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Chant grégorien

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Le chant grégorien est le chant liturgique officiel de l'Église catholique romaine. Remontant au Moyen Âge, il est indissociable de la liturgie de langue latine. Il reste cependant utilisé régulièrement dans certaines communautés religieuses ou traditionnelles et à titre plus exceptionnel, dans les cérémonies particulièrement solennelles.

Indépendamment de la liturgie, le chant grégorien est aujourd'hui apprécié pour sa qualité esthétique. C'est un genre musical qui appelle au calme, au recueillement, à la contemplation intérieure. Le chant grégorien a été qualifié de "Yoga musical de l'occident".

Dans la musique occidentale médiévale, le chant grégorien est un genre musical sacré, essentiellement vocal et monodique, et appartenant au courant du plain-chant.

Sommaire

[modifier] Origines du chant grégorien

Le chant grégorien doit son nom au pape Grégoire Ier — dit « Grégoire le Grand » (fin du VIe siècle) auquel il a été attribué par l'historiographie carolingienne. C'est d'abord en Angleterre, par l'envoi de missionaires partis de Rome, puis et surtout à la demande de Pépin le Bref, de Charlemagne et de leurs successeurs, que le chant romain a été importé hors de l'Italie. Il s'est alors répandu pour répondre à la volonté d'unité et d'ordre du pouvoir politique et remplacer le chant dit 'gallican'. La diffusion du chant grégorien, comme l'imitiation de lordo romanus dans son ensemble, servit donc avant tout à la mise en place du nouvel ordre politico-religieux chrétien et à limitatio imperii voulue par le nouvel empereur d'Occident. L'Eglise en fut l'instrument autant que la bénéficiaire. Le répertoire et les formes musicales que l'on appelle aujourd'hui 'grégoriens' sont le résultat du mariage du chant romain, diffusé par le bouche à oreille, avec le chant et les répertoires locaux. Le chant grégorien médiéval est né de leur cohabitation prolongée pendant des siècles. Avant de pouvoir être mis par écrit et noté, le chant romain était en effet transmis par l'intermédiaire de chantres envoyés par le pape qui, à force de mémorisation et de répétitions, venaient former l'oreille et les choeurs des régions les plus reculées. Ces échanges d'influences expliquent l'apparition de familles musicales différentes et la survivance de particularités locales à l'intérieur même de la tradition grégorienne. Les recherches de Dom Jean Claire (Solesmes) démontrent qu'une des formes primitives du chant dit grégorien est née au milieu du VIIIe siècle, à Metz, ancienne capitale de l'Austrasie, favorisée, au niveau ecclésiastique, par Chrodegang, évêque de Metz, proche de Pépin le Bref. On parlait alors d'ailleurs de chant messin<ref>Portail sur le chant grégorien, sur le site de la ville de Metz</ref>. Plus tard, les grandes familles religieuses du Moyen-Âge ont également donné naissance à leur propre tradition musicale grégorienne, souvent la diffusion des particularités musicales des livres de la maison mère (chant grégorien cistercien, cartusien, dominicain, etc.)

Ce mouvement d'uniformisation du chant sacré initié à grande échelle par les Carolingiens a été soutenu par la papauté et a accompagné l'implantation du christianisme en Europe. La diffusion du chant grégorien s'est largement appuyée sur les institutions monastiques, qui, malgré la constitution et le maintien de traditions mélodiques et d'un répertoire propres, différent du cursus romain spécialement pour l'antiphonaire de l'office, ont contribué à la diffusion du répertoire romain, par la copie et la compilation des textes religieux.

Le chant grégorien est habituellement considéré comme le point de départ de la musique occidentale savante, appelée musique classique. Cependant, il faut se garder de considérer que celui-ci est né ex nihilo : en effet, les modes, les échelles, les mélodies même, faisaient sans doute partie des traditions orales appartenant aux nombreux groupes sociaux établis sur l'ancien empire romain — traditions gréco-romaines, celtiques et plus précisement gallicane, judéo-chrétiennes, germaniques, etc. L'autorité religieuse a, en fait, défini une norme de musique acceptable dans le cadre de l'office divin, préservant la sainteté et la dignité de celui-ci, en favorisant la contemplation et en bannissant strictement tout débordement sensuel ou tout aspect profane incongru.

[modifier] Caractéristiques du chant grégorien

Le chant grégorien est un chant sacré anonyme, habituellement interprété par un chœur ou par un soliste appelé chantre, et destiné à soutenir le texte liturgique en langue latine. On trouve des choeurs d'hommes ou de femmes. Les abbayes de moniales au Moyen Âge chantaient le répertoire liturgique au même titre que les abbayes d'hommes

  • C'est une musique récitative, qui prend son origine dans le texte, et qui favorise l'intériorisation et la conscience des paroles chantées. Il n'est pas cadencé, mais il est absolument rythmé. Son rythme est très varié, par opposition à la cadence régulière de la musique issue de la Renaissance. Le rythme (qui est une question très complexe en chant grégorien) découle des paroles et de la musique, en superposant les deux logiques. Dans les passages psalmodiques ou syllabiques, le rythme vient principalement des paroles; dans les passages neumatiques ou mélismatiques, c'est la mélodie qui devient prépondérante, mais ces deux composants sont toujours présents.

[modifier] Modes

Le chant grégorien compte 8 modes:

  • Protus : finale ré (tierce T + 1/2 T) :
-> 1er mode : dominante la (ambitus ré-ré)
-> 2e mode : dominante fa (ambitus la-la)
  • Deutérus : finale mi (tierce 1/2 T + T) :
-> 3e mode : dominante do (ambitus mi-mi)
-> 4e mode : dominante la
  • Tritus : finale fa (tierce (1/2 T) + T + T) :
-> 5e mode : dominante do (ambitus fa-fa)
-> 6e mode : dominante la
  • Tetrardus : finale sol (tierce (T) + T + T) :
-> 7e mode : dominante ré (ambitus sol-sol)
-> 8e mode : dominante do

N.B. : Les modes impairs sont aigus ou authentes, les modes pairs sont graves et appelés plagaux. En chiffrages modernes, nous aurions

  • Protus et Tritus :
    • authente: ré/la et fa/do, dominante Vième degré
    • plagal: ré/fa et fa/la, dominante IIIième degré
  • Deutérus et Tetrardus :
    • authente: mi/do et sol/ré, dominante VIième degré
    • plagal: mi/la et sol/do, dominante IVième degré

On retrouve le terme de plagal dans l'expression cadence plagale, utilisée pour nommer la ponctuation (cadence) conclusive suivante :

Cadence plagale en do majeur

En effet, l'enchainement IVième - Iier relève du mode plagal des modes Deutérus et Tetrardus.

[modifier] Notation du chant grégorien

Au départ, seul le texte liturgique est noté sur le graduel. Les mélodies sont exclusivement transmises oralement.

  • Au VIIIe siècle, apparaissent les neumes. Il s'agit d'un ensemble de signes, généralement notés au-dessus du texte, et permettant au chantre de « retrouver » une mélodie primitivement mémorisée « d'oreille », mais sans indication précise des intervalles ou de la hauteur des notes. Cette première notation musicale n'inclut, par contre, pas d'indication rythmique, au moins de manière relative dans un groupe de neumes. Elle n'indique cependant pas un "tempo" régulier et constant tout au long d'une pièce.
  • À partir du XIe siècle, on assiste aux prémisses de la notation solfégique qui connaîtra plusieurs formes successives jusqu'à la Renaissance, où, en ce qui concerne le chant grégorien, elle se figera sous sa forme définitive : la « notation carrée » sur portée de quatre lignes.

[modifier] Pratique du chant grégorien

Aujourd'hui, le concile Vatican II a proclamé que « l'Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de l'Église... » (Constitution sur la Liturgie, art.116). En dépit des prescriptions claires du concile Vatican II sur l'usage du chant grégorien (et du latin), il n'est aujourd'hui repris que rarement dans les célébrations dominicales paroissiales des diocèses, et même de la chapelle pontificale à Rome, bien qu'on y note une timide amélioration du répertoire depuis l'avènement de Benoît XVI. Par contre, il est toujours très largement utilisé dans le cadre de la liturgie monastique catholique de tradition bénédictine : principalement les monastères de la congrégation de France (Solesmes, Saint-Wandrille) , Notre Dame d'Argentan, Ligugé), les chartreux et quelques autres. Il est la forme ordinaire du chant sacré dans les communautés de rite tridentin dont il fait partie intégrante : ainsi les abbayes bénédictines Notre-Dame de Fontgombault, Notre-Dame de Randol, Notre-Dame de Triors, Sainte-Madeleine du Barroux, Notre-Dame de l'Annonciation du Barroux, Notre-Dame de Fidélité de Jouques, l’Abbaye Notre Dame de Bellaigue, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, la Fraternité de la Transfiguration, la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, la Fraternité Sacerdotale Saint Pierre, l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, l'Institut de l'Opus Mariae, l'Opus Sacerdotale, l'Institut des Dominicaines du Saint Esprit, l'Institut de la Sainte-Croix, les Capucins de Morgon, les Dominicaines de Fanjeaux, les Coopérateurs du Christ-Roi, les Dominicains d'Avrillé, les Petites Sœurs de Saint Jean Baptiste... Ces instituts, ainsi que des associations de laïcs, ont maintenu l'existence de choeurs qui perpétuent la pratique du chant grégorien dans son cadre liturgique (messe, office, fêtes etc.). Au total plus de trois cents lieux de culte en France. Ainsi, dans l'Occident chrétien, le chant grégorien est pratiquement le seul genre de musique qui puisse faire état d'une pratique continue depuis plus de mille ans.

[modifier] Choix des chants liturgiques

En théorie, les chants qui sont interprétés dans une cérémonie donnée (Messe, Vêpres,...) ne sont pas choisis librement dans un répertoire, mais sont déterminés précisément en fonction du jour de l'année liturgique (parfois pour tout un temps liturique), et du moment dans le déroulement liturgique :

  • Ad Te Levavi (Introït du premier dimanche de l'avent, qui ouvre l'année liturgique)
  • Ave Regina (se chante du 2 février à Pâques, à la fin de l'office de Complies)
  • Justus (Graduel de la fête de saint Joseph)
  • Attende Domine (Chant de pénitence qui peut se chanter pendant tout le Carême)
  • Pueri Hebraeorum (Antienne de la procession des Rameaux)
  • Christus Factus Est (Graduel du Jeudi saint)
  • Tenebrae Factae Sunt (Répons des matines du Vendredi saint)
  • Sicut Servus (Trait de la Veillée pascale, à la fin des lectures)
  • Regina Caeli (se chante de Pâques jusqu'à la Pentecôte, à la fin de l'office de Complies)
  • Spiritus Domini (Introït du dimanche de la Pentecôte)
  • Alleluia V/. Veni sancte spiritus (Allélulia du dimanche de la Pentecôte)
  • Virgo prudentissima (Antienne du Manificat pour les premières vêpres de l'Assomption)
  • Placare (Hymne des premières vêpres de la Toussaint)
  • Rorate Caeli (Chant de méditation qui peut se chanter pendant l'Avent)
  • Hodie Christus Natus Est (très belle Antienne du Manificat aux vêpres de Noël)

Le recueil des chants à utiliser pour la Messe est le Graduel, celui du chant des offices de jour est l'Antiphonaire, celui des offices de nuit est le Responsorial, celui utilisé pour les processions est le Processionnal... Le choix du chant liturgique était strictement imposé dans la liturgie traditionnelle. De nos jours, les règles lituriques modernes précisent toujours ce qui doit être chanté à chaque instant, mais laissent la liberté d'y substituer d'autres chants.

[modifier] Quel avenir pour le chant grégorien ?

Le chant grégorien est déjà un genre musical plus que millénaire, et l'on peut se demander quel va être son avenir. De nombreux monastères ou de choeurs laïcs pratiquent encore cet art, et certains compositeurs comtemporains s'y intéressent encore. Une des questions qui se pose à l'heure actuelle dans le milieu de la composition de chants grégoriens est celle de l'accompagnement de celui-ci. En effet, le chant grégorien est traditionnellement monodique, mais il est peut-être possible de concilier tradition et polyphonie.

Voir, à ce sujet :

Il est à noter que plusieurs groupes modernes ont fait du "Grégorien-pop". C'est le cas de Gregorians - Master of Chants ainsi que Enigma qui a fait un carton dans les années 90 avec son tube Sadness.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

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