Langue construite
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Une langue construite ou langue artificielle (étym. faite par l'art) est une langue créée par une ou plusieurs personnes dans un temps relativement bref, contrairement aux langues naturelles dont l'élaboration est largement inconsciente. Pourtant, toutes deux sont in fine des créations de l'espèce humaine. Il est donc difficile de cloisonner les langues dans les deux catégories.
En particulier (1) contrairement à une représentation fort répandue, toutes les langues naturelles sont dans une certaine mesure des langues mixtes, puisqu'elles ont connu des interférences au cours de leur développement. (2) Certaines langues naturelles actuelles ont subi des processus de planification. C'est le cas de l'indonésien, du serbo-croate, du norvégien (bokmål). Ces langues ne sont pourtant pas considérées aujourd'hui comme des langues artificielles : le terme qui leur est appliqué en sociolinguistique est celui de langue « Ausbau » (alors que des langues construites visant à l'intercommunicabilité entre des formes dialectales non mutuellement intelligibles, souvent à cause de la distance, sont qualifiées de langue-toit : cas de l'arabe littéraire, du français (principalement formé à partir de la langue d'oïl) ou du romanche. (3) Même les langues initialement construites, ayant suffisamment de locuteurs, évoluent ensuite à l'instar de toute autre langue (mais pas forcément de façon identique à elle). C'est ce que montre le cas de l'espéranto, qui a accédé au statut de langue vivante et est devenu une langue utilisée par une communauté suffisamment importante, et a dès lors fini par connaître elle aussi des processus de transformation et d'adaptation (Voir l'article Évolutions de l'espéranto).
La différence tient donc davantage à un facteur d'échelle :
- les langues construites ont été créées dans un passé plus ou moins proche par un groupe limité voire par une seule personne et ce, de façon volontaire;
- leur processus de création s'étale sur un temps assez bref (quelques années ou décennies au plus);
- les langues naturelles ont une origine beaucoup plus reculée et se créent plutôt qu'elles ne sont créées à partir d'une langue mère par divers processus généralement non planifiés de transformation et d'adaptation (comme l'évolution phonétique).
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[modifier] Les motivations
On peut distinguer six types de motivations pour la création d'une langue :
- Une langue internationale :
La volonté de créer une langue internationale est avant tout un acte politique :
- Le peuple qui réussit à imposer sa langue comme langue internationale, impose également sa culture et son style de vie. Une langue construite permettrait de sauvegarder la diversité des cultures. Cependant, elle contient également une partie de la culture de son constructeur (choix des racines, grammaire choisie, prononciation…), et l'impose donc aussi si les choix de son initiateur n'ont pas été éclairés par une grande connaissance des autres cultures et des autres langues.
- Les langues nationales sont complexes à apprendre, et seule une élite peut parvenir à les maîtriser suffisamment bien pour jouer un rôle international de premier plan. Notons que certaines langues de type lingua franca comme l'indonésien ou le swahili sont également faciles à apprendre.
Il faut noter la différence entre langue internationale et langue universelle. La langue universelle prétend devenir la langue maternelle de l'ensemble de l'humanité. Même si cette idée semble partir de bons sentiments, elle véhicule intrinsèquement l'idée de nivellement de toutes les cultures humaines, bien que l'on ne puisse pas réduire la culture à la langue. La langue internationale a, elle, un objectif radicalement contraire : celui de devenir une langue auxiliaire destinée aux échanges internationaux, venant en complément des langues nationales qui doivent rester les langues maternelles privilégiées.
La question est de savoir si un système de double langue peut perdurer, et de quelle manière. Car une fois ce système mis en place, et la langue internationale généralisée donc, rien n'empêcherait un système politique totalitaire de tenter de faire disparaître certaines langues nationales, voire toute langue autre que l'internationale, si un tel système politique parvient à contrôler la planète entière. Ce danger existe cependant quelle que soit la langue internationale (devenant alors "universelle") utilisée, construite ou non. - L'application d'un principe théorique : Certaines langues construites, comme le lojban, ont été créées pour illustrer des théories linguistiques.
- Un besoin utilitaire nécessitant une interface de communication.
Deux cas de figure se présentent :</br>
- Des situations spécifiques, par exemple la prise en considération d'un handicap et l'adaptation de la communication aux performances du handicapé. De telles langues, comme les langues des signes pour les sourds, suivent une logique différente de celle des langues ordinaires. Certaines ne sont par contre que des translittérations de langues communes (alphabet Braille).</br>
- La communication avec des destinataires non-humains, par exemples des robots en tous genres. Il ne s'agit parfois que de quelques mots ou bruits seulement!</br>
- Une langue de fiction : La création d'une langue (comme celle d'une mythologie ou d'une histoire par exemple) permet de donner une profondeur à une civilisation. Plusieurs auteurs ont ainsi créé des langues pour les héros de leur œuvre (par exemple les langages elfiques de J.R.R. Tolkien). De même, un groupe de musique progressive des années 1970, Magma, ne chantait qu'en kobaïen, langue créée pour l'occasion.
- Le plaisir de la création : Cette motivation peut sembler étonnante lorsque l'on songe au temps que nécessite la création d'une langue. Pourtant, il suffit de lancer une recherche sur Internet avec le mot clef conlang pour voir que le nombre de langues construites sans autre finalité que le plaisir de créer est impressionnant.
- La résolution d'un conflit précis. Lorsque deux camps sont engagés dans une guerre longue, une meilleure compréhension est indispensable, et la création d'une langue locale commune, basée sur les deux cultures en jeu uniquement, permettrait de limiter les influences étrangères (on pense immédiatement au conflit israélo-palestinien, mais il y en a d'autres). A noter que nous ne connaissons pas de réalisation de ce cas.
[modifier] Un peu d'histoire
Le premier essai vaguement connu de création d'un langage universel nous ramène au IIe siècle. Précurseur dans le domaine de l'expérimentation médicale, Galien construit un système de signes dont il ne reste pour traces que quelques notes historiques. Dix siècles s'écoulent ensuite sans événement notable dans ce domaine jusqu'à ce que l'abbesse Hildegarde von Bingen élabore un système de langue écrite (a-t-elle été parlée ?) par elle seule, Lingua Ignota.
- Dante Alighieri (1265- 1321) poète italien
Entre 1304 et 1307, il rédigea Il Convivio ( « le Banquet » ), où il entrevoit la possibilité d'une langue commune à toute l'Italie.
« Il y a une langue qui n'est la propriété de personne, qui est audible dans chaque ville, dans chaque région mais qui n'appartient à aucune ville ou région définie. C'est un nouveau soleil qui brillera là où était l'obscurité. Et... on la critique par fierté personnelle... parce que l'on connaît plusieurs... »
- François Rabelais (1494-1553) écrivain français
« C'est erreur de dire que nous ayons langage naturel : les langues sont par institution arbitraire et convention des peuples. »
- Francis Bacon (1561-1626)
Savant et philosophe anglais, chancelier d'Angleterre sous Jacques Ier. Adversaire de la scolastique et partisan de la méthode expérimentale dans Instauratio magna, il établit une théorie de l'induction dans Novum Organum (1620) et une nouvelle classification des sciences; il élabora le schéma d'une langue universelle.
- René Descartes (1596-1650) philosophe et savant français
20 novembre 1629. Lettre à son ami, le Père Mersenne :
« Il faudra que l'humanité crée une langue internationale ; sa grammaire sera si simple qu'on pourra l'apprendre en quelques heures ; il y aura une seule déclinaison et une seule conjugaison ; il n'y aura point d'exceptions ni irrégularités et les mots dériveront les uns des autres au moyen d'affixes. »
- Comenius (Jan Amos Komenský, dit) (1592 - 1670) humaniste tchèque
Auteur de Porte ouverte sur les langues (1631), il est un précurseur de la pédagogie moderne. Une langue commune est nécessaire pour le monde. Elle doit être « entièrement nouvelle » et « plus facile que toutes les langues ».
- Montesquieu (Charles de Secondat, baron de ) (1689 - 1755) écrivain français
La communication des peuples est si grande qu'ils ont absolument besoin d'une langue commune.
- Ampère (André-Marie) (1775 - 1836) physicien et mathématicien français
Il a inventé à 18 ans, « une langue universelle au service de la paix et du rapprochement des peuples. »
- Zamenhof (Lejzer Ludwik) (1859 - 1917), ophtalmologiste et linguiste polonais
Initiateur (en 1887) de l’espéranto.
« Quand les peuples pourront se comprendre, ils cesseront de se détester. »
- Léon Tolstoï (1828 - 1910) écrivain russe
« Les sacrifices que fera tout homme de notre monde européen en consacrant quelques temps à l'étude de l'espéranto sont tellement petits, et les résultats qui peuvent en découler tellement immenses, qu'on ne peut pas se refuser à faire cet essai. »
Lettre aux Éditions Posnednik du 27/04/1894.
- Gandhi (Mohandas Karamchand), dit le Mahatma, « la Grande Âme » (1869 - 1948)
Philosophe, ascète et homme politique indien. Il fut le principal artisan de l’indépendance de l’Inde, qu’il entreprit d’obtenir de la Grande-Bretagne par la non-violence active.
« Je suis pour un même calendrier pour le monde entier, comme je suis pour une même monnaie pour tous les peuples et pour une langue auxiliaire mondiale comme l'espéranto pour tous les peuples. »
[modifier] La construction d'une langue
Fondamentalement, une langue se construit autour de cinq piliers :
- un système d'écriture,
- un système phonologique,
- un lexique,
- une grammaire (morphologie, syntaxe),
- une culture de référence (voir par exemple Culture et espéranto).
[modifier] Les types de langues construites
On distingue trois types de langues construites, selon que leur vocabulaire et leur grammaire s'inspirent ou non des langues naturelles : dans le premier cas on parle de langue construite a posteriori, dans le second cas de langue construite a priori. Les cas intermédiaires, plus difficiles à analyser, sont ceux des langues dites mixtes.
La tendance d'une langue à se rapprocher des langues naturelles se nomme le naturalisme. La tendance inverse est qualifiée de schématisme.
Il va de soi que cette classification n'est qu'un outil commode mais sommaire. Dans un même type, différentes langues construites peuvent présenter un plus ou moins haut degré de naturalisme ou de schématisme. Ainsi, dans la catégorie des langues a posteriori, l'interlingua représente un cas extrême de naturalisme, le novial, l'occidental ou l'ido présentant cette tendance à des degrés moindres.
Une langue construite a posteriori peut souvent se reconnaître par l'utilisation qu'elle fait de mots provenant d'une ou plusieurs langues naturelles (ainsi en espéranto, terre = tero, ciel = ĉielo, eau = akvo, feu = fajro), encore que cette utilisation ne soit pas toujours immédiatement transparente (algorithme du lojban…).
Sans qu'il soit possible d'en faire une généralité, les langues construites a posteriori sont plutôt majoritaires et ont vocation à servir de langues auxiliaires internationales, pour des raisons évidentes d'aspect pratique d'apprentissage et d'enrichissement du vocabulaire courant (espéranto, afrihili...). Toutes les langues a posteriori n'ont pas pour autant cette prétention et certaines tiennent simplement de l'exercice théorique ou philosophique (brithenig, novlangue…).
Selon leurs objectifs, les langues construites a priori sont souvent plus théoriques ou à vocation artistique et fictionnelle. Elles possèdent un vocabulaire qui a son ton propre (klingon, langues inventées par J. R. R. Tolkien...), et utilisent même parfois des chiffres, des symboles (langage Bliss, pasigraphies...), des notes de musique (Solresol).
Les langues construites mixtes représentent pour leur part une catégorie plus vague et de multiples raisons peuvent conduire à y classer une langue. On citera tout d'abord le volapük procédant d'un mélange entre d'une part, une grammaire extrêmement schématique aux éléments souvent a priori (pronoms, conjonctions, terminaisons, etc.) et d'autre part des racines naturelles considérablement déformées par les idées et la fantaisie du créateur de la langue. Un cas apparemment très différent est celui du bolak qui associe une grammaire relativement naturaliste à des règles phonétiques arbitraires générant mécaniquement des mots tout aussi arbitraires. Ces deux démarches presque inverses donnent naissance à deux langues présentant finalement plus de points communs qu'il peut y sembler dès l'abord.
[modifier] Autres catégories
Pour des besoins pratiques et transversalement à la classification présentée ci-dessus, on distingue différentes autres catégories de langues, bâties sur des critères variés. On distingue ainsi des langues flexionnelles (interlingua), isolantes (glosa), logiques (loglan), fictionnelles (klingon), simplifiées (latino sine flexione), philosophiques (projet de Delormel), etc.
Certains sites classent les langues construites en conlang (langue construite), d'artlang (artificielle ou artistique selon les cas) et d'auxlang (auxiliaire, prévue pour être +/- universelle)
[modifier] Exemples de langues construites
- adlirec, langue européenne, équitable et facile à apprendre
- afrihili, basée sur les langues bantoues, langues à classes
- allnoun, grammaire réduite au strict minimum, langue composée entièrement de noms
- anglais basic, 850 mots standards, grammaire réduite et simplifiée
- aUI, langage "extraterrestre" basé sur 32 symboles
- bolak, langue mixte destinée principalement au commerce international
- brithenig, expérience intellectuelle imaginant ce qu'aurait été l'anglais s'il avait évolué à partir du latin
- ceqli, langue analytique basée sur le chinois et l'anglais
- comunleng, langue européenne à tendance latine, créée en 2000
- dastmen, langue créée durant l'année 1984, sans racine lexicologique existante, plus de 350.000 mots inventés et alphabet composé de 35 signes propres.
- elko, langue construite dont le vocabulaire se veut thématique et ordonné
- espéranto, la plus répandue des langues construites
- folkspraak, germanique commun (allemand, néerlandais et langues scandinaves)
- glosa, langue analytique (grammaire chinoise, vocabulaire gréco-latin)
- interlingua, langue latine naturaliste, se lisant aisément mais s'écrivant plus difficilement
- kobold, langue agglutinante à racines latines, influencée par le turc ou le suomi
- kotava, langue a priori, semi-flexionnelle avec un riche sytème d'affixes (préfixes, suffixes)
- Láadan, langue fictionnelle à prédominance féminine et matriarcale
- latino sine flexione, latin simplifié, inventé en 1903 par le célébre mathématicien italien Giuseppe Peano
- lincos (abréviation de lingua cosmica), langue articifielle créée par Marvin Minsky destinée à communiquer avec des extra terrestres
- lingua franca nova, langue latine en plus analytique, inspirée de la lingua franca du Moyen-Age
- ling, langue à consonnance latine, mais puisant certains mots ainsi que certains éléments de syntaxe dans l'allemand et l'anglais
- lingua sistemfrater, vocabulaire pan-européen (surtout grec), avec une grammaire pan-asiatique (donc assez simple)
- LinGuNUx, un lointain dérivé de l'espéranto
- liva, proche du lojban mais en moins ardu et artificiel
- loglan, langue basée sur la logique des prédicats de premier ordre, créée par le linguiste James Cooke Brown
- lojban, dissidence du loglan, basée sur les mêmes principes mais avec un vocabulaire différent
- nordien, "scandinavien" (danois, suédois, norvégien(s))
- novial, compromis entre l'ido et l'occidental
- occidental, langue latine assez simple (devenue ensuite Interlingue)
- pasigraphie, notation mathématique
- ro, plus une méthode de classement qu'une langue
- Silarg, langue hypothétique destinée aux LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels, Transgenres/Transsexuels).
- slovio, basée sur le slave commun (russe, polonais, tchèque...)
- Solrésol, composée uniquement des sept notes de la gamme musicale
- toki pona, 118 mots, une grammaire très réduite
- Unilingua / Mirad, décrite dans un [Wikibook] (en anglais)
- Universal glot, langue composite européenne par Jean Pirro en 1868
- verdurien
- volapük, langage ayant eu un succés foudroyant à partir de 1879 et quasiment mort 10 ans plus tard à cause de sa complexité
- wenedyk, si les slaves avaient été romanisés…
- zoinx, langue expérimentale
[modifier] Exemples de langues construites dans des œuvres de fiction
- dans l'œuvre de Tolkien :
- noir parler (langue des Orques)
- khuzdûl (langue des Nains)
- quenya (langue des Hauts Elfes)
- sindarin (langue des Elfes Gris)
- novlangue (simplification de l'anglais visant à rendre impossible l'expression des idées subversives, puis à limiter les libertés personnelles, dans le roman 1984 de George Orwell)
- klingon (langue des Klingons dans Star Trek, créée par Mark Okrand)
- syldave (langue de la Syldavie, des aventures de Tintin)
- kobaïen (langue créé par Christian Vander avec le groupe Magma dans les années 1970)
- europanto (langue formalisée par Diego Marani et utilisée dans son Las adventures des inspector Cabillot, 1999)
- paralloïdre (langue du poète André Martel)
- asa'pili (langue créée par P.M. dans son essai bolo'bolo sur une possible société écologiste)
[modifier] Voir aussi
- centre de documentation et d'étude sur la langue internationale
- langue internationale
- linguistique
- Langmaker
[modifier] Bibliographie
- Dictionnaire des langues imaginaires, Paolo Albani et Berlinghiero Buonarroti, ed. Les Belles Lettres, 2001, ISBN 2-251-44170-0
[modifier] Liens externes
- Les langues internationales publiées Conférence en français de Sébastien Erhard sur l'interlinguistique et le thème des langues internationales publiées
- Aperçus sur plusieurs langues construites (en anglais)
- Quelques liens sur internet relatifs aux langues construites. (en anglais) Compilé par Richard Kennaway. On trouve environ 310 langues construites dans la liste.
- The Language Construction Kit (en,br,it) Si vous désirez créer une langue, cette page est un bon point de départ.
- The Klingon Language Institute (en) Le site de référence sur la langue klingon. On y trouve un cours par correspondance, en anglais.
- Qu'est-ce qu'une conlang ? (fre) Une introduction aux conlangs (constructed languages).
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