The Beatles
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| The Beatles | |
|---|---|
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| Informations | |
| Lieu d'origine | Liverpool, Royaume-Uni |
| Années d'activité | 1958–1970 |
| Genre(s) | |
| Label(s) | Parlophone Capitol Records Apple Records |
| Site officiel | beatles.com |
| Membres | |
| Derniers membres en date | John Lennon Paul McCartney George Harrison Ringo Starr |
| Anciens membres | Stuart Sutcliffe Pete Best |
| Entourage du groupe | Brian Epstein George Martin Billy Preston Yōko Ono |
The Beatles est un groupe de rock britannique, qui demeure, en dépit de la séparation de ses membres en 1970, l'un des groupes de rock les plus populaires au monde. En neuf ans d'existence, les Beatles firent paraître 12 albums et composèrent plus de 200 chansons<ref>Soit en moyenne un album tous les 9 mois.</ref>, de 1961 à 1970.
Les chansons des Beatles ont marqué les années 1960 et les générations suivantes et leurs mélodies ont été adaptées à de nombreux styles musicaux, notamment le jazz ou le classique (symphonique). Aujourd’hui, le groupe jouit toujours d’une grande popularité, leurs chansons sont jouées et reprises dans le monde entier. Les auteurs-compositeurs John Lennon et Paul McCartney restent célèbres comme créateurs de standards qui ont fait l’objet de quelques milliers d’adaptations dans les décennies qui suivirent.
Les Beatles demeurent les artistes ayant vendu le plus grand nombre de disques au monde. Le dernier chiffre publié (dans les années 1980) dénombrait plus de 1,2 milliard de supports sonores vendus à travers la planète. Un biographe de Paul McCartney a calculé par ailleurs dans les années 1970 qu’à tout moment l’une des 1 200 interprétations de la chanson Yesterday était jouée par une radio quelque part dans le monde.
Sommaire |
[modifier] Présentation
[modifier] Le groupe
- John Lennon (né John Winston Lennon) (9 octobre 1940 - 8 décembre 1980), auteur-compositeur, chanteur principal au début du groupe, guitare rythmique
- Paul McCartney (né James Paul McCartney le 18 juin 1942), auteur-compositeur, chant, guitare basse et guitariste des débuts à Hambourg
- George Harrison (25 février 1943 - 29 novembre 2001), guitare solo, chanteur en général de ses propres chansons ou de standards du rock, quelques compositions dès le deuxième album
- Ringo Starr (né Richard Starkey) le 7 juillet 1940, batteur, chanteur sur un titre de chaque album, une composition Octopus's Garden sur l'album Abbey Road, une collective (Flying), sur Magical Mystery Tour sous son vrai nom de Starkey et Don't Pass Me By sur l'album The Beatles
John Lennon a résumé les débuts du groupe ainsi :
«
Il était une fois trois petits garçons nommés John, George et Paul, de leur nom de baptême. Ils décidèrent de se mettre ensemble parce qu’ils étaient du genre à se mettre ensemble. Quand ils furent ensemble, ils se demandèrent pour quoi faire, après tout. Alors il leur poussa tout à coup des guitares et ils formèrent du bruit. Au début, cela n’intéressait personne. » </blockquote>
[modifier] Le cinquième membre des Beatles ?
Un titre de cinquième Beatles fut attribué à un moment ou à un autre à :
- Stuart Sutcliffe pour son rôle aux débuts du groupe, notamment à Hambourg.
- Brian Epstein, découvreur puis agent des Beatles.
- George Martin, premier responsable d'une maison de disques (Parlophone, division de EMI) à croire en eux, il produisit la quasi-totalité de leurs albums et écrivit la plupart des arrangements et des instrumentations avec les Beatles. Il continua par la suite à travailler avec Paul à partir de 1981.
- Neil Aspinall, road manager des Beatles à partir de 1963. Il est toujours à la tête de la maison de disques Apple.
- Pete Best, l'un des premiers batteurs du groupe, qui participa à la tournée hambourgeoise.
- Billy Preston, organiste, qui participa à l'enregistrement de l'album Let it Be. C'est également un des deux musiciens additionnel à avoir joué avec le groupe lors d'un concert, sur le toit des bureaux Apple, le 30 janvier 1969. L'autre est le batteur Jimmy Nicol, qui remplaça Ringo souffrant lors d'une tournée aux Pays-Bas.
[modifier] Les débuts
Lors d’une fête paroissiale, John Lennon, qui y jouait avec son groupe The Quarrymen, fait la rencontre de Paul McCartney, le 6 juillet 1957. Celui-ci rejoint la formation quelques jours plus tard. Un ami de Paul, George Harrison, les rejoint et prend la position de troisième guitariste en février 1958. À trois, ils forment les Silver Beetles et jouent dans les clubs de Liverpool. Les futurs Fab Four utilisaient déjà le mot beatles<ref>mot-valise formé sur beat - en français « rythme » - et sur beetle - « scarabée »</ref> au début de 1960. Il s'agit en fait d'une double référence au groupe accompagnant Buddy Holly (The Crickets) d'une part et au rock'n'roll (appelé beat music) d'autre part. Les quatre adoptent définitivement cette appellation dans le courant d'avril 1960 juste après leur première période dans Hambourg où ils rencontrent Klaus Voormann et Astrid Kirchherr.
Autodidactes, influencés par le rock'n'roll, (Chuck Berry, Buddy Holly, Elvis Presley, Little Richard, Gene Vincent en particulier) et le blues noir américain, ils jouent les morceaux de rock du moment à l’oreille, sans partitions.
Leur premier engagement sérieux a lieu à Hambourg en Allemagne où Pete Best devient leur premier batteur, Stuart Sutcliffe leur bassiste. Il décède cependant en 1962 d'une congestion cérébrale.
Pour satisfaire le public de ces clubs, les Beatles élargissent leur répertoire, donnent des concerts physiquement éprouvants, et recourent aux amphétamines. Lors d'une de ces soirées, ils croisent le batteur du groupe « Rory Storm and the Hurricanes », nommé Ringo Starr dont ils envient la notoriété.
À leur retour d’Allemagne, les Beatles ont acquis la maturité qui leur manquait, techniquement d'abord, sur scène ensuite. Après leurs trois voyages formateurs à Hambourg, en décembre 1961, Brian Epstein vient voir les Beatles au Cavern, le café souterrain où ils se produisent. Disquaire à l'origine, Epstein n’a jamais dirigé de formation musicale auparavant mais connaît quelques-uns des à-côtés qui mènent à la popularité d'un artiste. Il va devenir leur mentor et les propulser au rang de musiciens professionnels. Il va leur faire adopter une nouvelle tenue vestimentaire et abandonner les vêtements en cuir. Les Beatles devront maintenant jouer en complet veston, comme les professionnels, avec leur coupe de cheveux caractéristique<ref>initiée par Astrid Kirchherr, compagne de Sutcliffe</ref>, la coupe Beatles, déjà celle du personnage Moe dans les Trois Stooges. Brian Epstein fait aussi le tour des maisons de disques afin de leur faire signer un contrat d’enregistrement.
Après de multiples tentatives auprès des grandes compagnies discographiques, dont un échec célèbre chez Decca<ref>Dick Row, le directeur artistique (A&R) de Decca qui a refusé les Beatles sera surnommé dans le milieu "The man who turned down the Beatles"</ref>, seul George Martin, alors producteur chez Parlophone, une division d’EMI, se montre intéressé. Mais il n’aime pas beaucoup le style de Pete Best et suggère de le remplacer pour les sessions d’enregistrement. Le groupe s'en sépare pour le remplacer par Ringo Starr (Richard Starkey) en août 1962, et restera ainsi jusqu'à leur séparation. Ils enregistrent en septembre de la même année leur premier 45-tours : Love Me Do. Il est à noter que sur la version de Love Me Do présente sur l’album Please Please Me, le batteur est Andy White, un musicien de studio tandis que sur le single publié le 5 octobre 1962, c'est la version sur laquelle Ringo Starr joue de la batterie.
À l'instigation de Brian Epstein qui met à profit sa connaissance de disquaire, les Beatles alterneront des sorties de disques isolées qui ne seront pas sur les albums et d’albums dont seront extraits des disques isolés lancés plus tard, accréditant ainsi l’idée qu’acheter un album des Beatles est une valeur sûre où l’on trouve déjà les succès que les autres ne découvriront que demain.
Pete Best, amer, sortira son propre album, Best, of the Beatles (notez la virgule !), mais celui-ci restera anecdotique. Les bizarreries des Beatles plus recherchées à l’époque sont leurs premiers albums avec Tony Sheridan sous le nom de Beat brothers, leurs chansons qu'ils interprètent en allemand, où ils se contentent de réenregistrer leur voix sur les bandes instrumentales existantes et même… des chansons sorties en 78 tours en Inde!
[modifier] La « beatlemania »
Le 5 octobre 1962 sort Love Me Do qui n’atteint que le 17e rang au palmarès britannique. Ce n’est pas encore la « beatlemania ».
Leur deuxième 45-tours, Please Please Me, dont les paroles ambigües pour l’époque (« You don’t need me to show the way, girl » !) est propulsé au premier rang. Les Beatles obtiennent ainsi l’opportunité d’enregistrer un album complet, ce qu’ils feront en 585 minutes. Intitulé Please Please Me (février 1963), cet album atteint également la tête du hit parade et n’y sera remplacé que par le deuxième album des Beatles, With The Beatles. Ils seront exportés respectivement sous les noms de Meet The Beatles et The Beatles' Second Album, spécifiquement pour les Etats-Unis, en ayant préalablement subi divers traitements tels que le raccourcissement de la tracklist, la modification de l'ordre des pistes, ou bien celle du son (écho, stéréo, ...), etc.
Les succès se suivent : From me to you en avril, puis She loves you en août sont classés numéro 1 au hit-parade. She loves you rend les Beatles célèbres dans toute l’Europe.
Ils entreprennent des tournées mondiales, mais les maisons de disque américaines affichent leur mépris pour ce qu'ils pensent être un phénomène passager. Leur cinquième 45-tours I Want To Hold Your Hand, détrône sur le marché américain la chanson numéro une qui n'est autre que She Loves You ! Les Beatles participent au Ed Sullivan show au début de 1964: La « beatlemania » qui avait débuté au Royaume-Uni se propage de l’autre côté de l’Atlantique. La-bas pourtant leurs disques seront brulés quand John déclare qu'ils sont plus populaires que Jésus.
Il s'en expliquera pourtant immédiatement avec vigueur, remarquant que s'il avait parlé ainsi de la télévision plutôt que des Beatles, chacun n'aurait pu qu'acquiescer. Il conclut sa conférence de presse en disant « Je ne vois pas un mot à changer à mes propos. Je peux à la rigueur vous présenter des excuses au cas où cela vous ferait plaisir ».
Les États-Unis, alors en pleine guerre du Viêt Nam, voient leurs soldats se battre et mourir, et acceptent donc mal les propos d'un Britannique désinvolte.
[modifier] Analyse du phénomène
La «beatlemania» fut un phénomène d’ampleur et à plusieurs facettes. La jeunesse prend goût à se coiffer et s’habiller à la Beatles, comme en témoignent les photos de l'époque, prises dans les rues. Par exemple, des disquaires se spécialisent sur la discographie des Beatles, et pour mieux gérer ses stocks la société EMI/Parlophone propose la présouscription des albums à suivre, même s'ils sont encore à l'état de projet. L’atmosphère hystérique des concerts rend parfois ceux-ci presque inaudibles; le premier ministre britannique remarque néanmoins que ces artistes constituent pour le pays une excellente « exportation », notamment en termes d’image : celle de jeunes gens souriants, polis, bien habillés, et pleins d’un humour très britannique lors des interviews. Ils seront décorés par la reine du Royaume-Uni, le 12 juin 1965, de la médaille de Member of the British Empire (MBE). C’est en fait la plus basse des décorations. Qu’importe ! Certains MBE, froissés, renverront par dépit leur propre croix à Sa Très Gracieuse Majesté. Les vrais honneurs arriveront beaucoup plus tard, quand Sir James Paul McCartney, ainsi que Sir Michael Jagger, des Stones seront anoblis et d'ailleurs châtelains.
Il vont profiter des grands débuts de l’ère de la communication, donner des concerts dans des salles de plus en plus grandes, se servir de l’essor de l’industrie musicale et de la télévision avec des émissions de plus en plus regardées par un public essentiellement composé des jeunes de tous les pays : les Beatles furent les premiers à passer dans une émission diffusée en « Mondovision », dans le monde entier en juin 1967 (avec la chanson All You Need Is Love).
Depuis 1965, les Beatles ne chantaient pratiquement plus qu’en playback à la télévision et Paul s’en expliquait : « Nous faisons un très important travail de studio, corrigeant inlassablement la moindre imperfection avec une précision maniaque. Pas question d’offrir aux téléspectateurs, alors que ce son existe, un autre son déformé par les mauvais studios des plateaux de TV ». Toujours en 1965, les Beatles prennent la résolution de ne plus donner d’autographes : « Nous n’avons tout simplement pas assez de bras, et nous devons tout de même pouvoir utiliser nos guitares de temps en temps ! ».
Derrière le succès, outre la qualité des chansons, un marketing sans faille : on essaie de mettre dans chaque album une chanson qui plaît à la génération d’avant (Till There Was You, You Really Gotta Hold on Me ; Besame Mucho restera dans les cartons) ; et aussi un standard du rock (Please Mr Postman, Kansas City).
Pour ne pas se faire cataloguer comme « Mods » et perdre le public des « Rockers », Brian Epstein a eu une idée : les Beatles, retrouvant un moment le cuir de leurs débuts, vont sortir un disque de quatre titres de rock pur et dur (Matchbox, I Call Your Name, Long Tall Sally, et Slow Down) qui sera le « disque des initiés » et montrera « ce que les Beatles savent vraiment faire quand ils le veulent ». Satisfaits par cet os à ronger, les rockers ne dénigreront plus les Beatles eux-mêmes, mais les fans qui achètent leurs autres disques et ne sachant pas ce qu’est la vraie musique des Beatles, qui ont montré qu’ils savaient faire bien mieux que de la pop. La présence d’un « standard de rock » deviendra pour se concilier ce public (mais aussi pour se faire plaisir) un incontournable des albums.
Dans le film A Hard Day’s Night, tourné en noir et blanc pour ne pas coûter trop cher, mais aussi pour masquer le fait qu’ils n’ont pas la même couleur de cheveux, et confié à Richard Lester, les Beatles orchestrent habilement leur propre légende, avec un humour très britannique. Cet humour devient délirant avec Help !, à l’été 1965 (couleurs), où les Beatles se moquent d’eux-mêmes. On va jusqu’à les comparer aux Marx Brothers, ce que John estime excessif. George Harrison, lui, noue une solide amitié avec Eric Idle et le groupe des Monty Python.
L’humour britannique reste une composante incontournable des Beatles. Quelques exemples tirés d’interviews :
« - Que craignez-vous le plus ? La bombe atomique ou les pellicules ? (ricanements)
- La bombe atomique, puisque nous avons déjà des pellicules (hurlement de rire de l’auditoire) »
« Pouvez-vous nous chanter quelque chose ?
- L’argent d’abord ! »
« Répétez-vous beaucoup ?
- Pour quoi faire ? Nous jouons déjà en concert tous les soirs, vous savez. »
« Vous jouiez autrefois des standards. Pourquoi ne le faites vous plus ?
- Parce que maintenant, nous en créons. »
« Ringo, êtes-vous des mods ou des rockers ?
- Personnellement, je suis un moqueur (sera repris dans le film A Hard Day’s Night) »
« Comment avez-vous trouvé l'Amérique ?
- En tournant à gauche au Groenland ! »
L’album Rubber soul sera plus tard ainsi nommé pour pasticher l’expression plastic soul (âme influençable). Rubber SOLE, qui se prononce presque à l’identique, signifie semelle de caoutchouc !
John Lennon avait soigné son personnage avant-gardiste en écrivant en 1964 et 1965 deux livres de courtes nouvelles dans un style imagé et surréaliste, In His Own Write, puis A Spaniard in the Works. La critique de l’époque ne leur fait pas bon accueil, mais Christiane Rochefort traduira le premier sous le titre En flagrant délire.
Entre-temps, le Beatles fan club travaille à chouchouter un réseau de fans à qui on concède des bonus (photos inédites, disques hors commerce offerts à Noël) fans qui contribuent à entretenir la popularité des Beatles dans l’opinion. Interviennent Brian Epstein pour la partie organisation et George Martin pour la partie musicale. Dès le début des années 1960, George Martin fait à tout hasard enregistrer un album de musique symphonique inspirée des Beatles. Un autre, plus élaboré, suivra bien plus tard pour le remplacer. Vers l’an 2000, un CD nommé Beatles Go Baroque et issu des pays de l’Est fera de même.
[modifier] Vers Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band
A l’automne 1965, ils enregistrent un album charnière dans leur carrière : Rubber Soul. Il marque une progression vers des textes plus philosophiques, plus fouillés (la poésie de Lennon, l’influence de Bob Dylan déjà présente dans You’ve Gotta Hide Your Love Away de l’album Help!), aux thèmes plus sérieux ; la musique est devenue très raffinée et élaborée (In My Life, Drive My Car, Wait ; If I Needed Someone, de Harrison). La chanson Girl plaît alors à une majorité - toutes générations confondues - et consacre les Beatles comme musiciens tout court et non musiciens pour les jeunes.
In My Life est une chanson de John que l'on peut comparer à There’s a Place, car les deux titres s'apparentent à un bilan du chemin parcouru : au départ un groupe à l’harmonie vocale de qualité (sa maîtrise de la polyphonie n’a pas été étrangère à son succès et a presque relégué aux oubliettes les précédents champions américains du genre, les Four seasons), œuvrant dans la plus grande économie de moyens ; en 1965, la musique prend une bien plus grande importance que les voix, dont les fans les plus attentifs remarquent d’ailleurs qu’elles « commencent à s’altérer ». La raison ? Beaucoup de concerts cette année-là, bien sûr, mais aussi des transformations électroniques. Et en particulier un procédé inventé à la demande des Beatles : alors que c’est la complémentarité de leurs voix qui avait fait leur succès, John comme Paul préfèrent maintenant le double tracking, où chacun chante en double avec lui-même dans des tons différents. Le procédé est toutefois « lent » et « fastidieux », car tout doit être fait en double. Un système électronique est alors mis au point qui leur permet de chanter avec eux-mêmes à la tierce ou à la quinte en temps réel (il sera breveté et utilisé par d’autres artistes), mais il est tributaire de l’électronique de l’époque et n’améliore pas les voix non plus.
Rubber Soul se caractérise par une autre rupture, qui est celle de la « trame 4 périodes » typique des premières chansons des Beatles : un couplet, un autre couplet, un moment d’instrumental, une reprise du second couplet. Les Beatles, qui ne veulent pas devenir victimes d’un « procédé », rendent ici l’alternance de leurs parties chantées et vocales moins prévisible.
A l’époque, la plus sérieuse émulation pour Beatles vient d’outre-Atlantique. En effet si les Rolling Stones commencent tout juste à émerger en adoptant volontairement une attitude de mauvais garçons, ce sont les Beach Boys qui opposent les qualités les plus grandes en termes d’harmonies vocales, de recherches mélodiques et de techniques d’enregistrement. L’album Pet Sounds, conçu par Brian Wilson comme une réponse aux innovations de Rubber Soul sera d’ailleurs une source d’inspiration pour Sergent Pepper.
Le marketing, lui, n’a pas perdu ses droits. On avait laissé filtrer une information indiquant que dans cet album le batteur Ringo quittait sa batterie pour jouer de l’orgue. Lors de la sortie de l’album, tout le monde cherche la plage concernée (c’est I’m Looking Through You) dans l’espoir d’y découvrir un morceau de virtuosité du style de la Toccata en ré mineur de Bach (BWV 565). Éclat de rire ! Ringo répète en fait d’un bout à l’autre de la chanson le même accord : le côté farceur des Beatles a encore frappé.
A l’été 1966, leur album suivant Revolver est de la même veine. And Your Bird Can Sing reprend et développe des effets de guitare qui n’apparaissaient que discrètement à la fin de Ticket To Ride ; Dr Robert, Tomorrow Never Knows, She Said, She Said et I’m Only Sleeping, aux formes novatrices. Le sitar indien, qu’on avait déjà timidement entendu dans Norvegian Wood, a séduit George Harrison ; son admiration pour l’Inde, dont il ne se départira plus, devient flagrante avec Love You To. La pochette, dessinée par leur ami Klaus Voormann (bassiste du groupe Manfred Mann) évoque un peu le LSD.
[modifier] Sgt. Pepper’s
Ils composent alors dans leur propre studio, avec d’autant plus de temps qu’ils ont renoncé aux tournées, suite à des agressions aux Philippines, à des menaces du Ku Klux Klan aux États-Unis d'Amérique, et surtout à l’écœurement de ne même pas entendre eux-mêmes ce qu’ils jouent dans les stades sous les cris de foules de 20 000 à 60 000 fans. Ils s’amusent à coller des bouts des chansons, à lancer des bandes de musique par terre et à les recoller au hasard (Being For The Benefit Of Mr. Kite), à passer des morceaux à l’envers (Rain), en accéléré, à mélanger de nombreux instruments, des violons, des instruments traditionnels ou même des orchestres. Le glissando de cordes d'A Day in the Life est clairement repris de Krzysztof Penderecki (Thrène à la mémoire des victimes d’Hiroshima, 1960) et de Iannis Xenakis (Metastasis, 1955).
Tout cela débouche sur l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, le vendredi 26 mai 1967, album qui est considéré par beaucoup comme leur chef-d'œuvre. D’autres y verront au contraire un album d’adieu (illustré par un massif fleuri où quatre Beatles tristes du musée de cire de Madame Tussaud semblent assister à leur propre enterrement, tandis que les quatre vrais Beatles, devenus musiciens de fanfare moustachus, semblent avoir changé d’identité et où une poupée annonce « Welcome the Rolling Stones »). Cet album marquera en tout cas leur carrière et toute une génération.
George Martin a voulu faire de Sgt Pepper’s un concept album, en reliant certains morceaux, bien que les chansons n’aient aucun rapport entre elles. Pour unifier le tout, George Martin demanda aux Beatles de faire une reprise du morceau Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band comme avant dernière piste de l’album. L’idée était de jouer cette reprise comme avant dernier morceau lors des concerts. 40 ans plus tard, Paul McCartney reprit l’idée lors de sa tournée « Back to the US » en 2002 : il joua la reprise de Sgt Peppers Lonely Hearts Club Band en avant-dernier morceau. Quoi qu’il en soit, Sgt Pepper’s fera école et tout le monde (Rolling Stones, Moody Blues, Aphrodite's Child, The Clouds, The Who, The Kinks, etc.) voudra aussi sortir son concept album. Plus de plages séparées sur la version mono : les chansons y sont enchaînées à la manière d’un show, et l’album se termine par trois trouvailles :
- La longue décroissance (47 secondes !) d’une note de piano ;
- un sifflement à 20 000 Hz inaudible par l’homme et impossible à reproduire sur la plupart des électrophones de l’époque, mais dont John Lennon espère qu’il fera aboyer les chiens de ceux qui possèdent une bonne chaîne Hi-Fi ;
- un jingle sans fin sur le sillon intérieur, que ne pourront découvrir que les puristes de la Hi-Fi, ceux qui refusent d’avoir une platine à arrêt automatique en fin de disque (pour les autres, le bras se lèvera avant, ou juste au début).
L’album fait date dans l’histoire de la musique pop-rock : jamais un groupe n’avait disposé d’autant de temps, de moyens et de liberté pour enregistrer un album. Les Beatles exploitent pleinement cette opportunité et George Martin joue un rôle clé dans l’exploration de nouvelles techniques.
La pochette, très soignée, et débordante de couleurs, a nécessité une centaine de lettres aux personnalités vivantes représentées afin d’obtenir leur accord. Trois personnages en sont retirés in extremis : Hitler et Gandhi, au motif qu’ils indisposeraient le public britannique et au grand désespoir du très provocateur John. Et un troisième personnage qui voulait bien figurer sur la pochette, mais à condition d’être rétribué. On juge plus simple de le faire disparaître. Cette pochette est elle aussi un événement. C’est la première fois qu’autant de soin est apporté au conditionnement du disque. Jusqu’ici, les pochettes se résumaient le plus souvent à une photo de l’artiste ; à partir de Sergent Pepper, la conception de la pochette deviendra un élément clé (à la fois marketing et artistique) de la production d’un disque.
L’année suivante, Frank Zappa parodie la pochette avec l’album We’re Only In It For The Money des Mothers of Invention. Un autre pastiche est réalisé pour The Rutles, une émission d’Eric Idle des Monty Python qui entreprend de caricaturer la carrière des Beatles à la manière du fameux groupe d’humoristes, avec la bénédiction - et en partie le financement - de son ami George Harrison, plus le concours de Paul Frederic Simon et Mick Jagger, qui y jouent leur propre rôle. Les pastiches des chansons des Beatles créées pour l’émission sont autant de clins d'œil aux tics musicaux de leurs modèles (Ouch! imité de Help!, Cheese and Onions qui a des accents d’A day in the life, Piggy in the Middle évoquant I am the walrus, Doubleback Alley qui est le cousin de Penny lane, etc.)
Les Bidochons pasticheront aussi cette pochette pour leur album The Beadochons. Toutefois, ce n’est pas elle qui sera le plus pastichée, mais celle d'Abbey road. Même Paul McCartney s’y mettra.
[modifier] La fin
The White Album (L'Album blanc) paraît en 1968, collection d'une trentaine de titres composés pendant leur voyage en Inde et enregistrés ensuite séparément par chacun des membres .Il est salué comme une nouvelle réussite, où l'influence de Harrisson est plus affirmée. Leurs deux derniers albums s’intitulent Abbey Road en 1969, aux couleurs très mélancoliques et Let It Be sorti en 1970 (mais enregistré avant Abbey Road). Les harmonies polyphoniques qui les avaient rendus célèbres sont de retour, et contribueront au succès d'Abbey Road (c’est leur album le plus vendu après Sgt. Pepper). Mais celui-ci est constitué en partie de collages entre elles de chansons ébauchées et inachevées. L’habitude fut prise de dire que la face A de l’album reflète principalement l’influence de Lennon et la face B celle de McCartney. Cette dernière aurait même été « fabriquée » par G. Martin, sans que les quatre n'aient joué ensemble à aucun moment. Même si le succès est toujours présent, le plaisir de jouer ensemble ne semble plus les attirer. Les Beatles disent ici pour de bon adieu aux Beatles, en montrant une dernière fois les chansons qui auraient pu être. L’avant-dernière plage — qui aurait dû être la dernière — s’intitule The End. La dernière plage du dernier disque des Beatles est minuscule (Her Majesty) et parle d’une manière peu commune de la reine d'Angleterre. En dépit des protestations de Paul McCartney, George Martin l'inclut à l'album.
Suite notamment aux tensions au sein des Beatles, les chemins de ses membres divergent: Le 10 avril 1970, Paul McCartney sort son premier album solo McCartney et annonce officiellement qu'il ne fait plus partie du groupe. Il connaîtra par ailleurs le succès avec son nouveau groupe Wings, tandis que John continue à faire des chansons engagées comme Working class hero , Imagine et Give peace a chance, jusqu’à son assassinat le 8 décembre 1980 par un déséquilibré à qui il avait signé un autographe quelques heures plus tôt au pied de son appartement dans le Dakota Building à New-York.
À la mort de John, quand il leur fut demandé s’ils comptaient rejouer ensemble, George répondit : « Tant que John sera mort, les Beatles ne rejoueront plus ensemble. ». George s'associa plus tard aux membres encore en vie pour le projet Anthology en 1994-95 qui réunit les Fab Four par l’intermédiaire de deux maquettes inédites de John Lennon : Free as a bird et Real love. George Harrison est mort le 29 novembre 2001.
[modifier] Le nettoyage posthume
Avec l’accord des autres membres survivants (George le lui a donné juste avant sa mort) et de Yoko Ono, Paul McCartney sort en 2003 une version nettoyée et « déspectorisée » de Let It Be (Phil Spector est le producteur à l’origine du « mur de son » caractéristique d’artistes comme Ike et Tina Turner, entre autres, à qui John Lennon avait confié le son de Let It Be et de ses albums solo ultérieurs). Paul ne lui avait jamais pardonné les violons plaqués sans même le prévenir sur The Long and Winding Road.
Pour dramatiser l’objectif à la fois de retour aux sources et de simplicité voulue, sa pochette reprend les négatifs des photos de Let It Be et en 'noir et blanc'.
La version fait découvrir que les Beatles n’avaient à cette époque rien perdu de leur cohésion initiale, et avaient même, pour peu que le mixage fût bien fait, un son qui ne cédait rien en qualité et en simplicité à celui de leurs tout premiers albums. Le résultat fera dire à un critique américain, à propos de Phil Spector qui se débat au même moment avec la justice dans une accusation de meurtre : « Après avoir entendu cet album Let it be… naked, je me rends compte que Spector s’était rendu coupable de bien plus grave que le meurtre dont on l’accuse ».
- 1 («One»), best-of sorti fin 2000
- Love, album de chansons remixées par George Martin, sorti en novembre 2006
- Interview sur Love
[modifier] Influences musicales
La principale influence musicale des Beatles semble être Elvis Presley, en particulier à leurs débuts. D'autres artistes de rock'n'roll, en particulier Buddy Holly, Chuck Berry, Eddie Cochran puis les premiers rockers britanniques, notamment Cliff Richard et les Shadows, ont également marqué le groupe débutant. Du point de vue des harmonies vocales, ce sont les artistes de Motown qui ont inspiré les Fab four. La poésie de Bob Dylan, les recherches mélodiques des Beach Boys, la musique folk galloise ou encore la musique indienne sont autant d'influences qui ont contribué à l'élaboration du langage musical des Beatles. À leur tour, les Beatles deviendront une pierre de touche dans l'univers de la musique populaire occidentale.
Les Beatles se sont essayés à presque tous les styles possibles et ont ouvert des portes que d’autres ont franchies ensuite :
- du Rock 'n' roll avec Back in the USSR (une parodie de California Girls des Beach Boys);
- du hard rock avec Helter Skelter ;
- de la musique psychédélique avec Lucy in the sky with Diamonds (qui, affirmera John, ne fait pas référence au LSD mais à un dessin de son fils Julian) ; c’est à cette chanson que pensait l’anthropologue Yves Coppens lorsqu’il baptisa le squelette préhistorique Lucy… mais surtout avec l'inédit What's The New Mary Jane, paru à titre « posthume » dans l'album Anthology, qui va encore plus loin dans la recherche sonore ;
- de la pure pop britannique avec Penny Lane… mais qui utilise tout de même des trompettes de Bach ;
- des orchestres et des arrangements musicaux sophistiqués avec A Day in the Life ;
- des comptines avec Ob-la-di Ob-la-da ou Yellow Submarine ;
- de la soul avec Don’t Let me Down ;
- du boléro cubain avec And I Love Her ;
- de la musique de bastringue à tendance jazz avec When I’m Sixty Four ;
- du ragtime avec Martha My Dear;
- du blues pur avec Yer Blues ;
- du blues-rock avec Revolution ;
- du jazz avec Honey Pie ;
- des ballades folk traditionnelles (et vaguement country) avec Rocky Raccoon ;
- des arrangements « classiques » (quatuor à cordes) avec Eleanor Rigby, She's Leaving Home ou encore Yesterday, et où transparaît la culture classique de George Martin ;
- des collages sonores (avec l’influence de Yoko Ono sur le groupe, bien que Paul se soit déja essayé aux collages bien avant l'apparition de Yoko Ono dans la vie de Lennon) avec Revolution 9 ;
- de la musique expérimentale basée sur la musique indienne avec Tomorrow Never Knows (qui contient également selon les opinions la première rythmique techno de l'histoire de la musique .
Dick Row, le directeur artistique de Decca qui a refusé les Beatles, a rattrapé son erreur en faisant signer The Rolling Stones.
[modifier] Notes
<references />
[modifier] Filmographie
- A hard day's night (Quatre garçons dans le vent), 6 juillet 1964
- Help!, 29 juillet 1965
- Magical Mystery Tour, 26 décembre 1967
- Let It Be, 13 mai 1970
A noter: la production d'un film d'animation, Yellow submarine, en 1968. Les quatre Beatles apparaissent dans une brève séquence de clôture du film.
The Beatles fut également le titre d'un dessin animé faisant intervenir les quatre Beatles dans leur précédent look (sans moustaches ni lunettes) et diffusé aux Etats-Unis. Les voix des personnages n'avaient plus rien en commun avec celles des Beatles, leur accent de Liverpool ayant été considéré comme difficilement compréhensible par le public étatsunien.
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
- Adaptations de chansons des Beatles en français
- The Beatles' Songbook
- Beatlemania, comédie musicale
- Le phénomène Beatles
- Liste des chansons des Beatles
- Pop & Rock & Colégram, bande dessinée qui a parfois parodié le groupe
[modifier] Liens externes
[modifier] Sites officiels
- thebeatles.com
- paulmccartney.com
- mplcommunications.com
- georgeharrison.com
- allthingsmustpass.com
- ringostarr.com
- johnlennon.com
[modifier] Sites en français
[modifier] Sites internationaux
- Fanclub international de McCartney
- The Beatles' Story in words and music (Internet radio)
[modifier] Bibliographie
- En français
- The Beatles, The Beatles Anthology, 2000, Seuil.
- Brigitte Labbé et Michel Puech, Les Beatles, Milan jeunesse, coll. « De vie en vie », n° 16, 2005. Illustrations de Jean-Pierre Joblin. 58 p., 18 cm. ISBN 2-7459-1632-7
- Daniel Lesueur, Les Beatles, la discographie définitive. 1997, Alternatives & Parallèles.
- Jean-Louis Polard et François Jouffa, Le Dictionnaire des Beatles. 2000, Le Castor Astral.
- Eric Krasker, Les Beatles - Enquête sur un mythe : 1960 / 1962, Éd. Seguier, coll. Empreinte.
- Jean-Claude Hocquet et Eric Krasker, La France et les Beatles - Vol. 1, Éd. Seguier
- Peter Brown et Steven Gaines, Yesterday les Beatles, 1984, Robert Laffont.
- Albert Goldman, Une vie avec les Beatles, 1989
- En anglais
- 1982 : The Beatles Down Under - Australia 64, Ed.Wild & Wolley.
- 1984 : The Beatles conquer America (Virgin books) albums de photos de Dezo Hoffmann
- 2000 : Mania days de Curt Gunther (Genesis Publications)
| The Beatles |
|---|
| John Lennon | Paul McCartney | George Harrison | Ringo Starr Pete Best | Stuart Sutcliffe |
| Management |
| Brian Epstein | Allen Klein | Apple Records |
| Production |
| George Martin | Geoff Emerick | Norman Smith | Phil Spector | Abbey Road Studios | Jeff Lynne |
| Albums studio officiels |
| Please Please Me (1963) | With the Beatles (1963) | A Hard Day's Night (1964) | Beatles for Sale (1964) | Help! (1965) | Rubber Soul (1965) | Revolver (1966) | Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967) | Magical Mystery Tour (1967) | The Beatles (The White Album) (1968) | Yellow Submarine (1969) | Abbey Road (1969) | Let It Be (1970) |
| Filmographie |
| A Hard Day's Night (1964) | Help! (1965) | Magical Mystery Tour (1967) | Yellow Submarine (1968) | Let It Be (1970) |
| Voir aussi |
| Beatlemania | Apple Corps | Yoko Ono |
|
|
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