Histoire du Groenland
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L'Histoire du Groenland se divise en plusieurs phases très distinctes. Colonisé successivement ou parallèlement par divers peuples (Inuits, Scandinaves, etc.), le Groenland a depuis 1979 une autonomie importante au sein du Royaume du Danemark.
[modifier] Préhistoire du Groenland (-2500 - 950)
La préhistoire du Groenland est une succession de vagues d'immigration en provenance des îles d'Amérique du Nord. Étant l'un des avant-postes les plus lointains de ces cultures, la vie de ces immigrants ne tenait souvent qu'à un fil et différents peuples se sont succédés au cours des siècles. L'archéologie ne peut donner que des périodes approximatives pour ces différentes cultures.
- Vers -2500 eut lieu la première vague de migration d'Amérindiens vers le Groenland. Il s'agissait de membres de la culture Saqqaq. Ils laissèrent des traces de camps de chasse, notamment dans la baie Disko et à Qaja, près du fjord Jakobshavn (Ilulissat) puis disparurent vers -800.
- Vers -2400, une autre culture, nommée Indépendance I, s'est établie au Groenland, mais dans la partie Nord de l'île. Cette culture aurait disparu vers -1300 déjà.
- Vers -800, une culture nommée Indépendance II s'établit elle aussi au Nord du Groenland, et disparaîtra juste avant le début de l'ère chrétienne.
- Vers -800 toujours, une autre culture s'implante au Groenland: après avoir occupé toute l'île, la culture de Dorset. Elle disparaîtra vers 300, pour revenir au VIIIe siècle.
[modifier] Les Vikings au Groenland (Xe siècle-XVe siècle)<ref>Une grande partie de ce paragraphe est issue du livre de Jared Diamond (cf. infra), qui se base lui même sur différentes sources, dont Kirsten Seaver (cf.infra) et de nombreuses publications archéologiques récentes (pour plus de détail, voir sa bibliographie).</ref>
Des descendants des Vikings ont vécu au Groenland pendant plusieurs siècles au Moyen Âge, avant l'arrivée des Inuits.
[modifier] Chronologie générale
- début du Xe siècle - Découverte du Groenland par Gunnbjörn Ulfsson.
- 982 - exploration et colonisation par Erik le Rouge.
- 1124 - le roi de Norvège nomme le premier évêque du Groenland, à Garðar.
- 1261 - le Groenland reconnaît la souveraineté norvégienne en échange de l'assurance d'être visité par deux bateaux par an. Le commerce avec le Groenland devient alors un monopole royal.
- 1349-1350 - la peste noire tue la moitié de la population.
- 1362 - un texte mentionne qu'une expédition avait été menée pour chasser les Inuits de l'établissement de l'ouest, mais qu'« ils ne trouvèrent personne, ni chrétiens ni hérétiques.»
- 1368 - dernier bateau envoyé par le roi de Norvège
- 1378 - mort du dernier évêque
- 1379 - les Inuits tuent 18 norvégiens et capturent une femme et deux enfants
- 1397 - la Norvège, et donc le Groenland, passent sous domination danoise
- 1410 - dernier retour d'un contrebandier du Groenland (le commerce avec le Groenland reste un monopole royal, même si aucun bateau ne l'assure); il ne signale rien d'anormal.
- 1435 - dernier vestige (une robe) daté au radiocarbone.
- 1576 - redécouverte du Groenland par Martin Frobisher.
- 1607 - expédition de recherche de la colonie norvégienne du Groenland (se basant sur son nom, elle la recherche sur la côte est et ne la trouve pas).
- 1723 - redécouverte de l'établissement de l'est par Hans Egede.
[modifier] La découverte du Groenland
Selon les sagas islandaises, un certain Gunnbjörn Ulfsson aurait découvert vers 930 les rochers qui portent son nom, alors que son navire était détourné de sa course lors du voyage de la Norvège à l'Islande. Ces rochers, qu'il nomma Gunnbjarnarsker (Rochers de Gunnbjörn), se situent probablement à proximité d'Angmagssalik<ref>Régis Boyer, Les Vikings, Plon, 1992, p. 220.</ref>. Ils auraient été ensuite habités jusqu'au XVIIe siècle. Il n'y débarqua pas, mais ramena la nouvelle en Islande.
En 982, Érik le Rouge, riche propriétaire terrien banni de Norvège puis d'Islande pour meurtres<ref>Timeline of the history of Norse Greenland</ref> part à la recherche de cette terre, il explore la côte est puis la côte ouest. Selon les sagas, il nomma cette terre Pays Vert « car les gens auraient fort envie d'y aller si ce pays portait un beau nom ». En fait, si ce nom peut paraître étonnant pour ce pays, il ne s'agit pas réellement d'une publicité mensongère: "A la belle saison, le Groenland peut, sur ses côtes, présenter de vastes étendues d'un vert effectivement peu banal".<ref>Régis Boyer, Les Vikings, p. 221</ref>.
Il revint en Islande trois ans plus tard pour convaincre d'autres colons de l'accompagner au Groenland. Une nouvelle expédition partit alors d'Islande en 985 avec 25 navires. Seuls 14 arrivèrent à destination.
[modifier] Les établissements scandinaves au Groenland
[modifier] Vie des colons
La colonie fondée par Érik le Rouge a compté jusqu'à environ 5000 personnes (3000 seulement selon Régis Boyer), en 250 fermes regroupées autour de quatorze églises principales, réparties pour les trois quarts dans les « établissements de l'est » (Eystribyggd) situés tout au sud-sud-ouest de l'île (Qaqortoq), et pour un quart dans les « établissements de l'ouest » (Vestribyggd), situés cinq cents kilomètres plus au nord (Nuuk).
L'ensemble des colonies fondées au Groenland va se calquer presque en tout point sur leur patrie d'origine, l'Islande. Ainsi, jusqu'à sa disparition, cette colonie est restée radicalement européenne, adoptant immédiatement toutes les évolutions culturelles, vestimentaires et autres de la métropole. Comme les établissements sont restés déserts du XVe siècle presque jusqu'à nos jours, leurs vestiges constituent les restes les mieux conservés d'habitats ruraux européens du Moyen Âge.
Comme les vikings de Norvège et des autres colonies atlantiques, les colons étaient des paysans qui pratiquaient essentiellement l'élevage. Dans les premières années les espèces élevées étaient les mêmes qu'en Norvège ou en Islande (vaches, cochons), mais avec le temps, comme en Islande, des espèces moins prestigieuses (moutons, chèvres) mais plus robustes les remplacèrent progressivement. En effet le climat groenlandais impose de nourrir les vaches et cochons à l'étable la plus grande partie de l'année et donc de cultiver du fourrage, qui pousse mal sous ces latitudes. Seules les fermes les plus riches continuèrent à élever des vaches, surtout pour leur lait. Les plus importantes, comme celle d'Eirik à Brattahlid ou celle de l'évêque à Gardar, comptaient plus de cent vaches. Il n'y a aucun vestige d'animaux de basse-cour dans les établissements.
Selon Jared Diamond, qui se base sur des relevés archéologiques, les colons pratiquaient également la chasse (rennes et phoques, ces derniers pouvant constituer les trois quarts du régime alimentaire dans les fermes les plus pauvres) mais bizarrement pas du tout la pêche<ref>Les comptages d'os dans plusieurs dépotoirs de fermes ont donné de l'ordre de 0,1% d'os de poissons, alors que ce chiffre dépasse 50% en Islande.</ref>, même au cours de la dernière période, où les rations alimentaires devinrent insuffisantes. Cette absence du poisson dans le régime alimentaire des colons, alors que les eaux douces et de mer sont particulièrement poissonneuses et que les Norvégiens de métropole avaient un régime composé pour moitié de poisson est un des principaux mystères archéologiques de la colonie, avant même sa disparition.
Cette absence de poisson dans l'alimentation des Vikings du Groenland ne fait toutefois pas l'unanimité. Else Rosedahl affirme ainsi que "les colons exploitaient aussi les riches ressources de poissons, [...] et baleines"<ref>Else Roesdahl, The Vikings, Penguin Books, 1998, p.272</ref>. Régis Boyer a soutenu le même point de vue dans l'un de ses ouvrages<ref>Régis Boyer, Les Vikings, p. 222.</ref>.
Les colons pratiquaient une sorte de transhumance, occupant des refuges situés sur les hautes terres (400 mètres au maximum) au cours de l'été. Il se dépêchaient d'y faire une maigre récolte et y faisaient pâturer leurs bêtes le temps pour les pâturages de la ferme principale de se remettre du pâturage de printemps.
Les établissements, particulièrement ceux de l'ouest, se trouvent à l'extrême limite de la zone où l'agriculture est possible et une année un peu plus froide ou un hiver un peu plus long pouvaient compromettre l'alimentation du bétail, et, partant, la survie des habitants. En effet il n'était pas envisageable au Moyen Âge d'importer de la nourriture même depuis l'Islande: compte tenu des voyages recensés, le volume moyen des importations devait être seulement de trois kilos par personne et par an.
Les principales exportations du Groenland étaient l'ivoire de morse (qui constituait un substitut à l'ivoire d'éléphant avant que les croisades ne permettent de retrouver accès à cette ressource) et la fourrure d'ours blanc, ainsi que, comme en Islande, le vaðmal, un tissu de laine. Les principales importations étaient également des produits de prestige, plus le bois (extrêmement rare au Groenland), le fer (dont la fabrication aurait nécessité de trop grandes quantités de bois) et le goudron (obtenu par chauffage de bois résineux).
Les colons ne disposaient que de quelques bateaux à rames, de petite taille, utilisés pour la chasse au morse, mais d'aucun bateau de haute mer.
Malgré la pauvreté de la colonie, des constructions de prestige ont été élevées. L'église de Hvalsey est un des rares monuments en pierre des colonies norvégiennes de l'Atlantique, la cathédrale de Gardar était aussi grande que les deux cathédrales d'Islande qui desservaient une population dix fois plus importante, et une grande partie des importations, réduisant d'autant les chargements de bois et de fer, était destinée au mobilier religieux.
[modifier] Les explorations menées à partir du Groenland
Les éléments rapportés ci-après reposent principalement sur des sources écrites du Moyen Âge, que ce soit des sagas islandaises (Saga d'Erik le Rouge, Saga des Groenlandais, Dit des Groenlandais) ou des sources occidentales (chroniques d'Adam de Brême, notamment). Les preuves archéologiques sont extrêmements maigres, des vestiges n'ayant été retrouvés qu'à L'Anse aux Meadows.
Vers 985, selon la Saga des Groenlandais, Bjarni Herjólfsson, se rendant d'Islande au Groenland, est dérouté et aperçoit une terre couverte de forêts au sud-ouest du Groenland.
En 1000, Leif le Chanceux, fils d'Érik, acheta le bateau de Bjarni et se mit en quête de terre neuve. Il découvrit plusieurs parties du continent américain, probablement la terre de Baffin, le Labrador, et Terre-Neuve, où il érigea des « baraquements ». Puis il rentre au Groenland.
Son frère Thorvald passa l'hiver suivant dans les « baraquements de Leif » (Leifsbuðir) puis explora la région. Les Norvégiens rencontrèrent neuf indiens, et ils en tuèrent huit. Les représailles ne se firent pas attendre: Thorvald fut tué dans les combats qui s'ensuivirent et les survivants rentrèrent au Groenland.
En 1005 Thorfinn Karlsefni, gendre d'Eirik, emmena une soixantaine d'hommes pour coloniser la région explorée par Leif. Après deux hivers, les relations avec les indiens devinrent trop mauvaises pour que la colonie puisse être viable et les Norvégiens renoncèrent alors définitivement à l'Amérique. L'exploration du site de l'Anse aux Meadows a montré, s'il s'agit bien de Leifsbuðir et que cet abandon s'était traduit par un déménagement calme et méthodique.
Il est néanmoins probable que des expéditions aient encore été menées vers le Labrador pour en ramener du bois, dont le Groenland manquait cruellement. On en trouve une trace dans un texte de 1347.
[modifier] Les causes de la disparition des Vikings du Groenland
La civilisation européenne médiévale implantée au Groenland a disparu au XVe siècle d'abord dans l'établissement de l'ouest, puis, sans que les historiens n'aient de traces des événements qui ont provoqué cette disparition, dans l'établissement de l'est. Toutefois l'archéologie fournit de nombreux indices qui permettent de se faire une idée relativement claire de la situation dans les dernières années de la colonie.
Les chercheurs ont pu constater que le Groenland a progressivement connu une grave pénurie de fer; ainsi les archéologues n'ont retrouvé que très peu d'objets en fer (clous, etc.) ou usés jusqu'à la dernière limite (outils) et aucune arme, alors que l'analyse des cadavres montre qu'il s'agissait d'une société particulièrement violente.
L'étude des dépotoirs de l'établissement de l'ouest montre que les derniers habitants avaient épuisé leurs réserves de combustible et de nourriture, et qu'ils sont certainement morts de faim et de froid. Avec la disparition de l'établissement de l'ouest, les colons perdirent l'accès à leurs principales exportations de haute valeur.
A l'heure actuelle, aucune certitude ne peut-être présentée et les réponses à apporter à cette question ne font pas l'unanimité. Il est donc nécessaire de présenter plusieurs points de vue différents dans ce chapitre.
Jared Diamond considère que l'ensemble des cinq facteurs qu'il a recensés comme causes de l'effondrement des sociétés a joué simultanément dans le cas du Groenland: dégradation anthropique de l'environnement, changement climatique, voisins hostiles, défection de partenaires commerciaux amicaux (chute des cours de l'ivoire et de la fourrure d'ours), réponses inadaptées aux autres facteurs:
- La palynologie montre que les Norvégiens découvrirent un pays couvert de forêts de saules et de bouleaux qu'ils s'empressèrent de défricher pour créer des pâturages. L'analyse des sédiments montre que l'érosion s'accéléra brutalement dès leur arrivée, au point que même le sable présent sous la terre végétale fut entraîné dans les lacs.
- La colonisation du Groenland avait commencé vers le début de l'« optimum climatique du Moyen Age », mais le climat commença à se refroidir à partir du XIVe siècle, et en 1420 le petit âge glaciaire était bien installé.
- Contrairement aux Inuits qui se chauffaient et s'éclairaient à la graisse animale, les Norvégiens continuèrent jusqu'à la fin à n'utiliser que le bois et la tourbe à ces fins, aggravant ainsi leurs problèmes environnementaux. Ils n'ont jamais non plus tenté d'imiter leurs techniques de chasse.
En plus des problèmes de nourriture et de climat, Régis Boyer avait lui aussi évoqué la négligence de la Norvège et du Danemark. Le Groenland knörr, qui assurait une liaison annuelle entre le Danemark et le Groenland, ne sera pas remplacé après sa destruction en 1367<ref>Régis Boyer, Les Vikings, p. 223</ref>.
La théorie de Jared Diamond ne fait toutefois pas l'unanimité. Kirsten Seaver avait auparavant contesté quelques uns des points les plus communément admis concernant la disparition des colonies norvégiennes au Groenland. Elle estimait ainsi déjà que la colonie était plus saine que ce que l'on pensait généralement dans les années 80 et que les colons n'étaient pas simplement morts de faim. Ils auraient plutôt été exterminés lors d'attaques européennes ou de populations locales, ou auraient abandonné leurs colonies pour se rendre soit en Islande, soit au Vinland. L'absence d'effets personnels sur ces sites suggérerait que les Vikings sont simplement partis.
[modifier] Les Inuits (XIIIe siècle-XVIIIe siècle)
Les Inuits, dont la civilisation est centrée sur des techniques particulière de chasse (phoque, morse, baleine, caribou), pénètrèrent au Groenland par le détroit de Smith vers 1250. Ils y développent la culture de Thulé.
A partir de 1300 environ, ils descendirent le long des côtes du Groenland en raison du refroidissement du climat (Petit âge glaciaire). C'est probablement à cette époque qu'ils apprirent de la Culture de Dorset la construction des igloos.
Au cours de leurs migrations, ils découvrirent l'établissement viking de l'ouest, puis, vers 1400, l'établissement de l'est, avec lesquels ils entrèrent certainement en concurrence. Les Inuits avaient un avantage évident, leurs techniques de chasse étant plus élaborées. Une colonie de plusieurs centaines d'habitations s'installa alors à Sermermiut (Ilulissat) sur les principales zones de chasse à l'ours et au morse des norvégiens.
Le petit âge glaciaire eut néanmoins une influence néfaste sur l'économie inuit également, et de nombreuses familles meurent de faim et de froid. Mais contrairement aux descendants des Vikings, les Inuits ont pu se maintenir. En 1721, lorsque les Danois et les Norvégiens redécouvrirent l'île, les Inuits étaient les seuls habitants du Groenland depuis plusieurs siècles déjà.
En 1723, Hans Egede recueillit des traditions orales selon lesquelles les Inuits auraient eu avec les Norvégiens des relations alternant entre hostilité et amitié.
[modifier] La domination danoise (1721 à aujourd'hui)
[modifier] La seconde colonisation scandinave (1721-1940)
En 1536, le Danemark et la Norvège fusionnèrent en une seule entité. C'est alors que le Groenland commença à être vu comme un dépendance danoise, plutôt que norvégienne. Alors même que tout contact avec le Groenland était rompu, le Roi du Danemark continua à proclamer sa souveraineté sur l'île. Au cours des années 1660, l'ours polaire fut même inclut sur les armoiries du Royaume du Danemark.
Durant le XVIIe siècle, la pêche à la baleine amena des bateaux anglais, hollandais et allemands au Groenland, où les pêcheurs débarquèrent parfois. Aucun établissement permanent ne fut toutefois établi.
En 1721, une expédition clérico-commerciale menée par le missionnaire norvégien Hans Egede fut envoyée au Groenland, ne sachant pas s'il y avait encore une civilisation et, si c'était le cas, s'ils étaient toujours catholiques 200 ans après la Réforme ou, encore pire, s'ils étaient redevenus païens. De plus, le Groenland était également intéressant du point de vue de l'économie piscicole (pêcheries, industrie baleinière). Enfin, cette expédition peut être vue comme l'une des manifestations des tentatives de colonisation danoises de l'Amérique.
En tous les cas, le Groenland s'ouvrit progressivement aux compagnies de commerce danoises et se ferma pour celles des autres pays. La nouvelle colonie était centrée autour de Godthåb, qui signifie littéralement "Bon espoir", sur la côte sud-ouest de l'île.
Si Hans Egede était alors respecté et honoré tant au Groenland qu'à l'étranger, il est aujourd'hui critiqué pour son manque de respect des valeurs inuits et son utilisation de la contrainte. Une partie des Inuits qui vivaient près des centres de commerce furent convertis au christianisme. Depuis la colonisation par les Danois en 1721, les Inuits se sont progressivement sédentarisés et ont adopté un mode de vie occidental. Cependant en hiver, isolé des ravitaillements venant de l'Europe, il tend à retrouver un peu ses traditions de chasseur et pêcheur.
En 1734, le commerçant et propriétaire terrien Jacob Severin mit la main sur le commerce et les infrastructures du Groenland. Après 1750, il ne fut cependant plus capable de gérer la concurrence dans le domaine de la pêche à la baleine et des échecs répétés.
En 1776, la Kongelige Grønlandske Handel (KGH) reçut le monopole commercial pour le Groenland. Elle reprit également l'administration de l'île et le contrôle des activités missionaires. Au XVIIIe et XIXe siècles, l'essor de l'économie piscicole au Groenland permit l'essor de Flensburg, qui est actuellement une ville allemande, mais qui était alors le deuxième port danois.
Après les guerres napoléoniennes, en 1815, lorsque la Norvège fut séparée du Danemark pour devenir suédoise, les colonies, dont le Groenland, restèrent danoises. Au cours du XIXe siècle, l'intérêt pour le Groenland des explorateurs des pôles et de scientifiques comme William Scoresby ou Knud Rasmussen, s'accrut considérablement. Dans le même temps, la colonisation du Groenland s'accrut, les Danois se limitant de moins en moins aux seules activités commerciales. Les activités des missionaires furent largement couronnées de succès. En 1861, un premier journal en langue groenlandaise fut fondé. La loi danoise ne s'appliquait en revanche toujours qu'aux colons.
Au cours du dix-neuvième siècle, de nouvelles familles Inuits immigrèrent du Canada pour s'établir dans la partie nord du Groenland, qui était presque inhabitée jusque là. Le dernier groupe d'immigrés arriva en 1864. Durant la même période, la côte est de l'île se dépeupla progressivement en raison des difficultés économiques croissantes.
Les premiers élections démocratiques se tinrent au Groenland en 1862 et 1863 pour des assemblées de district, sans toutefois qu'il n'y ait d'assemblée pour tout le territoire. En 1911, deux assemblées seront créées, l'une pour le Nord et l'autre pour le Sud. Il faudra attendre 1951 pour que ces deux assemblées soient fusionnées et que le Groenland soit ainsi doté d'un parlement. Jusque là, toutes les décisions concernant le Groenland étaient prises à Copenhague, sans que les Groenlandais ne soient représentés dans les institutions danoises.
Après avoir obtenu son indépendance complète en 1905, la Norvège refusa d'accepter la souveraineté danoise sur le Groenland, qui était une ancienne possession norvégienne. Elle mit notamment en avant le fait que le Traité de Kiel ne se rapportait, selon elle, qu'à l'utilisation économique des colonies de l'ouest du Groenland. Elle accepta toutefois que le Groenland reste danois, mais la polémique éclata à nouveau lorsque le Danemark décida de fermer le Groenland aux non-Danois. Suite à cela, en 1931, des pêcheurs norvégiens, notamment le pêcheur de baleines Hallvard Devold, occupèrent la côte orientale inhabitée du Groenland, sur leur propre initiative. Le gouvernement norvégien, mis devant le fait accompli, soutint après coup cette occupation. En 1933, la Cour Internationale de Justice fut appelée à trancher et se prononça en faveur du Danemark. La Norvège accepta ce jugement.
Par ailleurs, une activité d'élevage a été réintroduite en 1924, pour réduire le chômage, avec les mêmes conséquences environnementales qu'à l'époque de la colonie norvégienne. Elle ne subsite que grâce à des subventions gouvernementales.
[modifier] Le Groenland, enjeu stratégique d'importance (1940-1979)
[modifier] La seconde guerre mondiale
Durant la Seconde guerre mondiale, le Danemark fut occupé par l'Allemagne le 9 avril 1940. Les fonctionnaires danois du Groenlandais reprirent alors eux-mêmes l'administration du territoire et l'ambassadeur danois aux Etats-Unis, Henrik Kauffmann, annonça le 10 avril qu'il ne recevrait désormais aucun ordre du Groenland.
Après que des bateaux de guerre allemands eurent surgi au large des côtes du Groenland, Henrik Kauffmann signa un traité avec les Etats-Unis le 9 avril 1941. Ce traité donnait le droit aux Etats-Unis d'établir des bases militaires au Groenland. Ce territoire servit avant tout de base pour les avions d'observation américains à la recherche de sous-marins allemands dans l'Antlantique. Il fut également utilisé comme station de ravitaillement pour quelques missions maritimes. Les Allemands essayèrent également à plusieurs reprises d'utiliser l'île pour y établir des stations météo, mais ces tentatives échouèrent.
Après les difficultés du gouvernement danois à gouverner effectivement l'île durant la guerre et le succès de quelques produits d'exportation, les Groenlandais en vinrent à demandaer un statut leur donnant plus d'autonomie. Ces requêtes furent appuyées par les Etats-Unis et le Canada.
[modifier] La guerre froide
La guerre froide a permis au Groenland d'acquérir une importance stratégique, puisqu'il contrôlait une partie du passage entre les ports soviétiques de l'Arctique et l'Océan Atlantique. Il est également devenu une base d'observation de l'utilisation éventuelle de missiles ballistiques intercontinentaux, qui seraient passés au-dessus de l'Arctique.
En 1951, le traité signé par Henrik Kauffmann avec les Etats-Unis pendant la guerre est remplacé par un autre traité, permettant ainsi à la base aérienne de Thulé (à Qaanaaq) de devenir permanente. Ce même traité plaça le Groenland dans une zone de militaire de l'OTAN dont la défense devait être assurée conjointement par le Danemark et les Etats-Unis.
En 1953, les Inuits de Thulé furent forcés par le Danemark à quitter leurs domiciles pour permettre l'extension de la base américaine. Depuis lors, cette base est devenue une source de frictions entre le gouvernement danois et les Groenlandais. Ces frictions s'accrurent considérablement le 21 janvier 1968, lorsque un B-52 américain transportant quatre bombes à hydrogène s'écrasa près de la base, répandant de grandes quantités de plutonium sur la glace. Bien que la majeure partie du plutonium ait pu être récupérée, les Inuits parlent toujours des déformations dont souffrent encore certains animaux.
[modifier] La décolonisation
En 1950, le monopole danois sur le commerce est aboli et le Groenland est ouvert au libre commerce. Le Kongelige Grønlandske Handel perd également ses compétences administratives. Le chef de l'administration sera désormais un Danois nommé par Copenhague et un parlement sera élu démocratiquement.
L'entrée en vigueur de la nouvelle constitution danoise, le 5 juin 1953, changea le statut du Groenland. Il n'était plus une colonie, mais devint une province danoise (amt), composée de dix-huit communes. Depuis cette date, le Groenland envoie également deux députés démocratiquement élus au Parlement danois, le Folketing. Le 30 août 1955, enfin, un Ministère du Groenland est créé au Danemark. Il subistera jusqu'en 1987.
L'ouverture du Groenland au libre commerce ne resta toutefois pas sans effet sur la culture Inuit. Beaucoup d'entre eux parlèrent en effet de colonisation culturelle, contre laquelle ils avaient été protégés par l'isolation de l'île.
Durant les premières décennies qui suivirent la seconde guerre mondiale, la culture Inuit fut en effet catapultée brutalement dans l'ère industrielle. Si ce bouleversement créa incontestablement de meilleures conditions de vie et de meilleures possibilités de formation, ils conduisit aussi les Inuits dans une profonde crise identitaire. L'alcoolisme et la criminalité devinrent alors des problèmes importants.
[modifier] L'autonomie (1979 à aujourd'hui)
Après l'adhésion du Danemark, et donc du Groenland, à la Communauté économique européenne en 1973 (en dépit du fait que les Groenlandais avaient rejeté l'adhésion par 70.3% des votants), de nombreux habitants pensèrent que le statut de comté d'outre-mer obtenu en 1953 n'était pas suffisant et les partis politiques locaux commencèrent alors à demander l'autonomie territoriale. En 1975, une commission paritaire dano-groenlandaise fut créée et, trois ans plus tard, le parlement danois accorda cette autonomie. Elle entra en vigueur l'année suivante, après que les Groenlandais eurent approuvé ce statut par référendum le 17 janvier 1979.
Le 23 février 1982, 53% des Groenlandais se prononçaient pour le retrait de la Communauté économique européenne, décision qui fut effective en 1985 et qui reste un cas unique à ce jour.<ref>History of Greenland</ref> Un facteur joua un rôle considérable dans ce vote: la pêche. Le fait d'être membre de l'Union Européenne permettait en effet aux pêcheurs européens de venir dans les eaux groenlandaises, ce qui défavorisait les pêcheurs Groenlandais.
La Groenland autonome se présente lui-même comme une nation Inuit. Les noms de lieu en danois ont été remplacé par les noms inuit. Ainsi, Godthåb, sa capitale et centre de la civilisation danoise sur l'île, est devenue Nuuk. En 1985, le Groenland adopta son propre drapeau, utilisant les couleurs du drapeau danois.
Même les relations internationales, qui étaient autrefois du ressort du Danemark, sont laissées aujourd'hui partiellement au gouvernement local. Après avoir quitté la Communauté économique européenne, le Groenland a ainsi signé un traité spécial avec cette institution et, surtout, plusieurs traités spécifiques avec l'Islande, les Iles Féroé et les populations Inuits du Canada et de Russie. Il a également été l'un des membres fondateurs du Conseil arctique en 1996.
La renégociation du traité de 1951 avec les Etats-Unis est à l'ordre du jour et la Commission sur l'auto-détermination qui a siégé entre 1999 et 2003 a suggéré que la base aérienne de Thulé devienne un centre international de surveillance et de suivi satellitaire, placé sous l'autorité des Nations Unies.<ref> Namminersornerullutik Oqartussat.</ref> Les Etats-Unis souhaiteraient, eux, pouvoir installer au Groenland une station de leur bouclier anti-missile.
Si les technologies modernes ont rendu le Groenland plus accessible, un aéroport international fait toujours défaut à la capitale, Nuuk.
[modifier] Références
[modifier] Notes
<references/>
[modifier] Bibliographie
- Jared Diamond, Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Gallimard, 2006 (ISBN 2-07-077672-7) , consacre trois chapitres et une bibliographie à la colonie norvégienne du Groenland.
- Henrik M Jansen, A critical account of the written and archaeological sources' evidence concerning the Norse settlements in Greenland, C.A. Reitzels Forlag, 1972 (ISBN 1-09-208297-0).
- Else Roesdahl, The Vikings, Penguins Books, 1998.
- Sagas islandaises, Gallimard (Pléiade), 1987 (ISBN 2-07-011117-2) contient les traductions d'Eiriks saga rauda, de la Groenlendinga saga et du Groenlendinga þáttr.
- Kirsten A. Seaver, The frozen echo : Greenland and the exploration of North America, ca. A.D. 1000-1500, Stanford Univ. Press, 1996 (ISBN 1-09-334189-3).
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d'une traduction de l'article en anglais : « History of Greenland ».
- (da) Cet article est partiellement ou en totalité issu d'une traduction de l'article en danois : « Grønland ».
- (de) Cet article est partiellement ou en totalité issu d'une traduction de l'article en allemand : « Grönland ».
[modifier] Articles connexes
- La culture de Dorset
- La culture de Saqqaq
- Erik le Rouge
- L'histoire du Danemark
- L'histoire de l'Islande
- L'histoire de la Norvège
- Les Inuits
- Les Vikings
[modifier] Liens externes
- The cultural history of Greenland – Informations sur les différentes cultures du Centre de recherche sur le Groenland et du Musée National du Danemark (en)
- What Happened to the Greenland Norse? – Avec des séquences vidéo du Musée national américain d'histoire naturelle (en)
- The Fate of Greenland's Vikings – Un autre contribution de l'Institut américain d'archéologie (en)
- History of Greenland _ L'histoire du Groenland du dixième siècle à aujourd'hui. (en)
- Broken Arrow – The B-52 Accident – Site sur le nettoyage de 1968 (en)
- Star Wars and Thule – Bringing the Cold War Back to Greenland – rapport de Greenpeace de 2001. (en)
- Timeline of the history of Norse Greenland (en)
- Grönlands historiske Mindesmærker (da)
- (en)Discovery and Early Exploration of Newfoundland, ca. 1000 - 1550
- (en)Kirsten Seaver, "The Frozen Echo"bg:История на Гренландия
ca:Història de Grenlàndia en:History of Greenland<span class="AdQ" id="en" style="display:none;" /> es:Historia de Groenlandia<span class="AdQ" id="es" style="display:none;" /> it:Storia della Groenlandia ja:グリーンランドの歴史 pl:Historia Grenlandii pt:História da Groenlândia ru:История Гренландии sv:Grönlands historia uk:Історія Гренландії<span class="AdQ" id="uk" style="display:none;" />


