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Guerre froide

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C’est sous la plume de l’homme d’État américain Bernard Baruch, puis popularisée par le journaliste Walter Lippmann, que l’expression guerre froide, déjà utilisée au XIVe siècle, désigne la période de forte tension entre les deux superpuissances, États-Unis et URSS, de 1947 à 1991 : une « guerre limitée » ou « paix belliqueuse » d’après Raymond Aron, dans un monde bipolaire où les belligérants évitaient l’affrontement direct. <ref>R. Aron, Les Conventions de la guerre froide dans Une Histoire du XXe siècle, Plon, 1996, p. 255 </ref>

Les Soviétiques et les Américains luttaient pour imposer l'idéologie de leur pays sur le monde, et de nombreux conflits, tel la guerre de Corée, la guerre du Viêt Nam et la Guerre d’Afghanistan, ont résulté de cette opposition. Constatant que « Les puissants s’affrontent, les petits se battent » et tiré des deux bords, l’Inde de Nehru, l’Égypte de Nasser et la Yougoslavie de Tito réussirent à former le mouvement des non-alignés, souhaitant être neutres mais n’ayant que très peu d’influence sur le cours des événements, l’Égypte et les pays nouvellement indépendants étant influencés par un camp ou par l’autre.

Sommaire

[modifier] Désignation

Le terme froide apposé en oxymore indique qu’il ne s’agit pas d’une guerre au sens habituel du terme, mais d’une confrontation idéologique entre les deux grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale ; elle fut également marquée par la course aux armements, la menace nucléaire (équilibre de la terreur) et la compétition technologique dans le domaine de la conquête de l’espace.

Les tiers-mondistes anglo-saxons emploient volontiers le terme de « Third World War », qui signifie à la fois « Troisième Guerre mondiale » et « guerre au tiers monde », soulignant par là que ce conflit atypique a été mondial, qu’il a fait un nombre de victimes du même ordre de grandeur que chacune des deux guerres mondiales, et que la plupart de ces victimes étaient des habitants du tiers monde.

Il existe une autre définition de la guerre froide : si on retient généralement les dates de l’affrontement idéologique entre les deux blocs est-ouest (1947-1989), André Fontaine, ancien rédacteur en chef du journal Le Monde, quant à lui, fait remonter cet affrontement à 1917.

[modifier] Volonté de reconstruction et de paix au lendemain de la Seconde Guerre mondiale

Image:Rautaesirippu.jpg En 1945, face aux États européens ruinés par la Seconde Guerre mondiale, deux superpuissances émergent dans le contexte géopolitique mondial. Les États-Unis détiennent le monopole nucléaire depuis Hiroshima et disposent d’une puissance financière inégalée. L’URSS possède une force militaire décisive en Europe orientale et un prestige politique considérable.

[modifier] Une reconstruction économique

Un nouvel ordre monétaire et financier international est créé autour du dollar, pour éviter l’instabilité économique qui existait pendant l’entre-deux-guerres et relancer les échanges internationaux. Instituée en 1944 par les accords de Bretton Woods, à l’issue d’une conférence qui réunit 44 pays, cette nouvelle organisation de l’économie mondiale fut négociée en fait entre la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, ces derniers imposant leur point de vue.

Les accords établirent un Fonds monétaire international (FMI), ainsi qu’une Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD), appelée communément Banque mondiale. Le FMI et le BIRD auraient pour mission notamment d’assurer la stabilité des devises nationales et d’accorder des prêts à la reconstruction et au développement.

Par ailleurs, les accords instituaient un système de parités fixes par rapport au dollar, seule monnaie entièrement convertible en or. Comme les États-Unis avaient une réserve d’or avoisinant les trois quarts des réserves mondiales, le dollar US s’imposa forcément comme monnaie de réserve internationale, au même titre que l’or. En effet, pour financer la guerre, les puissances européennes avaient dû vendre leurs stocks d’or aux États-Unis. Ainsi donc, le nouveau système monétaire ne reposait plus uniquement sur le métal fin détenu par les banques centrales, mais sur le dollar, as good as gold, dont la valeur était garantie par la Réserve fédérale des États-Unis, de même que par la formidable puissance économique des États-Unis.

En juin 1947, dans un discours prononcé à l’Université de Harvard, le secrétaire d’État américain George Marshall offrit à l’Europe « une aide fraternelle » afin de vaincre « la faim, le désespoir et le chaos ». Le « plan Marshall » ou plan de Reconstruction européenne (European Recovery Program) était proposé à toute l’Europe, y compris les pays de l’Est et l’Union soviétique elle-même. Il était toutefois assorti de deux conditions : l’aide américaine serait gérée par des institutions européennes communes et Washington aurait un droit de regard sur sa répartition. Staline hésita, puis, fin juin, fit part de son refus. La Pologne et la Tchécoslovaquie, qui, dans un premier temps, avaient donné une réponse favorable à la proposition américaine, se virent obligées de la refuser à leur tour.

Finalement, seize pays, rejoints en 1949 par la RFA, acceptèrent le plan Marshall : la France et le Royaume-Uni, qui en seront les principales bénéficiaires, l’Autriche, le Benelux, la Grèce, l’Irlande, l’Islande, l’Italie, les pays scandinaves, le Portugal, la Suisse et la Turquie. En avril 1948, ces seize pays fondèrent l'Organisation européenne de coopération économique (l’OECE, qui deviendra l’OCDE en 1960), organisme supranational dont la fonction première était de gérer et de répartir l’aide américaine entre les pays membres.

De 1948 à 1952, plus de treize milliards de dollars, 5/6 sous forme de dons, 1/6 sous forme de prêts, furent fournis par les États-Unis. Cette aide à la reconstruction se composait d’une partie financière, subventions et prêts, et d’une autre en produits et équipements divers (denrées alimentaires, tracteurs, outils de production, etc.).

Dans un espace économique « dollarisé » par les Accords de Bretton Woods, le plan Marshall fut conçu pour combler le « dollar gap », permettant ainsi aux Européens d’acheter aux États-Unis approvisionnements et équipements tout en assurant un débouché aux produits américains. En effet, en 1946, 42 % des exportations américaines avaient pris le chemin de l’Europe occidentale et un effondrement économique du « vieux continent » se répercuterait sur l’économie américaine elle-même. Le secrétaire adjoint à l’économie, Will Clayton, l’exprimait ouvertement : « Disons, sans tourner autour du pot, que nos objectifs ont pour arrière-plan les besoins et les intérêts des États-Unis. Nous avons besoin de marchés, de gros marchés, pour y acheter et pour y vendre. » <ref> Le Monde diplomatique, février 1992, p. 4</ref>

Cependant, l’objectif du plan Marshall n’était pas uniquement économique. Le gouvernement de Washington avait compris que la détresse des populations européennes faisait le jeu des partis marxistes alignés sur Moscou, en France et en Italie notamment où plus d’un quart de l’électorat votait communiste. Dès lors, l’injection de capitaux américains fut le complément économique de la doctrine du containment : endiguer l’influence soviétique par la création d’un espace de prospérité en Europe.

Les Soviétiques ne tardèrent pas à s’en rendre compte et, en octobre 1947, lors de la constitution du Kominform, Andreï Jdanov, secrétaire du PCUS, dénonça l’« impérialisme américain » qui, d’après lui, vassalisait les économies européennes en les plaçant sous la tutelle de Washington. Aux yeux du Kremlin, le monde était désormais divisé en deux camps antagonistes : un « camp impérialiste et antidémocratique » dont les États-Unis sont « la principale force dirigeante » et « un camp anti-impérialiste et démocratique », placé sous l’égide de Moscou.

[modifier] Une volonté de paix

En août 1941, Churchill et Roosevelt avaient signé la Charte de l’Atlantique, une déclaration commune dans laquelle, s’inspirant des principes wilsoniens, les deux chefs d’État prévoyaient la mise en place d’un « système étendu et permanent de sécurité générale ». En février 1945, les accords de Yalta reprirent ce propos et annoncèrent la convocation d’« une conférence des Nations unies sur l’organisation mondiale (…) le 25 avril 1945, aux États-Unis d’Amérique. » <ref>Communiqué final de la Conférence de Yalta</ref>

Le 26 juin 1945, portés par le mouvement d’une opinion publique choquée par la barbarie nazie et la cruauté des combats, les délégués de cinquante et un pays approuvèrent à San Francisco la Charte des Nations unies, le texte fondateur de l’ONU, l’Organisation des Nations unies, dont l’objectif le plus important serait de « préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l’espace d’une vie humaine a infligé à l’humanité d’indicibles souffrances. »

[modifier] Le début de la guerre froide

[modifier] Causes de la guerre froide

[modifier] Opposition idéologique entre les systèmes capitaliste et communiste

Dès le XIXe siècle, Alexis de Tocqueville prédit que les États-Unis et la Russie ont tous deux vocation à devenir un empire à l’échelle mondiale et qu’ils s’opposeront pour la domination globale dès qu’ils entreront en contact. La destinée manifeste des États-Unis ne peut accepter l’existence d’un défi à sa vision du monde, pas plus que la vocation continentale de la sainte Russie (fût-elle devenue laïque) ne peut admettre qu’un État eurasien fasse allégeance à une autre grande puissance.

Les choix économiques et idéologiques faits par ces deux grandes puissances fourniront une rationalisation de leur opposition inévitable, rationalisation qui sera présentée comme le fondement essentiel de la guerre froide. Les deux systèmes socio-économiques sont en effet totalement opposés :

Système de l’URSS Système des États-Unis
Politique Régime à parti unique. Régime démocratique pluraliste.
Société Théoriquement, société sans classes, en fait société dominée par une Nomenklatura privilégiée. Société de classes.
Économie Économie étatisée et bureaucratisée (plans quinquennaux). Économie libérale reposant sur l’initiative privée.
Conception de l’individu L’individu doit s’effacer devant les impératifs de la « construction du socialisme ». L’individu est le moteur de l’économie.
Conception du progrès La progression de la société entraîne le progrès des individus dans leur ensemble. La progression personnelle de l’individu entraîne le progrès de la société.

Observation : Bien que l’envoi d’un corps expéditionnaire occidental en soutien des armées blanches (1917-1918) soit parfois présenté comme un argument probant, il est évident que les origines de la guerre froide dépassent le cadre socio-économique, comme le montre la poursuite de la compétition entre les deux pays après l’entrée de la Russie dans le système capitaliste.

[modifier] Les causes immédiates : la situation de l’après-guerre

Staline cherche à mettre l’URSS à l’abri d’une nouvelle attaque par la création d’un « glacis » territorial et idéologique, c’est-à-dire d’un espace protecteur qui éloigne la menace des frontières soviétiques :

  • en repoussant plus à l’Ouest les frontières de l’URSS par l’annexion des pays baltes et d’une partie de la Pologne, alors que les territoires allemands situés à l’est de l’Oder et de la Neisse de Görlitz sont placés sous administration polonaise (partage effectué lors de la conférence de Potsdam) ;
  • en imposant des gouvernements pro-soviétiques dans les pays d’Europe centrale et orientale occupés par l’Armée rouge, pays qui deviendront plus tard des « démocraties populaires ». Le Coup de Prague en Tchécoslovaquie, une des rares réelles démocraties d'avant guerre en Europe de l'Est fut l'expression la plus visible pour l'Ouest de cette politique et fut perçu comme la manifestation hégémonique de l'URSS.

Avant même la fin des hostilités avec l’Allemagne, l’Union soviétique établit l’ordre communiste dans les territoires libérés par l’Armée rouge :

  • arrestation de seize dirigeants de l’Armée secrète polonaise, formellement conviés à Moscou pour des « entretiens politiques », les deux principaux leaders de la résistance polonaise mourant en prison quelques mois plus tard. Le gouvernement polonais en exil à Londres, abandonné par les Occidentaux, se voit dénier peu à peu toute responsabilité et le comité de Lublin, formé par les Soviétiques, prend le contrôle du pays ;
  • attribution de la province tchécoslovaque de Ruthénie subcarpatique à l’Ukraine, ce qui procure à l’Union soviétique une frontière commune avec la Hongrie ;
  • installation au pouvoir des partis communistes tant à Bucarest qu’à Sofia, et élimination de toute autre formation politique ;
  • mise en place à Vienne, sans consulter les Occidentaux, d’un gouvernement provisoire pro-soviétique dont le chef a approuvé l’Anschluss en 1938 ;
  • enfin, le maréchal Tito, maintenant établi à Belgrade, refuse, contrairement à ce que le Kremlin avait promis aux Alliés, de laisser le roi Pierre II rentrer de son exil.

De plus en plus inquiet de ces violations répétées de la Charte de l’Atlantique et de la Déclaration de Yalta sur l’Europe libérée, Churchill s’alarme dans un télégramme du 12 mai 1945 à Truman des risques de voir les forces soviétiques s’avancer jusqu’aux rives de l’Atlantique et utilise déjà l’expression « Rideau de fer » qui deviendra célèbre. En mars 1946, dans un discours retentissant, il dénonce ouvertement cette mainmise soviétique sur l’Europe centrale et orientale. « De Stettin dans la Baltique à Trieste dans l’Adriatique, un rideau de fer est tombé sur le continent. (…) Les partis communistes, qui étaient très faibles dans tous ces États de l’Est de l’Europe, ont obtenu un pouvoir qui dépasse de beaucoup leur importance et ils cherchent partout à exercer un contrôle totalitaire. Des gouvernements policiers s’installent un peu partout, au point qu’à l'exception de la Tchécoslovaquie, il n’y a pas de vraie démocratie. »

En Allemagne, dans leur zone d’occupation, les Soviétiques mènent avec vigueur la dénazification décidée à la Conférence de Potsdam. Plus de 120 000 personnes sont internées dans des « camps spéciaux », qui existeront jusqu’en 1950. 42 000 détenus y seraient morts de privations et de sévices. <ref>Heinrich A. Winkler, Histoire de l’Allemagne, XIXe - XXe siècle, Fayard, 2000, p. 565</ref> Cette politique d’épuration va de pair avec la nomination de cadres communistes aux postes-clés de l’administration, de la police et de la justice mais plusieurs milliers d'agents ayant travaillé sous le IIIe Reich sont "recyclé" dans les nouveaux services de sécurité d'Allemagne de l'Est <ref>Christine Ockrent, Alexandre de Marenches, Dans le secret des princes, Stock, 1986, p. 86</ref>.

Les alliés occidentaux, en revanche, misent davantage sur une « rééducation » ("Umerziehung") du peuple allemand, associée à une politique d’indulgence à l’égard des « suiveurs » (Mitläufer) et sympathisants. Des scientifiques allemands sont ainsi récupérés par la JIOA afin de travailler pour les États-Unis (opération Paperclip), tandis qu’il est permis à d’anciens fonctionnaires ou militaires du IIIe Reich, s’ils n’ont pas été condamnés par la justice, d’exercer à nouveau leurs fonctions. Dès la fin de la guerre, l’OSS, embryon de la CIA, confie à l’ex-major-général de la Wehrmacht Reinhard Gehlen, chef de l’Abwehr pour le front est (Abteilung Fremde Heere Ost), le soin de créer un service de renseignements couvrant l’ensemble des territoires naguère occupés par l’Allemagne <ref> J. Loftus, L’Affreux Secret : quand les Américains recrutaient des espions nazis. De Gehlen à Barbie, Plon, Paris, 1985 </ref>. Pour justifier son budget – qui est en partie utilisé pour exfiltrer, en collaboration avec l’ODESSA, d’anciens collaborateurs ou des criminels de guerre nazis –, ce réseau d’espionnage nouvellement créé, précurseur du BND (Bundesnachrichtendienst) et baptisé Gehlen Org par la Défense américaine, transmet parfois des informations entièrement fabriquées et de plus en plus inquiétantes sur la puissance de l’Armée Rouge et sur la stratégie expansionniste de l’URSS. Dès 1947, les États-Unis en font un élément de leur propagande, alors qu’en réalité l’Union soviétique n’a pas encore commencé à se remettre du conflit mondial. <ref>Voir notamment E. J. Hobsbawn, L’Âge des extrêmes, Éditions Complexe, 1994</ref>

Il faut préciser toutefois que, même si Staline n’avait sans doute pas l’intention d’étendre la sphère de domination soviétique par les armes, l’URSS n’en vassalisa pas moins les pays qu’occupait l’Armée rouge par la mise en place progressive de « démocraties populaires » et entreprit plusieurs tentatives d’accroître par intimidation sa sphère d’influence en Iran (voir crise irano-soviétique), en Grèce et en Turquie.

[modifier] La mise en place des blocs et la question des armes nucléaires

Au centre de la guerre froide se situent les questions nucléaires. Il semble que celles-ci, grâce à leur capacité de destruction inégalée, sont en grande partie responsables de l’absence de conflit à grande échelle entre les deux blocs, à partir du moment où les superpuissances ont admis que l’usage des armes nucléaires doit être restreint au maximum (admission faite au moment de la guerre de Corée)<ref>Un des aspects les plus terrifiants de la Guerre Froide fut la course d'armes entre les États-Unis et l'URSS…Armement nucléaire</ref>. Ainsi la menace de conflit nucléaire aura désamorcé la crise des missiles de Cuba, ainsi que la crise du canal de Suez, limitant les conflits aux théâtres régionaux ou locaux.

[modifier] Les deux blocs (1947-1955)

La formation des blocs s’explique en partie par l’arme nucléaire que les États-Unis possèdent, mais pas l’URSS (qui l’aura bientôt cependant). Chaque État, selon son idéologie, se range donc sous la protection de l’une ou l’autre des superpuissances : c’est le « parapluie nucléaire ». Le ralliement des États se fait par une série de pactes : c’est la « pactomanie », expliquant la rapide mise en place des blocs durant la guerre froide. Un bloc se définit donc comme un ensemble de pays sous le parapluie nucléaire d’une superpuissance. Très vite, le monde se divise en deux blocs <ref>À partir de 1948, les deux blocs s’organisent progressivement tant sur le plan militaire que sur le plan économique, formant deux mondes totalement différents…L’organisation des blocs</ref>:

[modifier] Le bloc de l’Ouest

La formation des démocraties populaires est ressentie par les pays occidentaux comme une menace. Ils réagissent

  • politiquement : le 12 mars 1947, un an après le discours de Fulton, le président Harry Truman annonce sa politique de containment (endiguement) du communisme, aussi appelée la doctrine Truman, qui considère l’opposition ouest/est de manière manichéenne, comme un conflit entre deux systèmes antinomiques : démocratie contre totalitarisme. Le lien entre démocratie et économie capitaliste est faible. Lors de la guerre froide, beaucoup de dictatures d’extrême droite d’Amérique latine et d’Europe (Espagne, Portugal et Grèce) soutiennent les politiques américaines, qui sont vues comme un rempart face à la montée du communisme.

[modifier] Le bloc de l’Est

L’URSS adopte une stratégie strictement parallèle. Elle réagit

  • politiquement : en septembre 1947, en réponse à la doctrine de Truman et au Plan Marshall, qui d’après eux vise « à l’asservissement économique et politique de l’Europe », les Soviétiques mettent en place le Kominform ou Comité d’information des partis communistes. Le but officiel de cet organisme est « l’échange des expériences et la coordination de l’activité des partis communistes ». Lors de la réunion constitutive, Jdanov, dans la même perspective manichéenne que Truman, formule la doctrine soviétique en matière de politique internationale : le monde est désormais divisé en deux camps hostiles, le camp anti-impérialiste et démocratique et le camp impérialiste et antidémocratique ; l’URSS est le leader du camp démocratique, alors que les États-Unis sont à la tête du camp impérialiste.


Image:Searchtool.svg Voir l’article Bloc de l'Est.

[modifier] Les tentatives de négociation

À partir de 1947, plusieurs conférences internationales réunissent les grandes puissances afin de dégager un consensus sur les problèmes qui les divisent : le sort et le statut de l’Allemagne, les conflits internationaux, le désarmement général, etc. Bien qu’elles constituent une espèce d’armistice en pleine guerre froide, ces réunions se soldent par des échecs ou aboutissent à des résultats insignifiants.

[modifier] Les premières crises (1948-1953)

[modifier] La crise irano-soviétique

La crise irano-soviétique fut la toute première épreuve de force de ce qui allait devenir la guerre froide a pour objet l’Iran. À l’été 1941, l’URSS et la Grande-Bretagne, à la recherche d’une voie d’acheminement des armes et du ravitaillement à destination du front russe, s’étaient entendu pour en occuper chacune une moitié et déposer le chah Reza Pahlevi, coupable de trop de sympathie avec l’Axe.

Son fils, Mohamed Reza, qui lui a succédé, a conclu avec ces puissances un traité prévoyant le retrait de leurs troupes au plus tard le 2 mars 1946.

Très vite cependant, l’URSS soutient deux mouvements indépendantistes dans le Nord du Pays afin de constituer un glacis protecteur au sud comme elle l’a fait en Europe. Ceci conduit à des négociations iraniennes et des pressions occidentales qui conduisirent finalement l’Armée rouge à se retirer.

Image:Searchtool.svg Voir l’article crise irano-soviétique.

[modifier] La première crise de Berlin (1948-1949)

Image:Searchtool.svg Voir l’article Blocus de Berlin.

En juillet 1945, à la conférence de Potsdam, les trois dirigeants des principales puissances alliées, Churchill (puis son successeur, le travailliste Attlee), Staline et Truman s'accordent sur le partage de l’Allemagne et de l'Autriche en quatre zones d’occupation : américaine, britannique, française et soviétique. De même, Berlin, l’ancienne capitale du Reich, est divisée en quatre secteurs d’occupation. Enclavée dans la zone soviétique, des voies d'accès aériennes, autoroutières et ferroviaires permettent de la raccorder aux zones occidentales.

Après le coup de Prague, en février 1948, les Occidentaux décident de transformer à brève échéance leur trizone en un État souverain ouest-allemand (conférence de Londres, en avril-juin 1948). La première phase du processus est la création du Deutsche Mark, qui devient le 20 juin la monnaie commune aux trois zones occidentales. Staline proteste contre cette division de fait de l’Allemagne et, le 23 juin 1948, il profite de l’isolement géographique de Berlin pour bloquer tous les accès terrestres et fluviaux des secteurs occidentaux. Plus de deux millions d’habitants et trente mille soldats alliés se retrouvent pris en otage derrière le rideau de fer<ref>L’Allemagne - le blocus de Berlin et la création des deux Allemagne (s)</ref>.

Dans un premier temps, les Alliés envisagent de forcer le blocus, selon la proposition du général Clay. Mais ils ne veulent pas prendre le risque de provoquer un conflit armé dont ils auraient pris l’initiative. Ils ne peuvent pas non plus ne pas réagir, puisque cela aurait impliqué l’échec de la politique du containment.

Pour sauver la ville de l’asphyxie, Britanniques et Américains se décident finalement à mettre en place un pont aérien, c'est-à-dire d'assurer le ravitaillement (vivres, carburant, charbon) par avion. Durant les onze mois que dure le blocus, un transporteur atterrit en moyenne toutes les trente secondes à Berlin-Ouest, sur les aéroports de Tempelhof, Gatow et Tegel. Au total, deux millions et demi de tonnes de fret (dont le charbon constitue les deux tiers) sont acheminés par 275 000 vols. On estime que moins de 5 % des Berlinois de l’Ouest ont préféré se ravitailler auprès des autorités soviétiques. Le 12 mai 1949, conscient de son échec, Staline décide de lever le blocus.

Pendant la crise, les États-Unis déploient trois escadres de bombardiers stratégiques B-29 de l’USAF au Royaume-Uni pour signifier qu’ils sont prêts à riposter à une éventuelle invasion de l’Europe de l’Ouest. Cependant, ils n’envisagent à aucun moment de recourir à la menace d’un ultimatum atomique (ils disposent alors du monopole nucléaire) pour faire cesser le blocus de Berlin et contraindre l’URSS à se retirer également de tous les pays où elle avait refusé de « former des gouvernements intérimaires largement représentatifs de tous les éléments démocratiques de la population, qui s’engageraient à faire établir aussitôt que possible, par des élections libres, des gouvernements répondant à la volonté du peuple. » (voir Accords de Yalta). En effet, l’Europe de l’Ouest est en pleine reconstruction et la puissance militaire conventionnelle du Bloc de l’Est est de loin supérieure à celle des Occidentaux. Par là, les États-Unis entérinent de facto le partage de l’Europe que Staline avait voulu voir dans les Accords de Yalta.

Le 23 mai 1949, la division de l’Allemagne devient officielle, par la promulgation de la Loi fondamentale (Grundgesetz), acte de naissance de la République fédérale d’Allemagne (RFA, Bundesrepublik Deutschland). Le 7 octobre, la zone soviétique à son tour se constitue en un État souverain, la République démocratique allemande (RDA, Deutsche Demokratische Republik). Les deux entités refusent de se reconnaître juridiquement. Désormais, l’Allemagne se trouve au cœur de la guerre froide. <ref>Le blocus est levé par les soviétiques le 12 mai 49. L’Allemagne est durablement coupée en deux. Les soviétiques créent à leur tour une nouvelle monnaie dans leur zone d’occupation : le Mark. Les occidentaux regroupent leur zone d’occupation le 8 mai 1949 d’où la création de la République fédérale allemande (RFA), alors que les soviétiques créent la République démocratique allemande (RDA) le 7 octobre 1949…. L’Allemagne - les points de tensionde</ref>.

[modifier] La guerre de Corée<ref>La Guerre froide.Les points de tension</ref> (1950-1953)

La guerre de Corée<ref>La guerre froide a crée en Corée, comme en Allemagne, deux États de part et d’autre du 38º parallèle de latitude N : la Corée du Nord pro-soviétique et la Corée du Sud pro-occidentale. La guerre qui s’y déroule entre 1950 et 1953 découle de la victoire de Mao en Chine qui soutient le gouvernement nord-coréen.La Corée</ref> a pour contexte la victoire de Mao Zedong sur le nationaliste Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) en Chine (1er octobre) 1949. Les États-Unis sont prêts à tout pour éviter qu’un nouveau pays d’Asie tombe dans le communisme.

Après la défaite japonaise en août 1945, la Corée fut coupée en deux au niveau du 38e parallèle : au Sud, la République de Corée, proaméricaine, dirigée par Syngman Rhee, au Nord, la République populaire de Corée, prosoviétique, dirigée par Kim Il Sung.

En 1948 et en 1949, les armées soviétique et américaine quittèrent leurs zones d’occupation respectives, de part et d’autre du 38e parallèle.

Le 12 janvier 1950, le secrétaire d’État américain Dean Acheson déclara devant des journalistes que le périmètre de défense des États-Unis comprenait les îles Aléoutiennes, les îles Ryūkyū, le Japon et les Philippines. En d’autres termes, la Corée n’en faisait apparemment pas partie.

Le 25 juin 1950, l’armée nord-coréenne franchit le 38e parallèle, avec l’accord de Staline, encouragé peut-être par les déclarations américaines.

Le 27 juin, les Nations unies condamnèrent l’agression nord-coréenne et décidèrent de venir en aide à la Corée du Sud. Depuis février 1950, afin de protester contre la présence de Taïwan et non de la Chine populaire, l’URSS boycottait les séances du Conseil de sécurité et n’avait donc pas pu opposer son veto à cette résolution. Le général Mac Arthur, le vainqueur du Pacifique, fut nommé commandant en chef des forces de l’ONU, formées en majeure partie de contingents américains.

Fin septembre 1950, MacArthur atteignit la frontière chinoise.

En octobre, devant l’intervention de 850 000 « volontaires du peuple chinois », en fait des troupes régulières, il dut se replier sur le 38e parallèle, où le front finit par se stabiliser en mars 1951.

Pour remporter la victoire, MacArthur proposa alors un plan démentiel à Truman : bombardement de la Mandchourie, blocus naval des côtes chinoises, débarquement des forces du général Tchang Kaï-chek en Chine du Sud et, le cas échéant, emploi de l’arme atomique. Truman, qui était convaincu qu’une telle initiative provoquerait une intervention soviétique, limogea Mac Arthur et le remplaça par le général Ridgway.

Le 27 juillet 1953, après la mort de Staline et deux ans de pourparlers, l’armistice fut signé à Panmunjeom mais il ne sera suivi d’aucun traité de paix.

[modifier] « Guerre » idéologique : la chasse aux sorcières

[modifier] En Union soviétique et dans le bloc de l’Est

Progressivement, les leaders des partis non-communistes sont écartés, soit par discréditation ou intimidation, soit par des procès politiques suivis d’emprisonnement voire d’exécution.

Le bloc fut le théâtre de nombreux procès politiques dans tous les pays sympathisants contre des personnes accusé d’être « titistes » (terme qui vient de Tito, chef de la Yougoslavie), accusés de dévier de la politique de Moscou), de nationalisme ou de sionisme.

De très nombreuses personnes furent emprisonnés ou exécutées, l’immense majorité tout simplement car ils gênaient les régimes alors en place alors que plusieurs d’entre eux étaient d’authentiques communistes comme László Rajk qui en Hongrie fut l’une des premières victimes avec 19 autres hommes de ces grandes purges en 1949.

[modifier] Aux États-Unis

Aux États-Unis, entre 1950 et 1954, le sénateur républicain du Wisconsin, Joseph McCarthy, mena une véritable chasse aux « Rouges ». McCarthy était membre de la Commission d’enquête sénatoriale sur les Activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee ou HUAC). Il fit mettre en accusation pêle-mêle tous ceux qu’il soupçonnait d’être des membres du parti communiste, des « compagnons de route » ou de simples sympathisants : des fonctionnaires, des artistes, des intellectuels, des savants et des hommes politiques.

Le secrétaire d’État Dean Acheson fut suspecté d’être « mou dans la lutte contre le communisme » (soft on communism) et George Marshall, l’ancien secrétaire d’État, accusé d’avoir lâché Tchang Kaï-chek en 1946. Ethel et Julius Rosenberg, un couple de juifs américains, furent arrêtés, condamnés à mort et exécutés : ils auraient fourni des informations sur la bombe nucléaire aux Soviétiques. Cette affaire suscita une vive émotion en Europe, et tout particulièrement en France, où l’on dénonça le climat d’hystérie collective qui avait entouré le procès. Cependant, il semblerait aujourd’hui que, selon les archives du KGB, les Rosenberg, du moins l’époux, soient coupables. <ref>cf. S. Courtois, La Vérité sur l’affaire Rosenberg, L’Histoire, septembre 2004</ref>

Finalement, en 1954, McCarthy dépassa les bornes et mit en doute la loyauté de l’armée. Il fut alors l’objet d’un blâme de la part de ses collègues du Sénat : c’était la fin du maccarthysme.

[modifier] Coexistence pacifique et nouvelles crises (1953-1962)

[modifier] La coexistence pacifique

En mars 1953, Staline meurt. Il est remplacé par Nikita Khrouchtchev, qui condamne les crimes de Staline et permet la coexistence pacifique (1956) : les deux blocs ne s’affrontent plus qu’idéologiquement.

Bien qu’officiellement les deux puissances ne se soient jamais affrontées directement, il semble que plus d’une centaine d’avions espions américains aient été abattus lors de survols de l’espace aérien soviétique. Dès 1950, un PB4Y Privateer est abattu par la chasse russe. À partir de 1956, les Américains utilisent des U2 volant à plus de 20 000 mètres d’altitude. Mais, en mai 1960, l’un d’eux est abattu et son pilote, Francis Gary Powers, est emprisonné à la suite d’un procès très médiatisé. Les Américains créeront alors une lignée d’avions espions de plus en plus perfectionnés, avant de développer un programme de satellites de surveillance.

Durant cette période, il y a un dialogue plus ouvert entre les dirigeants des deux blocs. Khrouchtchev rencontre Eisenhower en 1956 au Royaume-Uni, en 1959 aux États-Unis, en 1960 en France et Kennedy en 1961 à Vienne<ref>1) Des éléments nouveaux dans les rapports est-ouest Un dialogue plus ouvert</ref>. En effet, le jeune démocrate John F. Kennedy a gagné les élections de 1960. Il préfère une coexistence pacifique avec l’URSS, mais veut en même temps empêcher le communisme de se répandre dans le Tiers-Monde. Il créé donc « l’Alliance pour le Progrès » pour aider l’Amérique latine, il accroît l’aide américaine au Congo-Kinshasa, il envoie des « conseillers militaires » au Laos et au Viêt Nam.

[modifier] L’insurrection de Budapest (1956)

Le bloc soviétique vit une importante crise cristallisée par la révolte hongroise à Budapest, laquelle mène à une répression soviétique au moment des Jeux Olympiques d’été de 1956.

Image:Searchtool.svg Voir l’article Insurrection de Budapest.

[modifier] La crise de Suez (1956)

Cette crise<ref>La crise du canal Suez</ref> ne fait pas partie de la guerre froide au sens strict du terme, puisqu’elle n’est pas un conflit opposant de manière directe les États-Unis et l’URSS. Certains voient toutefois dans cette crise la fin des actions autonomes des deux blocs et l’intègrent donc à la guerre froide.

En 1956, le monde assiste à une guerre entre l’Égypte d’une part, la France, le Royaume-Uni et Israël d’autre part. La France et le Royaume-Uni subissent les pressions des deux superpuissances, lesquelles n’apprécient pas de ne pas avoir été mis au courant de l’opération autour du canal de Suez. L’URSS menace d’utiliser l’arme atomique, car elle y voit une guerre coloniale. Dans ce dossier, les deux grandes puissances adoptent la même position.

Image:Searchtool.svg Voir l’article Crise de Suez.

[modifier] La deuxième crise de Berlin (1961)

Entre 1949 et 1961, près de trois millions d’Allemands de l’Est transitèrent par Berlin pour passer en RFA. Cette hémorragie démographique était un désastre économique pour la RDA, car c’étaient surtout des ingénieurs, des médecins et des ouvriers spécialisés qui commirent le « délit de fuite » (Republikflucht). En même temps, elle était une catastrophe politique en ce qu’elle portait atteinte à l’image de marque officielle de la RDA.

Le 13 août 1961, la construction du mur de Berlin entre le secteur soviétique et les trois secteurs occidentaux met fin à ce « débauchage systématique de citoyens de la République démocratique allemande ». <ref>Déclaration du Conseil des ministres de la RDA, citée par Heinrich A. Winkler, Histoire de l’Allemagne, Fayard, 2000, p.625</ref> Mais, étant donné que les autorités est-allemandes et soviétiques ne firent aucune tentative pour bloquer les voies de communication entre la RFA et Berlin-Ouest et que, par ailleurs, Khrouchtchev ne mit pas en question le statut quadripartite de la ville, la réaction des Occidentaux se limita à des protestations verbales et à des gestes symboliques : la visite à Berlin-Ouest du général Lucius D. Clay, l’organisateur du pont aérien, et le renforcement de la garnison américaine par 1500 hommes. En effet, aux yeux des Occidentaux, la construction du Mur ne constituait qu’une agression à l’égard des Allemands de l’Est et ne menaçait pas les three essentials (c’est-à-dire les intérêts essentiels) du bloc de l’Ouest. <ref>ibid.</ref>

Image:Searchtool.svg Voir l’article Mur de Berlin.

[modifier] La crise des missiles cubains (1962)

La crise des missiles cubains<ref>Cuba - Castro, communisme et crise des missiles</ref> mit plus nettement en évidence la menace d’une guerre nucléaire. En janvier 1959, les guérilleros de Fidel Castro avaient renversé le dictateur Fulgencio Batista, soutenu par les États-Unis. Le nouveau régime prit une série de mesures qui lui valurent l’hostilité croissante de Washington : en 1959, démantèlement des latifundia ; signature d’un accord commercial avec l’URSS en mai 1960, après la réduction des achats de sucre cubain par les États-Unis ; en juin et juillet, confiscation des entreprises nord-américaines, qui contrôlaient, outre la totalité des raffineries de pétrole, 40 % de l’industrie sucrière, 80 % du tabac et 90 % des mines. <ref> Bernard Droz et Anthony Rowley, Histoire générale du XXe siècle, Éditions du Seuil, 1987, Tome III, p. 218 </ref>

À titre de représailles, le gouvernement américain, soumis à la pression des milieux d’affaires, met en place un embargo économique de l’île en octobre 1960 et, le 2 janvier 1961, il rompt les relations diplomatiques avec La Havane. En même temps, la CIA recrutait des « forces anticastristes » parmi les réfugiés cubains. Au début du mois d’avril, Kennedy donna son accord à un projet d’invasion de l’île, tout en refusant d’engager des troupes américaines et en limitant les effectifs à 1500 Cubains. Le débarquement, qui eut lieu le 17 avril 1961 dans la Baie des Cochons, fut un désastre.

En juillet 1961, Cuba signifie son appartenance au « bloc socialiste ». Le 4 septembre 1962, le pays conclut un accord d’assistance militaire avec l’URSS et, une semaine plus tard, Moscou déclare que toute attaque contre Cuba provoquerait une riposte nucléaire. Le Congrès américain pour sa part vote le 3 octobre une résolution qui met en demeure contre toute « action subversive dans l’hémisphère occidental ». Kennedy interdit cependant l’opération Northwoods mise au point et proposée par l’état-major, laquelle prévoyait d’orchestrer une série d’attentats contre les États-Unis, puis d’en accuser Cuba afin de mobiliser l’opinion publique contre Castro.

Le 14 octobre 1962, un avion américain U2 photographie sur l’île de Cuba des rampes de lancement pour missiles nucléaires à moyenne portée (IRBM et MRBM), capables d’atteindre le territoire américain. En même temps, la Maison Blanche apprend que 24 cargos soviétiques transportant des fusées et des bombardiers Iliouchine font route vers Cuba (opération Anadyr).

Dans la journée du 22, Kennedy, après avoir hésité entre l’inaction et le bombardement des rampes de lancement, se décide pour le blocus maritime de l’île. Cette « riposte graduée », proportionnée à la menace, laisse à Khrouchtchev le choix entre l’escalade ou la négociation. Le 24 octobre, les premiers cargos soviétiques font demi-tour. Ajoutons toutefois que Moscou ne peut contacter immédiatement les sous-marins armés de torpilles à tête nucléaire (opération Kama) qui accompagnent le convoi avec mission de le protéger (fait qui ne sera révélé qu’en 2001). Entre-temps, un arrangement permettant à Khrouchtchev de sauver la face est négocié en coulisse entre émissaires officieux. Le 26 et le 27 octobre, dans deux messages, le Kremlin propose le retrait des armes offensives ; en contrepartie, les Américains devraient s’engager à ne pas renverser le régime cubain et à retirer les fusées Jupiter installées en Turquie, et pointées vers l’URSS. Le 28 octobre, Kennedy accepte ce compromis in extremis.

Le dénouement de la crise fut un succès politique pour les États-Unis, quoiqu’ils doivent tolérer un pays communiste à l’intérieur de leur « périmètre de défense ». D’autre part, cette « diplomatie au bord du gouffre » avait effrayé « jusqu’aux plus hauts décideurs, au point de les rappeler à un comportement rationnel. » <ref> E. Hobsbawm, L’Âge des extrêmes, Éditions Complexe, 1994, p. 308 </ref> L’installation d’un téléphone rouge, ligne directe entre Moscou et Washington, et l’ouverture de négociations sur la limitation des armements concrétisèrent ce retour à la rationalité. Khrouchtchev, quant à lui, sortit très affaibli de la crise. En 1964, il fut remplacé par Brejnev.

Image:Searchtool.svg Voir l’article Crise des missiles de Cuba.

[modifier] La « Détente » (1963 - 1974)

[modifier] Les accords nucléaires

Au lendemain de la crise des missiles cubains, qui a failli plonger le monde dans une Troisième Guerre mondiale, les États-Unis et l’URSS décident de se rapprocher pour maîtriser, dans un esprit de transparence, un équilibre désormais fondé sur une « destruction mutuelle assurée » (MAD en anglais).

Dès juin 1963, un « téléphone rouge », liaison permanente par télétype entre le Kremlin et la Maison Blanche, leur permet de se concerter immédiatement et d’éviter ainsi une diplomatie « au bord du gouffre ».

En août 1963, ils signent le traité de Moscou, qui interdit les essais nucléaires atmosphériques et sous-marins.

En janvier 1968, par le Traité de non-prolifération nucléaire (TNP), issu d’un projet conjoint américano-soviétique présenté à la Commission du désarmement à Genève, ils s’engagent, ensemble avec le Royaume-Uni, à ne transférer ni armes ni technologie nucléaires aux ENDAN (États non dotés d’armes nucléaires).

En mai 1972, les accords SALT 1 (Strategic Armements Limitation Talks), signés par Nixon et Brejnev, limitent les armements défensifs anti-missiles (ABM) à deux sites pour chacun des deux pays et gèlent pour une durée de cinq ans les armes nucléaires offensives, c’est-à-dire les rampes de lancement fixes pour missiles intercontinentaux (ICBM) et les missiles installés sur sous-marins (SLBM)<ref>En 1968, les Etats-Unis et l’U.R.S.S. engagent des négociations sur la limite d’armes stratégiques (Strategic Arms Limitations Talks). Les accords S.A.L.T.</ref>.

En juin 1979, Carter et Brejnev signent les accords SALT II, négociés depuis 1974 dans le prolongement de SALT 1. Ces accords prévoient un gel des lanceurs à ogives multiples (MIRV) et un contrôle réciproque des armes nucléaires. Ils ne furent pas ratifiés par le Sénat américain en raison de l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique, les deux parties déclarant toutefois qu’elles en respecteraient les clauses<ref>Dès 1973, les négociations S.A.L.T.2 commencent en raison de l’apparition de nouvelles armes qui ne sont par répertoriées dans les catégories définies par S.A.L.T1, comme les armes chimiques, à neutron et engin sol-sol.Les accords S.A.L.T.</ref>.

Les mobiles de ce rapprochement sont multiples. Il y a d’abord à l’évidence la volonté de se dégager d’une course aux armements de plus en plus coûteuse, et absurde en raison de la « capacité de surextermination » (overkill) des arsenaux nucléaires ; par ailleurs, l’URSS est contestée par la République Populaire de Chine, la rupture sino-soviétique permettant, dans le cadre d’une diplomatie désormais triangulaire, un rapprochement sino-américain ; en même temps, en raison d’une économie qui stagne, l’URSS a besoin d’une aide extérieure que les États-Unis lient à des accords politiques (le linkage de Henry Kissinger) ; et enfin, les États-Unis, de leur côté, sont engagés dans la guerre du Viêt Nam qui absorbe une part excessive du budget américain : d’où le désir des deux « adversaires-partenaires » (Raymond Aron) d’aboutir à une gestion raisonnable de la guerre froide.

[modifier] La « détente » en Europe (1962 - 1975)

Dans chacun des deux blocs, pro-soviétique et pro-américain, les deux Grands sont contestés. Le modèle soviétique est contesté en Europe de l’Est. En 1968 la Tchécoslovaquie est envahie par les troupes du Pacte de Varsovie : le Printemps de Prague touche à sa fin. À l’Ouest, De Gaulle prend ses distances avec les É.-U. et l’OTAN. En 1969, Willy Brandt devient chancelier de la RFA et engage une politique de rapprochement et d’ouverture à l’Est dénommée l'Ostpolitik. Les deux États se reconnaissent mutuellement en 1972 et entrent à l’ONU en 1973. Le Mur de Berlin devient de plus en plus perméable.

En 1975, les accords d’Helsinki<ref>Le 30 octobre 1973, des pourparlers commencent à Vienne entre 12 pays de l’O.T.A.N. et 7 du Pacte de Varsovie en vue de la réduction mutuelle des forces et armes stationnées en Europe Centrale. Deux ans plus tard tous les pays d’Europe, sauf l’Albanie, participent à la conférence d’Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe. Elle aboutit aux « Accords d’Helsinki », signé le 1er août l975. Ils sont souvent considérés comme le point culminant de la DETENTE. …Les accords d'Helsinki</ref> sont signés par 33 États européens, dont l’URSS (mais aussi le Canada et les É.-U.). Les accords doivent permettre la coopération entre les États, la libre circulation des personnes et le respect des droits de l’homme.

[modifier] Les limites de la « Détente »

Les deux Grands sont impliqués dans des conflits importants. Tous deux mènent une lutte d’influence dans les pays du tiers monde.

De 1964 à 1975, la guerre du Viêt Nam oppose indirectement les grandes puissances, à travers le Nord Viêt Nam stalinien et le Sud Viêt Nam capitaliste. Les États-Unis s’engagent militairement au Viêt Nam à partir de 1962<ref>Le Viêt-nam du nord est un régime communiste qui possède l’aide de l’U.R.S.S. Le Viêt-nam du sud est à la base une démocratie, mais son gouvernement est dictatorial et est appuyé par les Etats-Unis…La guerre du Viet-Nam</ref>.

Image:Searchtool.svg Voir l’article Guerre du Viêt Nam.

Les États-Unis soutiennent de nombreux dictateurs et provoquent plusieurs coups d’État (Cambodge en 1970, Chili en 1973…), dans le seul but de contenir l’empire soviétique. En Amérique latine, le régime castriste soutient des guérillas révolutionnaires contre ces dictateurs, qui se soldent par des échecs.

[modifier] La guerre fraîche (1975 - 1985)

[modifier] La course aux armements et l’équilibre de la terreur

Dans un but militaire, plusieurs pays s’équipent de matériel, souvent au-delà de ce qui est en pratique nécessaire pour assurer leur survie et leur domination, qu’elle soit géopolitique ou économique. Les États-Unis et l’URSS ont acquis de façon frénétique du matériel de destruction où chacun a tenté de démontrer sa supériorité sur l’autre. Cependant, à l’usure, cette course aux armements n’a pas mené à un vainqueur.

Pendant cette course, ces deux pays ont créé un climat de terreur chez leurs ennemis. Chemin faisant, ils ont démontré qu’ils possédaient un arsenal nucléaire suffisant pour détruire quiconque s’opposerait de façon notable à leurs plans. Étant assuré de leur destruction mutuelle, ils ont maintenu ce qui est appelé l’équilibre de la terreur, c’est-à-dire une situation où personne ne peut gagner suite à un conflit nucléaire<ref>Pour la première fois dans l’histoire, l’humanité avait le potentiel de se détruire. La peur régnait à travers le monde, autant dans les pays producteurs que les pays spectateurs [http://www.guerrefroide.34sp.com/pages/armement Armement nucléaire - Destruction de l’environnement au profit de la défense]</ref>.

[modifier] La crise des missiles en Europe

Cette période est marquée par l’expansion de l’URSS et de son influence dans de nouveaux territoires, notamment en Europe, avec le renforcement du pacte de Varsovie. Cette expansion entraîne la Crise des euromissiles de 1979 à 1985 : l’OTAN installe des missiles Pershing 2 pour faire contrepoids aux missiles SS-20 soviétiques.

[modifier] La première guerre d’Afghanistan

En 1978, il y a proclamation de la République d’Afghanistan. Socialiste, elle est pro-soviétique. Les islamistes afghans entrent en conflit avec le pouvoir en place. En 1979, Moscou envoie l’Armée rouge, inaugurant la première guerre d’Afghanistan. Les États-Unis s’impliquent dans ce conflit en alimentant sur place la résistance antisoviétique, en finançant et en proposant une formation militaire à des groupes de moudjahiddin, « guerriers saints » islamistes résistant à l’occupant soviétique. Les armées de l’URSS se retirent de l’Afghanistan en février 1989<ref>L'invasion de l'Afghanistan</ref>.

Image:Searchtool.svg Voir l’article première guerre d'Afghanistan.

[modifier] Fin de la guerre froide (1985-1989)

En 1985, dans le cadre de la pérestroïka et de la glasnost, Gorbatchev, le nouveau dirigeant soviétique, annonce la fin de l’ingérence de l’URSS dans les pays socialistes. Le régime socialiste entame alors sa disparition progressive en Europe de l’Est, à commencer par la Pologne et la Hongrie qui se libéralisent, vers la 2e moitié des années 80 et, dans une moindre mesure, par la Yougoslavie, qui gardait depuis des années une certaine distance par rapport à l’emprise soviétique<ref>La fin de la guerre froide</ref>.

Vers 1989, en Tchécoslovaquie, en Pologne et en Hongrie, le rideau de fer s’ouvre vers l’Europe de l’Ouest. D’abord via ces pays, et ensuite directement depuis le leur et sans autorisation, les habitants de la RDA obtiennent à leur tour le droit de visiter la RFA, droit qui crée une véritable ruée. L’Allemagne se retrouve alors dans une situation analogue à celle que connaissait Berlin avant la construction du mur. Le 9 novembre 1989, le mur de Berlin tombe. Quelques semaines après, la Roumanie destitue brutalement le régime dictatorial et autarcique de Ceauşescu.

Le 19 août 1991, Gorbatchev, le président de l’URSS, est victime d’un coup d’état de communistes conservateurs. L’intervention du gouvernement russe de Boris Eltsine et le support des masses moscovites empêchent le putsch d’aboutir. Voyant le pouvoir du dirigeant de l’Union soviétique affaibli, les républiques fédérales de l’Union se déclarent une à une indépendantes. Le 25 décembre 1991, Gorbatchev, à présent chef d’une union n’ayant plus de membre, décide de démissionner.

Toujours en 1991, les deux principales organisations internationales des pays communistes, le COMECON (Conseil d’assistance économique mutuelle, CAEM en français), qui apporte un soutien économique, et le Pacte de Varsovie, qui apporte un soutien militaire, se dissolvent à leur tour.

[modifier] Chronologie indicative de la guerre froide<ref>Voir les grandes lignes de la Guerre froideHistoire de la Guerre froide</ref> en Asie de l’Est

  • 1er octobre 1949 : le Parti communiste chinois gagne la guerre civile et proclame la création de la République populaire de Chine. Indépendance de facto de Taiwan proclamée République de Chine. La présence navale É.-U. neutralise la reprise du conflit.
  • 25 juin - août 1950 : Offensive des troupes nord-coréennes en Corée du Sud.
  • 27 juin 1950 : Le président américain Truman envoie l’armée américaine soutenir la Corée du Sud après l’appel de l’ONU
  • Septembre - Octobre 1950 : Contre-offensive américaine en Corée
  • Novembre 1950 - janvier 1951 : Riposte de la Corée du Nord, soutenue par la Chine
  • Mars 1951 : Le front se stabilise.
  • 27 juillet 1953 : Les deux Corée signent un armistice.
  • août 1954-Mai 1955 : Bombardement intensifs d’îles dépendant de Taiwan par la RPC.
  • Août-Juillet 1958 : Bombardement intensifs des îles de Quemoy et de Matsu et affrontements navals et aériens entre la RPC et Taiwan. La présence de l’US Navy empêche le débarquement de troupes chinoises.
  • 20 décembre 1960 : Création du Front national de libération du Viêt Nam du Sud
  • Août 1964 : Accrochage entre les flottes américaines et nord-vietnamiennes dans le Golfe du Tonkin.
  • Mars 1965 : Les forces américaines décident d’intervenir au Viêt Nam
  • Janvier - février 1968 : Les Nord-Vietnamiens font avancer 70 000 hommes sur le Sud-Viêt Nam
  • Mai 1968 : Des négociations entre les différentes parties ont lieu
  • 1971 : La RPC est admise à l’ONU et obtient un siège permanent au Conseil de sécurité à la place de Taiwan qui est exclue de l’organisation.
  • Février 1972 : Visite de Richard Nixon en RPC.
  • 27 janvier 1973 : Accords de Paix de Paris. Retrait des troupes américaines
  • 17 avril : Prise de Phnom Penh par les Khmers rouges.
  • 30 avril 1975 : Saigon est prise par les Nord-Vietnamiens.
  • 25 avril 1976 : Élection d’une assemblée nationale vietnamienne.
  • Juin 1978 : 70 000 soldats Vietnamiens occupent une zone frontalière à l’intérieur du Cambodge
  • 1er janvier 1979 : les États-Unis reconnaissent Pékin en tant que capitale de la Chine et ferment leur ambassade à Taipei.
  • 7 janvier 1979 : Prise de Phnom Penh par le Viêt Nam
  • Février 1979 : Guerre sino-vietnamienne
  • Septembre 1989 : Retrait des forces vietnamiennes du Cambodge

[modifier] Résumé de la guerre froide

La guerre froide se caractérise par la division bipolaire du monde, entre l’Est dirigé par l’Union soviétique, socialiste, et l’Ouest dirigé par les États-Unis, capitaliste. Le « glacis » protecteur demandé par Staline en 1945 accélère grandement la formation des « deux Grands »<ref>Le monde se divise en deux camps : le bloc américain (l’Ouest) et le bloc soviétique (l’Est). Les blocs s’affrontent dans tous les domaines : idéologique, économique, scientifique, culturel, et militaire)Les nouveaux rapports internationaux, La Guerre Froide (1947-1989)</ref>. Durant le conflit entre le bloc occidental et le bloc communiste, le monde n’a jamais été aussi près d’une Troisième Guerre mondiale, principalement en 1962 lors de la crise des missiles de Cuba. Cependant, la peur d’une Troisième Guerre mondiale alimente le désir de supprimer les tensions, ce qui amène une détente.

  • Affrontement militaire : L’« Ouest » fonde l’OTAN, alors que l’Est forme le Pacte de Varsovie
  • Affrontement politique et idéologique : L’« Ouest » défend le capitalisme et la démocratie occidentale, tandis que l’Est défend le socialisme et la démocratie dite « populaire ».
  • Affrontement économique : L’« Ouest » se base sur la propriété privée et défend le plan Marshall, tandis que l’Est crée le COMECON et prône le régime socialiste (capitalisme d’État).Un affrontement économique basé sur la possession de l’énergie comme le pétrole ou les matières pour produire l’arme nucléaire se met en place dans cette guerre froide.
  • Affrontement religieux : L’« Ouest » est majoritairement chrétien, tandis que l’Est est officiellement athée.

[modifier] Sources

[modifier] Voir aussi

[modifier] Bibliographie

  • André Fontaine, La Guerre froide, 1917-1991, Paris, La Martinière, 2006, 572p.
  • Georges-Henri Soutou, La Guerre de Cinquante ans, Fayard, 2001.
  • Stanislas Jeannesson, La Guerre froide, La Découverte, Paris, 2002, 123p.
  • Lilly Marcou, La Guerre froide, l’engrenage, Bruxelles, Éditions Complexe, 1987, 275 p.
  • René Girault, La Loi des géants, 1941-1964 : Histoire des relations internationales contemporaines, III, Paris, Payot et Rivages, 2005, 541 p.

[modifier] Articles connexes

Wikimedia Commons propose des documents multimédia sur la guerre froide.

[modifier] Liens externes

[modifier] Notes et références

<references />
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