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Francoprovençal

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A ne pas confondre avec le provençal. Image:Confusion.svg

  Francoprovençal, Arpitan
(patois)
 
Parlé en France, Italie, Suisse
Région Savoie, Dauphiné, Lyonnais, Forez, Bresse, Bugey, Franche-Comté, Suisse romande, Valais, Piémont, Val d'Aoste, Pouilles
Nombre de locuteurs 77 000
Classement
Typologie Syllabique
Classification par famille
 -  Langues indo-européennes

    -  Langues italiques
       -  Langues romanes
          -  Langues italo-occidentales
             -  Langues gallo-romanes
                -  Langues d'oïl
                   -  Francoprovençal

(Classification SIL - simplifiée)
Statut officiel et codes de langue
Langue officielle de Protégée par un statut en région autonome du Val d'Aoste
Régi par
ISO 639-1
ISO 639-2 roa
ISO/DIS
639-3
frp(en)
SIL FRA
Voir aussi : langue, liste de langues, code couleur

</div>

Le francoprovençal ou arpitan constitue l'une des trois grandes langues gallo-romanes avec l'occitan (ou langue d'oc) et la langue d'oïl (dont le français qui est l'un de ses dialectes). Cet ensemble de parlers qui n'a jamais connu une norme unique, en régression, a subi un morcellement en de nombreux dialectes. Présentant tantôt des traits communs avec les parlers de langue d'oïl (d'où le nom franco) et ceux de langue d'oc, (d'où le nom de provençal), elle n'en est pas pour autant un mélange de français et d'occitan, mais constitue un groupe linguistique gallo-roman distinct.

Sommaire

[modifier] Franco-provençal, francoprovençal, arpitan

L'invention du substantif franco-provençal remonte au linguiste italien Graziadio Isaia Ascoli en 1873 : « J'appelle franco-provençal un type linguistique qui réunit, en plus de quelques caractères qui lui sont propres, d'autres caractères dont une partie lui est commune avec le français (un des dialectes de langues d'oïl) et dont une autre lui est commune avec le provençal, et qui ne provient pas d'une tardive confluence d'éléments divers, mais au contraire atteste de sa propre indépendance historique, peu différente de celle par lesquelles se distinguent entre eux les autres principaux types romans.» Ce mot est désormais écrit sans trait d'union afin d'éviter la confusion et de souligner le caractère indépendant de cette langue. Le terme arpitan qui a l'avantage d'être sans rapport ni avec la langue d'oïl, ni avec la langue d'oc lui est de plus en plus préféré. Historiquement il s'agit pour les trois-quarts des territoires définis comme faisant partie de l'ancienne Allobrogie pré-romaine.

La suppression du trait d'union traduit lexicalement la volonté de créer une identité propre et plus marquée ; elle vise également à éviter de suggérer que la langue se borne à une simple juxtaposition d'éléments d'oïl et d'oc. Enfin, « le mot arpitan dépasse le cadre linguistique tout en l'englobant. Ce terme représente, à la fois la langue prise dans sa globalité et la volonté assez nouvelle, de la conserver avec son terreau socioculturel voué lo dzor é pe demàn (pour aujourd'hui comme pour demain).» (Dominique Vuillerot, La Voix des Allobroges).

Ce dernier substantif tend à se répandre de nos jours. Il s'agit d'un terme créé au XXe siècle par des linguistes, forgé à partir de la racine arp-, variante locale de alp-, et qui désigne la montagne - et non pas particulièrement les Alpes. Certains jugent son utilisation impropre pour désigner l'ensemble des dialectes francoprovençaux car il relève, à l'origine, des régions alpines ou jurassiques de la zone linguistique. Ethnologue.com, organisme qui attribue les codes pour le traitement exhaustif des langues, considère toutefois le mot arpitan comme un synonyme de francoprovençal dans sa globalité, tout comme quelques associations et médias situés ou non dans les régions arpitanes / francoprovençales.

À l'instar du mot Occitanie, repris pour désigner l'ensemble des territoires de langue d'oc, le néologisme Arpitanie se retrouve çà et là, depuis les années 1970, pour nommer cet ensemble linguistique sans unité politique. Les locuteurs arpitans utilisent souvent le terme patois pour qualifier leur idiome.

[modifier] Aire de diffusion de l'arpitan

 L'aire francoprovençale (ou arpitane) - source: Centre de dialectologie de l'Université de Neuchâtel
L'aire francoprovençale (ou arpitane) - source: Centre de dialectologie de l'Université de Neuchâtel

Le territoire linguistique de l'arpitan est délimité, inclusivement, par les régions suivantes (dans le sens des aiguilles d'une montre) :

[modifier] en France

Note : Ce n'est que la partie Nord du Dauphiné qui est dans la zone franco-provençale. Les départements de la Drôme et des Hautes-Alpes sont occitans ( sauf le nord de la Drôme et La Grave). La majeure partie de l'Isère est francoprovençale.

[modifier] en Suisse

  • tout l'espace romand, à l'exception de la frange nord-ouest du canton du Jura qui fait partie des parlers d'oïl.

[modifier] en Italie

Ala di Stura, Almese, Alpette, Avigliana/Veillane, Balme/Barmes, Borgone Susa/Bourgon, Bruzolo, Bussoleno/Bussolin, Cantoira/Cantoire, Caprie, Carema/Carême, Castagnole Piemonte, Ceres/Cérès, Ceresole Reale/Cérisoles, Chialamberto/Chalambert, Chianocco/Chanoux, Chiusa di San Michele/L'Ecluse, Coassolo Torinese, Coazze/Couasse, Condove/Condoue, Corio/Cory , Frassinetto/Frassinet, Germagnano/Saint-Germain, Giaglione/Jaillons, Giaveno/Javein, Gravere/Gravière, Groscavallo/Groscaval, Ingria, Lanzo Torinese/Lans-L'hermitage, Lemie, Locana, Mattie, Meana di Susa/Méans, Mezzenile/Mesnil, Mompantero/Montpantier, Moncalieri/Moncallier, Monastero di Lanzo/Moutiers, Moncenisio/Montcenis, Noasca, Novalesa/Novalaise, Pessinetto/Pessinet, Pont-Canavese/Pont-en-Canavais, Quincinetto, Ribordone/Ribardon, Ronco Canavese/Ronc, Rubiana/Rubiane, San Didero/Saint Didier, San Giorio di Susa/Saint-Joire, Sant'Ambrogio di Torino/Saint-Ambroise, Sant'Antonino di Susa/Saint-Antonin, Sparone/Esparon, Susa/Suse, Traversella/Traverselle, Traves/Travey, Usseglio/Ussel, Vaie/Vaye, Valchiusella/Chausselle, Valgioie/Valjoie, Valprato Soana/Valpré, Venaus/Vénaux, Villar Dora, Villar Focchiardo/Villar-Fouchard, Viù/Vieu.

+ une partie de la commune de Trana et le hameau de Grandubbione

Note : Les vallées plus méridionales (Haute vallée de Suse, Val du Cluson...) du Piémont parlent l'occitan.

[modifier] Historique

La définition historique du francoprovençal reste au mieux délicate. La région était peuplée dès le paléolithique, comme en témoignent divers restes mégalithiques, notamment le cromlec'h du col du Petit-Saint-Bernard. L'héritage linguistique de ce peuplement primitif se limite à la toponymie et à l'hydronymie (Arrondine, Arve, Alpes, Truc, Bec, etc.) ; le mot chalet, popularisé par J.J. Rousseau, dérive également d'une hypothétique racine ligure (comprendre : préceltique) cal-, abri (le francoprovençal alpin possède un mot cheutâ signifiant abri).

Vinrent ensuite les celtes, dont l'archétype archéologique, la civilisation de La Tène, a précisément pris naissance sur le territoire francoprovençal actuel. Allobroges, Ceutrons en val d'Isère, Salasses en Val d'Aoste, autant de tribus qui se fixeront dans la zone arpitane. Leur influence demeure perceptible isolément dans le lexique commun : méleze, nant (< *nantu, vallée), balme (< *balma, trou), etc. ; elle occupe une place significative en toponymie.

Comme toutes les langues romanes, le francoprovençal dérive cependant majoritairement du latin. Cette descendance a pu être colorée (quoique cela demeure débattu) par la présence du superstrat burgonde. Le philologue Pierre Bec estime que le francoprovençal constituerait la première branche divergente du groupe des parlers d'oïl (cf. Morphologie), et situe cette divergence aux alentours du VIIIe siècle ou IXe siècle. Le bloc d'oïl aurait continué à évoluer, le francoprovençal faisant preuve d'un conservatisme important. Le « patois » moderne continue en effet à recourir à des termes médiévaux pour certains actes courants (bayâ pour donner, pâta pour chiffon, s'moussâ pour se coucher, etc.). Désormaux écrit à ce sujet dans la préface de l'excellent Dictionnaire savoyard : « Le caractère archaïque des patois savoyards est frappant. On peut le constater non seulement dans la phonétique et dans la morphologie, mais aussi dans le vocabulaire, où l'on retrouve nombre de mots et de sens disparus dans le français propre. […] » En outre, le francoprovençal partage certaines évolutions phonétiques primitives avec le vieux français, mais non les plus récentes. Certains traits le rattachent à l'occitan (voir le chapitre Morphologie).

[modifier] Littérature

Cette langue n'a jamais pu s'élever au niveau de ses trois grandes voisines d'oïl, d'oc et « de sì » (italien). Le morcellement politique (découpage entre la France, la Suisse, la Savoie/Sardaigne, le Piémont) et géographique, ainsi que l'abandon, dans les grandes centres urbains comme Lyon, Grenoble ou Genève, du parler vernaculaire en faveur de la langue d'oïl véhiculaire, expliquent la faiblesse du corpus littéraire existant. Les premières traces écrites remontent au XIIe siècle et XIIIe siècle. Il s'agit d'un long texte du XIIIe siècle écrit en dialecte lyonnais, la Vie de sainte Béatrice d'Ornacieux, dû à Marguerite d'Oingt (et non de Duingt, comme l'a cru malencontreusement Champollion), dont voici un extrait :

« § 112 : Quant vit co li diz vicayros que ay o coventavet fayre, ce alyet cela part et en ot mout de dongiers et de travayl, ancis que cil qui gardont lo lua d'Emuet li volissant layssyer co que il demandavet et que li evesques de Valenci o volit commandar. Totes veys yses com Deus o aveyt ordonat oy se fit.»

À partir du XVIe siècle, on recense de nombreuses transcriptions de chansons, poésies, fragments, etc. Nous extrayons ci-après quelques informations biographiques de nouveau du Dictionnaire savoyard de A.Constantin et J.Désormaux (voir Bibliographie).

  • 1520 : Chanson de la Complanta et désolation dé Paitré, patois de Genève, retranscrit au XVIIe siècle.
  • 1547 : Placard de huit lignes en patois de Genève, dans Recherches sur le patois de Genève, par Eugène Ritter.
  • 1555 : Noelz et chansons nouvellement composez tant en vulgaire francois que savoysien dict patois, Nicolas Martin, Lyon. En patois mauriennais.

Etc.

Un poème épique de 10000 lignes du milieu du XIIe siècle, Girart de Roussillon, est parfois considéré comme du franco-provençal, et en présente indubitablement certains caractères, bien qu'une édition moderne le présente comme un mélange de formes françaises et occitanes (Price, 1998).

Une longue tradition littéraire franco-provençale existe bien qu'aucune forme écrite prévalente ne soit identifiée. Un fragment du début du XIIe siècle contenant 105 vers d'un poème sur Alexandre le Grand semble être le plus ancien écrit connu. "Girart de Roussillon", une épopée de 10.002 lignes de la moitié du XIIe siècle, a été rédigée en franco-provençal. Il contient certainement des caractéristiques franco-provençales importantes, cependant l'éditeur d'une édition de ce travail qui fait autorité affirme que la langue utilisée est un mélange de formes française et occitanes (Price, 1998). Un document important de la même période contenant une liste de vassaux du comté du Forez n'est pas sans intérêt littéraire.

Parmi les premiers écrits historiques en ce langage figurent des textes rédigés par des notaires qui apparaissent au XIIIe siècle lorsque le latin commença à être abandonné par l'administration officielle. On peut citer la traduction du Corpus Juris Civilis (connu également sous le terme de Code Justinien) dans la langue vernaculaire parlée à Grenoble. Des ouvrages religieux ont également été traduits ou conçus en dialecte franco-provençal dans des monastères de la région. "La Légende de Saint Barthélemy" est l'un de ces ouvrages, écrit en patois lyonnais, qui ont survécus au 13e siècle. Marguerite d'Oingt (env. 1240-1310), une religieuse de l'Ordre des Chartreux, a écrit deux longs textes particulièrement remarquables en dialecte lyonnais. Voici un extrait du texte original de "La vie de Sainte Béatrice d'Ornacieux" :

§ 112 : « Quant vit co li diz vicayros que ay o coventavet fayre, ce alyet cela part et en ot mout de dongiers et de travayl, ancis que cil qui gardont lo lua d'Emuet li volissant layssyer co que il demandavet et que li evesques de Valenci o volit commandar. Totes veys yses com Deus o aveyt ordonat oy se fit. »

Au début du XVIIe siècle, de nombreux textes en francoprovençal voient le jour à l'occasion des conflits religieux entre les 'réformateurs' calvinistes et les catholiques conservateurs soutenus par le duché de Savoie. Parmi les plus connus, on trouve "Cé qu'é laínô" ("Celui qui est en haut"), rédigé en 1603 par un auteur inconnu. Ce long poème narratif décrit une attaque de l'armée savoyarde qui provoqua de forts sentiments patriotiques. Ce poème est devenu plus tard l'hymne de la République de Genève. Voici les trois premières strophes en dialecte genevois avec leur traduction française:

</TR> </table> </CENTER> <p> <p> Pendant la période qui suivit, de nombreux écrivains composèrent des textes satiriques, moralisateurs*, poétiques, comiques et des textes pour le théâtre, ce qui indique bien la grande vitalité de la langue francoprovençale de l'époque. Parmi ces textes: Bernardin Uchard (1575–1624), auteur et auteur dramatique de Bresse; Henri Perrin, auteur de comédie, de Lyon; Jean Millet (1600?–1675), auteur de comédies, de poésie pastorale et d'autres poèmes, de Grenoble; Jacques Brossard de Montaney (1638–1702), compositeur de chants pour chœur* et de comédies, de Bresse; Jean Chapelon (1647–1694), un écrivain qui a écrit plus de 1,500 chants pour choeur, chansons, épîtres, et dissertations, de Saint-Étienne; et François Blanc dit la Goutte (1690–1742), écrivain de poèmes en prose, y compris "Grenoblo maléirou" sur la grande inondation de Grenoble en 1733. Parmi les auteurs du 19è siècle, on trouve Guillaume Roquille]] (1804–1860), poète appartenant à la classe ouvrière, de Rive-de-Gier près de Saint-Chamond, ainsi que Joseph Béard (1805–1872) de Rumilly. <p> Jean-Baptiste Cerlogne (18261910), abbé à qui on reconnaît le mérite d'avoir promu* l'identité culturelle du val d'Aoste par sa poésie (entre autres "L'infan predeggo", 1855) et par ses premiers travaux scientifiques. (Le Concours Cerlogne – une manifestation annuelle qui porte son nom – permet depuis 1963 de sensibiliser des milliers d'étudiants italiens à la nécessité de conserver la langue de la région, sa littérature et son héritage.) <p> Amélie Gex (1835, La Chapelle-Blanche, (Savoie)–1883, Chambéry),la grande poétesse savoyarde a écrit aussi bien en son patois natal qu'en [francais]. Elle fut une avocate passionnée de sa langue. Les thèmes de son œuvre comprennent le travail, les thèmes lyriques, l'amour, la perte tragique de l'être aimé, la nature, le temps qui passe, la religion et la politique. Beaucoup considèrent ses contributions littéraires comme les plus importantes de cette langue. On compte parmi ses œuvres: "Reclans de Savoie" (Les Echos de Savoie, 1879), "Lo Cent Ditons de Pierre d’Emo" (Les Cent dictons de Pierre du bon sens, 1879), "Fables" (1898), and "Contio de la Bova" (Les Contes de l’Etable, -date?-). Certains de ses écrits en français sont sur le point d'être imprimés*. <p> C'est à la fin du XIXe siècle que les dialectes francoprovençaux régionaux se sont mis à disparaître. Les principales raisons en furent l'expansion du français dans tous les domaines de la vie* mais aussi l'émigration des campagnards vers les centres urbains. C'est à cette époque que des sociétés savantes culturelles et régionales se sont mis à collectionner les contes, les proverbes et les légendes au contact des locuteurs natifs. Cette transcription continue aujourd'hui. De très nombreux travaux ont été publiés. Parmi ceux-ci voici un extrait en patois Neuchâtelois de "Le renâ à Dâvid Ronnet" ("Le renard de David Ronnet"), tiré de “Le Patois Neuchâtelois” (Favre, 1894, p. 196): <p>
« Aë-vo jamai ohyi contâ l'istoire du renâ que Dâvid Ronnet a tioua dé s'n otau, à Bouidry ? Vo peuté la craëre, è l'é la pura veurtâ.
<p>
Dâvid Ronnet êtaë én' écofi, on pou couédet, qu'anmâve grô lé dzeneuillè; el é d-avaë mé d'èna dozân-na, avoué on poui que tsantâve dé viadze à la miné, mâ adé à la lévaye du solet. Quaë subiet de la métsance! mé z-ami ! E réveillive to l'otau, to lo vesenau; nion ne povaë restâ u llie quan le poui à Dâvid se boétàve à rélâ. Ç'tu poui étaë s'n orgoû.
<p>
Le gran mataë, devan de s'assetâ su sa sulta por tapa son coëur & teri le l'nieu, l'écofi lévâve la tsatire du dzeneuilli por bouèta feur sé dzeneuillé & lé vaër cor dè le néveau. E tsampâve à sé bêté dé gran-nè, de la queurtse, du pan goma dè du lassé, dé cartofiè coûtè, & s'amouésâve à lé vaër medzi, se roba lé pieu bé bocon, s'énoussa por pieu vite s'épyi le dzaifre. (...) »
<p>
"Avez-vous déjà entendu l'histoire du renard que David Ronnet a tué chez lui, à Boudry? Vous pouvez y croire; c'est la pure vérité.
<p>
David Ronnet était un cordonnier plutôt travailleur qui aimait beaucoup les poules; il en avait plus d'une douzaine, avec un coq qui parfois chantait à minuit, mais toujours au lever du soleil. Quel grabuge, mes amis! Ca réveillait toute la maison, tout le voisinage; personne ne pouvait rester au lit quand le coq de David commençait à crier. Ce coq était son orgueil.
<p>
De grand matin, avant de s'asseoir sur son siège pour battre son cuir et [en] tirer les semelles*, le cordonnier levait la porte du poulailler pour faire sortir ses poules et les regarder courir dans le porche. Il lançait à ses bêtes des grains, de l'avoine, du pain trempé dans du lait, des pommes de terres cuites, et il s'amusait à les voir manger, se voler* les plus grands morceaux, se hâter* pour plus vite se remplir l'estomac. (…)"
<p> Au XXe siècle, les écrivains les plus célèbres pour leur utilisation du patois sont: Prosper Convert (18521934), le barde de Bresse; Louis Mercier (18701951), chanteur populaire et auteur de plus de douze volumes de prose , de Coutouvre, près de Roanne; Just Songeon (1880–1940), auteur, poète et activiste, de La Combe, Sillingy près d' Annecy; Eugénie Martinet (1896–1968), poétesse d'Aoste; and Joseph Yerly (1896–1961) de Gruyères dont les œuvres complètes ont été publiées dans "Kan la téra tsantè" ("Quand la terre chantait"). <p> Ceux qui s'intéressent à lire dans cette langue rare une œuvre bien connue pourront se procurer "Lo Petsou Prince";, une édition de référence du classique d' Antoine de Saint-Exupéry' "Le Petit Prince" , écrite par Raymond Vatherin (traducteur), (Gressan, Aosta: Wesak Editions, 2000), ISBN 88-87719-00-4. Voici les premières lignes de la deuxième partie du conte en patois Valdôtain: <p>
« L’y est chouë s-an, dz’ëro restà arrëto pe lo déser ci Sahara. Quaque tsousa se s’ëre rontu dedin lo moteur de mon avion. Et di moman que dz’ayò avouë mè mecanichen, ni passadzë, dze m’apprestavo de tenté, solet, euna reparachon defecila. L’ëre pe mè euna questson de via o de mor. Dz’ayò dzeusto praou d’éve aprë p’euna vouètèina de dzor.
La premiëre nët dze me si donque indrumi dessu la sabla a pi de meulle vouet cent et cinquante dou kilomètre d’un bocon de terra abitàye. Dz’ëro bien pi isolà d’un nofragà dessu euna plata-fourma i menten de l’ocean. Donque imaginade mina surprèisa, a la pouinte di dzò, quan euna drola de petsouda voéce m’at revèillà. I dijet:
-- Pe plèisi...féi-mè lo dessin d’un maouton tseque ! »
En l'an 2000, les Editions des Pnottas, ISBN 2-940171-14-9 ont publié le premier livre de bande dessinée en francoprovençal (dialecte savoyard), "Le rebloshon que tyouè !" ("Le fromage qui tue!"), dans la série "Fanfoué des Pnottas", illustré par Félix Meynet, et conçu par Pascal Roman pour le texte. On a aussi traduit en francoprovençal deux bandes dessinées tirées des "Aventures de Tintin: "Lé Pèguelyon de la Castafiore" ("Les bijoux de la Castafiore") en dialecte bressan, ISBN 2-203009-30-6, and "L'Afére Pecârd" ("The Calculus Affair") en francoprovençal ORB*. Ces deux livres, à l'origine écrits et illustrés par Hergé (Georges Remi), ont été publiés en 2006 aux éditions Casterman. Confiné à l'expression orale, le francoprovençal a cependant relativement bien survécu jusqu'au début du XXe siècle, malgré son morcellement, dans les populations rurales. L'isolement relatif des vallées alpines, conjugué à un faible solde migratoire avant la révolution industrielle, expliquent ce maintien.

[modifier] Diffusion actuelle

Le francoprovençal a longtemps été socialement déconsidéré, au même titre que les dizaines d'autres patois qui faisaient la richesse linguistique de la France. Il disparaît rapidement de France et de Suisse (sauf dans la Gruyère fribourgeoise et dans des zones isolées du canton du Valais) ; la France ne reconnaît même pas son existence en tant que langue régionale, cependant il est enseigné dans plusieurs collèges de Savoie et d'Italie. Dans quelques villages du Valais suisse (Evolène, Savièse ou Nendaz), l'arpitan demeure encore la langue vernaculaire, les habitants n'employant pas spontanément le français pour parler entre eux.

Sa perpétuation en Val d'Aoste s'explique par des raisons politiques et historiques. Toutefois, le « patoa » (ainsi dénommé par les Valdôtains eux-mêmes) régresse considérablement à Aoste et dans la vallée de la Doire baltée (voir l'article sur le Val d'Aoste) ; il se maintient plus aisément dans les localités des vallées latérales (Cogne, Champorcher, Valsavarenche…), moins cosmopolites, où l'idiome participe également d'une certaine revendication identitaire, dans la lignée de l'action d'Émile Chanoux.

Depuis 2004, l'Alliance culturelle arpitane s'efforce de « rendre visible » l'arpitan sur la place publique avec des projets d'envergure (information, édition, méthode d'apprentissage, promotion de l'idée d'une orthographe unifiée).

[modifier] Morphologie

Traits caractéristiques :

Contrairement à l'occitan, qui ignore les voyelles fermées, et au français, qui en fait un usage « normal », le locuteur francoprovençal ferme systématiquement un grand nombre de voyelles. Ex : machon, maison, prononcé mâchon.
  • Amuïssement des voyelles entravées et non-accentuées :
Exemples : ramasse, balai, prononcé le plus souvent /rmassâ/. Mindya, manger, devient /mdyâ/. Peutet, enfant, prononcé /ptêt/, etc.
Suivant les vallées, [k] devant voyelle aboutit à /ch/ (régulièrement), /ts/, /st/ ou encore à l'interdentale /th/. On a ainsi lat. campus > /chan/, /stan/, /tsan/, /than/.
  • Évolution, comparable au français de /a/ vers /ie/ après la palatalisation
canem > /tsien/ ; cadere > /tsiere/ ; caput > /tsief/ ; etc.


[modifier] Comparaison de mots

Le tableau ci-dessous compare des mots francoprovençaux à leurs équivalents dans différentes langues romanes, plus le latin pour référence. On remarque notamment l'évolution du "p" latin en "v", du "c" et "g" en "y", et la disparition du "t" et "d". Il y a plus de similitude avec le français, qu'avec les autres langues romanes en comparaison.


Cé qu'è lainô, le Maitre dé bataille,
Que se moqué et se ri dé canaille;
A bin fai vi, pè on desande nai,
Qu'il étivé patron dé Genevoi. <P> </TD>

<P> Celui qui est en haut, le Maître des batailles,
Qui se moque et se rit des canailles
A bien fait voir, par une nuit de samedi,
Qu'il était patron des Genevois. <P>

<P> I son vegnu le doze de dessanbro
Pè onna nai asse naire que d'ancro;
Y étivé l'an mil si san et dou,
Qu'i veniron parla ou pou troi tou. <P>

<P> Ils sont venus le douze de décembre,
Par une nuit aussi noire que d'encre;
C'était l'an mil six cent et deux,
Qu'ils vinrent parler un peu trop tôt. <P>

<P> Pè onna nai qu'étive la pe naire
I veniron; y n'étai pas pè bairè;
Y étivé pè pilli nou maison,
Et no tüa sans aucuna raison. <P>

<P> Par une nuit qui était la plus noire,
Ils vinrent; ce n'était pas pour boire:
C'était pour piller nos maisons,
Et nous tuer, sans aucune raison. <P>

Latin Francoprovençal Français Catalan Occitan Italien
clavisclâclef / cléclauclauchiave
cantarechantarchantercantarcantarcantare
capracabra / chiévrachèvrecabracabracapra
lingualengalanguellengualenga / lengualingua
nox, noctisnuetnuitnitnuèit / nuèchnotte
sapo, saponissavonsavonsabósabonsapone
sudaresuarsuersuarsusarsudare
vitaeviavievidavidavita
pacarepayerpayerpagarpagarpagare
plateaplaceplaceplaçaplaçapiazza
ecclesiaégléséégliseesglésiaglèisachiesa
caseus (formaticus)tôma / fromâjofromageformatgeformatgeformaggio

[modifier] Nombres

Le francoprovençal utilise le système décimal. Cela se retrouve en français régional pour les 70, 80 et 90 (70 sèptanta /sɛˈtɑ̃tɑ/, 80 huitanta /vwiˈtɑ̃tɑ/, 90 nonanta /noˈnɑ̃tɑ/). Cependant les dialectes occidentaux utilisent le vigésimal (base 20) pour 80, i.e. quatro-vingt /katroˈvɛ̃/.

[modifier] Liste des dialectes franco-provençaux

France Suisse Italie Dialectes de transition (France)
  • Charolais (Franco-Provençal → Langue d'Oïl)
  • Mâconnais (Franco-Provençal → Langue d'Oïl)

[modifier] Comparaison dialectale

L'orthographe diffère selon les auteurs. Martin (2005), donne l'exemple entre Bressan et Savoyard.

Français Francoprovençal/arpitan Savoyard Bressan
Bonjour! Bonjor ! /bɔ̃ˈʒu/ /bɔ̃ˈʒø/
Bonne nuit! Bôna nuet ! /bunɑˈne/ /bunɑˈnɑ/
Au revoir! A revêr ! /arˈvi/ /a.rɛˈvɑ/
Oui Ouè /ˈwɛ/ /ˈwɛ/
Non Nan /ˈnɑ/ /ˈnɔ̃/
Peut-être T-èpêr / Pôt-étre /tɛˈpɛ/ /pɛˈtetrə/
S'il vous plait S'el vos plét /sivoˈple/ /sevoˈplɛ/
Merci! Grant marci ! /grɑ̃maˈsi/ /grɑ̃marˈsi/
Un homme On homo /on ˈomo/ /in ˈumu/
Une femme Na fena /nɑ ˈfɛnɑ/ /nɑ ˈfɛnɑ/
L'horloge Lo relojo /lo rɛˈloʒo/ /lo rɛˈlodʒu/
Les horloges Los relojos /lu rɛˈloʒo/ /lu rɛˈlodʒu/
La rose La rousa /lɑ ˈruzɑ/ /lɑ ˈruzɑ/
Les roses Les rouses /lɛ ˈruzɛ/ /lɛ ˈruze/
IL mange. Il menge. /il ˈmɛ̃ʒɛ/ /il ˈmɛ̃ʒɛ/
Elle chante. Le chante. /lə ˈʃɑ̃tɛ/ /ɛl ˈʃɑ̃tɛ/
Il pleut. O pluvinye. /o ploˈvɛɲə/
Il pleut. O brolyasse. /u brulˈjasə/
Quelle heure est-il ? Quint' hora est ? /kɛ̃t ˈørɑ ˈjɛ/
Quelle heure qu'il est ? Quâl' hora qu'el est ? /tjel ˈoʒɑ ˈjə/
Il est 6:30. El est siéx hores et demi. /ˈjɛ siz ˈørɑ e dɛˈmi/
Il est 6:30. El est siéx hores demi. /ˈɛjɛ siʒ ˈoʒə dɛˈmi/
Comment vous vous appelez ? Tè que vos éds niom ? /ˈtɛk voz i ˈɲɔ̃/
Comment vous vous appelez ? Coment que vos vos apelâds ? /kɛmˈe kɛ ˈvu vu apaˈlo/
Je suis content de vous voir. Je su bonéso de vos vér. /ʒə sɛ buˈnezə də vo vi/
Je suis content de vous voir. Je su content de vos vére. /ʒɛ si kɔ̃ˈtɛ də vu vɑ/
Parlez-vous patois ? Prègiéds-vos patouès ? /prɛˈʒi vo patuˈe/
Parlez-vous patois ? Côsâds-vos patouès ? /koˈʒo vu patuˈɑ/

Lien externe: Atlas linguistique parlant d'une région alpine: entre francoprovençal et occitan - Site multimédia de l'Université de Grenoble avec plus de 700 mots et expressions recueillis auprès de locuteurs natifs. Quinze thèmes principaux ont été regroupés. Cet atlas montre la transition phonologique et géographique du franco-provençal dans le Nord à l'occitan dans le Sud.

[modifier] Toponymes

La principale source de survivance du franco-provençal se fait dans les noms de hameaux, pays, bourgs et villes de l'aire de l'arpitan. Les suffixes en -az, -oz (-otz), -uz, -ax, -ex, -ux, -oux, et -ieux (-ieu) en sont caractéristiques. Ils indiquaient la syllabe accentuée. La dernière consonne est rarement prononcée, ou bien sa prononciation indique l'origine étrangère du locuteur. Pour les noms multisyllabiques, “z” indique l'accentuation sur la première syllabe, et “x” sur la dernière , ex : Chanaz: /ˈʃɑ.nɑ/ ( shana ); Chênex: /ʃɛˈne/ ( shè ). Exemples:

[modifier] France

  • Ain: Outriaz, Seillonnaz, Ordonnaz, Culoz, Marboz, Contrevoz, Oyonnax, Sonthonnax-la-Montagne, Gex, Echenevex, Chevroux, Lescheroux, Jujurieux, Civrieux, Misérieux, Toussieux, Ceyzérieu, Pugieu, Perrex, Niévroz, Lagnieu, Lompnaz, Lompnieu
  • Ardèche : Boulieu,
  • Doubs: Saraz, Éternoz, Bolandoz, La Cluse-et-Mijoux, Montmahoux.
  • Jura: Saffloz, Vertamboz, Morez, Lajoux, Le Vaudioux.
  • Savoie: Chanaz, Sonnaz, Motz, Lovettaz, Séez, La Motte-Servolex, Ontex, Verthemex, Avrieux, Ruffieux, Chindrieux, Champagneux
  • Haute-Savoie: La Clusaz, Viuz-en-Sallaz, Marcellaz, Aviernoz, Chevenoz, Charvonnex, Chênex, Seytroux, Combloux.
  • Rhône: Jarnioux, Ouroux, Rillieux-la-Pape, Sermenaz, Grézieu-la-Varenne, Vénissieux, Meyzieu.
  • Loire: La Tour-en-Jarez, Razoux, Chénieux, Ecullieux, Aveizieux.
  • Isère: Vernioz, Proveysieux, Ornacieux, Brussieu, Courzieu, Monsteroux-Milieu.

[modifier] Suisse

  • Genève: Athénaz, Choulex, Onex, Laconnex, Saconnex, Troinex, Certoux.
  • Fribourg: La Brillaz, La Sonnaz, Chesopelloz, Neyruz, Pont-en-Ogoz.
  • Neuchâtel: Val-de-Ruz, Brot-Plamboz, Le Prevoux, Mutrux.
  • Valais: Arbaz, Dorenaz, Nendaz, Verossaz, Mazembroz, Vetroz, Nax, Mex, Vex, Massongex.
  • Vaud: Saubraz, Cerniaz, Penthaz, Tolochenaz, Cheserex, Trelex, Paudex, Bex.

[modifier] Italie

  • Val d'Aoste: Bionaz, Runaz, Lillaz, Cherolinaz, Planpincieux, Echevennoz, Morgex.


[modifier] Bibliographie

  • Abry, Christian (1979). Le paysage dialectal, in: Abry, Christian et al. (éd.), Les sources régionales de la Savoie: une approche ethnologique. Alimentation, habitat, élevage, agriculture... , Paris: Fayard
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[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

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