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Jean-Henri Fabre

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Jean-Henri Fabre

Sommaire

Jean-Henri<ref>De rares sources omettent le trait d'union entre les deux éléments de son prénom composé usuel, Jean-Henri, ainsi que son deuxième prénom maternel, Casimir. Nous nous conformons ici à l'orthographe la plus fréquemment admise. Voir à ce sujet la biographie de l'abbé Augustin Fabre, Jean-Henri Fabre le naturaliste (Imprimerie Carrère, Rodez 1924), et la préface d'Yves Delange aux Souvenirs Entomologiques (éditions Robert Laffont, Paris 1989). Ses œuvres en provençal sont signées Jan-Enri Fabre. Voir également sur wikipédia : Convention sur les prénoms composés anciens</ref> Casimir Fabre, né le 21 décembre 1823 à Saint-Léons du Lévézou (Aveyron), mort le 11 octobre 1915 à Sérignan-du-Comtat (Vaucluse), est un homme de sciences, humaniste, naturaliste, entomologiste éminent, écrivain passionné par la nature et poète français.

Universellement célèbre pour ses Souvenirs entomologiques, qui furent traduits en quatorze langues, et bien que lauréat de l'Académie française et d'un nombre considérable de prix, Jean-Henri Fabre reste fort mal connu des Français.

Il peut être considéré comme le précurseur de l'éthologie, science du comportement animal, et de l'écophysiologie<ref>Voir M. Fontaine et Y. Delange, « Jean-Henri Fabre, précurseur de l'écophysiologie » in Actes du congrès J.-H. Fabre, 1985</ref> . Bien que ses découvertes égalent celles de Darwin, elles ne sont vraiment honorées qu'à l'étranger, notamment en Russie, en Amérique et surtout au Japon où Jean-Henri Fabre est considéré comme le modèle accompli de l'homme de sciences et de lettres réunis et, à ce titre, enseigné dès l'école primaire.

[modifier] Biographie

[modifier] L'éveil à la nature : un autodidacte précoce

Élevé par ses grands-parents paternels<ref>Pierre-Jean Fabre et Élizabeth Poujade</ref> dans la petite ferme du Malaval, c'est dans la rudesse et l'austérité du Rouergue profond que Jean-Henri découvre très tôt les réalités d'une nature contrastée et sauvage, qui aiguisera son esprit d'observation et sa remarquable pugnacité.

De retour au village de Saint-Léons à l'âge de sept ans, il est très désireux de s'instruire dans tous les domaines. Il apprend à lire et à écrire dans une grange transformée en classe, entouré d'animaux de basse-cour. Son plus précieux outil scolaire est un abécédaire illustré par des animaux que lui avait offert son père, Antoine Fabre.

Paysan devenu cafetier, les déboires professionnels de ce dernier vont interrompre sans cesse sa scolarité, obligeant Fabre à être autodidacte dès l'âge de 10 ans! Dès 1833 et pendant les six années suivantes, l'exode rural les poussera à Rodez, Aurillac, Toulouse, Montpellier, Pierrelatte et enfin Avignon. Brillant élève au collège Royal de Rodez, il apprend assez de latin et de grec pour se passionner pour les auteurs de l'antiquité, sur lesquels il construira sa démarche scientifique. Il affectionne surtout Virgile en qui il découvre un poète épris, comme lui, de la nature.

À Montpellier, âgé de quatorze ans, il est tenté par la médecine mais doit y renoncer pour aider ses parents, se faisant embaucher ça et là comme manœuvre, vendeur ou cueilleur de fruits. Après un passage au petit séminaire Esquille de Toulouse, ce n'est qu'à Avignon qu'il pourra profiter de trois ans d'enseignement ininterrompu à l'École Normale d'instituteurs. Ayant appris qu'un concours d'entrée recrutait des élèves instituteurs pour cette école, il est autorisé à y participer. Reçu premier, en qualité de pensionnaire boursier en 1840, le voilà, à dix-sept ans, enfin assuré du gîte, du couvert et de l'accès aux connaissances. Il obtient le Brevet supérieur<ref>Le Brevet supérieur, qui nécessitait trois années d'études supplémentaires après le Brevet élémentaire, permettait d'accéder aux postes de professeurs dans les Écoles primaires supérieures ou de concourir au Certificat d'Aptitude à l'Inspection primaire et à la Direction des Écoles Normales.</ref> en 1842, avec une année d'avance sur le cycle habituel.

[modifier] Carpentras : l'instituteur érudit

De 1842 à 1849, il est instituteur à l'école primaire annexe du collège de Carpentras. Le 30 octobre 1844 il épouse une Carpentrassienne, Marie-Césarine Villard, qui lui donnera cinq enfants.

Etouffé par l'enseignement de l'époque qu'il qualifie de prison, il met à profit la clémence du climat de la région pour y encourager l'enseignement en plein air. Dans sa rage d'apprendre, il consacre tout son temps libre à la préparation de nouveaux diplômes, tout en menant diverses recherches, notamment en entomologie. Il obtient:

  • en 1844, le baccalauréat ès-lettres  ;
  • en 1846, le baccalauréat en mathématiques ;
  • en 1847, la licence de sciences mathématiques ;
  • en 1848, la licence de sciences physiques.

Fabre avait fait sien le précepte de Platon : « Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre ». Entre vingt et trente ans, il est subjugué par les mathématiques, par lesquelles il apprend par ses seules forces à dominer les problèmes: l' ellipse, l'hyperbole, les tangentes, la mécanique analytique, le calcul infinitésimal. Pour lui le nombre était empreint de poésie, allant jusqu'à lui consacrer une ode, « Arithmos » !

Un des traits remarquables de la personnalité de Fabre, outre sa grande assurance et l'intuition, est certainement l'audace : un élève lui ayant demandé des leçons particulières d'algèbre, il décide d'apprendre cette discipline inconnue de lui en même temps qu'il l'enseigne<ref>Souvenirs entomologiques IIe série, XIII - Souvenirs mathématiques. Le binôme de Newton</ref> !

Enfin, séduit par la richesse botanique et entomologique de la Provence, il replonge dans ses amours d'enfance et commence une carrière prodigieuse d'« historien des bêtes. » Sa rencontre avec un Cerceris au creux d'un chemin va soudain déclencher cet élan naturaliste et cette sensibilité à la nature qui le rapproche de ses admirateurs d'Extrême-Orient.

[modifier] Ajaccio (1849-1852) : éclosion du naturaliste

Installé avec son épouse à Ajaccio en janvier 1849, Fabre, qui enseigne à présent la physique et la chimie dans les classes secondaires, bénéficie d'une nette amélioration de ses conditions de travail. Pourvu de solides diplômes, le jeune professeur va s'épanouir et s'ingénier à éveiller la curiosité de ses élèves.

Bien plus, la découverte de la nature corse et de la civilisation méditerranéenne va combler les désirs du naturaliste et lui offrir un champ d'investigation inégalé. Jean-Henri et Marie-Césarine multiplient les excursions, découvrent la richesse de la faune des mollusques et récoltent de nombreuses espèces de coquillages marins, terrestres ou d'eau douce. Fabre réunit les éléments pour une Conchyliologie de la Corse. Ce travail d’inventaires et de descriptions des mollusques et coquillages, réunissant les connaissances de Linné, Lamarck et bien d'autres savants, est enrichi d'une foule de notes et d'observations personnelles et originales. Il ne sera hélas jamais publié, la brièveté de son séjour ne lui permettant pas de l'achever.

Sous la houlette d'Esprit Requien (1788-1851), qui habitait Bonifacio, il amasse les plantes rares et, profitant des vacances scolaires pour herboriser, constitue un herbier imposant. Leur projet commun de réaliser une flore de la Corse sera anéanti par la mort subite et prématurée du célèbre naturaliste avignonnais, emporté par une congestion cérébrale en mai 1851.

Sur la recommandation de Requien, les Fabre offrirent l'hospitalité, l'année suivante, au zoologiste montpelliérain Moquin-Tendon (1801-1863), car la Corse offrait aussi une grande richesse en araignées, insectes, crustacés et reptiles. Membre de plusieurs Académies, Moquin-Tendon, qui était de plus très cultivé en littérature et poète, aura une influence déterminante dans le choix de la carrière naturaliste de Fabre. Il lui donna, dit-il, « la seule et mémorable leçon d'histoire naturelle que j'aie jamais reçue dans ma vie » en disséquant un escargot avec seulement deux aiguilles à coudre, et prononça la fameuse phrase qui eut raison de ses hésitations : « Laissez là vos mathématiques [...]. Venez à la bête, à la plante; et si vous avez, comme il me semble, quelque ardeur dans les veines, vous trouverez qui vous écoutera. »<ref>Souvenirs entomologiques, VIe série, IV - Mon école.</ref>

Malgré les conditions idéales que lui offrait la Corse, plusieurs raisons incitèrent Fabre à demander son retour sur le continent : des accès de paludisme qu'il avait contracté en herborisant exigeaient un climat plus sain; les traitements des professeurs du Collège avaient été réduits de moitié et la chaire de physique risquait d'être supprimée; Enfin, il voulait préparer un doctorat ou l'agrégation de mathématiques.

[modifier] Avignon (1853-1871) : l'enseignant chercheur

Muni désormais de solides connaissances et ayant choisi de s'orienter vers la recherche en éthologie des insectes, science des mœurs des insectes, Fabre rentre de Corse en janvier 1853. Il est nommé professeur au lycée impérial d'Avignon où il enseignera pendant dix-huit ans la physique et la chimie. Il se rapproche ainsi de ses parents, enfin installés durablement, dans la banlieue, à la ferme de Roberty.

L'année suivante, en juillet 1854, il est reçu à la licence ès-sciences naturelles avec les félicitations du jury, réussite déterminante qui lui ouvre la voix du doctorat ou de l'agrégation. Fabre doit renoncer à contre-cœur à l'agrégation qui l'aurait empêché de s'engager dans une recherche personnelle, et prépare un doctorat. Son sujet de thèse principal s'intitulait Recherche sur l'anatomie des organes reproducteurs et sur le développement des myriapodes, et son sujet secondaire, portant sur la botanique, Recherche sur les tubercules de l'Himantoglossum Hircinum. En 1855, il soutient sa thèse à Paris devant un jury composé de deux professeurs au Muséum national d'Histoire naturelle, Henri Milne-Edwards (1800-1885) et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (1805-1861), et du botaniste Jean-Baptiste Payer (1818-1860).

La même année, son « Étude sur l'instinct et les métamorphoses des sphégiens », publiée dans les Annales de sciences naturelles et de zoologie, obtient la mention « honorable » au concours pour le prix Montyon de physiologie, décerné par l'Académie des Sciences. À partir de 1856, Fabre multiplie les observations et rompt son isolement en échangeant fructueusement ses notes et échantillons avec l'entomologiste landais Léon Dufour dont il réfute l'hypothèse d'une liqueur conservatrice à l'origine de la paralysie des proies vivantes des cerceris, par une démonstration magistrale de la destruction sélective des centres nerveux non vitaux des buprestes par les savants coups de stylets des hyménoptères.

En 1857, la fièvre de découvertes qui l'anime s'étend bientôt à tout l'univers des insectes : hyménoptères, bembex, scolies, coléoptères, dont il décrit les comportements les plus intimes avec une rigueur méthodologique inégalée et dans une langue de qualité qui annonce déjà l'écrivain, le poète et le philosophe.

Fasciné par les champignons dès son plus jeune âge, il étudie la reproduction de la truffe, réfutant la théorie de la ‘galle du chêne » dans une note présentée en avril à Société d'Agriculture et d'Horticulture de Vaucluse, sujet sensible s'il en est pour la prospérité économique du département.

La botanique n'est pas en reste. Fabre s'étant lié d'amitié avec le botaniste avignonnais Théodore Delacour qui dirigeait à Paris la célèbre maison Vilmorin, celui-ci lui présente le chef des cultures botaniques, Bernard Verlot. Ils explorent ensemble la flore du Mont Ventoux et instruisent Fabre des dernières techniques en horticulture.

Pensant tirer profit de ses connaissances en chimie, Fabre effectua des recherches sur la garancine, poudre de racine de garance qui permettait de teindre les tissus en rouge, fournissant notamment les fameux pantalons rouges de l'infanterie française. La garance d'Avignon (dite palus) étant fort réputée, même les parents de Fabre la cultivaient à la ferme de Roberty. Dans les années 1859 à 1861, Fabre déposa quatre brevets d'invention touchant à l'analyse des fraudes, mais surtout à l'alizarine pure, qu'il avait réussi à extraire par une méthode d’une simplicité étonnante. Hélas, alors que les usines commençaient à utiliser ses procédés, la découverte de l'alizarine artificielle, réalisée par Graebe et Liebermann en 1868, allait sonner le glas de l'industrie tinctoriale de la garance et des ressources agricoles qu'elle représentait dans le Vaucluse, ruinant du même coup les dix années d’efforts que Fabre avait consacrées à ses procédés.

En 1865, sur la recommandation du célèbre chimiste Jean-Baptiste Dumas, l'illustre Louis Pasteur vient en personne le consulter pour tenter de sauver l'industrie séricicole française. Les vers à soie étaient décimés par une désastreuse épidémie de pébrine, caractérisée par l'éruption de points noirs, évoquant des grains de poivre. Fabre lui expliqua la biologie du bombyx du mûrier et les moyens de sélectionner les œufs indemnes. La leçon porta ses fruits et Pasteur réussit à enrayer les redoutables épidémies.

En 1866, la municipalité nomma Fabre au poste de conservateur du musée d'Histoire naturelle d'Avignon (rebaptisé musée Requien depuis 1851), alors abrité dans l'église Saint-Martial désaffectée<ref>Le musée de l'époque, complété par un vaste jardin botanique, abritait déjà une importante collection zoologique et un des plus riches herbiers de France. Fabre y exerça ses fonctions jusqu'en 1873.</ref>. C'est là que Fabre travaillait aux colorants et donnait des cours publics de chimie. C'est là également qu'il reçut en 1867 la visite surprise de Victor Duruy (1811-1894). Ce fils d'ouvrier devenu normalien et inspecteur de l'enseignement avait pris en amitié, le naturaliste avec qui il partageait le rêve d'une instruction accessible aux plus démunis. Nommé ministre de l'Instruction Publique, Duruy convoqua Fabre à Paris deux ans plus tard pour lui remettre la Légion d'honneur et le présenter à l'empereur Napoléon III.

Puis, en 1869, il le charge de donner des cours du soir pour adultes qui, ouverts à tous les publics, connurent un succès considérable. Ses leçons de botanique attiraient un public attentif composé de jeunes villageoises qui lui apportaient tant de fleurs que « son bureau disparaissait sous les richesses ses serres voisines », d'agriculteurs curieux de science, mais aussi des personnalités fort cultivées telles que l'éditeur Roumanille, Frédéric Mistral et le philosophe anglais John Stuart Mill (1806-1873), directeur de la Compagnie des Indes, qui deviendra un de ses plus fidèles amis.

Mais la loi Duruy (10 juillet 1867) pour la démocratisation de l'enseignement laïque, notamment l'accès des jeunes filles à l'instruction secondaire, déclencha une cabale des cléricaux et des conservateurs, obligeant le ministre à démissionner. Accusé d'avoir osé expliquer la fécondation des fleurs devant de pures jeunes filles, les cours du soir furent supprimés et Fabre, dénoncé comme subversif et dangereux. Incapable de supporter une telle atteinte à son honneur, Fabre dut démissionner de son poste au lycée. Malgré ses vingt-huit ans de service, il quittait l’enseignement sans obtenir la moindre pension. Pour comble, les propriétaires de la maison qu'il habitait au bord de la Sorgue étant parmi les plus bigots, il fut expulsé dans le mois avec sa femme et ses cinq enfants.

C'est grâce à l'aide généreuse de Stuart Mill, qui lui avança la somme de trois mille francs, que Fabre et sa famille purent éviter le drame et s'installer, en novembre, à Orange. Ainsi prenait fin la période avignonnaise, si riche sur le plan scientifique, et si misérable sur le plan financier, n'ayant bénéficié d'aucun avancement ni augmentation de salaire en dix-huit ans!

« Un soir d'hiver, à côté d'un poêle dont les cendres étaient encore chaudes, et la famille endormie, j'oubliais, dans la lecture, les soucis du lendemain, les noirs soucis du professeur de physique qui, après avoir empilé diplôme universitaire sur diplôme et rendu pendant un quart de siècle des services dont le mérite n'était pas méconnu, recevait pour lui et les siens 1.600 francs, moins que le gage d'un palefrenier de bonne maison. Ainsi le voulait la honteuse parcimonie de cette époque pour les choses de l'enseignement. […] j'étais un irrégulier, fils de mes études solitaires. J'oubliais donc au milieu des livres, mes poignantes misères du professorat.<ref>Souvenirs entomologiques, Ire série, III - Le Cerceris bupresticide.</ref> »

Si la lecture était le réconfort de sa misère, c’est sa plume qui lui permettra d'en sortir. Le succès remporté par deux de ses livres destinés à la jeunesse, Le Ciel, et l' Histoire de la bûche ; récits sur la vie des plantes, largement diffusé par Hachette en 1867, l’encouragea à poursuivre son œuvre de pédagogue en composant des livres scolaires.

[modifier] Orange (1871-1879) : écrivain pédagogue

Désormais libéré des charges et des contraintes de l’enseignement, Fabre se retrouve, à 47 ans, sans situation, sans ressources et sans toit, alors que la guerre de 1870 bat son plein. Tandis que Marie-Césarine et les enfants séjournent chez ses parents à Carpentras, Fabre loge provisoirement chez un ami, le docteur Ripert, au Castel des Arènes à Orange. Puis il trouve un logement au centre ville, place des Cordeliers, qui lui permet de réunir la famille, mais trop bruyant et trop loin de la nature pour y poursuivre des études entomologiques.

Enfin, en 1872, les Fabre s'installent en location pour huit ans dans la belle et spacieuse maison de la Vinarde, située à la sortie de la ville. La garrigue aux portes du logis lui permet de recréer, avec l'aide de son fils Jules, un petit jardin botanique et de reprendre ses observations du Chalicodome, d'étudier le Pompile apical, les Halictes, les Chrysomèles, de récolter les champignons et d'en peindre les premières aquarelles.

Mais surtout, Fabre entreprend des travaux de vulgarisation d'une ampleur et d'une qualité inégalée qui le préparent à sa mission d'écrivain scientifique. En plus du premier volume des Souvenirs et une étude sur les Halictes, il rédigera plus de trente manuels scolaires et livres pour enfants qui, publiés par Charles Delagrave, connaîtront un grand succès : Arithmétique, Algèbre et Trigonométrie, Botanique et Zoologie, Géographie, Géologie, Physique, Chimie organique, Astronomie élémentaire, Cours de cosmographie, Le ménage ou causerie sur l'économie domestique, L'industrie

Plusieurs générations d'élèves auront ainsi la chance de pouvoir étudier la plupart des matières scolaires avec ces textes d'une qualité peu commune, par leur dimension la fois scientifique et littéraire. Fabre s'en explique ainsi dans les Souvenirs :

« D'autres m'ont reproché mon langage, qui n'a pas la solennité, disons mieux, la sécheresse académique. Ils craignent qu'une page qui se lit sans fatigue ne soit pas toujours l'expression de la vérité. Si je les en croyais, on n’est profond qu’à la condition d’être obscur. […] oui, mes pages non hérissées de formules creuses, de savantasses élucubrations, sont l’exact narré des faits observés, rien de plus, rien de moins […] l’histoire naturelle, cette magnifique étude du jeune âge, à force de perfectionnement cellulaire, est devenue chose odieuse, rebutante. Or, si j’écris pour les savants, pour les philosophes qui tenteront un jour de débrouiller un peu l’ardu problème de l’instinct, j’écris aussi, j’écris surtout, pour les jeunes, à qui je désire faire aimer cette histoire naturelle que vous faites tant haïr ; et voilà pourquoi, tout en restant dans le scrupuleux domaine du vrai, je m’abstient de votre prose scientifique, qui trop souvent, hélas ! semble empruntée à quelque idiome de Hurons.<ref>Souvenirs entomologiques, IIe série, I - L'Harmas.</ref> »

La poésie, souvent présente dans les récits de Fabre, sa volonté inflexible dans la recherche de la vérité scientifique, cette inépuisable ardeur au travail qui lui a permis cette extraordinaire formation autodidacte, ses talents de pédagogue, prennent leur source dans une sensibilité spirituelle tournée vers l'intérieur, vers l'essence de l'âme qu'il croit immortelle et avec laquelle il sait dialoguer pour dépasser les drames de la vie, déjouer les pièges de son ego et transformer les épreuves les plus cruelles en énergie positive.

Comme l'écrit le docteur Legros dans sa première biographie, sa devise aurait pu être De fimo ad excelsa, du bas vers la perfection. C'est sans doute cette attitude de Fabre, alliant la rigueur de la morale confucianiste, et la souplesse de la conscience, quasi-shintoïste, des lois de la nature, qui force le respect et explique la profonde admiration que lui vouent l'Extrême-Orient, notamment le Japon.

Car les épreuves les plus cruelles attendent Fabre avant qu'il puisse accéder à son rêve. En 1877, le 14 septembre à midi, son fils Jules, gravement malade, décède à l'âge de 16 ans. Fabre est très affecté par la disparition du cher enfant qui l'assistait dans ses travaux entomologiques et en qui il voyait son successeur. La même année, son ami et protecteur Stuart Mill, rejoint sa femme qui l'attendait au cimetière d'Avignon. L'année suivante, Fabre lui-même est frappé par une pneumonie. On le croit perdu, il en guérit, régénéré.

En mars 1879, avec les économies réalisées par la vente de ses livres, Fabre décide d'acheter l'Harmas, une maison avec un grand parc à l'entrée de Sérignan-du-Comtat. Il pourra enfin, dans cette nouvelle demeure, se consacrer à son rêve de toujours : l'observation des insectes.


[modifier] Le maître de Sérignan (1879-1915)

(à développer) Jean-Henri Fabre se consacre alors entièrement à l'observation des insectes et écrit la première série des Souvenirs entomologiques. Neuf autres séries suivront, à un rythme irrégulier jusqu'en 1907, année où une amitié naît entre Fabre et son disciple le Docteur Legros, qui projète de célébrer son jubilé et de le faire connaître du monde entier. Il rédige en 1910 une première biographie illustrée de 112 pages, Jean-Henri Fabre, naturaliste, puis en 1912 une seconde, richement documentée par la correspondance de Fabre : La vie de J.-H. Fabre, naturaliste', ouvrage qui sera traduit dans de nombreuses langues, la version anglaise paraissant dès 1913.

En 1913, Le président de la République, Raymond Poincaré (1860-1934) rend visite à Fabre à l'Harmas. Deux années plus tard, Jean-Henri Fabre apprend avec joie la victoire de la Marne : son fils Paul est parmi les combattants. Jean-Henri Fabre s'éteint le 11 octobre 1915, à l'âge de 92 ans.

[modifier] Homme de sciences

(à développer) Jean-Henri Fabre entretient une correspondance avec Darwin (1809-1882), dont il n'admettait pas la théorie de l'évolution, avec Stuart Mill, Roumanille (1806-1873) et Mistral (1830-1914).

En 1859, soit vingt ans avant la parution des souvenirs, Darwin avait déjà pressenti son génie, le citait dans l’ Origine des espèces et le sacrait « inimitable observer » (observateur incomparable)<ref>Souvenirs Entomologiques IIe série, II - L'atavisme</ref> et le grand savant, Louis Pasteur (1822-1895), n'hésitera pas à venir le consulter à l'Harmas pour sauver le ver à soie français<ref>Souvenirs entomologiques, IXe série, XXIII - Le scorpion languedocien. La famille</ref>.

Docteur ès-Sciences, ses recherches touchent à l'entomologie, la botanique, la chimie organique, la mycologie et la biologie :

[modifier] Thèses et publications scientifiques

  • Thèse de Doctorat présentée à la Faculté des Sciences de Paris en 1855 (Imprimerie de L. Martinet, Paris, 1855):
    • Sujet principal en zoologie: « Recherche sur l'anatomie des organes reproducteurs et sur le développement des myriapodes » Lire sur www.e-fabre.com ;
    • Sujet secondaire en botanique : « Recherche sur les tubercules de l'Himantoglossum Hircinum » Lire sur www.e-fabre.com.

[modifier] Botanique

La botanique occupe une place non négligeable dans l'œuvre de Fabre. Son fameux carnet de notes, qui ne le quitte pas, est émaillé de diagrammes de fleurs et d'observations originales, notamment sur les aspects dynamiques des végétaux et leur écologie: il étudie les mouvements des étamines des Opuntia, ceux des vrilles des Cucurbitacées, la germination des Ophrys (orchidées) et les parties hypogées (souterraines) des Vesces.

[modifier] Mycologie

Fabre s'intéressait aux champignons depuis son plus jeune âge, comme le montre de nombreuses anecdotes rapportées dans les Souvenirs. En tant que naturaliste, il publia les travaux suivants :

[modifier] Aquarelles de champignons

Fabre consacra sept années de sa vie à l’étude des champignons du mont Ventoux aux spécimens envoyés par son fils. Près de 700 aquarelles d'une étonnante précision, peintes de la main de Fabre, ont été retrouvées dans les greniers de l'Harmas en 1955 par son petit-fils, parmi lesquelles de nombreuses espèces méditerranéennes rares ou inconnues. Sa modestie habituelle l'a empêché de publier ces planches de son vivant, privant la mycologie méditerranéenne d'une contribution qui aurait sans aucun doute fait sensation à l'époque.

Un tiers d'entre elles sont exposées au musée de l'Harmas et 221 planches ont été publiées dans le superbe ouvrage de Claude Caussanel, Yves Delange, Patrick Joly et Diane de Margerie, Champignons de Jean-Henri Fabre<ref>Collection Art et nature, Éditions Citadelles, Paris 1991, (ISBN 2-850888-037-X)</ref>, bientôt suivi d'une adaptation japonaise dirigée par Tsuguo Hongo, parue chez Dōhōsha en 1992, ジャン・アンリ・ファーブルのきのこ.

[modifier] Chimie

La compétence de Fabre en chimie fut confirmée en remportant le premier prix au concours ouvert sur la recherche des altérations frauduleuses de la garance.

[modifier] Entomologie

Outre les Souvenirs Entomologiques, Fabre a publié les études suivantes:

Annales Sc. Nat. Zoologie, 4e série, tome XIX 1863 ;

[modifier] Écrivain pédagogue

Il rédige de nombreux ouvrages scolaires dans plus de dix matières, des recueils de poèmes français et provençaux, mais surtout ses Souvenirs entomologiques, monument de quatre mille pages publié en dix séries de 1879 à 1907, dans lesquels il raconte observe le monde des insectes vivants. Traduits en plus de quatorze langues et cités dans les manuels scolaires de nombreux pays, notamment au Japon, les Souvenirs entomologiques ont été réédités en 1989 en deux forts volumes de poche de plus de 1000 pages chacun. « Ils constituent une œuvre exceptionnelle, à la fois sur les plans littéraire et scientifique. »

Fabre demeure encore, près d'un siècle après sa mort, la référence universelle en matière d'observation du monde des insectes, tant pour le spécialiste que pour l'amateur, pour l'élève curieux que pour l'enseignant. En France, le dessinateur Gotlib le représente dans son œuvre. Mais c'est incontestablement au Japon, où plus de 600 publications et de nombreux musées lui ont été consacrés, qu'il jouit du plus grand respect et il n'est pas un enfant qui ignore son nom. Des émissions de télévision et des reportages lui étant régulièrement consacrés, la visite de l'Harmas de Sérignan fait partie de l'itinéraire culturel de nombreux touristes nippons.

[modifier] Poète félibre et compositeur

Épris de poésie depuis son enfance, on sait qu'à l'âge de dix sept ans, Fabre n'hésita pas à sacrifier ses trois francs durement gagnés pour l'achat des Poésies de Jean Reboul. L'année suivante, il publie un premier poème dans L'indicateur d'Avignon du 26 juin 1842, suivi du commentaire : « Ces vers, qui annoncent d'heureuses dispositions pour la poésie, sont d'un jeune homme de dix-sept à dix-huit ans, élève de l'Ecole normale d'Avignon. » Il a vingt et un ans quand L'Écho du Ventoux du 20 janvier 1844 publie son poème Les fleurs, puis Ce que donne l'or', bientôt suivi d'une série de poèmes sur la nature, dont Les Mondes paru dans le Mercure Aptésien.

Dès 1868, Fabre se lie avec Joseph Roumanille, fervent admirateur de ses cours du soir, qui lui présentera ensuite son élève Frédéric Mistral. Ce dernier l'invitera à rejoindre le félibrige et à publier ses poèmes sous le nom de « Felibre di Tavan » (le Félibre des Hannetons). En 1909, Roumanille édite un recueil de 21 poésies de Fabre en provençal, avec traduction française en regard : Oubreto Prouvençalo dóu Felibre di Tavan et dont le titre complet était:

Un recueil de soixante six poésies, écrites à ses brèves heures de loisir entre 1842 et 1908, dont une vingt-six avec pièces musicales composées par Fabre lui-même sur le petit harmonium de l'Harmas, a été publié pour le centenaire du félibrige chez Delagrave en 1925, puis réédité en 1980 chez Marcel Petit, Raphèle-lès-Arles :

  • Poésies françaises et provençales de Jean-Henri Fabre, recueillies en édition définitive du Centenaire par Pierre Julian,

[modifier] Œuvres de Jean-Henri Fabre

[modifier] Souvenirs Entomologiques

[modifier] Extraits des Souvenirs

[modifier] Les insectes dans les Souvenirs

Liste alphabétique des chapitres des Souvenirs entomologiques consacrés aux insectes, accessibles sur www.e-fabre.com (Textes intégraux)

[modifier] Livres scolaires

[modifier] Notes

<references />

[modifier] Bibliographie

  • Études aveyronnaises (Recueil des travaux de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron)
  • Delange, Yves (1989). - Préface aux Souvenirs entomologiques II, pp. 1-121, Paris, Robert Laffont, Bouquins
  • Delange, Yves (1986). - Fabre, l'homme qui aimait les insectes, Paris/Genève 1986, ISBN 2-05-100733-0
  • Legros, G.V.(1910). - Jean-Henri Fabre, naturaliste, Delagrave, Paris
  • Legros, G.V.(1912). - La vie de Jean-Henri Fabre, naturaliste, Delagrave, Paris
  • Revel, E. (1951). - J.-H. Fabre, l'Homère des insectes, Delagrave, Paris, 234p.
  • Girerd, B. & Granier, J., (1985). - Sur quelques plantes vauclusiennes récoltées par J.-H. Fabre et conservées au Muséum Requien (Avignon). Bull. Soc. Études Sci. Nat. Vaucluse, 55e année : 11-20.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens externes


Fabre est l'abréviation botanique officielle de Jean-Henri Fabre.
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