Charia
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La charia (arabe شَرِيعَة, šarīʿaʰ, « la voie ») est le code de jurisprudence religieuse musulman. Le terme est aussi utilisé en arabe pour: « ce qui a été légiféré [par Dieu] ». Il est coutume de désigner charia en Occident sous le vocable de loi islamique. Ce terme est d'ailleurs utilisé en place de droit musulman.
Ce terme désigne la dimension exotérique de l'islam concernant les domaines :
- du culte,
- de la morale,
- du droit musulman.
Sommaire |
Origine
Le mot charia (ou ses dérivés : chara'a et chir'ah) est cité dans le Coran comme étant la voie à suivre par les musulmans :
« Juge donc parmi eux d'après ce qu'Allah a fait descendre. Ne suis pas leurs passions, loin de la vérité qui t'est venue. A chacun de vous, Nous avons assigné une voie (chir'ah) et un plan à suivre. » (Sourate 5, verset 48)
« Il vous a légiféré (chara'a) en matière de religion, ce qu'Il avait enjoint à Noé, ce que Nous t'avons révélé, ainsi que ce que Nous avons enjoint à Abraham, à Moïse et à Jésus: "Etablissez la religion; et n'en faites pas un sujet de divisions. » (Sourate 42, verset 13)
« Puis Nous t'avons mis sur la voie (charî'a) de l'Ordre (une religion claire et parfaite). Suis-la donc et ne suis pas les passions de ceux qui ne savent pas. » (Sourate 45, verset 18)
Al-Qurtubi (XIIIe siècle) dit dans son exégèse à la suite de ce verset :
« »
Mahomet et les califes qui lui ont succédé appliquaient un ensemble de règles en matière de religion et de droit, sans les codifier par écrit.
Au VIIIe siècle, l'imâm Mâlik Ibn Anas écrivit son célèbre ouvrage Al-Muwatta` où il rassembla un ensemble de hadîths classés selon des questions de jurisprudence, et souvent suivis par son avis personnel. Le calife Harûn Ar-Rachîd apprécia beaucoup ce livre et lui proposa d'en faire la référence unique en matière de jurisprudence. Mâlik refusa en disant : « Cela n'est pas possible. Car les compagnons du Messager d'Allah se sont dispersés après sa mort dans diverses villes, et ils ont rapporté ses hadiths. Les gens de chaque ville connaissent donc des hadiths que les autres ne connaissent pas. »
La codification de la charî'a a eu lieu plus tard avec la formation progressive des différents madhhabs. Certains califes ont privilégié un madhhab plutôt que les autres en nommant les juges (cadis) qui appartiennent exclusivement à ce madhhab, comme l'ont fait les califes ottomans avec le rite hanafite.
Organisation
La charia classe les actions humaines en cinq catégories :
- ce qui est obligatoire, comme le respect des piliers de l'Islam,
- ce qui est recommandé, comme le mariage,
- ce qui est indifférent (mubâh),
- ce qui est blâmable (makrûh), comme le célibat ou le divorce,
- ce qui est interdit (Haram), comme les délits pénaux (vol, meurtre, etc.) ou les tabous alimentaires (porc, alcool, etc.).
Ses formulations sont de 2 ordres :
- la loi (al hukm)
- la fatwa
La loi
Elle désigne la visibilité pratique de l'islam. Elle vise à organiser et à structurer la société selon un projet global basé sur une philosophie du droit. Ses juges se nomment des cadis (qâdi).
La loi est structurée en deux parties :
- Al Mu'amalat qui concerne la morale, le droit civil, le droit pénal,
- Al 'Ibadat qui concerne la liturgie, la prière, l'adoration
en France
À Mayotte (collectivité d'outre-mer française), la laïcité est fondée sur un principe similaire à celui des régions concordataires, des éléments de droit musulman sont intégrés au droit français. En conséquence, le préfet nomme un cadi.
La fatwa
La fatwa est une norme mobile, de l'ordre du conseil. C'est un avis consultatif correspondant à un cas d'application à laquelle le requérant ne peut répondre par lui-même. Une fatwa est donc une réponse, parmi les possibles, apportée par un Ouléma saisi par une personne demandant une interprétation du droit musulman face à une situation concrète. La fatwa est donc limitée : à une période et un espace géographique, ou plutôt, un espace reconnaissant l'une des écoles d'interprétation. Ensuite, la fatwa pourra être confirmée, révisée, annulée voire totalement ignorée par d'autres écoles d'interprétation.
Exemples de fatwa :
- Celle lancée contre Salman Rushdie, auteur du livre Les Versets sataniques considéré comme impie et blasphématoire, établissant ainsi la légitimité de son élimination physique. Cet exemple est le plus connu en France mais, selon certains, ne serait pas le meilleur ni le plus significatif. Il n'y a pas d'autorité suprême en islam et il existe plusieurs écoles d'interprétations de la charia. La portée d'une fatwa est donc limitée, d'autant plus qu'elle émanait d'une autorité uniquement chiite. Cette fatwa a été rejetée par de nombreux musulmans mais a été prise aux sérieux par d'autres et par l'intéressé lui-même et ses traducteurs (traducteur japonais assassiné, traducteur italien agressé, traducteur turc échappant à un attentat à la bombe).
- Le discours décisif d'Averroes est aussi une fatwa.
Certaines peines de certaines charias
Ces peines sont pour la plupart uniquement suivies dans certains pays respectant tout ou une partie de la charia comme l'Iran ou l'Arabie Saoudite (voir liste ci-dessous).
Adultère
Le châtiment peut être la lapidation à mort en public si quatre témoins musulmans peuvent témoigner de son acte ou s'il y a aveu, selon les écoles. La sodomie est punie de la même façon que l'adultère. Quant à la fornication, les conditions sont les mêmes mais la peine change : le châtiment est ici la flagellation en public, accompagnée d'une année d'exil (du lieu où a été commise la fornication).
Apostasie
Celui qui quitte l'islam et qui en fait la publicité est punissable de mort.
Blasphème
Celui qui blasphème peut être punissable de mort selon certaines circonstances.
Enseignement de la charia
Cas de l'Algérie
Plusieurs pays incluent l'enseignement des bases du droit musulman dans les écoles, en Algérie par exemple. Obtenir un zéro dans cette matière (ou dans une autre) équivaut à rater son bac même si on a une moyenne supérieure à 10. Noter que les filières sciences exactes,sciences de la vie et de la nature et sciences de gestion et les autres filères techniques, au BAC il n'y pas la matière de droit musulman.
A l'université, il existe une filière appelée « charia islamique » comme l'université islamique de L'émir abdelkader à Constantine.
Problèmes d'herméneutique contemporaine
Caducité
Certaines personnes considèrent que certaines dispositions de la charia sont caduques du fait de l'évolution de la société ; il deviendrait donc inutile de les préserver. Tel est le cas des questions concernant l'esclavage.
Selon Leila Babès, des pratiques culturelles, c'est-à-dire contingentes ont été incorporées plus ou moins consciemment dans le droit musulman aboutissant à une dégradation du message éthique de la révélation en religion du droit positif. Celui-ci tend à se dogmatiser et à revendiquer abusivement un statut d'orthodoxie alors que l'essentiel de la charia vise à une orthopraxie.
Dans son livre, Loi d'Allah, Loi des hommes, elle considère que le point d'arrivée est un système coercitif omettant le principe juridique fondamental en islam que tout ce qui n'est pas expressément défendu est permis.
Transmission
Propos d'un musulman : Il n'y a pas de "transmission" de la Charia, car la Charia est avant tout une éducation. En effet, tout a été édicté dans le Coran et la Sunna du Prophète Muhammad, jusqu' à la manière de manger. On ne parle alors pas de "transmission" de la Charia, mais d'apprentissage de la Charia. Cet apprentissage se fait à travers les parents musulmans, qui sont le premier exemple pour l'enfant musulman, et à travers le Coran et la Sunna du Messager de Dieu.
Propos d'un non musulman :
Tareq Oubrou regrette que les oulémas (arabe : عالم [`ālim], sage; savant; érudit; ouléma, pl. علماء [`ulamā']) européens ne s'expriment pas là-dessus et laissent faire.
La tendance actuelle des courants politiques à militer et à obtenir l'intégration de la charia dans la constitution conduit à la fossilisation des décisions sur la situation d'une société du IXe siècle et à leur conférer un caractère de dogme au lieu de loi.<ref>La charia et les lieux saints dans les pays musulmans, carte utilisée par F. Heisbourg dans son cours du 13 janvier 2000 à l’Institut d'études politiques de Paris.</ref>
Pays appliquant une forme de charia
- L'Arabie Saoudite
- Les Emirats Arabes Unis
- Le Soudan
- Le Nigéria (quelques états du nord)
- L'Iran
- Le Pakistan
- L'Afghanistan
- La Somalie
Compatibilité entre droit musulman et droit européen
La Cour européenne des Droits de l'Homme, dans un arrêt du 31 juillet 2001 Refah Partisi c. Turquie, fait « observer l’incompatibilité des règles de la charia avec le régime démocratique ».<ref>Arrêt du 31 juillet 2001 de la Cour européenne des Droits de l'Homme concernant l'affaire Refah Partisi c. Turquie</ref> </br>Citation extraite de ce document
- Or, pour la Cour constitutionnelle, la charia serait l’antithèse de la démocratie, dans la mesure où elle se fonde sur des valeurs dogmatiques et est le contraire de la suprématie de la raison, des conceptions de la liberté, de l’indépendance, ou de l’idéal de l’humanité développé à la lumière de la science.
Dans un arrêt du 29 juin 2004, Leyla Sahin c. Turquie, elle estime que « le port du voile islamique est difficilement compatible avec l'égalité homme-femme ».<ref>Arrêt du 29 juin 2004 du la Cour européenne des Droits de l'Homme concernant l'affaire Leyla Sahin c. Turquie</ref>
Notes et références
<references/>
Articles connexes
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