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Mise en abyme

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La mise en abyme (on écrit parfois aussi, par abus de langage : mise en abîme) est un procédé consistant à incruster une image en elle-même — ou, d'une manière générale, à représenter une œuvre dans une œuvre de même type. On y retrouve le type d'autosimilarité qui constitue également le principe des fractales ou de la récursivité en mathématiques.

  • En littérature, procédé consistant à placer à l'intérieur du récit principal un récit qui reprend de façon plus ou moins fidèle des actions ou des thèmes du récit principal, comme dans la pièce Hamlet (voir exemples ci-dessous). Il ne faut pas confondre la mise en abyme avec le récit enchâssé, qui consiste à faire raconter par le personnage d'un récit un autre récit, dans lequel peut apparaître un personnage qui en racontera encore un autre, comme dans les Mille et une nuits.
  • En arts graphiques, Les époux Arnolfini (Jan van Eyck, 1434, 82 × 60 cm, peinture sur bois, National Gallery, Londres) est un exemple fameux dans lequel un miroir convexe reflète l'ensemble de la scène (y compris le miroir lui-même, et ainsi de suite…). On peut également citer l'exemple mieux connu du dessin de la boîte de fromage en portions « La Vache qui rit » (La vache porte des boucles d'oreilles qui elles-mêmes sont des boîtes de Vache qui rit, etc.)
  • Dans certaines œuvres de théâtre et de cinéma, un comédien joue le rôle d'un comédien qui joue un rôle… (procédé appelé communément « théâtre dans le théâtre »)

La mise en abyme est un procédé artistique — ou de réflexion intellectuelle — qui entraîne souvent une sensation de vertige.

Sommaire

[modifier] Exemples

Céline en abyme
  • image de La vache qui rit : ses boucles d'oreille sont fractales ;
  • étiquette de l'apéritif Dubonnet du chat qui entoure la bouteille avec une étiquette ;
  • les images ci-contre ;
  • l'affiche du film Memento (image) ;
  • Dans Le pouvoir des fables, La Fontaine fait l'éloge de ce genre qu'est la fable en introduisant dans son texte une deuxième fable.
  • Dans le roman Le Tunnel d'Ernesto Sabato, le peintre a recours à une méthode de mise en abyme dans une de ses peintures. En effet, une fenêtre à l'intérieur du tableau révèle une autre scène, cachée. Celle-ci contient le véritable message de l'œuvre, alors que tout le reste n'est qu'une parure afin de tromper les moins éclairés ;
  • Dans son roman Stéphanie Phanistée, Frédérick Tristan met en scène la même femme lors de récits emboités les uns dans les autres.
  • la série télévisée Stargate SG-1 s'auto-parodie en intégrant dans l'intrigue de plusieurs épisodes une série de médiocre qualité intitulée Wormhole X-Treme! (ce n'est cependant que l'exemple le plus frappant, les scénaristes étant coutumiers de ce type d'allusions) ;
  • le film Scream 2 parodie le premier opus de la trilogie, Scream sous la forme d'un film de série B : Stab ;
  • dans certaines séries télévisées, il arrive que les personnages écoutent ou chantent la musique du générique ;
  • ce petit dialogue :
— Où vas-tu ?
— Au cinéma.
— Qu'est-ce que tu vas voir ?
Quo vadis ?
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
— « Où vas-tu ? »
— Au cinéma…

[modifier] Utilisation du procédé

Les Ménines, Diego Vélasquez

Ce procédé permet de créer du trouble dans la convention narrative. Le procédé permet de donner le tournis au lecteur ou à l'auditeur qui rapidement ne sait plus qui parle : l'auteur, Shéhérazade, un personnage ? Ici, il s'agit de redoubler le trouble du roi qui oublie de se débarrasser de Shéhérazade.

Dans Les Ménines de Diego Vélasquez le procédé est utilisé de façon paradoxale parce qu'on ne voit pas réellement le tableau qu'il est en train de peindre, ce qui ajoute au trouble : quel est l'objet de ce tableau, le geste du peintre (qu'on ne voit pas peindre mais regarder), l'infante à ses côtés ou encore ce que regarde le peintre et qu'on aperçoit à peine dans le miroir (le roi et la reine), le tableau retourné ?

Elle peut également jouer le rôle de clin d'œil inséré par l'auteur, ou lui permettre d'engager, sur le mode de l'humour (autodérision), une critique sur sa propre œuvre, voire sur le genre auquel elle appartient.

Frédéric Beigbeder et Milan Kundera sont deux auteurs qui ont l'habitude d'utiliser la mise en abyme pour apporter une réflexion sur leur œuvre que les protagonistes eux-mêmes ne pourraient avoir, puisqu'ils sont prisonniers, trop occupés par ce qui leur arrive.

[modifier] Origine de l'expression

En héraldique, l'abyme (ou abîme) est la partie centrale de l'écu (support matériel du blason). Ainsi, lorsqu'un écu est représenté à l'intérieur de l'écu principal (vraisemblablement dans la partie centrale), on dit qu'il est "mis en abyme". On peut voir un exemple de ce procédé sur les armes du duc de Bourgogne Jean sans Peur.

L'expression utilisée dans le sens sémiologique remonte à André Gide, lequel note dans son Journal en 1893 :

« J'aime assez qu'en une œuvre d'art on retrouve ainsi transposé, à l'échelle des personnages, le sujet même de cette œuvre par comparaison avec ce procédé du blason qui consiste, dans le premier, à mettre le second en abyme. »

Peut-être Gide fait-il aussi référence au genre poétique du blason, en vogue au XVIe siècle, dans lequel l'auteur fait une description détaillée d'une personne ou d'un objet.

[modifier] Références

  • Lucien Dällenbach, Le récit spéculaire. Essai sur la mise en abyme, Paris, Seuil, 1977.

[modifier] Articles connexes

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