Jiang Qing
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Jiang Qing (江青) fut la quatrième épouse de Mao Zedong. Elle joua un rôle politique majeur durant la Révolution culturelle.
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[modifier] Les débuts
Jiang Jing (Jiang Qing 江青), de son vrai nom Luan Shumeng (alias Li Yunhe, alias Li Jin, alias Lan Ping), est née entre 1912 et 1914 à Zhucheng de la province du Shandong d'une famille d'origine humble. Son père, Li Dewen, est un fabriquant de roues de charrettes et propriétaire d'une auberge. Son enfance dans ce bourg de 30 000 n'est guère épanouissante — brutal, son père alcoolique bat sa mère (qui n'est pas l'épouse mais seulement une concubine) qui bat Jiang Qing à son tour. À l'âge de cinq ans, sa mère s'enfuit et l'emmène chez son grand-père à Jinan. C'est là que Yun He (« Grue dans les nuages », son nouveau nom) fréquentera l'école primaire. Mais en 1928, sa mère, probablement remariée, quitte la ville et disparaît. L'adolescente est seule. Elles se joint à une troupe de Jinan où elle commence l'apprentissage du métier d'acteur. La jeune fille, déjà très belle, s'épanouit dans ce monde artistique. Elle réussit à intégrer l'académie des arts dramatiques de Jinan au printemps 1929, mais les difficultés recommencent dès 1930 quand celle-ci ferme brutalement ses portes. Yun He épouse alors Feïn, le fils d'un commerçant de Jinan, qui s'est épris d'elle. Mariage de raison pour cette femme ambitieuse qui aboutit quelques mois plus tard à un divorce. Elle part alors pour Qingdao, le grand port du Shandong, où le ancien directeur de l'académie artistique de Jinan est devenu doyen de l'université. Elle sympathise avec l'épouse de ce dernier, Yu Shan, qui lui obtient un petit travail à la bibliothèque universitaire. Surtout, elle lui présente son frère Yu Qiwei qui occupe un poste très important au sein du Parti communiste chinois — rien moins que responsable de la propagande du parti clandestin pour Qingdao.
Puis elle part commencer une carrière d'actrice sous le nom de Lan Ping (蓝苹) en 1933 à Shanghai et épouse un critique cinématographique appelé Tang Na (pseudonyme de Ma Jiliang).
Surnommée « Pomme bleue » (Lan Ping), elle décroche pendant quelques années des rôles très modestes dans des films de second plan. Cette médiocre carrière d'actrice l'amène néanmoins à côtoyer les milieux de gauche, sans être vraiment acceptée par eux — ce dont elle tira une grande rancœur qu'elle put assouvir pendant la Révolution culturelle. Femme réputée légère, elle noue notamment des liens avec des membres du Parti communiste chinois, dont le célèbre Kang Sheng, qui fut peut-être son amant. Elle devient également la maîtresse de c(alias Huang Jing), un cadre communiste clandestin. Elle est arrêtée par la police pour ces fréquentations mais est relachée aussitôt, sans doute en dénonçant certains des camarades dont elle connaissait l'identité, comme il lui a été reproché par la suite de façon persistante (Jiang Qing s'est employée à faire disparaître tous les documents qui pourraient la compromettre au moment où elle avait toute latitude pour le faire, pendant la Révolution culturelle — gageons cependant qu'il en reste assez pour connaître tous les détails quand la situation politique en République populaire de Chine le permettra).
[modifier] L'attente
En 1937 elle se sépare de son mari Tang Na et en compagnie de son ancien amant Yu Qiwei rejoint Yan'an, la base des forces communistes établie à l'issue de la Longue Marche. C'est à ce moment qu'elle prend le nom plus connu de Jiang Qing. Très ambitieuse, elle va s'employer à séduire Mao, qui répudie alors sa seconde femme, He Zizhen. Le Bureau politique est pourtant très défavorable à cette union, se méfiant de cette starlette à la réputation sulfureuse. Il craint en outre que cette liaison nuise à l'autorité de Mao, dont l'ex-femme était une militante exemplaire qui avait participé à toutes les luttes du Parti (elle avait notamment enduré les épreuves de la Longue Marche aux côtés de Mao). Une condition est donc posée qui est acceptée par Mao : que Jiang Qing s'abstienne de participer à toute activité politique publique. Malgré la déception très vive de Jiang Qing, celle-ci s'incline et le mariage a lieu en novembre 1938. Elle devient ainsi la quatrième et dernière épouse de Mao, après Yang Kaihui (épousée en 1920) et He Zizhen (épousée en 1928).
De fait, Jiang Qing va attendre son heure et se tenir à l'écart de la vie publique pendant plus d'une décennie. Elle donne à Mao une fille en 1940, Li Na. En 1950, on lui abandonne avec réticence un poste dans la culture : elle est nommée membre du comité directeur de l'industrie cinématographique dépendant du ministère de la culture. On la traite néanmoins avec désinvolture, ne lui cachant pas qu'elle est accueillie à ce poste par faveur privée du Président Mao (ce dont les têtes de ce comité comme Xia Yan, Tian Han, etc. eurent à se repentir : ils furent tous éliminés pendant la Révolution culturelle, ainsi que toutes les personnalités influentes du théâtre et du cinéma). Ce retrait est d'autant plus accentué qu'elle entretient dans les année 50 des relations pour le moins tumultueuses avec Mao qui ne pouvait supporter notamment l'hypocondrie dont elle était affligée (elle est accueillie pour de longs séjours en URSS entre 1949 à 1959 pour soigner un cancer — sans que l'on sache précisemment s'il s'agit d'une mesure d'éloignement de Mao, d'un mal bien réel ou d'une dépression nerveuse) et qui ne lui témoignait pas une fidélité exemplaire (les biographes de Mao comme Philip Short en font même un dépravé friand de — très — jeunes filles). À l'issue de l'échec de l'aventure catastrophique du Grand Bond en avant lancé par Mao entre 1957 et 1962, celui-ci est écarté du pouvoir par le Parti. Il se rapproche alors de Jiang Qing, qui s'efforce justement de développer une certaine influence dans le domaine de l'art. Elle met en avant de grandes théories extrêmement radicales sur ce que doit être l'art dans les sociétés populaires, et s'intéresse particulièrement à la réforme de l'opéra de Pékin. Son désir de mettre un terme à l'effacement qu'elle subit est en outre exacerbé par les succès publiques de Wang Guangmei, la femme de Liu Shaoqi, le numéro un du régime. Celle-ci aussi subit par la suite la vindicte haineuse de Jiang Qing : elle fut publiquement vilipendée, torturée (entre autres crimes et trahissant la signature bien féminine de l'accusation, on lui reprocha l'élégance de sa toilette portée lors d'un voyage officiel en Indonésie aux côtés de Liu Shaoqi).
En attendant, comme modeste mesure de compensation, Jiang Qing est élue à l'Assemblée populaire nationale. Sa première occasion de manifester un activisme politique se présente durant l'été 1964, lorsqu'elle propose une réforme de l'opéra. Cette tentative fit néanmoins long feu face au mur d'indifférence, si ce n'est de mépris, présenté par les autorités du Parti.
[modifier] La Révolution culturelle
À partir de 1965, la Révolution culturelle lui permet de se hisser au centre la scène. Elle se jette dans la mêlée politique orchestrée par Mao pour reprendre le pouvoir en détruisant le Parti (il a été écarté par la vieille garde du Parti à l'issue de la catastrophe du Grand Bond en avant qui a causé la mort de plus de 30 millions de personnes) et relancer la révolution sur une voie radicale. Puis profitant du chaos sanglant qui s'ensuit, elle se place — avec l'assentiment de Mao — au premier rang des dignitaires du régime en prenant avec Chen Boda la tête du Groupe de la Révolution culturelle.
Elle entreprend une campagne de « purification » des arts à partir de 1967, excluant tout ce qui ne relevait pas d'un véritable art populaire « antiféodal » et « antibourgeois ». Elle limite strictement le nombre d'opéras autorisés. Lin Biao l'aide également à cette époque à répandre son idéologie au sein de l'Armée populaire de libération par le biais de compagnies de danse et de théâtre. De façon générale, elle joue un rôle essentiel au cours des différents rebondissements de cette folle équipée qui mena la Chine au bord du gouffre. Un rôle « signe de l'état de décadence dans lequel a sombré le pouvoir maoïste » (Simon Leys) puisque rien dans son action passée, sa personnalité ou ses compétences ne justifient la position de l'« Impératrice rouge », qui doit tout à sa relation privée avec Mao. Malgré le déploiement de propagande qu'elle avait mis en place pour exalter sa personne, elle resta d'ailleurs universellement haïe et méprisée par le peuple chinois.
[modifier] La chute
Dès 1971, Simon Leys peut écrire : « On peut dès à présent prédire que, Mao une fois disparu, le pouvoir de Jiang Qing sera le tout premier à se trouver en péril. »
L'analyse était juste, car c'est de son mariage avec Mao qu'elle tire l'essentiel de son pouvoir. Un mois après la mort de Grand Timonier, les adversaires de la Bande des Quatre (dont les trois autres membres étaient Zhang Chunqiao, Yao Wenyuan et Wang Hongwen) rassemblés autour de Hua Guofeng, désirant en finir avec les excès de la faction radicale, font arrêter Jiang Qing dans la nuit du 6 au 7 octobre 1976 (ainsi que ses complices) qui est accusée de complot — une accusation sans doute pas invraisemblable. En juillet de l'année suivante, elle est exclue du Parti communiste chinois.
Ne pouvant l'éliminer de façon expéditive, on met en place une cour spéciale entre novembre 1980 et janvier 1981 pour la juger pour les crimes innombrables commis pendant la Révolution culturelle. Elle comparaît devant trente-six magistrats (et un public de six cent personnes) pour un procès-spectacle dont la sentence a déjà été décidée par Deng Xiaoping (qui est parvenu entretemps à écarter Hua Guofeng du pouvoir). Elle est finalement condamnée à mort le 25 janvier 1981 à l'issue d'une parodie de procès, avec un sursis de deux ans lui permettant de se « repentir ». Elle n'exprima pas le moindre regret durant son procès (elle est responsable directement ou indirectement de centaines de milliers de morts), défiant et injuriant au contraire ses accusateurs, et se prévalant d'être le « chien de Mao » (Quand il me disait de mordre, je mordais). En 1983, sa peine est commuée en détention à vie.
Elle est finalement libérée pour raison médicale (probablement un cancer de la gorge) et placée en résidence étroitement surveillée à Pékin. L'Impératrice rouge se serait suicidée le 14 mai 1991, selon les autorités chinoises qui n'ont annoncé sa mort qu'en 1993.
[modifier] Sources
- (fr) Simon Leys, Les habits neufs du Président Mao ( voir les notices bibliographiques).
- (fr) Marie-Claire Bergère, La Chine de 1949 à nos jours, 3e édition, Armand Colin, Paris, 1999.
- (fr) Qiao Tang, Jiang Qing, l'Impératrice rouge, du théâtre à la politique, la vie tumultueuse de l'épouse de Mao Zedong, Albin Michel.
[modifier] Voir aussi
- (fr) Lucien Bodard, Le chien de Mao, (biographie romancée de Jiang Qing).
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