Apartheid
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L'apartheid (mot afrikaans ou néerlandais emprunté du français, signifiant « le fait de tenir à part » ) est une politique de ségrégation raciale mise en place à partir de 1948 en Afrique du Sud par le Parti national afrikaner, et abolie au début des années 1990(plus précisément le 30 juin 1991).
La doctrine de l’apartheid s’articule autour de quatre idées : la population sud-africaine est formée de quatre groupes raciaux (Blancs, Coloured, Bantou, Indiens), les Blancs doivent avoir le contrôle absolu de l’État en raison de leur appartenance à une race civilisée ; pour la même raison, leurs intérêts primant sur tous les autres, l’État n’est pas obligé de donner des facilités égales aux races subordonnées ; Le groupe racial blanc forme une seule nation, alors que les Africains appartiennent à plusieurs nations, ce qui fait de la nation blanche la plus importante du pays.
Par extension, le terme peut également désigner toute politique de ségrégation.
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[modifier] Historique
La politique d'apartheid est l'aboutissement du nationalisme afrikaner débuté dès la fin du XVIIème siècle, magnifié par le Grand Trek et la guerre des Boers. Il s'agit pour les Afrikaners d'asseoir définitivement le contrôle de leur communauté sur l'ensemble de l'Afrique du Sud.
Minorité raciale, les Afrikaners sont cependant la communauté blanche la plus importante du pays. La politique d'apartheid a été pensée d'abord via le seul prisme des intérêts de leur communauté avant d'y englober les seules autres communautés blanches du pays.
Le premier usage public du mot "apartheid" date de 1917 dans un discours prononcé par le futur premier ministre Jan Smuts.
Dans un certain sens, l'apartheid doit être entendu comme la continuation poussée des lois ségrégationnistes mises en place depuis 1910 dans le cadre du Color Bar des colonies britanniques (un code réglementant les relations interraciales). Ces lois résultaient du pacte passé après la guerre des Boers entre les vaincus et les vainqueurs. Parmi celles-ci, on peut citer :
- la "Native Labour Regulation Act" de 1911 réglementant le travail indigène,
- la loi sur les mines et les chantiers,
- la "Native Land Act" (loi sur la propriété foncière indigène) en 1913 interdisant aux Africains d’être propriétaires de terres en dehors des « réserves » indigènes (seulement 7,8 % de la superficie totale de l’Union sud-africaine sont alors attribuées aux noirs).
- la "Native Urban Areas Act" (loi sur les régions urbaines indigènes) de 1923, introduisant la ségrégation résidentielle.
En 1934, le Parti national (au pouvoir depuis 10 ans) fusionna avec le Parti sud-africain de Jan Smuts pour former un parti d'inspiration libéral, le Parti Uni. La minorité hostile du Parti National demeura au sein d'un parti radicalisé à droite, prônant la supériorité du nationalisme afrikaner sur toutes les autres nations d'Afrique du Sud. En fait, Daniel François Malan et les députés qui l'avaient suivi pour maintenir en vie le Parti national étaient essentiellement des membres du Broederbond, une ligue calviniste secrète et franc-maçonne de la communauté afrikaner. Débarrassé des modérés, le Parti national devenait la vitrine et l'outil politique du Broederbond.
En 1936, la Representation of Natives Act (loi sur la représentation des indigènes) prive la population métisse du Cap du droit de vote, qu’elle détenait sur la même base que les Européens, et établit une liste électorale séparée pour l'ensemble des métis d'Afrique du Sud. Ainsi, ceux-ci pourront élire quatre sénateurs, ceux du Cap trois députés qui seront obligatoirement blancs.
Ces lois restent cependant conformes à l'esprit pragmatique et conjoncturel du "color bar". La politique indigène et raciale des gouvernements d'alors n'est pas présentée comme immuable mais plutôt comme un expédient provisoire. Le premier ministre Jan Smuts d'ailleurs énonce le principe des « droits civils pour tous les peuples "devenus civilisés" sans distinction de race ». Cette expression est considérée comme le gage d'une ouverture à la citoyenneté pour tous les résidents de l'Union. Toutes les évolutions restaient donc alors possibles comme le prouve le rapport de la commission Fagan présenté au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.
Mandaté par le gouvernement de Jan Smuts, ce rapport préconisait une libéralisation du système racial en Afrique du Sud en commençant par l'abolition des réserves ethniques ainsi que la fin du contrôle rigoureux des travailleurs migrants. Le premier ministre Jan Smuts approuva les conclusions du rapport alors que de son côté, l'opposition représentée par le Parti National mandatait sa propre commission (la commission Sauer) dont les conclusions furent exactement inversées à celle de la commission Fagan. En recommandant le durcissement des lois ségrégationnistes, le rapport de la commission Sauer se référa explicitement au nouveau concept d'apartheid.
Parallèlemement, en 1946, le Parti travailliste sud-africain qui fut de toutes les coalitions gouvermentales entre les deux guerres mondiales, adoptait une "politique non-raciale" innovante dans le contexte de l'époque en réclamant la "reconnaissance de certains droits humains fondamentaux, le droit au travail, à la libre éducation, à la sécurité sociale, à un logement convenable, et l’abolition du travail sous contrat individuel", en préconisant l’octroi de "plus de terres aux indigènes, l’amélioration de leurs procédés de culture, une aide de l’État égale à celle accordée aux Blancs" et en proposant le remplacement des quartiers réservés aux indigènes par "des cités bien ordonnées et administrées démocratiquement par ses habitants". Le parti va encore plus loin en s'opposant à la loi ségrégationiste sur les mines et les chantiers et en appelant à la "reconnaissance des syndicats africains, le salaire égal pour un travail égal, la possibilité d’une formation professionnelle". Le parti se prononçait enfin pour un état fédéral octroyant l’exercice de tous les droits de citoyen à tous les individus résidants sur leur territoire. En dépit ou à cause de ce programme novateur, le parti travailliste sud-africain n'allait pas survivre aux élections générales de 1948.
En 1947, le Broederbond prit le contrôle du bureau sud-africain des affaires raciales (South African Bureau of Racial Affairs -SABRA). En son sein, le concept de ségrégation totale au travers du dogme de l'apartheid est finalisé. Par ailleurs, les circonscriptions électorales sont alors redécoupé favorisant les circonscriptions rurales.
C'est ainsi qu'en juin 1948, le Parti National et son allié du Parti Afrikaner arrivèrent au pouvoir avec ce programme d'apartheid conceptualisé par la commission Sauer et qui allait être mis en place par l'un des ses concepteurs, le docteur Hendrik Verwoerd, sous l'autorité du nouveau premier ministre, le pasteur Daniel François Malan. L’apartheid, en bloquant le système, en figeant les rapports entre races, exclut dorénavant les évolutions simples et pacifiques et devient la pierre angulaire de la politique nationale sud-africaine en s'insérant dans une philosophie précise, fixe, permanente et immuable, bien éloignée de l'ancien concept du "Colour Bar" .
Le but de cette politique raciale est d'officiellement et institutionnellement assurer le « développement séparé » des communautés, sans que l'une exploite une autre, selon les mots de son théoricien, le docteur Verwoerd. L'Afrique du Sud serait une "communauté de nations" distinctes. Tous les individus sont systématiquement catégorisés sur la base de leur appartenance à un groupe racial ou ethnique (arbitrairement défini) : blanc, zoulous et bantous, indiens, métis, etc. (la différenciation entre afrikaners et autres blancs a finalement été abandonné). Le mariage est réglementé et interdit entre blancs et noirs.
En 1956, le sucesseur de Malan, JG Strijdom, supprima le droit de vote résiduel des personnes de couleur (métis et noirs) de la province du Cap.
L'habitat, l'enseignement, les mouvements des personnes, l'emploi, etc. sont réglementés de façon à séparer tous les groupes.
Des États ethniques, les Bantoustans (ou Homeland), sont créés sur les terres ancestrales. Économiquement peu viables, limités à seulement 13% du territoire, ils enferment des populations entières dans des îlots privés dont la plupart sont privés de richesse naturelle et d'industrie, sans accès au commerce international. Si cette indépendance de façade satisfait parfois les potentats locaux, elle est essentiellement factice.
Seuls les blancs bénéficient des garanties d'un régime démocratique, puis dans une moindre mesure à partir de 1984, les indiens et les métis.
[modifier] Les principales lois d'apartheid
- Loi sur l'interdiction des mariages mixtes (1949)
- Loi d'immoralité (1950) pénalisant les relations sexuelles entre blanc et non blanc.
- Loi de classification de la population (1950), distinguant les individus selon leur race.
- Loi de suppression du communisme (1950), permettant d'interdire tout parti politique catalogué comme communiste par le gouvernement.
- Loi d'habitation séparée (le fameux Group Areas Act du 27 avril 1950), répartissant racialement les zones urbaines d'habitation.
- Loi sur les laissez-passer ('Pass Laws Act') de 1952 faisant obligation aux Noirs ayant plus de 16 ans d'avoir sur eux un laissez-passer en l'occurrence un document ressemblant à un passeport qui stipulait s'ils avaient une autorisation du gouvernement pour être dans certains quartiers.
- Loi sur les commodités publiques distinctes (1953), ségrégant les toilettes, fontaines et tous les aménagements publics.
- Loi d'éducation Bantoue (1953), concernant le programme scolaire des noirs.
- Retrait du droit de grève aux travailleurs noirs, interdiction de la résistance passive (1953).
- Loi de relocalisation des indigènes (Native resettlement Act de 1954) : permet de déplacer les populations noires vivant en zones déclarées blanches.
- Loi sur le travail et les mines (1956), formalisant la discrimination raciale dans le monde du travail.
- Loi sur la promotion de gouvernements noirs autonomes (1958), créant les bantoustans sous administration des non blancs.
- Loi de citoyenneté des noirs des homelands (1971), retirant la citoyenneté sud-africaine aux noirs issus de communautés ethniques relevant de bantoustans déjà créés.
- Décret sur l'Afrikaans (1974), obligeant toutes les écoles, même noires, à dispenser en afrikaans tous les enseignements de maths, de sciences sociales, d'Histoire et de géographie du niveau secondaire.
- Loi sur l'interdiction aux Noirs l'accès à la formation professionnelle (date)
[modifier] Evolution et condamnation internationale de l'apartheid
Le système génère des frustrations, bien sûr chez les noirs et autres groupes désavantagés qui trouvent en l'ANC un de leurs principaux porte-parole, mais aussi chez certains blancs libéraux, représentés notamment d'abord par le Parti Progressiste.
Le gouvernement réagit de manière souvent violente, au mépris des idéaux démocratiques qui le fondent.
Après la mort de Verwoerd en 1966, l'aspect idéologique de l'apartheid commence à s'effacer pour ne devenir plus qu'une stratégie politique destinée à préserver la domination politique de la communauté blanche, présentée également comme une arme de lutte contre le communisme. Ce fut particulièrement le cas sous les mandats de John Vorster et de Pieter Botha (théorie du total onslaught - assaut total en 1979).
Dans les années 1980, des scientifiques afrikaners imaginent le Project Coast pour le compte des services secrets et élaborent une substance stérilisante destinée aux Noirs. Elle pouvait être répandue dans l'eau ou les produits de consommation courante <ref>Docteur La mort, éditions Favre, page 20, par Tristan Mendès France</ref>. D'autres procédés sont testés comme l'imprégnation de poison sur des T-Shirts portés par des militants de l'ANC ou tout simplement des assassinats politiques (Dulcie September en 1987 à Paris).
De son côté, l'ANC organise sa guérilla dans des camps d'entrainement en Angola, en Tanzanie ou en Zambie où des actes de torture ou des exécutions sont pratiqués contre les militants accusés d'espionnage. Quelques attentats terroristes sont aussi commis au sein même de l'Afrique du Sud (attentat d'Amamzintoti près de Durban au début des années 80) au nom de la lutte anti-apartheid.
Sous la pression de l'opinion occidentale (accompagnée de pressions économiques, notamment en provenance des États-Unis), de la contestation interne, de l'agitation de plus en plus incontrôlable dans les cités noires (les townships), et également de la pression démographique, l'apartheid sera assoupli sous le gouvernement de Pieter Botha. En 1986, la loi sur les laissez-passer ('Pass Laws Act') de 1952 est abolie, permettant aux Noirs sud-africains pauvres de se déplacer librement en ville, voire de s'y installer.
La majeure partie des lois d'apartheid ont été par la suite abolies entre 1989 et juin 1991 sous le gouvernement de Frederik de Klerk.
Après 4 années de négociations constitutionnelles, les premières élections multiethniques se déroulent en avril 1994, débouchant sur l'élection de Nelson Mandela, premier président noir de la république d'Afrique du Sud.
[modifier] Références
<references/>
[modifier] Bibliographie
- Histoire de l'Afrique du Sud, éd. Perrin, 1986, 228, nouvelle édition réactualisée en 1996 par Bernard Lugan, maître de conférence hors classe à l'Université de Lyon III.
[modifier] Liens externes
- LE DOCTEUR MALAN ET L’AVÈNEMENT DE L’APARTHEID par Charles Zorgbibe, Professeur à la Sorbonne, président du comité éditorial de Géopolitique africaine
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