François Villon
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François de Moncorbier dit Villon (né en 1431 ou 1432 à Paris, disparu en 1463) est un poète français de la fin du Moyen Âge. Il est probablement l'auteur français le plus connu de cette période. Les romantiques en firent le précurseur des poètes maudits.
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[modifier] Biographie
Les seules sources contemporaines dont nous disposons concernant Villon sont, outre ses propres écrits littéraires, six documents administratifs relatifs à ses procès<ref>Ces documents administratifs ont été découverts par Marcel Schwob à la fin du XIXe siècle.</ref>. Ainsi, il faut soigneusement séparer les faits établis avec une quasi-certitude de la « légende Villon » à laquelle il a lui-même largement contribué en se mettant en scène dans ses œuvres<ref name="Claude Thiry 1">Introduction de Claude Thiry dans l'édition du Livre de Poche, p. 5-6. Voir aussi ce texte de Gert Pinkernell</ref>.
[modifier] Faits
[modifier] Jeunesse
Né en 1431 ou 1432, donc sous l'occupation anglaise, orphelin de père, il est confié pour une raison encore inconnue à son « plus que père », Guillaume de Villon, chanoine et chapelain de Saint-Benoît-le-Bétourné, qui l'envoie faire des études à la faculté des Arts de Paris afin qu'il accède au statut privilégié de clerc. En 1452, il obtient la maîtrise ès arts à l'Université de Paris qui est agitée à cette époque où les diplômés, trop nombreux, vivent pour certains dans la misère et tournent mal. De 1451 à 1453, les chahuts estudiantins se multiplient. Il y a des heurts avec la police, le tout sur un fond de querelle entre l'université et le roi Charles VII de France qui va jusqu'à la suppression pure et simple des cours de 1453 à 1454 – suppression provoquée par une longue grève des professeurs<ref>Jean Favier, François Villon, Fayard, 1982, chapitre VII, p. 143-145.</ref>. Villon néglige alors l'étude pour aller courir l'aventure. Il relate plus tard avec regret cette époque dans son Testament :
Mais quoy ! je fuyoië l'escolle
Comme fait le mauvaiz enffant
En escripvant cette parolle
A peu que le cueur ne me fent !<ref>Le Testament, huitain XXVI, vers 205-208. Le texte cité est celui établi par Claude Thiry, p. 107.</ref>
À partir de cette époque, sa vie a pour toile de fond les lendemains de la guerre de Cent Ans et son cortège de brutalités, de famines et d'épidémies.
[modifier] Premières œuvres et premiers méfaits
En 1455, il est impliqué dans une rixe et blesse mortellement à l'aisselle le prêtre Philippe Sermoise, peut-être un rival en amour ou bien un autre clerc déchu<ref>Jean Favier, François Villon, Fayard, 1982, chapitre IX, p. 193-198.</ref>. Blessé lui-même aux lèvres par son assaillant, Villon se fait soigner chez un barbier puis est obligé de fuir Paris. Grâce à son statut de clerc, à sa conduite antérieure réputée irréprochable et au pardon que lui accorde Sermoise sur son lit de mort, il obtient des lettres de rémission en janvier 1456. La nuit de Noël de cette même année, il participe à un vol avec effraction au collège de Navarre<ref>Jean Favier, François Villon, Fayard, 1982, chapitre XIV, p. 334-342.</ref>.
Villon doit alors fuir Paris, devenu d'autant plus inhospitalier que Guy Tabarie, un compère trop bavard, est pris en 1458 et avoue sous la torture le cambriolage en le mettant sérieusement en cause. Avant sa fuite, Villon compose le Lais dans les premier mois de 1457 comme un cadeau d'adieu à ses camarades et y annonce son intention de rejoindre Angers, en mettant toutefois son départ sur le compte d'un désespoir amoureux, qui lui ferait courir de nombreux « dangers » :
Pour obvier à ces dangers
Mon mieulx est, ce croy, departir.
Adieu! Je m'en vois à Angers.<ref>Le Lais, huitain VI, vers 41-43, p. 63.</ref>
Ce départ est confirmée à la police par Guy Tabarie qui précise que Villon y projette un autre larcin « chez un sien oncle qui était religieux<ref>Le Lais Villon et les Poèmes Variés, édités par Jean Rychner et Albert Henry, II. Commentaire, p. 13-14.</ref> ». On perd alors sa trace et l'on ignore même s'il parvient à Angers, mais sans doute poursuit-il ses pérégrinations dans la vallée de la Loire.
[modifier] À la cour de Charles d'Orléans
On le retrouve à Blois, peut-être dès décembre 1457, à la cour de Charles d'Orléans, prince-poète et plus tard père du futur Louis XII. Dans le manuscrit où Charles compile ses propres poésies et celles de ses courtisans, se trouvent trois poèmes signés de Villon – très probablement autographes<ref>Manuscrit personnel de Charles d'Orléans, Paris, Bibliothèque Nationale, ms. fr. 25458. Ce manuscrit a été reproduit en fac-similé par Pierre Champion, dans Le manuscrit autographe des poésies de Charles d'Orléans, Genève, Slatkine, 1975.</ref>. Le plus long d'entre eux célèbre la naissance de Marie d'Orléans le 19 décembre 1457, fille de Charles et de Marie de Clèves (l’Épître à Marie d'Orléans qui contient la Double ballade). Ce manuscrit comprend en outre la Ballade des contradictions dite aussi du concours de Blois car elle est la troisième d'une série de dix ballades composées par divers auteurs et qui s'ouvrent toutes sur ce vers de Charles d'Orléans : « Je meurs de soif en couste la fontaine ».
Enfin, la dernière contribution de Villon au manuscrit de Charles d'Orléans est la Ballade franco-latine, insérée au beau milieu du concours, juste après la Ballade des contradictions. Elle fait écho à deux poèmes bilingues du manuscrit, dialogue entre Charles lui-même et Fredet, l'un de ses favoris. La Ballade franco-latine est, comme l'a montré Gert Pinkernell<ref>Gert Pinkernell, « La ballade franco-latine Parfont conseil eximium: une satire peu connue de Villon contre Fredet, favori de Charles d'Orléans », Zeitschrift für romanische Philologie, 1987, 103, p. 300-318.</ref>, une attaque en règle à l'encontre de Fredet. Villon est en retour réprimandé par Charles et l'un de ses pages qui, sans le nommer, le taxent de mensonge et d'arrivisme dans deux ballades. Il quitte la cour de Blois très probablement peu après cet épisode.
En octobre-novembre 1458 il tente en vain de reprendre contact avec son ancien et éphémère mécène, profitant de sa venue à Vendôme pour assister au procès pour trahison de son gendre Jean II d'Alençon. Il fait alors parvenir à Charles la Ballade des proverbes et la Ballade des menus propos, mais n'est plus reçu à la cour.
[modifier] De la déchéance à la légende
On le retrouve emprisonné pour des raisons encore obscures durant l'été 1461 dans « la dure prison de Mehun » (Meung-sur-Loire), où il compose très probablement l'Épître à ses amis et le Débat du cuer et du corps de Villon<ref>Introduction de Claude Thiry à l'édition du Livre de Poche, p. 9-10.</ref>. Il est libéré quelques mois plus tard à l'occasion d'une visite de Louis XI en compagnie de Charles d'Orléans dans cette ville, mais entre-temps, il a été déchu de son statut de clerc. Il compose alors la Ballade contre les ennemis de la France dans le but d'attirer l'attention du roi, ainsi que la Requeste au prince dirigée non pas à l'endroit de Jean II de Bourbon (comme on l'a longtemps cru, erreur induite par le sous-titre ajouté par Clément Marot : « À monseigneur de Bourbon »), mais plus vraisemblablement à celui de Charles d'Orléans<ref>Le Lais Villon et les Poèmes variés, édités par Jean Rychner et Albert Henry, II. Commentaire, p. 80-81.</ref>. Comme tous deux rejettent sa requête, il décide de rejoindre Paris, estimant que son exil a assez duré<ref>Jean Favier, François Villon, Fayard, 1982, ch. XVIII, p. 430-431.</ref>.
De retour à Paris, il rédige peut-être la Ballade de bon conseil, qui doit le montrer comme délinquant amendé, et puis la Ballade de Fortune, qui semble exprimer sa déception grandissante envers le monde des bien-pensants qui hésite à le réintégrer<ref>La date d'écriture de ces deux ballades reste très incertaine, voir Rychner-Henry, Le Lais villon et les Poèmes Variés, II. Commentaire, p. 99-100 et p. 104-105.</ref>.
C'est apparemment en replongeant dans les bas-fonds parisiens que, fin 1461, il commence son œuvre maîtresse, Le Testament (dont certaines ballades sont sans doute antérieures). C'est du moins ce que laisse penser le premier vers du poème, « En l'an de mon trentïesme aage »<ref name="Testament 1">Le Testament, huitain I, p. 91.</ref>. À la même époque (au cours de l'année 1462), il aurait composé ses ballades dites en jargon.
Villon est de nouveau arrêté le 2 novembre 1462 pour un petit larcin. Il est alors rattrapé par l'affaire du collège de Navarre. Il obtient la liberté en échange de sa promesse de rembourser sa part de butin, soit 120 livres, somme considérable. Cette période de liberté est de courte durée, car à la fin du même mois il est impliqué dans une rixe au cours de laquelle est blessé Maître Ferrebouc, notaire pontifical ayant participé à l'interrogatoire de Guy Tabarie. Il semble que ce soit son compagnon Robin Dogis qui a provoqué les clercs de l'étude, tandis que Villon tentait de se tenir à l'écart. Il est quand même arrêté le lendemain et incarcéré au Châtelet. Cette fois, il ne peut plus échapper à la justice : démis de son statut de clerc, celui qui est devenu un habitué des tribunaux est torturé puis condamné à la potence par la prévôté qui entend bien se débarrasser de ce récidiviste<ref>Jean Favier, François Villon, Fayard, 1982, chapitre XXI, p. 487-497.</ref>.
Attendant dans sa geôle la décision du parlement de Paris, devant lequel il a fait appel, il compose sans doute le Quatrain et la Ballade des pendus, poèmes que rien ne permet de situer sûrement mais que l'on a toujours datés de ce moment dominé davantage par la peur que par l'espoir.
Mais Villon a de la chance : le 5 janvier 1463, la peine est commuée en dix ans de bannissement de la ville. Il rédige alors la ballade moqueuse Question au clerc du guichet ainsi que le poème grandiloquent (aux inflexions parodiques) Louange à la cour, son dernier texte connu, dans lequel il demande un sursis de trois jours « Pour moy pourvoir et aux miens à Dieu dire<ref>Louenge et Requeste a la Court, v. 32, p. 317.</ref> ». On perd sa trace après ce dernier épisode et il va librement à la rencontre de sa légende<ref>Jean Favier, François Villon, Fayard, 1982, chapitre XXI, p. 497-500.</ref>.
[modifier] La légende Villon
Outre ces quelques faits vérifiables, le reste de la vie de Villon est le fruit de conjectures plus ou moins heureuses basées sur ses œuvres — qu'il faut cependant se garder de lire comme une autobiographie, tant il est vrai qu'il a sans doute enjolivé ou au contraire noirci le trait pour des raisons poétiques ou « stratégiques »<ref name="Claude Thiry 1"/>.
[modifier] « Je suis François.... »
Son nom même est incertain, Villon étant celui qu'il emprunta à son tuteur pour signer ses œuvres. Dans les documents concernant l'affaire Sermoise, il est d'abord présenté comme « Maistre Françoys des Loges autrement dit Villon » puis par son nom de naissance « Françoys de Monterbier ». Cependant, les registres de la faculté des arts ne mentionnent aucun Monterbier, mais un « Françoys de Montcorbier », Monterbier étant probablement une erreur de transcription<ref name="Claude Thiry 1"/>.
[modifier] « Je suis pecheur, je le sçay bien »
Concernant les affaires judiciaires, il est à peu près certain que Villon était effectivement impliqué dans tous ces méfaits, ne serait-ce que par sa façon de s'en défendre ou d'éluder la question dans ses écrits.
Le Lais finit ainsi par le récit de la nuit de Noël 1456, date du cambriolage au collège de Navarre, où Villon dit avoir été pris par une soudaine transe :
Ce faisant, je m'entroubliay
Non pas par force de vin boire
Mon esprit comme lyé<ref>Le Lais, huitain XXXVI, v. 281-283, p. 83.</ref>
qui l'aurait poussé à passer la soirée à rédiger cette œuvre. Réveillé à neuf heures par une cloche, il aurait fait une prière et, l'encre gelée et à court de bougie et de feu, se serait endormi épuisé<ref>Le Lais, huitains XXXVI à XXXIX, p. 83-85.</ref>. Alibi pratique<ref>André Burger, « L'entroubli de Villon », Romania, 1958, 79, p. 485-495.</ref>!
On ne connaît pas la raison de son emprisonnement à Meung-sur-Loire. Une hypothèse courante, mais pas vraiment convaincante, est celle émise par André Burger<ref>André Burger, « La dure prison de Meung », dans Studi in onore di Italo Siciliano,Florence, 1966, Olschki, p. 149-154</ref>. Villon aurait, après avoir quitté la cour de Blois, fait partie d'une troupe de bateleurs, activité interdite aux clercs. Il aurait été arrêté et dégradé (démis de son statut de clerc) pour cela par Thibault d'Aussigny, évêque d'Orléans. Or, la dégradation, qui est un coup très dur porté à Villon, n'est normalement prononçable que par les autorités ecclésiastiques qui ont nommé le clerc, en l'occurrence l'évêque de Paris. Cela expliquerait pourquoi Villon crie à l'injustice dans la première strophe du Testament, où il dit à propos de Thibault d'Aussigny :
S'esvesque il est signant les rues
Qu'il soit le mien je le regny !<ref>Le Testament, huitain I, v. 7-8.</ref>
Burger s'appuie aussi sur une lecture au premier degré de l’Épître à ses amis, probablement composée en prison et où Villon appelle à son secours des « Danceurs, saulteurs, faisant des piez de veaux ». Pinkernell, pour sa part<ref>Gert Pinkernell, « l'Épître à ses amis et le Débat du coeur et du corps de Villon : deux ballades de "la dure prison de Meung" (1461) de François Villon », Romnaische Zeitschrift für Literaturgeschichte, 1987, 11, p. 292-319.</ref>, voit plutôt une sorte de camouflage dans cet appel. Considérant la ballade comme adressée en réalité à Thibault d'Aussigny et à Charles d'Orléans, qui seuls pouvaient libérer Villon, il croit que ce dernier ne fait que semblant d'appartenir au monde des bateleurs, voulant masquer son appartenance, bien autrement criminelle, à un groupe de malfrats, voire à la Coquille. Toujours est-il que Villon a dû perdre son grade de clerc durant cette période d'errance entre Blois et son retour à Paris.
[modifier] « Coquillards, rebecquez-vous de la montjoye »
Traduction : « Coquillards, tenez-vous à l'écart du gibet ».
Un des mystères qui entourent le personnage de François Villon est donc la question de son appartenance à la Coquille, mafia de brigands qui sévit dans le nord de la France au cours des années 40, 50 et 60 du XVe siècle. Il est certain qu'il fréquentait des coquillards notoires tels Regnier de Montigny, un ami d'enfance peut-être rencontré à Saint-Benoît, la paroisse de son père adoptif, où deux chanoines au moins portent ce patronyme, et Colin de Cayeux, fils de serrurier devenu crocheteur fameux et qui participa au cambriolage du collège de Navarre. Tous deux finirent au gibet de Montfaucon. De plus, le fait que l'on ne sache rien de ses années d'errance entre son passage à Blois et son enfermement à Meung ni après son bannissement définitif de Paris laisse imaginer des destins toujours plus aventureux. Enfin, Villon a écrit, probablement après le Testament, au moins onze ballades dites "en jargon", où il parle aux coquillards dans leur argot et dans le rôle d'un affilié. Si l'on ne dispose d'aucune preuve formelle attestant de son appartenance, l'affirmative est l'hypothèse la plus vraisemblable, bien qu'historiens et exégètes hésitent encore de nos jours, embarrassés par l'idée d'un Villon criminel<ref>Sur la question de l'appartenance de Villon aux Coquillards, voir l'introduction de Claude Thiry dans l'édition du Livre de Poche, p. 35-37, ainsi que le François Villon de Jean Favier, chapitre XV, p.343-349.</ref>...
Le sens des ballades "en jargon" à lui aussi été l'objet de nombreuses conjectures. L'interprétation la plus récente est celle de Thierry Martin, qui fait du jargon des Coquillards un argot homosexuel<ref>Thierry Martin, Villon, ballades en argot homosexuel, éditions Mille et une nuit, Paris 1998 (ISBN 2-84205-192-0)</ref>.
[modifier] Itinéraire
Souvent évoqué, l'itinéraire exact de Villon en dehors des lieux précédemment cités (Paris et villages proches, Blois, région de Vendôme et Meung-sur-Loire) nous est complètement inconnu. Pourtant, il est souvent prétendu qu'il passa dans telle ou telle ville (plus précisément toutes celles qu'il cite dans ses œuvres soit — et la liste n'est pas exhaustive : Boulogne (Lais, v. 53), L'Isle-en-Flandres, Douay (Testament, v. 40),...), mais à l'exception de ces quatre villes et de quelques autres pour lesquelles le doute est permis (Angers, par exemple), ces allégations reposent davantage sur l'ingéniosité de publicitaires et d'agents touristiques que sur le travail d'historiens et d'exégètes ! En fait, les villes en question, précieux alibis pour faire de bons mots, ne sont là que pour servir le propos...
[modifier] Disparition
Ce qui excita, et excite encore, le plus les imaginations dans l'existence de Villon, c'est sa brusque et totale disparition après son départ de Paris en 1463. A-t-il rejoint la Coquille ? S'est-il « rangé », trouvant un emploi honnête, continuant peut-être d'écrire ? A-t-il sombré dans la misère, se diluant dans la masse des gueux ? Combien de temps a-t-il survécu ? Quelques mois ? De longues années ? Toutes ces questions resteront certainement en suspens puisque après 1463 il n'existe plus de source, tant documentaire que littéraire. Ce mystère a fortement contribué à créer la légende de Villon.
[modifier] Œuvre
Villon n'a pas tant renouvelé la forme de la poésie de son époque que la façon de traiter les thèmes poétiques hérités de la culture médiévale, qu'il connaît parfaitement, et qu'il anime de sa propre personnalité<ref>voir Italo Siciliano, François Villon et les thèmes poétiques du Moyen Âge, Paris, Colin, 1934</ref>. Ainsi, il prend à contre-pied l'idéal courtois, renverse les valeurs admises en célébrant les gueux promis au gibet, cède volontiers à la description burlesque ou à la paillardise, et multiplie les innovations de langage. Mais la relation étroite que Villon établit entre les événements de sa vie et sa poésie l'amène également à laisser la tristesse et le regret dominer ses vers. Le Testament (1461–1462), qui apparaît comme son chef-d'œuvre, s'inscrit dans le prolongement du Lais que l'on appelle également parfois le Petit Testament, écrit en 1456. Ce long poème de 2023 vers est marqué par l'angoisse de la mort et recourt, avec une singulière ambiguïté, à un mélange de réflexions sur le temps, de dérision amère, d'invectives et de ferveur religieuse. Ce mélange de tons contribue à rendre l'œuvre de Villon d'une sincérité pathétique qui la singularise par rapport à celle de ses prédécesseurs<ref>Voir l'introduction de Claude Thiry à l'édition du Livre de Poche, p. 37-42.</ref>.
[modifier] Un poète de son temps
Nonobstant l'universalité des préoccupations de Villon, il faut admettre qu'il a d'abord écrit pour son temps. Ses poèmes s'adressent tantôt aux gueux des bas-fonds de Paris, tantôt aux princes susceptibles de le prendre sous leur protection.
D'un point de vue formel, il ne semble pas innover et reprend à son compte, puis adapte, de nombreux genres littéraires déjà anciens. Il faut cependant replacer cette remarque dans le contexte historique. Le Moyen Âge est, d'un point de vue intellectuel, une période où les codes et la symbolique sont parfois plus importants que le fond du propos. En littérature, comme dans autres arts, les œuvres doivent suivre ces stéréotypes qui appartiennent à la culture commune et permettent au lecteur d'appliquer une grille de lecture assez convenue.
En ce qui concerne les thèmes qu'il aborde, là encore, Villon ne fait pas montre d'une grande originalité, loin s'en faut. La mort, la vieillesse, l'injustice, l'amour impossible ou déçu et même les affres de l'emprisonnement sont parmi les sujets classiques de la littérature médiévale.
Dès lors, qu'est-ce qui différencie Villon de ses contemporains ?
[modifier] Une œuvre habitée par une vie exceptionnelle
En premier lieu, si les sujets abordés sont classiques, peu d'auteurs les ont vécus d'aussi près et, sans avoir toujours des parcours faciles, la plupart furent assez vite intégrés dans des cours de seigneurs à moins qu'ils ne fussent eux-mêmes des grands du royaume comme, par exemple, Charles d'Orléans (qui, retenu comme otage connut certes un long exil, mais un exil « doré »). Villon, quant à lui, a brûlé sa vie au fond des tavernes au milieu des gueux, des bandits et des prostituées. Il fut plusieurs fois emprisonné, et a réellement frôlé la mort.
« En l'an de [son] trentïesme aage<ref name="Testament 1"/> », comme épuisé par cette vie d'aventure, par l'emprisonnement, par la torture et la déchéance, il compose son Testament. Cette vie dissolue transparaît donnant une profondeur et une sincérité touchante à ses textes, et ce d'autant plus que consciemment ou non, nous lisons Villon à l'aune de son histoire personnelle.
Outre l'intensité de son propos, ce qui différencie radicalement l'œuvre de Villon de toute la production littéraire médiévale, c'est son caractère autobiographique revendiqué (même si, nous l'avons vu, la véracité des faits est sujette à caution). Sans doute la première personne est-elle couramment utilisée par ses contemporains et prédécesseurs ; mais il s'agit d'un « je » toujours atténué, voilé, le narrateur éclipsant l'auteur. Il est très courant à l'époque que le narrateur relate un rêve au cours duquel se déroule l'action. C'est le cas par exemple dans le Roman de la Rose. Ce procédé dilue l'action et la vraie personnalité de l'auteur dans les brumes du sommeil et les délires oniriques, créant une situation « fantastique » qui tient le lecteur à distance. En revanche, lorsque Villon se sert du thème du songe à la fin du Lais, il le détourne de son utilisation classique pour mieux se rire du lecteur. En effet, l'action supposée rêvée est ici l'écriture même du texte pourtant bien concret que l'on vient de lire... Il provoque ainsi une mise en abyme et un paradoxe qui, loin de relativiser le « je », insiste au contraire sur la sincérité et la parfaite conscience de Villon lors de la rédaction du Lais. De même, le « je » de Villon est puissant et très concret. Là où les autres admettent du bout des lèvres : « j'ai ouï dire que...» ou « j'ai rêvé que... », Villon se veut affirmatif : « je dis que... » et « je pense que »<ref>Introduction de Claude Thiry à l'édition du Livre de Poche, p. 41-42</ref>.
En somme, sans être révolutionnaire, Villon reprend à son compte la tradition littéraire, se l'approprie et la pervertit pour en faire un porte-voix de sa propre personnalité et de ses états d'âme.
[modifier] Le Lais
Le Lais est une œuvre de jeunesse (1457) formée de quarante huitains d'octosyllabes, où l'on voit un Villon, joyeux et parfois potache, égréner une suite de « dons » ou de « legs » plus ou moins loufoques, mais toujours cruels et souvent drôles, à destination de ses ennemis. Ses cibles favorites sont les autorités, la police, les ecclésiastiques trop bien nourris, les bourgeois, les usuriers, en somme les cibles éternelles de la contestation étudiante et prolétaire. Il reprend dans ce texte plusieurs genres littéraires connus : au vu des circonstances (le départ pour Angers) et de l'utilisation de motifs de l'amour courtois des trouvères, ce pourrait être un congé, dans la droite ligne de la tradition arrageoise<ref>Voir les œuvres de Jean Bodel, Baude Fastoul, Adam de la Halle.</ref>, où le poète galant quitte sa dame qui l'a trop fait souffrir<ref>Voir aussi La Confession et Testament de l'Amant trespassé de deuil, de Pierre de Hauteville.</ref>. Cependant, il est ici question de lais (de « laisser »), des dons qui font penser aux testaments littéraires, tel celui d'Eustache Deschamps qui parodia à la fin du XIVe siècle toute sorte de documents légaux<ref>Eustache Deschamps, Testament par esbatement.</ref>. Enfin, dans les dernières strophes, Villon reprend à son compte le thème fort usité du songe où l'auteur raconte une aventure qui lui est arrivée en rêve. Parodie de congé, testament satirique et songe ironique : les Lais sont tout cela successivement<ref>Introduction de Claude Thiry à l'édition du Livre de Poche, p. 13-17.</ref>.
Le Lais est avant tout destiné à ses amis et compagnons de débauche et fourmille d'allusions et de sous-entendus aujourd'hui indéchiffrables mais qui à coup sûr devaient beaucoup faire rire ses camarades. Il semble cependant avoir eu un petit succès, car Villon y fait plusieurs fois référence dans le Testament, se plaignant notamment que l'œuvre circule sous des titres erronés (« Ung chascun n'est maistre du scien » (Testament, v. 760)).
[modifier] Le Testament
Le Testament est une œuvre beaucoup moins homogène que n'est le Lais. S'il reprend l'idée de parodie d'un acte juridique, ce n'est en fait qu'une colonne vertébrale sur laquelle viennent se greffer toutes sortes de digressions sur l'injustice, la fuite du temps, la mort, la sagesse... ainsi que des poèmes autonomes souvent présentés comme des legs. On retrouve cependant la plume vive et acerbe et l'humour tantôt noir et subtil, tantôt franchement rigolard et paillard qui caractérise Villon. Peut-être l'auteur souhaite-t-il présenter ici un large spectre de ses talents afin d'attirer l'attention d'un éventuel mécène, le Testament devenant une sorte de carte de visite. Le texte s'adresse aussi à ses anciens compagnons, soit la foule de miséreux cultivés que produit à cette époque la Sorbonne.
Le Testament passe pour être le chef-d'œuvre de Villon et est incontestablement un des plus beaux textes littéraires du Moyen Âge tardif<ref>Pour une analyse plus détaillée, voir l'introduction de Claude Thiry, dans l'édition du Livre de Poche, p. 17-26.</ref>.
[modifier] La Ballade des pendus
La Ballade des pendus, parfois improprement appelée Épitaphe Villon, est le poème le plus connu de François Villon, et l'un des plus célèbres poèmes de la langue française. On s'accorde en général pour penser que cette ballade fut composé par Villon alors qu'il était emprisonné à la suite de l'affaire Ferrebouc, mais le fait n'est pas absolument établi. Le poème présente une originalité profonde dans son énonciation : ce sont les morts qui s'adressent aux vivants, dans un appel profondément émouvant à la compassion et à la charité chrétienne, qui est rehaussé par le macabre de la description. Le premier vers « Freres humains, qui après nous vivez », conserve de ce fait encore aujourd'hui un fort pouvoir d'évocation et d'émotion : la voix des pendus imaginée par Villon transcende la barrière du temps et de la mort.
[modifier] Versification : étude du Quatrain
Ce petit poème, écrit alors que, fatigué de vivre et fataliste, Villon n'a pas encore interjeté appel et attend son exécution par pendaison, renferme en quatre octosyllabes la quintessence de l'art de Villon, son désarroi et sa haine farouche de la fuite du temps et de la mort, ainsi que son humour et sa vivacité d'esprit, toujours présents.
Tout d'abord, voici le quatrain dont il est question, ainsi que sa transcription en français moderne :
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Je suis François, dont il me poise |
« Je suis Français et cela me pèse |
- Vers 1
- Le quatrain débute par un jeu de mots sur son prénom, « François », qui signifie aussi « Français » : ce double sens est présenté par Villon comme un double coup du sort. Dans un cas, ce qui lui pèse et l'accable (« me poise »), c'est tout simplement d'être lui-même, d'avoir connu cette vie d'errance et de misère. Il a vécu comme un miséreux, il se prépare à mourir comme tel. L'autre fardeau, c'est sa nationalité. Et pour cause, Robin Daugis, pourtant bien plus impliqué que lui dans l'affaire Ferrebouc, a bénéficié en tant que savoyard d'une justice moins expéditive. Il attend d'ailleurs en vain son procès, jusqu'en novembre où il est gracié à l'occasion de la venue à Paris du Duc de Savoie.
- Vers 2
- Inversion de l'ordre hiérarchique entre les villes : Pontoise qui semble prendre le pas sur Paris, n'est certainement pas choisie au hasard ou pour la rime. Cette ville est en effet réputée pour sa langue châtiée ; le contraste avec le dernier vers n'en est que plus plaisant... Jean Dufournet remarque aussi qu'elle dépend pour les affaires de justice de la prévôté de Paris. Amère conclusion : quel que soit l'ordre d'importance des cités, Villon est pris au piège et ne peut échapper au prévôt et à ses décisions.
- Vers 3 et 4
- S'ils sont explicites et ne renferment apparemment pas de sens caché, il sont du point de vue de la versification admirables. Il y a tout d'abord l'allitération de « mon col » et « mon cul » symétriques par rapport à « que ». Ensuite, on remarque une assonance à la césure entre « corde » et « col ». Le tout provoque une accélération du rythme qui nous entraîne des deux premiers vers au niveau de langue châtié et au contenu presque administratif (Villon déclinant son identité) aux deux suivants qui dévoilent la plaisanterie et utilisent un langage populaire voire argotique (« la corde d'une toise » correspondant au gibet) pour arriver en apothéose à la vulgarité du mot « cul » repoussé à l'extrême limite du quatrain.
[modifier] Influence
Villon est imprimé pour la première fois en 1489, édition qui est suivie par plusieurs autres. La dernière édition quasi contemporaine est celle que Clément Marot donna en 1533<ref name="Clément Marot 1">Clément Marot, Les Œuvres de François Villon de Paris, Paris, Galiot du Pré, 1533, peut-être réimprimée en 1534.</ref>. À cette époque la légende villonienne est déjà bien établie. Elle s'estompe vers la fin de la Renaissance, de façon que Boileau, qui mentionne Villon dans son Art poétique, ne semble le connaître que par ouï-dire. C'est au XVIIIe siècle seulement que l'on commence à s'intéresser de nouveau au poète. Il est redécouvert à l'époque romantique, où il acquiert son statut de premier « poète maudit ». Dès lors, sa notoriété ne faiblit plus. Il inspira notamment les poètes de l'expressionnisme allemand et fut traduit dans de nombreuses langues (allemand, anglais, russe, esperanto, espagnol, japonais, tchèque, hongrois,...) ce qui lui conféra une réputation mondiale, tant ses préoccupations sont universelles et transcendent les barrières du temps et des cultures.
[modifier] En littérature
- François Villon devient le héros du recueil des Repues Franches, texte qui raconte des tours, souvent obscènes, joués à des notables par Villon et ses compagnons, et qui a contribué à enrichir la « légende Villon ».
- François Rabelais fait de Villon un personnage à part entière de ses romans Pantagruel et Gargantua, où il le dépeint comme un comédien et imagine sa vie d'après 1462.
- S'il n'est pas ou guère connu des premiers Romantiques, tels Chateaubriand ou Nodier, il a inspiré, à partir d'environ 1830, tous les auteurs de ce courant. Cependant, certains revendiquèrent particulièrement son influence. C'est notamment le cas de Victor Hugo, Théophile Gautier, Théodore de Banville (qui pasticha Villon lui rendant hommage dans la Ballade de Banville, à son maître), et à sa suite Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Paul Verlaine, bien sûr Gérard de Nerval, Jean Richepin et sa Chanson des gueux, Marcel Schwob et beaucoup d'autres.
- Tristan Tzara a voulu voir dans le Testament une œuvre codée fondée entièrement sur des anagrammes.
[modifier] Au théâtre
- Bertolt Brecht s'en inspira pour son Opéra de quat'sous ;
- Sa vie inspira la pièce en quatre actes If I were King de Justin Huntly McCarthy créée en 1901 à Broadway ;
- The Vagabond King, comédie musicale créée en 1925 par Rudolf Friml. Il se peut que cette œuvre soit inspirée par l'un des romans écrits sur Villon en langue anglaise.
[modifier] Au cinéma
- The Oubliette, de Charles Giblyn (1914), inspiré de la vie de Villon ;
- The Higher Law de Charles Giblyn (1914), suite du précédent ;
- If I were King, de J. Gordon Edwards (1920), inspiré de la pièce éponyme ;
- The beloved rogue, de John Barrymore (1927) ;
- Le roi des vagabonds, de Ludvig Berger (1930) ;
- If I were King, de Frank Lloyd (1938) ;
- François Villon, d'André Zwoboda (1945).
[modifier] En chanson et en musique
- Georges Brassens est un grand admirateur de Villon et un passionné du Moyen Âge tardif (Pardonnez-moi Prince si je / Suis foutrement moyenâgeux). Il mit aussi en musique la Ballade des dames du temps jadis.
- en 1997 le compositeur Arthur Oldham écrit le Testament de Villon pour solistes choeur et orchestre.
- Léo Ferré a effectué une mise en musique très originale de la Ballade des pendus, renommée Frères humains / L'amour n'a pas d'âge.
[modifier] Autres
« [...] C'est d'umaine beaulté l'yssue !
Les bras cours et les mains contraites,
Les espaulles toutes bossues;
Mamelles, quoy ! toutes retraites;
Telles les hanches que les tetes.
Du sadinet, fy ! Quant des cuisses,
Cuisses ne sont plus, mais cuissetes,
Grivelées comme saulcisses.
Ainsi le bon temps regretons
Entre nous, povres vielles sotes,
Assises bas, à crouppetons,
Tout en ung tas comme pelotes,
A petit feu de chenevotes
Tost allumées, tost estaintes;
Et jadis fusmes si mignotes ! ...
Ainsi emprent à mains et maintes. »
(Extrait de « Les regrets de la Belle Heaulmière », Le Testament<ref>Testament, huitains LV-LVI, vers 517-532, p.133.</ref>)
[modifier] Sources historiques
Aucune de ces sources ne contient l'intégrale des poèmes maintenant attribués à Villon. De plus les documents diffèrent légèrement sur certains vers, ce qui obligea les éditeurs depuis la première édition critique de Clément Marot à un long travail de compilation, de comparaison et d'attribution des poésies encore en cours de nos jours. Clément Marot écrivait déjà, dans le prologue de son édition de 1533 :
«
Entre tous les bons livre imprimés de la langue français, il ne s'en voit un si incorrect ni si lourdement corrompu que celui de Villon. Et m'ébahis, vu que c'est le meilleur poète parisien qui se trouve, comment les imprimeurs de Paris et les enfants de la ville n'ent ont eu plus grand soin<ref>Cité dans François Villon, de Jean Favier, Paris, Fayard, 1982, p. 11.</ref> » </blockquote>
[modifier] Manuscrits
- Paris, Bibliothèque Nationale, ms. fr. 25458, manuscrit de Charles d'Orléans, autographe (1458) : Ballade des contradictions, Ballade franco-latine.
- Paris, Bibliothèque Nationale, ms. fr. 1661, après 1464 : Version incomplète du Lais.
- Paris, Bibliothèque Nationale, ms. fr. 20041, dit « manuscrit Coislin » du nom d'un ancien propriétaire, après 1464 : Versions incomplètes du Lais et du Testament, quatre poésies diverses.
- Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, ms. fr. 3523, fin du XVe siècle : Versions incomplètes du Lais et du Testament, La ballade de Fortune.
- Berlin, Bibliothèque Nationale, Cabinet des Estampes, ms. 78 B 17, dit « Chansonnier de Rohan », vers 1475 : trois poèmes du Testament et deux poésies diverses.
- Stockholm, Bibliothèque Royale, ms. V.u.22, dit « manuscrit Fauchet » du nom d'un ancien propriétaire, après 1477 : Versions incomplètes du Lais et du Testament, six poésies diverses et cinq ballades en jargon.
[modifier] Imprimés
- François Villon, Le grant testament villon et le petit. Son codicile. Le iargon et ses ballades, Pierre Levet, Paris, 1489, présumé être l'édition princeps : Versions incomplètes du Lais et du Testament, cinq poésies diverses et six ballades en jargon ;
- Anthologie, Le Jardin de Plaisance et Fleur de de rethoricque, Antoine Vérard, Paris, 1501 : Ballades du Testament et six poésies diverses.
[modifier] Œuvres et bibliographie
[modifier] Liste chronologique des oeuvres de Villon
Cette liste se veut exhaustive. Cependant, elle est régulièrement mise en doute, l'attribution de tel ou tel poème étant contestée ou a contrario elle se voit parfois enrichie de « nouvelles » œuvres... Néanmoins, elle semble acceptée en l'état par la plupart des spécialistes de Villon.
Le œuvres sont ici présentées et datées selon la chronologie établie par Gert Pinkernell qui semble la plus cohérente, notamment depuis que le passage de Villon à Vendôme a été démontré. Certaines ne sont pas datées précisément, et celles incluses par Villon dans le Testament sont ici placées après ce dernier, même si elle peuvent être antérieures. Les titres sont ceux retenus dans les Poésies complètes, éditées et commentées par Claude Thiry au Livre de Poche.
- Ballade des contre vérités (1455 ?–1456 ?, Paris)
- Le Lais (1457, Paris)
- Épître à Marie d'Orléans (début 1458, Blois)
- Double ballade (début 1458, Blois)
- Ballade des contradictions (début 1458, Blois)
- Ballade franco-latine (début 1458, Blois)
- Ballade des proverbes (octobre-novembre 1458, Vendôme)
- Ballade des menus propos (octobre-novembre 1458, Vendôme)
- Épître à ses amis (été 1461, Meung-sur-Loire)
- Débat du cuer et du corps de Villon (été 1461, Meung-sur-Loire)
- Ballade contre les ennemis de la France (fin 1461, Meung-sur-Loire)
- Requeste au prince (fin 1461, Meung-sur-Loire)
- Le Testament (1461). Y sont aussi inclus :
- Ballade des dames du temps jadis
- Ballade des seigneurs du temps jadis
- Ballade en vieux langage françois
- Les regrets de la belle Heaulmiere
- Ballade de la Belle Heaulmière aux filles de joie
- Double ballade sur le mesme propos
- Ballade pour prier Nostre Dame
- Ballade à s'amie
- Lay ou rondeau
- Ballade pour Jean Cotart
- Ballade pour Robert d'Estouteville
- Ballade des langues ennuieuses
- Les Contredits de Franc Gontier
- Ballade des femmes de Paris
- Ballade de la Grosse Margot
- Belle leçon aux enfants perdus
- Ballade de bonne doctrine
- Rondeau ou bergeronnette
- Épitaphe
- Rondeau
- Ballade de conclusion
- Ballade de bon conseil (1462, Paris)
- Ballade de Fortune (1462, Paris)
- Ballades en jargon (1462, Paris)
- Ballade des pendus (fin 1462, Paris)
- Quatrain (fin 1462, Paris)
- Louanges à la cour (janvier 1463, Paris)
- Question au clerc du guichet (janvier 1463, Paris)
[modifier] Les éditions modernes de Villon
Villon passe pour un auteur ardu et ce à plusieurs titres. La barrière de la langue tout d’abord : le moyen français n’est pas aisé à appréhender pour le lecteur moderne, à la fois sur le plan syntaxique et lexical. Notons cependant que les règles de grammaire ont déjà commencé à se stabiliser au XVe siècle excluant progressivement les reliquats les plus déroutants de la langue romane, notamment les déclinaisons. Face à cette difficulté, les éditeurs choisissent tantôt de faire figurer à côté du texte original une transcription en français moderne, tantôt d’annoter le texte original, cette dernière solution présentant le très grand avantage de contraindre le lecteur à s’immerger dans la langue riche et poétique de Villon.
La seconde difficulté réside dans la mise en contexte : personnages et situations évoqués étant souvent inconnus du lecteur moderne, la qualité des notices sera déterminante même si les spécialistes de Villon n'ont pas percé tous ses mystères. On ne peut, en l’état actuel des connaissances, que s’y résoudre, et admettre que de rares aspects de l’œuvre nous échappent encore ; fort heureusement, ces lacunes n’enlèvent rien à la drôlerie ni à l’inventivité de la langue de Villon.
Les ouvrages ayant servi à la rédaction de cet article sont notés par :
- Jean Rychner et Albert Henry, Le Testament Villon, I, Texte, II, Commentaire, Genève, Droz, 1974 ; Le Lais villon et les poèmes variés, I, Texte, II, Commentaire, Genève, Droz, 1977; Index des mots. Index des noms propres. Index analytique., Genève, Droz, 1985. L'édition actuelle de référence: elle s'appuie en grande partie sur le manuscrit Coislin.
- Poésies complètes, édition de Claude Thiry, 1991, Le Livre de Poche, collection « Lettres gothiques »,(ISBN 2253057029). Cette édition prend pour base l'édition Rychner-Henry, en intégrant les apports de Gert Pinkernell.
- Ballades en jargon (y compris celles du ms de Stockholm), édition d'André Lanly, Paris, Champion, 1971.
[modifier] Études
- André Burger, Lexique complet de la langue de Villon, Droz, Genève, 1974 ;
- Pierre Champion, François Villon. Sa vie et son temps, Champion, Paris, 1913 (réimpr. 1984).
- Collectif, publié par Jean Dérens, Jean Dufournet et M. Freeman Villon hier et aujourd’hui. Actes du Colloque pour le cinq-centième anniversaire de l’impression du Testament de Villon, Bibliothèque historique de la ville de Paris, Paris, 1993 ;
- Jean Dufournet :
- Recherches sur le Testament de François Villon., Paris, 1971-1973, 2 vol.
- Nouvelles recherches sur Villon., Paris, 1980.
- Jean Favier, François Villon, Fayard, Paris, 1982
- Gert Pinkernell :
- François Villon et Charles d'Orléans, d’après les Poésies diverses de Villon, Universitätsverlag C. Winter, Heidelberg, 1992
- François Villon : biographie critique et autres études, Universitätsverlag C. Winter, Heidelberg, 2002 ;
- François Villon et Charles d'Orléans, d’après les Poésies diverses de Villon, Universitätsverlag C. Winter, Heidelberg, 1992
- Italo Siciliano, François Villon et les thèmes poétiques du Moyen Âge, Paris, Colin, 1934;
- Jean Teulé, Je, François Villon, Julliard, Paris, 2006, ISBN:2-260-01683-9.
[modifier] Notes
<references />
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
- Œuvres principales : le Lais et le Testament ;
- L'article sur la Ballade des pendus ;
- Coquillard ;
- Littérature médiévale française.
[modifier] Liens externes
- Société François Villon ;
- Francois Villon, Sa vie et son œuvre (biographie et présentation des œuvres assez détaillées) ;
- Œuvres de Villon sur le Projet Gutenberg.
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| Le 7 novembre 2006, une personne a proposé que cet article soit reconnu comme étant un « article de qualité ». Vous pouvez donner votre avis sur cette proposition. |
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