Offensive du Tết
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L'offensive du Tết est un évènement majeur de la Guerre du Viêt Nam, qui, comme la Bataille de Điện Biên Phủ a conduit la France à négocier les Accords de Genève en position de faiblesse militaire pour terminer la Première Guerre d’Indochine 1954, obligea les États-Unis à négocier les Accords de Paix de Paris de 1973 en position de faiblesse ; faiblesse politique car la contestation s'accroissait, et faiblesse militaire à cause du résultat psychologique de cette offensive.
Sommaire |
[modifier] Les buts politiques
Avec l’enlisement et l’intensification des combats terrestres et des bombardements aériens sur tout le territoire vietnamien, il fallut chercher une solution négociée et mettre l’adversaire en position de faiblesse pour cela. La position de faiblesse miltaire des États Unis était impensable, il restait l’opposition interne aux États Unis et l’opposition externe parmi les alliés des États Unis. (en)http://www.ashbrook.org/publicat/dialogue/hayward-tet.html#2r
[modifier] La double stratégie
La première était destinée à impressionner l’opinion publique vietnamienne en occupant la capitale impériale Huế pendant le temps nécessaire pour opérer une purge sanglante "pour l'exemple" contre tous ceux considérés comme "collaborateurs" et en investissant simultanément et brièvement tous les chefs-lieux des provinces du Viêt Nam.
La deuxième était destinée à impressionner l’opinion publique des États-Unis et de leurs alliés en investissant Saïgon le temps nécessaire pour occuper brièvement l’ambassade des États-Unis sous les yeux de la presse du monde entier.
[modifier] Une offensive surprise
Depuis le début du conflit, le Tết « Nguyên Đán », ou célébration du nouvel an, qui se situait entre le 20 janvier et le 19 février, marquait une période de trêve dans les combats. C’était pourquoi, en juillet 1967, les dirigeants du Front National pour la Libération du Viêt Nam FNL de la République Démocratique du Viêt Nam décidaient de lancer une attaque surprise à ce moment-là.
Il s'agissait de porter la guerre au cœur même au Sud du Viêt Nam, afin de provoquer la chute du régime. Des contacts ont été alors établis avec les forces du FNL qui menaient depuis 1956 la guerre clandestine au Sud pour coordonner les détails de l'attaque. Du matériel a été acheminé par la Piste Hô Chi Minh.
Le 21 janvier, une attaque de diversion est lancée. Plusieurs divisions de l’APVN s'emparent de Khe Sanh, près de la ligne de démarcation entre les deux Viêt Nam. Aussitôt les Américains font remonter leurs troupes vers la ligne de démarcation, délaissant la protection des villes du Sud. C’était une opération psychologique destinée à attirer toute l’attention et les forces vives de l’adversaire loin de la cible militaire choisie. L’opération de diversion a été facile par l’obsession américaine de la Guerre de Corée avec l’invasion de la Corée du Sud par la Corée du Nord. La diversion de la Bataille secondaire de Khe Sanh, dont le siège de cette ancienne enclave des bérets verts de 1966 n'était qu'un détail tactique, a joué les prolongations en 77 jours pour donner le temps et la liberté d'actions aux 2 batailles principales de Saigon et de Huê qui étaient les objectifs principaux d'une offensive qui se compose toujours d'une grappe (cluster) de plusieurs batailles coordonnées au niveau politique qui oriente et délimite les stratégies militaire et diplomatique possibles.
Le 30 janvier, des soldats de l’Armée Populaire Vietnamienne APVN et du FNL parvenaient à s'infiltrer dans plusieurs villes du centre du pays, telles Ban Mê Thuôt, Kontum, Hoi An, Da Nang, Pleiku et Qui Nhon et s'attaquaient aux bâtiments officiels. Dès la fin de la journée, cependant, les Américains et les Sud-Vietnamiens ont repris le contrôle de la situation et l'offensive s’arrêtait suivant le plan de démonstration de la puissance militaire. Même pour quelques heures et seulement au rez-de-chaussée, la capture de l'ambassade des États-Unis à Saïgon a été le point fort de cette offensive par les effets et répercussions psychiques d'un fait physique devenu symbolique http://www.nam-vet.net/mpsinembassy.jpg. 19 hommes d'un commando du FNL a réussi à s'infiltrer dans l'ambassade défendue par des gardes de la Police Militaire. Ce fait relativement mineur dans la multitude des combats est devenu une "chanson de geste" dans l'imaginaire.
[modifier] Une victoire politique
C'est alors que l'assaut généralisé est lancé sur les principales villes du Sud. Jusqu'alors épargnée par les combats, Saïgon a été le théâtre d'affrontements très violents, notamment dans les quartiers ouest et sud. Ailleurs les commandos de l’APVN et du FNL, profitant de l'effet de surprise, ont pris le contrôle des bâtiments militaires et administratifs où ils se sont retranchés. Ce fut le cas à Huế, où les troupes de l’APVN et du FNL ont réussi à tenir pendant 26 jours pour la capitale impériale aux yeux des Vietnamiens. Le gouvernement de Saïgon a proclamé l'état de siège sur l'ensemble du territoire. À partir de la fin février, la plupart des villes sont reprises. L'offensive du Tết s'achève à la fin du mois de mars.
Si comme l'affirmait le général William Westmoreland, il s'agit d'une "défaite militaire", les pertes sont néanmoins lourdes du côté américain (2 000 morts) et sud-vietnamiens (11 000 morts). Surtout, la coalition APVN et FNL a fait la preuve de sa capacité à pouvoir frapper sur l'ensemble du territoire du Sud. L'ampleur et l'aspect spectaculaire de l'offensive du Têt ont révélé à l'opinion publique américaine les difficultés de la guerre du Viêt Nam et, le 31 mars 1968, le président Lyndon Baines Johnson a décidé d'arrêter les bombardements sur le Nord-Viêt Nam avec lequel il entend entamer des négociations. Ce même Général, comme ses prédécesseurs français de la Première Guerre d'Indochine, a annoncé le "dernier quart d'heure" aussitôt démenti par les faits sur le terrain de l'action que la verbomotricité de la rhétorique ne pouvait compenser en psychologie individuelle. L'offensive du Têt a aussi démontré les compétences organisationnelles du FNL et les complicités qui ont permis sa réalisation. L'étape suivante de la contre-offensive américano-vietnamienne a été cette "Opération Phoenix" de triste réputation. Dans la Guerre psychologique, le but de cette offensive n'était pas l'occupation territoriale, mais d'atteindre l'objectif politique d'amener les États Unis à négocier une "paix honorable". Ce fut les Accords de Paix de Paris de 1973. Le général Võ Nguyên Giáp a précisé, à plusieurs reprises, la totalté des aspects diplomatique, militaire, politique et psychologique, comme la Bataille de Điện Biên Phủ a conduit la France à négocier les Accords de Genève en 1954.
[modifier] Opération Phoenix
L’Opération Phoenix a été conduite en 1969-71 par le CORDS (Civil Operations and Revolutionary Development Staff) basé à Saïgon en réponse locale directe à l’Offensive du Tết. Elle a été appuyée par la CIA et exécutée par des unités des forces spéciales US et de l’ARVN (Armée de la République du Viêt Nam). Son but a été de détruire l’infrastructure de commandement des forces du FNL. La légalité de cette opération ainsi que des autres méthodes utilisées ont fait l’une des opérations les plus controversées de la CIA et des forces spéciales US. Elles consistaient en une suite d’assassinats ciblés à la suite d' interrogatoires “musclés”. L’Opération Phoenix a fait l’objet de violentes critiques dans les milieux parlementaires des États Unis et du monde.
Les services de renseignement à Saïgon ont maintenu une liste de suspects marquée “Neutralizing 1800 a month” où des suspects ont été exécutés à 30%. Les “bérets verts” et les US Navy SEAL étaient recrutés principalement pour cette besogne. Le Détachement B-57 des bérets verts fournissait la couverture administrative des activités spéciales hors de contrôle du général Abrams.
Après la guerre, le Ministre des Affaires Étrangères du Viêt Nam Nguyen Co Thach a montré que la CIA eût tué plus que les 21 000 victimes officiellement reconnues par les États Unis.
[modifier] Conclusion
Avec la Bataille de Điện Biên Phủ, de 1954 le général Võ Nguyên Giáp a déjà annoncé la couleur à l’effet que toute action soit à la fois diplomatique, militaire et politique dans la guerre comme l’art de la tromperie pour laisser croire à l’adversaire qu’une action soit purement militaire dans le but de détruire les forces vives de combat, sans considérations pour les effets et répercussioins psychologiques et conduire l’adversaire à des solutions politiques.Le siège de Khe Sanh, au Sud de la ligne de démarcation, avait pour but d’atttirer l’attention et les forces combattantes américaines vers ce coin perdu loin des zones de combat prévues. Cette attraction s’est fondée sur l’obsession et la prégance des Américains de l’invasion du Sud par les forces du Nord de la Guerre de Corée. La Bataille de Huế, ancienne capitale de l’empire d’Annam, avait pour but d’impressionner l’opinion publique vietnamienne, alors que la Bataille de Saïgon, la capitale économique moderne et siège du gouvernement de la République du Viêt Nam était destinée à l’opinion publique américaine pour démasquer les mensonges de Washington dans une Guerre psychologique.
(en)http://www.pbs.org/wgbh/peoplescentury/episodes/guerrillawars/giaptranscript.html
- "[...] Our goal in the '68 offensive was to force them to de-escalate, to break the American will to remain in the war.... " (entretien avec le général Võ Nguyên Giáp).
Dans les Études Militaires et Stratégiques de politologie, l’Offensive du Tết s’est jouée au niveau de la réalité symbolique des croyances et règles de conduite en approche écosystémique. Cette réalité symbolique oriente et délimite les significations et valeurs de la réalité psychique. La solution militaire s’est montrée impossible pour les américano-vietnamiens et les États-Unis trop puissants pour la coalition du FNL et de la République Démocratique du Viêt Nam d’avoir le moindre espoir de vaincre. Le sort de la dite Guerre du Viêt Nam a été jeté à ce moment et il ne restait plus que des détails diplomatiques et militaires à régler dans une paix honorable ou une capitulation inconditionnelle, selon le talent des acteurs qui jouaient un prolongement jusqu’au 30 avril 1975. Cette paix honorable pour les États-Unis a été de se retirer complètement du Viêt Nam en 1973, en laissant le Gouvernement de Saïgon à son sort t à son intelligence de régler ses propres affaires dans la relation entre crise et catastrophe.
[modifier] Références bibliographiques
- Thanh H. Vuong, “Théorie des contextes et relations internationales: départ de la première Guerre d’Indochine", dans Études Internationales, Vol. XVII, No. 3, pp, 571-597, septembre 1986
- Thanh H. Vuong, "colonisations du Viêt Nam et colonialisme vietnamien", dans Études Internationales, Vol. XVIII, No. 3 pp. 546-571, septembre 1987.
- Thanh H. Vuong, "Stratégies technico-commerciales asiatiques", dans Études Internationales, Vol. XXII, No.3, pp. 551-575, septembre 1991.
- Thanh H. Vuong & Jorge Virchez, "Communauté Économique de l’Asie Pacifique. Essai d’anthropolgie économique et de géographie politique", Presses Inter Universitaires, Cap Rouge, QC, 2004.
- Anthony Wilden, "Système et structure. Essais sur la communication et l'échange", Boréal Express, Montréal, 1983.
- Anthony Wilden, “The Rules are no Game. The Strategy of Communication”, Routledge & Kegan Paul, London & New York, 1987.
- Anthony Wilden, “Man and Woman, War and Peace. The Strategist’s Companion”, Routledge & Kegan Paul, London & New York, 1987
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