Monarchie de Juillet
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En France, la Monarchie de Juillet (1830-1848) est proclamée le 9 août 1830 après les émeutes dites des Trois Glorieuses.
La branche cadette des Bourbons, la maison d'Orléans, accède au pouvoir. Louis-Philippe Ier devient roi des Français et non pas roi de France. Son règne, débuté en 1830 après les barricades des Trois Glorieuses, finit en 1848 par d'autres barricades qui le chassent pour instaurer la Deuxième République.
L'idéal du nouveau régime est défini par Louis-Philippe répondant fin janvier 1831 à l'adresse qui lui envoie la ville de Gaillac : « Nous chercherons à nous tenir dans un juste milieu, également éloigné des excès du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal. »<ref>La ville de Gaillac a présenté le 29 janvier 1831 une adresse martiale, déclarant s'en remettre au gouvernement du roi « du soin d'assurer le développement des conquêtes de juillet ». Louis-Philippe répond qu'il faut « éviter tout ce qui pourrait provoquer la guerre » et qu'ainsi « la France pourra jouir en paix des avantages qu'elle a si glorieusement conquis », mais il ajoute : « Toutefois, il faut s'entendre sur ces avantages. Il ne faut pas croire qu'ils consistent dans une extension de toutes les libertés, au-delà des bornes que l'ordre public et l'esprit de nos institutions ont posées. Sans doute la révolution doit porter ses fruits, mais cette expression n'est que trop souvent employée dans un sens qui ne répond ni à l'esprit national, ni aux besoins du siècle, ni au maintien de l'ordre public. C'est pourtant cela qui doit tracer notre marche. Nous chercherons à nous tenir dans un juste milieu, également éloigné des excès du pouvoir populaire et des abus du pouvoir royal. » La formule enchanta les caricaturistes et les humoristes et finit par s'identifier complètement au régime.</ref>
| Série Histoire de France |
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| Louis-Philippe Ier; François Guizot; Thiers |
| Ministères et leur politiques |
| Politique parlementaire et Partis |
| Grandes lois |
| Politique internationale |
| Révolution de 1848 |
<center>Chronologie (1830-1848), </center> Constitutions et Chronologies </ul> |
Sommaire
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[modifier] Des débuts agités
Le 7 août 1830, la Charte de 1814 est révisée. Le préambule rappelant l'Ancien Régime est supprimé. La charte devient un pacte entre la nation et le roi, et cesse d'être une concession ce dernier. Elle s'inscrit comme un compromis entre les constitutionnels et les républicains. La religion catholique n'est plus religion d'État, la censure de la presse est abolie, le drapeau tricolore rétabli.
Le 9 août 1830, Louis-Philippe prête serment à la Charte et est couronné. C'est le commencement officiel de la monarchie de Juillet. Le 11 août, un premier ministère est formé, rassemblant des ténors de l'opposition constitutionnelle à Charles X, dont Casimir Perier, Laffitte, Molé, le duc de Broglie, Guizot... Le ministère doit répondre à un double objectif : prendre fermement en main la machine administrative et rétablir l'ordre dans la rue, tout en feignant l'enthousiasme pour la cause de la révolution qui vient de triompher.
[modifier] Le désordre permanent
Pendant trois mois, l'agitation, entretenue par la presse de gauche, est permanente. Le gouvernement ne dispose pas des moyens de sévir, d'autant que la garde nationale a à sa tête, à partir du 16 août, le marquis de La Fayette, chef de file des républicains. Louis-Philippe doit donc souffrir les familiarités des « héros de Juillet » qui réclament, selon la formule de La Fayette, « un trône populaire entouré d'institutions républicaines ». Sous les ricanements des légitimistes<ref>Les salons du faubourg Saint-Germain s'amusent de pochades où Fipp Ier, roi des épiciers, explique à son fils Grand Poulot que la politique consiste à serrer la main du premier venu. Alfred de Vigny rapporte comment, de service de garde au Palais-Royal au début de 1831, il a vu au milieu de la foule « un homme au chapeau gris, à l'habit brun, au large parapluie sous le bras, qui donnait de tous côtés des poignées de main hasardées » et qui dut « nager pendant un quart d'heure à travers les chapeaux pour traverser la cour du palais », arrivant enfin « en mauvais état, son gilet déboutonné, ses manches arrachées et son chapeau défoncé » (cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, p. 625).</ref>, le « roi-citoyen » distribue force poignées de main à la foule ; devant le Palais-Royal, ce sont en permanence des attroupements qui réclament à tout bout de champ Louis-Philippe pour lui faire chanter La Marseillaise ou La Parisienne. Mais, comme l'a bien compris le chansonnier Béranger<ref>Pour l'attirer au Palais-Royal, on lui explique qu'on peut s'y rendre sans façon et qu'on peut même y porter des bottes : « Bien, bien, répond-il, des bottes aujourd'hui, et des bas de soie dans quinze jours ! » (cité par Guy Antonetti, Louis-Philippe, p. 625)</ref>, le roi joue un rôle de composition et ne tardera pas à jeter le masque.
Les révolutionnaires se retrouvent au sein de clubs populaires, se réclamant des clubs de la révolution de 1789, dont plusieurs prolongent des sociétés secrètes républicains<ref>Il y a par exemple la Société des amis du peuple, installée au manège Pellier, rue Montmartre.</ref>. On y réclame des réformes politiques ou sociales, et l'on y demande la condamnation à mort des quatre ministres de Charles X qui ont été arrêtés alors qu'ils cherchaient à quitter la France (V. l'article Procès des ministres de Charles X). Les grèves, les manifestations se multiplient et aggravent le marasme économique.
Pour relancer l'activité, le gouvernement fait voter, à l'automne 1830, un crédit de 5 millions pour financer des travaux publics, prioritairement des routes<ref>« Les routes sont la mort-aux-rats de la guerre civile », dit Louis-Philippe à Guizot, qui a les travaux publics dans son portefeuille (cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 628).</ref>. Puis, face à la multiplication des faillites et à la montée du chômage, surtout à Paris, le gouvernement propose d'accorder une garantie de l'État aux prêts aux entreprises en difficulté dans une enveloppe de 60 millions ; en définitive, la Chambre vote au début octobre un crédit de 30 millions destiné à des subventions<ref>Celles-ci profiteront surtout à de gros entrepreneurs dévoués au nouveau régime, comme l'imprimeur Firmin Didot.</ref>.
Le 27 août, la monarchie de Juillet doit affronter son premier scandale avec la mort du dernier prince de Condé, retrouvé pendu à l'espagnolette de la fenêtre de sa chambre au château de Saint-Leu. Louis-Philippe et la reine Marie-Amélie sont accusés sans preuve par les légitimistes de l'avoir fait assassiner pour permettre à leur fils, le duc d'Aumale, institué son légataire universel, de mettre la main sur son immense fortune<ref>L'explication la plus communément admise aujourd'hui est que le prince aurait été victime de jeux sexuels un peu poussés avec sa maîtresse, la baronne de Feuchères. Voir les articles : Louis VI Henri de Bourbon-Condé et Sophie Dawes.</ref>.
[modifier] Le renouvellement du personnel politique et administratif
Dans le même temps, le gouvernement épure l'administration de tous les sympathisants légitimistes qui refusent de prêter serment au nouveau régime et à son souverain et les remplace par un personnel nouveau issu de la révolution de Juillet, donnant le signal d'une vaste « course aux places »<ref>La Foire aux places, comédie-vaudeville en un acte de Jean-François Bayard, jouée au théâtre du Vaudeville le 25 septembre 1830, montre le chœur des solliciteurs, réuni dans l'antichambre d'un ministre : « Qu'on nous place / Et que justice se fasse. / Qu'on nous place / Tous en masse. / Que les placés / Soient chassés ! » (cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 625) « Savez-vous ce que c'est qu'un carliste ? interroge un humoriste. Un carliste, c'est un homme qui occupe un poste dont un autre homme a envie ! » (ibid.)</ref>. Au ministère de l'Intérieur, Guizot renouvelle toute l'administration préfectorale et les maires des grandes villes. Au ministère de la Justice, Dupont de l'Eure, assisté par son secrétaire général, Mérilhou, change la plupart des procureurs généraux. Dans l'armée, Bourmont, resté fidèle à Charles X, est remplacé à Alger par Clauzel. On remplace les généraux commandant les régions militaires, les ambassadeurs, les ministres plénipotentiaires, la moitié des membres du Conseil d'État. À la Chambre des députés, un quart environ des sièges (119) sont soumis à réélection en octobre, après démission, refus de serment ou nomination à une fonction publique entraînant, pour l'intéressé, l'obligation de se représenter devant les électeurs. Ces élections partielles sont un succès pour le nouveau régime et une déroute pour les légitimistes.
L'élément le plus notable dans ce renouvellement du personnel politique et administratif est le retour aux affaires de la partie du personnel du Premier Empire qui en avait été écartée sous la Seconde Restauration. Sociologiquement, en dépit de l'élargissement modéré du pouvoir de suffrage, les élites ne sont guère renouvelées : « Après la révolution, souligne l'historien américain David H. Pinkney, les propriétaires terriens, la classe des fonctionnaires et les gens des professions libérales continuèrent à prédominer dans les postes clefs de l'État comme ils l'avaient fait sous l'Empire et sous la Restauration. En cela, on peut considérer que la révolution n'avait pas inauguré un quelconque régime nouveau de “grande bourgeoisie”. »<ref>David H. Pinkney, The French Revolution of 1830, 1972 ; trad. française : La Révolution de 1830 en France, Paris, Presses universitaires de France, 1988 – ISBN 2-13-040275-5</ref> « La grande différence entre la Restauration et la monarchie de Juillet, avance Guy Antonetti, n'a pas tant résidé dans la substitution d'un groupe social à un autre que dans la substitution, à l'intérieur du même groupe social, des tenants d'une mentalité favorable à l'esprit de 89 aux tenants d'une mentalité qui lui était hostile : socialement semblables, idéologiquement différents. 1830 n'a été qu'un changement d'équipe dans le même camp et non un changement de camp. »<ref>Guy Antonetti, Op. cit., p. 627</ref>
[modifier] L'installation symbolique du nouveau régime
Le 29 août, Louis-Philippe passe en revue la garde nationale de Paris qui l'acclame. « Cela vaut mieux pour moi que le sacre de Reims ! », s'écrie-t-il en embrassant La Fayette.Le 11 octobre, le nouveau régime décide que des récompenses seront accordées à tous les blessés des Trois glorieuses et crée une médaille commémorative pour les combattants de la révolution de Juillet. En octobre, le gouvernement présente un projet de loi destiné à indemniser à concurrence de 7 millions les victimes des journées de Juillet<ref>500 orphelins, 500 veuves, 3.850 blessés.</ref>.
Le 13 août, le roi a décidé que les armes de la maison d'Orléans (de France au lambel d'argent) orneront désormais le sceau de l'État. Les ministres perdent les appellations de Monseigneur et le prédicat d’Excellence pour devenir Monsieur le ministre. Le fils aîné du roi est titré duc d'Orléans et prince royal ; les filles et la sœur du roi sont princesses d'Orléans<ref>et non princesses de France, puisqu'il n'y a plus de roi de France ni de maison de France</ref>.
Sont adoptées et promulguées des lois revenant sur des mesures impopulaires prises sous la Restauration. La loi d'amnistie de 1816, qui avait condamné à la proscription les anciens régicides, est abrogée, à l'exception de son article 4, qui condamne au bannissement les membres de la famille Bonaparte. L'église Sainte-Geneviève est de nouveau retirée au culte catholique le 15 août et retrouve, sous le nom de Panthéon, sa vocation de temple laïc dédié aux gloires de la France. Une série de restrictions budgétaires frappent l'église catholique<ref>Suppression des 8.000 demi-bourses de 150 francs qui avaient été accordées aux écoles secondaires catholiques (30 septembre), suppression des indemnités versées aux prêtres auxiliaires (13 octobre), suppression des traitements des cardinaux résidentiels (Croÿ, archevêque de Rouen ; Latil, archevêque de Reims ; d'Isoard, archevêque d'Auch ; Rohan-Chabot, archevêque de Besançon), considérés comme dignitaires d'un État étranger (21 octobre), suppression du secours annuel de 5.000 francs accordé depuis 1817 à la Congrégation des pères du Saint-Esprit (27 octobre).</ref>, cependant qu'est abrogée, le 11 octobre, la « loi du sacrilège » de 1825, qui punissait de mort les profanateurs d'hosties consacrées<ref>Ce texte hautement symbolique n'avait toutefois jamais été appliqué.</ref>.
[modifier] La résistance et le mouvement
Dans l'opinion<ref>Le 25 août, des habitants du quartier commerçant de la rue Montmartre envahissent la salle de la Société des amis du peuple et en dispersent de force les membres.</ref> et à la Chambre des députés, des voix s'élèvent pour demander la fermeture des clubs républicains, foyers d'agitation qui contreviennent à l'article 291 du code pénal, interdisant toute réunion de plus de 20 personnes. Mais le garde des sceaux, Dupont de l'Eure, et le procureur général de Paris, Bernard, tous deux républicains, refusent de poursuivre les associations révolutionnaires.
Le 25 septembre, répondant à une interpellation à la Chambre sur ce sujet, le ministre de l'Intérieur, Guizot, exprime en revanche la volonté de mettre un terme à l'agitation<ref>« Messieurs, dit Guizot, nous avons fait une révolution, une heureuse, une glorieuse révolution ; mais nous n'avons pas prétendu mettre la France en état révolutionnaire, la maintenir dans le trouble qui accompagne une telle situation. » Il définit l’« état révolutionnaire » : « Toutes les choses sont mises en question ; toutes les prétentions sont indéfinies ; des appels continuels sont faits à la force, à la violence. [...] Eh bien ! Messieurs, nous aimons le progrès, nous désirons le mouvement progressif, [...] mais le désordre n'est pas le mouvement, le trouble n'est pas le progrès, l'état révolutionnaire n'est pas l'état ascendant de la société. » (cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 632)</ref>. Le discours, appuyé par celui de Casimir Perier, est bien accueilli à la Chambre, mais celle-ci ne parvient pas à conclure. C'est l'apparition d'un clivage entre deux tendances politiques antagonistes, qui vont structurer la vie politique sous la monarchie de Juillet :
- le parti du mouvement (soutenu par le journal Le National), réformiste et favorable à une politique d'aide aux nationalités ;
- le parti de la résistance (soutenu par le Journal des débats), conservateur et favorable à la paix avec l'Europe.
Le procès des quatre ex-ministres de Charles X arrêtés en août 1830 alors qu'ils tentaient de fuir à l'étranger – Polignac, Chantelauze, Peyronnet et Guernon-Ranville – est la grande affaire politique de l'heure. La gauche exige la tête des ministres, mais Louis-Philippe, veut éviter une exécution dont il craint qu'elle ne donne le signal d'une vague de Terreur révolutionnaire qui, emportant la monarchie de Juillet dans une spirale de violence, la conduirait à la guerre avec les puissances européennes. Aussi la Chambre des députés, tout en votant le 27 septembre une résolution de mise en accusation des anciens ministres, adopte le 8 octobre une adresse invitant le roi à présenter un projet abolissant la peine de mort, au moins en matière politique. Cet épisode déclenche une émeute les 17 et 18 octobre : les manifestants marchent sur le fort de Vincennes, où sont détenus les ministres.
Après ces émeutes, Guizot demande la révocation du préfet de la Seine, Odilon Barrot, qui, dans une proclamation aux Parisiens, a qualifié d’« inopportune démarche » l'adresse demandant l'abolition de la peine de mort. Guizot, appuyé par le duc de Broglie, estime qu'un haut fonctionnaire ne saurait critiquer un acte de la Chambre des députés, surtout que celui-ci a été approuvé par le roi et par son gouvernement. Dupont de l'Eure prend le parti de Barrot et menace de démissionner s'il est désavoué. Jacques Laffitte, principale figure du mouvement, s'offre alors pour coordonner les ministres avec le titre de « président du Conseil ». Aussitôt, Broglie et Guizot, refusant de passer sous la coupe de Laffitte, démissionnent, suivis par Perier, Dupin, Molé et Louis.
Pour lever l'hypothèque de gauche, Louis-Philippe va alors prendre Laffitte au mot et l'appelle à former un nouveau gouvernement le 2 novembre 1830, en espérant que l'exercice du pouvoir le discréditera
[modifier] Le ministère Laffitte
« Si le chef doit être M. Laffitte, confie Louis-Philippe au duc de Broglie, j'y consens pourvu qu'il soit lui-même chargé de choisir ses collègues, et je préviens d'avance que, ne partageant pas son opinion, je ne saurais lui promettre de lui prêter secours. »<ref>cité par Guy Antonetti, Op. cit., pp. 633-634</ref> On ne saurait être plus clair ; pourtant, la formation du cabinet donne lieu à de longues tractations et Laffitte, trompé par les marques d'amitié que lui prodigue le roi, croit que ce dernier lui accorde une véritable confiance.
Le procès des ex-ministres de Charles X se déroule du 15 au 21 décembre devant la Chambre des pairs, cernée par l'émeute qui réclame la mort. Condamnés à la détention perpétuelle, assortie de la mort civile pour Polignac, les ministres échappent au lynchage grâce à la présence d'esprit du ministre de l'Intérieur, Montalivet, qui parvient à les mettre en sécurité au fort de Vincennes. La garde nationale maintient le calme dans Paris, affirmant son rôle essentiel de milice bourgeoise du nouveau régime.
[modifier] La mise en œuvre de réformes promises par la Charte révisée
En manifestant l'importance de la garde nationale, seule force sur laquelle le gouvernement puisse alors compter pour assurer l'ordre public, cet épisode démontre également le risque qu'il y a à la laisser aux mains du peu fiable La Fayette. Celui-ci est rapidement poussé à la démission à la faveur de la réorganisation de la garde nationale, ce qui entraîne le départ du gouvernement du garde des sceaux, Dupont de l'Eure. D'autre part, pour éviter de dépendre d'une seule force, Louis-Philippe charge le maréchal Soult, nommé ministre de la Guerre depuis le 17 novembre, de réorganiser sans tarder l'armée de ligne. Celui-ci présente à la Chambre, dès le mois de février 1831, son plan visant à accroître les effectifs de l'armée, à résorber le surencadrement et à assurer l'approvisionnement en armes et en munitions, et fait adopter la loi du 9 mars 1831 créant la Légion étrangère, première d'un important train de réformes militaires<ref>Suivent les lois du 11 avril 1831 sur les pensions militaires, des 21 mars et 14 avril 1832 sur le recrutement de l'armée et sur l'avancement, et du 19 mai 1834 sur l'état des officiers.</ref>.
Dans le même temps, le gouvernement met en œuvre un certain nombre de réformes correspondant à des revendications du parti du mouvement qui avaient été inscrites à l'article 69 de la Charte révisée : la loi du 21 mars 1831 sur les conseils municipaux rétablit le principe de l'élection et élargit sensiblement la base électorale, avec 2 à 3 millions d'électeurs sur 32,6 millions d'habitants, soit dix fois plus que pour les élections législatives (V. Grandes lois sous la monarchie de Juillet) ; la loi du 22 mars 1831 organise la garde nationale ; la loi du 19 avril 1831, votée après deux mois de débats au parlement<ref>Si la loi a été promulguée après la chute de Laffitte, c'est lui qui a mené l'essentiel de la discussion parlementaire, engagée le 22 février.</ref>, abaisse le cens d'électorat de 300 à 200 francs de contributions directes et le cens d'éligibilité de 1.000 à 500 francs. Le nombre d'électeurs passe de moins de 100.000 à 166.000. Un Français sur cent soixante-dix participe à la vie politique par le biais des élections.
[modifier] Les émeutes des 14 et 15 février 1831
Les émeutes qui ont lieu à Paris les 14 et 15 février 1831 vont provoquer la chute du ministère. Elles trouvent leur origine dans la célébration, le 14, d'un service funèbre organisé à Saint-Germain-l'Auxerrois par les légitimistes en mémoire du duc de Berry. La cérémonie religieuse prend en réalité un tour nettement plus politique, celui d'une manifestation en faveur du comte de Chambord. Les révolutionnaires y voient une provocation intolérable, envahissent l'église et la mettent à sac. Le lendemain, la foule saccage une nouvelle fois l'archevêché, déjà dévasté lors des Trois Glorieuses, avant de piller plusieurs églises. Le mouvement s'étend à la province où des séminaires et des palais épiscopaux sont pillés dans plusieurs villes. Le gouvernement s'abstient de réagir énergiquement. Le préfet de la Seine, Odilon Barrot, le préfet de police, Jean-Jacques Baude, le commandant de la Garde nationale de Paris, le général Mouton, restent passifs<ref>Cette passivité indigne Guizot, mais aussi des républicains comme Armand Carrel qui écrit dans Le National du 16 février : « C'est au peuple qu'on rend compte des arrestations carlistes. Pour calmer l'émeute, on s'humilie devant elle ; on lui jure qu'on est gouverné par elle, qu'on obéit à ses inspirations. » (cité par Guy Antonetti, Op. cit., p. 649)</ref>. Et quand le gouvernement réagit enfin, c'est pour faire arrêter l'archevêque de Paris, Mgr de Quélen, le curé de Saint-Germain-l'Auxerrois, et d'autres prêtres accusés, avec quelques notables royalistes, de s'être livrés à des provocations.
De plus, la situation économique difficile et la réticence montrée par le roi à partager ses pouvoirs entraînent la démission de Laffitte.
[modifier] Le rétablissement de l'ordre
Laffitte est remplacé, le 13 mars 1831, par Casimir Perier (parti de la résistance). Celui-ci ne veut plus d'une « monarchie honteuse », et souhaite mettre en place le cadre d'une véritable monarchie avec un programme clair « au dedans l'ordre sans sacrifice pour la liberté, au dehors la paix, sans coûts pour l'honneur ».
- Il commence par une politique de libéralisation héritée de son prédécesseur avec la suppression du « double-vote », l'abaissement du cens à 200 francs, la mise en place de l'élection censitaire des conseillers municipaux, l'accès moins contraignant à la Garde Nationale. Pour asseoir son pouvoir, il demande la dissolution de la Chambre le 5 juillet 1831.
- Les élections sont un succès pour la résistance, mais le peuple, agité par les républicains et victime de la mauvaise situation économique et des épidémies de choléra, reste une menace pour le régime, malmené en novembre 1831 (révolte des Canuts à Lyon), et en juin 1832 (insurrection républicaine à Paris, qui entraîne la suppression de la Société des amis du peuple.). Parallèlement, la duchesse de Berry mène un complot légitimiste et tente de soulever la Provence et la Vendée durant le printemps 1832, ce qui, là encore, montre la fragilité du nouveau régime.
Le roi décide de prendre les choses en mains en assumant à titre exceptionnel (pour cause de décès de Casimir Perier, atteint du choléra) la fonction de président du conseil de mai à octobre 1832, puis nomme un homme de confiance, l'inflexible Maréchal Soult. Celui-ci est secondé au sein du gouvernement par un triumvirat constitué de personnalités majeures du parti de la résistance que sont Thiers, de Broglie, Guizot. Ce dernier met en place la célèbre loi sur l'instruction primaire en juin 1833 qui oblige la création d'une école élémentaire dans chaque commune. Mais la politique de Soult est surtout basée sur la stabilisation du régime à travers une politique répressive : en mars 1834, les associations de plus de 20 membres, sont interdites, l'influente Société des Droits de l'Homme est contrée. 2000 personnes sont arrêtées suite aux différentes émeutes notamment à Paris et à Lyon. Les élections de juin 1834 marquent un renforcement de la résistance et l'émergence d'un Tiers-parti qui, lui, souhaite une conciliation avec la gauche. Si le départ du duc de Broglie du gouvernement, qui dénoncait l'omnipotence du roi, entraîne la démission de Soult, le régime semble installé, après avoir brisé l'insurrection.
Le roi échappe en juillet 1835 à une tentative d'assassinat par Fieschi. En septembre 1835, les lois répressives sont mises en place : limitation de la liberté de la presse (sanction contre les atteintes au roi et au régime), sévérité face aux délits politiques.
[modifier] Vers un régime stabilisé
Le régime monarchique se stabilise par une politique de réconciliation. Elle commence en 1835. L'Arc de triomphe, à la gloire des campagnes napoléoniennes, est inauguré en 1836, l'année du transfert des cendres de l'Empereur aux Invalides. Louis-Napoléon Bonaparte tente alors un coup d'État à Strasbourg, puis récidive à Boulogne-sur-Mer en 1840. Louis-Philippe, clément, l'emprisonne au fort de Ham. La colonne de Juillet est érigée en mémoire des Trois Glorieuses.
Le gouvernement est orléaniste, ainsi que la Chambre. Ceux-ci sont divisés entre:
- La gauche dynastique d'Odilon Barrot, qui réclame l'élargissement du cens à la petite bourgeoisie, tendance du journal Le Siècle
- Le centre gauche d'Adolphe Thiers, qui veut limiter le pouvoir du Roi, dirige le journal Le Constitutionnel
- Les Conservateurs, dirigés par Guizot et Mathieu Molé, veulent préserver le régime, et défendent leurs idées dans Le Journal Des Débats et La Presse
En résulte une forte instabilité ministérielle de février à septembre 1836. Thiers dirige ensuite, mais l'insurrection de la Société des Saisons de Blanqui et la question d'Orient désavoue Thiers en 1839, remplacé par le Maréchal Soult.
[modifier] Le système Guizot
Guizot est la tête pensante du gouvernement dès 1840. La question d'Orient est réglée par la Convention des Détroits en 1841, permet un premier rapprochement franco-anglais. Cela favorise la colonisation de l'Algérie conquise par Charles X.
Guizot s'appuie sur le parti conservateur et une opposition divisée, situation accentuée par la dissolution de la Chambre qui renforce les partisans du roi. Ainsi, il considère que toute réforme s'avère être un danger et est inutile. Aussi refuse-t-il toute réforme qui abaisserait le cens, et accepte encore moins l'idée du suffrage universel direct. Selon lui, la monarchie doit favoriser la « classe moyenne », les notables. Ceux-ci sont réunis par la propriété foncière, une "morale" liée à l'argent, le travail et l'épargne. "Enrichissez vous par le travail et par l'épargne et ainsi vous serez électeur !". Guizot s'acharne à favoriser les propriétaires et à conserver le régime. Il est aidé par le décollage économique du pays de 1840 à 1846. Avec un rythme de croissance de 3,5 % par an, les revenus agricoles augmentent, ainsi que le pouvoir d'achat, qui entraine une hausse de la production industrielle. Le réseau des transports connait une croissance spectaculaire. En 1842, une loi organise le réseau ferré national, qui passe de 600 à 1850 km.
[modifier] Un système menacé
L'époque est caractérisée par l'éclosion d'un nouveau phénomène social, qu'on baptise le paupérisme. Lié à l'industrialisation et à la concentration ouvrière, il s'agit de la pauvreté durable et massive des ouvriers, qui ne peuvent améliorer leur niveau de vie. De plus, les anciennes solidarités de congrégations caractéristiques de l'Ancien Régime ont disparu. La situation ouvrière est catastrophique. Journée de 14 heures, salaires à 0,20 Franc par jour, les ouvriers sont à la merci des patrons. Les 250 000 mendiants et les 3 millions de Français inscrits aux bureaux de bienfaisance constituent un redoutable réservoir d'insatisfaits, face à une assistance de l'État inexistante.
- Les bourgeois en sont conscients ; Karl Marx entame alors sa théorisation du « capitalisme ». Cette opposition aboutit en 1841 à la seule loi sociale du régime, qui interdit le travail aux enfants de moins de 8 ans et le travail de nuit pour ceux de moins de 13 ans, loi rarement appliquée.
- Les chrétiens imaginent une « économie charitable ».
- Les libéraux entrevoient une solution dans le libre-échange et la fin des monopoles d'alors. Alexis de Tocqueville publie De la démocratie en Amérique.
- Les socialistes utopiques imaginent des organisations originales, inspirées de Claude-Henri de Saint-Simon et de Charles Fourier.
- Blanqui prône la révolution puis la dictature socialiste. L'opposition va se développer lors de la crise sociale de 1846.
[modifier] La crise de la Monarchie
En 1846, la récolte est très mauvaise. L'augmentation des prix du blé, base de l'alimentation, provoque la disette. Le pouvoir d'achat baisse. Le marché de consommation intérieur ne progresse plus, entrainant une crise industrielle de surproduction. Immédiatement les patrons s'adaptent en renvoyant leurs ouvriers. Aussitôt, on assiste à un retrait massif de l'épargne populaire, le système bancaire est en crise. Les faillites se multiplient, les cours de la Bourse chutent. L'État réagit en important du blé russe, ce qui rend la balance commerciale négative. Les grands travaux stoppent.
Les manifestations ouvrières se développent. En 1847, émeutes du Buzançais. À Roubaix, 60% des ouvriers sont au chômage. Les affaires de corruption (affaire Teste-Cubières) et les scandales (affaire Choiseul-Praslin) entachent le régime.
Les associations étant encadrées et les rassemblements publics interdits à partir de 1835, l'opposition est bloquée. Pour contourner cette loi, les opposants suivent les enterrements civils de certains d'entre eux qui se transforment en manifestations publiques. Les fêtes de famille et les banquets servent également de prétextes aux rassemblements. La campagne des banquets, à la fin du régime, se déroule dans toutes les grandes villes de France. Louis-Philippe durcit son discours, et interdit le banquet de clôture le 14 janvier 1848. Le banquet, repoussé au 22 Février, va provoquer la révolution de 1848.
| Série Histoire de France |
|---|
| Monarchie de Juillet |
| Campagne des banquets |
| Révolution de 1848 |
| Gouvernement provisoire |
| Seconde République |
[modifier] La chute du régime
Après une agitation le roi remplace le ministre François Guizot par Adolphe Thiers qui propose la répression. Reçu avec hostilité par la troupe stationnée au Carrousel, devant le palais des Tuileries, le roi se résout à abdiquer en faveur de son petit-fils, Philippe d'Orléans (1838-1894), en confiant la régence à sa bru Hélène de Mecklembourg-Schwerin, en vain. La IIe République est proclamée le 27 février devant la colonne de la Bastille.
Louis-Philippe qui se voulait être le roi citoyen à l'écoute du pays réel, le roi appelé au trône et apparu lié au pays par un contrat dont il tirait sa légitimité, n'a pas su comprendre que son peuple voulait élargir le corps électoral, pour les plus frileux politiquement en baissant le cens, pour les plus progressistes obtenir le suffrage universel.
Si la fin de règne ressemble fort à une guerre civile, l'époque est caractérisée par une effervescence de la création artistique et intellectuelle qui permit à la France de surmonter les blessures faites à l'orgueil national.
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[modifier] Références
[modifier] Voir aussi
- Trois glorieuses
- Hésitation de 1830
- Lieutenance générale de Louis-Philippe d'Orléans (1830)
- Politique extérieure de la France sous la monarchie de Juillet
- Campagne des Banquets
- Révolution de février 1848
[modifier] Liens externes
- Textes sur la monarchie de Juillet, de 1830 à 1848, en France
- Monarchie de Juillet et démocratie
- Résumé sur la Monarchie de Juillet
[modifier] Bibliographie
- Adèle d'Osmond, comtesse de Boigne, Mémoires de la comtesse de Boigne née d'Osmond, publiés pour la première fois en 1907 : chronique irremplaçable de la vie publique sous la Restauration et la monarchie de Juillet.
[modifier] Sources
- Guy Antonetti, Louis-Philippe, Paris, Librairie Arthème Fayard, 2002 – ISBN 2-213-59222-7
- Hervé Robert, La Monarchie de Juillet, Collection Que sais-je ?, Presses Universitaires de France (PUF), 2000 – ISBN 213046517X
[modifier] Notes
<references />
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