Conférence de Yalta
Un article de Wikivisual, l'encyclopédie libre.
Tenue du 4 au 11 février 1945 dans la station balnéaire de Yalta, sur la côte de la mer Noire, en Crimée, la conférence de Yalta réunit en grand secret les chefs de gouvernement de l'Union soviétique (Joseph Staline), du Royaume-Uni (Winston Churchill) et des États-Unis (Franklin D. Roosevelt), dans le but
- d’adopter une stratégie commune afin de hâter la fin de la guerre,
- de régler le sort de l’Europe après la défaite du IIIe Reich et
- de garantir la stabilité du monde au-delà de la victoire.
Les accords que les trois « grands » signèrent le 11 février 1945 allaient se révéler essentiels pour l’après-guerre, bien qu’à Yalta le monde ne fût pas partagé en zones d’influence, comme le prétendra le Général de Gaulle. (cf. J. B. Duroselle, Dictionnaire d’histoire de la Seconde Guerre mondiale, Larousse, 1980)
Le propos principal de Staline était sans doute de préserver son pays de futures attaques, comme en 1914 et en 1941, en le protégeant par un glacis territorial et politique. La meilleure solution pour lui, c’était la création d’une Pologne qui serait dirigée par un gouvernement ami de l’Union soviétique.
Churchill et Roosevelt, de leur côté, étaient disposés à oublier l'infâme pacte Molotov-Ribbentrop que Staline avait conclu avec l'Allemagne nazie, de même que l’agression soviétique contre la Pologne et la Finlande en 1939 : l’Union Soviétique gardera les pays baltes et l’est de la Pologne, territoires qu’elle avait annexés en 1940, contre la promesse de Staline d'entrer en guerre contre le Japon dans les trois mois après la capitulation de l’Allemagne. Il est vrai que Staline négociait en position de force, les armées soviétiques n’étant plus qu’à une centaine de kilomètres de Berlin. Par ailleurs, Roosevelt, dont la santé se dégradait de plus en plus, faisait preuve d’une incroyable naïveté. Si je lui donne (i. e. à Staline), estima-t-il, tout ce qu'il me sera possible de donner sans rien réclamer en échange, noblesse oblige, il ne tentera pas d'annexer quoi que ce soit et travaillera à bâtir un monde de démocratie et de paix. (cité par A. Fontaine, Le Monde du 5 février 1990.)
Les accords de Yalta furent respectés tant que dura l’entente entre les trois Alliés. Mais il devint vite évident que l’Union Soviétique et les alliés occidentaux avaient des conceptions très différentes en ce qui concernait la démocratie et l’avenir de l’Europe. Certains historiens pensent même que les accords de Yalta avaient fait le lit de la guerre froide ; cependant il est vraisemblable qu'elle aurait eu lieu de toute façon et que les accords de Yalta avaient simplement confirmé l’importance stratégique de l'Europe en la plaçant au cœur de cet affrontement.
Sommaire |
[modifier] Teneur des accords
Image:Yalta livadiapalace.jpg Les accords conclus à l'issue des rencontres prévoyaient
- des élections libres dans les États européens libérés, les Trois Grands s'engageant à constituer des autorités gouvernementales provisoires largement représentatives de tous les éléments démocratiques des populations et qui s'engageront à établir, dès que possible, par des élections libres, des gouvernements qui soient l'expression de la volonté des peuples (cf. Communiqué final en annexe : Déclaration sur l'Europe libérée) ;
- l'organisation en avril 1945 de la conférence de San Francisco ;
- l’entrée en guerre de l'Union soviétique contre le Japon dans les 3 mois qui suivront la défaite de l'Allemagne, l'URSS recevant en échange l’île de Sakhaline et les îles Kouriles ;
- la destruction du militarisme allemand et du nazisme ;
- la division de l'Allemagne en quatre zones, occupée chacune par un des quatre Alliés : États-Unis, URSS, Royaume-Uni et France ;
- déplacement de la Pologne vers l'ouest : elle céderait des territoires à l'URSS et recevrait en compensation des territoires enlevés à l'Allemagne ;
- l'avancement de la frontière soviéto-polonaise jusqu’à la ligne Curzon ;
- la réorganisation du « Comité de Lublin », gouvernement pro-soviétique établi en Pologne libérée, suivant des bases démocratiques plus étendues, avec l'inclusion des chefs démocrates se trouvant à l'étranger, c'est-à-dire des membres du gouvernement polonais en exil à Londres (cf. Communiqué final en annexe : Pologne) ;
- quelques modalités concernant le fonctionnement de l'ONU, dont la création avait été décidée en 1943 à la conférence de Téhéran : le droit de veto des membres permanents du Conseil de sécurité jouera pour tous les cas sauf pour les questions de procédure ; l’URSS accepte de n’avoir que trois sièges aux Nations unies (Russie, Ukraine, Biélorussie) au lieu des seize qu'elle demandait ; les Nations unies auront un droit de regard sur l'organisation de l'Europe.
[modifier] Voir aussi
On notera en particulier les conférences de Casablanca et de Téhéran (tenues avant Yalta) ainsi que celles de Potsdam et de San Francisco (tenues après Yalta).
[modifier] Liens externes
[modifier] Annexe
Communiqué final de la Conférence de Yalta, 11 février 1945
La conférence de Crimée entre les chefs des gouvernements des États-Unis d'Amérique, du Royaume-Uni et de l'Union des républiques socialistes soviétiques, qui eut lieu du 4 au 11 février, est arrivée aux conclusions suivantes :
I Organisation du monde
Il a été décidé que :
1° Une conférence des Nations unies sur l'organisation mondiale envisagée serait tenue le mercredi 25 avril 1945, aux États-Unis d'Amérique.
2° Les nations invitées à cette conférence seraient : a) Les Nations unies, telles qu'elles existent au 8 février 1945 et b) Les nations associées qui, avant le 1er mars 1945, auraient déclaré la guerre à l'ennemi commun. Lors de la conférence sur l'organisation du monde, les délégués du Royaume-Uni et des États-Unis d'Amérique appuieront la demande d'admission en qualité de membre originel de deux républiques socialistes soviétiques, nommément l'Ukraine et la Russie blanche.
3° Le gouvernement des États-Unis consulterait, au nom des trois puissances, le gouvernement de la Chine et le Gouvernement provisoire français sur les décisions prises à la présente conférence, en ce qui concerne l'organisation du monde envisagée.
II Déclaration sur l'Europe libérée
La déclaration suivante a été approuvée : Le Premier ministre de l'Union des républiques socialistes soviétiques, le Premier ministre du Royaume-Uni et le président des États-Unis d'Amérique [...] déclarent ensemble leur volonté commune de mettre en accord, pendant la période temporaire d'instabilité de l'Europe libérée, les politiques de leurs trois gouvernements, en vue de prêter assistance aux peuples libérés de la domination de l'Allemagne nazie et aux peuples des États d'Europe anciens satellites de l'Axe, pour résoudre, par des voies démocratiques, les problèmes politiques et économiques urgents. L'établissement de l'ordre en Europe et la reconstruction de la vie économique nationale devront être réalisés par des voies qui permettront aux peuples libérés de détruire les derniers vestiges du nazisme et du fascisme et de créer des institutions démocratiques de leur choix. Tel est le principe de la charte de l'Atlantique — droit de tous les peuples à choisir la forme de gouvernement sous lequel ils désirent vivre, restauration des droits souverains et de l'autonomie chez les peuples que des pays agresseurs en ont privés par la force. Pour favoriser les conditions dans lesquelles les peuples libérés pourront exercer ces droits, les trois gouvernements prêteront ensemble assistance aux peuples de tous les États européens libérés et des États anciens satellites de l'Axe en Europe chez lesquels ils jugeront que la situation l'exige en vue de, a) établir les conditions de la paix intérieure, b) prendre des mesures d'urgence pour aider les individus plongés dans la détresse, c) former des gouvernements intérimaires largement représentatifs de tous les éléments démocratiques de la population, qui s'engageraient à faire établir aussitôt que possible, par des élections libres, des gouvernements répondant à la volonté du peuple et, d) faciliter, là où ce sera nécessaire, le processus de ces élections.
III Démembrement de l'Allemagne
Le Royaume-Uni, les États-Unis d'Amérique et l'Union des républiques socialistes soviétiques posséderont en Allemagne une autorité suprême. Dans l'exercice de cette autorité, ils prendront les mesures qu'ils estimeront nécessaires à la paix et à la sécurité futures, y inclus le désarmement, la démilitarisation et le démembrement de l'Allemagne.
IV Zone d'occupation pour la France et conseil de contrôle en Allemagne
Il a été décidé qu'une zone de l'Allemagne serait allouée à la France pour être occupée par les forces françaises. Cette zone serait prélevée sur les zones britannique et américaine et son étendue serait fixée par les Britanniques et les Américains, en accord avec le Gouvernement provisoire français. Il a été aussi décidé que le Gouvernement provisoire français serait invité à faire partie de la Commission de contrôle alliée en Allemagne.
V Réparations
L'Allemagne devra payer en nature pour les pertes causées par elle aux nations alliées pendant la guerre. Les indemnités de réparations devront être reçues en premier lieu par les contrées qui ont supporté le fardeau principal de la guerre. [...]
VII Pologne
La déclaration suivante a été acceptée par l'Assemblée : Une nouvelle situation a été créée en Pologne à la suite de sa libération complète par l'armée Rouge. Cette situation exige l'établissement d'un Gouvernement provisoire polonais, auquel on pourra donner des bases plus larges qu'il n'était possible de le faire avant la récente libération de la partie occidentale de la Pologne. Le Gouvernement provisoire qui est maintenant en fonction en Pologne sera en conséquence réorganisé suivant des bases démocratiques plus étendues, avec l'inclusion de chefs démocrates se trouvant en Pologne même ou à l'étranger. Ce nouveau gouvernement prendra le nom de Gouvernement provisoire polonais d'Unité nationale. Le Gouvernement provisoire polonais d'Unité nationale s'engagera à procéder à des élections libres et sans entraves aussitôt que possible, sur la base du suffrage universel et du scrutin secret. Tous les partis démocratiques et antinazis auront le droit de participer à ces élections et de présenter des candidats. Les trois chefs de gouvernement considèrent que la frontière orientale de la Pologne devra suivre le tracé de la ligne Curzon, avec des écarts, en quelques régions, de cinq à huit kilomètres en faveur de la Pologne. Ils reconnaissent que la Pologne devra recevoir des cessions de territoires substantielles au Nord et à l'Ouest. Ils pensent que l'opinion du nouveau Gouvernement provisoire polonais d'Unité nationale devra être consultée en temps opportun, en vue de déterminer l'étendue des cessions, et que la délimitation finale de la frontière occidentale de la Pologne devra attendre ensuite la Conférence de la Paix.
Signé
J.V Stalin W.S. Churchill F.D. Rooseveltar:اتفاقية يالطة bg:Ялтенска конференция ca:Conferència de Jalta cs:Jaltská konference da:Jaltakonferencen de:Erklärung von Jalta en:Yalta Conference es:Conferencia de Yalta he:ועידת יאלטה hr:Konferencija u Jalti id:Konferensi Yalta it:Conferenza di Jalta ja:ヤルタ会談 ka:იალტის კონფერენცია nl:Conferentie van Jalta no:Jaltakonferansen pl:Konferencja jałtańska pt:Conferência de Ialta ro:Conferinţa de la Yalta ru:Ялтинская конференция sk:Jaltská konferencia sv:Jaltakonferensen tr:Yalta Konferansı vi:Thoả thuận Yalta zh:雅尔塔会议

