Naturalisme (philosophie)
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Le naturalisme philosophique est la position selon laquelle rien n’existe en dehors de la Nature : il n’y a rien de surnaturel. Cette doctrine est susceptible d’acceptions variées, et éventuellement contradictoires, en fonction du sens exact que l’on attribue au concept de nature. Nous distinguerons dans la suite de cet article trois grandes formes de naturalisme :
- Un naturalisme moniste de portée très générale
- Un naturalisme de type réductionniste
- Un naturalisme d'inspiration pragmatiste
Sommaire |
[modifier] Naturalisme et monisme
En son sens le plus élémentaire, le naturalisme est tout simplement une forme de monisme dont les concurrents les plus directs sont les différentes variétés du dualisme, mais aussi les types de monisme alternatifs (comme le spiritualisme). Lucrèce et Spinoza sont, par excellence, les philosophes de ce monisme naturaliste que l'on peut définir comme la théorie selon laquelle un seul type d’entité existe, la Nature, celle-ci étant redevable d’un seul type d’explication : les explications naturelles ou causales.
Le naturalisme peut tendre, en son acception la plus étroite, vers le matérialisme, mais il peut aussi, à l'inverse, être confondu avec l’entreprise philosophique toute entière pour peu qu'on l'assimile à une défense vigoureuse du discours rationnel et à une attaque en règle contre le dogmatisme de la mythologie, de la religion, et de toute forme de discours se réclamant du surnaturel. Il faut alors affirmer avec G. Deleuze que pour le naturaliste, "Nature ne s'oppose pas à coutume […] Nature ne s'oppose pas à convention […] Nature ne s'oppose pas à invention […] mais Nature s'oppose à mythe. […] Le premier philosophe est naturaliste : il discourt sur la nature, au lieu de discourir sur les dieux. […] Jamais on ne poussa plus loin l'entreprise de 'démystifier'" (G. Deleuze, Logique du Sens, Minuit, 1969, Appendice 1, p. 322-323)
[modifier] Naturalisme, réductionnisme et méthode scientifique
Le naturalisme peut être entendu en un sens plus étroit si l’on identifie la nature avec l’objet étudié par les sciences dites « naturelles. » C’est cette seconde acception du terme qui prévaut dans le débat philosophique contemporain, en particulier chez les philosophes d’inspiration analytique. Le naturalisme contemporain rejette la validité d'explications ou de théories faisant référence à des entités inaccessibles aux sciences dures. On appelle généralement "naturaliste" le partisan de la famille de théories pour lesquelles des entités métaphysiques ou normatives d’un type donné (principes logiques, mathématiques, éthiques ou cognitifs) sont entièrement réductibles aux genres d’objets étudiés dans les sciences naturelles (psychologie, biologie, physique…). Le psychologisme (c'est-à-dire le réductionnisme psychologique) qui fut combattu avec force par les pionniers de la philosophie analytique et de la phénoménologie (à savoir, respectivement Frege et Husserl), constitue le paradigme du naturalisme réductionniste.
W. V. Quine est dans une large mesure responsable de la prééminence actuelle du naturalisme chez les philosophes anglo-saxons. Le naturalisme correspond chez lui à l’idée selon laquelle il n'existe pas de tribunal plus haut de la vérité que la science elle-même. Il n'y a par conséquent pas de meilleure méthode que la méthode scientifique pour juger des affirmations de la science, et il n'est nul besoin pour ce faire d'avoir recours à une « philosophie première » telle que la métaphysique ou l'épistémologie.
[modifier] Naturalisme, pragmatisme et relativisme
Bien que le naturalisme de Quine soit teinté de psychologisme behavioriste et de physicalisme, on peut, en prolongeant ses intuitions, élaborer une version du naturalisme très éloignée du scientisme, où l'idée de nature se dissout presque totalement. Pour Quine en effet, la science n’est ni totalement correcte ni infaillible : elle est simplement la meilleure explication des choses dont nous disposions lorsque nous tentons de nous mettre d'accord les uns avec les autres et de mettre nos croyances en « équilibre réflexif. » Il n'y a pas de moyens de juger d'une vérité au-delà de la manière que nous avons de nous mettre d'accord, collectivement, à son sujet. Pour les défenseurs de cette approche pragmatiste, tel Goodman, Hilary Putnam, et plus encore Richard Rorty, le juge suprême de la vérité est moins la science que les formes possibles du consensus au sein d'une communauté discursive donnée, idéale (Putnam) ou réelle (Rorty).
Si Putnam refuse de voir identifié son pragmatisme à une forme de naturalisme, il en va tout autrement de Rorty, dont le néo-pragmatisme peut légitimement être qualifié de « naturaliste » (notons en passant que Rorty peut, sans reconnaître davantage d'autorité à la science qu'à la littérature, se déclarer occasionnellement Darwinien; cette déclaration devant de toute évidence être entendue comme un clin d'œil adressé aux défenseurs d'un naturalisme plus conventionnel). D'une certaine façon, on peut dire que ce pragmatisme naturaliste substitue aux sciences dures du naturalisme réductionniste des sciences molles telles que la sociologie, l'histoire, ou même la théorie littéraire. L'option philosophique défendue par Rorty peut rapidement tourner au plus franc relativisme, ce que ce dernier assume ouvertement, revendiquant pleinement son « ethnocentrisme. »
[modifier] Ambiguïté du terme, exemple du naturalisme politique
On s'en rend compte : à travers ces glissements de sens successifs, ces acceptions plus ou moins étroites, le terme de « naturalisme » en vient à englober les positions les plus contradictoires. L'usage, en vogue, de l'étiquette naturaliste comme anathème ou point de ralliement ne facilite guère les choses.
Soit un exemple simple : C. Rosset qualifie de « naturaliste » toute forme de philosophie fondée sur une conception forte de la nature, de la nécessité ou de l'ordre naturel. Dans cette perspective, la "nature" des choses n'est guère éloignée de leur Essence, et tout naturalisme, pour Rosset, tend donc vers l'essentialisme. Dans le domaine politique, le philosophe élabore ainsi les catégories de naturalisme « conservateur » ou « révolutionnaire » afin de désigner les doctrines pour lesquelles la tâche première de la politique est de rétablir dans ses droits une Nature originelle soit perdue, soit réprimée. À cette approche des choses, Rosset oppose l'antinaturalisme des philosophies centrées sur les idées de contingence et d'artifice. Dans son ouvrage l'Antinature, il s'efforce de réhabiliter les philosophes artificialistes, tels les sophistes. C'est là une source d'inspiration qui n'est guère éloignée de celle de Rorty. Ce dernier défend une philosophie politique dont le principal objectif est la création de consensus par le biais de la discussion. Rorty, dont on a vu plus haut qu'il était un ardent défenseur d'une forme de relativisme pragmatique, n'a de cesse de vilipender les philosophies de l'authenticité, les doctrines universalistes ou essentialistes en quête d'une vérité ultime. Or ,on voit que, selon les catégories propres à Rosset, et qui sont tout à fait cohérentes, le naturalisme pragmatiste de Rorty est tout simplement... un antinaturalisme.
[modifier] Articles connexes
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