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Guerre de Vendée

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Louis XVI coiffé du bonnet phrygien

Article de la série
Révolution française

Causes
Préludes
L'Assemblée constituante
et ses suites (1789-1791)
L'Assemblée législative
et la chute de la monarchie
(1791-1792)
Commune de Paris (1792)
Convention nationale
Terreur
Directoire
Chronologie

Au cours de la Révolution française, la ou les guerres de Vendée, la révolte ou rébellion vendéenne, ou encore l’insurrection vendéenne, entre les ans I et IV (1793 et 1796), fut la plus grande contre-révolution intérieure de la Première République française.

Les différences sociales de la Vendée étaient similaires à celle du reste de la France, mais les conflits interclasses qui ont conduit à la Révolution étaient atténués par l’importance de la croyance religieuse dans cette région très rurale et isolée. Les quelques manifestations anti-révolutionnaires de 1791 et 1792 sont le fait de paysans dont la situation s’était aggravée depuis la chute de l’Ancien Régime. Le soulèvement ne commence qu'au moment de la levée en masse (1793). Il ne s'arrêtera que début 1796, après une série d'épisodes dramatiques pour la population vendéenne.

Le bilan humain varie selon les sources (voir ci-après l'analyse détaillée) :

Quand j'ai, un des premiers, tonné avec véhémence pour faire crouler l'échafaudage monstrueux du système de Robespierre, j'étais loin de prévoir que je concourais à fonder un édifice qui, dans une construction tout opposée, ne serait pas moins funeste au peuple... » Denis Woronoff, La République bourgeoise de Thermidor à Brumaire. 1794-1799, tome 3 de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, p. 13-16</blockquote> </ref> mais ne cite pas de chiffres ;

    • le général Hoche, en 1796, parle de 380 000 morts pour l'ensemble de l'Ouest (chouannerie et guerre de Vendée)
  • de nos jours, les qualificatifs et les bilans varient :
    • d'après l'historien Reynald Secher, 117 000 Vendéens sont morts dans la guerre, sur une population totale de 815 000 personnes ;

Sommaire

[modifier] Contexte

Plusieurs causes ou facteurs explicatifs ont été avancés pour expliquer ce que l'on a appelé les guerres de Vendée. Sur cette question devenue sensible, selon les présupposés idéologiques des historiens et écrivains, les sources ont pu être instrumentalisées, manipulées ou écartées. L'historiographie actuelle semble relativiser certains facteurs, mais il reste délicat de démêler l'écheveau...

Les principles causes avancées sont :

  • l'attachement à la royauté (refus de la révolution de 1789),
  • le refus de la condamnation de Louis XVI,
  • le refus de participer à l'effort de guerre (conscription),
  • le refus des prêtres assermentés par la République,
  • le refus des nouveaux pouvoirs (l'administration républicaine et ses impôts), et plus particulièrement le rejet de la bourgeoisie locale qui a bénéficié de la vente des biens nationaux assure la levée des impôts.

Ces différentes hypothèses ont été privilégiées pour appuyer telle ou telle thèse. Un historien républicain comme Jules Michelet, un socialiste comme Jean Jaurès ont généralement mis en cause le rôle du clergé et de la noblesse : de par l'influence ultérieure de leurs écrits, ils ont ainsi construit une certaine vision de l'insurrection vendéenne. D'autres historiens, de sensibilité monarchiste, traditionaliste ou catholique, ont usé des mêmes arguments pour légitimer à leur manière ces guerres de Vendée : selon cette interprétation des faits historiques, les troupes de paysans - forcément très catholiques, très attachés à leur noblesse - sont menées par la petite noblesse locale afin de rétablir la royauté et sauver le catholicisme.

Quelle interprétation peut-on avancer aujourd'hui ?

A la fin du XVIIIe siècle, la société vendéenne (actuel département de Vendée et une partie des départements limitrophes : sud de la Loire-Inférieure, ouest du Maine-et-Loire, nord des Deux-Sèvres) avait une composition sociale semblable à bien d'autres provinces de France, très rurale, assez attachée à la monarchie (moins cependant que la chouannerie bretonne), nouvellement reconvertie au catholicisme par le père de Montfort.

En 1789, les paysans accueillent plutôt favorablement les débuts de la Révolution. De nombreux prêtres semblent avoir également accompagné le mouvement avec enthousiasme : en Vendée, certains ont revêtu les nouvelles charges créées par la Révolution, par exemple en devenant maires. La Révolution, comme partout ailleurs, a donc représenté un grand espoir.

Dans les années qui suivent, les troubles répétés tout au long des années 1791 et 1792 dans l'Ouest ne s'étendent pas aux régions de la Vendée et du Poitou. De même, l'insurrection ne se déclenche pas non plus lors de la Constitution civile du clergé (juillet 1791). Toutefois, en janvier 1791 dans la commune de Saint-Christophe-du-Ligneron (au sud de Nantes, près de Machecoul), des conflits se développèrent autour de l'opposition à la constitution civile du clergé, et l'intervention des gardes nationales en charge du maintien de l'ordre provoqua les premiers morts de la Vendée ; mais le conflit ne dégénéra pas<ref>Jean-Clément Martin, « La Révolution a coupé la France en deux », L'Histoire, n°311, page 36. Pour lui, ces combats sont l'événement déclencheur de la guerre civile en Vendée, les premiers vrais affrontements éclatant en mars 1793</ref>.

La constitution civile du clergé, qui demandait aux prêtres fonctionnarisés de prêter serment à la constitution, est rejetée par toute une partie du clergé, qui considére les prêtres jureurs comme déviant de la voie catholique. Inquiets pour leur salut, de nombreux paysans préfèrent continuer à s'adresser aux prêtres réfractaires<ref>Jean-Clément Martin, « La Révolution a coupé la France en deux », L'Histoire, n°311</ref>. Ceci contribue à diviser profondément les Vendéens entre partisans et adversaires de la mesure et à développer un certain mécontentement parmi les communautés paysannes qui, de plus, ne perçoivent pas d'amélioration de leur situation depuis la Révolution. Par la suite, en 1791, les autorités révolutionnaires interdisent au clergé réfractaire de pratiquer le culte. Les prêtres non jureurs sont alors obligés de se cacher afin d'éviter la déportation au bagne en Guyane. Malgré ces mesures, le nouveau clergé constitutionnel n'arrive pas à s'imposer dans une large partie de la région. Au contraire, les églises, peu remplies avant la Révolution, deviennent combles avec la persécution religieuse. Ainsi que le relève l'historien anticlérical Jules Michelet dans son Histoire de la Révolution française (1853) :
« 

Chose triste ! que tout le travail de la Révolution aboutisse à remplir les églises. Désertes en 88, elles sont pleines en 92, pleines d'un peuple qui prie contre la révolution, contre la victoire du peuple ! » </blockquote>

Enfin, nulle émeute n'est observée lors de l'émigration des nobles, ni lorsque Louis XVI est guillotiné en janvier 1793. On ne peut donc considérer que l'attachement à l'Ancien Régime - et à la royauté - soit le facteur déclencheur des premières émeutes.

Cependant le mécontentement était latent. Alimenté par quatre années de déception, il se transforme véritablement en insurrection en mars 1793 quand la Convention ordonne une levée de 300 000 hommes pour aller exporter à l'extérieur, dans les pays européens voisins, les idéaux républicains. Mais cela suffit-il à en faire la cause principale d'une insurrection qui a mobilisé quelques 80 000 hommes ? Sans doute non : à ce moment, outre la Vendée (finalement peu concernée du fait d'une faible ponction), s'insurge également la majorité des provinces, particulièrement la vallée du Rhône, où l'agitation était endémique depuis 1790 et devait durer jusqu'en 1818<ref>Jean-Clément Martin, « La Révolution a coupé la France en deux », L'Histoire, n°311</ref>. En juin 1793, entrèrent par exemple en révolte les villes de Bordeaux, Marseille, Toulouse, Nîmes Lyon, suivies par la Normandie.

Certains historiens ont cru déceler, dans l'origine de ces soulèvements, un complot du clergé et/ou de la noblesse. Or dans des campagnes fraîchement et relativement converties, le clergé n'est devenu réfractaire, après avoir adhéré pleinement au bouleversement de 1789, qu'en 1791 avec le durcissement des lois révolutionnaires. L'écrivain et historien Michel Ragon note qu'« aucun prélat ecclésiastique ne suivra l'insurrection vendéenne. Les évêques des quatre départements révoltés émigreront. Seuls resteront en pays dissident de modestes prêtres qui s'intégreront à l'armée paysanne sans jamais participer aux batailles »<ref>Michel Ragon, 1793. L'insurrection vendéenne et les malentendus de la Liberté</ref>.

Quant à l'hypothèse d'une origine noble du soulèvement, les archives montrent davantage que la petite noblesse restée au pays n'a fait que suivre l'insurrection paysanne, avant, quelques mois plus tard (juillet 1793), de la récupérer définitivement et de lui donner une coloration franchement et explicitement royaliste et catholique. Madame de la Rochejaquelein, veuve d'un des chefs vendéens<ref>Sur ce point, citons à nouveau Michel Ragon, en portant attention à la manière dont il met en perspective ce témoin : « on pourrait le citer comme partial, bien qu'on ne voie pas quel avantage la veuve de l'un des chefs les plus aimés, de Lescure, aurait eu à le montrer comme suiveur de l'insurrection et non comme son initiateur » (1992, p. 22).</ref>, écrit :

« 

Ni les prêtres, ni les nobles n'ont jamais fomenté ni commandé la révolte ; ils ont secondé les paysans, mais seulement quand l'insurrection a été établie ; alors ils ont cherché à la soutenir. Je suis loin de dire qu'il ne la désiraient pas ; mais on doit le comprendre pour peu qu'on y réfléchisse, aucun d'eux n'était assez fou pour engager une poignée de paysans sans armes, sans argent, à attaquer la France entière » Mme de la Rochejacquelein, Mémoires, 1814, cité par M. Ragon, 1992, p. 22</blockquote>

Si l'hypothèse d'un complot de la noblesse et du clergé ne tient plus guère d'un point de vue historique, il convient de s'interroger sur la construction par certains historiens ou écrivains, républicains notamment, d'une telle conception de l'insurrection vendéenne. Pour cela, il faut sans doute observer la situation de la France révolutionnaire en 1793, alors en guerre contre de nombreux pays et en proie à de nombreux soulèvements sur son propre territoire : la Terreur, pour expliquer et excuser les défaites des armées républicaines et les soulèvements de nombreuses provinces, invente un « bouc émissaire » intérieur, qui sera la Vendée, avec une conjuration de nobles, de prêtres, d'intérêts étrangers, voire de certains républicains eux-mêmes. Cette conception, initiée par les Conventionnels de la Terreur, reprise par des écrivains et historiens républicains a à son tour été reprise, « magnifiée » et travestie une seconde fois par des écrivains royalistes et catholiques. Cette construction historique, quasi mythique, d'un bouc émissaire vendéen, d'une contre-révolution spécifiquement et uniquement vendéenne qui puiserait sa source d'abord dans un attachement au Roi et à la Religion, a toujours cours de nos jours : cette conception partiale se retrouve hélas dans la plupart des manuels scolaires, aussi bien que chez certains hommes politiques qu'une telle vision arrange d'un point de vue électoral. Notons également que cette construction porte toujours des effets importants sur le plan de l'élaboration des identités locales et régionales : ainsi, bien des vendéens ont intériorisé une identité fortement marquée par la religion, voire une nostalgie d'un Ancien-Régime folklorique - deux aspects qui, on l'a vu, ne correspondent pourtant pas aux origines de l'insurrection de 1793 ; de même, l'identité du citadin nantais s'élabore entre autre en regard du "ventre-à-choux" vendéen, du campagnard, toujours suspect d'attachement à la royauté, et qu'il est de bon ton de moquer.

In fine, l'insurrection vendéenne ne naît pas d'une cause unique, mais de multiples facteurs, tous liés à un mécontentement populaire grandissant. L'origine de cette insurrection ne réside pas, du moins pour les paysans et artisans qui en étaient à l'origine, dans une quelconque nostalgie de l'Ancien Régime. Des déceptions et frustrations, accumulées depuis plusieurs années ; l'arrivée d'une nouvelle hiérarchie administrative, une bourgeoisie citadine, de plus en plus tatillonne, qui lève des impôts importants ; la reconstitution progressive de fonctionnements de types féodaux avec ses privilèges et ses passes-droits ; l'aggravation des inégalités et les restrictions croissantes des libertés au mépris des idéaux portés par 1789 ; tout cela a constitué un ensemble de facteurs, dont la conscription n'a été que la goutte d'eau, qui permet d'expliquer le rassemblement des premières bandes d'artisans et de paysans.

[modifier] Organisation et premiers faits d'armes

Au départ, cette insurrection ne diffère guère des autres insurrections qui se développent en France au printemps et à l'été 1793. La différence, c'est que, partout ailleurs, les troupes viennent à bout des émeutes. En Vendée, au contraire, une colonne armée de soldats de métier est défaite le 19 mars au Pont-Charrault, entraînant la région d'un affrontement limité vers une guerre civile<ref>Jean-Clément Martin, « La Révolution a coupé la France en deux », dans L'Histoire, n°311</ref>.

Le 10 mars, à Machecoul, dans la suite des émeutes contre la levée des 300 000 hommes, des ruraux venus des communes voisines se révoltent et se choisissent un chef, qui se révèle cruel : fait assez rare pour être relevé, il s'agit d'un bourgeois, Souchu, procureur de métier. Les insurgés submergent les Bleus de Machecoul : une partie, comprenant des prêtres jureurs, est emprisonnée et bientôt massacrée. Certaines rumeurs ont fait état de 800 morts. En fait, le nombre des morts semble devoir être plutôt évalué à environ 160 personnes<ref>Jean-Clément Martin, « La Révolution a coupé la France en deux », dans L'Histoire, n°311</ref>. Ailleurs, dans le pays de Retz, d'autres bandes se choisissent des chefs : le chirurgien Joly, le marchand d'œufs Louis Guérin, le colporteur Pajot, ou encore, le perruquier Gaston Bourdic. Ce dernier deviendra populaire sans doute pour avoir revêtu l'uniforme - et s'être accaparé le titre de général - d'un colonel républicain qu'il avait tué.

L'insurrection populaire est au départ emmenée par des artisans : ainsi Cathelineau était colporteur et sacristain. Il devient chef contre son gré et se retrouve à la tête d'une troupe de 500 hommes. Le 12 mars, leur premier fait d'arme est de faire fuir une garnison de la garde nationale et de mettre la main sur leur premier canon.

Le 14 mars, la bande de Cathelineau en rencontre une autre, emmenée par Stofflet, ancien caporal et alors garde-chasse d'un château à Maulévrier. Ces chefs de bande, dont Cathelineau et Stofflet seront des figures importantes, ne sont pas issus de la noblesse, mais viennent d'un milieu populaire. Devant cette armée de paysans, de villageois et d'artisans, forte de 15 000 hommes, la ville de Cholet devient la première ville d'importance conquise par l'insurrection.

C'est à partir de ce moment que cette armée populaire se met à la recherche de chefs militaires reconnus. Les bandes insurgées vont les rechercher au sein de la noblesse (les nobles encadraient d'ailleurs également en très grande partie l'armée républicaine elle-même). La grande noblesse ayant émigré, c'est la petite noblesse locale qui fera l'affaire, bien souvent contre son gré : Charette, d'Elbée, Lescure, La Rochejaquelein. Ces chefs ne se sont pas imposés de leur propre initiative à ces bandes de villageois. Généralement peu animés par une foi religieuse intense, ayant pu conserver tous leurs biens depuis 1789 et s'étant même matériellement enrichis par l'achat important de biens nationaux provoqués par la révolution, ils ne sentent pas spontanément responsables de ces bandes insurgées. Ce n'est que plus tard qu'ils sauront récupérer la colère populaire pour lui donner un tour nettement catholique et royaliste.

Cette armée est peu centralisée, mal équipée (une grande partie des armes et munitions venant des dépouilles des soldats républicains) et non permanente, les paysans retournant sur leurs terres dès qu'ils le peuvent après les combats. Toutefois, de nombreux soldats de métier, déserteurs de l'armée républicaine, la rejoignent, lui apportant leur expérience<ref>Jean-Clément Martin, « La Révolution a coupé la France en deux », dans L'Histoire, n°311</ref>. Elle était composée de trois corps d'armée:

  • l'Armée d'Anjou, à l'est de la rivière Sèvre (40 000 hommes)
  • l'Armée du Centre, au cœur de la Vendée (10 000 h.)
  • l'Armée du Marais, entre la Sèvre et l'océan Atlantique (15 000 h.)

Armée « populaire » entre toutes, elle est soutenue par le petit peuple des campagnes, tant au niveau logistique que militaire. Les célèbres « moulins de Vendée » dont la position des ailes servent à prévenir des mouvements des troupes gouvernementales en sont une illustration célèbre.

Pour assurer la cohésion de l'ensemble, leurs chefs - issus de la petite noblesse - élisent "généralissime" un non-noble : c'est Cathelineau . La stratégie des combats, basée sur des opérations de harcèlement, s'organise autour des atouts que procure le bocage, partout présent : composé de haies et de chemins creux, il facilite les opérations d'embuscade et gêne la manœuvre des grandes unités de l'armée révolutionnaire. Les premières opérations sont un franc succès pour les Blancs : prise de Cholet, Clisson et Fontenay-le-Comte (le 25 mai), puis Thouars et Saumur (le 10 juin), avec environ 15 000 fusils et plus de 60 canons, enfin Angers. Charette s'empare de Machecoul, gardée par 1 300 hommes, à la tête d'environ 15 000 hommes, ouvrant la route de Nantes. Sans attendre, il avance vers Nantes, tandis que l'armée de Lescure, partie de Saumur, descend la Loire et entre le 18 juin dans Angers, abandonnée par les 5 000 hommes de la garnison, et une messe y est célébrée. A Nantes, les habitants refusent d'évacuer la ville, comme l'ordonnent les envoyés en mission, affolés, et organisent la résistance, rassemblant tous les canons et toutes les barques disponibles, construisant redoutes et fossés. Aux côtés du maire Baco de la Chapelle, le général Canclaux, chef de l'armée des Côtes de Brest, réunit 3 000 hommes de ligne et cavaliers, auxquels s'ajoutent 2 000 volontaires, 5 000 gardes nationaux et 2 000 ouvriers employés à la réparation des armes, soit un total de 12 000 hommes, contre les 15 000 de Charette sur la rive gauche de la Loire et les 18 000 de Lescure sur la rive droite<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, 1792-1794, tome 2 de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, p.134-139</ref>. Devant cette résistance et le manque de coordination des royalistes, l'attaque contre Nantes, les 28 et 29 juin, échoue, et Cathelineau est tué, remplacé par d'Elbée.

[modifier] La Virée de Galerne

Image:Searchtool.svg Voir l’article Virée de Galerne.

Devant les succès des contre-révolutionnaires, qui battent à Vihiers une armée de 6 000 hommes composés des garnisons d'Angers et de Saumur (qui perd 1 500 tués et 22 canons) et par crainte de contagion, après le remplacement, dans un premier temps, par le ministre de la guerre Bouchotte des généraux ci-devants (Canclaux, Grouchy, Aubert-Dubayet) par des sans-culottes (Rossignol, Ronsin, Léchelle, d'anciens militaires, mais aussi le comédien du Théâtre-Français Grammont ou le brasseur Santerre), la Convention réagit vivement et envoie des troupes fraîches, les Mayençais (du nom de la garnison de Mayence, qui a capitulé avec les honneurs le 23 juillet), conduits par Kléber, sous les ordres de Canclaux, chef de l'armée des Côtes de Brest. Charette est chassé du Marais par Kléber<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, 1792-1794, p.140-143</ref>. Pressés par les deux colonnes républicaines parties de Nantes et de Niort, battus à Cholet le 17 octobre et leur chef gravement blessé, les Vendéens décident alors de traverser la Loire pour s'allier à la Chouannerie et aider des renforts britanniques à débarquer sur les côtes de la Manche.

En une nuit, le 18 octobre, La Roche-Jacquelein, le nouveau généralissime, fait traverser la Loire à toutes ses troupes, 20 000 à 30 000 hommes<ref>Albert Soboul, La Révolution française, Gallimard, collection tel, p.331</ref> accompagnés de civils, femmes et enfants, soit entre 60 000 et 100 000 personnes<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, 1792-1794,, p.227, parle de 60 000 personnes.</ref>. C'est le début de la « Virée de Galerne » (francisation de gwalarn, nom du vent de noroît en breton). En route pour Granville, il se dirige vers Laval, repoussant aisément les garnisons locales et les gardes nationaux hâtivement rassemblés par les autorités. Sans attendre les renforts, Westermann lance par deux fois, au sud de Laval, ses cavaliers contre les Vendéens, qui les repoussent; la seconde fois, la fuite des hommes de Westermann provoque la panique parmi les 30 000 hommes mis au repos par Kléber à Château-Gonthier, qui reflue jusqu'au fleuve; les Vendéens massacrent les Bleus toute la journée du 27 octobre, jusqu'à l'aube du 28; ils s'emparent de 19 canons, des approvisionnements et des munitions. Ces victoires spectaculaires se répandent rapidement dans l'Ouest, relançant la rébellion paysanne, et ils sont rejoints par des centaines de volontaires d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan, qui atteignent environ 6 000 hommes devant Granville. Mais mal soutenue par une population locale aussi pauvre qu'elle, la troupe s'épuise et perd beaucoup d'hommes. À Granville, aucun bateau britannique n'attend les insurgés et la ville, républicaine, se défend vaillamment, les 13 et 14 novembre. La troupe repart alors en sens inverse. Épuisée moralement et amoindrie (il ne reste que 40 000 personnes), elle repousse les 20 000 hommes réunis par Rossignol à Antrain et les 4 000 hommes et les 10 canons du général Tribout, mais bifurque vers Angers, qu'elle ne peut prendre et marche sur Le Mans pour s'emparer des approvisionnements amassés par les républicains et redescendre sur Blois. Entrée avec 30 000 ou 40 000 hommes le 10 décembre dans la ville, où elle prend du repos et festoie, elle perd la bataille du Mans, les 13 et 14 décembre. Les 15 000 survivants s'enfuient vers Laval, qu'ils traversent pour la troisième fois, dévorés par la dysenterie et insultés par la population excédée, et se font tailler en pièce à Savenay près de Nantes le 23 décembre. Environ 4 000 personnes parviennent à s'échapper avant l'arrivée de la totalité des Bleus et retraversent la Loire ou rejoignent les bois du Maine, de haute Bretagne ou du Morbihan, se dispersant en petites bandes appuyées par une partie des populations locales et fournissant les cadres d'une guérilla permanente<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, 1792-1794, p.227-230</ref>.

Dans le rapport du général François-Joseph Westermann à la Convention, ce dernier déclare :

« 

Citoyens républicains, il n'y a plus de Vendée ! Elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l'enterrer dans les marais et les bois de Savenay. Suivant les ordres que vous m'avez donnés, j'ai écrasé les enfants sous les pieds des chevaux, massacré les femmes qui, au moins pour celles-là, n'enfanteront plus de brigands. Je n'ai pas un prisonnier à me reprocher; les routes sont semées de cadavres. On fusille sans cesse à Savenay, car à chaque instant il arrive des brigands qui prétendent se rendre prisonniers. [...] Nous ne faisons pas de prisonniers, Il faudrait leur donner le pain de la liberté et la pitié n'est pas révolutionnaire. » </blockquote>

[modifier] La répression de l'insurrection vendéenne

La fin de la Virée de Galerne marque le début d'une politique de représailles sanglantes.

Envoyé en mission dans les cinq départements bretons par un décret du 14 août 1793, Jean-Baptiste Carrier est installé à Nantes par un arrêté du comité de salut public du 29 septembre (où il reste malgré un nouveau décret du 13 octobre, l'affectant à l'armée de l'Ouest avec Bourbotte, Francastel et Turreau, le cousin du général). Arrivé le 8 octobre, il trouve une ville profondément divisée entre ses éléments populaires et ses notables. Fin septembre et début octobre, son prédécesseur, Philippeaux, a destitué les administrations élues en décembre 1792 et créé un comité et un tribunal révolutionnaires ; ce tribunal a formé la compagnie Marat, une petite armée révolutionnaire d'une soixantaine d'hommes recrutés sur le port (pour 10 livres par jour). Disposant d'emblée des instruments d'une politique de Terreur, Carrier utilise le blé réquisitionné en Vendée pour nourrir l'armée et le petit peuple nantais, crée une police occulte (en concurrence avec la compagnie Marat) et simplifie la procédure du Tribunal révolutionnaire, qui conduit à la guillotine 144 personnes soupçonnées de complicité avec les Vendéens en novembre et en décembre 1793. Après l'écrasement de Savenay, des milliers de prisonniers sont envoyés dans les prisons de Nantes, puis, devant le manque de place, dans les entrepôts du port (où plusieurs milliers meurent d'épidémie). Devant la menace sanitaire qu'ils représentent pour la ville, et parce qu'il s'agit de contre-révolutionnaires, une commission militaire est créée ; de la fin décembre à la fin février, elle fait fusiller 2 600 personnes (avec un maximum de 200 exécutions en une journée). Mais, comme on n'arrive plus à les enterrer et que les fusillades ne suffisent pas, Carrier organise les « mariages républicains », noyade massive des « brigands » de l'insurrection, attachés et liés entre eux et dépouillés de tous leurs biens<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, 1792-1794, p.168-171</ref>. Un docteur nantais républicain, Ange Guépin, a bien décrit la terreur orchestrée par Carrier et les noyades en Loire :

« 

Dénoncé par le premier misérable venu, l'on pouvait être emprisonné, puis déposé à l'Entrepôt ; là, l'on mourrait du typhus qui régnait alors dans cette prison ou l'on succombait sous le plomb meurtrier, ou l'on terminait sa carrière dans la Loire : c'était ce que Carrier appelait prendre un bain, boire à la tasse des calotins.
Les noyades avaient lieu le plus souvent lorsqu'il faisait nuit ; on les pratiquait au-dessous de Nantes. Plusieurs ont été faites avec des bâtiments dont on bouchait toutes les ouvertures ; des charpentiers, qui se tenaient à côté des embarcations, en ouvraient les flancs, et s'éloignaient ensuite. Huit cents personnes ont ainsi péri en une seule nuit sur deux navires. On s'est aussi servi d'un bateau à soupape, moyen qui avait sur le précédent l'avantage de l'économie… Ils inventèrent les mariages républicains, supplice qui joignait à la barbarie l'immoralité la plus dégoûtante. Ces mariages se faisaient en prenant deux personnes de sexe différent ; le plus souvent c'était un jeune homme et une vieille femme, ou bien un vieillard et une jeune fille ; on les liait l'un à l'autre, par dessous les aisselles, après les avoir dépouillés ; quelques-uns de ces malheureux ont été laissés une demi-heure dans cette position, on les jetait ensuite dans la Loire, où des assommeurs placés dans des bateaux achevaient de noyer ceux qui, dans leurs efforts, étaient parvenus à briser leurs liens.
Non content de ces noyades, Carrier se faisait souvent amener les plus intéressantes des prisonnières qu'il renvoyait ensuite à l'entrepôt, quand elles avaient servi à ses plaisirs...<ref>Dr. Ange Guépin, Histoire de Nantes, 1839, cité par Michel Ragon, 1992, pp. 184-186.</ref> » </blockquote>

On ne connaît pas le nombre exact de ces noyades (il y en aurait eu entre 7 et 11), mais l'on peut dire que 300 à 400 personnes sont noyées chaque fois<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, 1792-1794, p.168-171</ref>. Le docteur Guépin a évalué à 3 500 personnes le nombre de noyés. De son côté, J.-C. Martin a fourni une évaluation plus récente :

« 

Près de 4 000 personnes au moins meurent de ces noyades. 10 000 sans doute au total disparaissent pendant les quelques mois que Carrier passe à Nantes<ref>J.-C. Martin, Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée, Découvertes/Gallimard, 1986, cité par Michel Ragon, 1992, p. 186.</ref> » </blockquote>.

De même, 132 notables nantais sont arrêtés comme fédéralistes et envoyés à Paris pour être jugés par le tribunal révolutionnaire; 12 meurent au cours du voyage, 24 en prison. Ses exactions sont dénoncées par Jullien de Paris, agent du comité de salut public en mission sur la côte atlantique, et Carrier est obligé de demander son rappel le 9 pluviôse an II (8 février 1794)<ref>Voir les lettres de Jullien à Robespierre et à son propre père datées des 2, 4 et 5 février 1794</ref>.

A Angers, où les envoyés en mission Hentz et Francastel sont confrontés, comme Carrier à Nantes, à l'arrivée de milliers de prisonniers vendéens après la bataille de Savenay, les militaires forment en janvier 1794 une commission militaire dite Parein, qui condamne à mort 2 000 personnes, essentiellement des femmes, en quelques semaines, la plupart du temps pour activité contre-révolutionnaire (terme générique renvoyant aussi bien à une participation active à la rébellion que la participation à une messe donnée par un prêtre réfractaire, la parenté avec des insurgés ou même le refus de céder aux avances des juges)<ref>Jean-Clément Martin, Contre-Révolution, Révolution et Nation en France, 1789-1799, p.220</ref>. Jean-Clément Martin note :

« 

Ce détournement à des fins personnelles des principes répressifs provoque le rejet de cette commission militaire par les révolutionnaires locaux. » </blockquote>

Après Savenay, La Rochejaquelein et Stofflet, qui sont parvenus à traverser la Loire, sont rejoints par quelques milliers de rescapés. De son côté, Charette, qui n'a pas pris part à la « virée de Galerne », tient le Marais. Devant le retour d'une guerre d'embuscades et de coups de mains, les Bleus, exaspérés, mêmes ceux originaires des départements concernés, réclament l'exécution du décret du 1er août 1793 sur la « destruction de la Vendée ». Nommé général en chef de l'armée de l'Ouest, bien que ci-devant, le général Turreau propose un plan de colonnes incendiaires, baptisées les « colonnes infernales » au comité de salut public, qui ne lui donne pas le blanc-seing qu'il espère, se contentant de l'appeler à exécuter les décisions de la Convention en respectant « l'esprit et les termes » de ses décrets. Le 17 février, le plan est mis à exécution, avec deux armées divisées chacune en six colonnes, partant l'une de l'ouest, l'autre de l'est. Toutefois, tous les chefs des colonnes n'ont pas appliqué les ordres de destruction et de tueries systématiques. De même, les membres de la Commission civile et administrative créée à Nantes pour récupérer vivres et bétail au profit des Bleus, accompagnent les armées, ce qui permet d'épargner des vies et des localités. Certaines colonnes, en revanche, se livrent au pillage et massacrent la population civile, violant et torturant, tuant femmes et enfants à l'arme blanche pour ne pas gaspiller la poudre, brûlant des villages entiers, détruisant les récoltes et tuant sans discernement les animaux domestiques. Bien loin de faire disparaître la révolte, d'autant que des Vendéens patriotes sont tués tout autant que des insurgés, les colonnes poussent des milliers de fuyards à rejoindre les bandes de Charette et de Stofflet, intensifiant la guérilla, qui devient plus cruelle que jamais<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, tome 3 de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, p.267-268</ref>. Turreau est finalement suspendu le 17 mai 1794, et l'activité des colonnes infernales décroît progressivement au cours du printemps.

Selon les auteurs, le bilan de ces massacres varie entre 20 000 et 200 000 morts<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, tome 3 de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, p.268-269. L'auteur évoque un ordre de grandeur entre 20 000 et 40 000 morts.</ref>. Une centaine de villages sont brûlés, mais tous leurs habitants ne sont pas tués, beaucoup trouvant le moyen de se réfugier dans les bois et les bocages et rejoignant les insurgés<ref>Roger Dupuy, La République jacobine, tome 3 de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, p.268-269</ref>. La Vendée sera longuement marquée par ce passage dramatique de son histoire (à rapprocher des « dragonnades » du temps de louis XIV) et en conservera les stigmates longtemps, tant dans le paysage que dans les mentalités.

« 

Après la victoire de Savenay, l'armée révolutionnaire hésite entre une occupation militaire stricte, prônée par Marceau et Kléber, et la destruction des bandes insurgées toujours actives. Le commandant en chef Turreau se rallie à cette deuxième solution en se couvrant des décrets d'août et d'octobre 1793, mais en laissant ses généraux libres d'appliquer les clauses de protection des populations désarmées - malgré la réitération des ordres de la Convention. Quelques généraux maintiennent une discipline militaire qui préserve les ruraux. D'autres engagent leurs soldats dans une opération de dévastation. Organisés en colonnes « incendiaires », baptisées « infernales », les républicains massacrent, brûlent et violent sur leur passage, essentiellement dans le Pays nantais et dans les Mauges (les autres zones étant plus ou moins protégées par des généraux hostiles à ces pratiques, ou par des représentants en mission jaloux de leurs prérogatives). Les destructions sont importantes, quoique aléatoires et souvent inefficaces, ressuscitant la résistance rurale là où elle avait disparu et achevant d'unifier la région Vendée autour des chefs insurgés.<ref>Jean-Clément Martin, Révolution, Contre-Révolution et Nation en France, 1789-1799, 1998</ref> » </blockquote>

[modifier] La ou les guerre(s) de Vendée ?

Étalée entre 1793 et 1796, l'insurrection eut plusieurs épisodes. Après la défaite de Savenay, l'Armée vendéenne cesse d'exister, mais il reste Charette qui n'a pas participé à la Virée de Galerne et continue les combats avec une troupe réduite, jusqu'au traité de La Jaunaye, qu'il signe. Stofflet refuse ce traité et continue le combat, puis conclut à son tour un traité quelques mois plus tard, laissant Charette reprendre les armes suite à la promesse d'un débarquement d'émigrés à Quiberon, débarquement qui tourne court. Le combat des Vendéens ne s'est donc jamais vraiment arrêté pendant ces années.

[modifier] La paix

Au printemps 1794, les colonnes infernales de Turreau ont été dissoutes, et des mesures ont été prises pour cantonner les soldats et interdire les pillages. Sous la Convention thermidorienne, les représentants en mission (Bollet, Boursault, Ruelle) et les nouveaux chefs militaires, Hoche en Bretagne, Canclaux en Vendée, passent à une politique de clémence. Les prisonniers sont relâchés, les insoumis amnistiés. Le 24 septembre et le 13 octobre, une amnistie est promise aux rebelles d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan qui se rendraient dans les dix jours. Par la suite, l'amnistie est étendue aux rebelles qui se soumettraient dans un mois par le décret du 2 décembre, tandis que les représentants en mission sont autorisés par la Convention à négocier avec les chefs royalistes. En janvier 1795, des pourparlers sont entamés.

Dans le même temps, les opérations militaires républicaines reprennent. À l'époque, en Vendée, Charette tient le Marais, Sapinaud le Bocage et Stofflet les Mauges. Organisant des colonnes mobiles, Canclaux harcèle les bandes royalistes et parvient à isoler Stofflet de Charette. De son côté, Hoche organise une contre-guérilla efficace pour combattre la chouannerie.

Un accord de paix est conclu à La Jaunaye, près de Nantes, le 17 février 1795 : l'amnistie est accordée aux rebelles, leurs biens leur sont restitués, ils bénéficient d'indemnités en cas de vente, même s'ils sont portés sur la liste des émigrés, les Vendéens sont dispensés de levées militaires et leurs armes leur sont laissées, enfin, la liberté de culte leur est accordée. La pacification de La Prévalaye, près de Rennes, le 20 avril 1795, accorde les mêmes conditions aux chouans.

Suite à la reprise de la guerre en 1795, en rapport avec le débarquement des émigrés à Quiberon, les derniers chefs vendéens (Stofflet puis Charette, nommé le 8 juillet « général de l'Armée catholique et royale » par Louis XVIII depuis Vérone) sont pris et fusillés début 1796. Malgré la volonté d'en découdre des républicains locaux, Hoche adopte une politique de fermeté à l'égard des chefs et de conciliations envers les ruraux déposant les armes, limite les excès des troupes républicaines, empêche parfois le retour des réfugiés républicains dans les zones pacifiées et laisse le culte catholique se réinstaller, détachant ainsi les paysans de leurs chefs et favorisant le retour au calme. Enfin, il reprend le plan imaginé par Kléber en 1793, quadrillant la région par des camps fortifiés. Le 15 juillet 1796, le Directoire peut annoncer que « les troubles dans l'Ouest sont apaisés ».

Mais pendant longtemps, la Vendée, exsangue, garde les stigmates des combats. Le professeur Henri Laborit la mentionne explicitement en 1980 en introduction du film d'Alain Resnais Mon oncle d'Amérique qui s'interroge sur les dysfonctionnements humains.

[modifier] Guerres vendéennes et Chouannerie

Bien qu'ayant des points communs, les Guerres vendéennes doivent être distinguées des actions de la chouannerie. Les premières se passent essentiellement au sud de la Loire et opposent deux armées encadrées, l'autre rassemble une multitude de résistances locales ponctuelles organisées en guérillas en Bretagne, dans le Maine et en Normandie. De plus les Chouans étaient très fortement royalistes, les Vendéens étaient plus attachés à leur liberté de conscience et à leur liberté religieuse, mises à mal par la Révolution.

[modifier] Bilan humain

L'évaluation exacte des victimes de la guerre de Vendée, a fortiori la distinction entre morts liées directement ou indirectement à cette guerre, n'a jamais pu être établie, et l'on ne possède que des évaluations approximatives, d'où les variations dans les chiffres.

En 1796, le général Hoche, évalue les conséquences humaines de cette guerre à 380 000 morts pour l'ensemble de l'Ouest (chouannerie et guerre de Vendée)réf. nécessaire. Dans une lettre du 12 février 1796, il estime que « six cent mille Français ont péri dans la Vendée »réf. nécessaire.

D’après l’analyse statistique de Donald Greer<ref>Donald Greer, The Terror, a Statistical Interpretation, Cambridge (1935)</ref>, sur environ 50 000 personnes exécutées dans l’ensemble de la France pendant la période de la Terreur (17 000 condamnés à morts par les tribunaux, 33 000 victimes d'exécutions sommaires), 80 % concernent la Vendée. Cette estimation, considérée globalement comme la plus juste, a été reprise par tous les historiens. Ces chiffres ne tiennent pas compte des morts dans les batailles ni des morts indirectes liées à la guerre (épidémies, malnutrition, épuisement, ...).

Reynald Secher<ref>Reynald Secher, La Vendée-Vengé, le Génocide franco-français (1986)</ref> a dépouillé les registres paroissiaux de 700 communes des quatre départements de la Guerre de Vendée (est de la Vendée, sud de la Loire-Atlantique, ouest du Maine-et-Loire, nord des Deux-Sèvres). À partir des naissances entre 1780 et 1789, puis entre 1802 et 1811, il dégage un taux moyen de naissances, qu'il multiplie, dans les deux cas (1780-89 et 1802-11), par 27, afin de restituer les populations avant puis après la guerre. La soustraction de la population des années 1800 par celle des années 1780 permet d'obtenir un « manque » de 117 257 personnes sur un total de 815 029 (soit 15% de la population). Toutefois, les populations ainsi « restituées » sont celles de 1784 et 1807, ce qui est dépasse les limites réelles du conflit (1792 et 1802). Par ailleurs, ce chiffre ne fait pas la part des vendéens tués pendant la guerre et des réfugiés installés dans les zones limitrophes.

En réaction à cette étude, Jean-Clément Martin<ref>Jean-Clément Martin, La Vendée et la France, Éditions du Seuil, collection Points, 1987</ref> a repris la question du bilan humain. Il a tenté d'établir un bilan du déficit humain subi par la région en se basant sur une analyse des recensements de 1790 et de 1801, dont il a corrigé les inexactitudes à partir de ce que l'étude des sources de l'époque moderne a pu nous révéler de la démographie du XVIIIe siècle (avec un accroissement naturel annuel évalué à 1 %). Il trouve qu’en 1801, il manque 220 000 à 250 000 personnes, par rapport à ce que l’accroissement naturel aurait dû permettre, si l'équilibre des naissances et des décès n'avait pas été bouleversé par la guerre. L’essentiel de ce creux démographique est dû aux batailles (sans distinction des Vendéens blancs ou bleus) et au déficit des naissances qu’entraîne la surmortalité. En outre, il ne faut pas négliger les déplacements de population, analysés par Guy-Marie Lenne en 2003<ref>Guy-Marie Lenne, Les Réfugiés de la guerre de Vendée, 1793-1796, Éditions Geste, collection Pays d’histoire, 2003. Voir également « Les réfugiés de Vendée ».</ref>.

Anne Bernet<ref>Historia, août 2005</ref> donne le chiffre de 150 000 morts pour les Vendéens et 150 000 pour l'armée républicaine et signale, en ces termes, une querelle de chiffres :

« 

Un bilan exact des victimes dans les deux camps est impossible à établir, faute de sources fiables. Les estimations les plus hautes font état de 600 000 morts, les plus basses de 120 000. Aujourd'hui on évalue à 300 000 le nombre de disparus. » </blockquote>

Selon Louis Marie Clénet<ref>Louis-Marie Clénet, La Contre-révolution, Paris, PUF, collection Que sais-je?, 1992</ref>, les guerres de Vendée ont fait 200 000 morts vendéens (dont 40 000 pour les colonnes infernales de Turreau).

Le Quid 2006 évalue les pertes de la Vendée militaire à 117 000 (selon Reynald Secher), de l'ensemble des guerres de Vendée et de la chouannerie entre 400 000 morts (selon René Sédillot) et plus de 600 000 (selon Hoche, Pierre Chaunu) dont :

  • 18 000 soldats républicains,
  • 80 000 chouans,
  • 210 000 civils exécutés,
  • 300 000 de froid et de faim, dont plus de 100 000 enfants.

De plus, il précise que, selon Antoine Casanova, qui a la même estimation basse que René Sédillot, les 400 000 morts se répartiraient entre 220 000 Vendéens et 180 000 Bleus.

[modifier] « Génocide » : un débat historique récent

[modifier] Définition de « génocide »

Le terme « génocide » est de création récente. En 1944, Raphaël Lemkin (1900-1959), professeur de droit américain d'origine juive polonaise, définit dans une étude publiée par la Fondation Carnegie pour la paix internationale (« Axis Rule in Occupied Europe ») le crime contre l'humanité perpétré par les nazis contre les peuples juif et tzigane durant la Seconde Guerre mondiale. Il écrit : « De nouveaux concepts nécessitent de nouveaux mots. Par génocide, nous entendons la destruction d'une nation ou d'un groupe ethnique. » C'est un mot hybride composé de la racine grecque « genos », qui signifie race ou tribu, et du suffixe latin « cide » (de « caedere », qui signifie tuer).

Le terme apparaît pour la première fois dans un document officiel en octobre 1945 dans l'acte d'accusation du Tribunal militaire international de Nuremberg. La Charte de l'ONU et l'article 8 de la convention de Genève obligent la communauté internationale à intervenir pour « prévenir ou arrêter des actes de génocide ». Plus récemment, l'article 6 du statut de la Cour pénale internationale définit le crime de génocide, qui se distingue par l'intention d'extermination totale d'une population, d'une part, la mise en œuvre systématique (donc planifiée) de cette volonté, d'autre part. C'est souvent la contestation de l'un de ces éléments qui fait débat pour la reconnaissance officielle d'un crime en tant que génocide.

[modifier] Le débat sur le « génocide vendéen »

Le débat autour de l'hypothèse d'un génocide vendéen est apparu dans la communauté universitaire dans les années 1980. La réalité des massacres en Vendée n'est contestée par personne, même si les chiffres demeurent imprécis et discutés (voir les diverses hypothèses sur l'importance des victimes de la Guerre de Vendée). En revanche, les volontés génocidaires supposées des républicains font l'objet de contestations importantes. L'une des sources employées par les tenants de l'idée d'un génocide vendéen est un texte de Gracchus Babeuf.

En 1794, sous la Convention thermidorienne, Babeuf publie un pamphlet, Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier, dans lequel il dénonce les exactions commises par Jean-Baptiste Carrier lors de sa mission à Nantes, dont il affirme (dans le paragraphe IV) qu'elles renvoient à un système de dépopulation qu'il nomme « populicide »<ref>La même année, il publie On veut sauver Carrier, on veut faire le procès au tribunal révolutionnaire : peuple, prend (sic) garde à toi, 15 pages.</ref>, néologisme qui est créé pour évoquer une idée inédite. Employé sous la Révolution à la fois sous une forme nominale et adjectivale (la seule qui ait survécu à la période révolutionnaire), « populicide » est utilisé pour désigner ce qui cause la mort ou la ruine du peuple<ref>Dans sa forme adjectivale, "populicide" est employé dans le sens de quelque chose qui cause la ruine du peuple par Babeuf dans la phrase suivante : « L'infâme Boissy-d'Anglas parut à la tribune, et fit adopter son code populicide. »</ref>. Le mot est formé de la racine latine "populus" (le peuple) et du suffixe latin "cide"<ref>Babeuf a aussi créé l'adjectif "liberticide" le 20 août 1791. La même époque a connu le "légicide" ou le "maricide".</ref>. Comme le mot "génocide", forgé par Lemkin en 1944, il est remarquable qu'il est employé pour désigner une forme de crime dont l'appréhension est inédite, le meurtre de masse visant un peuple<ref>Ce qui distingue le "génocide" du "populicide", c'est que l'un renvoie à un plan d'"extermination", tandis que l'autre (dans la définition qu'en donne Babeuf) sert à désigner un "système de dépopulation". De même, « génocide », mot hybride formé d'une racine grecque et d'un sufixe latin, témoigne du caractère raciste de l'extermination planifiée par les nazis ; il n'existe pas de mot latin qui puisse être mis en correspondance avec le sens moderne de « race » développé au 19e siècle (ainsi, radix renvoie à l'extraction, à la racine) ; au contraire, en grec, il existe deux mots, ethnos et genos, qui ont donné ethnicide et génocide.</ref>.

Dans son texte, le "système de dépopulation" concerne l'ensemble de la population française. En effet, dans son pamphlet, Babeuf, reprenant les critiques des Enragés qui défendaient l’application immédiate de la constitution de l'an I, dénonce la Terreur, qu'il juge responsable des massacres commis en 1793-1794, et attaque (avec les modérés, les muscadins et les néo-Hébertistes) les Montagnards et les Jacobins. Devant l'ampleur des exécutions, des massacres et des destructions de la guerre civile et de la Terreur, mise a jour après Thermidor, il affirme que les membres du comité de salut public, autour de Robespierre, visant l'établissement de la plus grande égalité possible en France, auraient planifié la mort d'un grand nombre de Français. Leur analyse aurait été fondée, selon lui, sur les réflexions des philosophes politiques du XVIIIe siècle (comme Jean-Jacques Rousseau), qui considéraient que l'établissement de l'égalité nécessitait une population moindre que celle de la France de l'époque (en fait, pour ces philosophes, un gouvernement démocratique, fondé sur une certaine égalité des richesses, à l'exemple des Cités-États de l'Antiquité, de Genève ou de Venise, réclamait non seulement un nombre de citoyens réduit, mais un territoire peu étendu). Suivant cette théorie, la guerre civile dans l'Ouest (avec la mort dans la bataille des Blancs et des Bleus) et la répression des insurrections fédéralistes et royalistes auraient été l'outil de ce programme de dépopulation de la France, dont Carrier, à Nantes, n'aurait été qu'un agent local.<ref>Gracchus Babeuf, (Du système de dépopulation ou La vie et les crimes de Carrier), 1794, paragraphe IV et suivants.</ref>

Par la suite, prenant conscience de favoriser les ennemis de la constitution de l'an I par ses attaques, avec la réaction thermidorienne, Babeuf, dans Le Tribun du peuple du 18 décembre 1794, se repositionne par rapport aux tenants d'une constitution censitaire :

« 

Quand j'ai, un des premiers, tonné avec véhémence pour faire crouler l'échafaudage monstrueux du système de Robespierre, j'étais loin de prévoir que je concourais à fonder un édifice qui, dans une construction tout opposée, ne serait pas moins funeste au peuple... » Denis Woronoff, La République bourgeoise de Thermidor à Brumaire. 1794-1799, tome 3 de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, p. 13-16</blockquote>

Plus tard, peut-être sous l'influence de Philippe Buonarroti, dont il fait la connaissance en prison en 1795, il évolue encore, passant, à l'égard de Robespierre, de la critique à l'éloge et allant jusqu'à affirmer qu'il avait eu raison de se débarrasser des Hébertistes<ref>Albert Mathiez, Études sur Robespierre, Éditions Sociales, Recueil de la Société des études robespierristes, 1973</ref>.

[modifier] Les partisans de la thèse du génocide

En 1986, Reynald Secher fait paraître La Vendée-Vengé, Le génocide franco-français<ref>Reynald Secher, La Vendée-Vengé, Le génocide franco-français, PUF, Paris, 1986</ref>, ouvrage dans lequel il étudie les rapports entre la Révolution et les Vendéens depuis 1789 et s'efforce de faire le bilan de la répression de l’insurrection vendéenne, en tentant d'obtenir le rapport entre les naissances dans les années 1780 et celles dans les années 1800 et en essayant de répertorier les reconstructions. À partir de ces données, il explique dans sa conclusion générale pourquoi il est convaincu que les massacres commis lors de la guerre de Vendée constituent, à ses yeux, un génocide, en puisant dans les textes des acteurs et témoins de l'époque des extraits interprétés comme traduisant une volonté génocidaire des républicains. Pour affermir son hypothèse, il reprend le mot « populicide » cité par Babeuf, dont il réédite le texte sous un nouveau titre<ref>Gracchus Babeuf, La Guerre de Vendée et le système de dépopulation, Tallandier, 1988, 226 pages, texte présenté par Reynald Secher et Jean-Joël Brégeon. Reynald Secher n'a pas repris exactement le titre choisi par Babeuf afin d'évoquer non le seul Carrier mais l'ensemble de la guerre de Vendée.</ref>.

A sa suite, quelques historiens utilisent le terme de « génocide ». On peut citer Hugh Gough<ref>Hugh Gough (professeur de l'université de Dublin), « Genocide & the Bicentenary: the French Revolution and the revenge of the Vendée », Historical Journal, vol. 30, 4, 1987, pp. 977-88</ref> ou Stéphane Courtois, dans The crimes of Communism<ref>Stéphane Courtois, directeur de recherches au CNRS, spécialiste de l'histoire du communisme (« The crimes of Communism »)</ref> ou le directeur de thèse de Reynald Secher, Pierre Chaunu, qui écrit (dans la postface du livre La Vendée après la Terreur, la reconstruction en 1997<ref>Pierre Chaunu (professeur émérite de l'université Paris IV-Sorbonne), La Vendée après la Terreur, la reconstruction, Librairie Académique Perrin, Paris, 1997)</ref>) :

« 

je reprends donc l'expression de génocide franco-français pour la Vendée. » </blockquote>

Quant au terme de « populicide », entendu comme l'équivalent de « génocide », il a été repris par Michael Naumann<ref>Michael Naumann (ministre d'État à la culture et aux médias du gouvernement fédéral allemand de 1998 à 2000, rédacteur en chef de Die Zeit) : « Le terme français « populicide » a été parfois employé avant que le terme de « génocide » ait été inventé. Il a été inventé par Gracchus Babeuf en 1795 (sic) et décrivait l'extermination de 117 000 fermiers de Vendée. Ce secteur fertile dans l'ouest de la France est en effet demeuré pratiquement inhabité pendant 25 années. »</ref> en conclusion du Stockholm International Forum on the Holocaust (28 janvier 2000). De même, Stéphane Courtois, dans The crimes of Communism <ref>Stéphane Courtois,« The Crimes of Communism »</ref>, explique que Lénine a comparé « les Cosaques à la Vendée pendant la Révolution française et les a exposé avec joie à un programme que Gracchus Babeuf, l'"inventeur" du Communisme moderne, a qualifié en 1795 (sic) de "populicide." »

De même, Michel Ragon, dans 1793 l'insurrection vendéenne et les malentendus de la liberté (1992), s'est efforcé d'établir les éléments historiques tendant à montrer la réalité de la programmation des massacres et d'intentions officielles d'extermination d'un peuple.

Les acteurs républicains des massacres sont, pour les guerres de Vendée, principalement Turreau, organisateur des « colonnes infernales », d'une part, Carrier à Nantes, Hentz et Francastel à Angers, villes où sont entassés des milliers de prisonniers vendéens après Savenay, d'autre part<ref>Par ailleurs, puisqu'en 1793 les soulèvements populaires ne se sont pas limités, loin de là, à la Vendée, et que des répressions féroces se sont dressées contre les insurgés, il convient cependant de ne pas oublier de citer d'autres commanditaires de massacres de masse : Barras à Toulon, Collot d'Herbois à Lyon, Fouquier-Tinville à Paris, Tallien à Bordeaux, cf. M. Ragon, 1992, p. 186</ref>.

A Angers, Francastel, représentant en mission, traduit, d'après l'auteur, des ordres qui programment le dépeuplement de la Vendée quand il fait afficher une proclamation, le 24 décembre 1793, affirmant<ref>M. Ragon, 1992, p. 187</ref> :

« 

La Vendée sera dépeuplée, mais la République sera vengée et tranquille… Mes frères, que la Terreur ne cesse d'être à l'ordre du jour et tout ira bien. Salut et fraternité. » </blockquote>

A propos de la terreur menée à Nantes par Carrier, Michel Ragon cherche à établir qu'elle ne correspond pas à un abus de pouvoir de l'envoyé en mission mais renvoie à des instructions précises, afin de démontrer la réalité d'intentions génocidaires. L'auteur explique<ref>M. Ragon, 1992, p. 186</ref> :

« 

Le zèle de Carrier dépassa-t-il les ordres de la Convention ? La chose est controversée. Lui-même pensa qu'on se servait de lui pour le sacrifier ensuite. Ce qui d'ailleurs fut fait puisqu'il périt guillotiné après la chute de Robespierre. Reçut-il des instructions secrètes qu'on lui enleva, comme l'affirma Bonaparte ? On dit qu'il les portait toujours sur lui, dans une bourse de maroquin rouge, mais qu'un jour Barère vint dîner avec lui à Nantes, l'enivra et les lui déroba. » </blockquote>

A l'appui de cette affirmation de Bonaparte<ref>Bonaparte vient d'être nommé général de brigade dans l'armée d'Italie pour son action décisive à la tête de l'artillerie dans la reprise de Toulon insurgée par l'armée républicaine en décembre 1793 ; il est alors proche des Jacobins</ref>, Michel Ragon cite une réponse de Carrier, datée du 12 décembre 1793 et adressée au général Haxo qui lui demande des vivres pour la Vendée républicaine<ref>M. Ragon, 1992, p. 197, note 91</ref> :

« 

Il est bien étonnant que la Vendée ose réclamer des subsides, après avoir déchiré la patrie par la guerre la plus sanglante et la plus cruelle. Il entre dans mes projets, et ce sont les ordres de la Convention nationale, d'enlever toutes les subsistances, les denrées, les fourrages, tout en un mot dans ce maudit pays, de livrer aux flammes tous les bâtiments, d'en exterminer tous les habitants… Oppose-toi de toutes tes forces à ce que la Vendée prenne ou garde un seul grain… En un mot, ne laisse rien à ce pays de proscription. » </blockquote>

De fait, et c'est l'un des griefs avancés par Jullien de Paris pour demander son rappel, en février 1794, Carrier privilégie le ravitaillement de l'armée sur celui des civils, non seulement les Vendéens, mais aussi les patriotes de Nantes, qui sont soumis au rationnement<ref>Voir les lettres de Jullien de Paris à Robespierre et à son propre père, ainsi que Roger Dupuy, La République jacobine, Terreur, guerre et gouvernement révolutionnaire, 1792-1794, tome 2 de la Nouvelle histoire de la France contemporaine, p.168-171</ref>.

Pour ce qui est des ordres de la Convention nationale, il s'agit du décret du 1er août 1793, qui dit :

« 

Article 7 : Les forêts seront abattues, les repaires des Rebelles seront détruits, les récoltes seront coupées par les compagnies d'ouvriers, pour être portées sur les derrières de l'armée, et les bestiaux seront saisis<ref>Jean-Clément Martin, Guerre de Vendée, dans l'Encyclopédie Bordas, Histoire de la France et des Français, Paris, Éditions Bordas, 1999, p.2084</ref>. » </blockquote>

Toutefois, ce même décret dit aussi :

« 

{{{1}}} » </blockquote>

Autre décret légiférant sur la « destruction de la Vendée », le décret du 1er octobre 1793 ajoute, aux femmes, enfants et vieillards de l'article 8 du décret du 1er août, les « hommes sans armes »<ref>Jean-Clément Martin, Contre-Révolution, Révolution et Nation en France, 1789-1799, p.218</ref>.

Michel Ragon, pour sa part, en conclut<ref>M. Ragon, 1992, p. 197, note 91</ref> :

« 

Cette lettre de Carrier ne mettait-elle pas hors la loi tous les Vendéens, c'est-à-dire aussi bien la Vendée républicaine que la Vendée insurgée ? Ne donnait-elle pas l'ordre d'exécuter tous les habitants ? Carrier n'insiste-t-il pas en disant que ce sont les ordres de la Convention ? Ceux qui contestent la réalité du génocide vendéen n'ont pas lu les rapports des conventionnels et des représentants aux armées. Carrier et Turreau ne sont que des exécutants zélés, comme le sera plus tard Eichmann. Une fois la "race maudite" (Barère dixit) des Vendéens exterminée totalement, la Convention projetait de partager les terres au profit des réfugiés d'Allemagne. Ce qui attira les protestations de Merlin de Thionville demandant que l'on donne la préférence aux « soldats français qui combattent pour la liberté ». Non seulement la Convention décida d'exterminer totalement la population vendéenne, mais elle avait prévu d'implanter dans le pays ravagé un nouveau peuplement de colons étrangers au pays. » </blockquote>

[modifier] Les adversaires de la thèse du génocide

A l’opposé, la thèse du génocide a été critiquée par l'australien Peter McPhee, qui revient sur l'influence de Chaunu dans l'affirmation d'un lien entre la Révolution française et le totalitarisme communiste, relève les faiblesses de l'analyse de Secher sur le nombre de victimes ou le regard des révolutionnaires sur l'insurrection vendéenne, remet en cause la « description des structures économiques, religieuses et sociales » de la Vendée pré-révolutionnaire et des causes de l'insurrection par Secher, note le peu d'importance donné aux massacres de républicains par leurs voisins insurgés dans son livre ; en outre, il relève que Reynald Secher, dans ses travaux suivants, n'a tenu aucun compte des travaux universitaires postérieurs nuançant ou contredisant ses analyses<ref>(en) Peter McPhee, professeur à l'université de Melbourne, spécialiste de l'histoire de la France contemporaine, commentaire de la thèse de Secher</ref>. Il note, en conclusion de son article sur la traduction de La Vendée-Vengé, le génocide franco-français :

« 

L'insurrection reste l'élément central dans l'identité collective de la population de l'ouest de la France, mais il est douteux qu'elle -- ou la profession historique -- ait été bien servie par la méthodologie grossière et la polémique peu convaincante de Secher. » </blockquote>

De même, cette thèse a été rejetée par le gallois Julian Jackson <ref>Julian Jackson, professeur d'histoire moderne à l'université de Londres (in Stefan Berger, Mark Donovan, Kevin Passmore (dir.), Writing National Histories - Western Europe Since 1800, Routledge, Londres, 1999, pp. 247 sq.)</ref>, les français Claude Petitfrère<ref>Claude Petitfrère (professeur émérite d'histoire moderne à l'université de Tours), La Vendée et les Vendéens, Edition Gallimard/Julliard, 1982</ref>, Guy-Marie Lenne<ref>Guy-Marie Lenne, Les Réfugiés des guerres de Vendée de 1793 à 1796, Éditions Geste, collection Pays d'histoire, 2003</ref> ou Jean-Clément Martin. Entre autres arguments, ce dernier cite, dans La Vendée et la France (1987) <ref>Jean-Clément Martin (professeur à l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne), La Vendée et la France, Seuil, 1987</ref>, le discours de Barère (pour le décret de destruction de la Vendée) du 1er août 1793 qui affirme :

« 

Détruisez la Vendée et Valenciennes ne sera plus au pouvoir des Autrichiens. Détruisez la Vendée et le Rhin sera délivré des Prussiens. » </blockquote>

ainsi que :

« 

La Vendée et encore la Vendée, voilà le chancre qui dévore le cœur de la République. C’est là qu’il faut frapper. » </blockquote>

En effet, Barère précise<ref>Jean-Clément Martin, « Un génocide? », L’Histoire, n°311</ref>, dans la suite de son discours, que les femmes, les enfants, les vieillards, et même les hommes sans armes, doivent être protégés (restrictions que l'on retrouve dans les décrets du 1er août et du 1er octobre 1793)<ref>Jean-Clément Martin, Contre-Révolution, Révolution et Nation en France, 1789-1799, Seuil, 1998, p. 218</ref>. Pour Jean-Clément Martin,

« 

Ce discours montre en fait comment la Convention a fait de la Vendée le symbole de toutes les oppositions à la Révolution. Les révolutionnaires n’ont pas cherché à identifier un peuple pour le détruire. » </blockquote>

« 

Les atrocités commises par les troupes révolutionnaires en Vendée relèvent de ce qu’on appellerait aujourd’hui des crimes de guerre <ref>Jean-Clément Martin, « Un génocide », L’Histoire, n°311</ref>. » </blockquote>

Il note également :

« 

Les déclarations de Barère, même exprimées dans une atmosphère d'angoisse devant les menaces, participent de la vision qui fait de la Contre-Révolution un bloc unique, une hydre menaçante, légitimant la pensée d'une "juste violence" et installant la guerre de Vendée dans des conditions particulièrement absurdes. Les administrateurs locaux ne cessent pas de se plaindre de l'absence de délimitation de la région-Vendée, de l'imprécision du terme "brigands" pour désigner les êtres voués à la destruction (puisque sont exclus les femmes, les enfants, les vieillards, les "hommes sans armes"). Menuau du Maine-et-Loire n'arrive pas à faire préciser ce qui doit être détruit en "Vendée"<ref>Jean-Clément Martin, Contre-Révolution, Révolution et Nation en France, 1789-1799, Seuil, 1998, p. 218</ref> » </blockquote>

[modifier] Voir aussi

[modifier] Articles connexes

[modifier] Autour de la guerre de Vendée

[modifier] Romans

[modifier] Autres

[modifier] Bibliographie

  • Abbé Deniau, Dom Chamard et Abbé Uzereau, Histoire de la Guerre de la Vendée, J. Siraudeau éditeur à Angers, 1978. Histoire de la Guerre de la Vendée par le Chanoine Deniau (mort en 1909), Curé de Saint-Macaire-en-Mauges, Dom Chamard (mort en 1908), Prieur de l'Abbaye de Saint-Martin de Ligugé (exilé à Chevetogne, en Belgique), et l'Abbé Uzureau, Directeur de L'Anjou Historique. L'un des principaux ouvrages sur les Guerres de Vendée. Cette histoire générale des Guerres de Vendée est vue du côté des « Blancs ».
  • Reynald Secher et René Le Honzec, Vendée, 1789-1801, bande dessinée, éditions Reynald Secher.
  • Claude Petitfrère, Les Vendéens d’Anjou, Bibliothèque nationale de France, 1981
  • Claude Petitfrère, La Vendée et les Vendéens, Gallimard, collection archives, 1982
  • Jean-Clément Martin, La Vendée et la France, 1789-1799, Éditions du Seuil, 1987, un ouvrage historique de référence qui propose une lecture surplombante des événements et surtout des idéologies à l'œuvre dans la genèse du conflit.
  • Jean-Clément Martin, Une guerre interminable, la Vendée 200 ans après, Éditions Reflets du Passé, Nantes, 1985
  • Jean-Clément Martin, Blancs et Bleus dans la Vendée déchirée, Découvertes/Gallimard, 1986
  • Jean-Clément Martin, La Vendée de la Mémoire, 1800-1980, Éditions du Seuil, 1989
  • Jean-Clément Martin, La Loire-Atlantique dans la tourmente révolutionnaire, Éditions Reflets du Passé, Nantes, 1989
  • Jean-Clément Martin, Le Massacre des Lucs, Vendée 1794 (en collaboration avec Xavier Lardière), Geste Éditions, La Crèche, 1992
  • Jean-Clément Martin, La Vendée en 30 questions, Geste Éditions, La Crèche, 1996
  • Guy-Marie Lenne, Les Réfugiés de la guerre de Vendée, 1793-1796, Éditions Geste, collection Pays d’histoire, 2003
  • Alain Gérard, La Vendée 1789-1793, Éditions Champ Vallon, collection Époques, 1992
  • Alain Gérard, Vendée !, Éditions Étrave, 1993
  • Alain Gérard, Sur les traces de Charrette, Roi de la Vendée, Éditions Étrave, 1993
  • Alain Gérard, La Guerre de Vendée, Centre vendéen Recherches histoire, collection Les Indispensables, 2006
  • Michel Ragon, 1793. L'insurrection vendéenne et les malentendus de la Liberté, 1992, Paris, Albin Michel, 196 p. illustrées.
  • 1983 : Petite Histoire des Guerres de Vendée, par Henri Servien, éd. de Chiré, illustré par René Follet. Livre pour la jeunesse suivant le point de vue des Vendéens.

[modifier] Notes

<references />

[modifier] Liens externes

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