Islamisme
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Le mot islamisme est attesté en français depuis le XVIIe siècle. Il est alors employé dans le sens de religion des musulmans. Il est aujourd'hui employé hors du monde musulman pour désigner un islam politique perçu comme une dérive de la religion proprement dite. Du point de vue des milieux visés, cette distinction n'existe cependant pas. Ils se réclament uniquement de l'islam.
Sommaire |
[modifier] Définition
L'islamisme est tenu pour la version extrémiste de l'islam politique par tous les historiens et spécialistes de la question [tels Mohammed Chérif Ferjani, G. Martinez-Gros, Olivier Roy, Gilles Kepel, Michael Bonner, Paul Landau, etc.]
L'islamisme est un phénomène complexe et difficile tant à décrire qu'à interpréter car le terme décrit une grande variété de discours et de modes d'action. De nombreux auteurs comme Oliver Roy se sont penchés sur ce phénomène et en fournissent des explications et des interprétations diverses ref necessaire qui varient en fonction de la définition donnée à l'islamisme à donner , des mouvements, des modes d'actions ou des périodes étudiées : de toute évidence il est difficile d'interpréter de la même manière le terrorisme se réclamant de l'islamisme et les jami'at, associations caritatives musulmanes.
Pour certainsréf. nécessaire , l'islamisme est une idéologie affirmant que l'islam est non seulement une religion, mais un système qui devrait selon les interprétationsref necessaire régir également les aspects politiques, économiques et sociaux de l'État. Pour ces personnesréf. nécessaire , la rhétorique et la littérature de l'islamisme rivalisent non pas avec les autres religions, mais avec d'autres idéologies, tel que le nationalisme, le communisme, le capitalisme, le fascisme, etc.
Parfoisréf. nécessaire, l'islamisme est identifiéréf. nécessaire à la volonté d'instauration de la charia.
Bien que certainesréf. nécessaire formes d'islamisme s'en rapprochent par certainsréf. nécessaire aspects, l'islamisme est un phénomène bien distinct des phénomènes suivants : fondamentalisme, traditionalisme, intégrisme, ...
[modifier] « islam », « islamique », et « islamisme »
On peut être musulman sans être islamiste. "Musulman" renvoie à la religion de l'islam. "Islamique" renvoie à l'adjectif de l'islam. "Islamiste" renvoie à une conception à part, qui est la promotion de l'islam par divers moyens. L'"Islamiste" n'est pas un terroriste. Cela renvoie à une interprétationréf. nécessaire spécifique donnée à un moment particulier. L'islam est à la fois une religion et une culture.
A noter que le mot "Islamiste" n'est apparu que récemment par l'intermédiaire des médias et qu'il n'est pour le moment pas officiellement reconnu par l'Académie Francaise (Aout 2006), contrairement à "islamite", terme usité utilisé par Diderot dans l'un de ses ouvrages. Il ne faut pas confondre l'islam mot signifiant "paix" avec l'islamisme qui est une conception à part.
[modifier] Islamisme et traditionalisme
Le traditionalisme dépasse largement l'islamisme, c'est un discours lié à la tradition, pas forcément à la tradition musulmane. Il renvoie à tout ce qui est conservateur, nostalgique du passé et possède un discours très moral. Ce dernier concept puise souvent dans la religion, où se trouvent des éléments sur la moralité des mœurs. Le traditionalisme musulman à l'œuvre dans les campagnes et dans les villes est ainsi plutôt un islamisme (le voile est différent dans les campagnes : comme un fichu, et dans les villes tel qu'on le connaît, bien couvrant et attaché) : couches sociales défavorisées, peu scolarisées, d'âge mûr, et peu ouvertes à l'occident. Ces critères sociaux s'éloignent de ceux des islamistesréf. nécessaire . Les islamistes se trouvent plutôt dans les milieux lettrés, maîtrisant les techniques occidentales (télévision, vidéos, etc.). Ils ne sont pas porteurs d'archaïsme comme les représente la vision la plus répandue en Occidentréf. nécessaire , au contraire : l'islamisme est le fruit de la modernitéréf. nécessaire .
[modifier] Islamisme et fondamentalisme
Le fondamentalismeréf. nécessaire participe largement à la démarche islamiste. Le fondamentalisme cherche à effectuer un retour aux écritures, aux fondements de la religion, et à la période idéalisée des quatre premiers califes. Il y a clairement une idée de retour vers le passé, mais le fondamentalisme se différencie du traditionalisme, car il critique tout ce qui est de l'ordre de la tradition. Dans cette optique, la tradition a sclérosé la religion, elle l'a éloignée de sa pureté originelle. Le fondamentalisme récuse la tradition et veut rénover la religionréf. nécessaire , il n'est pas conservateur car il y a une volonté de transformationréf. nécessaire (il peut même être révolutionnaire) et produit des militants. Tous les islamistes sont des fondamentalistes, ils sont partisans du retour aux textes sacrés. Mais ils sont en désaccord sur les moyens de ce retour. L'islamisme contient le passage vers la sphère politique, une vision politique de la religion et cherche un retour à la pureté par le projet politique. Les fondamentalistes se limitent à la sphère morale, voire juridique, sans volonté de conquête du pouvoir.
[modifier] Islamisme et intégrisme musulman
L'intégrismeréf. nécessaire désigne à l'origine un phénomène propre à la religion chrétienne. Il ne cherche pas à rendre compte d'un problème d'interprétation, mais d'un problème pratique : le refus d'adaptation de l'Église en matière liturgique et sociale. Il sert de plus en plus à désigner les fondamentalistes ayant la lecture la plus rigide de la religion, sans possibilité d'exégèse.
Le projet politique de l'islamisme peut être traditionaliste ou fondamentalisteréf. nécessaire , ou bien réformateur et révolutionnaireréf. nécessaire . En ce sens, l'islamisme est une notion qui se distingue clairement de l'intégrisme musulmanréf. nécessaire .
[modifier] Islamisme et extrémisme
L'extrémisme est une notion très vague que l'on associe parfois à la violence quoique de nombreux groupes extrémistes soient pacifiquesréf. nécessaire . Plusieurs courants islamistes réfutent la violenceréf. nécessaire et d'autresréf. nécessaire l'envisagent ouvertement contre les infidèles et les apostats.
[modifier] Islamisme et impérialisme
Le monde musulman est très sensible à la domination du monde réf. nécessaire par les grandes puissances (USA, France, Russie, Angleterre, etc ...) et par les nations développées, dont aucune n'est musulmane. Les pays musulmans ont longtemps espéré rattraper ce retard. Ni le socialisme, ni le nationalisme pan-arabe, dans les années 1950-1985 n'ont réussi à redorer leur prestige. Ces deux idéologies ont donc perdu de leur influence. La puissance pétrolière ne se convertit guère en développement économique. La démocratisation des sociétés est balbutiante, sauf en Turquie ; les rares scrutins subissent généralement la tutelle de forces peu ouvertes à la démocratie (Monarchie au Maroc et dans la péninsule arabique, Syrie au Liban, armée au Pakistan, en Algérie et même en Turquie). Le libéralisme compte peu de soutiens déclarés, malgré que le modèle libéral de développement suscite envie et, parfois, jalousie dans ces sociétés à faible développement économique et éducatif réf. nécessaire.
On peut ainsi voir dans la montée de l'Islam politique la réaction à un vide idéologique, laissant la place à une nostalgie compensatoire du rayonnement conquérant du premier Islam. A côté des postures qu'adopte l'Islamisme dans les domaines socio-économiques, il réf. nécessaire brandit des images de souffrance musulmanes attribuées à la domination occidentale (Guerres en Irak, répression en Palestine, caricatures de Mahomet ...) pour susciter la colère parmi les populations. Il promet alors une (re-)conquête réf. nécessaire par tous les moyens : la guerre (comme en Tchétchénie, au Liban, en Palestine, au Cachemire), le terrorisme souvent suicidaire, mais aussi la conversion et la poussée démographique, comme en Europe qui, partie de quasiment rien, compte en 2006 entre 20 et 50 millions de musulmans réf. nécessaire.
En fait, il s'agit surtout de conquérir le cœur des musulmans eux-mêmes, en y développant une fibre revancharde. La difficulté de la trouver explique en partie l'hallucinante surenchère dans l'horreur. Il s'agit aussi de dissuader toute opposition, en s'appuyant sur une compréhension violente et belliqueuse de la notion de Jihad. L'image effarante de kamikazes, s'imolant par exemple en avion sur les tours le 11 septembre 2001, l'ampleur de destructions insensées à Madrid en 2004 et à Bali en 2002 et 2005 sont autant de tentatives de frapper les imaginations, dans une conquête d'abord médiatique. L'Islamisme parvient à s'y donner des airs de résistance à un prétendu impérialisme occidental.
Malgré qu'elle avance de façon dispersée et sans chef central, la nébuleuse Islamiste réf. nécessaire, opérant en dehors des circuits habituels, s'avère actuellement difficile à contrer. Depuis quelques années, elle marque d'ailleurs des pointsréf. nécessaire ; islamisation de sociétés auparavant tentées par la laïcité, nucléarisation de l'Iran, voilage des femmes, succès d'opérations de terreur et de piraterie, enracinement de groupuscules militaires, succès électoraux (Hamas en Palestine, Ahmedinejad en Iran), forte présence médiatique, sur Internet notamment. L'Islamisme se voit ainsi capturer de nouveaux territoires, souvent plus symboliques que réels. Il en vient à constituer lui-même une sorte d'impérialisme désespéré. Faible militairement, incapable de concurrencer le modèle de développement occidental dans les aspirations économiques et sociales, mais rêvant de le supplanter culturellement, il tente de mener une guerre de civilisation à l'Occident.
L'invasion américaine de l'Irak, pays peu soupçonnable en 2001-2003 d'islamisme, a constitué une réponse inappropriée, probablement même contre productive dans la mesure où elle accrédite l'idée d'un conflit de civilisation.
L'opposition à l'islamisme des démocrates musulmans tarde à se dessiner fermement. La peur des terroristes, de plus en plus répandus, ainsi que la popularité croissante de certains mouvements islamistes affaiblissent même l'opposition non-musulmane en Europe, où beaucoup tendent à reconnaître par exemple le Hamas et le Hezbollah. La frein le plus efficace sera peut-être interne : lorsque des islamistes se retrouvent en position de gouverner, comme dans toute idéologie, une distance apparaît entre doctrinaux et réalistes réf. nécessaire. Les premiers mènent des gouvernements extrémistes (ex : Talibans en Afghanistan, Khomeini ou Ahmedinejad en Iran), les seconds doivent chercher des compromis (Haniyeh en Palestine, Khatami en Iran).
[modifier] Histoire
À la base de l'islamisme d'aujourd'hui on trouve des courants de pensées du XIXe siècle tels que le fondamentalisme musulman et le réformisme musulmanréf. nécessaire . Ces courants sont nés suite aux questionnements que posent la confrontation à la modernité occidentale et sa domination.
Certains analystesréf. nécessaire considèrent que les Frères musulmans, groupe fondé par Hassan el Banna en 1928 seraient à l'origine de l'islamisme. La confrérie est le premier mouvement à entrer sur la scène politique pour réclamer l'application de la charia, la loi islamique, dans un premier temps en opposition à l'occupation britannique en Égypte.
Au début des années 1960, Sayyid Qutb, théoricien des Frères Musulmans, introduit réf. nécessaire les notions de rupture par rapport à la société impie et de reconquête. C'est dans ces écrits que certains groupes islamistes trouvent la justification théorique de l'usage de la violence pour islamiser les sociétés moyen-orientales.
À partir de la fin des années 1960, s'accumulent des faits historiques, idéologiques, économiques et sociaux qui peuvent expliquer le développement de l'islamisme :
- La défaite des pays arabes contre Israël, lors de la Guerre des Six Jours, marque la fin de l'idéologie nationaliste arabe et de l'influence de Nasser dans le monde arabe et l'affirmation de l'Arabie saoudite wahhabite ;
- Les années 1970 se caractérisent dans de nombreux pays de l'espace musulman par une libéralisation économique auquel il est reproché de porter atteinte à l'aide sociale, aux services publics et, plus globalement, d'accroître les inégalités de niveau de vie ;
- Les dirigeants des principaux pays perdent ainsi la légitimité historique (perte due à la décolonisation), la légitimité idéologique, la légitimité économique. On peut concevoir la mouvance islamique comme un mouvement d'opposition politique dans un contexte souvent non démocratique ;
- Enfin, certains événements, tels que la révolution islamique, en Iran, en 1979, et l'instauration de la république islamique confortent les islamistes dans leurs espoirs et inquiètent en Occident.
Les décennies suivantes sont marquées, dans l'actualité, par des actes terroristes spectaculaires. Bien que ces événements soient spectaculaires et bien relayés par les médias, ils sont l'œuvre de groupes minoritaires, souvent condamnés par d'autres mouvements islamistesréf. nécessaire .
[modifier] Mouvances islamistes
Le projet politique islamiste repose sur le choix et l'interprétation des textes qui constituent la charia (le Coran et la Sunna, la jurisprudence). Il existe diverses manières d'interpréter les textes, ce qui explique en partie l'existence de plusieurs courants islamistes dont les discours, et surtout les modes d'action, divergent.
Voir l'article détaillé: islamisation
[modifier] Terrorisme
Enfin, certains mouvements islamistes ont recours au terrorismeréf. nécessaire .
[modifier] Principaux groupes islamistes
- International : Al-Qaida, représenté par Oussama Ben Laden
- Afghanistan : les Talibans
- Algérie : le FIS et sa branche armée l'AIS, le GIA, le GSPC.
- Égypte : Gama'at Islamiya
- Liban : le Hezbollah
- Asie du sud : Jamaat-e-Islami (Pakistan, Inde (Cachemire), Bangladesh, Sri Lanka) ; Jamaatul Mujahedin Bangladesh (JMB) ; Jagrata Muslim Janata Bangladesh.
- Asie du Sud-Est : Jemaah Islamiyah
- Philippines : Abou Sayef, Front de libération islamique Moro
- Cisjordanie et Bande de Gaza : le Hamas
- Arabie saoudite : Mouvements wahhabistes
- Maroc : Mouvement Al Adl Wal Ihsane
[modifier] Liens internes
[modifier] Bibliographie
- François Burgat, L'Islamisme au Maghreb, Paris, Payot, Petite Bibliothèque, 1995,
- François Burgat, L'Islamisme à l'heure d'Al Qaida, Paris, La Découverte, 2005
- Olivier Roy, L'Échec de l'islam politique, Paris, Seuil, 1992
- O. Roy, Généalogie de l'islamisme, Hachette, 1995.
- O. Roy, L'Islam mondialisé, Paris, 2002.
- Mohammed Chérif Ferjani, « Islamisme, laïcité et droits de l'Homme », Paris, L'Harmattan, 1991
- Gilles Kepel,Jihad, expansion et déclin de l'Islamisme, Gallimard, 2000.
- G. Martinez-Gros, L. Valensi, L'Islam en dissidence, genèse d'un affrontement, 2004
- Bernard Rougier, Le Jihad au quotidien, 2004.
- Paul Landau, Le Sabre et le Coran, Paris, Editions du Rocher, 2005.
- Michael Bonner, Le Jihad, Origines, Combats, interprétations, Paris, Téraèdre, 2005.
- Brahim Labari, islam, islamisme et le 11 septembre. Le grand imbroglio, Revue Esprit critique, Printemps 2003, Vol.05, No.02, ISSN 1705-1045
[modifier] Liens externes
- Femmes et Islam
- Dossier sur L'islam dans le numéro 9 de [Socialisme International http://www.revue-socialisme.org]
- interview d'Olivier Roy
- Dossier sur le 11 septembre et l'Islamisme
- Emission "le dessous des cartes" d'Arte
- Institut Européen de Recherche sur la Coopération Méditerranéenne et Euro-Arabe
- L'Islamisme à l'heure d'Al Qaida, présentation du livre de François Burgat
- INALCO (Institut national des langues et civilisations orientales, Paris)
- L'article de Chris Harman, Le prophète et le prolétariat (approche marxiste de la question de l'islam politique)
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