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Histoire de la Suisse

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Histoire
de la Suisse

Histoire nationale

La Suisse préhistorique

La Suisse antique

La Suisse au Haut Moyen Âge

La Confédération des III cantons

La Confédération des VIII cantons

La Confédération des XIII cantons

La Suisse moderne

Historiographie

Les mythes fondateurs

Les bailliages communs

Les pays alliés

Neutralité

Histoires cantonales

Valais

Vaud

Bien qu'habitée dès la préhistoire, les premiers écrits concernant la région sont ceux de Jules César avec ses commentaires sur la Guerre des Gaules. Ainsi la période celte peut être considérée comme une période proto-historique.

Sommaire

[modifier] La Suisse préhistorique

On a trouvé des vestiges archéologiques des cultures du Moustérien (-100 000), du Magdalénien, de l'Azilien, du Sauveterrien et du Tardenoisien. Mais les principaux vestiges datent du Néolithique et de l'introduction de l'agriculture au VIe millénaire. Le Néolithique moyen jusqu'à l'Âge du Bronze est caractérisé par les habitats lacustres et les villages littoraux. On y trouve en particulier la civilisation campaniforme.

Ces villages furent abandonnés à la fin du IXe siècle av. J.-C. lors de la civilisation de Hallstatt. Dès cette époque vivaient sur le territoire des Celtes, auxquels s'est identifiée la civilisation postérieure de La Tène, du nom du site éponyme situé dans le canton de Neuchâtel.

[modifier] La Suisse celtique

[modifier] Migrations

[modifier] À la veille de la Guerre des Gaules

À la veille de la Guerre des Gaules, différentes populations celtiques habitent le territoire de la Suisse actuelle :

[modifier] La Suisse gallo-romaine

[modifier] L'intervention de Jules César (58-44 av. J.-C.) et l'intégration au jeune empire

Craignant d'être isolés des autres Celtes à cause de l'avancement de peuplades germaniques, les Helvètes décident d'émigrer vers l'ouest de la France, le pays des Saintonges, une tribu gauloise alliée. Ils brûlent leurs villages et prennent la route, plus de cent mille Helvètes se retrouvent ainsi sur la route. Jules César, alors proconsul de la Gaule narbonnaise, les repousse lors de la bataille de Bibracte (58 av. J.-C.) et les contraint à retourner chez eux. La colonie de vétérans de Nyon est fondée.

Image:Augustaraurica theater2.jpg Sous Auguste, la colonie Augusta Raurica, près de Bâle, est fondée. Auguste intègre toute la région alpine dans l'Empire. Le territoire helvète appartient dès lors à la Provincia Belgica. Les tribus valaisannes et les Rhètes restent par contre indépendantes jusqu'à leur conquête par Tibère et Drusus vers -7. Ils sont alors réunies pour un temps dans la province de Rhétie dont la capitale fut Augsbourg.

[modifier] Première occupation militaire (Ier siècle)

La Suisse, bordée au nord par le Rhin, est une zone frontière stratégiquement importante de l'Empire. Elle est occupée militairement et des camps militaires permanents, tels Augusta Raurica, sont installés au nord de la Suisse. Le réseau routier est consolidé, des villes nouvelles, comme le Forum Claudii Vallensium sont créées. Les anciennes élites celtes se romanisent. L'ancien oppidum principal des Helvètes, Aventicum (Avenches), devient une véritable cité romaine et la principale ville de la région.

Vers 47, le Valais est transformé en une province autonome, le Vallis poenina et en 89 le territoire des Helvètes est rattaché à la province de Germanie supérieure, dont la capitale est l'actuelle Mayence.

[modifier] Période sans occupation militaire (IIe et IIIe siècles)

La Pax Romana règne sur l'Empire romain, les frontières ont reculé vers le nord et la Suisse n'est plus une zone frontière. Le latin est parlé en Suisse, c'est une période de prospérité économique.

Cependant, vers la fin du IIIe siècle, des incursions barbares en Germanie ramènent la frontière sur le Rhin, les Alamans font des raids en territoire suisse, notamment en 260 où de nombreuses villes sont pillées. Ils ne s'y installent cependant pas encore.

[modifier] Deuxième occupation militaire (fin IIIe et IVe siècles)

Le Rhin est de nouveau une frontière de l'Empire romain. La situation est devenue inquiétante en particulier au IVe siècle, les empereurs romains font construire des lignes défensives tout le long du Rhin (forteresses et tours de guet).

[modifier] Fin de la domination romaine

En 401, les troupes romaines quittent le Rhin pour gagner le sud des Alpes ; de ce fait, les Romains abandonnent définitivement le territoire de la Suisse. La population inquiète migre vers le sud, de nombreuses villes sont abandonnées. Le centre et l'est du pays sont très fortement dépeuplés.

[modifier] Invasions

Vers 443, les Burgondes s'établissent dans l'ouest du pays. Ceux-ci s'assimilent à la population gallo-romaine et la langue latine est préservée, raison pour laquelle le français est parlé en Suisse romande.

Vers la fin du VIe siècle seulement, les Alamans à la recherche de terres cultivables s'établissent progressivement en Suisse, dans le centre et l'est du pays. Les Alamans deviennent majoritaires et imposent leurs dialectes alémaniques.

Les Alpes orientales ont peu été touchées, on y parle encore aujourd'hui un dialecte latin, le romanche parfois appelé rhéto-roman.

Le Tessin, partie sud de la Suisse, faisant partie de la Gaule cisalpine est restée dans le giron italien.

[modifier] La Suisse sous la domination des Germains

Voir l’article détaillé: La Suisse au Haut Moyen Âge

Lorsque l’Empire romain s’affaiblit, il autorise des peuples germaniques, dit fédérés, à s'installer sur son territoire. Ces peuples reçoivent du terrain et une partie des revenus, en échange ils doivent assurer la sécurité du territoire. Les Burgondes reçoivent en 443 une région appelée Sapaudia, le pays des sapins, qui correspond à la Savoie actuelle et une grande partie du plateau suisse. Les Burgondes transforment bientôt la Sapaudia en un véritable royaume (en 476, peu après qu’Odoacre a déposé le dernier empereur Romulus Augustule) et l’agrandirent considérablement dans la vallée du Rhône (Lyon) et contrôlent le Valais et les cols alpins.

La domination burgonde fut brève : Sigismond est vaincu par les Francs en 534 et son royaume annexé par ceux-ci. Les Francs favorisent l’installation des Alamans qu’ils avaient vaincu sur le Plateau suisse. Le royaume franc se transforme peu à peu en un empire ; ainsi, c’est tout naturellement que la Suisse fait partie de l’empire de Charlemagne ; par la suite, à la dislocation de la Lotharingie, elle revient tout d’abord au Royaume de Bourgogne avant d’être déchirée entre les duchés de Bourgogne et d’Alémanie.

[modifier] La Suisse féodale

Image:Swiss-coat of arms.svg Cependant dans les royaumes germaniques, les duchés et les comtés ne sont pas héréditaires. Ce n'est qu'à la fin du IXe siècle que la féodalité se forme peu à peu. À cette époque la Suisse est divisée par deux puissantes régions d'influence : le duché de Souabe, ou d'Alémanie, à l'est, la Bourgogne transjurane à l'ouest.

Différentes grandes familles essaient d'asseoir leur autorité sur différentes parties du territoire suisse : les comtes de Savoie sur Vaud, Genève (dont ils évincent les comtes de Genève) et le Valais ; les comtes de Gruyères sur l'arrière pays fribourgeois ; les Zähringen fondent de nombreuses villes dont Fribourg et Berne ; les Kybourg sur le plateau ; les Hohenstaufen et les Habsbourg sur la région zurichoise et le col du Gotthard.

[modifier] Le pacte de 1291

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L'aménagement du col du Gotthard, à l'aide des Walsers récemment immigrés et experts en constructions de bisses, au début du XIIIe siècle a des conséquences importantes : le col du Grand-Saint-Bernard en Valais perd de son importance dans le trafic international, entraînant une crise économique de deux siècles dans la vallée du Haut-Rhône. Le Gotthard enrichit les habitants d'Uri qui perçoivent des péages et vendent leurs services (guides, auberges…) attisant ainsi les convoitises des Habsbourg.

Les Habsbourg désirant contrôler le passage du Gotthard, en avril 1291, Rodolphe de Habsbourg rachète les droits sur Lucerne, à l'extrémité du lac des Quatre-Cantons.

Ainsi, à la mort de Rodolphe de Habsbourg, en prévision d'éventuels troubles de succession, les vallées d'Uri, de Schwytz et d'Unterwald se lient début août 1291 par un pacte défensif. Cet acte, fut fêté pour la première fois en 1891, puis à l'initiative du Conseil fédéral, tous les 1er août à partir de 1899 comme fête nationale suisse.

De tels pactes défensifs ne sont pas rares à cette époque. Sur le territoire suisse actuel, le plus ancien cas de populations s'alliant contre leur prince date de 1182 où, lors du Patto di Torre, les communautés du Val Blenio et de la Léventine, dans le Tessin actuel, se sont alliées pour lutter contre les seigneurs di Torre.

On peut également signaler d'autres confédérations qui sont apparues au XIIIe siècle sur le territoire de la Suisse actuelle : la plus connue est la confédération bourguignonne, centrée sur Berne, qui regroupera une bonne partie de la Suisse occidentale dans un réseau d'alliances hétérogènes et non-perpétuelle (Fribourg, Soleure, Neuchâtel, le Pays de Vaud, le Valais, etc).

C'est à cette époque que se situe la légende de Guillaume Tell.

La situation va se détériorer entre les Waldstaetten et les Habsbourgs durant l'interrègne qui suit le décès d'Henri VII de Luxembourg en 1313. Tout d'abord Schwytz attaque le couvent d'Einsiedeln le 6 janvier 1314 ; mais les trois communautés prennent fait et cause pour Louis de Bavière contre le Habsbourg Frédéric le Beau, après la double élection du Wittelsbach, le 25 novembre 1314.

Le duc d'Autriche Léopold, frère cadet de Frédéric, lance une double attaque en 1315. La première colonne se heurte aux confédérés à la bataille de Morgarten, le 15 novembre. Les Autrichiens subissent une véritable déroute face à une armée de paysans. La deuxième colonne, qui se dirigeait vers Unterwald, se retire alors sans combattre.

Suite à cette victoire, les confédérés renouvellent leur alliance, lors du pacte de Brunnen, le 9 décembre 1315. Rédigé en allemand, c'est dans ce texte qu'apparaît pour la première fois le terme de confédérés ; ce texte interdit également aux signataires de se lier avec des puissances étrangères. Il ne fut abrogé qu'à la fondation de la République helvétique en 1798.

[modifier] La confédération des VIII cantons

Voir l'article détaillé: Confédération des VIII cantons

En l'espace de quarante ans, un véritable réseau d'alliances défensives se forment: Lucerne en 1332, Zurich en 1351, Zoug en 1352, Glaris en 1352, et Berne en 1353. Cette dernière alliance avait également pour but d'empêcher tout revendication obwaldienne sur l'Oberland bernois, arrière pays rural, sujet de la ville.

C'est dès lors huit petits États qui sont reliés par un réseau d'alliance et on parle dès lors de la Confédération des VIII cantons.


C'est en 1370 que le premier approfondissement de l'alliance eut lieu: la Charte des Prêtres. Ce document unifie le droit existant et rend chaque homme égal devant la loi. La justice est rendue de la même manière, par des juges locaux, que l'on soit noble ou roturier, que l'on soit laïc ou religieux.

Mais les Habsbourgs n'avaient pas renoncé à leurs prétentions. Par deux fois ils tentent de vaincre les cantons, par deux fois ils échouent : la première fois, en 1386 lors de la bataille de Sempach, la seconde, en 1388, lors de la bataille de Naefels.

Cette double victoire consolide l'alliance des huit communautés. En 1393, elles signent le Convenant de Sempach qui définit des règles militaires de comportement durant, et après, les combats ainsi que la manière d'engager un conflit, qui ne peut l'être qu'après une délibération commune.

Les cantons suisses avaient alors plus ou moins assuré leur indépendance vis-à-vis des seigneurs locaux, tout en restant des sujets du Saint Empire romain germanique; le XVe siècle verra une phase d'expansion des Confédérés qui vont conquérir les territoires avoisinants et conclure des alliances avec de nombreuses régions des alentours (Appenzell, Valais, Saint-Gall)

C'est en commun qu'ils planifient et exécutent, avec la bénédiction de l'empereur, la conquête de l'Argovie (1415) dont une partie est gérée sous la forme d'un baillage commun.

L'envie d'expansion ne va pas sans heurts: à la mort du comte Frédéric VII de Toggenbourg, sans successeur, les Confédérés, particulièrement Schwytz et Zurich, vont s'entre-déchirer pour se répartir le Toggenbourg. Ce fut l'ancienne guerre de Zurich qui dura de 1436 à 1450.

Enfin, la Thurgovie est conquise en 1460 et transformée en baillage commun.

Pendant la guerre de Bourgogne, les Suisses, Berne en tête, vont battre Charles le Téméraire lors des batailles de Grandson, Morat et Nancy.

Néanmoins, lors de la paix qui suivit, Berne ne put garder que la région d'Aigle et, en temps que bailliage commun avec Fribourg Grandson, Morat et Échallens : les autres cantons ne désiraient pas que Berne contrôle tout le pays de Vaud, car il aurait été trop puissant. Fribourg et Soleure, ayant participé aux guerres de Bourgogne aux côtés des Confédérés vont les rejoindre dans ce qui va devenir la Confédération des XIII cantons.

[modifier] La confédération des XIII cantons

Voir l'article détaillé: Confédération des XIII cantons

À la fin des guerres de Bourgogne deux nouveaux cantons frappent à la porte de la Confédération: Fribourg et Soleure. Mais les cantons sont divisés sur leur adhésion et la guerre civile menace. C'est finalement un ermite, Nicolas de Flue, qui arrive à proposer un compromis: le Convenant de Stans en 1481, Fribourg et Soleure sont admis dans la Confédération.

Suite à la défaite des Bourguignons, l'empereur Maximilien réorganisa le Saint-Empire. En particulier, il instaura un tribunal impérial et un nouvel impôt, le centime impérial, en 1495. Les Confédérés refusèrent de s'y soumettre et vainquirent les troupes impériales ainsi qu'une coalition de villes du sud de l'Allemagne, lors des guerres de Souabe (décembre 1498-septembre 1499). Le traité de Bâle du 24 septembre 1499 marqua l'indépendance de facto des cantons suisses vis-à-vis de l'Empire. Elle ne sera reconnu de jure qu'en 1648 lors des traités de Westphalie.

À la suite de cela, Bâle et Schaffhouse, déjà alliées, devinrent des cantons en 1501, suivi par Appenzell en 1513. La Confédération des XIII cantons était née, elle survivra jusqu'en 1798.

Les Confédérés sont alors entraînés dans la tourmente des Guerres d'Italie; tour à tour allié et ennemi des Français, ils assujettissent une partie du Tessin. La défaite contre les Français lors de la bataille de Marignan en 1515 marque la fin de la politique d'expansion des Confédérés. Désormais, il ne participeront aux grandes batailles du continent qu'en temps que mercenaires.

Le XVIe siècle voit la réforme apparaître à Zurich suite à la prédication et à l'influence d'Ulrich Zwingli; elle gagne bientôt une grande partie de la Confédération et les deux bords vont se déchirer lors de quatre guerres de religions: les première (1529) et deuxième (1531) guerres de Kappel, suivies par les deux guerres de Villmergen (1656 et 1712).

Pendant la Guerre de Trente Ans, la Suisse reste neutre; néanmoins la neutralité en cette période de troubles ne peut être qu'armée; les Confédérés organisent leurs troupes lors du Défensional de Wil (1647); l'indépendance et la neutralité de la Suisse ont été reconnus lors des traités de Westphalie mettant un terme au conflit européen en 1648.

Le XVIIIe siècle voit alors surtout une série de révoltes paysannes contre les patriciens des villes qui ont peu à peu confisqué le pouvoir.

[modifier] La révolution

[modifier] Premiers mouvements

Les conflits entre sujets et cantons souverains continuèrent tout au long du XVIIIe siècle. Ainsi de 1719 à 1722, le "soulèvement de Werdenberg" eut lieu contre Glaris. En 1723, c'est le major Abraham Davel qui tente de soulever les Vaudois contre les Bernois. Dénoncé par ses concitoyens, il fut décapité à Vidy.

En 1749, c'est la "conjuration Henzi" contre le patriciat bernois, en 1755 le "soulèvement Livin" contre Uri et en 1781 le "soulèvement Chenaux" contre Fribourg.

Mais ce ne sont que des soulèvements ponctuels afin d'obtenir ou de maintenir des droits particuliers. Mis à part la tentative de Davel, aucune n'a véritablement de caractère révolutionnaire.

Le statu quo reste donc en place, et les tentatives de l'évêché de Bâle de rejoindre la Confédération restent infructueuses. De même, l'incorporation de la principauté prussienne de Neuchâtel, ainsi que Genève et Vaud, dans la zone de neutralité reconnue par la France n'ont guère de succès.

[modifier] Invasion française de 1792 et 1798

Les armées révolutionnaires avaient pénétré sur le territoire actuel de la Suisse dès 1792 : l'évêché de Bâle, brièvement indépendant sous le nom de République rauracienne, avait été intégré à la France sous le nom de département du Mont-Terrible, comprenant les districts actuels de Porrentruy et Delémont, le 23 mars 1793 ; la principauté de Montbéliard, jusqu'alors intégrée au département de Haute-Saône, y est rattachée en 1797. Le reste du Jura bernois est progressivement rattaché au département en 1797 et en 1798. Le département du Mont-Terrible sera entièrement rattaché au Haut-Rhin, le 17 février 1800.

Le 17 décembre 1797, le directoire prend un arrêté, signifié le 30 décembre aux gouvernements de Berne et de Fribourg, qui soutient les habitants du pays de Vaud dans leur volonté d'indépendance et qui stipule "Les membres de ces gouvernements répondraient personnellement de la sûreté individuelle et des propriétés des habitants du pays de Vaud qui se seraient adressés et pourraient s'adresser à la république française". Le 4 janvier Joseph Mengaud somme Berne de lui déclarer dans quel but elle semble vouloir rassembler des milices et fait appuyer cette interrogation par la marche d'une division de 10 000 hommes de l'armée d'Italie vers les frontières suisses. Celle-ci s'installe à Ferney-Voltaire.

Ces mesures militaires déclenchent l'insurrection générale dans le pays de Vaud. Berne et Fribourg s'organisent et rassemblent un corps de 20 000 hommes sous le commandement du colonel Weiss qui marche sur Lausanne où il tente d'engager des pourparlers avec les insurgés vaudois. Pendant ce temps, les troupes françaises pénètrent dans le pays de Vaud et contraignent Weiss à se retirer à Yverdon. Le départ de Weiss le 27 janvier déclenche la révolution vaudoise. Le 28 janvier de nouvelles troupes françaises traversent le Léman et s'établissent à Lausanne. Weiss prend alors la décision de se retirer à Morat. La révolution vaudoise exerce une influence sur le reste de la Suisse, particulièrement à Bâle, Aarau, Fribourg, Soleure, où des insurrections éclatent. Berne se décide alors à quelques concessions.

Après de nombreuses tractations politiques, le directoire fait connaître son intention d'établir une république en Suisse, organisée sur le modèle français. Berne est réduit à la nécessité de se défendre et appelle les autres cantons à son secours. Soleure, Fribourg et Zurich ainsi que les petits cantons centraux envoient des troupes. Berne réunit alors 25 000 à 30 000 hommes sous les ordres du général Charles Louis d'Erlach. Le général Guillaume Marie-Anne Brune prend le 4 février le commandement des troupes positionnées dans le pays de Vaud et fait réunir ses troupes sur la frontière de Fribourg pendant qu'un corps de l'armée du Rhin, commandé par le général Schauenbourg, vient en renfort par le Jura. Brune décide de gagner du temps en proposant des négociations avec les Bernois. Ceux-ci acceptent et une trêve de 15 jours est déclarée en attendant une réponse du directoire. Brune et Schauenbourg concertent un plan d'attaque pour le 1er mars, le jour de l'expiration de l'armistice. Pendant ce temps, Berne hésite, D'Erlach tente de convaincre le sénat bernois de l'autoriser à attaquer, mais l'indécision est totale et les ordres et contre-ordres se succèdent jetant la confusion dans les troupes bernoises. Le 2 mars conformément au plan, Schauenbourg commence les hostilités et s'empare du château de Dornach, puis de Lengnau sur la route de Bienne à Soleure. Schauenbourg continue sa route et se porte alors sur Soleure où la ville se rend aux premières sommations. La reddition de Soleure livre aux Français un pont sur l'Aar. Au même moment, Brune investit Fribourg après un rapide combat. Les flancs de l'armée suisse se trouvent à découvert à la suite de la perte des deux villes. D'Erlach cherche à concentrer ses troupes à Fraubrunnen, Guminen, Laupen et Neueneck, mais une seule division, celle de Watteville, opère sa retraite en bonne ordre. Les milices d'Argovie se débandent, et celles formant le centre de l'armée se révoltent. Le gouvernement de Berne porte le désordre à son comble en ordonnant le Landsturm (levée en masse). Le général d'Erlach réussit à ramener le calme dans une partie de la troupe mutinée, mais l'armée est maintenant réduite de moitié par la perte de contingents cantonaux. Le 5 au matin une des colonnes de Brune, commandée par Pigeon, passe la Sarine pour attaquer Neueneck qui contrôle la route de Berne. Les Français, après un succès initial sont forcés de retraverser la Sarine, suite à l'arrivée de renforts suisses.

Ce succès suisse n'est toutefois que de courte durée. Les troupes de Schauenbourg commencent à faire route de Soleure à Berne. Il s'ensuit une série d'escarmouches qui forcent D'Erlach à la retraite ; après avoir perdu Fraubrunnen, il tente de tenir un défilé près de Artenen, mais les Suisses doivent battre en retraite une nouvelle fois. Le général D'Erlach tente une dernière fois d'arrêter les Français devant les portes de Berne, mais il est défait et Berne capitule le 5 mars. Après la prise de Berne, l'armée confédérée se disperse, D'Erlach tente encore une dernière résistance à Grauholz avec les deux bataillons qui lui reste. Il est définitivement vaincu puis finalement assassiné par des soldats de son propre camp le considérant comme un traître. En 1798, les troupes françaises envahissent tout le pays ; mis à part à Berne et en Suisse centrale, ils sont relativement bien accueillis. Les deux victoires au Grauholz et à Fraubrunnen entraînent la capitulation de Berne, guère soutenu par ses alliés.

Les Français vont faire de la Suisse un État unitaire sur le modèle français: la République helvétique.

[modifier] La République helvétique

La République helvétique fut un État centralisé et unitaire. Elle était gouvernée par un directoire qui nommait les gouverneurs des cantons, ces derniers n'étaient plus souverains et étaient devenus de simples divisions administratives. Les cantons d'alors n'avaient plus grand-chose des frontières précédentes : Berne perdait ainsi non seulement le canton de Vaud et l'Argovie, mais également l'Oberland. Le Baden devenait un canton, ainsi que la Thurgovie, les Grisons étaient intégrés à la République sous le nom de Rhétie, ainsi que le Valais. Les bailliages italiens formaient deux cantons : Bellinzone et Lugano. Zoug, Uri, Schwytz et Unterwald, y compris le couvent d'Einsiedeln, et l'ancienne république indépendante de Gersau, furent regroupé dans l'unique canton des Waldstaetten. Glaris, Appenzell, Saint-Gall et les bailliages de la vallée du Rhin sont répartis entre les cantons du Säntis et de la Linth. Mulhouse, Genève et Neuchâtel étaient intégrés à la France, la Valteline aux États d'Italie du Nord.

Outre les conflits européens (bataille de Zurich en 1799), les conflits entre les centralisateurs et les fédéralistes furent incessants. En été 1802 se déclenche une révolte fédéraliste contre la République helvétique, la Stecklikrieg. En 1803, Napoléon Bonaparte intervint et imposa une nouvelle constitution: l'Acte de Médiation.

[modifier] L'Acte de Médiation

L'Acte de Médiation, nouvelle constitution imposée par Napoléon en 1803, permet de calmer les tensions internes. Les cantons retrouvent, plus ou moins, leurs frontières traditionnelles. Néanmoins, Berne reste amputée du Pays de Vaud, qui demeure un canton, et de l'Argovie, qui fusionnant avec Baden , forme le canton d'Argovie. Le canton de Saint-Gall est également formé de la réunion des territoires de la ville et de l'abbaye de Saint-Gall avec un certains nombres d'anciens bailliages communs (Sargans, Rheintal…). Le canton du Tessin est formé par la réunion des bailliages italiens et les Grisons forment un nouveau canton, formé de la réunion des trois ligues grises (sans leurs bailliages).

Enfin, afin de garantir le contrôle des cols alpins, le Valais quitte la Suisse et devient indépendant. Il sera annexé par l'Empire français en 1810.

Durant la Médiation, la Suisse était un véritable protectorat français et les décisions importantes étaient prises à Paris.

[modifier] La Confédération des XXII cantons

[modifier] Restauration (1815-1830) et régénération (1830-1848)

À la suite de la défaite française, la Suisse vit passer différentes armées étrangères, qui se nourrissant sur place, entraînèrent des problèmes de famine parmi la population.

Les anciennes élites des différents cantons s'empressèrent d'essayer de rétablir la situation d'avant 1798, partiellement appuyées par les puissances européennes qui étaient également partisans d'une restauration de l'ancien régime.

Néanmoins, si le pacte fédéral de 1815 rétablissait une confédération, elle différait néanmoins sur un certains nombres de points de la situation antérieure. Tout d'abord, au lieu d'un réseau d'alliances hétérogènes, l'ensemble des cantons sont liés par un seul traité. Outre les cantons nouvellement créés par l'Acte de médiation (Vaud, Argovie, les Grisons, le Tessin et la Thurgovie), trois nouveaux cantons rejoignent la Suisse: le Valais, Genève (auxquels la France et le Piémont-Sardaigne attribuent quelques territoires afin de lui assurer une continuité territoriale) et Neuchâtel, qui demeure néanmoins une principauté prussienne. La Confédération des XXII cantons est née.

Le traité de Vienne attribua également la partie jurassienne de l'évêché de Bâle et la région de Bienne au canton de Berne, en compensation de la perte de l'Argovie et du Pays de Vaud. Les bailliages de Valpelline et Bormio, perdus par les ligues grises en 1798, le sont définitivement: le refus de ces trois ligues d'accorder l'égalité à leurs anciens sujets en est une cause majeure. La frontière de l'État suisse ne subira plus de changement.

Enfin, les alliés reconnaissent la neutralité perpétuelle du pays.

[modifier] Le Sonderbund

Image:Searchtool.svg Voir l’article Guerre du Sonderbund.

Les années qui suivirent la Restauration virent une montée progressive du Parti radical-démocratique dans plusieurs cantons. Ceux-ci, partisans d'un système plus centralisateurs, devenus majoritaires au Parlement, prirent plusieurs mesures anti-catholiques, comme la fermeture des couvents argoviens en 1841. Le canton de Lucerne, catholique, rappela les Jésuites sur son territoire; des bandes armées radicales attaquèrent et pillèrent alors des villages lucernois.

Se sentant menacés, sept cantons catholiques, Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwald, le Valais, Fribourg et Glaris conclurent une alliance secrète en 1845, le Sonderbund, littéralement l'autre alliance. Cette alliance apparut au grand jour lorsqu'elle chercha à s'allier avec l'Autriche, acte contraire à la constitution.

En 1847, le Parlement ordonna la dissolution du Sonderbund, et devant le refus des sept cantons, la guerre civile éclata. Le conflit fut bref, le général Guillaume-Henri Dufour mena les troupes fédérales qui vainquirent rapidement, et avec peu de victimes, les cantons catholiques.

Le résultat fut l'adoption d'une nouvelle constitution en 1848, plus centralisatrice, qui restera en vigueur, quoique régulièrement remaniée, jusqu'en 2001.

[modifier] L'État fédéral

[modifier] Approfondissement des institutions

Le nouvel État fédéral issus de la Constitution de 1848 révolutionna la Suisse. En effet, d'importantes prérogatives furent dès lors dévolues à l'État fédéral dominé par le radical-libéralisme. En effet, le système majoritaire utilisé pour les élections fédérales élimine pratiquement l'opposition conservatrice, vaincue lors du Sonderbund, du pouvoir.

Une union douanière et monétaire fut instaurée, abolissant les douanes, les frontières et les monnaies cantonales et régionales. Ainsi, c'est par la loi fédérale sur la monnaie du 7 mai 1850 que fut créé le franc suisse, qui circula dès 1852; cette loi instaurait un système monétaire similaire à celui de la France et les premières pièces suisses furent frappées à Paris et à Strasbourg. Cette similitude permit à la Suisse de faire partie de l'Union monétaire latine de sa création en 1865 à sa dissolution en 1926.

En 1854, le Polytechnikum de Zurich est fondé; les chemins de fer, privés, commencent à voir le jour sur tout le Plateau suisse.

En 1856 et 1857, c'est l'Affaire de Neuchâtel, à la fois canton suisse et principauté prussienne : le roi de Prusse désire intégrer le canton à son État et la guerre est proche, l'armée fédérale est mobilisée sur le Rhin. Finalement, il cède et renonce à ses prérogatives.

La Suisse cherche encore sa politique extérieure et en 1860, c'est l'Affaire de la Savoie où le Conseil fédéral, emmené par Jakob Stämpfli envisage l'occupation du Chablais et du Faucigny, zone neutre depuis 1815, récemment devenus français. L'Assemblée fédérale ne suivra pas le gouvernement. Dès lors, la Confédération se tiendra à une politique de stricte neutralité.

En 1870, la Suisse mobilise son armée pendant la guerre franco-allemande; c'est le général Hans Herzog qui occupe la frontière. Ce fut une période difficile: les importations étaient difficiles, la Suisse n'ayant de relations commerciales qu'à travers la France ou des pays de l'Union douanière allemande; de plus la guerre entraîna la suspicion sur l'Union monétaire latine, ce qui entraîna une perte de confiance envers le crédit: toutes les transactions s'effectuèrent soudainement en espèces et le nombre de pièces était fortement insuffisant au point que le gouvernement donna cours légal à des monnaies étrangères. Enfin, de nombreux réfugiés affluèrent, en particulier les 85 000 hommes de l'armée de l'Est française, du général Charles Denis Bourbaki qui furent internés en plein hiver, dont l'arrivée provoqua un élan de solidarité dans la population. [1]

Peu à peu, et tout d'abord dans les cantons, de nouveaux droits populaires, le droit de référendum législatif et le droit d'initiative constitutionnelle sont accordées aux citoyens. En 1868, le système majoritaire est abandonné au profit du système proportionnel, plus représentatif. La même année, grâce à la Convention de Mannheim, la Suisse obtient un débouché maritime: le Rhin devient eaux internationales entre le dernier pont de Bâle et son embouchure.

Durant la crise de 1873, on assiste à une montée de l'antisémitisme, les juifs étant accusés d'être la cause de la crise.

[modifier] Kulturkampf et centralisation

La révision de la constitution de 1874 accorde encore de nouvelles prérogatives à l'État fédéral, et le Tribunal fédéral, désormais permanent, est établi à Lausanne. L'école primaire devenait obligatoire, de même que la tenue d'un registre d'état civil.

Cette révision eut lieu pendant le Kulturkampf mouvement prônant la laïcisation de l'État et désirant restreindre les droits de l'Église catholique. Ainsi la révision contenait quelques articles constitutionnels, les articles d'exception restreignant les libertés de culte et d'expression, en particulier vis-à-vis du catholicisme. En 1874, les relations diplomatiques entre la Suisse et le Saint-Siège sont rompues.

La situation commence à se détendre dès 1891 où les conservateurs catholiques obtiennent un siège à l'exécutif fédéral.

La centralisation du pouvoir continue: en 1891, la Confédération se voit confier le monopole de l'émission des billets de banque, ce qui entraînera, en 1907, la création de la Banque nationale suisse chargée de cette tâche, ainsi que de toute la politique monétaire.

En 1898, le droit pénal et le droit civil dans leur entier devient sa prérogative, les cantons n'ayant plus qu'une capacité subsidiaire de légiférer dans ces domaines. Aussi, des codes pénal civil fédéraux furent élaborés, puis adoptés, suivis par un code commercial, le code des obligations. Malgré cela, les codes de procédures restèrent cantonaux et aujourd'hui encore 26 procédures pénales différentes perdurent en Suisse.

C'est à cette période que les premiers progrès sociaux sont à signaler: en 1877 la durée quotidienne du travail est limitée à 11 heures, et à 6 jours hebdomadaires. En 1890, la Confédération reçoit la charge d'introduire une assurance en cas d'accident ou de maladie et lui donne le droit de les rendre obligatoire soit pour l'ensemble des habitants, soit pour une ou des catégories particulières.

[modifier] La Première Guerre mondiale

Lorsqu'éclate la Première Guerre mondiale, la population est divisée: la partie germanophone penche du côté des empires centraux, tandis que la Romandie a plus de sympathie pour les Alliés. Le Conseil fédéral reçoit les plein-pouvoir et l'Assemblée fédérale nomme Ulrich Wille comme général de l'armée suisse.

Cette nomination ne fait pas l'unanimité, Ulrich Wille étant jugé trop proche de l'Allemagne dont il admire l'organisation militaire. De plus, le Kaiser est le parrain de l'un de ses enfants.

Si les troupes suisses, relativement bien préparées et ravitaillées, ne souffrent pas trop de la guerre, la population suisse doit se serrer la ceinture. En 1915, le Conseil fédéral octroie le monopole de la distribution des céréales à la confédération afin d'essayer de lutter contre les prix exorbitants du marché noir.


Le Traité de Versailles reconnaît la neutralité perpétuelle de la Suisse, en échange de l'abandon du droit, plus que théorique, obtenu en 1815 d'occuper la Savoie en cas de conflit. Un plébiscite est organisé au Vorarlberg quant à son rattachement à la Confédération. Les habitants sont d'accord, mais finalement les Alliés rattacheront la région à la République d'Autriche.

Les difficultés sociales engendrées par la guerre aboutirent à la Grève générale de 1918 déclenchée le lendemain de l'armistice par le Comité d'Olten. La grève fut brisée par la menace de l'intervention de l'armée et fut longtemps considérée comme une défaite des socialistes. Néanmoins, elle semble avoir eu une influence sur les décisions politiques du pays: dès 1919, le Conseil national fut élu à la proportionnelle, puis au début des années 1920, le temps de travail hebdomadaire fut limité à 48 heures.

[modifier] L'entre-deux guerres

L'entre-deux guerres est tout d'abord marqué par la fin de la majorité radicale: aux élections de 1919, le Parti radical suisse perd 45 des 105 sièges qu'il détenait, à la suite de l'abandon du système majoritaire. La même année un second siège au Conseil fédéral est attribué au Parti Démocrate-chrétien. Par la suite, en 1929, un siège sera également attribué au Parti des Artisans, futur Union démocratique du centre. Par contre, le Parti socialiste suisse reste écarté de l'exécutif par la coalition au pouvoir, conséquences de la peur du communisme qui demeure, exacerbée par le souvenir de la Grève générale de 1918.

La politique extérieure est basée sur la neutralité armée. La Suisse adhère en 1920 à la Société des Nations dont le siège est à Genève. Le retrait de l'Allemagne et de l'Italie dans la deuxième moitié des années 30 compliquent la politique de neutralité de la Suisse, qui décide de ne plus appliquer les sanctions économiques contre l'Italie décidée par la SDN.

La politique intérieure se polarise en deux fronts opposés, la gauche et la droite; chaque partie usant de l'arme du référendum pour bloquer les décisions qui ne lui plaisent pas. Le gouvernement utilise alors beaucoup les arrêtés fédéraux urgents, qui ne peuvent être contestés en décision populaire. Les grands capitaines de l'industrie prennent une part active dans la rédaction des lois et l'on assiste à une véritable politique extraparlementaire.

Économiquement, la Suisse est secouée par une première crise en 1921 et en 1922, puis elle subit de plein fouet, mais avec quelques années de retard du fait de l'existence de grands chantiers, la crise mondiale de 1929. Elle doit même dévaluer le franc suisse de 30% en 1936.

Le début des années 1930 est marqué par la montée des Fronts, mouvements fascisants héritiers des organisations anticommunistes nées de la grève de 1918. Ces mouvements ont tout d'abord un certain succès, mais leurs idées s'opposent trop au fédéralisme helvétique et les partis bourgeois s'éloignent bientôt d'eux. Les affrontements entre l'extrême gauche et l'extrême-droite culmine en 1932 où le 9 novembre, lors de la fusillade de Genève, l'armée tire sur la foule faisant 13 tués et 65 blessés. L'année suivante, c'est le Printemps des fronts qui voit l'extrême-droite essayer de faire passer sans succès des initiatives populaires modifiant la Constitution fédérale.

La deuxième moitié des années 1930 voit un changement du climat politique: les fronts perdent de leur importance et les différents partis, de gauche comme de droite, adhèrent à l'idée commune de défense nationale spirituelle qui culmine avec l'exposition nationale de 1939 à Zurich, la landi. Durant cette période, le gouvernement prépare également le pays a un conflit militaire: l'Europe s'arme rapidement et le Conseil fédéral désire éviter les problèmes d'approvisionnement de la Première Guerre mondiale.

[modifier] La Seconde Guerre mondiale

Contrairement à la Première Guerre mondiale, la Suisse n'est pas prise au dépourvu en 1939. L'approvisionnement est assuré, l'armée, dirigée par le populaire, et rassembleur, général Henri Guisan occupe la frontière. Le rationnement garantit la subsistance de la population, et en particulier des familles des soldats en service.

La Suisse reste neutre et affiche sa volonté de se défendre. La défaite française de 1940 rend la situation critique: le pays est entièrement entouré par les forces de l'Axe. Un discours ambigu du conseiller fédéral Marcel Pilet-Golaz qui semble indiquer la nécessité de traiter avec les dictatures provoque des protestations. Le 25 juillet 1940, dans son Rapport du Grütli, devant un parterre d'officiers, le général Guisan réaffirme clairement la volonté du pays à se défendre. Il conçoit alors la stratégie du réduit national qui consiste à dégarnir les frontières et renforcer l'arrière-pays montagneux afin de permettre une guerre d'usure.

Subissant des pressions des deux groupes de belligérants, la position de la Suisse sera parfois ambiguë. Elle ouvrit ses frontières aux Juifs fuyant le régime nazi, mais de manière sporadique et non systématique. (Sur le rapport de la Suisse à l'Allemagne nazie, voir l'émission Temps Présent L'honneur perdu de la Suisse.)

En politique intérieure, on peut noter l'accession d'un premier socialiste au Conseil fédéral, dès 1943.

[modifier] La Guerre froide

Durant l'après-guerre, la Suisse continue à développer l'État social. Dès 1946, l'assurance-vieillesse et survivants est acceptée, assurant une retraite à toute la population. Elle sera complétée en 1972 par le système des trois piliers.

En 1959, un second socialiste entre au Conseil fédéral, établissant la formule magique qui restera inchangée jusqu'en 2003.

Sur le plan extérieur, la Suisse reste en dehors de l'ONU, de l'OTAN et prône une neutralité armée stricte. Même si elle ne s'intéresse pas à la CECA et la CEE en formation, elle devient membre du Conseil de l'Europe en 1963 et de l'AELE en 1960, conçu comme un contrepoids à la CEE naissante.

Le suffrage féminin, existant déjà dans certains cantons, est accepté au plan fédéral en 1971. Les problèmes confessionnels du XIXe siècle sont oubliés et les articles d'exception sont pour l'essentiel abolis en 1973.

La fin des années 1960 est marquée par la Question jurassienne réclamant la séparation des districts bernois francophone et la constitution d'un 23e canton. Finalement, un plébiscite sera organisé en 1974 et les districts francophones catholiques acceptent la création de la nouvelle entité, alors que les districts protestants votent pour le maintien dans le canton de Berne. À la suite de la votation fédérale de 1978, le nouveau canton, catholique, voit le jour le 1er janvier 1979.

Durant cette période, la Suisse est le pays le plus prospère du monde. Malgré le choc pétrolier de 1972 et l'instauration de quelques dimanches sans voiture, l'industrie chimique, textile ainsi que les banques emploient de nombreux habitants. Le taux de chômage reste inférieur à 3% et la Suisse poursuit sur le plan extérieure une politique de neutralité stricte et propose ses bons offices pour régler les différends. Ainsi la première rencontre entre Mikhail Gorbatchev et Ronald Reagan eut lieu à Genève. Le siège européen de l'ONU dans cette même ville permet également à l'Assemblée d'auditionner des personnes, telles Yasser Arafat, qui ne peuvent se rendre aux États-Unis.

[modifier] Le tournant du millénaire

La chute du communisme et la réprobation unanime de l'invasion du Koweit par l'Irak bouleverse la politique suisse. Dans un monde multipôlaire, elle doit s'adapter. À la même période, une importante crise économique brise le rêve d'une supériorité économique du pays: le chômage grimpe à plus de 6%, de nombreux fleurons se restructurent, certains passent en mains étrangères (Brown Bovery Company, fusionnant avec le suédois Asea qui occupe la majeure partie des postes dirigeants). Malgré ces restructurations, l'économie helvétique présente une industrie puissante ainsi que des secteurs financiers et bancaires très développés. Les villes de Zurich et Genève sont aujourd'hui des places financières mondiales.

Les forces pro-européennes, battues en décembre 1992 lors de la votation sur l'EEE, perdent du terrain au profit de l'UDC, qui modifie le paysage politique suisse. En effet, ce parti prône l'indépendance et la neutralité du pays vis à vis des grands groupes supra-nationaux. La population Suisse ne semble donc pas prête à intégrer l'Union européenne qu'elle juge dangereuse pour sa démocratie direct ainsi que pour certains de ces secteurs clefs de l'économie, notamment le secret bancaire. Par deux fois, les votations sur le sujet de l'Europe, ont clairement mis en évidence les réticences de la population à adhérer au projet européen.

Cependant, le peuple suisse accepte des accords bilatéraux sectoriels avec l'Union européenne établissant la libre-circulation des personnes avec les 15 pays européens (ainsi que les trois de l'AELE), une plus grande intégration économique et l'intégration dans le ciel unique européen. En 2005, les accords bilatéraux sont élargis au dix nouveaux membres de l'UE.

La nouvelle constitution est adoptée en 1998, mais n'apporte que des changements mineurs.

Le pays est engagé depuis 1999, dans une opération du maintient de la paix dans les pays de l'ex Yougoslavie (swisscoy).

Malgré ces engagement internationaux, notamment humanitaire, la Suisse semble vouloir rester en dehors des grand blocs mondiaux, et conserver à tout prix sa neutralité. Il n'est pas envisagé d'intégrer l'OTAN.

Après une décennie difficile (1991-2001), la Suisse a retrouvée une croissance économique soutenue, et le chomâge ne dépasse pas les 3% de la population active. Les réformes économiques la place désormais parmi les pays les plus compétitifs du monde. Grâce à sa stabilité politique et sa grande capacité d'innovation, la Suisse possède le PIB par habitant le 3ème plus élevé au monde derrière la Norvège et le Luxembourg.

[modifier] Articles connexes

[modifier] Sources

  • Edgar Bonjour, Geschichte der schweizerischen Neutralität, tome V, Bâle, Helbing & Lichtenhahn, 1970.
  • Willi Gautschi, Le Général Guisan, Le commandement de l’armée suisse pendant la Seconde Guerre mondiale, Lausanne, Payot, 1991.
  • Nouvelle Histoire de la Suisse et des Suisses, Lausanne, Payot, 1982.

[modifier] Liens externes

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