Hexamètre dactylique
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L'hexamètre dactylique est un mètre surtout utilisé en grec ancien et en latin. On en trouve aussi en allemand, en russe, et, plus rarement, en anglais. Des tentatives ont été faites pour le rendre en français à la Renaissance, ainsi que ces dernières années pour traduire le poète latin Catulle, le poète Hésiode, Homère et la Batrachomyomachie. C'est le mètre par excellence de l'épopée et des physiciens (Parménide et Empédocle).
Note : dans cet article, conformément à la notation traditionnelle, U représente une syllabe brève et _ une longue. Les pieds sont séparés par la barre droite, la césure par deux barres obliques. Consulter Scansion pour plus de détails.
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[modifier] Histoire
Mètre d'abord grec et ancien dans cette langue, puisque c'est celui dans lequel l'Iliade et l'Odyssée ont été composées sans aucun support écrit, il a été introduit en latin par Ennius (239-169 avant l'ère chrétienne). Mais il y a une grande différence entre les hexamètres latin et grec, puisqu'en latin les voyelles longues sont une réalité phonologique qui n'existe pas en grec, où elles sont nommées voyelles lourdes, c'est-à-dire suivies de consonnes multiples. C'est en hexamètres dactyliques que Lucrèce (Ier siècle avant l'ère chrétienne) écrit. À cette époque, il n'est pas encore très régulier. Virgile (70-19 avant l'ère chrétienne) et Ovide stabilisent ses règles dans un profond respect pour cette œuvre géniale qui reprend et amplifie l'œuvre des physiciens grecs.
[modifier] Modèle
Comme son nom l'indique, il est composé de six mesures (en grec : ἕξ, héx « six » + μέτρον métron, « mesure ») dont le pied principal est le dactyle (_ UU).
En vertu des règles de contraction (cf. Scansion), chaque dactyle peut être remplacé en toute place par un spondée (_ _). L'avant-dernier pied reste cependant dans la majorité des cas un dactyle. Le dernier pied est un spondée ou un trochée (_ U), la dernière syllabe pouvant être considérée indifférenciée (anceps ; notée U, c'est-à-dire « brève ou longue »), comme dans tous les mètres rythmiques.
Le modèle théorique est donc le suivant :
- _ UU | _ UU | _ UU | _ UU | _ UU | _ U
En considérant toutes les contractions possibles, c'est l'équivalent de :
- _ _ | _ _ | _ _ | _ _ | _ _ | _ U
Il est donc possible de ramener l'hexamètre dactylique au format suivant :
- _ UU | _ UU | _ UU | _ UU | _ UU | _ U
[modifier] Césure
Rappelons que dans la métrique gréco-romaine, la césure ne peut pas couper un mot.
La césure est le plus souvent :
- trochaïque (surtout dans la poésie grecque) : elle se place dans le troisième pied, qui doit être un dactyle, après la première brève (ce qui donne un trochée)
→ _ UU | _ UU | _ U//U | _ UU | _ UU | _ U ; - penthémimère : après le cinquième demi-pied (un demi-pied correspond ici à _ ou UU)
→ _ UU | _ UU | _ // UU | _ UU | _ UU | _ U ; - hepthémimère : après le septième demi-pied
→ _ UU | _ UU | _ UU | _ // UU | _ UU | _ U; - double césure trihémimère et hepthémimère :
→ _ UU | _ // UU | _ UU | _ // UU | _ UU | _ U.
Dans le vers épique grec d'Homère, c'est la césure trochaïque qu'on recontre le plus souvent. Suit, dans l'ordre des fréquences, la penthémimère puis, beaucoup plus rarement (1% pour l'Iliade et 0,5% pour l'Odyssée), l'hepthémimère.
Dans la poésie latine, c'est la penthémimère qu'on utilise le plus, puis la combinaison trihémimère - hepthémimère (césure après le 3e et après le 7e demi-pied). Un même vers peut comporter plusieurs césures possibles. Ainsi, dans les deux premiers vers du Dédale et Icare d'Ovide, on trouve les deux principaux cas de césure de l'hexamètre latin :
- Dǣdălŭs | īntĕrĕ-|-ā // Crē-|-tēn lōn-|-gūmquĕ pĕ-|-rōsŭs
Ēxsĭlĭ-|-ō // tāc-|-tūsquĕ lŏ-|-cī // nā-|-tālĭs ă-|-mōrĕ
[modifier] Le cinquième pied
C'est le plus souvent un dactyle. Dans la poésie homérique, moins de 25% des vers ont un spondée à cette place (on les nomme vers spondaïques). Chez les Romains, le spondaïque est bien plus rare. Par exemple, on ne trouve qu'une trentaine de spondaïques chez Virgile (et encore 25 d'entre eux tombent sur des mots grecs).
Dans l'apprentissage de la scansion latine, il est recommandé de partir du principe que le cinquième pied d'un hexamètre dactylique est presque toujours un dactyle.
[modifier] Exemples
Ces exemples ne montrent pas comment on procède pour scander correctement un hexamètre dactylique. On se reportera à Méthode pour scander un hexamètre dactylique pour apprendre à le faire.
[modifier] En grec
Pour des raisons techniques, les accents et les esprits doivent être ôtés si l'on veut noter les quantités.
- Ἄνδρα μοι ἔννεπε, Μοῦσα, πολύτροπον, ὃς μάλα πολλὰ
- Πλάγχθη, ἐπεὶ Τροΐης ἱερὸν πτολίεθρον ἔπερσεν·
- Πολλῶν δ' ἀνθρώπων ἴδεν ἄστεα καὶ νόον ἔγνω.
- Homère, L'Odyssée, premier chant, vers 1-3.
- Ᾱνδρᾰ μοῐ | ε̄ννεπε, | Μου̅σᾰ, πο̆|λῡτρο̆πο̆ν, | ο̄ς μᾰλᾰ | πο̄λλᾰ
- Πλᾱγχθη̆, ε̆|πει̅ Τρο̆ῐ|η̄ς ῐε̆|ρο̄ν πτο̆λῐ|ε̄θρο̆ν ε̆|πε̄ρσε̆ν·
- Πο̄λλω̄ν | δ' ᾱνθρω̄|πω̄ν ῐδε̆ν | ᾱστε̆ᾰ | και̅ νο̆ο̆ν | ε̄γνω̄.
[Placement de la césure en préparation]
[modifier] En latin
- Spēm sĭnĕ | cōrpŏr' ă|māt //, cōr|pūs // pŭtăt | ēssĕ quŏd | ūnd' ēst.
- Ādstŭpĕt | īpsĕ sĭ|bī // vūl|tūqu' // īnm|ōtŭs ĕ|ōdẽm
- Hǣrĕt, ŭt | ē Părĭ|ō // fōr|mātūm | mārmŏrĕ sīgnũm.
- Ovide, Métamorphoses, livre III, « Narcisse »
Image:Ltspkr.png Écouter (la lecture tente de respecter la prononciation latine restituée ; noter à cet égard la légère nasalisation des voyelles avant un /m/ final ainsi que la lecture du digramme gn en /ŋn/.
[modifier] En anglais
L'hexamètre anglais est accentuel et non fondé sur l'opposition entre syllabes brèves ou longues (cf. Vers : on considère que la syllabe accentuée équivaut à une longue, les atones aux brèves). La difficulté est de faire débuter nécessairement chaque pied par une syllabe accentuée, ce qui n'est pas très naturel en anglais. Les poètes, pour parvenir à leurs fins considèrent qu'en fait de syllabe accentuée on peut utiliser autant l'accent primaire que l'accent secondaire (accent de plus faible intensité).
Samuel Taylor Coleridge est célèbre pour ses imitations en anglais d'hexamètres dactyliques gréco-latins dans son poème Hexameters. On signale la syllabe accentuée par la mise en gras et l'accent secondaire par le soulignement :
- Read with a | nod of the | head in a | humouring | recita|tivo ;
- And, as I | live, you will | see my he|xameters | hopping be|fore you.
On remarque que l'alternance dactyle / spondée est rare (les seuls spondées sont les derniers pieds...). La langue anglaise se plie en effet mal à ce mètre. Il préférera par exemple le pentamètre iambique.
[modifier] En français
L'hexamètre français a une histoire ancienne et récente. Un certain Mousset, d'après Agrippa d'Aubigné, aurait traduit toute l'Iliade d'Homère en hexamètres "métrifiés à l'Antique". Malheureusement, la traduction est perdue. Baïf, Jodelle, Marc-Claude Buttet, d'Aubigné ont proposé des poèmes en vers métriques. Plus proche de nous, dans sa traduction de Catulle, André Markowicz (Le Livre de Catulle, éd. L'Age d'Homme 1985) traduit ainsi le début des plaintes d'Ariane (poème 63) :
- C'est ain- | si que tu | m'as arra- | chée aux au- | tels de mes |pè-res ;
- Pour me lais- | ser, per- | fi- de Thé- | sée, sur ces | ri-ves dé- |ser-tes ...
On lira de la même manière ces hexamètres traduits par Philippe Brunet, du Théâtre Démodocos (www.demodocos.com), qui a traduit toute l'[[Iliade]] et la fait réciter par des aèdes :
- Par ces cris, ils incitaient les Argiens à combattre.
- Comme vont tombant les flocons de la neige hivernale,
- innombrables flocons, quand Zeus s'est mis, dieu de ruse,
- à la verser, révélant aux hommes les flèches siennes :
- ensommeillant les vents, il la verse, pour qu'elle recouvre
- les sommets des grandes montagnes, les hauts promontoires,
- les prairies de safran et les gras pâturages des hommes,
- elle est versée sur les flots grisonnants, sur les ports et les côtes,
- seule la vague qui va la repousse ; mais tout le reste
- en est enveloppé, quand la neige de Zeus s'amoncelle.
- (chant 12, 277-286)
[modifier] En allemand
Au moment où, après Kolpstock, Goethe et Schiller écrivaient leurs poèmes de facture classique, Johan-Heinrich Voss traduisait l'Iliade et l'Odyssée, selon les mêmes procédures métriques, en s'appuyant sur l'accent intensif des mots :
- Singe den Zorn, o Göttin, des Peleiaden Achilleus,
- Ihn, der entbrannt den Achaiern unnennbaren Jammer erregte,
- Und viel tapfere Seelen der Heldensöhne zum Aïs
- Sendete, aber sie selbst zum Raub darstellte den Hunden,
- Und dem Gevögel umher. So ward Zeus Wille vollendet...
[modifier] Articles connexes
- Vers ;
- distique élégiaque ;
- scansion ;
- littérature grecque, littérature latine.en:Dactylic hexameter
mt:Eżametru dattiliku nl:Dactylische hexameter pl:Heksametr daktyliczny pt:Hexâmetro dactílico sv:Daktylisk hexameter

