Devoir de mémoire
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Le devoir de mémoire est le devoir qu'aurait un pays de reconnaître les souffrances subies par certaines catégories de la population, surtout lorsque l'État en porte la responsabilité. Il fait l'objet de débats entre les associations représentant les populations victimes et les historiens. Le devoir de mémoire a trouvé une reconnaissance officielle dans certains cas à travers des déclarations officielles et des textes de loi (lois mémorielles) à partir de la fin du XXe siècle.
Sommaire |
[modifier] L'objet du devoir de mémoire
Le devoir de mémoire consiste d'abord en la reconnaissance de la réalité des persécutions dont les populations ont été victimes. Il suppose ensuite que l'État reconnaisse dans une certaine mesure sa responsabilité, ou la responsabilité de la nation, dans ces persécutions.
Les associations et représentants des populations concernées estiment qu'une reconnaissance officielle des crimes passés de l'État, voire une demande de pardon, permet aux populations victimes ou à leurs descendants de mieux trouver leur place au sein de la nation <ref>(fr) Rapport au Premier ministre du Comité pour la mémoire de l'esclavage Image:Page white acrobat.png [ pdf</span>] du 12 avril 2005 : « la très grande majorité de nos concitoyens du monde issu de l’esclavage sont convaincus que, malgré la loi du 21 mai 2001, l’histoire de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions continue d’être largement ignorée, négligée, marginalisée. Ces concitoyens perçoivent cet état de fait comme un déni de leur propre existence et de leur intégration dans la République. »</ref>. En particulier, le racisme et les discriminations actuels seraient en partie dus à la permanence dans la mentalité nationale de sentiments de supériorité anciens. De plus, le souvenir des événements passés devrait permettre d'éviter de les répéter à l'avenir.
Les historiens reconnaissent la nécessité de la mémoire, mais mettent en garde contre l'abus d'une « injonction à se souvenir » <ref>Paul Ricœur, La mémoire, l'histoire, l'oubli, 2000.</ref>. Le devoir de mémoire ne doit pas, selon eux, se substituer au travail personnel de mémoire que chacun doit accomplir de manière personnelle. Il ne doit pas devenir un « raccourci moralisant dont la vertu première est d'éluder l'extrême complexité des questions » qu'il soulève <ref>(fr) Travail de la mémoire, politique mémorielle : enjeux des interdits et des refoulés de l'histoire contemporaine, conférence de [[Alain Brossat] donnée le 11 avril 2002.</ref>. De plus, « l'histoire n'est pas la mémoire » <ref>(fr) Entretien avec Françoise Chandernagor pour le magazine Histoire, février 2006.</ref> : il ne faut pas confondre la mémoire des victimes, qui résulte d'une vision subjective et prend une valeur propre à chacun, avec le travail critique de l'historien qui vise à dégager une vérité commune.
[modifier] Application du devoir de mémoire
Le devoir de mémoire peut prendre la forme de déclarations officielles aussi bien que de textes de loi. Il peut aussi s'appliquer dans le cadre des programmes d'enseignement.
[modifier] France
Le devoir de mémoire a été d'abord invoqué en France pour demander à la nation de reconnaître la responsabilité de l'État français dans les persécutions et la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. C'est en 1993 que le président Mitterrand a instauré une Journée nationale de commémoration des persécutions racistes et antisémites. Deux ans plus tard, le 16 juillet 1995, le président Chirac reconnaissait la responsabilité de l'État dans les persécutions anti-juives de la période 1940-1944. Jusqu'alors, la théorie gaullienne, en refusant d'admettre la légalité du régime du maréchal Pétain, considérait que la France n'était pas responsable de ses actes. Cette reconnaissance a été confirmée par les Premiers ministres Lionel Jospin et Jean-Pierre Raffarin.
Entre temps, la loi du 13 juillet 1990, dite loi Gayssot, a fait un délit de la contestation de l'existence des crimes contre l'humanité. Puis la loi du 29 janvier 2001 a reconnu officiellement le génocide des Arméniens par les forces turques en 1915 <ref>(fr) Dossier sur la loi reconnaissant le génocide arménien (Sénat).</ref>. Enfin, par la loi Taubira du 21 mai 2001, la France a reconnu comme crimes de l'humanité la traité négrière et l'esclavage. Elle impose aux programmes scolaires et aux programmes de recherche d'accorder à ces sujets « la place conséquente qu'ils méritent », point contesté par des chercheurs qui estiment que la loi ne peut définir le cadre des recherches historiques. Enfin, la loi Taubira a mené à l'institution en 2006 d'une journée commémorant l'esclavage et son abolition. Cette journée est fixée au 10 mai, date d'adoption de la loi.
[modifier] Autriche
Le Service autrichien en mémoire de l'holocauste, créé en 1991-1992, est une alternative au service militaire.
[modifier] Références
<references />
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
[modifier] Lien externe
- Pour un travail de mémoire - "Devoir de mémoire" ou "travail de mémoire" , où se situer ?, par Evelyne Py
- Overlord44 : site sur le débarquement en Normandie. Voir la page sur le devoir de mémoire.
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