Musique concrète
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C’est avec le magnétophone, invention qui semblait maîtriser le temps, que la musique est devenue concrète, lorsque la peinture, elle, se réfugiait dans l’abstraction.
Apparu en 1948 à la suite d'expériences réalisées par Pierre Schaeffer, le terme de musique concrète s'oppose, dans un premier temps à celui de musique abstraite, c'est-à-dire à la musique instrumentale qui nécessite, elle, le concours d'intermédiaires (partitions, interprètes) pour réaliser l'idée musicale du compositeur.
Théorisée en 1952 dans son ouvrage appelé À la recherche d'une musique concrète, celle-ci consiste à enregistrer des sons sur une bande magnétique puis de monter ces « objets sonores » (ainsi qualifiés par son concepteur et théorisateur), de telle sorte qu'ils deviennent des objets musicaux.
Pierre Schaeffer commencera par définir la musique concrète comme un :
- « collage et un assemblage sur bande magnétique de sons pré-enregistrés à partir de matériaux sonores variés et concrets [...]. »
Puis il posera quelques années plus tard son postulat de musicalité :
- « L’objet sonore c’est ce que j’entends ; c’est une existence que je distingue. […] Comment passe-t-on du sonore au musical ? Sonore, c’est ce que je perçois ; musical, c’est déjà un jugement de valeur. L’objet est sonore avant d’être musical : il représente le fragment de perception, mais si je fais un choix dans les objets, si j’en isole certains, peut-être pourrais-je accéder au musical. »
[modifier] Historique
C’est grâce à l'arrivée du magnétophone (1939) et de la bande magnétique, puis la généralisation de l’utilisation des procédés magnétiques dans l’industrie phonographique (1945), que les tenants de la musique concrète commencèrent l’exploration du phénomène sonore (1948-1949). Au studio d’essai, devenu Groupe de Recherche de Musique Concrète (GRMC) en 1951 quand il s’installe à la R.T.F., Pierre Schaeffer se servira de l’étude et du classement des sons pour bâtir ce qu’il nomme des objets musicaux. Plusieurs compositeurs, parmi lesquels Pierre Boulez, Luc Ferrari, Karlheinz Stockhausen ou Jean Barraqué, passeront au GRMC effectuer une ou deux études concrètes.
En 1958, après trois ans passés à l’écart du groupe, Schaeffer reprit en main la réorganisation administrative, esthétique et morale, et le GRMC devint GRM. Pierre Schaeffer voulait poser les postulats de la recherche, qu’il nommait déjà « l’expérience musicale ».
Il définira grâce à cette expérience la notion d'acousmatique, mot emprunté à Pythagore, et qui signifie « perception des sons dont on ignore l'origine ». En 1948, Pierre Schaeffer compose sa première réalisation : les Cinq études de bruits. Elle sera créée sur la Chaîne Parisienne le 5 octobre 1948 dans un « concert de bruits » présenté par Jean Toscane. Ce concert comprenait les pièces suivantes :
- Étude n° 1 Déconcertante ou Étude aux tourniquets ;
- Étude n° 2 Imposée ou Étude aux chemins de fer ;
- Étude n° 3 Concertante ou Étude pour orchestre ;
- Étude n° 4 Composée ou Étude au piano ;
- Étude n° 5 Pathétique ou Étude aux casseroles.
Pierre Schaeffer sera rejoint quelques mois plus tard en 1949 par Pierre Henry ; à eux deux, ils sont les fondateurs et les exemples de ce mouvement qui durant toutes les années 1950 marquera plusieurs générations. La Symphonie pour un homme seul (1950) restera le concert le plus célèbre de leur collaboration et la première grande œuvre de musique concrète. Plusieurs versions de l'œuvre existent. La première qui comprend 22 titres fut créée à l'École Normale de Musique le 18 mars 1950. Une version plus courte, 11 titres, fut ensuite donnée le 27 mai 1951. Mais c'est la version ballet, créée en collaboration avec Maurice Béjart le 31 juillet 1955 au Théâtre des Champs-Elysées qui donna à l'œuvre son rententissement mondial.
On retrouvera ensuite les influences de cette démarche en musique électronique et en informatique musicale, et chez d'autres théoriciens de la musique du XXe siècle. Edgar Varèse (1950), fut un grand partisan de ces recherches sur le sonore et utilisera dans son Poème électronique. Chez les Beatles et les Pink Floyd dans les années 60, et encore récemment, le goût des artistes pour la musique électronique affilié à celui des enregistrements concrets à donné une renaissance au mouvement : Christian Fennesz et Francisco Lopez utilisent beaucoup de techniques empruntées à la musique concrète.
Aujourd'hui, en 2006, le travail de composition de Michel Chion, qu'il nomme encore très volontairement "musique concrète", manifestant par là son attachement à un genre musical toujours plus que vivace (Requiem, La Tentation de Saint Antoine, L'Isle Sonante.), de François Bayle (L'expérience acoustique, Toupie dans le ciel, La main vide...), de Lionel Marchetti (La grande Vallée, Dans la Montagne, Adèle et Hadrien (le livre des vacances), Noord five atlantica...) ou de Denis Dufour (Bocalises, Notre besoin de consolation est impossible à rassasier, Bazar punaise, Chanson de la plus haute tour, Voix Off...) et Pierre Henry, bien sûr, est un bon exemple de la vigueur sans cesse renouvelée de la musique concrète, tant chez des compositeurs de haute maturité que chez d'autres, plus jeunes, qui élèvent habilement cet art du haut-parleur à la hauteur des ambitions de Pierre Schaeffer...
[modifier] Liens externes
- Livre audio (lecture mp3) de l'incipit du livre Modulations, une histoire de la musique électronique
- Du studio d'essai de la RTF au GRM : Solfège de l'objet sonore
- Le manuel des acousmates junior : Manuel simple sur le studio et ses techniques, initialement destiné aux étudiants en classe de composition électroacoustique.
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