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Joseph Schumpeter

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Joseph Alois Schumpeter (Triesch, Moravie, 8 février 1883 - Salisbury, Connecticut, 8 janvier 1950) est l'un des économistes les plus connus du XXe siècle.


Sommaire

[modifier] Biographie

Né en 1883<ref> Note : la même année qu'un autre des économistes les plus connus du XXe siècle, John Maynard Keynes et à la mort de Karl Marx</ref> à Třešť (Triesch), ville austro-hongroise aujourd’hui tchèque, d’un père industriel du textile, il se retrouve orphelin à 4 ans. Il entre en 1901 à la Faculté de droit de Vienne et s’intéresse successivement à la sociologie puis à l’économie, en suivant notamment les cours des théoriciens de l'École autrichienne, Friedrich von Wieser et Eugen von Böhm-Bawerk.

Docteur en 1906, il se rend en Angleterre et s'y marie en 1907. Son mariage se disloque rapidement, et il s'installe au Caire où il travaille en tant qu'avocat pour le tribunal mixte international.

En 1908, il publie son premier ouvrage, devenu très vite un classique de la statistique économique, Nature et contenu principal de la théorie économique, ce qui lui fait obtenir en 1909 une chaire de professeur d’université en économie politique à l'université de Czernowitz, alors qu'il n'a que 26 ans. Il publie la première édition de sa Théorie de l'évolution économique en 1911, ouvrage qui s’affranchit du cadre néoclassique et témoigne de son intérêt pour la dynamique et les lois du changement économique. Schumpeter met particulièrement en exergue l'importance de l'entrepreneur et du processus de destruction créatrice apportée par l'offre de nouveaux produits sur le marché. Entre 1911 et 1919, il enseigne à l'université de Graz (en Autriche). Avec les sociologues Werner Sombart et Max Weber, il dirige Archiv für Sozialwissenschaften (Archives pour les sciences sociales). Après la guerre, il est brièvement ministre des Finances (1919-1920) d’un gouvernement socialiste alors que l’Empire austro-hongrois s’effondre, puis il dirige pendant quatre ans une banque privée, la Biedermannbank de Vienne, jusqu'à sa faillite (1920-1924).

Il reprend sa carrière universitaire à l'université de Bonn. En 1926, il publie la deuxième édition de la Théorie de l’évolution économique ; la même année sa deuxième épouse meurt tragiquement. Il se rend plusieurs fois aux États-Unis, puis s'installe définitivement à l'Harvard en 1932 suite à la montée du nazisme en Europe centrale. Parmi ses étudiants à Harvard figurent Robert Heilbroner, Paul Samuelson, Wolfgang Stolper, Paul Sweezy et James Tobin. De 1937 à 1941, sa réputation internationale lui vaut de présider la Société d’économétrie dont il est l’un des fondateurs. En publiant en 1939 Les Cycles des affaires, il revient sur l’analyse de la croissance. En 1942, Capitalisme, socialisme et démocratie lui vaut une réputation d’économiste « hérétique ». En 1950, alors qu’il devient président de l’Association internationale d’économie, il s’éteint à 67 ans. Sa troisième épouse édite en 1954 la monumentale Histoire de l'analyse économique à laquelle il a consacré ses dernières années.

[modifier] Théorie économique

Schumpeter se laisse difficilement classer dans une École économique. S'il était bien autrichien, il n'a jamais fait partie de l'École autrichienne. L'économiste qu'il admirait le plus était sans conteste Léon Walras, mais son analyse dépasse largement le cadre néoclassique. Et, s'il a partagé certaines conclusions avec Karl Marx, son analyse était très éloignée du marxisme. On en fait en général le fondateur de l'évolutionnisme économique. Il est ainsi répertorié dans le cercle des économistes dits "hétérodoxes".

[modifier] L'impulsion du système économique : l'entrepreneur innovateur

Schumpeter met en avant le rôle majeur des innovations dans l'impulsion, la mise en mouvement de l'économie sous l'action de l'entrepreneur.

[modifier] L'innovation : de l'économie stationnaire à l'évolution économique

Schumpeter met en évidence le rôle déterminant de l'innovation dans l'impulsion du système économique. Il prend comme point de départ la modélisation d'une économie stationnaire nommé circuit économique dont les différents éléments structurels se reproduisent à l'identique. Il s'agit d'une représentation simplifiée de la vie économique et des relations qui se nouent entre les agents économiques. La logique de ce circuit économique est celle de l'équilibre général : les mouvements adaptatifs des prix assurent l'adéquation entre les différentes variables économiques et chaque facteur de production est rémunéré à son prix. Ce circuit économique est caractérisée par la libre concurrence, la propriété privée et la division du travail entre les agents.

Ces derniers, qui agissent en fonction de leur expérience passée, n'introduisent aucune rupture fondamentale dans leurs comportements et les relations économiques en place. Les methodes de production et les pratiques de consommation restent stables et l'offre s'égalise à la demande par le jeu de prix, de sorte que l'allocation des ressources est efficiente. Les comportements routiniers et les mécanismes adaptatifs conduisent à l'état stationnaire. Cette routine est brisée, selon Schumpeter, par l'entrepreneur et ses innovations. Ainsi l'évolution ne peut venir d'une modification quantitative (hausse de la production ou du capital), la transformation du système ne peut être que de nature qualitative. Schumpeter montre que le facteur déterminant de cette évolution est l'innovation. Celle ci est au cœur non seulement du processus de croissance mais aussi de transformations structurelles plus importantes. On regroupe en général les innovations en deux catégories : les innovations de produit et les innovations de procédé. L'acteur central de cette évolution est l'entrepreneur.

[modifier] L'entrepreneur : acteur fondamental de l'évolution économique

Dans la conception de Schumpeter l'entrepreneur incarne le pari de l'innovation ; son dynamisme assure la réussite de celle ci. L'entrepreneur est motivé par la réalisation de bénéfices générés par les risques pris et la réussite. La conception du profit défendue par Schumpeter est originale. L'entrepreneur crée de la valeur comme le salarié. Schumpeter pense que le profit est la sanction de l'initiative créatrice des risques pris par l'entrepreneur. Cette conception est contraire aux économistes classiques qui font du profit la contrepartie des efforts productifs (capital et travail) de l'entrepreneur. Elle est également contraire à la conception marxiste, qui place l'origine du profit dans la confiscation de la plus-value, c'est-à-dire l'appropriation d'une partie du fruit du travail des salariés.

Le profit est d'autant plus important et immédiat que l'entrepreneur est capable d'éliminer toute forme de concurrence directe et immédiate. L'innovation revient le plus souvent à détenir une position favorable dans sa branche, et sa diffusion permet l'obtention de droits commerciaux qui techniquement permettent à l'entrepreneur de disposer d'un monopole. Schumpeter considère les monopoles nés de l'innovation comme nécessaires à la bonne marche du capitalisme. En situation de monopole, l'entrepreneur peut fixer un prix de vente supérieur à son coût marginal, alors qu'ils seraient égaux en situation de concurrence pure et parfaite. Il peut aussi diminuer son coût marginal grâce à la baisse des coûts de production (par la hausse de la productivité) ou grâce aux économies d'échelles (augmentation de la production et de la taille des entreprises), et par là augmenter son profit. C'est cette perspective qui rend les risques de l'innovation acceptables.

Schumpeter montre qu'un univers non atomistique (grand nombre d'entreprises) n'est pas forcément négatif pour le consommateur car le monopole ne conduit pas toujours à la hausse des prix ou à la baisse de la production. L'entreprise géante percevant un surprofit peut effectuer des investissements importants. Par ailleurs, les innovations engendrent des effets de synergie au niveau de l'économie. Elles ont des externalités positives en terme d'entraînement sur des secteurs économiques et de créations de nouvelles activités. Elles apparaissent comme le fer de lance de la croissance économique, justifiant alors l'existence de ces nouveaux acteurs contribuant à l'essor du capitalisme. Pourtant, ces situations de monopole ne durent pas. C'est le jeu de la concurrence qui les banalise en faisant de la bataille pour le surprofit le moteur du progrès économique mais aussi le facteur explicatif des mouvements cycliques de l'économie.

[modifier] Des fluctuations économiques au changement social : la destruction créatrice

[modifier] Rythmes économiques et rythmes technologiques

L'observation empirique du système économique montre l'existence, à intervalles réguliers, de cycles économiques où des phases de prospérité alternent avec des phases de dépression. les économistes ont mis en évidence des mécanismes de régulation permettant au capitalisme de se développer au delà des crises, et ont cherché à rendre compte de l'existence de ces rythmes. Schumpeter propose une interprétation des rythmes économiques à la lumière des rythmes ou vagues technologiques : les innovations sont à l'origine de cycles économiques. Il montre que le phénomène de grappes d'innovations est à l'origine à la fois de l'expansion comme de la récession qui lui succède. Schumpeter a fourni une analyse cohérente des cycles longs dits de Kondratieff.

Schumpeter prétend que trois cycles se superposent et expliquent pour l'essentiel l'évolution de la conjoncture :

  • les cycles courts, ou cycles Kitchin, qui durent en moyenne 40 mois et s’expliquent selon lui par des variations de stocks,
  • les cycles moyens, dits cycles Juglar, qui durent, eux entre 6 et 11 ans,
  • les cycles longs, ou cycles Kondratieff qui s’étalent sur 40 à 60 ans. Ils seraient le résultat d’innovations majeures : machine à vapeur, automobiles.

Les monopoles mettent l'économie sur la voie du progrès mais ils ne sont que temporaires. Les surprofits vont amener des entrepreneurs imitateurs à proposer des biens similaires ou des procédés voisins obligeant les entreprises en place à se différencier sans cesse ou à baisser leurs prix. Ce phénomène d'imitation entraîne des innovations par grappes, c'est-à-dire une agrégation des innovations provoquées par la réussite de l'entrepreneur innovateur dont la position n'est que temporairement dominante.

L'application et la diffusion des innovations dépendent en amont de la propension de l'entrepreneur à prendre des risques, de la recherche dans l'émergence d'inventions susceptibles d'être exploitées, et du crédit. Elles dépendent en aval de la propension des individus à recevoir l'innovation (pour les produits nouveaux), donc de leurs goûts et habitudes. Ces conditions rendent compte de la réalisation, de la vitesse et de l'étendue de la diffusion. C'est donc le jeu innovation-imitation-monopole temporaire qui assure la croissance économique et le bouleversement perpétuel des positions établies.

L'activité cyclique se déroule de la façon suivante : la phase d'expansion s'explique par les profits qui engendrent une hausse des investissements et de la demande, sous l'effet des grappes d'innovation. Dans un premier temps, les crédits accordés vont provoquer une inflation des biens de production puis de consommation. Ensuite, la quantité additionnelle de biens engendre la déflation, accentuée par le remboursement des crédits annonçant la dépression. Les possibilités de profit se raréfient, les faillites apparaissent. Le phénomène d'imitation entraîne une saturation des marchés et une baisse de la rente monopolistique, donc une réduction de l'investissement suivie d'une baisse de l'activité. La crise ne pourra être dépassée que par d'autres vagues d'innovations. C'est le mécanisme décisif de l'activité cyclique qui implique un processus de destruction créatrice.

L'expansion dépend de la diffusion et de l'assimilation des nouvelles conditions d'activité. La dépression correspond à une période de disparition des structures productives en excès et des dettes, et à la gestation de nouvelles innovations. pour Schumpeter, la durée de chaque cycle correspond à l'importance des innovations et leurs effets d'entraînement.

Le progrès technique n'est pas un flux continu et les cycles obéissent à des mécanismes autorégulateurs. Il se diffuse de manière périodique par vagues à partir de certains secteurs et certains lieux.

[modifier] Progrès technique et changement social

L'introduction du progrès technique a un effet sur les comportements et les habitudes des différents agents économiques. L'entrepreneur innovateur entraîne de nombreux imitateurs, ce qui entraîne un changement radical de leur fonction de production (réorganisation du travail). Les innovations qui se diffusent dans l'économie vont bouleverser les modes de consommation en répondant à des besoins non satisfaits, voire en en créant de nouveaux. Les marchés se trouvent ainsi modifiés. Le progrès technique agit sur les structures de l'économie toute entière : la combinaison des facteurs de production (travail et capital) se modifie car il y a remplacement des structures anciennes par des nouvelles structures, et donc mobilité des moyens de production. L'impact sur la nature des qualifications et l'emploi, ainsi que sur leur répartition spatiale est considérable. Enfin, le progrès technique assure des positions dominantes et bouleverse l'état des rapports de force entre les pays au niveau international.

[modifier] La fin du capitalisme

Dans Capitalisme, socialisme et démocratie, Schumpeter rejoint la conclusion de Karl Marx sur l'inévitabilité de l'effondrement du capitalisme, mais pense qu'il sera remplacé par le socialisme pour des raisons non-marxiennes.

Pour Schumpeter, le succès du capitalisme conduit inévitablement à la création de grandes entreprises, et à l'avènement d'un sentiment d'hostilité de la part des intellectuels. Le climat intellectuel et social nécessaire à l'esprit d'entreprise et d'innovation évolue et finit par être remplacé par une forme ou une autre de socialisme. Schumpeter ne pense pas qu'un changement révolutionnaire soit plausible, mais estime que le capitalisme va se scléroser progressivement de l'intérieur, au fur et à mesure que des majorités démocratiquement élues choisissent de mettre en place une économie planifiée accompagnée d'un système d'État-providence et de restreindre les entrepreneurs.

Si Schumpeter ne recommande pas cette évolution – il est convaincu que la libre concurrence capitaliste est le meilleur système économique – il ne sait pas comment l'éviter.

[modifier] Œuvres majeures de Joseph Schumpeter

  • Nature et contenu principal de la théorie économique (Das Wesen und der Hauptinhalt der theoretischen Nationalökonomie), 1908
  • Théorie de l’évolution économique (Theorie der wirtschaftlichen Entwicklung) – première édition, 1911 ; deuxième édition, 1926 lire en ligne
  • Les cycles des affaires (Business Cycles: a Theoretical, Historical and Statistical Analysis of the Capitalist Process) 1939
  • Capitalisme, socialisme et démocratie (Capitalism, Socialism, and Democracy), 1942 lire en ligne
  • Histoire de l'analyse économique (History of Economic Analysis), publié après sa mort en 1954


[modifier] Notes et références

<references/>

[modifier] Sources

[modifier] Bibliographie

  • Maurice Baslé, etc., Histoire des pensées économiques – les fondateurs, 2e édition, Sirey, ISBN 2-247-01666-9
  • (en) Ján Iša, Profiles of world economists: Joseph Alois Schumpeter, BIATEC, Volume XII, avril 2004, lire en ligne

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes


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