Frontière Oder-Neisse
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La frontière Oder-Neisse (polonais: granica na Odrze i Nysie, allemand: Oder-Neiße-Linie)- connue au temps de la RDA sous le nom de « frontière de la paix », est la frontière entre l’Allemagne et la Pologne qui suit le tracé de ces deux cours d’eau.
Elle a été créée par les Alliés dans le cadre des accords de Potsdam, le 2 août 1945, et devait être valable jusqu’au futur Traité de paix.
Suivant les Accords de Görlitz du 6 juillet 1950 la RDA, créée l’année précédente, reconnut la nouvelle frontière, tandis que la RFA, fondée aussi la même année, se borna en 1970 à reconnaître par le Traité de Varsovie la ligne Oder-Neisse comme frontière de fait, en se réservant la possibilité d’un changement dans le cadre d’un arrangement pacifique.
Quand après le tournant de 1989 on s’est inquiété, surtout en Pologne, que la RFA pût exiger une révision des frontières orientales de l’Allemagne, les quatre vainqueurs de 1945 imposèrent la reconnaissance définitive de la frontière comme préalable pour consentir à la réunification. Les accords germano-polonais du 14 novembre 1990 interdisaient le recours à la force pour modifier les limites territoriales.
Par ces accords la RFA renonçait à tous ses droits sur les territoires situés à l’est de cette ligne.
Sommaire |
[modifier] Esquisse des faits depuis 1945
- Mai/Juin 1945: L'Union soviétique place sous administration civile polonaise la plus grande partie des territoires à l'est de l'Oder et de la Neisse sans s'être entendue avec les alliés.
- 2 août 1945 : Sous la pression de Staline, les Alliés décident dans la conférence de Potsdam que les régions jusque là allemandes situées à l'Est de l'Oder et de la Neisse de Lausitz doivent passer sous administration polonaise jusqu'au règlement de la question des frontières par un traité de paix. Le Nord de la Prusse orientale avec Kœnigsberg revient à l'URSS. Les États Unis expliquent qu'ils consentiront à l'annexion de cette région par l'URSS à la conférence de paix, mais refusent un pareil engagement en faveur de la Pologne
- automne 1945 : La Pologne refuse comme insuffisante la ligne de démarcation et occupe à l'ouest de l'Oder la ville de Szczecin (Stettin).
- Les autorités de la zone d'occupation soviétique refusent la ligne de démarcation, mais avec une argumentation opposée
- Mars-avril 1947 : la conférence de Moscou réunissant les ministres des affaires étrangères définit officiellement la ligne Oder-Neisse comme « frontière de la paix »
- Destitution par le SMAD (administration militaire soviétique en Allemagne) de Jakob Kaiser, président de la CDU de l'Allemagne de l'Est et opposant au régime
- 11 janvier 1949 : Intégration officielle dans l'administration de l'État polonais des régions obtenues grâce aux nouvelles frontières. Officiellement, elles s'appellent désormais « les régions occidentales recouvrées et les régions du Nord » ou plus brièvement « nouveaux domaines de l'Ouest » pour les distinguer des « anciens domaines de l'Ouest » acquis dès 1919.
- 18 octobre 1949 : Établissement des relations diplomatiques entre la Pologne et la RDA. Le président est-allemand Wilhelm Pieck fait savoir au président de la République polonaise Bierut qu'il reconnaît la frontière Oder-Neisse.
- 6 juin 1950 : Accords de Görlitz entre la RDA représentée par son ministre-président Otto Grotewohl et la Pologne représentée par le ministre-président Cyrankiewicz. La frontière Oder-Neisse est reconnue comme « la frontière inviolable de paix et d'amitié qui ne sépare pas les deux peuples, mais les unit ». Le problème de Szczecin n'était cependant pas mentionné, pas plus qu'il ne l'avait été lors de la Conférence de Potsdam, et la délimitation de la frontière n'est valable que jusqu'à la « fixation définitive de la frontière occidentale de la Pologne » dans un règlement de paix à venir.
- 7 juin 1950 : La France reconnaît officiellement le territoire relevant de l'État allemand « dans les frontières de 1937 ».
- 8 juin 1950 : Les États-Unis et la Grande-Bretagne condamnent le Traité de Görlitz.
- 9 juin 1950 : L'accord entre les gouvernements est-allemand et polonais est considéré par la République fédérale comme nul et non avenu. Le gouvernement s'appuie d'ailleurs sur une condition que le Traité de Görlitz ne remplissait pas : À savoir qu'une décision sur les territoires orientaux de l'Allemagne placés sous administration polonaise et soviétique ne saurait intervenir que dans le cadre d'un traité de paix.
- Cession par l'Allemagne de l'Est d'une partie de l'île d'Usedom à la Pologne.
- 6 juillet 1950 : Signature officielle du Traité de Görlitz.
- 5 août 1950 : Par une charte proclamée à Stuttgart les représentants élus des Allemands expulsés des territoires de l'Est renoncent solennellement à tout recours à la force et à tout esprit de vengeance, mais non au droit de retour dans leur pays.
- 27 septembre 1951 : Convention à Francfort-sur-l'Oder au sujet du marquage des frontières.
- 1963 : Dans un discours de bienvenue lors d'une convention des Silésiens en Allemagne, Willy Brandt repousse de façon abrupte la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse avec ces mots: « Renoncer à nos droits serait une trahison. ».
- 1965 : Dans un mémorandum de l'Église Évangélique allemande consacré aux problèmes de l'Ouest, on suggère avec prudence pour la première fois qu'il conviendrait d'accepter la nouvelle frontière. Une telle recommandation, très contestée à l'intérieur de l'Église, n'en a pas moins un poids considérable car 90 % des réfugiés sont de confession protestante.
- 1968 : Willy Brandt plaide pour le respect de la frontière Oder-Neisse jusqu'à un règlement par un traité de paix. Il est le premier homme politique allemand à s'exprimer ainsi.
- 1969 : dans sa déclaration gouvernementale en tant que chancelier fédéral à la tête de la première coalition socialdémocrate-libérale Willy Brandt explique assez clairement qu'il a l'intention de reconnaître la ligne Oder-Neisse comme frontière. Il ne parle pas de contreparties polonaises – par exemple l'octroi des droits de minorités pour les quelque 1,2 millions Allemands vivant encore à l'époque en territoire polonais.
- 7 décembre 1970 : Traité de Varsovie entre la République fédérale d'Allemagne et la République populaire de Pologne. Les deux parties acceptent que la ligne de démarcation existant à la suite des décisions de Potsdam constitue la « frontière d'État occidentale de la république populaire de Pologne ». Aucune des deux n'a envers l'autre d'exigences territoriales et n'en présentera pas non plus à l'avenir. On ne convient d'aucun droit de retour pour les expulsés ni de droits de minorités pour les Allemands restés au pays et sur ce point les Allemands n'avaient d'ailleurs rien exigé.
- fin de 1971 : Débats de politique intérieure sur les traités concernant la frontière orientale. La majorité de la CDU choisit de s'abstenir lors du vote, ce qui permet l'adoption par le Bundestag.
- le 10 mai 1972 : Le Bundestag confirme le caractère provisoire du traité. Il ne constitue nullement « </i>une base juridique pour les frontières existant aujourd'hui</i> ». On se fonde sur les pouvoirs que se sont réservés les quatre puissances victorieuses et qui considèrent l'Allemagne comme un tout. Par conséquent la République fédérale, qui ne jouit pas d'une pleine souveraineté, n'est pas habilitée à entreprendre des modifications qui auraient des conséquences sur le droit international des frontières de1937.
- en 1985 : L'extension des eaux territoriales de la RDA dans le golfe de Szczecin provoque une tension avec la Pologne.
- le 22 mai 1989 : Accord entre la RDA et la république populaire de Pologne sur la délimitation dans la région des lacs du golfe de Szczecin (Stettin).
- fin des années 1980 : Dans les anciennes régions orientales allemandes vivent encore environ 800 000 Allemands, dont 750 000 d'eux en Haute-Silésie. Dès 1989 le nombre baisse par émigration ; en 2005 il n'en reste plus qu'environ 400 000.
- 27 septembre 1989 : Dans un discours devant l'assemblée plénière de l'ONU le ministre des Affaires étrangères Genscher assure au peuple polonais que « son droit de vivre dans des frontières sûres n'est pas remis en question par nous les Allemands, ni maintenant ni dans l'avenir par des revendications territoriales ».
- 21 juin 1990 : Le chancelier fédéral Helmut Kohl annonce la reconnaissance en droit international de la frontière de la Pologne avec l'Allemagne, « telle qu'elle existe à présent aujourd'hui ».
- 12 septembre 1990 : Confirmation des frontières existantes entre l'Allemagne réunifiée et la Pologne dans le « Traité Deux-plus-Quatre » (Zwei-plus-Vier-Vertrag). Le texte contient une confirmation explicite et implicite de la reconnaissance de la nouvelle frontière.
- 29 septembre 1990 : Avec la mise en vigueur du contrat de réunification entre la RDA et laRépublique fédérale entrent en vigueur les modifications nécessaires de la loi fondamentale de la République fédérale dont la suppression de l'article 23.
- 14 novembre 1990 : À Varsovie, le ministre des Affaires étrangères Skubiszewski pour la République de Pologne et le ministre des Affaires étrangères Genscher pour la République fédérale d'Allemagne signent le traité sur la frontière germano-polonaise confirmant qu'elle « est déterminée par le Traité de Görlitz ... et le Traitéde Varsovie. »
- 17 juin 1991 : À Bonn, le chancelier fédéral Kohl et le ministre des Affaires étrangères Genscher pour la RFA et le ministre-président Bielecki et le ministre des Affaires étrangères Skubiszewski pour la République de Pologne signent le contrat de bon voisinage germano-polonais dans lequel il est codifié entre autres que les minorités respectives ont le droit d'exprimer librement leur identité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse » - ce qui signifie la reconnaissance officielle de la minorité allemande en Pologne. En outre il est convenu de créer un organisme de jeunesse germano-polonais.
- 16 décembre 1991 : Le Bundestag allemand ratifie le traité sur la frontière et également le traité de bon voisinage.
- 16 janvier 1992 : Les traités sur le bon voisinage et la frontière entrent en vigueur avec l'échange des documents de ratification respectifs.
[modifier] Histoire de la ligne
Avant la Seconde Guerre mondiale, la frontière occidentale de la Pologne avec l'Allemagne avait été fixée par le Traité de Versailles de 1919. Elle suivait généralement les frontières historiques de la Grande Pologne, mais avec certains ajustements destinés à refléter convenablement la composition ethnique de petites régions qui ne correspondaient pas aux frontières traditionnelles des provinces. Pourtant, la Poméranie orientale, la Haute-Silésie et la Mazurie avaient été divisées, en laissant du côté allemand de grandes régions peuplées par des populations rurales slaves et du côté polonais de fortes populations urbaines allemandes. Qui plus est, la frontière était une des plus longues possibles et elle laissait deux exclaves en Pologne du Nord (la ville libre indépendante de Gdańsk (Danzig) et la province allemande de Prusse orientale).
À la fin de Seconde Guerre mondiale en 1945, en raison des changements territoriaux demandés par l'Union soviétique, la frontière a été déplacée profondément vers l'ouest en territoire allemand, suivant ce qu'on appelle la ligne Oder-Neisse, plaçant en Pologne presque toute la Silésie, plus de la moitié de la Poméranie, une partie du Brandebourg oriental et une petite région de Saxe. Le territoire polonais incluait aussi la région de Gdańsk et les deux tiers sud de la Prusse orientale, avec la Mazurie et la Warmie. Les changements territoriaux ont été suivis de transferts démographiques à grande échelle, avec expulsion de presque tous les Allemands du territoire polonais. En outre, la population polonaise de la moitié orientale de l'ancienne Pologne, maintenant incorporée par l'Union soviétique, a été en majorité expulsée et s'est réinstallée dans les anciens territoires allemands qui constituaient à présent la Pologne occidentale. Les Polonais et les allemands n'étaient d'ailleurs pas les seuls groupes ethniques à être expulsés de leurs patries traditionnelles du fait des exigences territoriales de Joseph Staline.
La difficulté à fixer la nouvelle frontière germano-polonaise était accrue par le ressentiment des Polonais contre l'invasion nazie de la Pologne en 1939 qui avait même été suivie de l'annexion de nouveaux territoires au-delà des frontières allemandes de 1918; par l'insistance soviétique à conserver les régions polonaises prises par Staline au début de la guerre à l'est de la ligne Ribbentrop-Molotov et de ce que l'on appelle la Ligne Curzon, qui avait été concédée à la Conférence de Yalta et par l'évacuation brutale des 800 000 personnes qui restaient dans les ruines de la ville après l'Insurrection de Varsovie. Parmi les Polonais, il y en avait peu pour s'opposer sur une base humanitaire aux accroissements territoriaux de la Pologne aux dépens de l'Allemagne : tous y voyaient une juste punition pour avoir déclenché la guerre et perpétré le génocide. On reprochait à la minorité allemande d'avoir apporté son aide au Reich allemand pendant l'invasion et l'occupation de la Pologne et d'avoir joué un rôle actif dans la persécution et le meurtre de masse de Polonais. Il y en avait peu pour considérer les changements territoriaux comme excessifs et voir dans les expulsions d'Allemands qui en étaient la conséquence un désastre humanitaire.
[modifier] Les Alliés décident la fixation de la frontière polonaise
La décision finale de déplacer vers l'ouest les limites de la Pologne fut prise à la Conférence de Yalta, peu de temps avant la fin de la guerre, par les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Union Soviétique. Mais le problème de la délimitation précise n'était pas réglé : en gros les Alliés occidentaux acceptaient en général le principe que l'Oder devînt la frontière occidentale de la Pologne et que des transferts de population prévinssent des différends frontaliers futurs. Il restait à savoir si la frontière suivrait la Neisse de l'est ou celle de l'ouest et si Stettin, le port maritime traditionnel de Berlin, resterait allemand ou serait absorbé par la Pologne. Les Alliés occidentaux cherchèrent à faire admettre le principe de la Neisse de l'est, mais Staline resta intraitable, balayant même les propositions de compromis sur la Queiss ou la Bober.
À l'origine l'Allemagne aurait dû garder Szczecin (Stettin), tandis que les Polonais devaient recevoir la Prusse orientale avec Königsberg, comme le gouvernement polonais l'avait d'ailleurs demandé au début de Seconde Guerre mondiale, en raison de sa proximité avec cette province et le rôle qu'elle avait joué dans le Royaume historique de Pologne. D'autres changements territoriaux proposés par le gouvernement polonais étaient l'inclusion de la région d'Opole en Silésie et de Gdańsk, avec correction de la frontière en Poméranie occidentale et dans les régions voisines de Bytów et Lębork. La plupart de ces régions avaient une population polonaise importante. Finalement, pourtant, Staline fit savoir qu'il voulait Königsberg, port libre de glace toute l'année, pour la Marine soviétique, et proposa que les Polonais reçussent plutôt Stettin. Le gouvernement polonais d'avant-guerre dans l'exil n'avait guère à dire dans ces décisions, mais il exigea de garder la ville polonaise historique de Lwów (aujourd'hui L'viv) en Galicie. Staline refusa d'y renoncer et offrit en échange la Basse Silésie avec Breslau. (En fait un grand nombre de personnes de Lwów devaient plus tard être déplacées pour repeupler Wrocław (Breslau) et Gdańsk (Danzig). On peut d'ailleurs remarquer que la frontière actuelle ne correspond pas aux changements territoriaux les plus radicaux qui avaient été proposés. Certains plans se proposaient d'inclure encore plus de régions anciennement slaves et où s'étaient installés des colons allemands au cours du Drang nach Osten, ce qui aurait déplacé encore plus vers l'ouest la frontière polonaise, jusqu'aux confins de la ville de Berlin, pour que l'État polonais pût inclure la population slave des Sorabes.
À la Conférence de Potsdam les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Union soviétique décidèrent de placer officiellement sous administration polonaise les territoires allemands à l'est de la ligne Oder-Neisse. Les Polonais appelèrent ces territoires les Territoires Recouvrés, pour la raison qu'ils avaient jadis fait partie de l'État polonais des Piasts et que c'était seulement plus tard dans leur histoire qu'ils avaient subi une intense germanisation. Il était prévu qu'un traité de paix final devait bientôt suivre et confirmer cette frontière ou déterminer des modifications à convenir. Il avait aussi été décidé que tous les Allemands habitant dans les anciens et dans les nouveaux territoires polonais seraient expulsés, afin de prévenir toute revendication de droits par une minorité. Finalement pour 187 000 km² à l'est de la ligne Curzon qui furent cédés aux Soviétiques la Pologne reçut 112 000 km² d'anciens territoires allemands. Malgré la mauvaise qualité des sols, le terrain gagné par la Pologne était en général bien développé et riche en ressources minérales. Le tiers nord-est de la Prusse orientale fut directement annexé par l'Union soviétique et reste à ce jour partie intégrante de la Russie.
Une des raisons pour la décision finale au sujet de la frontière était le fait qu'elle était la frontière la plus courte possible entre la Pologne et l'Allemagne : seulement 472 km de longueur, parce qu'elle s'étend du point le plus au nord de la République tchèque à un des points les plus au sud de la Baltique dans l'estuaire de l'Oder. Les droits des populations vivant dans ces territoires autrefois allemands, et qui comprenaient beaucoup de gens d'origine Slave, furent complètement ignorés par les puissances victorieuses.
C'était Staline qui le premier, à la Conférence de Téhéran à la fin de 1943, exigea que la frontière occidentale de la Pologne fût reportée jusqu'à l'Oder. Les Américains, pourtant, n'étaient pas prêts à discuter d'un changement quelconque de frontière à ce temps-là. (Département d'État américain, les Relations Étrangères des États-Unis : la Conférence du Caire et de Téhéran en 1943, Tripartite Dinner Meeting, 28 Novembre 1943, pp. 509-14). Le Ministre des Affaires étrangères britannique Anthony Eden a écrit dans son journal ; « une difficulté est que les Américains sont terrifiés par le sujet que [le conseiller de Roosevelt] Harry [Hopkins] a appelé “de la dynamite politique” pour leurs élections. Mais, comme je lui ai dit, si nous ne pouvons pas trouver de solution, dans six mois les relations polono-russes seront infiniment plus mauvaises avec les armées russes en Pologne, et les élections encore plus près. » (Anthony Eden, The Reckoning (Londres, 1965) p. 427).
À la Conférence de Yalta, on discuta à nouveau de la Pologne. Le président Roosevelt avoua que sa politique intérieure serait grandement facilitée si Staline était généreux en Pologne sur la question des frontières orientales de la Pologne. (US Dept of State, Foreign Relations of the US, The Conferences at Malta and Yalta, 1945, Third Plenary Meeting 6 Feb 1945, Matthews Minutes, p. 77). Winston Churchill ajouta qu'une concession soviétique sur ce point serait admirée comme « un geste de grandeur d'âme » et déclara, en ce qui concernait le gouvernement d'après-guerre en Pologne, que les Britanniques « ne seraient jamais satisfaits d'une solution qui ne ferait pas de la Pologne un État indépendant et libre » (Ibid., Bohlen Minutes, p. 669). Pour les frontières occidentales de la Pologne, Staline fit observer que le Premier ministre polonais en exil, Stanisław Mikołajczyk, avait été content d'apprendre de sa bouche qu'on accorderait à la Pologne Stettin et les territoires allemands situés à l'est de la Neisse occidentale. (Llewellyn Woodward, British Foreign Policy in the Second World War, (Londres, 1962)). Churchill s'opposa à la frontière de la Neisse occidentale en disant que « ce serait lamentable de gaver l'oie polonaise de tant de nourriture allemande qu'elle en aurait une indigestion. » Il ajouta que bien des Britanniques seraient choqués si on chassait de ces régions un si grand nombre d'Allemands, à quoi Staline répondit que beaucoup d'Allemands avaient déjà fui avant l'arrivée de l'Armée Rouge. La question de la frontière occidentale de la Pologne fut finalement laissée en suspens pour n'être tranchée qu'à la Conférence de Potsdam.
À Potsdam, Staline plaida en faveur de la ligne Oder-Neisse s’appuyant sur le fait que le Gouvernement polonais avait revendiqué cette frontière et qu'il ne restait plus d'Allemands à l'est de cette ligne, ce qui fit dire à l'Amiral Guillaume D. Leahy, Chef d'état-major du Président américain Harry Truman, à l’oreille de son chef : « les Bolchos les ont tous tués » (Harry Truman, Year of Decisions, (New York, 1955) p. 296). Plus tard les Russes reconnurent qu'au moins un million d'Allemands restaient toujours à l’époque dans ces territoires. Le 24 juillet 1945, plusieurs dirigeants polonais parurent à la conférence pour présenter des arguments en faveur d’une frontière Oder-Neisse occidentale. Le port de Stettin fut réclamé pour les exportations de l'Europe de l'Est. Si Stettin n’était pas polonais, comme les réserves d'eau se trouvaient entre l'Oder et la Neisse de Lusace, les affluents de l'Oder seraient contrôlés par un autre pays et le fleuve pourrait être bloqué. (US Dept of State, Foreign Relations of the US, The Conference of Berlin (Potsdam) 1945, vol. II pp. 1522-1524)
Le 25 juillet le Président américain et le Premier ministre britannique déclarèrent l’un comme l’autre qu'ils ne pouvaient tolérer ni une administration polonaise sur une partie des zones d'occupation (ce qui aurait fait en fait la Pologne une cinquième puissance occupante après le Royaume-Uni, les États-Unis, la France et l'URSS) ni l'expulsion de millions de personnes vers d'autres territoires (<i>Ibid., le pp 381ff). Staline répondit que les Polonais « prenaient leur revanche des avanies que les Allemands leur avaient faites au cours de siècles » (Ibid., p. 384).
Le 29 juillet, pourtant, James Byrnes - devenu Secrétaire d'État américain au début du mois – fit savoir aux Soviétiques que les États-Unis étaient prêts à concéder les territoires à l'est de l'Oder et de la Neisse orientale à l'administration polonaise et à ne pas les considérer comme une partie de la zone d'occupation soviétique, en échange d'une modération de demandes soviétiques pour les réparations dans les zones d'occupation occidentales. (Ibid., p. 1150). Le choix de la Neisse orientale comme limite aurait laissé en gros à l'Allemagne la moitié de la Silésie. Les Soviétiques insistèrent sur le fait que les Polonais ne l'accepteraient pas (bien qu'en fait ils eussent déjà informé les Américains qu'ils le feraient). Le lendemain Byrnes dit au Ministre des Affaires étrangères soviétique Vyacheslav Molotov que les Américains accepteraient à contrecœur de concéder la Neisse Occidentale (Ibid., p. 480). La concession de Byrnes sapait la position britannique et bien que le Ministre des Affaires étrangères britannique Ernest Bevin eût soulevé des objections (Ibid., p. 519), les Britanniques approuvèrent finalement la concession américaine.
Winston Churchill n’assistait pas à la fin de la Conférence à la suite des résultats des élections britanniques où il avait été vaincu. Churchill proclama plus tard qu'il n'aurait jamais accepté la ligne Oder-Neisse occidentale et, dans son célèbre discours sur le Rideau de fer, déclara que « le Gouvernement polonais dominé par la Russie a été encouragé à causer à l’Allemagne des torts énormes et injustifiés et des expulsions en masse de millions d'Allemands ont lieu maintenant sur une échelle cruelle et difficile à imaginer. »
[modifier] La reconnaissance de la frontière par l'Allemagne
En 1950 les gouvernements d'Allemagne de l'Est et de Pologne ont signé le Traité de Zgorzelec qui reconnaissait la frontière Oder-Neisse, désignée comme la « Frontière de la Paix et de l'Amitié ». Un autre traité signé en 1989 entre la Pologne et l'Allemagne de l'Est, définissait la frontière maritime.
En 1952, la reconnaissance de la ligne Oder-Neisse comme frontière permanente était une des conditions de Staline pour que l'Union soviétique acceptât la réunification allemande. L'offre fut rejetée par Konrad Adenauer, Chancelier de l'Allemagne de l'Ouest, pour plusieurs raisons.
En Allemagne de l'Ouest, où s'étaient installés la majorité des 12 millions de réfugiés déplacés, la reconnaissance de la Ligne Oder-Neisse fut longtemps considérée comme inacceptable. En fait, l'Allemagne de l'Ouest dans le cadre de la Doctrine Hallstein ne reconnaissait ni la Pologne communiste ni l'Allemagne de l'Est dominée par l'Union soviétique. Cette attitude Ouest-Allemande changea avec l'Ostpolitik conduite par Willy Brandt. En 1970 l'Allemagne de l'Ouest signa des traités avec l'Union soviétique (Traité de Moscou) et la Pologne (Traité de Varsovie) où elle reconnaissait la ligne Oder-Neisse comme une frontière de fait avec la Pologne. Cela permit à des familles allemandes expulsées de rendre visite à leur ancienne patrie.
Le 14 novembre 1990, après la réunification allemande, la République fédérale d'Allemagne (qui venait d'absorber la RDA) et la République de Pologne ont signé un traité confirmant la frontière entre elles, comme cela avait été demandé à l'Allemagne selon le Traité concernant le Règlement Final. Plus tôt, l'Allemagne avait amendé sa constitution et aboli l'article 23 de la Loi Fondamentale, celui qu'elle avait utilisé pour la réunification et qu'elle aurait pu également utiliser pour réclamer ses anciens territoires de l'Est. Pendant cette période Helmut Kohl, le Chancelier allemand, avait d'abord refusé de reconnaître la frontière polonaise et il fallut des interventions diplomatiques énergiques pour obtenir l'accord de l'Allemagne au règlement final. L'accord frontalier germano-polonais de 1990 définissant la ligne Oder-Neisse comme frontière entre les deux pays est entré en vigueur le 16 janvier 1992 en même temps qu'un deuxième, un Traité de bon voisinage, signé le 17 juin 1991, dans lequel les deux pays reconnaissaient entre autres des droits politiques et culturels fondamentaux aux minorités tant allemandes que polonaises vivant de chaque côté de la frontière. (Environ 150 000 Allemands ethniques habitent toujours en Pologne, surtout dans la Voïvodie d'Opole, avec une présence plus petite dans des régions comme la Silésie et la Mazurie et de un demi-million à un million de Polonais en Allemagne, soit en résultat d'une migration récente soit que les familles y résident depuis des siècles. Un nombre inconnu de ces immigrants polonais peut être constitué d'Allemands ethniques qui n'ont émigré que plus tard des anciens territoires allemands).
En dépit du traité de bon voisinage, tant la Pologne que l'Allemagne à ce jour refusent de reconnaître aux minorités un grand nombre de droits culturels et politiques. En Pologne les Allemands de la minorité d’Opole (Oppeln) se plaignent toujours d’être victimes de discrimination négative, bien qu'ils soient protégés sur le plan économique puisque leurs passeports allemands leur ont permis au cours des dix dernières années de travailler librement dans les États occidentaux membres de l'Union Européenne.
- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu d'une traduction de l'article en allemand : « Oder-Neiße-Grenze ».
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d'une traduction de l'article en anglais : « Oder-Neisse line ».
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