Francais | English | Espanõl

Avantage comparatif

Un article de Wikivisual, l'encyclopédie libre.

Image:W21-1a.png
L'article Avantage comparatif a été choisi par Aliesin (d · c · b) pour participer au Wikiconcours 2006 ouvert à tous les wikipédiens, qui se tient jusqu'au 15 décembre 2006.
Image:Goldenwiki.png

Lavantage comparatif est le concept principal de la théorie traditionnelle du commerce international, approché par Robert Torrens en 1815<ref>Robert Torrens, Essay on the External Corn Trade, J. Hatchard, London, 1815</ref> , et exposé pour la première fois par l’économiste britannique David Ricardo en 1817 dans ses Principes de l'économie politique et de l'impôt. La théorie associée à l’avantage comparatif explique que, dans un contexte de libre-échange, chaque pays, s’il se spécialise dans la production pour laquelle il dispose de la productivité la plus forte ou la moins faible vis-à-vis de ses partenaires, accroîtra sa richesse nationale. Cette production est celle pour laquelle il détient un « avantage comparatif. »En d’autres termes, la conclusion principale de cette théorie est que l’obtention d’un gain à l'ouverture au commerce étranger est, toujours et indépendamment de la compétitivité nationale, assurée. Il s’agît de l’argument principal des théoriciens du libre-échange contre le protectionnisme, car il réfute l'idée reçue selon laquelle le commerce international ne bénéficie pas aux nations les moins compétitives.

Généralement à la base de l’enseignement de l’économie internationale, cette théorie vieille de deux siècles n’a pas connue de réfutation formelle. Credo officiel de l’Organisation mondiale du commerce (OMC)<ref>voir ce document d'introduction au but de l'organisation : [1], p.14-15 </ref>, elle reste souvent incomprise, ou peut-être volontairement ignorée, des milieux d’affaires et politiques, de sorte que le discours contemporain des médias et d'une partie des élites sur le commerce international entre en contradiction avec l’enseignement de base des sciences économiques.

Pourtant la démonstration numérique de David Ricardo est relativement simple à comprendre. Elle répond cependant à de nombreuses hypothèses, explicites ou implicites, qui la rendent contestable. Depuis 1817, les économistes se sont donc attachés à lever ces hypothèses, compliquant et enrichissant la théorie. La validation empirique de cette dernière a elle aussi impliqué une complexification de ses postulats et de ses éléments. Après Ricardo, nombre d’économistes, dont trois prix Nobel, ont donc associé leur nom à l'avantage comparatif. On trouve, parmi les plus connus, John Stuart Mill, Eli Heckscher, Bertil Ohlin, Wassily Leontief, et Paul Samuelson.

Bien que ces travaux aient toujours confirmé les résultats de Ricardo, ils en ont précisé certains aspects, et, ce faisant, ont levé de nouvelles problématiques. A titre d’exemple, la théorie montre que l’ouverture commerciale accroît la richesse nationale, mais aussi qu’elle en modifie la répartition au détriment de certains agents économiques, peut-être les plus pauvres.

Wikipédia dispose d'un résumé de cet article.

Sommaire

[modifier] La théorie de l'avantage comparatif

[modifier] La théorie classique

[modifier] Contexte politique et idéologique de l’œuvre de Ricardo

David Ricardo écrit Des principes de l'économie politique et de l'impôt en 1817, et y avance que le libre-échange est profitable en toute condition et pour toutes les nations. Cette idée est-elle alors dans l’air du temps ?

Le contexte politique de l’Europe depuis la constitution des Etat-nations à la Renaissance est celui de guerres régulières et du gouffre financier qu’elles représentent. Le but que se sont assignés les auteurs mercantilistes, qui dominent alors la pensée économique, est donc de remplir les coffres du royaume pour en accroître la puissance militaire. Pour ce faire, l’objectif de la politique économique est d’avoir une balance commerciale excédentaire afin de profiter de rentrés d’or et d’en limiter les sorties. Le commerce international est conçu comme un jeu à somme nulle dans lesquel les importateurs perdent de l’or quand les exportateurs en gagnent. Le mercantiliste français Antoine de Montchrestien conclut donc en 1615 :

« Les marchands étrangers sont comme des pompes qui tirent hors du royaume […] la pure substance de nos peuples […] ; ce sont des sangsues qui s’attachent à ce grand corps de la France, tirent son meilleur sang et s’en gorgent<ref> Antoine de Montchrestien, Traité d’économie politique, 1615 (Plon, Paris, 1889 pp. 161-162) </ref> »

La politique commerciale des puissances européennes est donc guidée par la restriction maximale des importations et l’encouragement des exportations. En France, Colbert établit des manufactures de grandes qualités pour convaincre une clientèle européenne exigeante, l’Angleterre et les Provinces-Unies luttent pour le contrôle des mers par l’intermédiaire de leurs Compagnies des Indes. Le commerce international n’est donc pas du tout caractérisé par le libre-échange et la coopération économique, mais par la compétition militaire que se livrent les nations impérialistes d’Europe. Au sein même des nations, les mouvements de marchandises sont aussi très limités par le système féodal. Vauban tente en vain d’assurer la libre circulation des grains entre les provinces françaises.

Toutefois, depuis les Lumières, la pensée économique connaît d’importants changements. En 1748, dans De l'esprit des lois, Montesquieu fait du commerce une source de paix entre les peuples<ref> Montesquieu, De l'Esprit des lois, XX - 2, 1748</ref>. En Ecosse, le philosophe David Hume<ref>David Hume, Of the balance of trade, 1752 </ref> croit découvrir une contradiction majeure dans le mode de pensée mercantiliste. Selon Hume, si un pays accroît sa possession d’or grâce au commerce extérieur, alors la circulation monétaire sur son territoire sera accrue et provoquera une envolée des prix et donc une baisse de sa compétitivité commerciale. Cette dernière incidence aura pour effet de transformer l’excédent commercial en déficit, et Hume de conclure qu’à terme les balances commerciales ne peuvent que s’annuler. Enfin en 1776, le moraliste Adam Smith publie sa Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations. Il y démontre que chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle il possède un « avantage absolu », c’est-à-dire pour laquelle il est plus compétitif que ses partenaires commerciaux, et à utiliser le surplus de cette production pour l’échanger contre les biens qu’il a renoncé à produire lui-même.

Dix ans après la parution du célébrissime ouvrage de Smith, la France et l’Angleterre signent un premier traité allant dans le sens d’une ouverture commerciale, mais celui-ci est dénoncé à la Révolution française. De fait, l’époque de Ricardo est celle des guerres napoléoniennes, des blocus commerciaux qu’elles impliquent, et de leurs lendemains.

[modifier] La démonstration de Ricardo

La Richesse des nations est sans doute l’œuvre la plus connue de toute la littérature économique, et pourtant son argument en faveur du libre-échange, la théorie de l'avantage absolu, semble d’une extraordinaire faiblesse. Qu’arrivera-t-il à la nation qui, s’engageant sur la voie du libre-échange, ne dispose d’aucun « avantage absolu » ? En des termes simples, que produira-t-elle si les nations avec lesquelles elle commerce produisent tout avec plus de facilité qu’elle ne le fait ? Ne risque-t-elle pas de voir toute son industrie disparaître ?

L’objet de la théorie de Ricardo, exposée dans Des principes de l'économie politique et de l'impôt, est de répondre à cette question en affirmant que même la nation la plus désavantagée accroîtra sa richesse, si elle opte pour le libre-échange.

Pour nous faire comprendre ce principe, Ricardo imagine une économie mondiale composée de deux pays, l’Angleterre et le Portugal, produisant deux types de biens, du drap et du vin. Ricardo place l’Angleterre dans une situation a priori tout à fait désavantageuse : le Portugal produit plus vite qu’elle à la fois le drap et le vin. L’Angleterre doit-elle fermer ses frontières pour éviter que ne s’écroule son industrie ?

Heures de travail nécessaires à la production d’une unité<ref>données proposées par David Ricardo, Des Principes de l'économie politique et de l'impôt, 1821, chap. 7</ref>
Drap Vin
Angleterre 100 120
Portugal 90 80

Pour répondre à cette question il fait analyser les effets de l’alternative envisageable entre l’autarcie et le libre-échange.

En situation d’autarcie, pour produire les deux unités de vins nécessaires aux deux pays, il faudra 200 heures de travail, tandis que la production de deux unités de drap demandera 190 heures de travail.

Que se passe-t-il si l'Angleterre produit des draps et le Portugal du vin ? L’Angleterre met 200 heures de travail à produire deux unités de drap. Elle économisera donc 20 heures de travail susceptibles d’être consacrées à un accroissement de la production. Si on suppose qu’elle consacre ces 20 heures à la production de drap, la production passera à 2,2 unités. Le Portugal met 160 heures à produire deux unités de vin, il dispose donc encore de 10 heures de travail pour accroître sa production, et peut donc la faire passer à 2,125 unités.

On remarque donc que la production mondiale de chacune des deux marchandises a profité du libre-échange, et que globalement, grâce à l’échange qui s’en suit, les deux nations seront plus riches qu’auparavant, alors qu’elles n’ont pas accru leurs efforts.

[modifier] La détermination des prix chez John Stuart Mill

L’explication de Ricardo reste incomplète. Certes, la coopération et la spécialisation de deux pays dans la production où ils disposent d’un avantage comparatif accroît la richesse mondiale, mais comment ce surplus de richesse sera-t-il partagé ? On ne peut répondre à cette question qu’en s’interrogeant sur les prix relatifs des produits, c’est-à-dire sur le nombre d’unité de vin que devra céder le Portugal pour obtenir une unité de drap anglais, et symétriquement.

C’est le philosophe et économiste britannique John Stuart Mill qui résoud la question dans ses Principes d’économie politique en 1848<ref>John Stuart Mill, Principles of political economy, 1848, book III, chapter XVIII[2]</ref>. Il y montre que la détermination du prix international des produits répond aux principes de l'offre et de la demande. En effet, pour chaque prix relatif possible, le premier pays souhaitera exporter une certaine quantité du bien A et importer une certaine quantité du bien B. Le second pays adoptera une attitude symétrique en exportant le bien B et en important le bien A. Or, il semble improbable que les quantités offertes et demandées soient similaires. En fait, il ne doit, en principe, n’exister qu’un prix relatif pour lequel l’offre et la demande s’égalisent, il s’agît alors du prix relatif constaté et déterminé par le marché. Ce prix détermine aussi les quantités échangés.

Une des conclusions de John Stuart Mill est que l’ouverture commerciale profitera davantage aux pays pauvres qu’aux pays riches. En effet, les désirs de consommation et les moyens de paiement sont beaucoup plus abondant dans le pays riche, si bien que le pays pauvre profitera d’une demande plus importante et plus rémunératrice pour ses exportations. A l’inverse, les gains à l’échange du pays riche seront limités par le faible pouvoir d'achat de son partenaire. Cette pensée optimiste, et contestable, ne fait que renforcer l'idée de Ricardo : non seulement les pays pauvres peuvent s’insérer dans le commerce mondial, mais ils en profitent, de plus, davantage que les pays riches.

[modifier] Modélisation de la théorie classique

L’histoire de la pensée économique s’est faite dans le sens d’une mathématisation croissante, de sorte que les résultats de la théorie des avantages comparatifs fait l’objet de démonstrations recourant aux outils de l’analyse mathématique.

Les démonstrations qui suivent sont présentes dans la plupart des manuels d’économie internationale, bien qu'elle présente la théorie « classiques », elle utilise des outils de l'analyse « néoclassique. » Elles sont présentées dans la plupart des manuels d'économie international<ref> par exemple Paul Krugman et Maurice Obstfeld, Économie internationale, 7e édition, Pearson Education, 2006</ref>.

[modifier] Les hypothèses

Pour simplifier le raisonnement, le modèle ricardien repose sur quelques hypothèses, dont certaines seront levées plus loin. On postule donc que :

  • Le monde ne connaît qu’un seul facteur de production, le travail
  • Il ne se compose que de deux pays, le pays domestique et le pays étranger
  • Il ne produit que deux types de biens : du vin et du drap.
  • Pour ces deux productions, le pays domestique est moins productif que le pays étranger. Ce désavantage est moins marqué pour la production de drap que pour celle de vin.
  • Les coûts de transport sont nuls.

On s’intéresse aux effets qu’aura le libre-échange sur le pays domestique.

[modifier] Le pays domestique en situation d’autarcie

Le pays domestique produit et consomme donc uniquement du vin et du drap. Pour la production d’une unité de chacun de ces biens, les travailleurs doivent consacrer un certain temps. On note :

  • <math>a_{LV}\,</math> la quantité de travail nécessaire à la production d’une unité de vin et <math>Q_V\,</math> le volume de vin produit.
  • <math>a_{LD}\,</math> la quantité de travail nécessaire à la production d’une unité de drap et <math> Q_D\,</math> le volume de drap produit.
  • <math>L\,</math> le volume total de travail disponible

On a donc la relation logique suivante qui définie la « frontière des possibilités de production » du pays domestique :

<math>a_{LV}.Q_V+a_{LD}.Q_D=L\,</math>

On utilise des notations similaires accompagnées d'une astérisque pour le pays étranger. (<math>a^*_{LD}\,</math> sera par exemple la quantité de travail nécessaire à la production d'une unité de vin).

[modifier] Prix relatifs en situation de libre-échange

En situation de libre-échange les prix du vin et du drap sont modifiés car ils prennent en compte l’offre et la demande des deux pays. Considérant que la monnaie n’est qu’un intermédiaire de l’échange et que l’économie ne produit ici que deux biens, on considère que le prix d’une unité de vin est défini par une certaine quantité de drap et inversement. On note :

  • <math> P_D/P_V \,</math> le nombre d’unités de vin nécessaire à l’achat d’une unité de drap, c’est-à-dire le prix relatif du drap
  • <math> P_V/P_D \,</math> le nombre d’unités de drap nécessaire à l’achat d’une unité de vin, c’est-à-dire le prix relatif du vin.

On va ici chercher à définir le prix relatif du drap en situation de libre-échange, sachant que celui du vin se définie d’une façon identique. Le prix est définie par la rencontre des courbes d’offres et de demandes, sachant qu’une transaction ne peut être effectué que lorsque la quantité vendue est égale à la quantité achetée.

Suivant les règles générales du comportement humain on considère que l’augmentation des prix décourage les consommateurs, de sorte que la courbe de demande relative sera décroissante (ici, une des droites DR).

Si <math> P_D/P_V < a_{LD}/a_{LV}\,</math>, le pays domestique a intérêt à produire du vin, ainsi que le pays étranger vu que d’après notre hypothèse <math> P_D/P_V < a_{LD}/a_{LV} < a^*_{LD}/a^*_{LV} \,</math> . L’offre relative de drap est donc nulle vu que le monde ne produit que du vin.

Si <math> a_{LD}/a_{LV}<P_D/P_V < a^*_{LD}/a^*_{LV}\,</math> alors seul le pays étranger n’a intérêt à produire du vin, et le pays domestique produira du drap. L’offre relative de drap sera donc égale au rapport entre la production mondiale de drap et celle de vin, à savoir :

Si <math> a_{LD}/a_{LV}<a^*_{LD}/a^*_{LV}<P_D/P_V \,</math> le pays domestique a intérêt à produire du drap, ainsi que le pays étranger. Auquel cas l’offre de vin tend à être nulle, donc l’offre relative de drap tend vers l’infini (voir Limite (mathématiques élémentaires)).

On peut donc construire la droite d’offre relative et observer les prix relatifs possibles (ex. des points 1, 2 et 3) en fonctions des droites de demande relative envisageables.


D’après le graphique, on obtient l'inégalité :


<math> a_{LD}/a_{LV} \le{P_D/P_V} \le{a^*_{LD}/a^*_{LV}}</math>


[modifier] « Possibilités de consommation » en situation de libre-échange

Pour mettre en évidence les gains à l’échange, il suffit de comparer les possibilités de consommation en situation d’autarcie et en situation de libre-échange.

En situation d’autarcie, la consommation est limitée par la production intérieure, c’est à dire par la fonction :

<math> a_{LV}.Q_V + a_{LD}.Q_D = L\,</math>

On peut en déduire une fonction affine de coefficient directeur <math> a_{LV}/a_{LD}\,</math> exprimant la consommation de drap en fonction de celle de vin :

<math>\begin{matrix}a_{LD}.Q_D + a_{LV}.Q_V = L &\Leftrightarrow& {a_{LD}.Q_D = L - a_{LV}.Q_V} \\ \ &\Leftrightarrow& Q_D = L/a_{LD} - (a_{LV}/a_{LD}).Q_V\end{matrix}</math>

Cette fonction est représentée en noir sur le graphique.

En situation de libre-échange, le pays domestique ne produit que du drap, dont une partie <math>Q^{ex}_D\,</math> dont chaque unité est échangée contre <math>P_D/P_V\,</math> unités de vin. La consommation de drap en fonction de celle de vin sera donc une fonction affine de coefficient directeur <math>P_D/P_V\,</math>.

<math>\begin{matrix}a_{LD}.Q_D + a_{LD}.Q^{ex}_D = L &\Leftrightarrow& {a_{LD}.Q_D + a_{LD}.(P_V/P_D).Q_V = L} \\ \ &\Leftrightarrow& {Q_D = L - a_{LD}.(P_V/P_D).Q_V} \\ \ &\Leftrightarrow& {Q_D = L/a_{LD} - (P_V/P_D).Q_V}\end{matrix}</math> <div style="clear:both;" />

Cette fonction est représentée en rouge sur le graphique. On sait qu'elle est supérieure à la précédente car on a établit que <math>a_{LV}/a_{LD} \ge{P_V/P_D} </math>. On peut donc conclure que les « possibilités de consommation » sont plus importantes en situation de libre-échange qu'en situation d'autarcie. Ce gain à l'échange est représenté par l'écart entre la droite noire et la droite rouge.

[modifier] Les prolongements de la théorie

Les analyses de David Ricardo et de John Stuart Mill sont faites dans l’optique de leur courant de pensée, celui de l’économie classique qui fonde la valeur des choses sur le travail nécessaire à leur production. La conséquence de cette influence idéologique est que, chez Ricardo et Mill, les différences entre pays sont essentiellement appréhendées en terme de productivité du travail. Les autres facteurs de production, et notamment le capital (machines et équipements) sont négligés.

[modifier] Introduction d’un nouveau facteur de production

Article détaillé : Modèle Heckscher-Ohlin-Samuelson.

Il revient à deux économistes Suédois, Eli Heckscher et Bertil Ohlin, d’avoir au XXe siècle élargit le champs de l’analyse au facteur capital.

L’idée de la théorie Heckscher-Ohlin est qu’il existe des biens dont la production requiert relativement plus de travail que de capital, et inversement. Ils postulent par ailleurs que ces deux facteurs de production sont immobiles à l’échelle internationale.

En vertu des lois de l’offre et de la demande selon lesquels les prix sont fonctions de la rareté, le prix du capital est élevé dans les pays où le travail est relativement abondamment , tandis qu’il est faible là où le capital est le facteur de production dominant. Le prix du travail suit des règles identiques. Partant de ce principe, on comprend que les pays fortement dotés en capital auront des coûts de productions inférieurs pour les biens dont la production est plus intensive en capital qu’en travail, l’automobile par exemple. Ces pays disposeront donc d’un avantage comparatif dans ces industries. Inversement les pays dont la dotation principale est le travail profiteront d’avantages comparatifs dans des productions intensives en travail, le textile par exemple.

La théorie d'Heckscher-Ohlin apporte deux grandes évolutions, l'une fournit une explication sur l'origine possible des avantages comparatifs, l'autre permet de rompre avec l'hypothèse unique du facteur de production

[modifier] Gagnants et perdants du commerce international

Wolfgang Stolper et Paul Samuelson ont, par la suite, cherché à comprendre l’impact qu’avait le libre-échange sur la rémunération des facteurs dans un pays donné. Lorsque le pays s’insère dans le commerce international, il accroît, par sa spécialisation, l’utilisation du facteur de production dominant de son économie, ce qui provoque, selon les lois de l’offre et de la demande, une augmentation de la rémunération de celui-ci. Inversement, en confiant la production des biens pour lesquels il ne dispose d’aucun avantage comparatif, il réduit son utilisation des facteurs rares, et en réduit donc la rémunération. Le modèle de Ricardo montrait que tous les pays bénéficiaient du libre-échange ; tout en la confirmant, le « théorème Stolper-Samuelson » nuance cette conclusion en indiquant qu’au sein de chaque pays se trouveront des gagnants et des perdants.

Selon ces mêmes mécanismes, l’intégration commerciale croissante des économies devrait, sous réserve d'une intégration commerciale très poussée, faire converger les niveaux de rémunération d’un même facteur à travers le monde (théorème Heckscher-Ohlin-Samuelson).

[modifier] Déterminants de l'avantage comparatif

Depuis la parution de l’ouvrage de David Ricardo, les économistes ont avancé de nombreuses théories visant à expliquer le différentiel de productivité entre les pays.

Dans la pensée classique, la répartition des avantages comparatifs entre pays est essentiellement fondée sur des caractéristiques qualitatives : l’habilité des travailleurs, la détention d’avantages technologiques ou naturels. Nombre d’entre eux sont triviaux. A l'évidence, les pays peuvent être avantagés par leurs ressources naturelles ou par leur climat. Ceux disposant de pétrole sur leur territoire sont bien évidemment plus compétitif pour en exporter que ceux n’en disposant pas. Le climat, de son côté, explique pourquoi la Norvège fait venir ses ananas de contrées lointaines.

La pensée néo-classique a enrichi l’approche des classiques en introduisant des déterminants quantitatifs. Selon Eli Heckscher et Bertil Ohlin, les avantages comparatifs des pays sont respectivement définis par leurs dotations relatives en travail et en capital. Les pays disposant d’un volume de capital important, c’est à dire de nombreux équipements pour assister le travail des travailleurs, auront un avantage comparatif dans la production de biens industriels nécessitant l’utilisation intensive du facteur capital, comme la chimie, l’automobile, l’aéronautique... inversement les pays disposant d’une main d’œuvre abondante profite de bas salaires qui leur permettent d’être plus compétitifs dans les productions de main d’œuvre comme le textile ou l’assemblage de biens électroniques.

La vérification de Leontief de cette théorie sur le commerce extérieur des Etats-Unis au début des années 1950 a conduit à un échec. Toutefois, le paradoxe de Leontief peut être résolu sans renoncer à l’explication quantitative des facteurs, à condition d’élargir la notion de. Les Etats-Unis sont exportateurs de biens ayant nécessité un important travail qualifié alors que les pays les moins avancés sont exportateurs de biens dont la fabrication ne requiert aucune compétence. Dans ce cas la synthèse des approches quantitatives et qualitatives permet d’expliquer les échanges internationaux.

La distinction des facteurs de production peut donc prendre des formes plus précises si on différencie différents types de travailleurs, différents types de capitaux, différents types de facteurs naturels...

Enfin, la théorie du cycle de vie du produit a renouvelé l’approche technologique. Selon Raymond Vernon<ref> Raymond VERNON, « International Investment and international trade in the product cycle », in Quarterly Journal of Economics, vol. 80, pp. 190-297, 1966.
cité in Encyclopædia Universalis 2004, « Commerce international »</ref>, la vie d’un produit se divise en plusieurs étapes, correspondant à plusieurs phases du commerce international. Dans un premier temps, le produit tout juste conçu dans un pays riche doit être testé, et le marché national est alors le plus indiqué, d’autant que le prix encore élevé du bien correspond au niveau de vie du pays riche. Arrivant à un stade de maturité, l’entreprise sur le point de perdre l’exclusivité sur le produit est incitée à le vendre sur les marchés étrangers avant l’arrivé de ses futurs concurrents. Le produit, s’il connaît un important succès, est alors produit en des quantités plus importantes ce qui provoque une baisse de son prix. Il devient donc accessible aux consommateurs de pays moins aisés. Les pays riches détiennent alors un avantage comparatif. Lorsque le produit atteint un stade de standardisation et se banalise, l’entreprise se doit d’en délocaliser la production dans les pays à bas salaires pour le réexporter par la suite dans les pays riches. L’avantage comparatif est donc désormais entre les mains des pays à bas salaires.

[modifier] La croissance nuisible de l'étranger

Dans un article de 2004<ref>Paul Samuelson, "Where Ricardo and Mill Rebut and Confirm Arguments of Mainstream Economists Supporting Globalization", Journal of Economic Perspectives, été 2004</ref>, Paul Samuelson a tenté, grâce à la théorie des avantages comparatifs, de déterminer l’impact des progrès techniques des pays émergents sur la croissance des pays avancés. Il montre qu’un pays domestique peu voir ses gains au commerce international se réduire lorsque les progrès techniques réalisés par des pays étrangers viennent contester sa détention d’un avantage comparatif, et ce faisant réduire le prix ou le volume de ses exportations. Appliqué à un cas d’actualité, la conclusion de Samuelson est que si la Chine accroît suffisamment sa productivité pour les biens qu’elle importe actuellement, ses besoins d’approvisionnement en provenance des Etats-Unis ou de l’Europe occidentale se réduiront, provoquant une dégradation des termes de l’échange pour ces pays riches.

Cette démonstration est essentiellement théorique, et développe donc une éventualité non vérifiée jusqu’alors dans les faits. L’étude empirique des termes de l’échange montre que leur évolution depuis 1980 s’est faîte aux détriments des pays de l’Asie du Sud et de l’Est, et que cette dégradation s’est accélérée depuis 1996<ref> P. Krugman & M. Obstfeld, op. cit., p.98</ref>.

De plus la conclusion théorique de Samuelson doit être correctement interprétée : elle ne remet en aucun cas en cause l’existence des gains mis en évidence par Ricardo, mais précise seulement que ces gains sont susceptibles de se réduire sous l’effet d’une redistribution des avantages comparatifs entre pays.

[modifier] Analyse critique et emprique de la théorie

Au plan scientifique, la théorie économique répond tout à la fois à un objectif positif, la description des phénomènes observés, et à une finalité normative, celle de conseiller les agents économiques, et en particulier l'Etat. Les rapports entre la théorie et la réalité sont donc de deux ordres : l'adéquation de l'explication théorique à l'observation empirique d'un côté, et l'impact de la théorie sur l'histoire des hommes d'un autre.

[modifier] Impact historique de la théorie

Quelle soit valable ou fausse, toute théorie économique, lorsqu’elle accède à une certaine célébrité, bouleverse le monde. Quels impacts concrets a donc eu la théorie de l’avantage comparatif sur l’histoire ?

L’œuvre de Ricardo a sans doute fait du Royaume-Uni le chantre du libre-échange en Europe, et a inspiré les vagues de libéralisation du commerce international, d’abord dans les années 1860, puis après 1945. Mais la description des échanges proposée par Ricardo se retrouve aussi dans la domination commerciale des nations impérialistes au XIXe siècle.

[modifier] Les Corn Laws britanniques

[modifier] La logique de l'avantage comparatif dans l'empire britannique

Le principe selon lequel le commerce mondial est toujours profitable pour tous est séduisant au plan théorique, mais est totalement faux au plan historique, ne serai-ce parce que le libre-échange n’est jamais parfait. L'historien Paul Bairoch<ref>Paul Bairoch, Le Tiers monde dans l'impasse, Gallimard, 1992</ref> a décrit les transformations de la production au sein de l’empire britannique et les désastres qu'a pu causer une théorie pour le moins mal comprise.

L’œuvre de Ricardo n’est pas consacrée à une étude théorique du commerce international, mais à une critique de la répartition des richesses dans l’Angleterre du début du XIXe siècle. Sa conclusion essentielle et que la rareté des terres fertiles sur les îles britanniques provoque la concentration des revenus au sein des mains des propriétaires fonciers. Pour répondre à ce problème, il suggère finalement à son pays de renoncer à son agriculture au profit de l'industrie, et d'échanger la production de ses manufactures contre des vivres étrangères.

C’est précisément ce que fera le Royaume-Uni au cours du siècle : organiser le commerce mondiale en terme d'avantages comparatifs. Mais cette organisation n’est pas celle induise par les lois du marché dans un contexte de libre-échange : il s’agît en fait de la mise en place d’une division internationale de la production dans le cadre du plus grand empire de l’histoire.

A l’époque de Ricardo, l’Angleterre est la seule grande puissance a avoir connu la révolution agricole, et son agriculture est donc la plus productive du monde. Elle est pourtant sacrifiée au profit de l’industrie selon la logique décrit par Ricardo, provoquant l’essor de la classe ouvrière et l’urbanisation insalubre de la Révolution industrielle. Autosuffisante au début du XIXe siècle, l’Angleterre dépendra pour plus des deux tiers de l’étranger pour son alimentation.

Inversement, si l’Angleterre a renoncé à son agriculture, une de ses nations « partenaires », ou plutôt colonisées, doit renoncer à son industrie. Alors que l’Inde est le premier producteur de textile du monde, elle voit disparaître entièrement sa production artisanale de tissu qui ne peut faire face à la haute productivité de l’industrie cotonnière britannique. L’Inde va-t-elle produire les vivres dont l’Angleterre a besoin ? Non car l’avantage comparatif du pays n’est pas là. L’Inde voit au contraire s’effondrer son agriculture vivrière, sacrifiée par les britanniques au profit de la culture de produits tropicaux, comme le coton, le jute, ou l’indigo. La culture du pavot est aussi une de ces productions pour lesquelles l’Inde dispose d’un avantage comparatif. Hélas, la Chine, principale consommatrice potentielle, a fermé ses ports à ce produit dont elle connaît les effets désastreux sur la population. L’Angleterre lui livrera donc une « guerre de l'opium » (1838-1842) pour lui imposer ce commerce.

En fait, dans un contexte historique davantage marqué par l'impérialisme que par le libre-échangisme, la détention d'avantages comparatifs par les nations les moins puissantes s'est souvent transformée en véritable malédiction.

[modifier] La doctrine du GATT

[modifier] Validité empirique de la théorie

[modifier] Observabilité des avantages ricardiens

Au plan théorique, le modèle proposé par David Ricardo qui repose sur les différences de productivité relative répond à un si grands nombres d’hypothèses qu’il semble improbable qu’il soit confirmer par observations des flux internationaux de marchandises. Pourtant, un grand nombre d’étude sont venues le confirmer .

En 1951, une étude<ref>G. D. A. MacDougall, “British and American Exports : A Study Suggested by the Theory of Comparative Costs”, Economic Journal, 61, décembre 1951, p.697-724</ref> portant sur les échanges entre la Grande-Bretagne et les Etats-Unis a par exemple validé le modèle de Ricardo. Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, la productivité des travailleurs américains était en moyenne deux fois supérieure à celle de leurs homologues britanniques dans tous les secteurs d’activité industriels. Mais comme les salaires américains étaient deux fois plus élevés, le Royaume-Uni disposait, en fait, de coûts inférieurs à ceux constatés aux Etats-Unis dans quelques secteurs. Or l’étude de la structure du commerce a montré que les britanniques étaient exportateurs dans ces secteurs et importateurs dans les autres, si bien que les échanges anglo-américains répondaient bien à aux avantages comparatifs de chacun.

Aujourd’hui les études sur la validité empirique de la théorie ricardienne se heurte à un obstacle épistémologique majeur. En effet le fondement de l’analyse de Ricardo repose sur la comparaison des coûts relatifs de production en situation d'autarcie, or dans le contexte actuel de la mondialisation économique il est très rare qu’un pays possédant un désavantage comparatif continue à produire le bien concerné, de sorte qu’il n’existe aucune donnée statistique permettant d’estimer la productivité des différents participants au commerce international. Or si on ignore la productivité d'un pays pour la production du bien qu'il importe, on ne peut pas savoir si sa situation d'importateur dérive de la détention d'un désavantage comparatif vis-à-vis du pays exportateur. La mesure de l’influence des coûts relatifs de production sur la structure du commerce international est donc très difficile<ref>P. Krugman & M. Obstfeld, op. cit., p.46</ref>.

[modifier] Validité du modèle HOS

En 1951, Wassily Leontief a testé le modèle d’Heckscher-Ohlin sur la structure du commerce extérieur des Etats-Unis et a montré que, contre toute attente, ce pays exportait davantage de biens intensifs en travail que de biens nécessitant beaucoup de capital. Cette observation empirique est connue sous le nom de paradoxe de Leontief parce qu’elle entre en contradiction avec les prévisions de la théorie. En fait, de nombreuses explications à ce paradoxe ont été avancées sans renoncer aux principes de la théorie, Leontief lui-même ayant expliqué que les Etats-Unis étaient en fait une économie relativement abondante en travail dans la mesure où les travailleurs américains étaient alors bien plus efficaces que la plupart de leur homologues étrangers.

La résolution la plus classique du paradoxe consiste à distinguer le travail qualifié du travail non qualifié. Auquel cas l'intuition de d'Heckscher et d'Ohlin sur l'importance de la dotation en capital et en travail est en partie réfutée, mais le raisonnement théorique conserve toute sa pertinence, vu qu'il suffit de remplacer les deux facteurs de production d'origine (le capital et le travail) par la nouvelle distinction (travail qualifié/non qualifié). En 1962, une étude a confirmé la pertinence de cette résolution du paradoxe en montrant que les exportations américaines étaient plus intensives en travail qualifié que les importations<ref>Robert Baldwin, "Determinants of the Commodity Structure of US Trade", American Economic Review, 61, mars 1971, p. 126-145, cité par P. Krugman et M. Obstfeld, op. cit., p.73</ref>.

Pour vérifier si le modèle HOS restait valable à condition de dépasser la seule distinction capital/travail, d'autres études ont multiplié les facteurs de production afin de comparer les prédictions de la théorie HOS avec les flux commerciaux effectivement observés. Une étude de 1987, prenant en compte 12 facteurs de productions (capital, travail, cadres, ouvriers, pâturages ...), a montré que les prévisions de la théorie n'étaient exacte que dans un peu moins de 70% des cas, chiffre en fait relativement faible vu que l'absence totale de corrélation aurait impliqué un résultat proche de 50%<ref>Harry Bowen, Edward Leamer et Leo Sveikauskas, "Multicountry, Multifactor Tests of the Factor Abundance Theory", American Economic Review, 77, décembre 1987, p.791-809, cité par P. Krugman et M. Obstfeld, op. cit., p.73</ref>.

Globalement, le modèle d’Heckscher-Ohlin n’explique finalement que le commerce Nord-Sud, c’est-à-dire entre pays dont les structures économiques sont très différentes. Or le commerce Nord-Sud de produits manufacturés ne représente qu’un dixième du commerce mondial<ref>P. Krugman & M. Obstfeld, op. cit., p.74</ref>.

[modifier] Le problème du commerce intra-branche

[modifier] Part explicative de l'avantage comparatif dans le commerce mondiale

[modifier] La critique théorique

La théorie de l’avantage comparatif ne jouit pas d’un statut scientifique privilégié qui l’exonérerait de tout examen critique.

[modifier] Le problème du taux de change

[modifier] La concurrence imparfaite

Dans les années 1930 Joan Robinson et Edward Chamberlin renversèrent certains postulats traditionnels sur l’économie de marché. Selon ces auteurs les entreprises sont en petit nombre et se font concurrence sur la qualité de leur produit. Dans le monde réel la concurrence est donc imparfaite et ne se fait pas seulement sur les prix. Appliqué au commerce international, cette idée invalide en partie la démonstration libre-échangiste : si la concurrence est imparfaite, alors les prix internationaux ne sont plus révélateurs des coûts de production et les avantages comparatifs ne sont plus le seul déterminant de l'échange.

En vérité, la structure du commerce de cette époque rendait les dysfonctionnements de marché négligeables : en 1938, les produits primaires, peu différenciés, représentent encore 60% des échanges internationaux . La situation de confrontation des grandes firmes multinationales est totalement différente à l’orée des années 1980. C’est dans ce contexte que des économistes ont renouvelé la théorie du commerce international en y insérant les hypothèses de la concurrence imparfaite et des rendements croissant.

La théorie de la concurrence imparfaite a l’avantage de répondre aux difficultés rencontrées dans la validation empirique de la théorie des avantages comparatifs. La principale d'entre elles, est que non seulement le commerce mondial s’effectue entre pays de productivités semblables, mais qu’en plus ces pays exportent et importent les mêmes produits. Par exemple, la France et l’Allemagne sont deux pays au productivités semblables et s’échangent entre elles des voitures. La théorie de la concurrence imparfaite répond que c’est simplement parce que ces voitures sont différentes. A priori, cette théorie annule un des résultats de la théorie classique, vu que le prix n’est plus révélateur des coûts de production. En d’autres termes, une entreprise étrangère, parce qu’elle détient un monopole sur un produit, peut pratiquer un prix élevé. Cette montée du prix étranger ne remet pas en cause l’existence d’un gain à l’échange, et donc ne contredit pas l'intuition de Ricardo. En revanche, si l'entreprise étrangère pratique un prix de vente largement supérieur à ses coûts de production, le gouvernement peut lever une barrière douanière ciblée, qui, sans réduire le volume du commerce (dans la mesure où il reste rentable pour l’entreprise étrangère), permet d’accroître la richesse nationale en améliorant les termes de l'échange.

[modifier] Les économies d'échelle

Des économistes comme Avinash Dixit et Victor Norman, Kelvin Lancaster et Paul Krugman, ont par ailleurs montré que la présence des économies d’échelle pouvait, en l’absence d’avantages comparatifs, suscité des spécialisations internationales arbitraires dans certaines branches économiques. L’explication est simple, même si deux pays ont des productivités identiques dans toutes les branches d’activités, ils n’ont, selon la théorie de l’avantage comparatif, aucune raison de se spécialiser. La théorie contemporaine contredit cette prévision de la théorie classique : les pays ont intérêt à se spécialiser, car cette spécialisation suscite des économies d'échelle, à savoir que l’augmentation du volume de la production d’un bien dans un pays permet une baisse du coût unitaire de production. Cependant, cette nouvelle théorie, en levant une des hypothèses de Ricardo (l’absence d’économies d’échelle), ne fait que renforcer la conclusion finale selon laquelle les échanges sont toujours bénéfiques<ref>Paul Krugman, La Mondialisation n'est pas coupable, p.198-199</ref>.

[modifier] etcetera

[modifier] Synthèse

[modifier] Incompréhensions et paraboles

La théorie des avantages comparatifs, bien que relativement simple, est souvent incomprise, et même par une partie des élites intellectuelles.

Un jour le mathématicien Stanislaw Ulam mit au défi le prix Nobel d'économie Paul Samuelson de lui citer une seule proposition dans toutes les sciences sociales, qui sans être triviale, soit vraie. Plusieurs années plus tard, Samuelson proposa comme réponse la théorie de l'avantage comparatif. Il expliquait que « sa véracité logique n'a pas à être défendue devant un mathématicien, et le fait qu'elle [la théorie de l'avantage comparatif] n'est pas trivial est attesté par les milliers d'hommes importants et intelligents qui n'ont jamais compris d'eux-même cette doctrine ou qui n'ont jamais pu la croire une fois qu'elle leur avait été expliquée. <ref>en anglais :"That it is logically true need not be argued before a mathematician; that is is not trivial is attested by the thousands of important and intelligent men who have never been able to grasp the doctrine for themselves or to believe it after it was explained to them."
P.A. Samuelson (1969), "The Way of an Economist," in P.A. Samuelson, ed., International Economic Relations: Proceedings of the Third Congress of the International Economic Association, Macmillan: London, pp. 1-11.</ref>»

Face à cette incompréhension fréquente, les économistes s’ingénient depuis un demi-siècle à trouver des façons toujours plus simples de faire comprendre la théorie de l’avantage comparatif.

Dans cette vulgarisation à outrance, Paul Samuelson imagine un avocat qui fait tout mieux que sa secrétaire, et explique qu’évidemment cette dernière ne sera pas licenciée pour autant. En effet, l’avocat trouve intérêt à déléguer des taches et de dégager ainsi un temps supplémentaire pour un travail plus rémunérateur, le traitement de ses dossiers. A l’évidence, la secrétaire trouve aussi un grand avantage à ne pas devoir se livrer à un travail d’avocate.

L’économiste James Ingram<ref>James Ingram, International Economics, Wiley, New York, 1983, cité par Paul Krugman, La Mondialisation n'est pas coupable, p.119</ref> propose une autre parabole. Un entrepreneur américain à découvert une technologie secrète qui permet de transformer à faibles coûts des matières premières américaines (bois, blé, …) en un produit manufacturé de grande qualité. Forcément, certaines entreprises américaines pâtissent de cette innovation, mais pour autant notre entrepreneur est salué comme un héros national de l’économie de marché. Hélas, un journaliste enquête et découvre qu’en fait l’entrepreneur échange sur les marchés mondiaux le bois et le blé contre des produits manufacturés fabriqués à l’étranger. Soudainement, l’entrepreneur est accusé d’être un traître. Evidemment le fait que sa réussite vienne du commerce ou d’une technologie secrète ne change strictement rien à la richesse américaine, qui de fait est accrue.

[modifier] Résumé de l'article

D’après la théorie des avantages comparatifs, lorsqu’un un pays se spécialise dans la production pour laquelle il est, comparativement à ses partenaires, le plus avantagé ou le moins désavantagé, il est alors assuré d’être gagnant au jeu du commerce international.


Dans un monde simplifié, composé de deux pays produisant deux biens, si le pays A doit renoncer à 3 unités du bien x pour produire une unité supplémentaire du bien y, tandis que le pays B doit renoncer à seulement 2 unités du bien x pour produire une unité de y, alors chaque pays s’enrichira si A se consacre à la production de x tandis que B se spécialise dans celle de y. En effet, le pays A pourra échanger une unité de x contre 1/2 ou 1/3 d’unité de y (contre seulement 1/3 en autarcie), tandis que le pays B échangera une unité de y contre entre 2 et 3 unités de x (contre seulement 2 en autarcie).


La théorie des avantages comparatifs constitue l’un des arguments les plus solides en faveur de la libéralisation des échanges vu qu’il réfute de façon scientifique l’argument protectionniste le plus courant selon lequel le libre-échange condamne tout pays ne pouvant produire aucun bien meilleur marché que ses concurrents. Toutefois elle démontre uniquement que le libre-échange est préférable à l’autarcie, et non qu’il est supérieur à toute politique commerciale intermédiaire. De fait, les prolongements de la théorie des avantages comparatifs ont abouti à une série de résultats qui nuancent l’argument libre-échangiste traditionnel.

Conformément à la démonstration de Ricardo, la spécialisation des pays en fonction de leurs avantages comparatifs et leur intégration au commerce mondial est profitable à chacun d’entre eux. Toutefois le commerce international modifie la répartition des revenus au sein de chaque nation, de sorte qu’une partie de la population profite de l’ouverture commerciale tandis qu’une autre en pâtit. Le mécanisme qui préside à cette évolution veut que l’intégration croissante des économies suscite, à productivité identique, une convergence des rémunérations à travers le monde. En théorie, la mobilité internationale des facteurs de productions (des hommes et des capitaux) amplifie ce processus.

Cette nuance pose la question des finalités politiques de l’Etat : accroître la richesse nationale ou protéger certains groupes d’individus, parfois les plus démunis, parfois certaines industries à des fins électorales. En fait, ce résultat ne remet pas en cause l’optimalité du libre-échange dans la mesure où la répartition des richesses peut faire l’objet d’une politique de redistribution interne par l'impôt, qui sera ou non jugée légitime par la population.

Par ailleurs, le développement économique des pays partenaires, lorsqu’il occasionne la perte d’un avantage comparatif, peut, théoriquement, réduire le gain à l’échange sans toutefois remettre en cause son existence. Cette assertion très récente fait l’objet de critiques au plan théorique et empirique.

Du point de vue empirique, la théorie de l’avantage comparatif peine à expliquer certains flux commerciaux. Une partie du commerce international répond à la différenciation des produits des différentes firmes concurrentes, et non pas seulement à leur compétitivité en termes de coûts. Auquel cas, les consommateurs profitent du commerce international en voyant la gamme des produits proposés s’élargir.

Cette observation s’insère dans une description du marché où la concurrence est imparfaite (présence de monopoles et d’oligopoles) et où la compétitivité des entreprises est en partie déterminée par la qualité de leur produit. Dans un tel contexte il est possible que les prix internationaux ne reflètent plus les coûts de production comme dans le modèle de Ricardo. Auquel cas, le gain à l’échange peut être accru par un droit de douane minime et optimal. Empiriquement, l’économétrie et la théorie des marchés contestables réfutent en grande partie la réalité du phénomène, tandis que la science politique tend à décrire cette possibilité comme le plus souvent diplomatiquement impraticable. En fait, si les nouveaux modèles économiques contestent la thèse selon laquelle les échanges commerciaux soient toujours le résultat de l’exploitation d’avantages comparatifs, ils renforcent pourtant la conclusion de Ricardo sur le fait que tous les partenaires bénéficient des échanges<ref>Paul Krugman, La Mondialisation n'est pas coupable, La Découverte/Poche, 2000 (1996), p.199</ref>.

Enfin, la libéralisation du commerce peut avoir sur l’économie nationale des effets externes (chômage, pollution, formation …). non mesurés par la théorie des avantages comparatifs. En de telles circonstances, il est envisageable de corriger ce dysfonctionnement du marché par une barrière commerciale. Les libre-échangistes font remarquer que cette pratique est sous optimale par rapport à une politique idoine, combinant libre-échange et correction interne des dysfonctionnements.

Au delà de l’opposition doctrinale se pose la question de l’origine des avantages comparatifs...

[modifier] Voir aussi

[modifier] Liens internes

[modifier] Liens externes

[modifier] Bibliographie

[modifier] Textes théoriques de référence

[modifier] Sources et notes

<references/>

Portail de l'économie – Accédez aux articles de Wikipédia concernant l'économie.
de:Komparativer Kostenvorteil

en:Comparative advantage eo:Kompara avantaĝo he:יתרון יחסי hu:Komparatív előnyök modellje ja:比較優位 no:Komparativ fordel

Outils personnels