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Guerre de Palestine de 1948

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Conflit israélo-arabe
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Cet article traite du conflit israélo-arabe
Guerres et conflits
Guerre de Palestine de 1948
Protagonistes de la guerre de Palestine de 1948
Guerre civile en Palestine de 1947-1948
Guerre israélo-arabe 1948-1949
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Accord israélo-libanais du 17 mai 1983
Accords d'Oslo
Traité de paix israélo-jordanien
Accord intérimaire sur la Cisjordanie et Gaza
Accords de Wye Plantation

La Guerre de Palestine de 1948 est appelée Guerre d'Indépendance par les Israéliens et al Naqba, « la catastrophe », par les Palestiniens et les Arabes<ref>Voir, pour illustration, le site pro-palestinien alnakba.org et le site pro-israélien palestinefacts.org</ref>. On parle également à son sujet de la Guerre israélo-arabe de 1948.

La guerre démarre début décembre 1947. Les dernières opérations ont lieu en mars 1949 et le dernier armistice est signé le 20 juillet 1949.<ref>Le dernier armistice signé fut celui entre Israël et la Syrie le 20 avril 1949 mais aucun ne fut signé entre Israël et l'Irak ni entre Israël et le Haut Comité Arabe</ref>

La communauté juive palestinienne, la communauté arabe palestienne, la Transjordanie, l'Irak, l'Égypte, la Syrie, l'armée de volontaires de la Ligue arabe et dans une moindre mesure les Britanniques en sont les acteurs militaires. Aux niveaux politique et diplomatique, se rajoutent le Royaume-Uni, l'URSS, les USA et l'ONU qui influenceront le conflit de manière significative. Globalement, les enjeux divergents des protagonistes auront une influence fondamentale sur le déroulement voire sur l'issue de la guerre.

Les historiens y distinguent cinq phases entrecoupées de 2 trêves. Plus généralement, on scinde le conflit en deux parties.
Avant le 14 mai 1948, alors que la Palestine est toujours sous autorité britannique, le Yichouv et les Arabes palestiniens<ref>Tant musulmans que Chrétiens. La population arabe palestinienne comporte en effet une importante communauté chrétienne orthodoxe établie principalement à Haïfa, Nazareth et dans le nord de la Galilée</ref>, renforcés de Armée de libération arabe s'affrontent dans le contexte d'une guerre civile.
Après le 15 mai qui marque le retrait des Britanniques et la déclaration d'indépendance d'Israël on assiste à une guerre entre Israël et plusieurs pays arabes. C'est à ces dates qu'est commémoré le conflit par les Israéliens et les Palestiniens.<ref>Le 14 mai 1948 marque la fin du mandat britannique, la déclaration d'indépendance d'Israël et le passage d'une guerre civile entre principalement palestiniens juifs et arabes vers une guerre entre Israël, les Palestiniens et les pays arabes voisins. Les Palestiniens commémorent la Naqba le 15 mai.</ref>

Cette première guerre d'une série de conflits israélo-arabes a établi l'indépendance de l'État d'Israël et a divisé les terres restantes du mandat britannique sur la Palestine entre l'Égypte et la Transjordanie. Elle est aussi à la base de l'exode palestinien et de la problématique des réfugiés palestiniens.

Sommaire

[modifier] Contexte

SIONISME
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Cet article fait partie de la catégorie
Sionisme
Définitions
Sionisme
Histoire générale
Histoire du sionisme - Chronologies
Histoire par thèmes
Légion juive - Accord Fayçal-Weizmann
Palestine mandataire
Plan de partage de 1947
Indépendance d'Israël
Guerre d'indépendance
Immigration juive
Aliyah - Réfugiés juifs des pays arabes
Falasha
Partis, organisations et idéologies
Territorialisme - Hapoel Hatzaïr
Hachomer Hatzaïr
Poale sion et Achdut Ha'avoda
Mapai - Anarcho-sionisme - Mapam
Sionisme religieux - Colonies - Kach
Agoudat Israël - Sionisme chrétien
Parti révisionniste - Irgoun - Lehi
Betar - Herout - Sionisme général - Likoud
Postsionisme - Antisionisme
Partis politiques israéliens
Institutions sionistes
Organisation sioniste mondiale
Agence juive - Asefat ha-nivharim
Histadrout - Haganah
Kibboutz - Mochav
Personnalités sionistes
Theodor Herzl - Haïm Weizmann
David Ben Gourion - Vladimir Jabotinsky
Menahem Begin - Yitzhak Rabin
Ariel Sharon
Voir aussi
Catégorie:sionisme - Catégorie:Israël
Catégorie:Palestine - Judaïsme
Image:Searchtool.svg Voir les articles Histoire du sionisme, Nationalisme arabe, Palestine mandataire, Grande Révolte arabe en Palestine, Shoah et Plans de partage de la Palestine.


Dès la fin du XIXe siècle, la Palestine connaît une immigration de Juifs venant de la diaspora et rassemblés au sein du mouvement sioniste. Ces derniers considèrent que les territoires du Royaume d'Israël biblique sont l'endroit où la nation juive pourra s'autodéterminer et se protéger de l'antisémitisme<ref>Voir les articles : Theodor Herzl et sionisme</ref>.

En 1901, le Fond national juif est fondé à Bâle lors du 5e Congrès sioniste. Sa fonction est d'acheter des terres en Palestine et d'y développer le pays en vue de l'implantation des Juifs.

Plusieurs Aliyahs de plus importantes se succèdent : 10 000 juifs immigrent en Palestine fin du 19ème siècle, 35 000 entre 1903 et 1914 et 35 000 à nouveaux entre 1919 et 1923. Les Arabes, majoritaires en Palestine, s'opposent à cette immigration croissante<ref>Voir Laurens, Paix et guerre au Moyen-Orient, pp.63-70</ref>.

En 1914, le Royaume-Uni et l'Empire ottoman entrent en guerre dans le cadre de la Première Guerre mondiale.

En 1915, le Haut Commissaire britannique d'Égypte, sir Henri McMahon, promet au roi Hussein ibn Ali l'indépendance et le contrôle arabe sur les territoires qui seront libérés de la mainmise ottomane. En 1917, la déclaration Balfour officialise le soutien du gouvernement britannique à l'établissement d'un foyer national juif en Palestine. En décembre 1917, le général Allenby prend Jérusalem. En 1918, le Royaume-Uni achève sa prise de contrôle de la Palestine et défait les armées ottomanes.

En juillet 1922, la Société des Nations confie au Royaume-Uni un mandat sur la Palestine et en septembre, les Britanniques fondent l'Émirat arabe de Transjordanie sur la rive est du Jourdain<ref>Pappé, La guerre de 1948 en Palestine, pp.23-24 et l'article Palestine mandataire</ref>. La région prend une importance stratégique pour la Grande-Bretagne qui contrôle également l'Irak et qui est présente en Égypte et en Arabie-Saoudite.

Dès la fin des années 1920, l'immigration s'intensifie encore de par l'arrivée des Juifs fuyant les persécutions en Europe. Ce sont 80 000 nouveaux immigrants qui arrivent entre 1924 et 1928 et on en comptera encore 180 000 jusqu'en 1939. De nombreux conflits éclatent entres Juifs et Arabes. Notamment, les émeutes de 1929 qui font 133 morts côté juif et 116 côté arabe et la Grande Insurrection de 1936 à 1939 au cours de laquelle les Arabes entament une grève générale qui se solde par plus de 5000 morts côté arabe et 500 morts côté juif<ref>Voir le paragraphe « casualities » de cet article Arab Revolt (in Palestine) pour les références sur le nombres de victimes arabes; le nombre de victimes juives est décrit plus haut.</ref> et qui voit l'arrestation, l'exil ou la mort de la plupart des leaders politiques arabes palestiniens<ref>Voir par exemple : Benny Morris, « The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited », Background : a brief history, p.11.</ref>.

Suite à cette insurrection, les Britanniques envisagent tout d'abord une partition entre les populations juive et arabe. Une commission est désignée, dirigée par Peel. Ses travaux aboutissent en 1937 à un plan de partage qui n'est en fin de compte pas retenu. En lieu et place, les Britanniques adoptent, en 1939, le troisième Livre Blanc qui abandonne l'idée de la partition des territoires du mandat en faveur d'un État indépendant palestinien gouverné par les Arabes et les Juifs et limitent drastiquement l'immigration juive vers la Palestine<ref>Voir par exemple : Karsh, The Palestine War 1948, Background to War, pp.13-21.</ref>.

En 1945, on compte environ 600 000 Juifs pour 1 200 000 Arabes en Palestine<ref>Voir le site israelipalestinianprocon.org présentant une étude démographique recoupant plusieurs sources [1] </ref> tandis que 250 000 Juifs, survivants de l'Holocauste, attendent dans les camps de réfugiés en Europe et à Chypre<ref>Voir le site de l'United States Holocaust Memorial Museum [2]</ref>.

Durant la période 1945-1947, plusieurs plans vont être proposés pour apporter une solution au problème de la Palestine. Au niveau local, les représentants juifs et arabes adoptent des positions nationalistes inconciliables et refusent l'un et l'autre toute idée d'un état bi-national. Les positions internationales ne sont pas plus conciliables : en juillet 1946, les Britanniques proposent un plan de division de la Palestine en provinces autonomes dont les intérêts collectifs seraient gérés par une puissance mandataire (rapport Morrison-Grady). Le 4 octobre, le président Truman fait une déclaration favorable à un partage de la Palestine entre Juifs et Arabes. En février 1947, le ministre des Affaires étrangères britanniques, Ernest Bevin, propose une libre immigration juive contre l'indépendance de la Palestine dans un délai de cinq ans. En réponse, les Sionistes avancent leur propre projet de partage, tandis que les Arabes demandent l'indépendance immédiate de la Palestine<ref>Voir par exemple : Laurens, « Paix et guerre au Moyen-Orient », pp.74-76.</ref>.

Le 18 février 1947, faute de pouvoir apporter une solution aux troubles dans le pays, Ernest Bevin annonce officiellement la transmission du dossier à l'ONU. Le 28 avril, celle-ci confie à une commission spéciale, l'UNSCOP, le soin d'étudier le problème. Celle-ci remet son rapport fin août.

Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies approuve un plan de partage de la Palestine mandataire en deux États : l'un juif, et l'autre arabe; La ville de Jérusalem<ref>La ville de Jérusalem, de par sa symbolique, jouera un rôle central dans le conflit. Voir par exemple, Lapierre et Collins, O Jérusalem.</ref> relevant quant à elle d'un statut de ville internationale. Le plan est accepté par les Juifs qui ont milité en ce sens mais il est rejeté par les Arabes palestiniens et par l'ensemble des pays arabes qui exigent la création d'un État indépendant arabe sur l'ensemble de la Palestine.

La guerre civile éclate dès le lendemain.

[modifier] Protagonistes

Image:Searchtool.svg Voir l’article Protagonistes de la guerre de Palestine de 1948.

Les motivations, les objectifs et les moyens des protagonistes du conflit ont souvent été différents de ceux de leurs « alliés ». A l'instar de la "bataille diplomatique" qui s'était déroulée pour mener au vote du plan de partition<ref>Ilan Pappé (2000), pp.34-72</ref>, ceux-ci vont avoir une influence fondamentale sur le conflit et constituent une clé essentielle pour en comprendre le déroulement, voire l'issue.

[modifier] Yichouv

Au 30 novembre 1947, le Yichouv est uni derrière un objectif commun : l'aboutissement du projet sioniste et la fondation d'un État juif en Palestine mandataire.

L'autorité de son leader David Ben Gourion est globalement reconnue et le pouvoir est centralisé autour de sa personne<ref>Ilan Pappé (2000), p.79</ref>. Face à la guerre qui s'annonce, le Yichouv est déjà organisé et structuré comme une entité étatique dont l'Agence juive joue le rôle de gouvernement<ref>Ilan Pappé (2000), pp.74-79</ref>. La communauté dispose également du soutien financier et politique de plusieurs organisations sionistes, dont l'Organisation sioniste mondiale.

S'il ne dispose toutefois que d'une faible armée par rapport aux forces des pays arabes voisins et souffre d'un manque grave de matériel, il peut compter sur une réserve importante d'hommes entraînés et des mesures sont prises par Ben Gourion pour doter le futur état d'une véritable armée. Les forces paramilitaires sionistes : le Palmach, la Haganah, l'Irgoun et le Lehi restent malgré tout nettement supérieures aux forces palestiniennes<ref>Au 30 novembre 1947, le Yichouv dispose d'une force de 5000 hommes à laquelle s'ajoutent 30000 irréguliers entraînés; Les arabes palestiniens disposent de quelques armées privées totalisant quelques centaines d'hommes et d'une grosse dizaine de milliers d'irréguliers</ref>.

Au niveau diplomatique, l'Agence juive, qui fait office de gouvernement au Yichouv entretient de bons contacts avec les autorités britanniques mandataires et avec les États-Unis où ils ont un supporter sincère dans le chef du Président Harry Truman<ref>Henry Laurens (2005), p.49</ref>.

[modifier] Haut Comité arabe

Depuis sa fondation en 1936, le Haut Comité arabe est l'organisme le plus officiel représentant le peuple arabe palestinien. Sa position est claire : empêcher la formation d'un état sioniste et créer un état arabe palestinien sur toute la Palestine<ref>United Nations Special Commission (16 avril 1948), §II.6</ref>.

Sa situation est toutefois plus délicate. Le sentiment nationaliste est nettement moins fort dans la communauté arabe palestinienne. Le représentant du courant nationaliste, le Mufti Hadj Amin al-Husseini, et le Haut Comité arabe qu'il préside, ne font pas l'unanimité dans la communauté palestinienne où la faction des Nashashibis est pour un rapprochement avec le Royaume hachémite de Transjordanie. De plus, la plupart des leaders dont le Mufti ne sont même pas présents en Palestine<ref>Ilan Pappé (2000), p.99</ref>.

Amin al-Husseini ne dispose que d'un atout dans le chef de son charismatique neveu Abdel Kader al-Husseini qui dirige son armée, la Jihad al-Muqadas. Celle-ci est toutefois limitée à quelques centaines d'hommes en novembre 1947<ref>Ilan Pappé (2000), p.98</ref>. Dans les faits, le pouvoir est assuré localement dans les villes par des "comités nationaux" qui disposent d'une certaine autonomie. La direction des villages est laissée aux "mukhtars". Et en définitive, les forces palestiennes ne totalisent que quelques milliers d'irréguliers sans équipement ni entraînement<ref>Ilan Pappé (2000), p.78 </ref>,<ref>Efraïm Karsh (2002), p.26 </ref>,<ref>Yoav Gelber (2006), p.5</ref>.

Au niveau diplomatique, les Britanniques ne veulent pas du Mufti à la tête d'un état palestinien<ref>Henry Laurens (2005), p.72, p.81</ref>. Ils ne lui pardonnent pas les troubles fomentés durant la Grande révolte arabe en Palestine ni ses amitiés avec les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Ces dernières cristallisent d'ailleurs la haine des Juifs contre sa personne<ref>La sociologue et historienne Idith Zertal rapporte dans La nation et la mort que l'entrée du Mufti dans l'Encyclopédie de la Shoah est aussi importante que celle d'Adolf Hitler.</ref> et n'attirent pas la sympathie à sa cause. Ses "alliés" arabes ne l'apprécient guère<ref>Ilan Pappé (2000), p.104</ref> et ses ambitions contrecarrent les plans du Roi Abdallah, ce qui lui vaut néanmoins un certain soutien de l'Égypte et de la Syrie. Enfin, sur le terrain, le commandant des forces de l'Armée de libération arabe ne s'entend pas avec son neveu<ref>Ilan Pappé (2000), p.105 se référant à Shmuel Seger</ref>,<ref>Dominique Lapierre et Larry Collins (1971), p.370</ref>.

[modifier] Transjordanie

La Transjordanie est le véritable deuxième grand acteur de la guerre. Elle dispose en novembre 1947<ref>Cette réalité dans la balance des forces basculera au cours de la guerre.</ref> de la meilleure armée en présence, la Légion arabe : 10 000 hommes répartis en quatre régiments entièrement mécanisés et appuyée par 75 véhicules blindés. De plus, elle est commandée, encadrée et équipée par les Britanniques<ref>Efraïm Karsh (2002), p.27</ref>.

Le Roi Abdallah ambitionne de fonder la Grande Syrie, qui engloberait la Transjordanie, la Palestine, la Syrie et le Liban<ref>Henry Laurens (2005), p.55</ref>. Dans le contexte du plan de Partage, il ambitionne annexer la partie arabe de la Palestine mais ses intentions à l'égard du Yichouv dans ce contexte restent ambigues<ref>Ilan Pappé (2000), pp.158-169 - l’accord entre Juifs et Hachémites, le partage des dépouilles</ref>,<ref>Dominique Lapierre et Larry Collins (1971), p.143</ref>. Il a le soutien des autorités britanniques dont il est le dernier allié au Moyen-Orient et qui voient en lui un pion essentiel<ref>Henry Laurens (2005), p.55</ref>. L'Irak qui avec sa dynastie hachémite au pouvoir est son allié mais le roi Abdallah suscite la méfiance des autres pays de la Ligue arabe, en particulier de la Syrie et de l'Égypte.

[modifier] Pays arabes

Les autres membres de la Ligue arabe ne sont pas réellement intéressés par la situation en Palestine. Ils ont leur propre problème. L'Égypte et l'Irak connaissent des troubles internes; l'Égypte est en lutte d'influence avec les Britanniques sur les questions du Soudan et de la présence de bases militaires sur son territoirea et l'Irak sort petit à petit de problèmes internes avec la communauté kurde. L'implication syrienne se veut plus importanteb mais elle dispose de nettement moins de moyens. Dans le contexte du panarabisme et face à leur opinion publique, les pays arabes ne peuvent néanmoins par rester inactifs face au sionismec.

Sous-estimant le réel rapport des forces dans un conflit inter-palestinien, ils comptent sur l'Armée de libération arabe pour fournir un soutien suffisant aux Palestiniens et se sont contentés jusqu'à présent de déclarations tonitruantes en guise de préparationd. Ils restent toutefois attentifs aux ambitions d'Abdallahe et leurs forces potentielles restent conséquentes et supérieures à la Légion arabe et aux forces sionistes<ref>Les armées égyptiennes, irakiennes et syriennes totalisent 100 000 et disposent de chars, véhicules blindés, artillerie et aviation.</ref>. Comme essayera de les en convaincre Ismail Safwat<ref>Benny Morris (2003), p.33</ref>, leur intervention ou non peut peser de manière significative dans la balance<ref>Ilan Pappé (2000), pp.153-154</ref>.

[modifier] Britanniques

Avec près de cent mille hommes et au vu de leur passé dans la région, les Britanniques représentent la première puissance militaire, politique et diplomatique en Palestine. Ils doivent d'ailleurs encore en assurer la souveraineté jusqu'au 14 mai. Leur objectif est de quitter rapidement la Palestine avec le moins de victimes britanniques possibles tout en y défendant leurs intérêts futurs<ref>Dominique Lapierre et Larry Collins (1971), p.80</ref> et en essayant de respecter les promesses d'indépendances faites à la fois aux sionistes par Balfour et aux arabes par McMahon<ref>Pierre Razoux (2006), p.523</ref>. Ces objectifs seraient réalisés si la Palestine était partagée entre un État juif et arabe et que la partie arabe était annexée par la Transjordanie. C'est la stratégie pour laquelle ils vont opter<ref>Ilan Pappé (2000), p.166</ref>.

[modifier] USA et URSS

Ni les USA ni l'URSS n'ont de base dans la région stratégique du Moyen-Orient. Ils cherchent principalement à y prendre pied par voie diplomatique et y remplacer les Britanniques<ref>Henry Laurens (2005), p.31-36</ref>.

Staline voit dans un état juif une opportunité intéressante pour y implanter une base communiste. Il apportera un soutien de taille aux Yichouv : tandis que les USA imposeront un embargo sur les armes et le matériel tant aux Israéliens qu'aux Arabes et qu'ils feront pression sur les Britanniques pour le respecter, les Soviétiques fourniront la majeure partie des armes indispensables au Yichouv puis à Israël.

[modifier] Déroulement du conflit

Les historiens scindent le conflit en cinq phases successives séparées par 2 trêves, commençant avec le vote du partage de la Palestine à l'ONU, en novembre 1947 et se terminant avec les accords d'armistice de Rhodes en 1949.

Les deux premières phases se déroulent alors que les Britanniques ont toujours la tutelle de la Palestine. Elles voient l'opposition du Yichouv aux arabes palestiniens renforcés par des volontaires étrangers de l'Armée de libération arabe et de la Jihad al-Muqadas. La période voit aussi la préparation des différents camps à l'attaque annoncée des pays arabes voisins, ainsi que les prémisses du problème des réfugiés palestiniens.

Les trois phases suivantes se déroulent après le départ des Britanniques et la proclamation de l'indépendance de l'État d'Israël par les Juifs le 15 mai 1948. Elles concernent le conflit entre les États arabes voisins et les Israéliens et voient la montée en puissance de l'armée israélienne, l'exode massif palestinien et la prise de contrôle de la Palestine mandataire par Israël, la Transjordanie et l'Égypte. Elles s'accompagnent ou sont suivies de près par la fuite de la plupart des Juifs vivant dans les pays arabes.

[modifier] Première phase : déclenchement de la guerre civile (30 novembre 1947 - 1er avril 1948)

Image:Searchtool.svg Voir l’article Guerre civile en Palestine de 1947-1948.

Dès le lendemain du vote du Plan de partition à l'ONU, les explosions de joie dans la communauté juive sont contre-balancées par l'expression de mécontentement au sein de la communauté arabe. Rapidement la violence éclate et va aller croissant : des attentats, représailles et contre-représailles faisant des dizaines de victimes vont se succéder sans que personne ne parvienne à les contrôler.

Sur la période de décembre 1947 et janvier 1948, on compte près de 1000 morts et 2000 blessés<ref>United Nations Special Commission (16 avril 1948), § II.5</ref>. Fin mars, un rapport fait état de plus de 2000 morts et 4000 blessés<ref>Yoav Gelber (2006), p.85</ref>.

Dès janvier, sous l'oeil indifférent des autorités britanniques, les opérations prennent une tournure plus militaire avec l'entrée en Palestine de plusieurs régiments de l'Armée de libération arabe qui se répartissent dans les différentes villes côtières et renforcent la Galilée et la Samarie<ref>Yoav Gelber (2006), pp.51-56</ref>. Abdel Kader al-Husseini arrive également à la tête de plusieurs centaines d'hommes de la Jihad al-Muqadas et après en avoir recruté plusieurs milliers d'autres organise le blocus des 100 000 Juifs de Jérusalem<ref>Dominique Lapierre et Larry Collins (1971), chap.7, pp.131-153</ref>. Les autorités du Yichouv tentent de ravitailler la ville via des convois regroupant jusqu'à une centaine de véhicules blindés pour forcer les barrages mais l'opération s'avère de plus en plus impraticable et coûteuse en vies. En mars, la tactique a payé. La quasi-totalité des véhicules de la Haganah ont été détruits, plusieurs centaines de combattants ont été tués et le blocus est opérant<ref>Benny Morris (2003), p.163</ref>. La situation est d'autant plus critiques que les implantations juives du Nord de la Galilée et du Néguev sont isolées.

Tandis que la population juive a reçu des instructions strictes l'obligeant à tenir à tout prix sur tous les terrains<ref>Dominique Lapierre et Larry Collins (1971), p.163</ref>, la population arabe est plus soumise à la situation d'insécurité que connaît le pays. Durant ces premiers mois, près de 100 000 Palestiniens, principalement des classes supérieures, vont quitter leur maison pour se réfugier en lieu sûr à l'étranger ou en Samarie<ref>Benny Morris (2003), p.67</ref>.

Cette situation pousse les USA à revenir sur leur soutien au Plan de partition mais rassure la Ligue arabe sur leur fausse analyse de la capacité des Palestiniens, renforcés par l'Armée de libération arabe, d'empêcher le partage. De leur côté, le 7 février 1948, les Britanniques optent officiellement pour l'option du soutien à l'annexion de la partie arabe de la Palestine par la Transjordanie<ref>Henry Laurens (2005), p.83</ref>.

Même si un certain doute s'installe dans le Yichouv, les défaites apparentes sont plus dues à une politique attentiste de la Haganah qu'à une réelle faiblesse. David Ben Gourion a réorganisé la Haganah et rendu la conscription obligatoire. Tous les hommes et femmes du pays reçoivent un entraînement militaire obligatoire. Grace aux fonds rassemblés par Golda Meyerson aux États-Unis et suite au soutien de la cause sioniste par Staline, les agents juifs ont pu signer des contrats très importants d'armement dans les pays de l'Est. D'autres agents ont récupéré dans les stocks de la Seconde Guerre mondiale de quoi équiper l'armée dont le Yichouv a besoin. L'opération Balak permet l'acheminement des premières armes et équipements dès la fin du mois de mars. David Ben Gourion a également confié à Yigal Yadin le soin d'étudier un plan militaire permettant de préparer le Yichouv à l'intervention annoncée des états arabes. Il s'agit du Plan Daleth qui sera mis en application dès le début du mois d'avril.

[modifier] Seconde phase : offensive de la Haganah (1er avril 1948 - 15 mai 1948)

Article principal : Exode palestinien


La deuxième phase marque le passage de la Haganah à l'offensive.

La première opération -baptisée Nachshon- consiste à organiser la levée du blocus de Jérusalem. 1500 hommes des brigades Guivati de la Haganah et Harel du Palmach parviennent à libérer la route du 5 au 20 avril, ce qui offre 2 mois de sursis à la population juive de Jérusalem.<ref>Dominique Lapierre et Larry Collins (1971), pp.369-381</ref> Le succès se double par la mort du leader palestinien Abdel Kader al-Husseini au cours des combats. Durant ces événements, le 9 avril, des troupes de l'Irgoun et du Lehi perpètrent un massacre à Deir Yassin qui aura un impact important sur la population palestinienne.

Dans le même temps, la première opération d'envergure de l'Armée de libération arabe se solde par une débâcle à Mishmar Ha'emek<ref>Benny Morris (2003), pp.242-243</ref> et par la défection des Druzes<ref>Benny Morris (2003), p.242</ref>

Dans le cadre de la réalisation de la continuité territoriale prévue par le Plan Daleth, les forces de la Haganah, du Palmach et de l'Irgoun se lancent à la conquête des localités mixtes. La société palestinienne s'effondre. Tibériabe, Haïfa, Safed, Beisan, Jaffa et Acre tombent, jetant sur les routes de l'exode plus de 250 000 Palestiniens.<ref>Henry Laurens (2005), pp.85-86</ref>

Les Britanniques ont maintenant pour l'essentiel terminé leur retrait. La situation pousse les leaders des pays arabes voisins à intervenir mais leur préparation n'est pas au point et ils n'ont pas pu rassembler les forces qui auraient pu faire pencher la balance. La plupart des espoirs palestiniens résident dans la Légion arabe du roi Abdallah de Transjordanie mais ce dernier ambitionne d'annexer un maximum du territoire de la Palestine mandataire et joue sur les deux tableaux, étant en contact également avec les autorités juives.

En préparation à l'offensive, la Haganah lance avec succès les opérations Yiftah<ref>Benny Morris (2003), pp.248-252</ref> et Ben-'Ami<ref>Benny Morris (2003), pp.252-254</ref> pour sécuriser les implantations de Galilée et l'opération Kilshon<ref>Yoav Gelber (2006), p.140</ref>,<ref>Dominique Lapierre et Larry Collins (1971), pp.575-583</ref> pour assurer un front continu dans le secteur de Jérusalem. La réunion du 10 mai entre Golda Meir et Abdallah suivie de la prise et du massacre de Kfar Etzion par la Légion arabe le 13 mai laissent prévoir que la bataille pour Jérusalem sera sans merci.

[modifier] Troisième phase : 15 mai 1948 - 11 juin 1948

Image:Searchtool.svg Voir l’article Guerre israélo-arabe 1948-1949.

Le mandat britannique arrive à expiration le 14 mai. David Ben Gourion, président du Conseil national juif, proclame l'indépendance de l'État d'Israël. Ce nouvel état est reconnu par l'Union soviétique et les États-Unis ainsi que par de nombreux autres pays.

Dans les jours qui suivent, comme annoncé, plusieurs armées arabes interviennent en Palestine. Des contingeants composés d'environ 6 000 Syriens, 4 500 Irakiens, 10 000 Égyptiens et entre 6 000 et 9 000 Transjordaniens se joignent aux forces palestinienne (12 000 hommes) et à l'Armée de libération arabe (4 000 hommes)<ref>Précisément 3 800 hommes d'après Gresh et Vidal (Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.145)</ref> et font face à une armée israélienne composée d'une force mobile d'environ 18 000 hommes soutenue par une force fixe de 20 000 hommes. Au cours des mois suivants, chaque partie renforcera ses forces mais les armées arabes restent devancées par les Israéliens, notamment du fait de leur organisation supérieure et de leur meilleure préparation.

Le tableau suivant présente les forces en présence au 15 mai 1948<ref>Jon et David Kimché (1960), p.</ref>.

FRONTS ISRAELIENS ARABES
Sud 5 000 5 000 Égyptiens
Sud profond et Hebron 1 500 4 000 Égyptiens
Jérusalem et corridor 4 500 4 000 Légion arabe transjordanienne et 1 000 Égyptiens
Front central, Tel-Aviv, Natanaya 3 000 3 000 Irakiens
Nord 5 000 3 000 Syriens, 1 000 Libanais et 2 000 Armée du Salut<ref>les effectifs de l'Armée de libération arabe sont de 3 800 hommes (dont 1.500 palestiniens) au 15 mai 1948, d'après Palestine 47, un partage avorté, p.145. Ils sont au 15 mai un peu présents en Galilée, mais sont surtout concentrés en Samarie (Nord de la Cisjordanie). Ils se retirent de Samarie dès l'arrivée des troupes irakiennes et transjordaniennes, après le 15 mai 1948. Ils se redéploient vers Gesher (sud du lac de Tibériade. Après la première trêve (11 juin-8 juillet), ils seront surtout présents en Galilée</ref>
TOTAL 19 000 23 000

La situation numérique n'est pas mauvaise pour Israël. Elle est plus délicate en terme d'armement lourd. Mais, « à partir du 14 mai, l'état désormais officiel importe au grand jour. Et un matériel plus conséquent se déverse : des premiers canons de campagne le 15 mai, d'autres canons et des mortiers de 120 mm une semaine plus tard, des canons de 75 mm et des mitrailleuses de tous calibres le 28 mai, et peu après les fameux Messerschmitt vendus par Prague »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.177</ref>.

[modifier] Front central (Jérusalem)

Image:Israel-1er-juin-1948.jpg C'est le front le plus actif. C'est en effet le principal objectif d'Abdallah de Transjordanie, qui veut à tout prix du contrôle des lieux saints musulmans<ref>Yoav Gelber (2006), p.140</ref>

Latroun ne tombera pas de toute la guerre, et les israéliens devront construire une nouvelle route Tel-Aviv - Jérusalem-ouest, dite « route de Birmanie ». Celle-ci<ref>la véritable « route de Birmanie » avait été construite par les Britanniques pendant la Seconde Guerre mondiale dans des conditions très difficiles. Elle partait de Birmanie et traversait les montagnes pour ravitailler la Chine contre le Japon.</ref> sera construite « avec les ongles » (l'expression est de Elie Barnavi) avant la trêve du 11 Juin, en élargissant « un sentier parallèle à la grande route, dans la montagne, pour le rendre carrossable »<ref>Elie Barnavi (1988), P. 197</ref>. Il fallait pour les israéliens rétablir une voie de communication pour les camions de ravitaillement entre la bande côtière et Jérusalem-ouest avant cette date, faute de quoi la ville serait devenue une enclave juive en zone arabe. La « route de Birmanie » sera très sommairement terminée le 9 juin, dans des conditions difficiles et d'extrême justesse, 2 jours avant la trêve. C'est le colonel juif américain David (Mickey) Marcus qui se chargera de la route. Il deviendra ainsi le premier général de Tsahal, peu avant d'être tué par erreur par une sentinelle.

À compter du 21 mai, une colonne égyptienne atteint Bethléem après avoir traversée le Néguev et être passée par Beersheba. Le 22 mai, elle mitraille les faubourgs sud de Jérusalem<ref>Palestine 47, un partage avorté P.177</ref>. « Des combats sanglants se déroulent [...] au sud, contre les forces combinés de la Légion »<ref>La Légion Arabe de Transjordanie</ref> et de la 4e brigades égyptienne, pour le contrôle du kibboutz Ramath-Rahel qui commande l'accès de la nouvelle ville<ref>On appelle « nouvelle ville » les quartiers juifs de l'ouest de Jérusalem développés à partir de la fin du XIX-e{{{2}}} siècle</ref>. « Cinq fois pris et repris, le kibboutz finira par rester aux mains des hommes de l'Irgoun. »<ref>Elie Barnavi (1988), P. 197</ref>. Malgré cette présence, les Égyptiens joueront un rôle bien moins actif que les Transjordaniens dans la bataille de Jérusalem.

[modifier] Front nord (lac de Tibériade)

« Autour du lac de Tibériade, l’armée juive l’a également échappé belle. Trois jours après leur irruption, les Syriens enlèvent Samakh et trois colonies juives évacuées . Mais leur chance tourne, le 20 mai, devant le premier des kibboutzim, Degania, dont ils forcent l’entrée, mais sans le réduire.[…] Repliées de leur côté du Jourdain, les troupes de Damas le retraversent pour écraser, le 10 juin, la colonie de Mishmar Hayarden : une tête de pont durable en territoire israélien. Plus au sud, les Irakiens, moins fortunés, essuient un échec devant le Kibboutz Gesher, avant de partir, les uns pour le front de Jérusalem, d’autres, le 24 mai, pour le triangle » (nord-ouest de la Cisjordanie)<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), P.177</ref>. Les Irakiens sont alors remplacés par une partie des troupes de l’Armée arabe de libération (ALA). A partir de la fin mai, le front syrien, tenu par les syriens eux-même et les renforts de l’ALA, sera relativement peu actif.

[modifier] Front nord (Galilée)

Le conflit a lieu en fait sur 2 fronts : le « doigt de Galilée » (extrême nord-est de la Palestine mandataire), et la Galilée elle-même.

A l’ouest du « doigt de Galilée », « la brigade Yiftah […] contenait les Libanais sur leur propre territoire, pour une guerre de position sanglante, chaque ville et village passant et repassant, au gré des combats, d’une armée à l’autre »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), P.178</ref>.

En Galilée même, les forces libanaises se montrent plus passives. Elles ne pénétreront que d'une centaine de mètres en territoire palestinien. La Galilée est surtout tenue par des éléments secondaires de l’ALA. Les Israéliens ont donc un certain avantage dans cette zone, eu égard à la faiblesse des forces qu'ils rencontrent. La ville d'Acre (Nord de la bande côtière) a ainsi été prise par la brigade Carmeli le 21 mai, ainsi que d'autres villages le long de la côte : al-Zib, Samaria et Zaba<ref>Yoav Gelber (2006), p.152 </ref>(p.360). Mais les besoins de troupes sur d'autres fronts (en particulier Jérusalem) les empêchent d'exploiter pleinement la faiblesse de leurs opposants, et leur progression reste limitée.

Consciente de cette faiblesse, et parallèlement à son déploiement au sud du lac de Tibériade, l'ALA s'est réorganisée en vue de renforcer le front de la Galilée via le Liban, en rejoignant ce qui restait de ses forces en Galilée. L'ALA pénétra assez facilement en Galilée suite au déplacement de la brigade Yiftah vers le front central<ref>Yoav Gelber (2006), p.145</ref>. Ce sont ces troupes que les Israéliens affronteront lors de l'opération Hiram, du 29 au 31 octobre 1948.

Après le retrait de la brigade Yiftah, « son successeur, la brigade Oded – formée de colons, d’immigrants et d’un bataillon de la Haganah de Haïfa – se heurtera le 6 juin, à une fulgurante opération arabe. Syriens, Libanais, et soldats de Fawzi Al Qawuqji<ref> Fawzi Al Qawuqji est le chef de l’Armée Arabe de Libération.</ref> briserons le verrou israélien, rétablissant ainsi le passage vers la Galilée »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), P.178</ref>.

[modifier] Front central (Samarie)

Les troupes transjordaniennes se sont surtout concentrées autour de Jérusalem, ou ont lieux de durs combats, et en Samarie centrale (à l’écart de la ligne de front), pour prendre le contrôle politique de la zone (prélude à l’annexion). Les troupes irakiennes se déploient dans les villes arabes du nord de la Samarie : Jénine, Naplouse et Tulkarem. Les troupes irakiennes se retirent du lac de Tibériade le 24 mai pour venir renforcer les unités de Samarie. « le 25 mai, les Irakiens dévalent vers Natanya, encerclant plusieurs Kibboutzim, et en ravissant un. Mais l’Alexandroni récupère la colonie et endigue la percée, préparant ainsi le terrain pour la contre-offensive dont la Givati se charge. Entrée dans le triangle par le Nord, le 29 mai, la brigade récolte une série de villages arabes et de fortification d’où elle se rue, […] sur Jénin. Mais elle abdique, le 4 juin, tant l’artillerie irakienne décime les unités réclamées ailleurs »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), P.178</ref>. Après cette date, et jusqu’au 11 juin, les forces en présence sont en pratique surtout en position défensive.

Si des forces arabes se massent contre Israël après le 15 mai, l'Armée de libération arabe (ALA) se retire. Elle était essentiellement basée en Samarie (nord de la Cisjordanie), depuis janvier 1948, avec un QG établi entre Naplouse et Ramallah (Yoav Gelber (2006)). Suite à l'entrée en Cisjordanie des troupes transjordaniennes et irakiennes, l'ALA quitte la Palestine sur ordre de la Ligue Arabe, officiellement pour se réorganiser<ref>Yoav Gelber (2006), p.140</ref>.
Tandis que les Irakiens relevaient la Légion en Samarie, l'ALA remplaçait les Irakiens à Samakh et à Gesher (kibboutzim au sud du lac de Tibériade [3] )<ref>Yoav Gelber (2006), p.143</ref>, vers le 24 mai.

[modifier] Front sud (Néguev)

Au sud, l'armée égyptienne rencontre une faible opposition. Elle se déploie dans 3 directions.

La deuxième brigade du général Muhammad Naguib remonte facilement le long de la côte à travers l’actuelle bande de Gaza, jusqu’au-dessus d’Ashdod, avant d’être arrêtée fin mai par le barrage commun de la brigade Givati, de la Brigade HaNeguev (ou Néguev) et de l’aviation.

Dans le Nord-Néguev, les colonies juives résistent. Les égyptiens se déplacent entre elles, les isolent partiellement, mais ne les submergent pas. Le Nord-Néguev est égyptien, mais de façon partielle.

En Judée, la quatrième brigade de l’armée égyptienne prend position entre Beersheba et le sud de Jérusalem, en particulier à Hébron. L’absence de communautés juives dans cette zone rend le déploiement aisé.

[modifier] La création de Tsahal

Le 26 mai 1948, Tsahal (l'armée israélienne) est officiellement crée, et absorbe immédiatement la Haganah.

Menahem Begin « s'est engagé le 1er juin 1948 à mettre ses hommes et ses équipements à la disposition de l'armée israélienne au sein de laquelle les membres de l'IZL [Irgoun] vont constituer leurs propres bataillons » (Histoire de la droite israéliennes, P.246, Voir Bibliographie). Le Lehi rejoint aussi rapidement Tsahal.

L'Irgoun et le Lehi n’alignent respectivement que 4.000 et 1.000 combattants<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), P.146 (d’autres auteurs, comme Karsh, donnent pour l’Irgoun des chiffres inférieurs, entre 2.000 et 4.000)</ref>, qui plus est tenus en suspicion par le nouveau gouvernement de David Ben Gourion pour leurs activités « terroristes » passées et leurs sympathies politiques. La nouvelle armée israélienne est donc constituée essentiellement autour de l'ancienne Haganah.

L'Irgoun et le Lehi continueront à exister jusqu'en septembre à Jérusalem, ville prévue par l'ONU pour être séparée d'Israël et devenir une « zone internationale ». Les accords nationaux d'intégration de ces organisations à Tsahal ne s'y appliquent donc pas.

[modifier] Synthèse

Entre le 15 mai et le 11 juin, les troupes juives réussissent à maintenir leur contrôle sur les territoires entre leurs mains avant le 15 mai, mais pas encore à les étendre de façon importante.
Les Israéliens ont constitué une véritable armée, et ont renforcé leur armement, en particulier leur armement lourd. Contrairement aux forces arabes, ils ont un commandement centralisé et peuvent faire passer des troupes d’un bout du front à l’autre.
La carte des positions au 11 juin donne une impression de force arabe et de faiblesse israélienne, mais cette impression sera démentie après la rupture de la trêve, le 8 juillet 1948.

Voir les actualités françaises du 03/06/1948 sur le site de l'INA (nécessite un lecteur Quicktime) [4].

[modifier] Première trêve : 11 juin 1948 - 8 juillet 1948

Le 29 mai, les Nations unies déclarent une trêve. Celle-ci est acceptée par les israéliens le 24 mai. Les états arabes, dont l'avancée est bloquée, l'acceptent le 11 juin. Les forces arabes contrôlent alors environs le tiers du territoire que l'ONU avait attribué à l'état juif en Novembre 1947, et la quasi-totalité du territoire attribué à l'état palestinien.

Voir les Actualités Françaises du 24/06/1948 sur le site de l'INA (nécessite un lecteur Quicktime) [5].

La trêve durera 28 jours. Le cessez-le-feu est supervisé par le médiateur de l'ONU Folke Bernadotte, nommé le 20 mai. Un embargo sur l'armement est décidé par l'ONU afin qu'aucune des parties ne profite de la trêve. Le roi de Transjordanie visite la partie de Jérusalem contrôlée par ses troupes.

Voir les Actualités Françaises du 24/06/1948 sur le site de l'INA (nécessite un lecteur Quicktime) [6].

Mais les israéliens ont des sources d'approvisionnement clandestines depuis 1947 auprès du bloc de l'Est, et vont grâce à elles pouvoir se procurer illégalement (du point de vue de l'ONU) des armes auprès de la Tchécoslovaquie, mais aussi en faire venir de France<ref>Elie Barnavi (1988), P. 197</ref>. Parmi elles, des armes lourdes : « des avions, des pièces d'artilleries et des véhicules blindés. La mobilisation intensive porte les effectifs de l'armée à 60.000 hommes »<ref>Elie Barnavi (1988), P. 197</ref>.

Les forces arabes, elles, sont dépendantes de leurs fournisseurs officiels (Britanniques, surtout) et ne peuvent donc contourner l'embargo. Celui-ci se révèle donc essentiellement favorable aux israéliens, qui renforcent leur potentiel militaire, tandis que celui des armées arabes stagne.

Si la trêve permet à Tsahal de s'armer, elle permet aussi à Ben Gourion de la réorganiser. Entre le 11 juin et le 8 juillet 1948, le Premier ministre décide en effet de dissoudre les 3 brigades du Palmach (forces d'élites de la Haganah), qu'il considère être trop à gauche (proches du Mapam).

De son coté, l'Irgoun avait obtenu après le 1er juin<ref>date de l'accord de Begin sur l'intégration de l'Irgoun à Tsahal</ref> de conserver des unités spécifiques au sein de l'armée israélienne. Mais le gouvernement, et surtout David Ben Gourion, ne souhaitaient pas plus permettre à des unités « de droite » que « de gauche » de continuer à exister au sein de l'armée. Ces unités seront également dissoutes pendant la trêve, après l'incident de l'Altalena, les 21 et 22 Juin. « Au lendemain du 22 juin, l'Irgoun a virtuellement cessé d'exister comme force militaire autonome sauf à Jérusalem. Ses bataillons ont été dissous dans l'armée et des mandats d'arrêts ont été lancés contre plusieurs de ses chefs » (Histoire de la droite israélienne P.249, Voire Bibliographie). Les membres des unités dissoutes sont répartis dans les autres unités de Tsahal.

Avec la dissolution des unités proches de l'extrême gauche et de celles favorables à la droite, Ben Gourion assure la pleine autorité du gouvernement civil sur la nouvelle armée. « Unifié, discipliné, convenablement armé et entraîné, Tsahal devient une force de frappe redoutable »<ref>Elie Barnavi (1988), P. 198</ref> de 60.000 combattants.

Progression numérique des Forces Israéliennes (Bregman, Ahron Bregman (2002), p. 24, citant le journal de David Ben Gourion
Tableau importé de Wikipedia Anglophone)

4 juin 40 825
17 juillet 63 586
7 octobre 88 033
28 octobre 92 275
2 décembre 106 900
23 décembre 107 652
30 décembre 108 300

À la fin de la trêve, Folke Bernadotte présente un nouveau plan de partage accordant la Galilée aux juifs, et le Néguev aux Arabes. Le plan est rejeté par les deux parties. Le 8 juillet, les forces égyptiennes reprennent le combat dans le sud et relancent la guerre.

[modifier] Quatrième phase : 8 juillet 1948 - 18 juillet 1948

Après les premières attaques égyptiennes, les dix jours entre les deux trêves sont dominés par une vague d'attaques des Israéliens et une attitude défensive des Arabes. Les trois offensives israéliennes qui ont lieu ont été préparées durant la première trêve. L'Opération Dani, la plus importante, vise à sécuriser et élargir le couloir israélien entre Jérusalem et Tel-Aviv en capturant les villes étapes Ramle et Lydda (renommée plus tard Lod).

La seconde offensive, l'Opération Dekel, a pour objectif la capture de la Galilée, incluant la ville arabe de Nazareth.

Enfin l'Opération Kedem, qui se voit attribuer le moins de ressources, vise à sécuriser les vieux quartiers de Jérusalem. (plan des attaques)

[modifier] Opération Dani

Image:Cromwell-latrun-2.jpg Lydda est protégée principalement par l'armée transjordanienne, mais dispose aussi de milices palestiniennes et de l'Armée de Libération Arabe. La ville est attaquée au nord via Majdal al-Sadiq et al-Muzayri'a et à l'est par Khulda, al-Qubab, Jimzu et Danyal. Pour la première fois dans le conflit, des bombardiers sont utilisés dans l'attaque de la ville. Le 11 juillet 1948, la ville est aux mains des Israéliens.

Ramle est capturée le jour suivant, le 12 juillet 1948.

Les 15 et 16 juillet, une première attaque contre Latroun échoue. Le 18 juillet, la Brigade Yiftach mène une seconde attaque désespérée avec des véhicules armés (dont deux chars Cromwell) mais débouche à nouveau sur un échec israélien. Malgré la seconde trêve prenant effet le 18 juillet, les forces israéliennes continuent leurs attaques contre Latroun jusqu'au 20 juillet.

Une fois Ramle et Lydda capturée, les habitants surprennent les dirigeants israéliens en ne fuyant pas la ville. Considérant qu'ils ne peuvent se permettre de laisser là une si importante population ennemie, les forces armées israéliennes expulsent 60.000 habitants de leurs foyers à partir du 14 juillet.

[modifier] Opération Dekel

Pendant que l'opération Dani prend place dans le centre du pays, l'opération Dekel est menée au nord. Nazareth est capturée le 16 juillet. Le 18 juillet à 19h, alors que la seconde trêve est déclarée, Israël capture le sud de la Galilée, de la baie d'Haïfa au lac Kinneret.

L'opération est dirigée par Ben Dunkelman, un juif canadien, vétéran de la Seconde Guerre mondiale qui a pris le commandement de la 7ème brigade lors de son arrivée en Israël. Il est soutenu par le 13ème bataillon de la brigade Golani, sous les ordres d'Avraham Yaffe. (réf. nécessaire - en.wikipedia.org)

[modifier] Opération Kedem

L'opération Kedem visait à prendre toute la ville de Jérusalem, et surtout la vieille ville.

Prévue dans un premier temps pour être menée par Irgoun et Lehi le 8 juillet, juste après la première trêve, l'opération Kedem est reportée par David Shaltiel. En effet celui-ci met en doute leurs chances de succès suite à l'échec de la capture de Deir Yassin sans l'aide de la Haganah.

Le plan est prévu comme suit : les forces de l'Irgoun, commandée par Yehouda Lapidot (Nimrod), doivent entrer par la porte Bab al Jedid, le Lehi passant par le mur partant de Bab al Jedid et par la porte de Jaffa, enfin le bataillon Beit Hiron passant par le mont Sion.

La bataille est prévue pour débuter au Chabbat, le vendredi 16 juillet à 20h, un jour avant le second cessez-le-feu. Cependant l'organisation tourne mal et l'opération est reportée à 23h puis à minuit, pour en fin de compte commencer à 2h30 du matin. L'Irgoun réussit à se frayer un chemin par la porte Bab al Jedid mais les autres escouades échouent dans leurs objectifs. À 5h45, David Shaltiel est contraint d'ordonner la cessation des hostilités et de replier ses troupes.

[modifier] Seconde trêve : 18 juillet 1948 - 15 octobre 1948

Le « 15 juillet, le Conseil de Sécurité condamne en des termes d'une grande sévérité l'agression arabe, ordonne un cessez-le-feu immédiat et menace d'appliquer à la partie récalcitrante les sanctions prévues par l'article VII de la charte des Nations unies ». Sur le terrain, les défaites militaires s'accumulent pour la partie arabe : « cette fois, les Arabes prennent l'exacte mesure de leur échec, de même que les Britanniques qui, affolés, pressent à la trêve. Effectif le 17 juillet à Jérusalem » (seul échec israélien - NDLA) « le cessez-le-feu est étendu dès le lendemain à l'ensemble du pays. Vu du coté juif de la barricade, la "guerre des Dix Jours", comme on a appelé la campagne de juillet, est un franc succès »<ref>Elie Barnavi (1988), P.198</ref>. Image:Folke-Bernadotte.jpg

Le 16 septembre, Folke Bernadotte propose un nouveau plan de partage de la Palestine dans lequel la Transjordanie annexerait les zones arabes comprenant le Néguev, Ramle et Lydda. Ce plan prévoit également un état juif occupant l'entière Galilée, le passage de Jérusalem sous contrôle international et le rapatriement (ou dédommagement) des réfugiés. À nouveau le plan est refusé par les deux parties.

Le lendemain, 17 septembre, Bernadotte est assassiné par le Lehi et est remplacé par le député américain Ralph Bunche. On sait aujourd'hui que « Le meurtre a été planifié par Zettler, le commandant de la section de Jérusalem (la dernière en activité et la plus dure), qu'il a été décidé au plus haut niveau par les trois responsables du centre »<ref>Le « Centre » est le nom donné à la direction du Lehi</ref> : Nathan Yalin Mor, Yitzhak Shamir et Israël Eldad, et que l'exécution en a été confiée à un vétéran du Lehi, Yéhochua Cohen. [...] En 24 heures, plus de 250 membres du Lehi sont interpellés dans tout le pays. Le gouvernement en profite pour dissoudre les unités de l'IZL<ref>IZL = Irgoun - L'Irgoun et le Lehi n'avaient plus d'unité combattantes qu'à Jérusalem. La ville n'avait en effet pas encore été officiellement annexée à Israël, et les deux organisations n'y appliquaient pas les accords nationaux d'intégration à Tsahal</ref> à Jérusalem, bien qu'il sache qu'elles n'ont pas été mêlées au crime. Le surlendemain « le Lehi est officiellement dissout au titre d'une loi "pour la prévention du terrorisme" » (Histoire de la droite israélienne, P.253). L'entreprise d'intégration du Lehi et de l'Irgoun à Tsahal, largement entamée pendant la première trêve, est donc achevée avec la seconde. « Zettler affirmera avoir reçu une promesse explicite du ministre de l'intérieur Yitzhak Günbaum : "vous serez condamnés pour satisfaire l'opinion mondiale. Après quoi vous serez amnistiés" ». De fait, Yalin Mor et son adjoint, condamnés le 2 février 1949 à plusieurs années de prison, non pour meurtre mais pour appartenance à une organisation terroriste, seront relâchés deux semaines après [...] tous les autres détenus du Lehi bénéficieront d'une amnistie générale (Histoire de la droite israélienne, P.254).

Voir les Actualités françaises du 23/09/1948 sur le site de l'INA (nécessite un lecteur Quicktime) [7] et [8].

Durant cette seconde trêve, les Israéliens nettoient les villages capturés encore peuplés et de nombreuses habitations sont dynamitées pour raisons militaires.

[modifier] Cinquième phase : 15 octobre 1948 - 20 juillet 1949

Image:Debut-octobre-1948.jpg Cette période voit se clore le conflit, et se consolider l'emprise territoriale d'Israël et de la Transjordanie.

[modifier] L'opération Yoav sur le Nord Néguev (15-22 octobre 1948)

Profitant d'une attaque égyptienne sur un convoi de ravitaillement israélien envoyé vers les colonies encerclées du Nord-Néguev, les Israéliens lancent une offensive contre les Égyptiens. Du 15 au 22 octobre 1948, trois brigades d'infanterie (Néguev, Yiftach et Givati) et la 8ème brigade blindée - assistées d'une artillerie fortement concentrée, du soutien de la totalité de la petite marine et d'une solide couverture aérienne offerte par la totalité de la nouvelle armée de l'air - s'enfonce dans le Néguev. Les brigades Harel et Oded renforceront le front sud en cours d'opération<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.191 </ref>,<ref>Yoav Gelber (2006), p.203</ref>. Ygal Allon commande l'opération, originellement appelée « Dix plaies », puis rebaptisée Yoav.

L'aviation israélienne « endommage gravement les appareils égyptiens posés sur l'aérodrome d'El Arish »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.191</ref>.

La résistance égyptienne, environ 11 000 hommes<ref>D'après le « Department of History at the United States Military Academy »</ref> est vigoureuse, et plusieurs compagnies de Tsahal sont même « étrillées »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.191</ref>.

Une partie du Nord-Néguev tombe quand même entre les mains de Tsahal, et sa capitale, Beersheba elle-même, est capturée dans une opération surprise le 21 octobre.<ref>Yoav Gelber (2006), p. réf. nécessaire et Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p. 191</ref>. « Le vaisseau amiral de la flotte égyptienne, l'Emir Farouk, coulé avec 700 hommes, la 4e brigade du général Taha Bey - trois milles combattants d'élite - encerclés dans la poche de Falouja<ref>Dont un jeune commandant de 30 ans, Gamal Abdel Nasser, futur chef de l'état</ref>. La réaction des alliés de l'Égypte est caractéristique : au lieu d'ouvrir un second front, la Légion du roi Abdallah fait mouvement vers Bethléem et Hébron pour combler le vide laissé par les Égyptiens »<ref>Elie Barnavi (1988), P.199</ref>. Si Israël élargit son territoire, la Transjordanie en fait autant. Jusqu'alors, elle tenait la Samarie (Nord de la Cisjordanie). Grâce à l'offensive israélienne, elle tient maintenant aussi la Judée (sud de la Cisjordanie).

Le 22 octobre, un nouveau cessez-le-feu est imposé aux belligérants, et surtout aux Israéliens, qui souhaitaient pousser leur avantage. Yitzhak Rabin écrira : « Nous menions de front la lutte contre les Égyptiens et une course contre la montre face à une trêve proposée par les Nations unies »<ref>Yitzhak Rabin (1980), p.36</ref>. Cette réticence à stopper une offensive victorieuse explique « pendant la trêve, les attaques successives des soldats hébreux, qui refoulent progressivement les Egyptiens. A la mi-novembre, seuls s'obstinent encore, prisonniers dans la nasse de Falouja, 2.000 à 3.000 officiers et soldats du Caire »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), P.192</ref>.

Voir les actualités cinéma sur le site de l'INA (nécessite un lecteur Quicktime) [9].

[modifier] L'opération Hiram en Galilée (29-31 octobre 1948)

Du 29 au 31 octobre 1948, l'opération Hiram est menée par 4 brigades israéliennes, dont Carmeli, Golani et Oded.

Elle chasse les 3.500 hommes de l'Armée de libération arabe vers le Liban, et achève ainsi la conquête de tout le Nord de l'ancienne Palestine mandataire.

L'armée Israélienne passe même de l'autre coté de la frontière avec le Liban, pour poursuivre les fuyards, et progresse ainsi jusqu'au fleuve Litani, avant de se retirer et de quitter le Liban.

[modifier] L'opération Horev et la conquête du Nord Néguev (22 décembre - 7 janvier 1949)

Image:1948-arab-israeli-war-Dec22-jan07-detail.jpg

« Dans le Néguev, l'opération Horev se déclenche le 22 décembre, suite à diverses violations égyptiennes du cessez-le-feu. (...) L'aviation se donne pleinement, effectuant 243 sorties et répandant 226 tonnes de bombes. Non seulement les soldats juifs assomment les ultimes défenses égyptiennes et réduisent la poche de Falouja, mais ils pénètrent également dans l'actuelle bande de gaza. Diversion, dans le but de cacher, plus au Sud, l'entrée des troupes israéliennes dans le Sinaï égyptien à travers Al Auja, tombé le 27. Violant la frontière, elles fouleront les pistes de l'aéroport d'El Arish, quand les pressions diplomatiques, incessantes depuis le début de la manœuvre, se feront insoutenables »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.192</ref>.

Londres menace en particulier d'intervenir militairement, au titre de son traité de défense avec l'Égypte.

« L'armée juive évacue donc le Sinaï, abattant au passage 5 avions de reconnaissance anglais »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.193</ref>.

Tout le nord du Néguev est maintenant israélien, sauf la poche égyptienne de Falouja, qui a résisté vigoureusement, infligeant des pertes sévères à Tsahal. Les égyptiens l'évacueront le 24 février 1949, après l'armistice israélo-égyptien.

[modifier] L'opération Ouvda et la prise du Néguev central et méridional (mars 1949)

Le Nord-Néguev occidental était passé sous contrôle israélien complet en janvier 1949. Le désert lui-même (Nord-Ouest, Centre et Sud du Néguev), quasiment sans population, était resté un no-man’s land, avec quelques rares troupes transjordaniennes.

La zone était majoritairement attribuée à Israël par le plan de partage de 1947. Mais pendant plusieurs mois, Israël s'est abstenu d'y pénétrer, même après la victoire sur les Égyptiens, début janvier 1949. La zone n'était pas prioritaire, et l'engagement de Tsahal dans une région toute en longueur, coincée entre les armées égyptiennes et transjordaniennes, n'était pas sans risque.

Le 24 février, Israël signe un cessez-le-feu avec l'Égypte qui neutralise l'armée égyptienne.

Après avoir tenté d'obtenir sans succès des Transjordaniens qu'ils se retirent d'eux-mêmes, Israël décida d'occuper la zone, et lança le 5 mars l'opération Ouvda, ou Uvda (« fait accompli »), avec les brigades Golani et Néguev. Les Transjordaniens se retireront alors sans combattre.

Les deux points culminant de Ouvda furent la prise d'Ein Guedi, sur les rives ouest de la mer Morte, le 7 mars 1949, en face de la Transjordanie (Nord-Ouest du Néguev), et la prise de Um Rashrash le 10 mai, sur la mer rouge, où sera construit à partir de 1950 le port de Eilat (extrême-Sud du Néguev).

Avec cette dernière opération, le désert devenait israélien, et Israël finissait de tracer les frontières qui seront les siennes jusqu'en 1967.

[modifier] Conséquences

Image:Israel-1947-1949.jpg

[modifier] Jérusalem

Le 1er février 1949, Israël annexe officiellement la parti juive de Jérusalem et en fait sa capitale, rejetant ainsi le projet Onusien d'une Jérusalem unifiée placée sous tutelle internationale. La Transjordanie annexera également la partie de Jérusalem qu'elle contrôle.

[modifier] Accords d'armistice de 1949

Voir article principal : Accords d'armistice israélo-arabes de 1949

En 1949, Israël signe des accords de cessez-le-feu avec l'Égypte (le 24 février), le Liban (le 23 mars), la Transjordanie (le 3 avril) et la Syrie (le 20 juillet).

L'état israélien occupe alors 77% de la Palestine mandataire, soit 50% de plus que ce que l'ONU lui avait alloué. Les frontières issues des accords de cessez-le-feu seront par la suite connues sous le nom de « Ligne Verte »<ref>A cause de la végétation qui avait poussé dans le no man’s land</ref>. Tant la partie arabe que la partie israélienne ont refusé de considérer les frontières issues du cessez-le-feu comme étant des frontières définitives : « Aucune disposition du présent accord ne préjugera en aucune manière des droits, revendications et positions des parties quant aux règlements territoriaux ultérieurs, du tracé des frontières ou des revendications de chacune des parties à ce sujet » (Article II de l'accord d'armistice signé par Israël et la Tansjordanie le 3 avril 1949). Certains membres du gouvernement Israélien proposeront de déclarer unilatéralement que les frontières de 1949 étaient les frontières définitives d'Israël, mais d'autres, dont David Ben Gourion, s'y opposeront. Les termes de l'accord de cessez-le-feu avec la Transjordanie sont une des bases sur lesquelles Israël fondera ses revendications territoriales sur la Cisjordanie après la guerre des six jours de 1967.

La Bande de Gaza et la Cisjordanie sont occupées respectivement par l'Égypte et la Transjordanie. La Transjordanie devient officiellement la Jordanie le 26 avril 1949, et annexe la Cisjordanie le 24 avril 1950. L'Égypte administre la Bande de Gaza, mais sans l'annexer, officiellement dans l'attente de la création d'un état palestinien.

[modifier] Conséquences politiques

Dans le monde arabe : La défaite des armées arabes (« al Naqba », la catastrophe) a entraîné en quelques années des émeutes anti-juives, une forte poussée du nationalisme arabe, des coups d'État (Syrie en 1949, Égypte en 1952), et des assassinats politiques (le Premier ministre égyptien Nokrachy Pacha est assassiné fin décembre 1948 par un Frère musulman ; Abdallah de Transjordanie est assassiné le 20 juillet 1951 par un Palestinien...).

En Israël : Le Mapaï (parti travailliste) était le parti dominant au sein du Yichouv depuis 1931. La victoire militaire a encore conforté son prestige. Il restera au pouvoir pendant encore presque 30 ans, jusqu'à la victoire électorale du Likoud en 1977.

[modifier] Démographie

Ce conflit engendra environ 750 000 réfugiés palestiniens (carte), qui constituent finalement une véritable diaspora, mais aussi plus de 600 000 réfugiés juifs des pays arabes(carte). Alors que les réfugiés juifs originaires des terres arabes migrèrent en Israël, les réfugiés arabes furent contraints de rester dans des camps, qu'ils occupent parfois encore à l'heure actuelle.

[modifier] La résolution de l'ONU sur les réfugiés (décembre 1948)

En décembre 1948, l'Assemblée générale de l'ONU fait passer la résolution 194 qui déclare « qu'il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les Gouvernements ou autorités responsables. »

Cette résolution (qui contrairement aux résolutions du conseil de sécurité n'est qu'une recommandation) est par la suite sommairement ignorée par les belligérants. En particulier, l'Égypte, l'Irak, le Liban, l'Arabie saoudite, la Syrie et le Yémen ont voté contre cette résolution.

En dépit de la Résolution 194 des Nations unies, les négociations entre Israël et les pays arabes qui se tinrent à Genève en 1951 n'aboutirent à aucun accord. Israël refusa le droit au retour des réfugiés (à l'exception de 75.000 personnes, propositions refusée par les pays arabes), tandis que les pays arabes (à l'exception de la Jordanie) refusèrent de les intégrer.

L'Égypte proposa de céder la bande de Gaza à Israël pour que les 200 000 réfugiés qui y vivaient puissent réintégrer leurs maisons. La Syrie proposa également d'accueillir 200 000 réfugiés pour les installer dans le nord du pays. Toutefois, aucune de ces propositions n'aboutit.

Les Arabes palestiniens établirent une marche de protestation (commémoration de la Nakba) le 15 mai de chaque année, un jour après l'anniversaire de la déclaration d'indépendance d'Israël. Le nombre de participants à ces manifestations varia au cours des années, bien que la montée du sentiment anti-israélien au sein du Moyen Orient fit récemment grimper le taux de participation. Lors de la seconde Intifada, après l'échec du sommet de Camp David II en 2000, l'intensité de ces protestations contre Israël monta de manière exponentielle.

[modifier] Le départ des Juifs des pays arabes

Le statut des Juifs dans les états arabes évolua et devint très hétérogène. Leurs libertés individuelles furent réduites et devinrent souvent bien inférieures à celles des citoyens musulmans. Par exemple, au Yémen, on leur interdit le port d'arme, y compris les couteaux traditionnels portés par une grande partie des Yéménites.

Entre l'intérêt pour la création d'Israël, les troubles politiques dans le monde arabe et la dégradation de leur situation, après avoir vécu pendant plus de deux mille ans parmi les Arabes, les communautés juives orientales eurent soudain le sentiment de n'avoir pas d'autre choix que de quitter leurs foyers pour rejoindre Israël.

[modifier] Nombre de morts

La guerre « a coûté au jeune état [Israël] six mille morts, dont deux mille civils - soit un centième de sa population »<ref>Elie Barnavi (1988), p.200</ref>.

« Le Caire annonce 5.731 victimes, dont 1.500 morts »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.193</ref>.

« Pour les arabes palestiniens eux-même [...], selon plusieurs auteurs, jusqu'à 15.000 morts »<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.193</ref>.

La Transjordanie, la Syrie et le Liban n'ont pas publié de décompte de leurs victimes<ref>Alain Gresh et Dominique Vidal (1994), p.193</ref>.

[modifier] Bibliographie

[modifier] Notes et références

<references />

[modifier] Voir aussi

[modifier] Ouvrages sur le sujet

[modifier] Liens internes

Israël

[modifier] Liens externes

Documents

La guerre de 1948

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