Georges Guingouin
Un article de Wikivisual, l'encyclopédie libre.
Georges Guingouin né le 2 février 1913, à Magnac-Laval (Haute-Vienne) et mort le 27 octobre 2005 à Troyes, est un militant du Parti communiste français rendu célèbre par le rôle de premier plan qu'il joua dans la Résistance française à la tête du maquis du Limousin qui lui valut le nom de « Préfet du maquis ». Après la guerre, il sera exclu du PCF et subira de nombreuses attaques sur cette période de la résistance. Accusé de meurtres et d'exactions, incarcéré en 1953, il ne sera lavé de tous soupçons qu'en 1959.
Sommaire |
[modifier] Biographie
[modifier] Jeunesse
Le père de George Guingouin était sous-officier de carrière, tué à Bapaume en 1914 et sa mère directrice d'école primaire, fille d'un ouvrier porcelainier. Guingouin est d'abord élève à l'école primaire supérieure de Bellac (Haute-Vienne), puis entre à l'École normale d'instituteurs de Limoges. Après son service militaire, il est nommé, en octobre 1935, instituteur à Saint-Gilles-les-Forêts (Haute-Vienne).
Il adhère au Parti communiste, devient secrétaire du « rayon » d'Eymoutiers, qui regroupe alors cinq cantons ruraux. Il écrit des articles de politique étrangère dans l'hebdomadaire du Parti, Le Travailleur du Centre.
[modifier] 1939-1944 Georges Guingouin et le maquis du Limousin
Mobilisé en 1939 en qualité de 2e classe, il est blessé à l'arcade sourcilière le 18 juin 1940, soigné à l'hôpital militaire de Moulins (Allier) qu'il quitte volontairement pour éviter d'être fait prisonnier. De retour à Saint-Gilles-les-Forêts, il reprend dans la clandestinité ses activités de militant communiste et rédige en août 1940 un Appel à la lutte. En septembre 1940, révoqué de ses fonctions d'enseignant, il reprend contact avec l'appareil clandestin du Parti et devient secrétaire fédéral de la Haute-Vienne. Il sort en janvier 41 le premier numéro du Travailleur limousin clandestin. Il écrira plus tard qu'il s'abstenait de toute attaque contre de Gaulle et le Royaume-Uni, s'écartant ainsi de la ligne officielle du Parti. En avril 1941, il prend le maquis, ce qui provoque l'étonnement de Gabriel Roucaute, l'un des représentants de la direction du Parti en zone Sud. Il organise dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre la première récupération à main armée de cartes d'alimentation, ce qui lui vaudra d'être condamné par contumace aux travaux forcés à perpétuité, par un tribunal militaire, en janvier 1942.
Il baptise ses premiers groupes armés « Francs Tireurs », à une époque où les FTPF ne sont pas encore créés. En mars 1942, alors que les communistes se sont franchement engagés dans la lutte armée, mais uniquement dans les centres urbains, Roucaute le somme d’arrêter son action. Il refuse et les relations avec le Parti deviennent tendues. Par la suite, il intégre les FTPF.
Surnommé « Le Grand » par les paysans, il met sur pied ses premiers maquis, notamment celui de la forêt de Châteauneuf-la-Forêt (Haute-Vienne). Certains types d'action qu'il mène le feront surnommer le « préfet du maquis » : en décembre 42, il tente de stopper les réquisitions de foin et de blé en faisant sauter la botteleuse d'Eymoutiers. Il constitue une unité fixe, la « 1re Brigade de Marche limousine » et des unités « volantes », à effectif variable.
Son unité sabote et détruit le viaduc de Bussy–Varache sur la ligne Limoges-Ussel, le 13 mars 1943 ; il ne sera pas reconstruit avant la fin de la guerre.
Dans la nuit du 9 mai 1943, à la demande des Britanniques, Guingouin dirige personnellement un commando qui sabote les chaudières de l'usine de caoutchouc de Palais-sur-Vienne, tout près de Limoges, et bloque ainsi pendant cinq mois la production de la deuxième usine de caoutchouc de France. Au retour, le commando échappe de peu à une embuscade de la gendarmerie.
Le 14 juillet 1943, le câble souterrain reliant la base sous-marine de Bordeaux à Berlin qui est saboté. A la suite de cette action, les Allemands exigent que des mesures sérieuses soient prises contre ce qu'ils appelaient « la petite Russie ». Sous la direction du Général Bois, 15 escadrons de la Garde, 12 escadrons de GMR et des forces supplétives de la gendarmerie sont envoyés dans le Limousin pour le « maintien de l'ordre ».
En août 1943, Georges Guingouin entreprend à nouveau d'empêcher les livraisons de blé aux Allemands en détruisant les batteuses. En tant que « Préfet du maquis », il réglemente les barêmes agricoles et les taux de blutage pour la fabrication du pain. A la même époque, il reçoit les premiers parachutages d'armes du SOE anglais revendique 150 partisans.
Pendant le mois de janvier 1944, il réunit au château de Ribérie 120 volontaires pour une formation militaire. Un peu plus tard, la division allemande du Général Brehmer attaque le fief de Guingouin, qui refuse le combat et disperse ses troupes.
En 1944, la Haute-Vienne compte environ 8 000 hommes armés. C'est le département qui en compte le plus. Avec la création des FFI et l'unification des FTPF aux autres mouvements de résistance (Armée Secrète, ORA), Georges Guingouin en assure le commandement. En mai 1944, les structures de la Résistance armée sont très confuses, puisqu'il existe à la fois une organisation commune, les FFI, mais que certains mouvements comme les FTPF ont gardé leur propre organisation.
Léon Mauvais avait pris la responsabilité des FTP en zone Sud. La direction des FTP en zone Sud était complètement indépendante de la Commission Militaire Nationale (CMN) de la zone Nord, présidée par Charles Tillon. Guingouin reçoit de Léon Mauvais l'ordre de prendre Limoges. Il refuse, estimant l'action prématurée et dangereuse pour la population, en s'appuyant sur l'expérience douloureuse de la "libération" de Tulle..
Après le débarquement en Normandie du 6 juin 1944, les maquisards de la Haute-Vienne sont mobilisés pour effectuer le plus grand nombre de sabotages possibles afin de paralyser les communications allemandes. La division Das Reich qui a quitté le Tarn-et-Garonne pour rejoindre la Normandie atteint Limoges le 9 juin. Le 10 juin, un détachement de la division Das Reich commet le massacre d'Oradour-sur-Glane. Le 10 juin au soir, des hommes de la « 1re brigade du Limousin » capturent le Sturmbannführer SS (Commandant) Kämpfe, considéré comme le héros de la division. Le général Lammerding, commandant la division Das Reich, demande sa libération en échange de 40 résistants emprisonnés. Guingouin, qui n'a pas eu connaissance du massacre d'Oradour, refuse ; le Sturmbannführer est fusillé, ce qui entraîne de nouvelles représailles, mais fait perdre 48 heures à la division Das Reich, qui ne repart vers la Normandie que le 12 au matin. Le retard de l'arrivée de la division allemande a été considéré par Eisenhower comme un élément important dans l'échec des Allemands à repousser les alliés à la mer.
Le 17, la « 1re brigade » est attaquée par la brigade allemande du général Von Jesser, ce qui déclanche la Bataille du Mont Gargan ; les maquisards perdent 97 hommes, contre 347 pour les Allemands. C'est une des rares victoire de la Résistance de l'Intérieur dans une bataille rangée.
Le 21 août, Guingouin encercle Limoges et reçoit la capitulation des troupes du général Gleiniger. Guingouin est nommé Lieutenant-colonel des FFI. Il est gravement mis en cause pour les exactions de l'épuration qui suit la Libération.
[modifier] Après 1944, les affaires "Guingouin"
Le 20 novembre 1944, Georges Guingouin est grièvement blessé au cours d'un accident de voiture (un sabotage du véhicule sera évoqué) et hospitalisé à Limoges. Il est réformé en avril 1945, après une longue convalescence.
En mai 1945, il est élu maire de Limoges. Il se marie peu après. Ses relations avec le Parti se détériorent alors rapidement : il n'est pas proposé pour siéger au Comité Central ni pour se présenter à la députation. A l'assemblée des élus municipaux communistes de France le 12 novembre 1945, il est l'objet d'une violente attaque de la part d'Auguste Gillot et, en 1947, il perd la mairie de Limoges au profit d'un socialiste, Léon Bétoulle.
Ce n'est qu'en 1952 que Georges Guingouin est relevé de ses fonctions au comité fédéral départemental et au comité de section ; il perd ainsi son statut de permanent du Parti communiste. Il demande alors sa réintégration dans l'enseignement. Il est nommé instituteur à Vistat juste avant d'être exclu du Parti communiste en novembre 1952. Il prend un nouveau poste d'instituteur dans l'Aube, département d'origine de sa femme.
Le 24 décembre 1953, il est convoqué devant le juge d'instruction de Tulle au sujet d'une affaire de meurtres de deux paysans dans laquelle sont accusés des membres de la Résistance, qui auraient agi sous son autorité, et il est incarcéré à la prison de Tulle. d'après Michel Taubmann, c'est le début d’une machination montée par des policiers et des magistrats qui avaient agi contre lui du temps de la Résistance. L’âme de cette machination est le commissaire de police C. qui jadis, en 1943, avait instrumenté contre lui lors de la destruction du viaduc de Bussy-Varache. A ses côtés, on trouve l’inspecteur A. qui, lui, avait enquêté sur l’affaire de l’enlèvement d’explosifs à la mine de St Léonard et qui lors du transfert d’un interné avait déclaré à celui-ci : “Ce n’est pas un autre que moi qui descendra le Grand”. Tabassé dans sa prison de Brive par des gardiens, inconscient , délirant, au lieu d’être transféré à l’hôpital pour recevoir les soins nécessités par son état, il est transporté de nuit à Toulouse où il il arrivera dans un état psychologique et physique très dégradé. La presse parlera de tentative de suicide. Les anciens résistants de la Haute Garonne, regroupés dans le Comité Départemental de la Résistance s’émeuvent et sous leur pression, le juge d’instruction charge trois experts, les docteurs Lafage, Planques et Becker d’examiner Guingouin du point de vue mental. Dans leur rapport ils font état des traces des sévices qu’il a subis, ils écriront : “que l’état de Guingouin inspire de réelles inquiétudes pour sa vie”. Il sera finalement libéré mais il faudra attendre que le 13 novembre 1959, à Lyon le magistrat Thomas chargé de requérir contre lui déclare : “ne pas comprendre, en son âme et conscience, qu’on ait envisagé des poursuites contre Georges Guingouin”. Il bénéficiera donc d’un non-lieu.
Le 21 novembre 2001, lors d'une conférence devant les professeurs d'histoire de l'Aube, Georges Guingouin déclarait « Arrêté à la veille de Noël 1953, incarcéré à la prison de Brive, je devais y subir de tels sévices que, par deux fois, je parcourus le chemin des agonisants qui revoient leur vie à l'envers dans leurs derniers instants jusqu'à l'éblouissante lumière. »
En mars 1957, il adhère au Mouvement communiste démocratique et national d'Auguste Lecoeur et Pierre Hervé. En 1961, il entre en pourparlers avec le Parti communiste en vue d'une réintégration ; on lui offre, affirme-t-il, « de le réintégrer dans le Parti, moyennant son silence », et il refuse. Il se consacre à son métier d'instituteur et prend sa retraite en 1969.
En 1985, le journal d'extrême-droite Le Crapouillot, repris par Minute, met en cause Guingouin sur des actions précises auxquelles sa participation n'a jamais pu être établie avec certitude : il est rendu responsable des exécutions sommaires commises dans la région de Limoges. Georges Guingouin porte plainte et reçoit à cette occasion le soutien des membres du conseil général de la Haute-Vienne.
[modifier] Ecrits de Georges Guingouin
- Georges Guingouin, Quatre ans de lutte sur le sol limousin, Hachette-Littérature, 287 p., 1974.
- G. Guingouin et G. Monediaire, Georges Guingouin-Premier maquisard de France, Éditions Lucien Souny, 1983
- Intervention de Georges Guingouin à la conférence-débat réunissant les professeurs d'histoire du département de l'Aube sous la présidence de l'inspecteur d'académie, Jacques Marchal à Troyes, le 21 novembre 2001
[modifier] Autres sources
- Taubmann, Michel, Georges Guingouin ou la geste du Grand , article paru sur le site Reforme.net au moment de sa mort (http://www.reforme.net/archive/article.php?num=3150&ref=1012)
- Jean Maitron, article in Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Editions ouvrières.
- Robrieux Philippe, Histoire intérieure du Parti Communiste, Tomes 2 et 4, Fayard, 1980-84
- Bourdrel, Philippe, L'épuration sauvage 1944-45, Perrin, 2002
- Trouillé, Pierre, Journal d'un préfet sous l'occupation, Gallimard, 1964
- Taubmann, Michel, L'affaire Guingouin, la véritable histoire du premier maquisard de France, Editions Lucien Souny, 1994-2004
- R.Faligot, R.Kaufer, Les Résistants, Fayard, 1989
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
- Histoire du parti communiste français
- Résistance intérieure française
- Maquis du Limousin
- Massacre d'Oradour-sur-Glane
[modifier] Liens externes
- http://crdp.ac-reims.fr/cddp10/actions/CNRD/2002/Bio.doc
- http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/445.html
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
Histoire – France – IIe République – IIIe République – IVe République – Ve République | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
| Image:BLASONLIMOUSIN.PNG | Portail du Limousin – Accédez aux articles de Wikipédia concernant le Limousin. |

