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Guerre des camisards

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Guerre des camisards, ou Guerre des Cévennes

Les Cévennes furent le théâtre de la Guerre des camisards, opposant les partisans de la réforme (protestants) aux troupes (catholiques) du roi (les Dragons) entre 1702 et 1704-1705 (mais dans les faits, la répression dura jusqu'à la Révolution française).

Sommaire

[modifier] Description

Dès le XVIe et le XVIIe siècle, les diocèses de Nîmes, d'Alais (Alès) et d'Uzès furent agités par les guerres religieuses. Bien que sans cesse persécutés (dès 1660 avec les dragonnades), les Protestants y étaient nombreux quand la révocation de l'édit de Nantes (18 octobre 1685) vint les frapper d'une proscription générale. On leur envoya alors des missionnaires et des soldats, qui en convertirent quelques-uns seulement. En effet, le plus grand nombre aima mieux se cacher dans le maquis cévenol, s'expatrier ou souffrir pour ses croyances.

Ce n'était que temples renversés, pasteurs mis à mort, hommes envoyés aux galères, vieillards, femmes et enfants jetés en prison (comme à la Tour de Constance à Aigues-Mortes où la protestante Marie Durand y resta 38 ans de sa vie et y avait gravé sur les murs le mot "résistez"). Beaucoup se réfugièrent dans les Cévennes ; mais, là encore, l'inquisition les poursuivit, et des milliers y périrent sur le bûcher ou sur la roue.

Désespérés, quelques montagnards et paysans cévenols (environ 2000) s'armèrent, les uns de faux, les autres de fourches, d'autres d'épées ou de fusils ; et, des montagnes du Gard, la révolte se propagea dans le pays d'Alais. Exaspérés par les dragonnades, ils prirent les armes; guidés par des chefs intrépides, parmi lesquels on remarque Jean Cavalier, Rolland. Ainsi commença la guerre des Camisards (1702).

La "guerre des camisards" est donc ce soulèvement armé qui mobilisa les Protestants des Cévennes et d'une partie de la plaine du Bas-Languedoc voire de la Provence (autour de Nîmes et Uzès) contre le pouvoir royal de 1702 à 1705. On fait traditionnellement commencer cette guerre, ou plus exactement ce que l'on appellera plus tard une guérilla, au 24 juillet 1702, avec l'assassinat de l'abbé du Chayla au Pont-de-Montvert (le tricentenaire de cet événement a été commémoré en 2002). Mais le feu couvait sous la cendre depuis longtemps, et on ne peut aborder cette guerre sans étudier le mouvement prophétique, apparu en Dauphiné (dans le département actuel de la Drôme) en février 1688, introduit en Vivarais (Ardèche actuelle) en janvier 1689, et se répandant en Cévennes à partir de 1700. On ne peut également séparer cette guerre des camisards d'actions armées antérieures comme celle du prédicant Vivent.

Sur le plan géographique, si le théâtre de la guerre est situé essentiellement en Cévennes et dans la plaine du Bas-Languedoc, il ne faut pas oublier que les camisards tentèrent à plusieurs reprises de soulever les populations protestantes des régions voisines : le Vivarais (actuel département de l'Ardèche), voire le Dauphiné (actuels départements de l'Isère, de la Drôme et des Hautes-Alpes), et le Rouergue (actuel département de l'Aveyron). Les diverses prisons où furent enfermés des camisards sont parfois situées bien loin des Cévennes : Perpignan, le château de Carcassonne, Marseille et ses galères.

Ils résistèrent longtemps aux forces de Louis XIV; exaltés par le fanatisme, ils se croyaient inspirés et couraient à la mort comme au martyre : on vit s'élever parmi eux une foule de prétendus prophètes et prophétesses.

Comme tous les hommes de parti, les Camisards ont été mal jugés : les uns en ont fait des brigands, d'autres des héros, ceux-ci des saints et des prophètes, ceux-là des sacrilèges et des impies. C'étaient de pauvres paysans honnêtes qui, las d'être rançonnés et vexés par les gens de guerre, se battaient simplement pour la défense de leurs biens, de leurs valeurs, de leurs libertés et de leurs vies. Ils en voulaient surtout aux gens d'Église, dont l'intolérance et le fanatisme sollicitaient sans cesse contre eux de nouvelles persécutions. Les catholiques mirent tout à feu et à sang dans ce pays, n'épargnant ni l'âge ni le sexe. On cite des villages où plusieurs femmes enceintes furent égorgées et dont les enfants, arrachés de leur sein, furent portés en procession à la pointe d'un pieu.

On sait que cette guerre d'extermination dura trois ans. Mais la répression dura jusqu'à 1744, voire 1787, date de l'édit de tolérance peu avant la Révolution. Les camisards marchaient jour et nuit, et par bandes ; ils appelaient frères leurs chefs. Jean Cavalier, qui commandait les bandes de la plaine ou du pays d'Alais, était un garçon boucher à peine âgé de vingt ans. Ardent et courageux, il passait pour un prophète et avait sur ses compagnons un pouvoir absolu. Il eut à combattre le maréchal de Montrevel, ce qu'il fit avec succès ; mais il se rendit à Villars. On dit que le grand roi s'étant fait présenter, le jeune héros, à la vue de son air chétif et de sa petite taille, il haussa les épaules et lui tourna le dos.

Le maréchal de Montrevel, envoyé contre eux, en fit périr par la roue ou sur la potence plusieurs milliers, sans pouvoir les réduire. Enfin, Louis XIV chargea de cette guerre, en 1704, le célèbre Villars, qui réussit autant par la persuasion et la clémence que par la force des armes à étouffer la rébellion.

[modifier] Brève chronologie de la guerre des camisards

  • 1685-1699 : Période des prédicants, où apparaissent déjà, pour certains d'entre eux, des conduites qui préfigurent la guerre des camisards, comme la légitimité de la défense armée des assemblées ou l'utilisation de la violence pour éliminer traîtres, apostats ou les persécuteurs les plus acharnés.
  • 1685 : Après la conversion forcée par les « missionnaires bottés » (les Dragons) de la quasi totalité des Protestants du Languedoc, devenus ainsi des « nouveaux convertis », l'Édit de Nantes est révoqué le 18 octobre.

Ceux qui résistent à la conversion s'enfuient à l'étranger (dans les pays du Refuge) ou deviennent des clandestins, se cachant dans les maisons amies, dans les bois et dans les baumes (cavernes). De ces clandestins sont issus les premiers prédicants, dès le début de l'année 1686.
Arrêtés, ces réfractaires rempliront prisons et forteresses, iront ramer sur les galères. Ils y rejoindront ceux qui ont eu la malchance d'être arrêtés dans leur tentative de fuite hors de France.

  • 1686-1688 : De nombreux Protestants, cévenols et languedociens surtout, sont déportés aux « îles de l'Amérique ». Beaucoup périront au cours du voyage, de maladie, d'épuisement ou au cours de naufrages. La plupart de ceux qui résistèrent purent regagner l'Europe par des bateaux de pays protestants. Cette déportation, qui visait à terroriser les populations protestantes, toucha entre 500 et 1000 personnes.

Cette répression n'empêcha pas que les cultes, rassemblant nombre de réfractaires, se firent dorénavant dans la clandestinité, animés par les prédicants. Chaque surprise d'assemblées se solda dès lors par des morts, des arrestations, des condamnations à la prison à vie, aux galères, à la mort bien souvent. François Vivent, de Valleraugue, le plus hardi des prédicants n'hésite pas à préconiser la défense armée des assemblées. Traqué, il doit se résoudre à négocier sa sortie du pays avec ses compagnons à la fin de l'année 1687.

  • 1688: La révolution d'Angleterre remplace le catholique Jacques II par le calviniste Guillaume III d'Orange.
  • 1688-1689 : Le prophétisme se répand en Dauphiné (Isabeau Vincent février 1688) et en Vivarais par le Gabriel Astier, originaire de Cliousclat dans le Dauphiné.
  • 1689 : Début de la guerre de la ligue d'Augsbourg.
  • Juillet 1689. Vivent revient en Languedoc avec d'autres prédicants qui s'étaient exilés avec lui et avec des nouveaux comme Claude Brousson.
  • Août-septembre 1689. Glorieuse rentrée des Vaudois dans leurs vallées alpines.
  • Septembre 1689. Réunion armée à la Cam de l'Hospitalet provoquée par Vivent en vue d'un soulèvement. Echec du soulèvement et forte répression dans la région de Florac. Ce soulèvement est lié à un projet de pénétration en France des puissances protestantes.
  • 1691. Nombreux prédicants exécutés, meurtres de prêtres ou d'apostats par les hommes de la troupe du prédicant Vivent.
  • Le 19 février 1692, Vivent est tué dans la grotte de Carnoulès (commune actuelle de St-Sébastien d'Aigrefeuille dans le Gard).
  • Fin 1693, Brousson, qui après l'échec du soulèvement de Vivent avait adopté une position non-violente, quitte la France, et reçoit l'imposition des mains en Suisse en mars 1694. Après un séjour comme pasteur à La Haye, il reviendra dans le nord de la France.
  • 1694-1696.De nouveaux prédicants se lèvent, dont Daniel Bas et surtout le Dauphinois Roman, le paquetou (le petit colporteur).
  • 1697. La Paix de Ryswyk met fin à la guerre de la Ligue d'Augsbourg ayant opposé Louis XIV aux puissances protestantes d'Europe. Les protestants de France sont les oubliés de la paix.
  • 1697-1698. Brousson, après avoir parcouru le Dauphiné et le Vivarais revient en Languedoc et en Cévennes.
  • 3 novembre 1698, Brousson, arrêté à Oloron en Béarn, est condamné à mort et exécuté à Montpellier.
  • 10 août 1699, le prédicant Roman, emprisonné, est délivré par la force par une troupe de protestants de la Gardonnenque, et se retire en Suisse. C'est la fin de la période des prédicants

1699-1702, il n'y a plus de prédicants en Cévennes et Bas-Languedoc. Comme une traînée de poudre se répand alors le prophétisme. Au cours de centaines d'assemblées improvisées, la plupart du temps en plein jour, au vu et su de tout le monde, des jeunes gens et des jeunes filles " fanatisent " et appellent leurs auditeurs à la repentance. Les prisons regorgent vite de ces " inspirés ".

  • 1701. Début de la guerre de succession d'Espagne. Elle durera jusque 1713.

[modifier] 1702

  • Printemps 1702. Plusieurs de ceux qui seront parmi les " déclencheurs " de la guerre des camisards, sont déjà plus ou moins clandestins : c'est le cas par exemple d'Esprit Séguier ; de l'un des frères Rampon ; de Gédéon Laporte ; d'Abraham Mazel.
  • 24 juillet 1702. Meurtre de l'abbé du Chaila au Pont-de-Montvert. Cette date est traditionnellement retenue comme marquant le début de la guerre des camisards, dite à l'époque " guerre des Cévennes ".

Une importante rafle se déroule dans les Cévennes parmi les " Nouveaux Convertis ".

  • 28 juillet 1702. Escarmouche au Plan de Fontmort. Esprit Séguier est arrêté et sera exécuté au Pont-de-Montvert. Deux autres des probables auteurs du meurtre de l'abbé du Chaila seront exécutés : Moïse Bonnet devant l'église de St-André-de-Lancize, et Pierre Nouvel au château de la Devèze.
  • 13 août 1702. Meurtre de Mr de Saint-Côme près de Vauvert (Gard).
  • 11 septembre 1702, combat de Champdomergue, entre Saint-Frézal-de-Ventalon et Le Collet-de-Dèze. Les camisards font bonne figure, et on y remarque le jeune Jean Cavalier.
  • 22 octobre 1702, combat du vallon de Témélac, où Gédéon Laporte, premier chef militaire des camisards, trouve la mort.
  • Novembre-décembre 1702, premiers succès camisards.
  • 24 décembre 1702, déroute de la bourgeoisie d'Alès au Mas de Cauvi, contre la troupe de Cavalier.
  • 27 décembre 1702. Les camisards prennent Sauve (Gard).

[modifier] 1703

  • 12 janvier 1703. Combat du mas de Gaffarel (appelé aussi du Val de Bane). Le capitaine Poul (l'un des plus hardis capitaines catholiques), y trouve la mort.
  • 6 février 1703 les camisards investissent les villages de Mons et Monteils
  • 10 février 1703. Les camisards essayent de pénétrer en Vivarais. Ils sont battus à Vagnas.
  • 14 février 1703. Le maréchal de Montrevel remplace de Broglie à la tête de l'armée
  • 21 février 1703. Massacre du village catholique de Fraissinet-de-Fourques par les camisards.
  • 6 mars 1703. Défaite des camisards à Pompignan.
  • 27-29 mars 1703. Arrestation des habitants protestants de Mialet et de Saumane. Ils seront déportés à Perpignan.
  • 1er avril 1703. Massacre des protestants assemblés au moulin de l'Agau à Nîmes.
  • 29-30 avril. Combat de la Tour de Billot près d'Alès.
  • 12 mai 1703. Arrestation du baron de Salgas. Condamné aux galères, il y restera jusqu'en 1713.
  • 18 mai 1703. Bataille de Bruyès (près des bois d'Euzet dans le Gard).
  • Septembre 1703, la décision de dépeupler les hautes Cévennes est prise.
  • 18 septembre 1703. Tentative de soulèvement du Rouergue avec Catinat.
  • 20 septembre 1703. Massacres de Saturargues et St-Sériès par les camisards.
  • 30 septembre-14 décembre 1703, brûlement des Cévennes par les troupes royales commandées par le maréchal Julien.
  • 20 décembre 1703, combat de la Madeleine près de Tornac.

[modifier] 1704

  • 17 janvier 1704. Embuscade camisarde du Pont-de-Vallongue (commune de Soudorgues dans le Gard).
  • Février 1704. Insurrection camisarde dans le Vivarais noyée dans le sang. Le village de Franchassis est détruit. Massacres de Catinat en Camargue. Meurtres et pillage des Cadets de la Croix.
  • 14 mars 1704. Ecrasante victoire des camisards commandés par Cavalier sur les meilleures troupes royales à Martignargues.
  • 16 avril 1704. Cavalier est encerclé et battu à Nages par le maréchal de Montrevel.
  • 19 avril 1704. Prise des magasins de Cavalier dans les bois d'Euzet.
  • 21 avril 1704. Le Maréchal de Villars arrive pour remplacer le Maréchal de Montrevel.
  • 12 mai 1704 entrevue de Cavalier et de Lalande au pont d'Avènes près d'Alès, engagement de pourparlers de paix.
  • 13 mai 1704, embuscade de Rolland au Plan de Fontmort entre Barre et St-Germain-de-Calberte (Lozère).
  • Fin mai 1704, trêve. Les camisards se retirent à Calvisson. Dissension entre les chefs au sujet de l'arrêt des hostilités.
  • 21 juin 1704. Départ de Cavalier avec seulement une poignée de fidèles de sa troupe.
  • Juillet 1704. Echec de "l'expédition des tartanes" qui apportait des secours aux camisards.
  • 13 août 1704. Mort de Rolland au château de Castelnau-Valence (Gard).
  • Fin août 1704. Cavalier et ses compagnons gagnent la Suisse plutôt que de rejoindre la place de Brisach.
  • 1er octobre 1704. Joiny et Salomon Couderc se rendent.
  • 8 octobre 1704. La Rose, Marion et La Forêt se rendent. Les principaux chefs camisards quittent la France et se rendent en Suisse.
  • 10 novembre 1704. Deux Cadets de la Croix sont exécutés à Bagnols (Chassagne et Béraud)
  • 31 décembre 1704. L'un des derniers chefs camisards, François Salles dit Salette, se rend.

[modifier] 1705

Au début du mois de janvier 1705, seuls Ravanel et Claris ne se sont pas rendus. Ils sont tenus à l’errance et à l’inactivité par la traque incessante des soldats royaux. L’aide et le soutien de la communauté protestante leur sont refusés. On peut considérer que la guerre des camisards proprement dite est terminée. Mais il y aura encore des soubresauts et des tentatives de nouvelle insurrection jusqu’en 1711.

  • Mars 1705 : Plusieurs chefs camisards revenant en France sont arrêtés et exécutés, dont Castanet.
  • Avril 1705 : Le « complot des Enfants de Dieu », tentative « putschiste » de prise de pouvoir, est déjoué. Plusieurs de ses principaux acteurs, comme Ravanel et Catinat, sont exécutés.
  • Juillet 1705. Les conjurés qui avaient échappé à l’arrestation se rendent.
  • 25 juillet 1705 : Spectaculaire évasion d’Abraham Mazel de la Tour de Constance avec seize de ses compagnons de captivité. Il partira en Suisse avec Marion et les autres chefs camisards qui s'étaient rendus.

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