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Dom Juan ou le Festin de pierre

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Dom Juan ou le Festin de pierre est une tragi-comédie de Molière en cinq actes crée le 15 février 1665. Le m à la fin de Dom vient du latin dominus qui signifie maître.

Le titre de la pièce Dom Juan s'écrit avec un "m". En revanche le personnage de Don Juan s'écrit avec un "n". On trouve néanmoins certaines éditions où "Don Juan", le personnage, est écrit avec un "m".

Sommaire

[modifier] Résumé

Cette pièce décrit un personnage infidèle, séducteur, libertin, blasphémateur et hypocrite. Don Juan, jeune noble vivant en Sicile, accumule les conquêtes amoureuses, séduisant les jeunes filles nobles et les servantes avec le même succès. Seule la conquête l'intéresse et les jeunes femmes sont abandonnées dès qu'elles sont séduites. Mais l'une d'entre elles, Done Elvire va lui donner bien du fil à retordre avec entre autre la venue de ses deux frères en Sicile pour trouver Don Juan et le punir de l'affront commis à leur égard : en effet, Don Juan a enlevé Done Elvire d'un couvent avant de l'abandonner. Ses conquêtes lui valent certaines inimitiés et certains duels auxquels il ne se dérobe pas. Il affiche un certain cynisme dans les relations avec ses proches, notamment avec son père (Don Louis) et remet en question les dogmes religieux. Il aime les défis, jusqu'au défi final : le repas avec la Statue du Commandeur, que Don Juan avait tué auparavant, qui l'emportera dans l'au-delà.

[modifier] Réactions

Cette pièce de Molière suscita à sa création une levée de bouclier de la part de la Cabale. Écrite juste après Tartuffe où Molière fustigeait l'hypocrisie de certains dévots, elle semble aux yeux des religieux de l'époque une apologie du libertinage. Le seul défenseur de la religion semble être Sganarelle pour lequel la religion ressemble fort à de la superstition et dont le rôle comique est indéniable. Elle va donc subir, dès sa deuxième représentation une attaque en règle. On demandera à Molière de supprimer certaines scènes (scène du pauvre) et certaines répliques (mes gages, mes gages) qui semblaient tourner en dérision la religion. Elle ne sera éditée qu'en 1682 dans des versions souvent mutilées et ce n'est qu'en 1884 qu'elle sera rejouée pour la première fois dans sa version originale. Il est à noter que Molière s'est inspiré du personnage principal de El Burlador de Sevilla y Convidado de piedra, de Tirso de Molina à la différence que, ce Don Juan espagnol qui passe son temps à renier Dieu et séduire les femmes, demande à se confesser avant sa mort lors du dénouement.

[modifier] Les intentions de Molière

Molière entretient l'ambiguïté sur ses intentions en décrivant un personnage qui n'est pas totalement noir. Il est intelligent et courageux. Dans ses duels verbaux contre Sganarelle, contre son créancier et contre son père, il gagne haut la main. D'autre part, son cynisme et son hypocrisie ne peuvent que révulser le spectateur.

En fait, la pièce est une réflexion sur le libertinage et ses excès. Molière est adepte avant la lettre de la libre-pensée, mais respecte les convictions religieuses. Il s'attaque principalement à toute forme d'hypocrisie que ce soit celle du dévot Tartuffe ou celle du libertin Don Juan prêt à tout pour satisfaire ses plaisirs. La fin de Don Juan est très ambiguë. Certes, Don Juan est puni de ses péchés par la mort, il est anéanti physiquement (en effet les didascalies l'indiquent comme avalé par la terre), la conclusion semble donc morale (comme on peut l'attendre à l'époque). Néanmoins, peut-on dire qu'un héros est vaincu s'il a préféré mourir plutôt que de renoncer à ses convictions ? L'enjeu de la pièce dépasse donc la seule notion de libertinage.

[modifier] Analyse de l'œuvre

[modifier] Don Juan

[modifier] Don Juan ou la démesure

Certains voient dans Don Juan, l'archétype de la démesure et la preuve d'une démesure morale.

Grand seigneur, méchant homme d'une insolence totale, parfois violent. Don Juan manie avec aisance l'ironie et le sarcasme, l'impertinence et l'offense, l'irrévérence et l'irrespect. Il personnifie une lutte impitoyable entre le classicisme et le baroque. Tel Prométhée, il se libère par la mort, c’est-à-dire il entre dans la (dé)mesure triomphante.

[modifier] Un personnage transgressif

Don Juan, c'est la transgression des mœurs parce qu'il est séducteur (dimension parfois éclipsée par l'ampleur métaphysique du personnage), il ne respecte pas le mariage, il séduit les femmes, y compris celles qui sont promises (voir la scène avec Charlotte et Pierrot).

Il transgresse les règles sociales, il vit à l'écart, en fuite durant la moitié de la pièce,et il représente un danger pour la société dans la mesure où il séduit toutes les femmes. Il est transgressif vis-à-vis des règles imposées par sa naissance, sa noblesse et son père. Il n'éprouve aucun respect envers ce dernier et lui souhaite même de mourir (acte IV). Il refuse de régler sa conduite comme le nécessiterait son rang. Son père, Don Louis, l'accuse d'être la honte de sa famille dans une tirade que l'on pourrait qualifier de cornélienne.

Il y a également chez Don Juan, la transgression du ciel. Il croit seulement que "deux et deux sont quatre" et que "quatre et quatre sont huit". Il refuse, à maintes reprises de se repentir, il garde une attitude de libre pensée à l'encontre de tous les codes sociaux de l'époque. Même à sa mort, il a refusé de se renier, il est resté déviant jusqu'au bout.

C'est aussi un homme de l'expérimentation, qui affronte chaque nouveau problème, et le résout sur le moment. Il y a aussi chez Don Juan la tentation du Ciel. On peut penser que, dans la scène du pauvre, ou dans sa fausse rédemption, il essaye, il attend une réaction, et n'en recevant pas, il continue à le nier.

[modifier] Sganarelle

Sganarelle, en tant que valet, adepte de la religion, est présent depuis les premières comédies de Molière. Dans cette pièce, il vient en contrepoint apporter de l'humanité et du rire à une pièce qui sans lui aurait été bien noire. Mais le Sganarelle de Dom Juan se démarque des autres valets de Molière ; on peut le qualifier d'asexuel dans la mesure où il ne "récupère" pas les conquêtes de Don Juan, ce que pouvait faire un valet Moliéresque.

Sganarelle mêle souvent les dictons populaires, fait preuve d'un certain bon sens, mais reste assez maladroit. En revanche, l'éloge paradoxal (le célèbre éloge du Tabac, acte I, scène 1) est un procédé littéraire complexe. Il s'adresse à Gusman, le valet de Dona Elvire de manière déconcertante : loin de profiter de ce moment d'égalité (en tant que valet), pour s'exprimer dans le patois qui apparaît souvent chez Molière il parle aussi bien que le ferait Don Juan.

Dans l'acte I, scène 1, Sganarelle précise qu'il déteste son maître mais doit le suivre, plus par lâcheté que par sens moral. On peut néanmoins s'interroger sur les véritables raisons qui le motivent. En effet, il ne cesse d'implorer son maître de se repentir et le menace du châtiment divin. Il y a quelque chose de paradoxal dans son attitude. Sans doute Sganarelle, du point de vue de la société, trouverait dans l'ordre des choses que Don Juan meure. Il n'en n'est pas moins fasciné par cet homme d'exception, qui, par sa personnalité, par sa transgression, prend une dimension monstrueuse. Sans doute se demande-t-il jusqu'où Don Juan peut aller... Ainsi Sganarelle ne souhaite pas vraiment que Don Juan meure. Pourtant à la mort de ce dernier, il ne le regrettera que parce qu'il lui devait de l'argent, "mes gages ! mes gages", tandis que le Sganarelle "social" justifiera et acceptera la mort de Don Juan.

Ainsi, loin de s'effacer devant le personnage de Don Juan, Sganarelle est aussi problématique.

[modifier] Les rapports maître-valet

Quels sont les rapports entre le maître Don Juan et son valet Sganarelle ?

Dans la première scène, Sganarelle fait un portrait très péjoratif de son maître, un blâme, à Gusman, valet de d’Elvire. Il le critique vivement en le qualifiant de : « pourceau d’Epicure », « vrai Sardanapale », « d’hérétique » … Il présente son maître comme un libertin sans aucune morale : « rien n’est trop chaud ni trop froid pour lui ». Il a tenté de raisonner son maître à propos de ses mœurs qu’il n’approuve pas : « me réduit à applaudir ce que mon cœur déteste », mais en vain. De plus, Sganarelle croit en Dieu et craint la fureur divine si Don Juan ne se repend pas. On peut affirmer que Sganarelle craint son maître : « la crainte en moi fait l’office du zèle ». Par exemple, à la scène 4 de l’acte II avec les paysannes : « mon maître est un fourbe […] elles se gardassent de le croire ». En effet, il se rattrape lorsqu’il voit Don Juan revenir : il a peur des représailles. Néanmoins, il participe à la moindre aventure entreprise par le grand seigneur méchant homme.


Sganarelle remplit ses fonctions de domestique et même plus. Il entretient une relation presque fraternelle avec son maître car il représente son confident et la seule personne toujours à ses côtés. Il est son unique interlocuteur. Il demeure presque toujours là dans les moments graves : avec M.Dimanche, les paysannes … Don Juan semble être le double utopique de Sganarelle. En effet, il incarne tout ce qu’il aurait voulu être. Le valet éprouve une profonde admiration pour l’audace et le pouvoir rhétorique de son maître : « Ah quel homme ! Quel homme ! » (après la visite de Don Juan chez son père). Cependant, dans la dernière scène Sganarelle est triste mais ce qui importe le plus à ses yeux , ce sont ses gages non payés : « Mes gages ! mes gages ! ».


En conclusion, on peut dire que Don Juan ne peut pas se séparer de son valet. Ce premier représente le côté sombre de la pièce tandis que Sganarelle est l’amuseur, celui qui détend l’atmosphère. Rôle que se réservait d’ailleurs Molière. Malgré leurs relations amicales, Sganarelle demeure un inférieur. Il faudra attendre un siècle pour que les domestiques revendiquent leurs droits comme on peut le voir dans le Mariage de Figaro de Beaumarchais.


[modifier] Dénouement

Un dénouement tragique et ambigu (Acte V, scènes 5 et 6).

La mort du héros est ambiguë : on ne sait qui l'emporte entre Don Juan et Dieu.

Don Juan meurt, on pourrait se croire dans le dénouement d’une tragédie. Mais très rapidement, le registre comique revient au galop avec la réplique finale de Sganarelle : « Mes gages, mes gages ! », qui peut paraître mesquine mais cache un véritable chagrin.

Le châtiment de Don Juan peut paraître exemplaire : un homme qui défie toutes les lois sociales et la puissance divine ne peut survivre. Pourtant le comique de cette réplique finale annule l’effet voulu : Dieu n’a pas le dernier mot. La pièce se finit sur une note bouffonne et le commandeur Sganarelle énonce une morale.

Le ciel emploie tous les moyens possibles afin de convaincre Don Juan, et doit se résoudre à utiliser la violence, ce qui démontre sa faiblesse. Finalement Don Juan ne va jamais se repentir, personne ne réussira à le convaincre et à vaincre sa logique.

Molière a élevé Don Juan (libertin inventé par Tirso de Molina en 1630) au rang de mythe, en lui donnant une profondeur et une certaine complexité.

[modifier] Adaptations

[modifier] Voir aussi

es:Don Juan (Molière)

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