien du Moyen Âge: France, Angleterre, Espagne, Portugal, Écosse, Irlande, Pologne, Hongrie, Allemagne… Les chapelles pouvaient être de style roman ou bien de style gothique.
[modifier] Abords
- La commanderie était généralement construite en pleine campagne à proximité d'un axe de circulation, une voie romaine par exemple et non loin d'un bourg.
- Elle possédait au moins un étang qui fournissait le poisson que consommaient les frères aux repas des jours saints et pendant le Carême.
- Un pré pouvait servir de terrain d'entraînement militaire plus ou moins aménagé.
Certains enclos templiers constitués de bâtiments entourés d'un mur, étaient situés en ville. C'est le cas à Laon et Arles qui étaient des commanderies urbaines. D'autres commanderies étaient situées dans des ports, Marseille, Venise... Elles avaient, par leur emplacement particulier, un rôle très important dans l'activité économique de l'ordre.
[modifier] Possessions
La commanderie possédait des terres, des étangs, des industries (moulins, pressoirs…), des bâtiments agricoles et des fermes annexes appelées les "écarts" où logeaient les familles de paysans qui travaillaient pour l'Ordre. Tous ces biens ont été acquis par l'Ordre grâce aux multiples donations qui affluèrent dès sa fondation en 1129. Une commanderie était fondée à partir d'un premier don. Tous ces dons provenaient de la noblesse. D'après les statuts de l'ordre, il était interdit de vendre ses terres mais il pouvait les échanger pour les regrouper car les donations foncières ne constituait pas toujours un ensemble cohérent. Ce domaine était administré par la communauté des moines, à la tête de laquelle se trouvait un précepteur ou commandeur templier, qui tenait le rôle d'un abbé dans une abbaye. Ce commandeur était secondé par un trésorier. Ces "terres de rapport" (terme opposé à terres de combat) étaient constituées en labours, bois d'exploitation, viviers, vignobles et prairies d'élevage.
[modifier] Rôle économique
La commanderie devait assurer l'entretien de sa communauté de moines, les salaires de ses ouvriers permanents ou saisonniers et dégager des excédents qui étaient prélevés chaque année par un administrateur de l'Ordre. Les commanderies étaient une source de financement pour l'entretien d'une armée templière en Terre Sainte, c'est pourquoi dans chaque région, les commanderies devaient développer l'activité la plus rentable possible. Par exemple, ils cultivaient la vigne en Bourgogne et en Anjou, ou encore le blé en Normandie et en Artois. En Angleterre, ils élevaient des moutons pour leur laine, en Aveyron des brebis pour leur fromage et des chevaux qu'ils exportaient en Orient. Mais ils possédaient également des mines, des marais salants, des tanneries,… En définitive, ils exploitaient les ressources locales au mieux, afin de générer les revenus nécessaires au fonctionnement de l'Ordre ainsi qu'au financement de leurs actions en Terre Sainte.
[modifier] Patrimoine
Selon Georges Bordonove, on peut estimer environ 700 commanderies templières en France.<ref name="Bordonovep118">La vie quotidienne des templiers au XIIIe siècle, Georges Bordonove, 1990, Hachette, page 118</ref> Ces vestiges sont très divers aujourd'hui. Très peu ont pu garder intégralement leurs bâtiments. Certaines commanderies ont été totalement détruites et n'existent plus qu'à l'état archéologique. En France, trois commanderies demeurent complètes : Pour le nord, la commanderie de Coulommiers, en région centre, la commanderie d'Arville, et au sud, la Commanderie de La Couvertoirade.
Seuls les documents d'archives peuvent attester de l'origine templière d'un bâtiment.
[modifier] Le transport maritime
Le lien entre l'Orient et l'Occident était essentiellement maritime. De part et d'autre, l'expression "outre-mer" indiquait l'au-delà de la mer Méditerranée. Pour assurer le transport des biens, des armes, des templiers, des pélerins et des chevaux, l'ordre du Temple avait fait construire ses propres bateaux. Il ne s'agissait pas d'une flotte importante, comparable à celles des XIVe et XVe siècles, mais de quelques navires qui partaient de Marseille ou d'Aigues-Mortes pour rejoindre les ports orientaux après de nombreuses escales. Plutôt que de financer l'entretien de navires, l'ordre pratiquait la location de bateaux de commerce appellé "nolis". Inversement, on connaît la location de nefs templières à des marchands occidentaux. Il était d'ailleurs, financièrement plus avantageux d'avoir un accès aux ports exonéré de taxes sur les marchandises, que d'avoir des bateaux. Les commanderies situées dans les ports jouaient donc un rôle important dans les activités commerciales de l'ordre. Des établissements templiers étaient installés à Gênes, Pise ou Venise, mais c'était dans le sud de l'Italie et à Brindisi que les nefs templières méditerrannéenes passaient l'hiver.
Notons que les templiers d'Angleterre se fournissaient en vin du Poitou à partir du port de la Rochelle<ref name="Demurger">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil </ref>.
On distinguait deux sortes de bateaux, les nefs et les galères. Il n'est pas prouvé que les huissiers, c'est à dire les bateaux munis d'un huis, d'une porte, et réservés au transport des chevaux, aient appartenu au Temple.
L'article 119 des retraits de la Règle indiquent que "tous les vaisseaux de mer qui sont de la maison d'Acre sont au commandement du commandeur de la terre. Et le commandeur de la voûte d'Acre, et tous les frères qui sont sous ses ordres sont en son commandement et toutes les choses que les vaisseaux apportent doivent être rendues au commandeur de la terre." Le port d'Acre était le plus important de l'ordre. La voûte d'Acre était le nom d'un des établissements que les templiers possèdaient dans la ville et qui était situé près du port. Entre la rue des Pisans et la rue Sainte-Anne, la voûte d'Acre comprenait un donjon et des bâtiments conventuels.<ref name="dailliezp160">Règles et statuts de l'ordre du Temple, Laurent Dailliez, 1996, Devry, page 160</ref>.
Voici les noms de navires du Temple <ref name="Demurger">Les Templiers, une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Alain Demurger, 2005, Seuil</ref>.
- Le Templère, le Buscart, le Buszarde du Temple vers 1230 reliant l'Angleterre au continent
- la Bonne Aventure en 1248, la Rose du Temple en 1288-1290 à Marseille
- L'Angellica en Italie du sud
- Le Faucon à Chypre en 1291 et 1301, la Santa Anna à Chypre en 1302
[modifier] Références et Liens
[modifier] Notes
<references />
[modifier] Bibliographie
- Ouvrages
- Croisades
- GROUSSET René, Histoire des croisades et du royaume franc de Jérusalem, éditions Perrin, réédition 2006 en 3 volumes ISBN 2262025495
- MAALOUF Amin, Les croisades vues par les Arabes, J'ai lu, 1999 ISBN 2290119164
- RICHARD Jean, Histoire des croisades, Fayard, 1996 ISBN 2213597871
- Ordre du Temple
- ALANIECE Valérie et GILET François, "Les templiers et leurs commanderies, l'exemple d'Avalleur en Champagne, éditeur Dominique GUENIOT, Langres, 1995, 214 pages ISBN 2-87825-117-2
- ALIAS Jean-Luc, Acta Templarorium ou la Prosopographie des Templiers, Trois spirales, 2002 ISBN 2847730060
- BORDONOVE Georges, La Tragédie des Templiers, éditions Pygmalion, 1997 ISBN 2857044038
- BORDONOVE Georges, La vie quotidienne des templiers au XIIIe siècle, éditions Hachette, 1990 ISBN 2010167279
- DAILLIEZ Laurent, La France des Templiers, guide Marabout, 1974 ASIN B0000DQ7X5
- DAILLIEZ Laurent, Règles et statuts de l'Ordre du Temple, (version originale et traduction française) éditions Dervy, 1997 ISBN 2850767336
- DAILLIEZ Laurent, Guide de la France templière, édition de la table d'émeraude, 1990, ISBN 2903965234
- DAILLIEZ Laurent, Les templiers, édition Perrin, 2003 ISBN 226202006X
- DEMURGER Alain, Vie et mort de l'ordre du Temple,1118-1314, Le Seuil, 1999 ISBN 2020208156
- DEMURGER Alain, Les Templiers. Une chevalerie chrétienne au Moyen Âge, Le Seuil, 2005 ISBN 2020669412
- DEMURGER Alain, Jacques de Molay, le crépuscule des templiers, Biographie Payot, 2002 ISBN 2228896284
- HUCHET Patrick, Les Templiers, de la gloire à la tragédie, éditions Ouest-France, 2002 ISBN 2737328837
- MELVILLE Marion, La vie des Templiers, Gallimard, 1974 ASIN B0000DQ2JF
- MICHELET Jules, Le procès des Templiers, éditions du comité des Travaux historiques et scientifiques, préface de Jean Favier, 2 tomes, 1987, ( version originale en latin), ISBN 2735501523
- PEREGRINO Franco, Nouveaux aperçus sur les Templiers, en «La Lettre G» n. 4, Équinoxe de Printemps 2006
- PEREGRINO Franco, La fin des Templiers et ses conséquences, en «La Lettre G» n. 5, Équinoxe d'Automne 2006
- PERNOUD Régine, Les Templiers, PUF, col. Que sais-je ?, 1974, réédition 2006 ISBN 2130556418
- PERNOUD Régine, Les Templiers, chevaliers du Christ, Gallimard, 1995 ISBN 2070532860
- SERBANESCO Serge, Histoire de l'ordre des templiers et des croisades, Byblos, 1969 ASIN B0000DLLOM
- Religion
- BENNASSAR Bartolomé, Brève histoire de l'Inquisition, l'intolérance au service du pouvoir, éditions Fragiles, 1999 ISBN 2910685284
- Croisades
- Revues
- DAEG Editions, Revues Templarium, 1999 à 2004
- Documentaires
- La Caméra explore le temps - Les Templiers de Steffio Lorenzi et Alain Decaux
[modifier] Liens internes
[modifier] Liens externes
- Projet Beaucéant (très complet)
- Les templiers et les croisades
- L'Ordre du Temple
- L'Ordre des Templiers
- L'ordre du Temple, Textes
- Les Templiers
- Vie et Mort de l'Ordre du Temple, étude générale
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