Guerre d'indépendance grecque
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| Histoire de la Grèce Image:Acropolis-panorama-night.jpg</br> | |
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| 1822 | Guerre d'indépendance |
| 1832 | Royaume de Grèce |
| 1941 | Occupation |
| 1946 | Guerre civile |
| 1967 | Dictature des colonels |
| 1974 | République hellénique |
La Guerre d'indépendance grecque (1821-27), ou Révolution grecque, est le conflit dans lequel les Grecs, soutenus par certaines nations européennes réussirent à obtenir leur indépendance de l'Empire Ottoman.
En 1821, les Grecs, Chrétiens orthodoxes, très sensibles à l'idée de nation, se révoltèrent face à la domination de l'Empire Ottoman. Cette révolte réussit, et l'indépendance fut proclamée en 1822. Malgré une opinion publique favorable, à l'image de Chateaubriand, et une Russie intéressée au sort des orthodoxes grecs, la France de Villèle ne bougea pas, soumise en cela à la Sainte-Alliance, et particulièrement à l'Autriche de Metternich, partisan acharné de l'ordre et de l'équilibre. Des Grecs vivant hors de l’Empire Ottoman, tels que Ioannis Kapodistrias ou Spiridon Trikoupis vinrent rapidement en aide aux révolutionnaires dans cette lutte pour l'indépendance.
Pour les Grecs, une phase de répressions commença. Cependant, les Russes souhaitaient de plus en plus ardemment intervenir. Les Britanniques, quant à eux, désiraient limiter l'influence russe dans la région. Ils suggérèrent une expédition navale de démonstration, en 1827. La convention de Londres (1827) permit l'envoi d'une flotte conjointe russe, française et britannique. La bataille de Navarin, pas vraiment prévue, plutôt due à une rencontre de hasard, vit la destruction de la flotte turque, et permit une expédition française en Morée, précipitant la création de l'État grec sur lequel la France, la Russie et le Royaume-Uni gardèrent une notable influence.
La Russie déclara finalement la guerre aux Turcs en 1828. La victoire russe fut entérinée par le traité d'Andrinopole, en 1829, qui augmentait son influence régionale. Mais ce fut la Conférence de Londres (1830), où se réunirent des représentants britanniques, français et russes, qui permit l'affirmation de l'indépendance grecque, que la Prusse et l'Autriche autorisèrent.
Sommaire |
[modifier] Un contexte favorable
Catherine II de Russie avait le même rêve grec que Pierre le Grand. La guerre russo-turque de 1769-1774 s’était terminée par une victoire russe, malgré le débarquement manqué dans le Péloponnèse (campagne d'Orloff). Le traité de Küchük-Kaïnardji de 1774 avait fait du Tsar de Russie le Protecteur des Orthodoxes (et donc des Grecs) dans l'Empire Ottoman. De plus, les Grecs avaient obtenu le droit de faire librement du commerce sous pavillon russe. Le traité avait été complété en 1782 : les Grecs avaient le droit de s'installer en Crimée.
Le Traité de Küchük-Kaïnardji fit que sous pavillon russe, la flotte grecque devint en trente ans la première flotte commerciale de Méditerranée, d'Odessa à Barcelone. Les îles d'armateurs, Hydra en tête, firent fortune. Il y avait des Grecs de la Diaspora dans tous les grands ports de la Méditerranée : Trieste, Marseille, Livourne, etc. Ces Grecs de la Diaspora prirent conscience des devoirs qu’ils avaient vis à vis de leur patrie. Ils s’engagèrent dans la cause de l’Indépendance, principalement en offrant un financement, ainsi les frères Zossimas de Livourne.
Parallèlement à ce développement économique, il y eut un développement culturel. Ainsi, Rigas Féréos (1757-1798), le poète d'origine paysanne multiplia les ouvrages littéraires et politiques. Il rédigea même un projet constitutionnel pour la Grèce et une fédération balkanique. Franc-maçon, il eut l’idée de créer une société secrète pour œuvrer pour l’indépendance grecque. Cette idée fut ensuite reprise par l’Hétairie.
De plus, depuis le XVIIe siècle, des Grecs occupaient des postes importants dans la haute administration de l’Empire Ottoman. La plupart d’entre eux habitaient dans le quartier du Phanar à Constantinople et étaient appelés les Phanariotes. Au XVIIIe siècle, des Phanariotes furent nommés à la tête des provinces roumaines ou danubiennes de Moldavie et Valachie, avec respectivement pour capitale Jassy et Bucarest. Là, jouissant d’une importante autonomie vis à vis de la Porte, leurs cours "princières" devinrent des centres d’intense activité intellectuelle, très influencée par la France de l'Encyclopédie. Ils restaient cependant plus réformistes que révolutionnaires. Il ne faut pas oublier qu’ils appartenaient à l’administration ottomane.
En Grèce, les échos de la Révolution française soulevèrent l’enthousiasme des intellectuels et éveillèrent le désir de l’indépendance. Le poète Rigas comptait sur l’intervention de Bonaparte après ses victoires en Italie. Il tenta même de le contacter à Venise en 1797, juste avant d’être arrêté et exécuté. Sa société secrète ne reprit son activité qu’après le Congrès de Vienne, sous le nom d’Hétairie des amis. Cette Société amicale ou Société des Amis ou Société des Compagnons ou aussi Hétairie fut créée en 1814 à Odessa par trois membres de la classe marchande grecque de la ville : Nicolas Scoufas (1779-1819), Athanase Tsacalof (1788-1851) d'Épire et Emmanuel Xanthos (1772-1852) de Patmos. Cette Société amicale n'avait pas au départ de programme précis. Elle connut des débuts laborieux, puis eut un fort développement après 1818. Elle recruta dans toute la Grèce et dans toute la Diaspora. 60 % des membres étaient des marchands ou des banquiers. Très peu de personnes étaient issues des milieux modestes.
[modifier] La Russie et les provinces danubiennes
L’Hétairie se tourna vers le « grand frère » orthodoxe : la Russie. Ioannis Kapodistrias faisait alors partie des conseillers du Tsar, tout comme Alexandre Ypsilantis était un de ses généraux. En 1820, après avoir contacté Kapodistrias et devant son refus, l’Hétairie choisit comme chef militaire le général grec de l'armée russe Ypsilantis. Il fut chargé de mettre en œuvre le projet d’insurrection généralisée prévue pour la fin 1820. Ce projet était simple. Il prévoyait deux foyers de soulèvement : la Moldo-Valachie d’abord, sous la direction du prince Ypsilantis avec pour objectifs Jassy et Bucarest, puis une descente vers la Macédoine. Là, les troupes feraient leur jonction avec le second foyer d’insurrection : la Morée dont les insurgés seraient remontés vers le Nord. L’idée était de pousser toutes les provinces chrétiennes sous domination ottomane dans les Balkans à se soulever. On se soulèverait contre les Turcs à Bucarest, en Macédoine, en Thrace, en Grèce, dans les îles et même à Constantinople. On s'emparerait du Sultan pour lui faire accepter l’indépendance de toutes ses provinces européennes. En même temps, une victoire rapide mettrait la Sainte-Alliance face au fait accompli. Elle ne pourrait qu’accepter cette indépendance des provinces européennes de l'Empire Ottoman. Les provinces roumaines étaient aussi depuis Pierre le Grand un des principaux objectifs militaires et diplomatiques de Saint-Pétersbourg. Une conquête de la région par un de ses généraux, même au nom de la Grèce insurgée n’était pas mal vue par le Tsar Alexandre Ier. L’insurrection permettrait une intervention armée de la Russie. La Russie aurait alors atteint son but. Le Traité de Küchük-Kaïnardji l'autorisait à intervenir dans les provinces roumaines pour protéger les Orthodoxes. Ainsi, elle s'implanterait définitivement dans la région des Balkans. Les provinces européennes de l'Empire Ottoman devenaient certes indépendantes, mais elles se regardaient vers Saint-Pétersbourg dont dépendait leur survie.
Le 6 mars 1821 (22 février pour le calendrier grec), Alexandre Ypsilantis passa le Prout, entrant en Moldavie, où il chercha à soulever la population. L'insurrection était commencée. Il prit Jassy, sans encombre, le jour même. Le 8 mars 1821 il publia la proclamation qui était le signal officiel du début de la Guerre d’Indépendance grecque. Mais, les populations balkaniques ne répondirent pas à l’appel à l’insurrection des Grecs, Ypsilantis fut battu par l’Empire Ottoman en Moldavie et Valachie après neuf mois d'âpres combats. Isolés, les différentes parties de son armée furent massacrées les unes après les autres par les Turcs : ainsi les héroïques deux cents étudiants du "bataillon sacré" en juin 1821 à Dragatsani. Alexandre Ypsilantis repassa la frontière et se réfugia en Autriche, mais il y fut immédiatement emprisonné. Il resta enfermé quasiment jusqu’à sa mort. La Grèce, où la population s'était soulevée se retrouva seule face à l’Empire Ottoman.
[modifier] L’Insurrection en Grèce
Le moment était favorable. Ali Pacha venait de se révolter contre le Sultan qui avait dû mobiliser toute une armée autour de Ioannina. Il y avait donc potentiellement moins de soldats turcs disponibles pour réprimer le soulèvement grec. Le Sultan avait envoyé Khursit Pacha et ses troupes contre Ali Pacha. Khursit Pacha gouvernait alors le Péloponnèse. Theodoros Kolokotronis avait aussi sillonné le Péloponnèse au début de 1821 afin de faire avancer la cause de l’Indépendance. Theodoros Kolokotronis était parti de Zante qui avec Corfou était une des bases de préparation de l'insurrection. Dans ces îles occupées par le Royaume-Uni, il avait servi dans l’armée britannique et y avait appris les tactiques qui allait lui servir pendant la Guerre d’Indépendance.
Le 25 mars 1821, l’archevêque de Patras, Germanos, proclama la guerre de libération nationale. Cette date est celle retenue par l’histoire et la tradition. Elle reste symbolique, étant celle de l'Annonciation (Evangelismos). Il est plus probable que le soulèvement commença entre le 15 et le 20 mars, sur toute la côte Nord du Péloponnèse (Patras, Vostitsa, Kalavryta) et dans le Magne.
Il y eut immédiatement des massacres de Turcs en Morée, suivis de massacres de Grecs à Constantinople. Le Patriarche de Constantinople, Grégoire V, fut pendu le 10 avril 1821. On le laissa pendu trois jours, puis il fut livré à la foule de la ville.
On avait d’abord assisté à une victoire grecque (1821-1822) en partie parce que les Turcs avaient surpris et étaient occupés par Ali Pacha. Les klephtes et les armatoles sur terre et les courageux marins sur mer réussirent à libérer le Péloponnèse, la Grèce centrale et la majeure partie des îles. La flotte turque ne pouvait plus quitter son abri de Propontide, tandis que l’Empire Ottoman avait toujours une force considérable mobilisée ou immobilisée dans les Balkans.
Le 12 janvier 1822, à Épidaure, l’assemblée des députés grecs proclama l’indépendance de la Grèce, vota une constitution et choisit comme président Aléxandros Mavrokordátos. Le vent ne devait cependant pas tarder à tourner pour l’insurrection nationale grecque. En avril se produisirent les massacres de Chios et peu après, Ali Pacha étant mort, les Turcs réoccupèrent l’Épire. Cependant, les Grecs reçurent l’aide de nombreux volontaires étrangers (les Philhellènes), notamment des libéraux britanniques comme lord Byron et français tel le colonel Fabvier, et remportent des succès sur les troupes du sultan. Byron débarqua avec des armes fournies par les comités philhellènes européens le 4 janvier 1824 à Missolonghi. Sa mort, en avril, fut un important tournant psychologique à travers toute l’Europe.
[modifier] La Diplomatie de Metternich
Pour conserver intacte l'œuvre du Congrès de Vienne, c’est-à-dire l’équilibre géopolitique réactionnaire de l’Europe, les puissances victorieuses de la France, s'étaient organisées au sein de la Sainte-Alliance. Celle-ci, grâce à la politique dite des Congrès procédait à une gestion antilibérale de l'Europe. Le Chancelier autrichien, le Prince de Metternich en fut le principal artisan. Il avait fait adopter au Congrès de Troppau fin 1820 le droit d’intervention des puissances légitimes dans un pays menacé par tout mouvement libéral ou national. Ces mouvements pouvaient rompre l’équilibre géopolitique de l’Europe. Il en allait ainsi de la création d’une Grèce indépendante qui affaiblirait l’Empire Ottoman qui pourrait alors être livré à la convoitise de ses voisins. L’équilibre européen serait alors en danger, et l’Europe risquerait à nouveau de connaître un conflit de l’ampleur des guerres napoléoniennes.
En 1822, Alexandre Ier était de plus en plus enclin à suivre la voie que lui suggérait Kapodistrias et à aider la Grèce insurgée. Il se plaignit de ne pas trouver à Vienne et dans la Sainte-Alliance tout le soutien qu'il aurait pu escompter, alors qu'il avait, lui, apporté son aide lors des affaires d'Italie quelques mois plus tôt. Il envoya le général Tatistchev plaider sa cause. Il désirait que fut reconnue définitivement sa qualité de Protecteur des orthodoxes dans l'Empire Ottoman. Il souhaitait aussi l'assurance d’un soutien, au moins moral, en cas d'action militaire de sa part contre les Turcs. Mais, le général Tatistchev était un ennemi politique personnel de Kapodistrias. Il ne supportait pas l'influence qu'un Grec pouvait avoir sur son Tsar russe. Alexandre ne put obtenir de Metternich que l'assurance que, si le Sultan rejetait les demandes légitimes de Saint-Pétersbourg, alors l'Empereur François romprait toute relation diplomatique avec la Porte, de la façon la plus solennelle et la plus éclatante possible, à condition que tous les autres alliés en fissent de même. Les Russes n'avaient donc pas le soutien inconditionnel de l’Empire d’Autriche. Ils n'osaient s'engager trop avant.
Alexandre Ier accepta que le problème grec fût discuté lors d'une conférence ministérielle à Vienne. Les décisions prises par cette conférence seraient ensuite proposées, pour accord, lors du congrès suivant de la Sainte-Alliance. Accepter une conférence à Vienne revenait à accepter un règlement autrichien de la crise. Le Tsar désigna Tatistchev comme représentant à la conférence. Les mémoires et notes qu'il envoyait au Tsar auraient été rédigés par Metternich lui-même.<ref>Guillaume de Bertier de Sauvigny, Metternich, p. 361.</ref> Fin juin 1822, le triomphe de l’Autriche était total. Alexandre Ier suggéra à Kapodistrias de prendre un congé indéfini. Ce dernier partit pour la Grèce.
En octobre, au Congrès de Vérone, la Question d'Orient semblait réglée. Alexandre Ier se contenta de ce soutien moral dans ses récriminations contre la Porte.<ref>Guillaume de Bertier de Sauvigny, Metternich, p. 371.</ref> Il ne souleva aucune objection lorsqu’on refusa de recevoir la délégation que les insurgés grecs avaient envoyée pour plaider leur cause. Les affaires d'Espagne étaient alors beaucoup plus urgentes à régler. Le Tsar se trouva alors mis face à une contradiction. Comment pouvait-il accepter l'intervention française contre les libéraux espagnols en révolte contre leur souverain légitime et suggérer une intervention russe en faveur des libéraux grecs contre leur souverain légitime ?
Les Français triomphèrent très vite des insurgés espagnols grâce à la bataille du Trocadéro. Alexandre Ier n'eut plus alors à s'inquiéter de la révolution espagnole et reporta son attention sur la Grèce. Le Tsar accepta lors d'une rencontre à en octobre 1823 tout ce que Metternich proposait depuis plus d'un an : séparer les conflits. Il y eut alors d'un côté le conflit russo-turc à propos des provinces roumaines. Alexandre convint que ce différend pouvait être réglé par la médiation conjointe de l'Autriche et du Royaume-Uni. De l'autre côté, il y avait le problème grec et principalement la façon dont la Porte pacifiait une région qui lui appartenait. Alexandre accepta le principe de conférences "grecques" à Saint-Pétersbourg. Là, les représentants diplomatiques prussien, britannique, français et autrichien n'avaient pas de pouvoir de décision et étaient obligés à chaque étape d'en référer à leur gouvernement respectif, ce qui, étant donné les distances, promettait d'infinis délais. Ainsi, le problème grec aurait eu le temps d'être réglé, en interne, par les Turcs, sans nécessité d’une médiation extérieure.<ref>Ibid, p. 380</ref>
Les conférences traînèrent en longueur, comme prévu. À l'automne de 1824, Alexandre Ier proposa la création de trois principautés chrétiennes plus ou moins autonomes en Grèce, un peu sur le modèle de la Moldavie et de la Valachie. Le projet n'aboutit pas. On se sépara pour reprendre au début de 1825.<ref>Ibid, p. 387.</ref>
[modifier] De multiples retournements de situation
La situation du Péloponnèse lors de la guerre est un des exemples les plus parlants des difficultés militaires rencontrées par les Grecs. Ce fut de cette péninsule que partit l'insurrection, avec Germanos à Patras, en mars-avril 1821. Immédiatement, les Maniotes de Petrobey Mavromichalis qui avaient toujours résisté aux Ottomans et n'avaient jamais été conquis partirent au combat. Ils furent imités par Kolokotronis et ses hommes. La ville de Tripoli fut prise dès octobre 1821. En 1822, Kolokotronis défit le Turc Dramani au défilé de Dervenaki et s'ouvrit la route de Corinthe, puis Nauplie qui tomba en 1823. C'est alors qu'eut lieu la contre-attaque turque avec Ibrahim Pacha qui reconquit tout le Péloponnèse avec son armée égyptienne. La bataille de Navarin et le débarquement de l'Expédition française de Morée obligèrent les Ottomans à évacuer la péninsule en 1828.
Les insurgés grecs semblèrent alors faciliter la tâche à la Sainte-Alliance. Ils avaient gagné lors des deux premières années du conflit. Mais, très vite, ils cessèrent de se battre contre les Turcs, pour se battre entre eux principalement pour se partager le pouvoir. Il y avait en effet une forte opposition entre deux catégories de dirigeants potentiels, avec deux types de légitimité tout aussi valables. D’un côté, se trouvaient les notables marchands issus de l’administration ottomane sur continent et de la bourgeoisie maritime des îles. De l’autre, il y avait les chefs de guerre issus de la classe "para-sociale" des klephtes, armatoles et brigands, souvent en fait réellement issus de la paysannerie comme Kolokotronis et espérant donner un rôle plus important aux paysans. On assista alors à deux guerres civiles en 1823-1825. La première avait été provoquée par les notables qui voulaient reprendre le contrôle de la révolution et la remettre dans la voie qui leur convenait en écartant les chefs de guerre du pouvoir. La seconde opposa le continent aux îles. D'un côté, on trouvait les notables du Péloponnèse aidés de Kolokotronis et de l'autre, les commerçants des îles (Hydra principalement avec Georgios Koundouriotis et Mavrokordátos) soutenus par les libéraux, la majorité de la classe populaire et les soldats de la Grèce centrale.
Le Sultan demanda de l’aide son vassal égyptien Mehemet Ali. Celui-ci se chargea directement de réprimer la révolution en Crète, à Cassos et Psara. Ibrahim, le fils de Mehemet Ali débarqua dans le Péloponnèse. La flotte grecque n’avait pu empêcher le débarquement car les marins qui n’avaient pas été payés depuis longtemps refusèrent de prendre la mer. Les troupes égyptiennes obtinrent en Morée de nettes victoires. Les défaites grecques de multiplièrent de 1824 à 1827, malgré la forte résistance de Kolokotronis dans le Péloponnèse, de Caraïscakis en Grèce centrale, de Miaoulis et Sachtouris sur mer. Ibrahim Pacha entreprit alors de déporter des Grecs en Égypte, ce qui lui aliéna la sympathie des Français et provoqua le renforcement de l’activité des comités philhellènes.
Une intervention européenne prit alors forme. La Russie poursuivait sa politique visant à affaiblir l’Empire Ottoman. Elle insistait sur la solidarité orthodoxe pour s’implanter dans les régions balkaniques. Le Royaume-Uni sentait qu’elle ne pouvait rester neutre si elle désirait rester présente diplomatiquement dans la région. La France qui avait longtemps obéi à Metternich car elle cherchait à faire oublier la Révolution et Napoléon, changeait maintenant de politique. Charles X, ultra-catholique considérait de plus en plus une intervention en Grèce comme une nouvelle croisade.
Le nouveau tsar de Russie, Nicolas Ier, décida de prendre l’initiative ; il adressa à Mahmud II un ultimatum en mars 1826. Le Sultan céda. Le traité d’Akkerman (octobre 1826) accorda aux Russes des avantages commerciaux dans tout l’Empire, et surtout le droit de protection sur la Moldavie, la Valachie et la Serbie. Ce succès russe provoqua la réaction du Royaume-Uni qui suggéra en juillet 1827 une médiation britannique, russe et française entre Grecs et Turcs. Les Grecs n’étaient plus en position de refuser : ils ne contrôlaient plus que Nauplie et Hydra. Le Sultan, par contre, la rejeta. Les trois puissances menacèrent alors d’intervenir militairement. Elles concentrèrent leurs flottes à Navarin où un incident entraîna la destruction de la flotte turco-égyptienne (octobre 1827).
Parallèlement, un corps expéditionnaire français débarqua en Morée et obtint le départ d’Ibrahim Pacha. Des troupes russes envahirent les provinces roumaines et s’emparèrent d’Erzurum, à l’Est de la Turquie, et d’Andrinople à l’Ouest (août 1829). Pour éviter une prise de Constantinople par les troupes russes, le Royaume-Uni obtint un règlement diplomatique. Le Sultan avait déjà cédé et signé le traité d’Andrinople (14 septembre 1829) avec la Russie. Ce traité fut complété en février 1830 par la conférence de Londres : l’indépendance de la Grèce était proclamée et garantie par les grandes puissances. Le nouvel État comprenait le Péloponnèse, le Sud de la Roumélie (la frontière allait d’Arta à Volos) et des îles.
En mai 1827, l’Assemblée de Trézène avait rédigé une troisième constitution et élu Ioannis Kapodistrias président. Il gouverna de janvier 1828 jusqu’à son assassinat à Nauplie, le 9 octobre 1831. Les trois puissances proposèrent le trône de Grèce à Léopold de Saxe-Cobourg. Celui-ci, proche de Kapodistrias qui lui avait décrit les difficultés à gouverner le jeune État, refusa. On choisit alors le jeune Othon de Wittelsbach, le second fils, alors âgé de 17 ans, du Roi de Bavière, Louis Ier.
[modifier] Notes
<references />
[modifier] Liens internes
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