Cunéiforme
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Le cunéiforme est une des plus anciennes formes d'écriture. Il a été inventé dans l'ancien Sumer aux environs de la moitié du IVe millénaire avant l'ère chrétienne. Le système était à l'origine pictographique, mais en s'adaptant aux autres langues de la région, il a évolué vers un système phonétique.
Le nom cunéiforme signifie « en forme en coins » (latin cuneus), à cause de la forme du stylet utilisé. Le cunéiforme était principalement écrit avec un calame en roseau sur des tablettes d'argile.
Par ailleurs, en anatomie, les cunéiformes sont trois os du tarse nommés ainsi pour leur forme.
L'écriture sumérienne originale fut adaptée à l'akkadien, à l'élamite, au hittite et au louvite. Considérablement simplifiée, elle a inspiré le syllabaire vieux perse et, au moins en ce qui concerne la technique du calame, si ce n'est pour la forme de certains signes, elle a influencé l'alphabet ougaritique.
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[modifier] Déchiffrement
L'écriture araméenne a pris la place du cunéiforme, et le système fut oublié jusqu'en 1835, année où fut découverte l'inscription de Behistun.
Les premières avancées sur le déchiffrement sont dues à Georg Friedrich Grotefend, qui ouvrit la voie à Rask, Münter, Silvestre de Sacy, Rich, Edward Hincks, Edwin Norris, William Henry Fox Talbot, Julius Oppert, Rawlinson, etc.
Le déchiffrement fut ardu, car on ne savait pas même dans quel sens se lisaient les cunéiformes. La piste utilisée fut une hypothèse que la forme rituelle des inscriptions tombales s'était à peu près conservée malgré les changements de langue : "Ci-gît Y..., roi, grand roi, fils de X..., roi, grand roi", etc. Ces structures furent en effet observées, et on commença à pouvoir déchiffrer les cunéiformes.
[modifier] Historique
[modifier] Apparition de l’écriture
L’écriture apparaît au Proche-Orient à la période d'Uruk récent, vers 3400-3300 av. J.-C., quelque part dans le sud de la Mésopotamie, sans doute à l’initiative de populations sumériennes, vu qu’elle présente des caractéristiques qui s’adaptent à la structure de cette langue. Les premières formes d’écriture attestées ne sont cependant pas cunéiformes, mais linéaires, que se soit l’écriture mésopotamienne, ou le proto-élamite, même si on emploie déjà les tablettes d’argile comme support.
[modifier] Développement et affirmation de la graphie cunéiforme
La graphie de l’écriture mésopotamienne (le proto-élamite étant resté linéaire) devient cunéiforme vers le milieu du IIIe millénaire (Dynastique archaïque III), quand au lieu de tracer des traits linéaires on choisit d’appliquer la tête du calame de roseau, instrument servant à écrire sur les tablettes d’argile, qui est de forme triangulaire, avant de tracer un trait constituant le caractère que l’on veut écrire. C’est sans doute par pratique que cette forme se répand. Elle connaît un tel succès qu’elle est finalement reprise dans les inscriptions monumentales, qui jusque là étaient encore de type linéaire, à la fin du IIIè millénaire, qui adoptent alors une graphie proche de celle des tablettes d’argile (mais souvent plus soignée).
[modifier] Extension géographique
L’écriture cunéiforme est d’abord développée dans le sud de la Mésopotamie, pour écrire le sumérien et l’akkadien. Elle a été ensuite employée en Syrie, comme l’atteste le fait que l’éblaïte est écrit en cunéiforme, puis aussi en élamite, où elle a supplanté la variante écrite locale, qui survit jusqu’à la fin du IIIè millénaire sous la forme dite « élamite linéaire ». C’est à peu près de la même période que date la première attestation de texte cunéiforme écrit en hourrite. Au début du IIè millénaire, le cunéiforme est répandu du Plateau iranien (Suse) jusqu’à la Méditerranée (Ugarit, Qatna), de Palestine (Hasor) jusqu’en Anatolie (Hattusha). La langue dominante est alors l’akkadien. Les langues indo-européennes d’Anatolie, hittite, louvite et palaïte, ainsi que le hatti sont écrits vers le milieu du IIè millénaire. Dans la seconde moitié du IIè millénaire, l’akkadien cunéiforme (ainsi que le hittite et le hourrite) est écrit en Égypte.
Alors que ces écritures s’appuyaient jusqu’alors sur le principe élaboré par les sumériens, mélange d’idéogrammes, de phonogrammes et de déterminatifs, un alphabet écrit en signes cunéiformes est créé à Ugarit vers le XIVè siècle, et disparaît au XIIè. Ce sont néanmoins les alphabets linéaires (phénicien, hébreu, puis surtout araméen) qui deviennent néanmoins les plus populaires, et supplantent peu à peu l’écriture cunéiforme ancienne dans le courant du Ier millénaire. Un syllabaire simplifié en perse fut écrit en cunéiforme est développé par les Achéménides, sans franc succès.
Les derniers exemple d’écriture cunéiforme retrouvés datent du début de notre ère, et sont localisé en Babylonie, où la tradition avait perduré jusque-là, bien qu’elle fut depuis longtemps supplantée par les alphabets linéaires.
[modifier] Principes des écritures cunéiformes
[modifier] Les phonogrammes
Les phonogrammes sont des signes valant pour un son, généralement une syllabe. On trouve les syllabes ouvertes, de type de type VC (um, ap, ut, etc.) et CV (ki, mu, na, etc.), et des syllabes fermées, de type CVC (tam, pur, mis, etc.), selon un principe adapté à la langue sumérienne, fondamentalement monosyllabique. On trouve aussi des signes ayant des valeurs plus complexes, les signes bisyllabiques (tara, reme, etc.). Les signes bisyllabiques peuvent être obtenus par la ligature de deux signes syllabiques simples, accolés l'un à l'autre (aš+šum = aššum). A l'inverse, il existe des signes plus simples, valant pour une seule voyelle, c'est-à-dire dans les cas de a, e, i, u. De nombreux signes ont plusieurs valeurs phonétiques (polyphonie), alors que certains sons sont écrits par des signes différents (homophonie). La polyphonie vient du fait qu'un signe avait plusieurs significations, avec en plus des signes dérivés, mais aussi qu'aux valeurs phonétiques du sumérien se sont ajoutées celles de l'akkadien (voir plus haut). Elle peut porter sur des signes différents, par exemple quand un même signe marque le son "ut" et le son "tam", mais elle porte aussi sur des sons proches, notamment sur la proximité phonétique des consonnes k/g (ak/ag), b/p (ab/ap), t/d (ut/ud), et pour les voyelles entre i/e (ib/eb, qui est aussi le même signe que ip/ep). L'homophonie vient du fait que l'écriture sumérienne avait de nombreux homonymes, qui étaient à la base marqués par des signes idéographiques différents (voir plus haut). Cela complexifie la lecture de l'écriture cunéiforme, d'autant plus que ces signes peuvent aussi avoir en même temps des valeurs idéographiques ou logographiques. Mais la compréhension de ces signes est généralement facilitée selon le contexte dans lequel il est écrit.
[modifier] Les idéogrammes
Les idéogrammes sont des signes représentant un mot en lui-même. Ils sont pour une majeure partie un héritage de l'écriture du sumérien, puisqu’il s’agit généralement de mots sumériens écrits dans un texte dans une autre langue (des sumérogrammes). Ils peuvent représenter un verbe, un substantif, un adjectif, un adverbe, une préposition. Certains idéogrammes sont plus complexes, et sont composés de deux signes, voire plus.
[modifier] Les déterminatifs
Les déterminatifs servent à faciliter la lecture du signe qu'ils précèdent (déterminatifs préposés) ou qu'ils suivent (déterminatifs postposés), voire inscrits dans le signe même dans certains cas. Ils indiquent la classe, ou bien la nature du mot qu’ils déterminent. Il s'agit le plus souvent d'un idéogramme. Ils avaient juste une valeur à la lecture, et ne se prononçaient pas. L'utilisation d'un déterminatif n'est pas systématique, et il arrive souvent que le scribe s'en passe. Il existe cependant certains mots (écrits phonétiquement ou idéographiquement) pour lesquels le déterminatif est toujours utilisé, comme les noms de certaines villes (déterminatif postposé KI). Certains déterminatifs sont directement inclus dans le signe. Une autre catégorie de déterminatifs est de type grammatical, servant par exemple à marquer le pluriel, en sumérien ou avec des sumérogrammes uniquement.
[modifier] Les compléments phonétiques
Cette dernière catégorie de signe sert à simplifier la lecture des idéogrammes, en leur postposant un signe phonétique indiquant la terminaison du mot à lire. Cela sert dans le cas où un signe a plusieurs valeurs idéographiques, ou bien quand on hésite entre une lecture idéographique ou phonétique de ce signe. Par exemple, dans le cas de signe ayant pour valeur idéographique DINGIR (dieu, aussi déterminatif de la divinité) phonétique AN, quand il est suivit d'un complément phonétique débutant par -r-, la première valeur sera choisie, et s'il est suivi d'un complément débutant par -n-, la seconde valeur sera choisie.
[modifier] L’alphabet cunéiforme d'Ougarit
Bien qu’étant non pas une évolution du système cunéiforme, mais plutôt celui de l’écriture hiéroglyphique, dont il est une simplification, puisqu’il ne garde que ses principes phonétiques, il y eut dès l’élaboration des premiers alphabets chez les peuples ouest-sémitiques des formes utilisant la graphie cunéiforme. Si l’alphabet ougaritique est le seul exemple connu (hormis quelques documents difficiles à identifier), il n’est en fait peut-être pas la plus ancienne de ces formes d’écriture.
L’alphabet ougaritique a été traduit dès l’entre-deux guerres, et ayant fourni une documentation très abondante. C’est la mieux connue de toutes les premières formes d’alphabet. Les plus anciens documents datent du XIVè siècle av. J.-C., et les derniers sont du début du XIIè siècle. Il reprend les principes de tous les alphabets ouest-sémitiques : écriture uniquement des consonnes et des semi-consonnes, et donc exclusion des voyelles. Mais, à l’imitation de l’écriture cunéiforme « idéographico-syllabique », il se lit de gauche à droite.
[modifier] Le vieux-perse cunéiforme
La dynastie perse achéménide patronna aux VI-Vè siècles l’élaboration d’un système mi-syllabique, mi-alphabétique de trente-six signes adapté à partir de l’écriture cunéiforme, dont il se voulait une simplification, imitant les alphabets sémitiques, mais indiquant parfois la vocalisation des consonnes, et ayant des signes pour marque les voyelles a, u et i. Il comprenait aussi quelques idéogrammes.
[modifier] Ressources
[modifier] Liens internes
- Langues
[modifier] Liens externes
- code ISO 15924 : Xsux
- L'initiative de la bibiothèque cunéiforme (en anglais Cuneiform digtal library initiative) est un projet mené par les plus grands dépots de tablettes du monde (musées et universités) qui permet de contempler virtuellement de l'ordre de 125 000 tablettes parmi les 500 000 tablettes estimées existant au monde. C'est en quelque sorte le Wikipédia du cunéiforme. On notera dans cette initiative l'absence du musée du Louvre et du British Museum et la présence de l'Institut catholique de Paris
[modifier] Bibliographie
[modifier] Histoire de l'écriture
- B. André-Leickman, C. Ziegler (éds.), Naissance de l'écriture, cunéiformes et hiéroglyphes, Éditions de le Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1982
- J.Bottéro, « De l’aide-mémoire à l’écriture », in Mésopotamie, l'Écriture, la Raison et les Dieux, Gallimard, p.132-p.163
- J.J. Glassner, Écrire à Sumer : l'invention du cunéiforme, Seuil, 2001
[modifier] Manuels de cunéiforme
[modifier] Sumérien et Akkadien
- F. Malbran-Labat, R. Labat, Manuel d'épigraphie akkadienne (Signes, Syllabaires, Idéogrammes), Librairie Orientaliste Paul Geuthner, Paris
- (de) R. Borger, Assyrish-babylonische Zeichenliste, Collection : Alter Orient und Altes Testament Bd. 33 et 33A, Kevelaer : Butzon und Bercker ; Neukirchen-Vluyn : Neukirchener Verl., 1981
[modifier] Élamite
- M.J. Stève, Syllabaire élamite, Histoire et paléographie, Neuchâtel, 1992
[modifier] Hittite
- (de) C. Rüster, E. Neu, Hethitisches Zeichenlexikon : Inventar und Interpretation der Keilschriftzeichen aus den Boğazköy-Texten, Studien zu den Boğazköy-Texten Beiheft 2, O. Harrasowitz, Wiesbaden, 1989
[modifier] Où apprendre le cunéiforme ?
- Université Paris I [1] (akkadien, sumérien, hittite)
- Université Paris VIII [2] (akkadien, sumérien)
- École du Louvre [3] (pages 27-28-29) (akkadien, sumérien, élamite)
- Institut Catholique de Paris [4] (akkadien, sumérien)
- Institut Khéops [5] (akkadien, sumérien, hittite)
- Université Lyon 2 [6] (akkadien, sumérien)
- Université Clermont-Ferrand II [7] (akkadien)
- Université Catholique de Louvain [8] (akkadien, sumérien, hittite, ougaritique)
- Université de Genève [9] (akkadien, sumérien)
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