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Homme de Néandertal

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(Redirigé depuis Néanderthal)
Homme de Néandertal
Image:Homo sapiens neanderthalensis.jpg
Crâne de Néandertalien :
l'Homme de la Chapelle-aux-Saints.
Classification classique
Règne Animalia
Sous-règne Metazoa
Super-embr. Deuterostomia
Embranchement Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Classe Mammalia
Sous-classe Theria
Infra-classe Eutheria
Ordre Primates
Sous-ordre Haplorrhini
Infra-ordre Simiiformes
— non-classé — Catarrhini
Super-famille Hominoidea
Famille Hominidae
Sous-famille Homininae
Tribu Hominini
Genre Homo
Nom binomial
Homo neanderthalensis
William King, 1864
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Un homme de Néandertal ou Néandertalien est un représentant fossile du genre Homo qui a vécu en Europe et en Asie occidentale au Paléolithique moyen, entre environ 250 000 et 28 000 ans avant le présent. Pour certains auteurs, il correspond à une sous-espèce au sein de l'espèce Homo sapiens nommée Homo sapiens neanderthalensis tandis que pour d'autres, il représente une espèce indépendante nommée Homo neanderthalensis.

Il est à l'origine d'une riche culture matérielle appelée Moustérien, ainsi que des premières préoccupations esthétiques et spirituelles (sépultures). Après une difficile reconnaissance, l'homme de Néandertal a longtemps pâti d'un jugement négatif par rapport aux Homo sapiens. Il est encore considéré dans l'imagerie populaire comme un être simiesque, fruste, laid et attardé. Cependant, les progrès de l'archéologie préhistorique et de la paléoanthropologie depuis les années 1960 ont mis au jour un être d'une grande richesse culturelle. De nombreux points sont encore à élucider, notamment concernant les causes de son extinction.

Sommaire

[modifier] Historique de la découverte<ref>Groenen, M. Pour une histoire de la préhistoire, Éd. J. Millon, (1994) (ISBN 2-905614-93-5)</ref>,<ref>Trinkaus, E. et Shipman, P. Les Hommes de Neandertal, Seuil, (1996) (ISBN 2020131781)</ref>

[modifier] La « vallée de l'homme nouveau »

Le nom de « Néandertalien » est lié à celui de Neandertal, une petite vallée située sur les territoires des deux villes Erkrath et Mettmann, entre Düsseldorf et Wuppertal (Allemagne). Au mois d'août 1856, dans le cadre de l'exploitation d'une carrière, des ouvriers vidèrent une petite cavité de cette vallée, la grotte de Feldhofer. Ils y découvrirent des ossements et un fragment de crâne qu'ils remirent à Johann Carl Fuhlrott, instituteur d'Elberfeld, passionné d'histoire naturelle.

Par un heureux hasard, le toponyme Neandertal signifie « vallée de l'homme nouveau ». Le nom de Neander avait été donné à cette vallée (tal en allemand) en l’honneur de Joachim Neumann (1650-1680), dit aussi Joachim Neander car, suivant un usage familial datant de son grand-père, il se faisait appeler par son patronyme traduit en grec. Ce pasteur et compositeur, auteur de cantiques religieux encore populaires dans le protestantisme allemand, aimait chercher son inspiration dans cette vallée, jadis idyllique.

Comme à l'époque le nom de la vallée s'écrivait encore « Neanderthal », l'homme qui y avait été découvert reçut le nom latin de Homo neanderthalensis ; quand une réforme orthographique de l'allemand eut balayé les « h » "superflus", les règles de la nomenclature interdisaient de revenir sur les formes latines et on écrit toujours Homo neanderthalensis. L'orthographe française la plus correcte et la plus courante, proposée par Henri Vallois en 1952, est Homme de Néandertal, même si l'on trouve parfois Homme de Néanderthal, Homme de Neandertal ou Homme de Neanderthal. La forme « Neanderthal » est encore très répandue en anglais, induisant une prononciation en contradiction avec le nom allemand originel.

[modifier] Une reconnaissance difficile

Fuhlrott comprit rapidement l'intérêt de la découverte et se rendit sur place pour tenter en vain de découvrir d'autres ossements ou des vestiges qui leur auraient été associés. Il s'était rendu compte qu'il s'agissait d'ossements anciens mais surtout incroyablement primitifs, correspondant à un homme nouveau, d'une « conformation naturelle jusqu'ici inconnue ».

L'Homme de Néandertal est effectivement le premier homme fossile distinct d'Homo sapiens qui ait été découvert. L'idée même qu'une espèce d'homme distincte de la nôtre ait existé par le passé (et ait disparu) fut d'ailleurs particulièrement difficile à admettre. On se souviendra par exemple que Charles Darwin ne publiera L'Origine des espèces par la sélection naturelle qu'en 1859 et qu'il n'élargira explicitement sa théorie à l'homme qu'en 1871 dans La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe.

En fait, les ossements découverts à Neandertal ne sont pas les premiers vestiges de Néandertaliens découverts : un crâne d'enfant avait déjà été mis au jour par P.C. Schmerling à Engis (Belgique) en 1830, puis un crâne d'adulte avait été trouvé à Gibraltar dans le site de Forbe's Quarry en 1848. Si le premier était un crâne de jeune individu sur lequel les traits caractéristiques des Néandertaliens étaient moins évidents, le deuxième aurait dû conduire à reconnaître l'existence d'une espèce humaine fossile. Sans doute était-il trop tôt, comme le prouvent d'ailleurs les difficultés pour faire admettre que les os recueillis à Neandertal correspondaient bien à un homme fossile.

Malgré des différences importantes avec les os d'hommes modernes, Fuhlrott reconnaît dans ses trouvailles des os humains et les soumet à Hermann Schaaffhausen pour un examen complémentaire. Ce dernier présente ses premières conclusions en 1857. Il estime que les ossements datent d'une période antérieure aux Celtes et aux Germains, et sont ceux d'un individu appartenant à l'une des races sauvages du nord-ouest de l'Europe dont parlent les auteurs latins. Tous les chercheurs n'acceptent pas cette interprétation : pour certains, les os ont appartenu à un genre différent du nôtre, sans doute plus proche du singe, pour d'autres ils renvoient à un individu pathologique ou frappé d'idiotisme. Certains évoquent même un cosaque ayant déserté les armées russes en 1814.

Mais peu à peu les découvertes vont se multiplier, d'abord celles d'Homo sapiens fossiles associés à des vestiges lithiques et à des animaux disparus (dont l'Homme de Cro-Magnon en 1868), puis d'autres Homo neanderthalensis, encore en place dans les sédiments, complets et présentant les mêmes spécificités anatomiques : parmi les plus spectaculaires, il faut citer les deux squelettes de la Grotte de Spy en 1886 puis la sépulture de l'Homme de la Chapelle-aux-Saints en 1908. Elles contribuèrent à faire définitivement accepter l'existence d'une nouvelle espèce d'humain par la communauté scientifique.

Le nom scientifique Homo neanderthalensis a été proposé en 1864 par William King, professeur au Queen's College de Galway en Irlande et ancien élève de Charles Lyell. En 1866, Ernst Haeckel proposa le nom surprenant d’Homo stupidus, qui ne fut pas retenu en vertu des règles de nomenclature donnant priorité à l'appellation antérieure. Les partisans du rattachement à une sous-espèce auraient sinon dû parler d’Homo sapiens stupidus !

Les premières études (et les reconstitutions qui en découlaient) donnaient de l'Homme de Néandertal une image déformée, accentuant les traits primitifs, voire simiesques. C'est le cas de l'étude de l'Homme de la Chapelle-aux-Saints publiée par Marcellin Boule en 1911 : même s'il s'agit d'une étude très complète qui fera référence pendant de nombreuses années, elle présente un Homme de Néandertal voûté, la colonne vertébrale courbée (comme chez les gorilles) et les membres inférieurs semi-fléchies. Il faudra de nombreuses années à la communauté scientifique pour corriger cette perception influencée par des a priori peu scientifiques.

[modifier] Homo sapiens neanderthalensis ou Homo neanderthalensis ?

La position phylogénétique exacte de l'homme de Néandertal provoque encore de nombreux débats : certains considèrent qu'il représente une sous-espèce au sein de l'espèce Homo sapiens et le nomment donc Homo sapiens neanderthalensis tandis que d'autres considèrent qu'il représente une espèce indépendante et le nomment Homo neanderthalensis. Il ne s’agit pas d’un simple problème de classification, il s’agit aussi de savoir si l’Homme de Néandertal représente une lignée parallèle et éteinte (espèce indépendante) ou bien s’il a pu contribuer en partie au patrimoine génétique de l’homme actuel. Deux sous-espèces peuvent se croiser et avoir une descendance fertile, mais deux espèces différentes ne le peuvent pas.

Lors de son identification, l’hypothèse d’une espèce distincte a été privilégiée. Mais dans les années 1960, tous les Hominidés à l’exception des Australopithèques ont été regroupés dans le genre Homo. Les Néandertaliens ont alors été considérés comme une sous-espèce d'Homo sapiens. Cette hypothèse était alors soutenue par de nombreux spécialistes, comme le généticien Theodosius Dobzhansky ou le biologiste Ernst Mayr qui déclarait que « jamais plus d'une seule espèce d'homme n'a existé au même moment ». Aujourd’hui, l’idée d’espèces distinctes est à nouveau proposée, notamment grâce aux apports de la génétique.

En effet, les multiples études paléoanthropologiques effectuées sur les ossements ne permettent pas de se prononcer clairement sur la classification de l'homme de Néandertal. De récentes analyses comparées d'ADN mitochondrial extrait d'ossements de Néandertaliens, d'Homo sapiens anciens et de formes supposées intermédiaires indiqueraient un cheminement séparé des lignées humaine et néandertalienne pendant 500 000 ans<ref>Krings, M., Stone, A., Schmitz, RW., Krainitzki, H., Stoneking, M., et al. (1997) « Neandertal DNA sequences and the origin of modern humans », Cell, 90, pp. 19–30.</ref>,<ref>D. Serre, A. Langaney, M. Chech, M. Teschler-Nicola, M. Paunovic, P. Mennecier, M. Hofreiter, G. Possnert, S. Pääbo, (2004), « No evidence of Neandertal mtDNA contribution to Early Modern Humans » PLoS Biology Vol. 2, No. 3</ref> ; il s'agirait donc bien de deux espèces différentes. L'ancêtre commun de l'Homme de Néandertal et d’Homo sapiens serait donc probablement un Homo erectus qui vivait 500 000 ans plus tôt.

La question n'est pas résolue, la difficulté étant de concilier deux notions d'espèce (biologique et paléontologique) dont l'unicité est contestée. La possibilité pour ces deux représentants du genre Homo d'avoir une descendance féconde serait une preuve irréfutable, mais là encore les indices sont contradictoires. Aucun élément n'a permis d’établir la possibilité de croisements, même partiels, entre les Néandertaliens et les ancêtres de l'homme moderne qui lui étaient contemporains. Les analyses d’ADN des hommes de Néandertal découverts autrefois et récemment laissent penser que Néandertaliens et sapiens modernes n'ont échangé aucun de leurs gènes lors de leur coexistence (autour de 30 000 ans avant notre ère). Il s’agit pour l’instant de résultats partiels, portant sur les gènes qui ont pu être comparés, à savoir 370 paires de base sur 600 ; jusqu'à ce que l'étude soit complète, un échange de gènes ne peut être complètement exclu.

En Afrique et au Proche-Orient, une coexistence des deux taxons durant plus de 10 000 ans est vraisemblable. En Europe, cette coexistence n'a duré qu'un peu plus de 5 000 ans.

Un squelette d'enfant trouvé en contexte Gravettien à Lagar Velho dans la vallée de Lapedo, au centre du Portugal, porterait des caractéristiques des deux espèces <ref>Zilhão, J. et Trinkaus, E. (2002), Portrait of the Artist as a Child. The Gravettian Human Skeleton from the Abrigo do Lagar Velho and its Archeological Context, Trabalhos de Arqueologia, Vol. 22, 609 p.</ref>. Cet enfant d'environ quatre ans a été inhumé dans une sépulture intentionnelle, il y a 25 000 ans. Il n’est donc postérieur que de quelques milliers d'années aux derniers restes clairement attribuables aux Néandertaliens, datant d'environ 30 000 ans avant notre ère. Cependant, le caractère hybride de cet enfant est très discuté et difficile à établir : les caractères dérivés des deux taxons sont moins marqués chez les individus juvéniles que chez les adultes et la variabilité individuelle des enfants de l’époque est absolument inconnue<ref name="Hublin">Hublin, J.-J. « Origine et évolution des Néandertaliens », in Aux origines de l'humanité, vol. 1, Y. Coppens et P. Picq (dir.), Fayard, (2001)</ref>.

Enfin, l'analyse publiée en 2006 <ref> Ludovic Orlando, Pierre Darlu, Michel Toussaint, Dominique Bonjean, Marcel Otte and Hänni Catherine, CNRS, ENS Lyon « Revisiting neandertal diversity with a 100.000 year mtDNA sequence», Current Biology 6 juin 2006, volume 16, issue 11 </ref>,<ref>L'ADN humain le plus vieux du monde vient d'être publié</ref> d'une séquence d'ADN mitochondrial de la racine d'une molaire d'un enfant néandertalien datant de - 100 000 ans, mise au jour dans la grotte de Scladina à Sclayn (Belgique), vient à l'appui de la thèse faisant de Néandertal une espèce différente d'Homo sapiens. La séquence d'ADN mt de cette dent présente une grande distance par rapport aux autres séquences connues de Néandertaliens, ce qui montre la grande diversité génétique de l'espèce à l'époque. Cette diversité semble s'être fortement réduite ensuite comme le montrent les analyses faites sur les séquences connues entre - 29 000 et - 42 000 ans, au moment ou Néandertal cohabite avec l'Homo sapiens. Cette tendance vient à l'appui de la thèse du déclin démographique de Néandertal sur cette longue période conduisant, par un phénomène de goulet d'étranglement de la population, à la disparition progressive de certains génotypes, et donc à l'appauvrissement génétique de l'espèce puis à sa disparition. Reste à savoir ce qui a pu causer cette évolution (voir ci-dessous Extinction des Néandertaliens).

En 2006, un programme de séquençage de l'ADN de l'homme de Néandertal a été lancé par le Max Planck institut en collaboration avec la société 454 Life Sciences fabricant des séquenceurs de gènes à haut débit. Ceci permettra de connaître l'étendue du lien de parenté avec l'homme moderne. Cela permettra aussi de savoir si l'homme de Néandertal et l'homme moderne ont pu être interféconds.
L'ADN est extrait à partir des os de l'homme de Néandertal.

[modifier] Histoire et répartition des Néandertaliens<ref name="Hublin"/>,<ref name="Jaubert">Jaubert, J. Chasseurs et artisans du Moustérien, La Maison des Roches (1999).</ref>

L'homme de Néandertal est un représentant du genre Homo dont l'apparition et l'évolution sont liées au continent européen, même si des Néandertaliens ont émigré par la suite au Proche-Orient, sur les territoires actuels de l'Iraq, de la Syrie et d'Israël, ainsi qu’en Asie centrale (Ouzbékistan) et peut-être en Sibérie.

L’évolution qui conduit à l’apparition d’Homo neanderthalensis, parfois appelée « néandertalisation », est un processus lent et progressif. Elle a sans doute comme origine des groupes humains isolés en Europe, qu’il s’agisse d’Homo erectus, d’Homo georgicus ou d’Homo antecessor. Elle peut être suivie depuis différents fossiles, parfois qualifiés d'« anténéandertaliens » ou, mieux, de « pré-Néandertaliens » jusqu’aux Néandertaliens récents.

Les pré-Néandertaliens anciens
La première étape correspond à des fossiles généralement attribués à Homo heidelbergensis : c’est le cas de l’Homme de Tautavel (- 400 000 ans), trouvé dans les Corbières en France, de la mandibule de Mauer (- 600 000 ans), trouvée près de Heidelberg en Allemagne, ou du crâne de Petralona (Grèce).
Les pré-Néandertaliens récents
La deuxième étape est marquée par les fossiles de Swanscombe (Angleterre), de Steinheim (Allemagne) ou de la Sima de los Huesos à Atapuerca (Espagne).
Les Néandertaliens anciens
Les plus anciens fossiles indéniablement néandertaliens ont des âges compris entre - 250 et - 110 000 ans. Parmi eux, on peut citer le crâne de Biache-Saint-Vaast (Pas-de-Calais), les restes de la Chaise (Charente), la mandibule de Montmaurin (Haute-Garonne), les crânes de Saccopastore en Italie ou les nombreux restes de Krapina en Croatie.
Les Néandertaliens classiques
Les Néandertaliens les plus typiques, dont les caractères dérivés sont les plus marqués, ont des âges compris entre - 100 000 ans et - 28 000 ans, date de leur disparition.

Parmi les fossiles de Néandertaliens classiques, outre les vestiges de Néandertal même (env. 42 000 ans), il faut mentionner les squelettes de La Chapelle-aux-Saints, du Moustier, de La Ferrassie, de La Quina, de Saint-Césaire en Charente-Maritime ou de Spy en Belgique pour ne citer que les plus complets.

Les derniers Néandertaliens connus ont été découverts notamment au Portugal, en Espagne (Zafarraya, -30 000 ans<ref>Hublin J.J., Barroso Ruiz C., Medina Lara P., Fontugne M., Reyss J.-L., 1995 - The Mousterian site of Zafarraya (Andalucia, Spain): dating and implications on the palaeolithic peopling processes of Western Europe. C. R. Acad. Sc. Paris. 321 (IIa): 931-937</ref>,<ref>Hublin J.-J et E.Trinkaus, 1998 - The Mousterian human remains from Zafarraya (Andalucia, Spain). American Journal of Physical Anthropology suppl 26 : 122-123</ref>), en Croatie (Vindija, - 32 000 ans<ref>Smith, F.H., Trinkaus, E. Pettitt, P.B., Karavanic', I. et Paunovic, M., (1999) « Direct radiocarbon dates for Vindija G1 and Velika Pećina Late Pleistocene hominid remains », PNAS, Vol. 96, Issue 22, 12281-12286, October 26, 1999.</ref>,<ref>Higham, T., Ramsey, C.B., Karavanic, I., Smith, F.H. et Trinkaus, E., (2006), « Revised direct radiocarbon dating of the Vindija G1 Upper Paleolithic Neandertals », PNAS, January 17, 2006, vol. 103, no. 3, pp. 553-557.</ref>) et dans le Nord-Ouest du Caucase (Mezmaiskaya, - 29 000 ans).

Des recherches conduites de 1999 à 2005 dans la grotte de Gorham à Gibraltar suggèrent que les Néandertaliens y ont vécu jusqu'à - 28 000 ans, voire - 24 000 ans <ref>Finlayson, C. et al. (2006) « Late survival of Neanderthals at the southernmost extreme of Europe », Nature, advanced online publication, 13 septembre 2006.</ref>,<ref>Brill, D. (2006) « Neanderthal's last stand », news@nature.com, 13 septembre 2006.</ref>. Ils auraient donc longuement cohabité avec les Hommes anatomiquement modernes, présents dans la région depuis 32 000 ans.

[modifier] Caractéristiques physiques<ref name="Hublin"/>

Les Néandertaliens sont de corpulence souvent très massive et robuste : 90 kg et 1,65 m en moyenne pour les mâles et 70 kg et 1,55 m pour les femelles (des individus auraient atteint 1,90 m). L'ensemble de leur structure et leurs attaches musculaires laissent entrevoir une très importante force physique.

Les Néandertaliens présentent quelques caractères archaïques, hérités de leur prédécesseur (caractères plésiomorphes), ainsi que des caractères évolués (caractères apomorphes). Les caractères évolués peuvent être partagés avec les Homo sapiens (caractères synapomorphes) ou bien être des caractères dérivés spécifiques (caractères autapomorphes). Seuls ces derniers permettent d'identifier l'espèce lors de l'examen d'un fossile.

  • Les caractères plésiomorphes des Néandertaliens sont :
    • la présence d'un épaississement osseux au-dessus des orbites (dit bourrelet sus-orbitaire) ;
    • un front fuyant ;
    • l'absence de menton.
  • Les caractères synapomorphes des Néandertaliens sont :
    • un cerveau volumineux (leur capacité crânienne moyenne est légèrement supérieure (1 500 cm³) à celle de l'humain moderne) ;
    • des molaires de dimensions réduites, comme chez Homo sapiens.
  • Les caractères autapomorphes des Néandertaliens sont :
    • une face allongée, de forme particulière ;
    • des orbites hautes et arrondies ;
    • une vaste cavité nasale ;
    • une arcade dentaire et un nez avancés ;
    • des pommettes en retrait ;
    • la présence d'un espace séparant les dents du fond de la branche montante de la mandibule, dit « espace rétro-molaire » ;
    • un crâne au profil circulaire en vue postérieure (alors que le crâne de tous les autres Hominidés présente un profil pentagonal) ;
    • un os occipital formant une sorte de chignon et présentant une fosse en son centre, dite fosse sus-iniaque.

Les traits spécifiques aux Néandertaliens ont souvent été présentés comme des adaptations au froid. Cela est vrai en partie et les membres courts et robustes des Néandertaliens trouvent des analogues modernes dans les populations vivant dans les régions proches du pôle. Mais le climat ne suffit pas à expliquer cette évolution et des facteurs écologiques tels que l'isolation de la population et le faible brassage génétique liés aux avancées glaciaires ont également dû intervenir.

[modifier] Paléopathologie

Les restes osseux de Néandertaliens, tant en Europe qu'en Asie occidentale, présentent parfois des anomalies qui renseignent sur les lésions organiques survenues de leur vivant et parfois responsables de leur décès. Ces anomalies peuvent être classées en quatre catégories principales<ref>Tropel, Ch. (2004) « Approche synthétique de la pathologie des Néanderthaliens », Paléobios, 13. texte intégral</ref> :

[modifier] Pathologie traumatique<ref>Trinkaus, E. (1983) The Shanidar Neandertals, New York : Academic Press, 502 p. (pour Shanidar)</ref>,<ref>Montet-White, A. (1996) Le Paléolithique en ancienne Yougoslavie, Jérôme Millon, 268 p. (pour Krapina)</ref>

Les Néandertaliens semblent avoir souffert fréquemment de fractures, en particulier au niveau des côtes (Shanidar IV, « vieillard » de La Chapelle-aux-Saints), du fémur (La Ferrassie 1), du péroné (La Ferrassie 2 and Tabun 1), de la colonne vertébrale (Kébara 2<ref>Bar Yosef O. et Vandermeersch B. (1991) Le squelette moustérien de Kébara 2, Cahiers de Paléoanthropologie, CNRS, 197 p.</ref>) et du crâne (Shanidar I, Krapina, Šaľa 1). Ces fractures sont souvent ressoudées et ne montrent pas ou peu de signes d'infection, ce qui suggère que les individus étaient pris en charge au cours de leur période d'invalidité.

En relation avec des fractures, d'autres traces de traumatismes ont été signalés sur de nombreux squelettes de Néandertaliens. Ils semblent liés à des blessures perforantes, comme chez Shanidar III dont le poumon fut certainement perforé par une blessure entre les côtes 8 et 9. Il peut s'agir d'une attaque intentionnelle ou d'un accident de chasse, mais l'individu survécut à sa blessure durant quelques semaines avant d'être tué par la chute d'un bloc rocheux dans la grotte de Shanidar. D'autres traumatismes correspondent à des coups portés à la tête (Shanidar I et IV, Krapina), tous consolidés.

[modifier] Pathologie articulaire

L'arthrite est particulièrement répandue chez les Néandertaliens les plus âgés. Elle concerne de façon spécifique les articulations comme les chevilles (Shanidar III), la colonne vertébrale et les hanches (« vieillard » de La Chapelle-aux-Saints<ref>Tappen N.C. (1985) « The dentition of the « Old man » of la Chapelle-aux-Saints and inferences concerning Neandertal behavior », Am. J. Phys. Anthropol., 67 : pp. 43 - 50.</ref>,<ref>Trinkaus E. (1985) « Pathology and the posture of the la Chapelle-aux-Saints Neandertal », Am. J. Phys Anthropol. ,67 : pp. 19 - 41.</ref>), les bras (La Quina 5, Krapina, Feldhofer), les genoux, les doigts et les orteils. Le tout en relation étroite avec les maladies articulaires dégénératives (arthrose), qui peuvent aller de la dégénérescence normale, liée à l’usure, jusqu’à la restriction des mouvements, douloureuse et handicapante, et à la déformation. C’est ce qu’on observe à des degrés divers sur les squelettes de Shanidar (I-IV).

[modifier] Pathologie dentaire

L'hypoplasie de l'émail dentaire est l'indicateur d'un stress survenu durant le développement des dents. Les striations et les cannelures de l'émail reflètent les périodes de pénurie alimentaire, les traumatismes ou les maladies. Une étude de 669 couronnes dentaires de Néandertaliens a montré des signes d'hypoplasie plus ou moins prononcés sur 75% d'entre elles <ref>Ogilvie M.D., Curvan B.K. et Trinkaus E. (1989) « Incidence and patterning of dental enamel hypoplasia among the Neandertals », Am. J. Phys. Anthropol., 79 : pp. 25 - 41.</ref>. Les carences alimentaires en étaient la cause principale, pouvant aller jusqu'à entraîner la perte des dents. Les dents appartenant aux squelettes les plus âgés présentaient toutes une hypoplasie, particulièrement nette chez le « vieillard » de La Chapelle-aux-Saints et l'individu 1 de La Ferrassie.

[modifier] Pathologie infectieuse

On trouve occasionnellement sur des squelettes de Néandertaliens des lésions osseuses secondaires liées à une infection des tissus mous du voisinage. Shanidar I présente des traces manifestes de lésions dégénératives de même que La Ferrassie 1, où les lésions sur les deux fémurs, les tibias et les fibules indiquent une infection systémique ou peut-être un cancer.

[modifier] Langage<ref>Arensburg, B. et Tillier, A.-M. (1990) « Le langage des néandertaliens », La Recherche, vol. 21, no 224, p. 1084-1086.</ref>,<ref>Heim, J.-L, Boë, L.J. et Abry, Ch. (2002) « La parole à la portée du conduit vocal de l'homme de Neandertal. Nouvelles recherches, nouvelles perspectives », Comptes Rendus Palevol, Volume 1, Issue 2, pp. 129-134</ref>

L'aptitude physique au langage articulé des Néandertaliens a longtemps été controversée. En 1983, un os hyoïde néandertalien très semblable à celui de l'homme moderne a été découvert à Kébara (Israël). L'os hyoïde est un petit os qui maintient la base de la langue et qui est indispensable à l'élocution.

Même en faisant abstraction de cet argument de poids, de nombreux chercheurs considèrent que la complexité de l'outillage moustérien attribué à l'Homme de Néandertal est une preuve indirecte de ses capacités cognitives, incluant une forme de langage articulé.

D'après une récente étude de l'os hyoïde de Kébara, le larynx des Néandertaliens aurait été plus court que celui des hommes modernes. Le ton moyen émis par les Néandertaliens aurait donc été plus haut et plus aigu que chez Homo sapiens, à l'opposé des grognements simiesques que leur attribue l'imagerie populaire.

[modifier] Culture et techniques

Nucléus et éclat Levallois en silex de Haute-Saône

Après avoir longtemps été considéré comme un être archaïque et encore proche de l'animalité, y compris par une partie de la communauté scientifique, l'Homme de Néandertal commence à apparaître comme un être doté de capacités intellectuelles et de traditions culturelles.

[modifier] Outillage et chasse<ref name="Jaubert"/>

Image:Searchtool.svg Voir les articles Moustérien et Châtelperronien.

Il est l'auteur d'un outillage complexe et élaboré, et notamment des industries du Moustérien. Ses méthodes de débitage apportent en outre la preuve de ses capacités d'abstraction et d'anticipation, en particulier en ce qui concerne le débitage Levallois. Les éclats obtenus par cette méthode ou par d'autres pouvaient être utilisés bruts ou bien retouchés, légèrement modifiés sur leurs bords pour obtenir des outils plus spécialisés tels que les racloirs ou les denticulés.

Des preuves directes (traces d'adhésif naturel en bitume ou en résine) ou indirectes (répartition des traces d'utilisation) montrent que certains outils étaient utilisés emmanchés. Les manches eux-mêmes, réalisés en matériaux périssables, n'ont pas été conservés. En revanche, des conditions particulièrement favorables ont permis la conservation de quelques objets en bois. Le plus spectaculaire est sans conteste un fragment d'épieu en if fiché dans le thorax d'un éléphant, mis au jour à Lehringen (Basse-Saxe). Dans le même site, ont été découverts des éclats Levallois ayant servi à découper de la peau et de la viande.

Il s'agit d'une des preuves directes les plus convaincantes de la pratique de chasse aux grands herbivores par les Néandertaliens. D'autres sites ont livré des accumulations impressionnantes d'ossements de grands bovidés (Bison à Coudoulous, Lot et à Mauran, Haute-Garonne ; Aurochs à La Borde, Lot) interprétées comme le résultat de chasses saisonnières, parfois avec utilisation d'avens comme pièges naturels. La pratique ponctuelle d'un charognage actif (accès primaire à la carcasse en écartant les prédateurs ou en recherchant les animaux morts dans des pièges naturels) a également été évoquée.

Il est probable que les derniers Néandertaliens soient les auteurs du Châtelperronien, un faciès culturel de transition entre le Paléolithique moyen et le Paléolithique supérieur en Europe occidentale. Ce faciès est caractérisé par des comportements longtemps considérés comme propres aux hommes modernes : débitage de lames, utilisation de parure, fabrication d'outils en os, etc.<ref>Baffier D., Les derniers Néandertaliens, le Châtelperronien, La Maison de roches, Paris, 1999</ref>,<ref>Pelegrin J., Technologie lithique : Le Châtelperronien de Roc-de-Combe (Lot) et de La Côte (Dordogne), Cahiers du Quaternaire, CNRS, Paris, 1995</ref>

[modifier] Sépultures<ref>Maureille, B. Les premières sépultures, Le Pommier / Cité des sciences et de l'industrie, (2004)</ref>

S'il est possible qu’Homo heidelbergensis, l'un des ancêtres probables de l'Homme de Néandertal, ait adopté un comportement particulier vis-à-vis de ses morts à Atapuerca, les premières véritables sépultures connues sont néandertaliennes. Les plus anciennes datent d'environ - 100 000 ans et ont été mises au jour au Proche-Orient. Elles se multiplient ensuite et on en trouve en France (La Chapelle-aux-Saints, La Ferrassie, La Quina, Le Moustier, Saint-Césaire), en Belgique (Spy), en Israël (Kébara, Amud), au Kurdistan irakien (Shanidar), en Ouzbékistan (Teshik-Tash). Dans certains cas, elles comprennent des dépôts funéraires (outils lithiques, fragments de faune).

L'une des sépultures de Shanidar renfermait un Néandertalien enterré sous une grande dalle. Une grande quantité de pollens de plantes à fleurs était présente autour du corps <ref>Leroi-Gourhan, Arl. (1968) « Le Néanderthalien IV de Shanidar », Bulletin de la Société Préhistorique Française, t. LXV, n° 3, pp. 79-83.</ref>,<ref>Solecki, R.S. (1971) Shanidar, the first flower people, New York, A. Knopf.</ref>. Ces pollens ont longtemps été considérés comme la preuve du dépôt de nombreuses fleurs lors de l'enfouissement. Cette interprétation est aujourd'hui remise en question, des phénomènes post-dépositionnels ou l'action de rongeurs ayant pu contribuer à l'accumulation de pollens<ref>Sommer, J.D. (1999) « The Shanidar IV 'Flower Burial': A Reevaluation of Neanderthal Burial Ritual », Cambridge Archaeological Journal, 9 127-129</ref>.

Ces sépultures comportent souvent des fosses intentionnelles et sont pratiquement toujours associées à des habitats. Il est peu probable qu'elles n'aient eu qu'un rôle fonctionnel simplement destiné à se débarrasser d'une dépouille, même si leur interprétation en terme de religiosité est sujette à discussion.

Dans certains sites, des accumulations de crânes d'ours des cavernes qui semblaient disposés intentionnellement ont été interprétées comme le résultat d'un « culte de l'ours ». L'existence de ce culte, évoquée récemment par l'écrivain Jean M. Auel, est aujourd'hui contestée. Les crânes d'ours sont extrêmement résistants et peuvent être déplacés par des phénomènes naturels jusqu'à acquérir des positions évoquant une organisation volontaire mais en fait seulement due au hasard.

[modifier] Cannibalisme

La présence de traces de désarticulation, de décharnement, de fracturation intentionnelle ou de calcination sur certains os de Néandertaliens a été interprétée comme un témoignage de la pratique du cannibalisme. Des ossements de sites tels que l'Abri Moula<ref>Defleur, A., White, T., Valensi, P., Slimak, L. et Crégut-Bonnoure, E. (1999) - « Neanderthal cannibalism at Moula-Guercy, Ardèche, France », Science, vol. 286, pp. 128-131</ref>, en Ardèche ou Krapina<ref>Gorjanoviv-Kramberger, D. (1906), Der diluviale Mensh von Krapina in Kroatia, Ein Betrag zur Paläoanthropologie, Kreidel, Wiesbaden.</ref>,<ref>Smith, F.H. (1976), The Neandertal remains from Krapina. A descriptive and comparative study, Report of investigation N° 15, Department of Anthropology University of Tennessee, Knoxville, 359 p.</ref>,<ref>White, T.D., (1992) Prehistoric cannibalism at Mancos 5MTUMR-2346, Princeton University Press, 462 p.</ref> en Croatie présentent de telles traces de découpe. Il est toutefois difficile de démontrer s'il s'agit de cannibalisme plutôt que d'un traitement post mortem des dépouilles dans le cadre d'un rite funéraire. Les fragments d'os de Krapina présentent des marques comparables à celles de sépultures secondaires d'une nécropole du XIVe siècle découverte au Michigan, correspondant à l'ablation de la chair sur une dépouille partiellement décomposée. Certains os crâniens du site des Pradelles à Marillac-le-Franc présentent des traces de découpe correspondant sans doute au prélèvement du cuir chevelu par scalpation.

Le crâne de Néandertalien découvert dans la Grotte Guattari (Mont Circé, Italie) a longtemps été considéré comme une preuve irréfutable de rituel anthropophagique : il aurait été déposé dans un cercle de pierre après que le trou occipital avait été élargi pour consommer le cerveau. Des examens approfondis ont montré que le cercle de pierre était probablement naturel et que l'élargissement du trou occipital avait été causé par une hyène, ce que confirme la présence de traces de dents en différents points du crâne <ref>White, T.D., Toth, N. (1991) « The Question of Ritual Cannibalism at Grotta Guattari », Current Anthropology, Vol. 32, No. 2 (Apr., 1991), pp. 118-138</ref>,<ref>cf. également les références de l'article Grotte Guattari</ref>.

[modifier] La naissance de l'art

Image:Bacho Kiro.jpg

Au Paléolithique moyen apparaissent également les premières manifestations de préoccupations esthétiques ou symboliques :

  • collecte de fossiles ou de minéraux rares ;
  • utilisation d'ocre (même si dans ce cas des utilisations fonctionnelles peuvent être évoquées) ;
  • gravure de traits, de lignes ou de signes géométriques simples sur des os ou des pierres<ref>Lorblanchet, M. (1999) La naissance de l'Art. Genèse de l'art préhistorique, Paris, Éd. Errance, 304 p.</ref>,<ref name="Jaubert"/>.

Cette reconnaissance de la culture néandertalienne remet en cause la primauté culturelle de l'homme moderne : alors que l'on pensait il y a peu que la culture technique et symbolique des Néandertaliens était très nettement inférieure quantitativement et qualitativement à celle de l'Homo sapiens, les découvertes récentes font apparaître que l'Homme de Néandertal avait lui aussi développé certaines techniques évoluées (débitage de lames<ref>Révillion, S. et Tuffreau, A. (1994) Les industries laminaires du Paléolithique moyen, Éditions du CNRS, Dossiers de Documentation Archéologique no 18, 193 p.</ref>) ou adopté des traits culturels modernes (sépultures, signes gravés). La thèse du rôle capital de l'arrivée de l’Homo sapiens en Europe et celle d'une corrélation entre l'évolution biologique et l'évolution culturelle expliquant le plus grand développement de l’Homo sapiens par son évolution biologique s'en trouvent donc remises en question.

[modifier] Extinction des Néandertaliens

Les Néandertaliens ont disparu il y a environ 29 000 ans. Leur disparition est encore en partie inexpliquée et a suscité de nombreuses hypothèses (<ref>Pettitt. P.B. (1999) « Disappearing from the World: An Archeological Perspective on Neanderthal Extinction », Oxford Journal of Archeology, 18, pp. 217-239.</ref>,<ref>Guk, Y. (1997) « Why's the Neanderthal Gone ? », Science in Russia, 4, pp. 50-54.</ref>,<ref>Gelly, R. (1992) « L'énigme de Néandertal », Sciences et Avenir, n° d'avril, pp. 64-69.</ref>), faisant parfois intervenir des modèles mathématiques <ref>Flores, J. C. (1998) « A Mathematical Model for Neanderthal Extinction », Journal of Theoretical Biology, Volume 191, Issue 3, pp. 295-298.</ref> ou économiques <ref>Horan, R.D., Bulte, E. et Shogren, J.F. (2005) « How trade saved humanity from biological exclusion: an economic theory of Neanderthal extinction », Journal of Economic Behavior & Organization, Volume 58, Issue 1, pp. 1-29.</ref> plus ou moins insolites. Les données archéologiques montrent qu'il n'y a pas eu une extinction massive mais au contraire une disparition progressive.

La disparition des Néandertaliens semble coïncider avec l'arrivée de groupes d'Hommes anatomiquement modernes ayant quitté le Proche-Orient pour l'Europe, il y a environ 40 000 ans, sans doute à la faveur d'un épisode climatique tempéré de la dernière glaciation. Ces hommes modernes, parfois appelés « Hommes de Cro-Magnon », sont porteurs d'une nouvelle culture matérielle, appelée Aurignacien et caractérisée par la généralisation du débitage laminaire et lamellaire, la fabrication d'outils en matières dures animales (notamment des pointes de sagaies en os). Les hommes de l'Aurignacien sont également les auteurs des plus anciennes œuvres de l'art pariétal et mobilier d'Europe.

Il est probable que les Hommes de Néandertal et les Hommes modernes aient cohabité pendant quelques millénaires, même si aucune preuve d'interaction n'a été établie.

Voici quelques-unes des hypothèses proposées pour expliquer la disparition des Néandertaliens :

[modifier] Hypothèses abandonnées ou peu vraisemblables

On ne cite même plus l'explication suivant laquelle l'homme moderne serait tout simplement le descendant de l'homme de Néandertal. Cette théorie était pourtant, voici moins d'un demi-siècle, défendue encore avec passion par Camille Arambourg, membre de l'Institut et directeur de l'Institut de Paléontologie du Muséum de Paris, aux yeux duquel ceux qui ne reconnaissaient pas l'évidence de cette solution obéissaient manifestement à d'obscures considérations métaphysiques : « La naïve et pitoyable vanité humaine se refuse à admettre que le « roi de la création » ait pour ancêtre le Néanderthalien, si proche encore de l'animalité, en lequel on voudrait s'efforcer de voir un rameau « éteint » ou même « dégénéré », sans rapport avec l'Homo sapiens<i>. » (<i>La Genèse de l'Humanité, P.U.F., 6e édition, 4e trimestre 1961, Paris). D'autres hypothèses ont encore quelques partisans :

  • Élimination physique des Néandertaliens par les hommes modernes, par conflits violents sur les zones de contact et réduction des territoires néandertaliens : hypothèse démentie par les données archéologiques (aucune preuve de mort violente, aucune trace de cohabitation prolongée sur un même territoire).
  • Disparition des Néandertaliens liée à l'arrivée des hommes modernes et à la compétition territoriale pour l'exploitation des ressources<ref name="d'Errico">d’Errico, F. et Sánchez Goñi, M.F. (2003), « Neanderthal extinction and the millennial scale climatic variability of OIS 3 », Quaternary Science Reviews, 22, pp. 769–788.</ref> : hypothèse peu probable dans la mesure où les deux groupes ne devaient pas occuper l'ensemble du territoire européen et où les Néandertaliens avaient une meilleure connaissance du territoire européen et de ses ressources que les nouveaux arrivants <ref>Finlayson, C., Fa, D.A., Finlayson, G., Pacheco, F.G. et Vidal, J.R., (2004), « Did the moderns kill off the Neanderthals? A reply to F. d’Errico and Sánchez Goñi », Quaternary Science Reviews, Volume 23, Issues 9-10, pp. 1205-1209.</ref>.
  • Disparition liée aux difficultés d'adaptation des Néandertaliens face à un changement environnemental (disparition du gibier, modifications climatiques, etc.) : hypothèse démentie par la longue histoire des Néandertaliens (près de 200 000 ans) et leurs capacités d'adaptation à des conditions climatiques fluctuantes<ref name="d'Errico"/>.
  • Intoxication alimentaire par des produits toxiques (champignons vénéneux ou levures, sels métalliques de plomb, de cuivre, d'arsenic…) : hypothèse peu probable à l'échelle d'une population continentale.
  • Carence alimentaire notamment en vitamine (A, B6 ou B12, E, F, etc.) ou en sels minéraux essentiels (iodure, iodate, ferrique…) ayant entraîné progressivement un taux de mortalité très élevé non compensable par la reproduction : hypothèse peu probable dans la mesure où même les populations animales arrivent à assurer leur subsistance dans leur milieu naturel…
  • Décalage entre les dynamiques démographiques respectives des deux populations, les Néandertaliennes ayant légèrement moins d'enfants que les femelles H. sapiens : hypothèse peu probable dans la mesure où les facteurs démographiques sont très difficiles à appréhender pour des populations fossiles et surtout dans la mesure où la population néandertalienne s'était maintenue jusque là.
  • Dissolution de la population néandertalienne dans la population Homo sapiens par accouplement fécond. Un squelette d'enfant découvert au Portugal a été présenté comme un hybride Néandertal/sapiens, impliquant que le patrimoine génétique des Néandertaliens ait pu contribuer au patrimoine génétique de l'homme actuel. Cette hypothèse est peu probable, d'une part en raison des récentes analyses d'ADN qui montrent de grandes différences entre les deux populations, et d'autre part en raison des difficultés à démontrer la véracité de l'hybridation chez un individu juvénile, alors que la variabilité de la population concernée est mal connue<ref name="Hublin"/>.

[modifier] Hypothèses en cours d'examen

  • Problèmes d'ordre génétique liés à une forte consanguinité et/ou des mutations spontanées ayant entraîné des tares telles que l'hémophilie, le diabète insulino-dépendant ou une forme de stérilité, ayant suffisamment affecté la démographie de la population pour la faire disparaître.
  • Épidémie liée à une infection virale (fièvre hémorragique) ou bactérienne (équivalent de lèpre, de peste…), ou parasitaire (paludisme) ayant décimé préférentiellement la population néandertalienne : cette hypothèse est plausible dans la mesure où les groupes d'hommes modernes ont pu apporter des maladies épidémiques d'origine tropicale auxquelles ils étaient résistants.
  • Disparition progressive de la population néandertalienne liée à la possibilité d'accouplements féconds mais donnant des hybrides stériles, au moins chez les Néandertaliennes : hypothèse émise par le paléontologue finlandais Björn Kurtén<ref>hypothèse présentée dans le roman Dance of the Tiger. A novel of the Ice Age (1978) et explicitée dans une note de l'auteur à la fin de l'ouvrage</ref>, difficile à tester.

[modifier] Notes

<references />

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Bibliographie

  • Juan Luis Arsuaga, Le Collier de Néandertal, Odile Jacob, 2004 (ISBN 2-73811422-9) ;
  • Jean-Jacques Hublin, « Origine et évolution des Néandertaliens », dans Y. Coppens et P. Picq (dir.), Aux origines de l'humanité, Fayard, 2001 (ISBN 2-213-60369-3), vol. 1 ;
  • Jacques Jaubert, Chasseurs et artisans du Moustérien, La Maison des Roches, 1999 (ISBN 2-912691-05-2) ;
  • Bruno Maureille, Les premières sépultures, Le Pommier / Cité des sciences et de l'industrie, 2004 (ISBN 2-7465-0203-8) ;
  • Eric Trinkaus et Pat Shipman, Les Hommes de Neandertal, Seuil, 1996 (ISBN 2-02-013178-1).

[modifier] Filmographie

[modifier] Liens externes

Liste d’espèces d'hominines (voir également « évolution des hominines »)
Sahelanthropus tchadensis (Toumaï) • Orrorin tugenensis (Millenium Ancestor)
Ardipithèques : A. kadabbaA. ramidus
Australopithèques et Paranthropes : A. afarensis (Lucy, Selam) • A. africanus • A. anamensis • A. bahrelghazali (Abel) • A. garhi • P. aethiopicus • P. boisei • P. robustus
Kenyanthropus platyops
Homo : H. antecessor • H. habilis • H. rudolfensis • H. rhodesiensis • H. georgicus • H. cepranensis • H. erectus • H. ergaster • H. heidelbergensis (Homme de Tautavel) • H. neanderthalensis • H. floresiensis • H. sapiens (Homme de Cro-Magnon)
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