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Céramique sigillée

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La céramique sigillée est une céramique fine destinée au service à table caractéristique du Haut-Empire romain. Elle se caractérise par un vernis rouge plus ou moins clair et surtout par des décors en relief, moulés, imprimés ou collés et des estampilles d’où elle tire son nom : sigillée venant de sigillum, le sceau. Ce type de poterie rencontra un très grand succès dans le monde méditerranéen à partir du premier siècle avant notre ère. Plusieurs grands centres de production sont connus et il est possible de retracer l’histoire de ces centres de production, en particulier de leur déplacement vers les provinces romaines en liaison avec le déplacement des zones de diffusion de cette céramique. Facilement identifiables et datables, les tessons de céramique sigillée constituent un important fossile directeur dans les fouilles archéologiques et sont de précieux indices pour dater des stratigraphies.

Sommaire

[modifier] De l’Italie aux provinces : histoire de la diffusion de la céramique sigillée

[modifier] Les potiers d’Arezzo

C’est en Italie que la production de sigillée apparaît au premier siècle avant notre ère. La production la plus importante se situe à Arezzo (Aretium) en Étrurie. Cette production céramique se situe dans la continuité des précédentes céramiques italiennes du point de vue de son succès et de sa diffusion. À partir du deuxième siècle avant notre ère, en effet, les productions céramiques italiennes et romaines connaissent un succès commercial sans précédent et une diffusion jusqu'alors inégalée. Ces céramiques dites campanienne (Campanienne A, B ou C) sont des marqueurs de romanisation et témoignent du dynamisme économique de Rome et de l'Italie, ainsi que de la rationnalisation des techniques de productions, à partir notamment du travail servile. Des quantités énormes sont produites et diffusées sur une échelle très vaste.

La céramique arétine, céramique sigillée produite dans la cité d'Arezzo, s'inscrit dans la continuité de cette production du point de vue de sa diffusion. Elle introduit cependant des ruptures importantes. Rupture formelle tout d'abord : après des siècles de prédominance de la céramique à vernis noir, la mode de la céramique à vernis rouge s'impose et va durer. Rupture aussi dans les techniques de production qui nécessitent la mise au point de techniques nouvelles de décoration et de cuisson. De -50 à -30 on assiste à la mise en place de cette production, par tatonnements à partir de la Campanienne B produite en Étrurie. Une fois mise au point la nouvelle céramique connaît un succès fulgurant et supplante très rapidement les productions de campanienne. L'époque d'Auguste constitue l'apogée de la production qui connaît un quasi monopole dans le commerce de la céramique de luxe dans l'occident du monde romain, et prend même une place importante dans la partie orientale de la Méditerranée. Cette céramique connaît aussi une diffusion forte vers le Nord dans les régions gauloises.

Les ateliers d'Arezzo étaient localisés en milieu urbain et très concentrés, ce qui devait former un paysage urbain pré-industriel peu courant dans le monde avant le XVIIIème siècle. La main d'oeuvre mobilisée était très nombreuse : on connaît 2600 signatures de potiers environ, beaucoup de vases par ailleurs ne sont pas signés et les signatures peuvent nommer un responsable de fabrication derrière lequel il faut imaginer des ouvriers nombreux. La réalisation des vases décorés en relief demandait une qualification et un savoir faire remarquable. Main d'oeuvre nombreuse, parfois très qualifiée, cuisson délicate des céramiques dans des fours importants (fours à tubullure), standardisation des productions (décors reproduits par impression de poinçons) : la production de sigillée d'Arezzo atteste d'un dynamisme économique remarquable, signe sans doute d'une grande rentabilité des productions.

À partir des années 50 de notre ère la production d'Arezzo cède la place à des productions provinciales plus dynamiques, qui ont repris les techniques et les formes de l'arétine. La découverte d'un lot de céramique de la Graufesenque à Pompéi en 79, enseveli par l'éruption, témoigne pleinement du passage de la production de l'Italie vers les provinces, et donc de l'inversion d'un flux commercial facilement décelable par les archéologues.

[modifier] Les ateliers gaulois

[modifier] L'introduction de la production en Gaule

La conquête césarienne, puis l’organisation augustéenne des provinces a déplacé le centre de gravité de l’occident romain vers le nord. La présence, au tournant de notre ère, de très nombreuses légions au nord de la Gaule sur le Rhin a entraîné l’émergence rapide d’un important marché pour des biens de consommation romains dans ces régions. À cette installation de consommateurs romains puis romanisés a répondu un déplacement ou un renforcement des axes commerciaux le long de l’axe Rhône-Saône, puis vers le Rhin. Les producteurs de sigillée n’ont pas tardé à ouvrir des filiales de leurs officines dans des régions plus proches de ces nouvelles régions de consommation. Le déplacement initial de potiers italiens a rapidement entraîné une très importante production par des potiers gaulois. Ces nouveaux centres de productions qui ont d’abord produit des imitations de céramique arétine ont ensuite développé leur propre répertoire de forme et de décoration. Tous n’ont pas eu non plus la même zone de diffusion.

La production de Lyon n'égala pas le volume et la diffusion des ateliers de Gaule du sud et de Gaule centrale, elle fut cependant l'une des premières en Gaule, et fut implantée directement depuis Arezzo vers -15. On a en effet retrouvé à Lyon des matrices qui ont été fabriquées à Arezzo : la production lyonnaise était donc une succursale de la production de potiers d'Arezzo dont Atticus, qui avait aussi des succursales à Pise et à Ostie. L'atelier de Lyon, installé à partir d'un transfert d'esclaves depuis l'Italie, illustre donc concrètement le mécanisme initial de déplacement de la production de l'Italie vers la Gaule.

[modifier] Les ateliers de la Gaule du sud

L'aire de diffusion de la production de Montans couvre essentiellement la façade atlantique de la Gaule de l'Ouest, à partir de l'axe Aude-Garonne, l'actuel pays Basque espagnol et la Bretagne romaine (actuelle Grande-Bretagne).

L'aire de diffusion de la production de Banassac suit l'axe Rhône-Rhin se diffusant dans toute la Gaule centrale et la Gaule belgique ainsi que le long l'axe ligérien. À partir de cette vaste zone, les céramiques de Banassace se sont aussi répandues le long du Danube et ont été retrouvée dans la Germanie indépendante. Leur diffusion a aussi touché l'Italie du Nord et la Campanie, la Maurétanie Tingitane et la Syrie.

Il s’agit d’un des ateliers les plus célèbre et les mieux étudiés. Il se situe en France dans l’Aveyron près de Millau. La diffusion de sa production fut exceptionnellement étendue et se retrouve dans tous l'occident romain, mais aussi dans la Germanie libre ainsi qu'en Grèce, en Syrie, en Égypte et sur les côtes de la Mer Noire. La Graufesenque fut le centre de production le plus important du premier siècle. Des aménagements considérables permettaient une production en quantité énorme : on a ainsi retrouvé un four de plus de onze mètres de long qui fut en service de [[80] à 120 environ. Des graffites retrouvés sur des tessons de poteries nous permettent de connaître un peu mieux l'organisation de la production à La Graufesenque. Ces comptes de potier donnent des listes correspondant aux fournées avec le nom des potiers, les types de vases et leur nombre, dans une langue mélangeant le gaulois et le latin. L'un de ces comptes totalise 25385 vases et un autre 33845, totaux qui correspondraient à la contenance d'un four de cinq mètres de diamètres et témoignent de l'ampleur de l'activité déployée sur ce site.

[modifier] Lezoux et la Gaule centrale

L'important centre de production de Lezoux, situé chez les Arvernes est un peu plus tardif que les précédents. Si des ateliers de potiers sont bien attestés en Gaule centrale avant 90 leur production restait modeste et n'avait pas de diffusion très importante ni très lointaine ni bien sûr une influence sur les autres productions. La sigillée produite est alors très diverse, reflet de la production de petits artisans assez isolés s'inspirant des productions d'Arezzo, de Gaule du Sud ou d'une inspiration locale. Ces petits ateliers ne semblent pas se succéder l'un à l'autre ni partager des motifs ou des poinçons et produisaient des bols décorés et des bols lisses.

Vers 90 et 100 d'importants changements ont lieu, à la suite de l'arrivée de potiers fortement influencés par les productions de Gaule du Sud, en particulier de la Graufesenque. Cette influence se fait sentir à l'époque de Trajan sur les potiers des Martres-de-Veyre. À la même époque environ le potier Libertus apporte une dynamique nouvelle à Lezoux. Artiste sûr et technicien habile, Libertus témoigne d'influences classiques, peut-être en provenance de la méditerranée orientale. Son oeuvre fit école : par la suite les sujets et les motifs se perpétuent sur des générations avec une continuité encore décelable, quoique très affaiblie au IVème siècle. À partir du deuxième siècle la production de Lezoux devient aussi très importante en quantité.

Les autres officines de Gaule centrale sont : Toulon-sur-Allier ; Vichy ; Saint-Rémy-en-Rollat ; Lubié ; Terre-Franche.

[modifier] Les ateliers de la Gaule de l'Est

La production de ces ateliers est encore plus tardive que celle des ateliers de Gaule centrale. Il est possible de distinguer plusieurs régions de production :

  • Sur un axe nord-sud allant du territoire Séquane à la Germanie inférieure (officines de Chémery, Luxeuil, La Madeleine - vers Nancy -, Mitellbronn à l'est de Strasbourg, Vinzing au sud de Cologne, Rheinzabern au sud de Mayence vers 140, etc…)
  • En Argonne (officines de Lavoye, Avancourt, Les Allieux, Pont-les-Remes)
  • Dans la région du Neckar-Danube (officines de Kraherwald, de Westerndorf…)

À partir de 120 les ateliers gaulois du centre puis de l'est développèrent une production céramique spécifique à la Gaule, la poterie à couverte métallescente. Ces vases possèdent une surface brillante, d'aspect métallique qui pouvait recevoir des décors variés, à l'instar de la sigillée. Cette production se développa fortement aux IIIème et IVème siècle, en un moment où la sigillée gauloise voyait sa production décroître en quantité et en qualité.

[modifier] La production africaine

À partir du deuxième siècle de notre ère d’importants centres de productions de sigillée claire se développent en Afrique romaine et exportent leur production dans le bassin occidental de la Méditerranée, exportations qui durent jusqu’aux derniers siècles de l’empire et répondant sans doute à la prospérité économique des provinces africaines dans cette période.

Le tournant dans la production africaine se situe à la fin du deuxième siècle et au début du troisième, dès ce moment en effet la céramique sigillée africaine représente les deux tiers de la céramique de table à Ostie. Après la réussite de cette sigillée claire A produite en grande quantité, c’est, vers 230 l’apparition de la sigillée claire C, elle aussi exportée très largement et souvent en parallèle avec des amphores. À la fin du troisième siècle, à Ostie, quasiment toute la vaisselle de table est de production africaine. Dès lors la diffusion des productions céramiques africaines se trouvent sur tout le pourtour du bassin méditerranéen, en Occident mais aussi en Orient et cela jusque vers le milieu du cinquième siècle.

Il existait plusieurs centres de productions très dynamiques en Afrique, et il y eut des déplacements des productions. On peut distinguer quatre grands types de sigillée africaine. On ignore le lieu de production exact de la sigillée claire A. La Byzacène fut le grand lieu de production de la sigillée C, mais Carthage développa sa propre production à partir de la fin du IIIème siècle. En se déplaçant vers Carthage les productions rejoignaient une concentration de main d’œuvre ainsi qu’un grand port d’embarquement qui permettait de réduire les coûts à l’exportation.

[modifier] L’Orient

La production de céramique en Asie Mineure s’inscrit au départ dans la continuité des productions hellénistique ainsi à Pergame jusque vers 50. Des ateliers restent actifs sur la longue durée dans cette région, ainsi à Smyrne et Tarse la production est continue jusqu’au IIIème siècle. La production « orientale » de sigillée s’est développée dès le Ier siècle avant J.-C. puis, remplaçant les importations italiques, est devenue très abondante aux IIème et IIIème siècles. Les centres exacts de production de ces céramiques « orientales » ne sont pas toujours bien identifiés et les localisations ont été discutées. Il y aurait au moins trois ou quatres grandes régions de productions. Samos serait la plus ancienne, dès le premier siècle avant notre ère, puis les régions d’Éphèse et de Tralles auraient développé leur production à partir du dernier quart du premier siècle après J.-C (sigillée ES B). La région de Pergame aurait exporté sa production, jusqu’au IIIème siècle, en direction de la mer Égée et de la mer Noire (sigillée ES C). Enfin une production est aussi attestée à Sagalassos de Pamphylie. Au tournant des IIèmes et IIIèmes siècles, les productions égéennes sont bien représentées dans les importations de céramiques de la ville de Rome, même si elles viennent loin derrière la production africaine.

  • Proche Orient

Hors de l’Asie mineure une production semble attestée aussi en Syrie (sigillée ES A). La localisation des ateliers est cependant très mal connue. La diffusion des sigillées orientales fut très lointaine, jusqu’en Inde.

[modifier] La production

[modifier] Conditions de localisation

La production de sigillée dépendait de facteurs naturels : la région de production devait combiner la proximité de bancs d’argile et de forêts pour le bois de chauffage nécessaire à la cuisson. La proximité avec un axe commercial était aussi nécessaire afin de donner une diffusion lointaine à la céramique et de permettre une exploitation rentable.

[modifier] La main d'oeuvre

[modifier] Les décors

Les décors qui constituent l'aspect le plus frappant des céramiques sigillées romaines pouvaient être obtenus de plusieurs façons.

  • L'usage d'un moule combiné avec l'usage d'un tour permettait une fabrication en de très nombreux exemplaires. Avec le tour le potier montait son vase en plaquant l'argile contre les parois du moule. À l'intérieur de ce dernier le potier avait disposé des motifs en creux gravés avec des poinçons : ils apparaissaient donc en relief sur le vase. Après séchage le pied était rajouté et le vase entier pouvait partir à la cuisson en compagnie des très nombreux autres exemplaires quasiment identiques.
  • La barbotine, une argile très fluide, permettait de coller des ornements sur un vase lisse monté au tour. Ainsi on pouvait coller des reliefs préfabriqués en remplissant d'argile des poinçons creux. On obtenait ainsi de forts reliefs : personnages, animaux.
  • L'usage de gouges, roulettes et molettes, surtout à l'époque tardive, permettait des incisions et des décors d'apparence végétale.
  • La signature du potier était imprimée par un poinçon sur le fond du vase, à l'intérieur.

[modifier] Réalisation et cuisson des céramiques

[modifier] Interprétation économique

[modifier] Liste et chronologie de signatures de potiers

[modifier] Références

[modifier] Bibliographie

  • C. Bémont et J.-P. Jacob dir., La terre sigillée gallo-romaine, Paris, 1986.
  • M. Lutz, "La sigillée de la Gaule de l'est", Céramiques hellénistiques et romaines, t.2, 1987.

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens externes

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