Erich von Stroheim
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Erich von Stroheim, de son vrai nom Eric Oswald Stroheim, est un acteur et réalisateur américain, né le 22 septembre 1885 à Vienne (Autriche), et décédé le 12 mai 1957, Maurepas (France).
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[modifier] Biographie
Il émigre aux États-Unis en 1909, et entame une carrière d'acteur et d'assistant de cinéastes, notamment auprès de D.W. Griffith sur le tournage de Naissance d'une nation, avant de s'imposer comme metteur en scène avec des films muets très ambitieux et visionnaires, sur un mode pessimiste et cynique. Dès son premier film, Les maris aveugles,ses obssessions sont là: l'argent, le sexe, les blessés et les infirmes, l'officier de l'armée qu'il joue souvent lui-même. Cela se retrouve dans les rôles qu'il interprète par la suite, tant en France qu'aux États-Unis. Avec Folies de femmes, il brosse un portrait au vitriol d'une société corrompue par l'argent et le sexe. Perfectionniste, il exige que les armoires et les commodes, qui ne sont pas une seule fois ouvertes, soient remplies de vêtements. Avec La veuve joyeuse, il détourne une opérette et en fait un film sur les orgies dans une cour royale avec infirmes, obsédés sexuels et monarques dégénérés.
Lâché par les producteurs d'Hollywood qui l'ont affublé du titre de "l'homme que vous aimerez haïr", rapport à ses tournages exigeants qui nécessitent des budgets faramineux pour l'époque,il abandonne la mise en scène, n'étant pas convaincu par le parlant, et se consacre à sa carrière d'acteur. Il émigre en France, où il est considéré comme le plus grand cinéaste de son temps, avec Charlie Chaplin, et va jouer dans de nombreux rôles à la hauteur de son talent. L'un des rôles les plus marquants est celui du commandant à la minerve dans La grande illusion, réalisé par Jean Renoir, heureux de faire jouer celui qui l'a décidé à devenir cinéaste, en 1937. Aux côtés de Pierre Fresnay, Jean Gabin et Marcel Dalio, Von Stroheim livre l'une de ses plus belles prestations. La même année, Pierre Chenal le sollicite pour L'alibi; le magnifique face-à-face avec Louis Jouvet vaut à lui seul le déplacement. L'année suivante, il joue face à Michel Simon dans Les disparus de Saint-Agil, de Christian-Jaque. Nouveau chef-d'œuvre avec ce rôle de professeur d'anglais plein d'humanisme. Il est Beethoven dans Napoléon de Sacha Guitry en 1954, l'un de ses derniers rôles.
Il retourne aux États-Unis au début des années 40, et poursuit sa carrière d'acteur avec en point d'orgue Boulevard du crépuscule de Billy Wilder, véritable diamant noir qui n'épargne pas l'industrie hollywoodienne. Buster Keaton,Cecil B. DeMille y jouent leurs propres rôles aux côtés de Gloria Swanson qui investit beaucoup d'elle-même dans le rôle de Norma Desmond. Quant à Erich Von Stroheim, il est troublant de vérité dans le personnage du majordome, ancien réalisateur de films muets de Norma Desmond. Il faut préciser que Von Stroheim avait tourné Queen Kelly avec Gloria Swanson, dans les années 20. Réalité et fiction se confondent, et la scène finale, avec la descente d'escalier de Norma Desmond qui a sombré dans la folie, se croyant redevenue la reine d'Hollywood, est bouleversante d'humanité,de tristesse et de cynisme. Erich Von Stroheim dirige les cameramen de la télé et prend conscience de sa propre misère, lui qui n'a jamais pu diriger de films depuis la fin du muet. Ce n'est pas l'acteur mais le metteur en scène dont le destin fut brisé que l'on voit à l'écran.
[modifier] Une œuvre visionnaire et cathartique
Sur les budgets gigantesques que réclamaient ses films, et qui ont causés sa perte, Erich Von Stroheim a déclaré:"mes films coûtent chers car mes sujets ont beaucoup d'ampleur, et que je veux être le plus exhaustif possible". Sa seule erreur est d'avoir réalisé ces chefs-d'œuvres dans l'Amérique puritaine des années 20. Le sexe et l'argent sont des sujets hautement tabous, et montrer que les êtres humains sont pervertis autant par l'un que par l'autre était une entreprise risquée. Pendant le tournage de Boulevard du crépuscule, Billy Wilder dit à Von Stroheim:"Vous savez pourquoi vous avez été incompris? Parce que vous aviez dix ans d'avance". Von Stroheim lui répondit:"non, vingt ans". Il faut reconnaitre que Von Stroheim n'y va pas de main morte. Exemple avec Folies de femmes: il joue un officier russe appartenant à la bourgeoisie, le comte Karamzin, en exil avec deux princesses, dans la ville de Monte-Carlo. En fait, ce sont tous les trois des escrocs recherchés par la police. Il courtise la femme de l'ambassadeur américain, et lui soutire une énorme somme d'argent. La servante de Karamzin, amoureuse et enceinte de son patron, l'enferme avec sa maitresse dans une tour et y met le feu. Karamzin, une fois sauvé et désireux d'échapper à la police, se réfugie chez un vieil anarchiste, fabriquant de fausse monnaie et veut violer sa fille. Surpris par le père, il est tué et son cadavre est jeté dans un égout. Tout un programme. Lorsqu'il met en chantier les Rapaces, il exige de tourner dans une maison où un meurtre a été commis, et réalise un film de sept heures. Une fois encore, Von Stroheim n'épargne rien ni personne. MacTeague ouvre un cabinet dentaire, alors qu'il n'a aucun diplôme médical, et tente de violer la fiancée de son ami Marcus. Il l'épouse, et celle-ci gagne une forte somme à une loterie. Fou de jalousie, Marcus dénonce MacTeague à la police. Ruiné, MacTeague tue sa femme pour s'emparer de son argent et s'enfuit. Marcus le poursuit et parvient à s'enchainer à lui avant qu'il ne le tue. MacTeague meurt de soif, avec le cadavre à son poignet. L'actrice Gloria Swanson lui propose de mettre en scène Queen Kelly. Dans un royaume imaginaire, la reine passe son temps à se promener nue, ce qui agace son fiancé et cousin, le prince Wolfram, un soldat libertin. En manœuvre avec son escadron, Wolfram croise un groupe de jeunes filles. Le prince à cheval les salue, elles s'inclinent mais l'une d'elles perd sa culotte. Eclat de rire dans l'escadron. Furieuse, Kitty Kelly ramasse son sous-vêtement et l'offre au prince qui tombe amoureux d'elle.
La censure ne laissant rien passer, les scènes jugées trop scandaleuses étaient retirées du montage final, et à chaque fois le film y perdait. Pour Folies de femmes, il fut obligé de retirer des séquences trop excessives comme l'éclatement d'un bouton de pus en gros plan, ou encore celle où le comte, en habillé en femme, batifole avec les deux princesses. La sanction fut plus lourde pour les Rapaces: le film ne sortie jamais sous le format souhaité par son auteur, et fut réduit de presque deux tiers. Malgré toutes les mutilations dont furent victimes ses films, ils contiennent tous une volonté d'exorcisme, une charge féroce et visionnaire contre la société qui génère ce mal-être.
[modifier] Filmographie
(en gras les films réalisés par Erich von Stroheim)
- 1915 : La Naissance d'une nation de D. W. Griffith
Acteur, première courte apparition : il tombe d'un toit - 1915 : Captain Macklin de Jack Conway
Acteur - 1915 : Fantômes de George Nichols
Acteur et assistant metteur en scène - 1915 : Le Vieil Heidelberg de John Emerson
Acteur, conseiller technique et assistant metteur en scène - 1915 : Secrétaire mondain de John Emerson
Acteur et assistant metteur en scène - 1916 : Intolérance de D. W. Griffith
Acteur et assistant metteur en scène - 1916 : Macbeth de John Emerson
Acteur et assistant metteur en scène - 1916 : Son portrait dans les journaux de John Emerson
Acteur et assistant metteur en scène - 1916 : Moins que poussière de John Emerson
Acteur et assistant metteur en scène - 1917 : Panthéa de Allan Dwan
Acteur et assistant metteur en scène - 1917 : Sylvia des services secrets de George Fitzmaurice
Acteur, conseiller technique, assistant metteur en scène - 1917 : Pour la France de Wesley Ruggles
Acteur - 1917 : Il court, il court le furet de John Emerson
Acteur, conseiller technique et assistant metteur en scène - 1918 : Le Sceptique de Alan Crosland
Acteur - 1918 : Les Cœurs du monde de D. W. Griffith
Acteur, conseiller technique et assistant metteur en scène - 1918 : L'Ennemi dans les murs de Christy Cabanne
Acteur - 1918 : Le Cœur de l'humanité de Allen Jolubar
Acteur, conseiller technique et militaire - 1919 : La Loi des montagnes (Blind Husbands), également intitulé Maris aveugles
Réalisation, scénario, adaptation, décors, acteur, montage - 1920 : Les Passe-partout du diable (The Devil's Passkey)
Réalisation, adaptation, décors (film perdu) - 1921 : Folies de femmes (Foolish Wives)
Réalisation, scénario, adaptation, décors, acteur, montage - 1923 : Chevaux de bois (The Merry-Go-Round)
Réalisation, scénario, adaptation, costumes (renvoyé après 5 semaines, le film est ensuite retourné par Rupert Julian) - 1924 : Les Rapaces (Greed)
Réalisation, scénario, adaptation, décors, montage - 1925 : La Veuve joyeuse (The Merry Widow)
Réalisation, scénario, adaptation, costumes - 1926 : Symphonie nuptiale
Réalisation, scénario, adaptation, décors et costumes, acteur, montage - 1926 : Mariage de prince
Réalisation, scénario, adaptation, décors et costumes, acteur, montage - 1927 : La Tempête de Sam Taylor
Scénario et adaptation - 1928 : Queen Kelly (Parfois connu en France sous le titre La Reine Kelly)
Réalisation, scénario, adaptation, décors, montage - 1929 : Le Grand Gabbo de James Cruze
Acteur - 1931 : Three Faces East de Roy Del Ruth
Acteur - 1931 : Le Sphinx a parlé de Victor Schertzinger
Acteur - 1932 : L'Escadrille perdue de George Archainbaud et Paul Sloane
Acteur - 1932 : Comme tu veux de George Fitzmaurice
Acteur - 1932 : En descendant Broadway
Réalisation, Scénario, adaptation et dialogues Film parlant, entièrement refait par Alfred Werker sous le titre Hello Sister!. - 1934 : Crimson Romance de David Howard
Acteur et expert militaire - 1934 : Poste frontière de Franck Strayer
Acteur et expert militaire - 1935 : Le Crime du Dr Crespi de John H. Auer
Acteur - 1935 : Anna Karénine de Clarence Brown
Expert militaire - 1936 : San Francisco de W. S. Van Dyke
Dialogues - 1936 : Les Poupées du diable de Tod Browning
Adaptation - 1936 : Les Candélabres de l'Empereur de George Fitzmaurice
participation à l'adaptation (non crédité) - 1936 : Marthe Richard, au service de la France de Raymond Bernard
Acteur - 1937 : Between Two Women de George B. Seitz
Scénario - 1937 : La Grande Illusion de Jean Renoir
Acteur - 1937 : Mademoiselle docteur de Edmond T. Gréville
Acteur - 1937 : L'Alibi de Pierre Chenal
Acteur - 1938 : Les Pirates du rail de Christian-Jaque
Acteur - 1938 : L'Affaire Lafarge de Pierre Chenal
Acteur - 1938 : Les Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque
Acteur - 1938 : Ultimatum (film, 1938) de Robert Wiene
Acteur - 1938 : Gibraltar de Fedor Ozep
Acteur - 1938 : Derrière la façade d'Yves Mirande et Georges Lacombe
Acteur - 1939 : Menaces de Edmond T. Gréville
Acteur - 1939 : Rappel immédiat de Léon Mathot
Acteur - 1939 : Pièges de Robert Siodmak
Acteur - 1939 : Le monde tremblera (ou La Révolte des vivants) de Richard Pottier
Acteur - 1939 : Tempête sur Paris de Bernard-Deschamps
Acteur - 1939 : Macao, l'enfer du jeu de Jean Delannoy
Acteur - 1939 : Paris – New York de Claude Heymann et Yves Mirande
Acteur - 1940 : J'étais une aventurière Gregory Ratoff]]
Acteur - 1941 : Ainsi fini notre nuit de John Cromwell
Acteur - 1943 : Les Cinq Secrets du désert de Billy Wilder
Acteur - 1943 : L'Étoile du Nord (The North Star) de Lewis Milestone
Acteur - 1944 : Le Cerveau de Donavan (Donovan's Brain) de George Sherman
Acteur - 1944 : Tempête sur Lisbonne de George Sherman
Acteur - 1944 : La Cible vivante, parfois intitulé Le Grand Flamarion d'Anthony Mann
Acteur - Scotland Yard investigator (1945), de George Blair
Acteur - Le Masque de Dijon (1945), de Lew Landers
Acteur - La Foire aux Chimères (1945), de Pierre Chenal
Acteur - On ne meurt pas comme ça (1946), de Jean Boyer
Acteur - La Danse de Mort (1947), de Marcel Cravenne
Acteur, scénario et adaptation - Le Signal rouge (1948), de Ernst Neubach
Acteur - Portrait d'un assassin (1949), de Bernard Roland
Acteur - Boulevard du crépuscule (Sunset Boulevard) (1949), de Billy Wilder
Acteur - Minuit Quai de Bercy (1951), de Christian Stengel
Acteur - L'Envers du Paradis (1952), de Edmond T. Gréville
Acteur - Alerte au Sud (1953), de Jean Devaivre
Acteur - La Mandragore (1953), d'Arthur Maria Rabenalt
Acteur - Napoléon (1954), de Sacha Guitry
Acteur - Série noire (1955), de Pierre Foucaud
Acteur - La Madone des Sleepings (1955), de Henri Diamant-Berger
Acteur
À noter qu'Erich von Stroheim a également joué au théâtre dans la pièce de Joseph Kesselring, Arsenic et vieilles dentelles, de 1941 à 1943, avant que Frank Capra ne la réalise pour le cinéma avec Cary Grant dans le rôle principal en 1944.
[modifier] Bibliographie
[modifier] Romans de von Stroheim
- Paprika
- Poto Poto
- Les feux de la Saint-Jean
[modifier] Ecrits sur von Stroheim et ses films
- Erich von Stroheim, de Thomas Quinn Curtiss, Editions France-Empire, 1970
Biographie assez hagiographique, par son biographe officiel, s'appuyant sur les Mémoires inachevés de von Stroheim. - Erich von Stroheim : Du Ghetto au Gotha, de Fanny Lignon, L'Harmattan, 2002
[modifier] Voir aussi
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