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Anarchisme

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L'anarchisme est une théorie politique qui a pour but de développer une société sans domination, où les individus coopèrent librement.

Sommaire

[modifier] Étymologie

Son nom vient du mot latin anarchia, qui a été utilisé pour la première fois afin de traduire le terme grec d'Aristote αναρχ (αν « sans » est combiné avec αρχ — signifiant « principe », d'où une chose provient (voir Métaphysique A) et ce dont elle est constituée – par conséquent sa substance ou nature – phusis, qui lui donnent donc sa loi de devenir). L'étymologie du terme désigne donc, d'une manière générale, ce qui est dénué de principe directeur et d'origine.

Anarchie dérive de deux mots du Grec Ancien "αν" (an) et αρχn (arkhê). Cela se traduit par " absence d'autorité" ou "absence de gouvernement"

[modifier] Définition

[modifier] Principes généraux

En résumé, on pourrait dire que l'anarchisme, c'est l'ordre sans dirigeant.

À la source de toute philosophie anarchiste, on retrouve une volonté d'émancipation individuelle et/ou collective. L'amour de la liberté, profondément ancré chez les anarchistes, les conduit à lutter pour l'avènement d'une société plus juste, dans laquelle les libertés individuelles pourraient se développer harmonieusement et formeraient la base de l'organisation sociale et des relations économiques et politiques.

L'anarchisme est opposé à l'idée que le pouvoir coercitif et la domination soient nécessaires à la société et se bat pour une forme d'organisation sociale et économique libertaire, c'est-à-dire fondée sur la collaboration ou la coopération plutôt que la coercition.

L'ennemi commun de tous les anarchistes est l'autorité politique sous quelque forme qu'elle soit. L'État est le principal ennemi des anarchistes : l'institution qui s'attribue le monopole de la violence légale (guerres, violences policières), le droit de voler (impôt) et de s'approprier l'individu (conscription, service militaire). Les visions qu'ont les différentes tendances anarchistes de ce que serait ou devrait être une société sans État sont en revanche d'une grande diversité. De façon générale, l'anarchisme vise fondamentalement le refus de tout dogmatisme. C'est ainsi que l'anarchisme déborde quelque peu de la seule théorie politique pour intégrer le cadre de la philosophie. Opposé à tout credo, l'anarchiste prône l'autonomie de la conscience morale au-delà du bien et du mal défini par une orthodoxie majoritaire, un pouvoir à la pensée dominante. L'anarchiste se veut libre de penser par lui même et d'exprimer librement sa pensée.

Certains Anarchistes dits "spontanéistes" pensent qu'une fois la société libérée des entraves artificielles que lui imposait l'État, l'ordre naturel précédemment contrarié se rétablirait spontanément, ce que symbolise le « A » inscrit dans un « O » (« L'anarchie, c'est l'ordre sans le pouvoir », Proudhon). Ceux-là se situent, conformément à l'héritage de Proudhon, dans une éthique du droit naturel (elle même affiliée à Rousseau). D'autres pensent que le concept d'ordre n'est pas moins « artificiel » que celui d'État. Ces derniers pensent que la seule manière de se passer des pouvoirs hiérarchiques est de ne pas laisser d'ordre cœrcitif s'installer. À ces fins, ils préconisent l'auto-organisation des individus par fédéralisme comme moyen permettant la remise en cause permanente des fonctionnements sociaux autoritaires et de leurs justifications médiatiques. En outre, ces derniers ne reconnaissent de mandats qu'impératifs (votés en assemblée générale), révocables (donc contrôlés) et limités à un mandat précis et circonscrit dans le temps. Enfin, ils pensent que le mandatement ne doit intervenir qu'en cas d'absolue nécessité (le moins souvent possible donc).

Le rejet du centralisme, pour le fédéralisme, aboutit donc à un projet d'organisation sociale fondée sur la gestion directe de sa propre vie, où chacun est en mesure de participer à la vie commune, tout en conservant son autonomie individuelle, selon les conceptions parfois diamétralement opposées que s'en font les différents courants anarchistes.

[modifier] Courants

À la genèse de l'anarchisme politique, on trouve les travaux pionniers de William Godwin : en 1793, il publie Enquête sur la justice politique et son influence sur la morale et le bonheur (traduction française), œuvre largement inspirée par la Révolution française. Il y propose une critique radicale de la société et de toutes les formes de gouvernements qui, selon lui, empêchent l'épanouissement des individus et les mènent à leur corruption. Les travaux de Max Stirner (qui refusait l'appellation "anarchist") auront également un rôle très important dans le développement de l'anarchisme individualiste. Celui-ci publie en 1845 L'Unique et sa propriété, une œuvre qui s'inscrit dans la pensée hégélienne (de par ses critiques des divers libéralismes) et qui va marquer durablement la pensée anarchiste.

Les libertaires considèrent qu'une société anarchiste devrait être construite sans hiérarchie et sans autorité ; les institutions telles que le capitalisme, la famille patriarcale, l'Église, l'État, l'armée sont qualifiées d'autoritaires (dans le sens d'une présence d'autorité par opposition au système libertaire qui s'en passe) et contraires aux libertés individuelles.

Trois mouvements principaux existent au sein de la mouvance anarchiste, l'une socialiste, l'autre individualiste et une autre écologiste. Il existe également d'autres tendances peu connues et plus récentes.

C'est dans l'espace délimité par ces conceptions, globalement peu représentatives de l'ensemble, que se situe la pensée anarchiste.

Aujourd'hui, il existe donc de nombreuses théories anarchistes distinctes. Différents groupes peuvent donc se définir comme anarchistes et néanmoins avoir des positions (au niveau tactique, stratégique, organisationnel, comme au niveau de leur philosophie politique, économique et sociale) différentes, voire opposées.

[modifier] Courants socialistes

Les socialistes libertaires, selon les tendances, considèrent que la société anarchiste peut se construire par mutualisme, par communisme, par syndicalisme, mais aussi par conseillisme. L'abolition de la propriété et l'appropriation collective des moyens de production est un point essentiel de cette tendance libertaire. Par propriété, on n'entend pas le fait de posséder quelque chose pour soi, mais de le posséder pour d'autres afin d'en tirer des revenus (locations, lieux de travail...). Ce courant, composé initialement de Proudhon (et ses successeurs), puis de Bakounine était le courant majoritaire au sein de la première internationale, jusqu'à la scission menée par Marx, excluant les anarchistes proudhoniens et bakouniniens. L'anarchisme socialiste est considéré comme une politique qui établit un pont entre le socialisme et l'individualisme (par le biais du coopérativisme et du fédéralisme libertaire) combattant tant le capitalisme que l'autoritarisme sous toutes ses formes.

[modifier] Courants individualistes

Les individualistes libertaires, selon les tendances, considèrent au contraire que seul l'individu peut légitimement posséder son bien propre, soit par l'abolition de la propriété, soit par la possession individuelle, soit par propriété privée. Selon cette tendance, les institutions autoritaires doivent être supprimées, en les désertant ou en les combattant, la question essentielle est la liberté de l'individu face à l'oppression de la société (et de ses composantes). Les institutions intermédiaires, nées de la collaboration entre individus et susceptibles de tenir l'État en échec, sont considérées avec bienveillance, pour autant évidemment qu'elles ne participent pas à l'oppression étatique (exemple typique : les fabricants d'armes).

Ce courant est opposé au concept de la propriété, qu'elle soit privée ou collective.

[modifier] Courants écologistes

L'anarchisme écologiste rejette toute forme d'économie industrielle et d'exploitation du monde naturel (mouvement proche de certaines composantes du communisme anarchiste) dans une mesure plus ou moins importante, et forme un troisième pôle de la pensée anarchiste. Les anarchistes écologistes proposent, selon la tendance, soit le retour à la nature (sous forme de société primitive), soit la mise sous contrôle par les individus de la technologie.

[modifier] Courants indéterminés

Des courants récents, peu connus ou ayant leur autonomie propre, et ne rentrant pas dans le cadre des tendances précédentes existent.

  • L'anarchisme épistémologique. Mouvement qui s'oppose à l'autoritarisme intellectuel et politique s'appuyant sur la transmission coercitive du savoir, la hiérarchie intellectuelle et la censure, et qui prône au contraire la liberté de pensée et d'expression, la diversité de pensée et de culte, et la libre adhésion aux idées. (Auteur : Paul Feyerabend)
  • L'anarcho-féminisme qui croise les idées féministes et anarchistes. (Auteurs : Emma Goldman, Voltairine de Cleyre, etc.)
  • Le mouvement anarcho-punk qui radicalise les idées du mouvement punk.
  • Le mouvement anarcho-skinhead.
  • L'anarcho-transhumanisme qui fait la synthèse entre le transhumanisme et l'anarchisme.
  • Le crypto-anarchisme qui promeut l'utilisation de la cryptologie à des fins de protection sur internet contre une autorité internet qui devient de plus en plus présente.
  • Le national-anarchisme, un mouvement britannique adepte du séparatisme racial issu de scissions successives du British National Party.
  • L'anarchisme non-violent : mouvement dont le but est la construction d'une société non-violente. Les moyens utilisés pour arriver à cette fin sont en adéquation avec celle-ci : écoute et respect de toutes les personnes présentes dans la société, choix de non-utilisation de la violence, respect de l'éthique (la fin ne justifie jamais les moyens), place importante est faite à l'empathie et à la compassion, acceptation inconditionnelle de l'autre. Apolitique, profondément humaniste, il vise à rassembler les hommes pour construire une société où chacun est poussé à se réaliser (la société est au service de l'individu) et en même temps incite l'individu à collaborer, à contribuer au bien-être de tous les acteurs de la société(l'individu est au service de la société).
  • L'anarchisme queer, ou le Pink Bloc -dans lequel se manifeste le mouvement anarcho-queer- qui cherche à radicaliser le mouvement gai et lesbien d'un côté, et de l'autre à "queeriser" les réseaux anarchistes à travers l'intrusion des questions d'homophobie et de transphobie.
  • Etc.

Conclusions

Ces différents courants/tendances se rejoignent dans la volonté de mettre en place une société libertaire, où la liberté politique serait la règle, c'est-à-dire qu'aucune institution (syndicale, communautaire, droit, ou autre) ou individu n'aurait à contraindre des formes d'organisation politiques libertaire différente. Surtout après la Seconde Guerre mondiale, apparaissent d'autres courants dans différents domaines : politiques, philosophiques et littéraires. Ils se démarquent parfois assez radicalement des doctrines libertaires classiques.

Cette diversification de la philosophie anarchiste montre que l'anarchisme tend à se disperser en fonction de l'attachement des penseurs à des sensibilités politiques ou philosophiques très diverses. Certes, toutes ces tendances ont en commun de rejeter le pouvoir et l'autorité, mais les « programmes » des différents courants sont parfois incompatibles entre eux (cependant, l'anarchisme n'étant pas monolithique, cela n'altère en rien le mouvement).

[modifier] Conflits entre courants

Les tendances de l'anarchisme historique (anarchisme socialiste/syndicaliste/proudhonien/communiste et individualiste stirnerien) sont également les plus actives politiquement et idéologiquement, et les mieux organisées. Elles peuvent en outre revendiquer un héritage historique très riche, qui s'est construit au fil des décennies autour d'un militantisme et d'un activisme très vivaces. Elles constituent encore de nos jours le noyau dur de l'anarchisme actif, et une majorité d'anarchistes considère que ce sont les seuls mouvements qui peuvent légitimement revendiquer l'appellation d'anarchisme

Au sein du mouvement anarchiste, d'autres mouvements non traditionnels sont plus ou moins bien accueillis (selon les tendances), certains sont considérés comme un enrichissement de l'anarchisme, d'autres non.

Néanmoins, les diverses tendances se rejettent parfois mutuellement, des individualistes libertaires pouvant rejeter la composante socialiste et réciproquement.

Pour l'ensemble des socialistes libertaires, les courants tels que le national-anarchisme, l'anarcho-capitalisme et l'anarchisme de droite sont rejetés, considérant que les idées de ces mouvements sont extérieures à l'anarchisme politique et historique, et qu'elles n'ont aucun point commun avec les leurs et leur sont même fondamentalement opposées. La plupart estime également qu'ils emploient abusivement le terme « anarchisme ». Les anarcho-capitalistes rejettent également le national-anarchisme et l'anarchisme de droite.

[modifier] Vers une société anarchiste

Image:LondonSocialCentreRussellSquareSquat1 20060329KaihsuTai.jpg Le rejet des contraintes qui entravent l'individu, dans ses désirs ou ses besoins, aboutit à une remise en cause des institutions qui ont été créées, selon les anarchistes, afin de perpétuer ces contraintes. L'État, le Capital, l'Armée et l'Église font parties de ces institutions que les anarchistes essaient de combattre (voire d'abattre). Ce combat contre l'autorité prend souvent la forme d'une action directe (un exemple en est le Do It Yourself du mouvement punk), étrangère aux formes traditionnelles de la lutte politique. En fait, les systèmes politiques contemporains étant très souvent dotés d'un pouvoir centralisé, le passage à l'anarchisme implique un changement radical. C'est pourquoi les anarchistes proposent l'abolition de ce système par différents moyens : désobéissance civile, grève, résistance passive ou résistance active, hacktivisme, obstructionnisme, etc. Certains anarchistes considèrent qu'il faut préparer l'avènement d'une révolution sociale radicale (le recours aux armes pouvant être aussi parfois nécessaire pour se défendre contre un système oppressif, qui lui n'acceptera pas le droit aux individus de s'organiser afin de déterminer par eux-mêmes leurs libertés), afin de laisser les sociétés s'organiser sans maîtres et selon leurs besoins et désirs ; d'autres estiment qu'une révolution non violente est possible, avec une extinction progressive des pouvoirs.

[modifier] Expériences historiques

Les idées anarchistes ont été appliquées, à des degrés divers :

[modifier] En périodes révolutionnaires :

[modifier] En périodes non-révolutionnaires :

[modifier] Sur ces diverses périodes expérimentales

L'échec de ces expériences sera dû, selon les anarchistes, à plusieurs facteurs externes ou internes au mouvement anarchiste, dont la situation politique internationale défavorable, le trop faible soutien populaire ou international, la répression menée par la bourgeoisie, les contraintes inhérentes à une situation de guerre révolutionnaire, les entraves de jacobins ou de bolcheviques (cas pour l'Espagne ou pour les colonies libertaires).

Ces expériences parvinrent toutefois à réaliser, selon les anarchistes, de nombreux principes anarchistes, en particulier en matière d'éducation libre, de collectivisation des terres et des usines, de liberté politique, etc.

[modifier] Période contemporaine

En d'autres lieux et des périodes plus récentes, certains peuples se sont inspirés en partie de certains principes libertaires :

  • La commune d'Atenco au Mexique (2002-2003) qui vécut sans autorité communale, voire la combattit (autant que celle de l'État) pendant plus de deux ans et autogéra la commune ;
  • Les communes libres de Kabylie (depuis 2001) ;
  • La crise argentine depuis fin décembre 2001, où une grande partie de la population manifeste quasi quotidiennement avec pour slogan « ¡ Que se vayan todos ! » (« Qu'ils s'en aillent tous ! »), s'organise en assemblées de quartier, et pratique l'autogestion (usines et supermarchés occupés et autogérés) [1], [2] et [3] ;
  • La commune libre Christiania à Copenhague au Danemark, expérience d'un squat autonome/autogéré ;
  • Diverses expériences lors de la révolte de mai 68.
  • Écovillage
  • Free party
  • Squats

[modifier] Les anarchistes célèbres

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Les anarchistes dont le nom est resté dans l'Histoire sont, à l'origine :

Puis, en France :

En Italie :

En Espagne :

Au Mexique :

Au Pérou :

Aux États-Unis :

En Russie :

En Ukraine :

[modifier] Voir aussi

[modifier] Ouvrages

  • L'ordre moins le pouvoir : histoire et actualité de l'anarchisme, Normand Baillargeon, Agone, 2004
  • Increvables anarchistes : histoire(s) de l’anarchisme des anarchistes, et de leurs foutues idées au fil de 150 ans du "Libertaire" et du "Monde Libertaire", Groupe Louise Michel et la Fédération Anarchiste Francophone, 10 brochures. [4]
  • Autonomie individuelle et force collective, Les anarchistes et l'organisation de Proudhon à nos jours, Alexandre Skirda, 1987.
  • Les @narchistes, Pierre Miquel, Albin Michel, 2003.

[modifier] Liens internes

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