Alsace-Lorraine
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Le terme Alsace-Lorraine est la traduction de l'allemand Elsass-Lothringen, également orthographié Elsaß-Lothringen (nom donné aux territoires cédés par la France en vertu du traité de Francfort, signé le 10 mai 1871, suite à la défaite française et annexés par l'Empire allemand par la loi du 9 juin 1871). En fait l'annexion ne concerne pas l'intégralité du territoire lorrain, mais environ un quart de la région (trois quarts de la Moselle ainsi qu'un quart de la Meurthe (divisions administratives de l'époque)), plus quelques communes situées à l'est du département des Vosges. À l'heure actuelle l'Alsace-Lorraine correspond exactement aux départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin, et de la Moselle, ensemble plus communément appelé Alsace-Moselle.
Image:Alsace-lorraine 1871.jpg
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[modifier] Présentation
Deux provinces écartélées ;
Strasbourg en croix, Metz au cachot ;
Sedan, déserteurs des mêlées,
Marquant la France d'un fer chaud ;
Victor Hugo Avant la conclusion du traité
Au sein de l'empire, le statut de cette province est particulier : elle n'est pas un État égal aux autres États de l'Empire mais est régie directement par l'empereur puis par les organes de l'empire. Les lois qui la concernent doivent être votées par le Conseil fédéral. Théoriquement il s'agit d'une propriété commune de tous les États allemands et certains souverains ne manquent pas de faire remarquer au gouverneur de l'Alsace-Lorraine qu'ils le considèrent comme leur représentant à eux aussi ; dans les faits l'influence des princes est nulle et seule compte la volonté de l'Empereur.
En décembre 1871, l'Alsace-Lorraine compte 1 549 738 habitants pour une superficie de 14 511 km².
Ce territoire (en allemand Reichsland, terre d'empire) recouvre les actuels départements de l'Alsace : le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, plus celui de la Moselle. En fait du point de vue des départements de 1870, il comporte les départements du Bas-Rhin et du Haut-Rhin moins le Territoire de Belfort, de la Moselle moins l'arrondissement de Briey qui inclut Longwy et des parties des arrondissements de Château-Salins et de Sarrebourg dans le département de la Meurthe. Il n'a donc jamais inclus les départements actuels de Meurthe-et-Moselle (issu de la fusion des parties non annexées de la Meurthe et de la Moselle), de la Meuse et des Vosges (hormis les cantons de Schirmeck et de Saales, annexés en 1870, et rattachés au Bas-Rhin lors de leur retour en France en 1918). Pour éviter la confusion avec la Lorraine actuelle, les textes administratifs français contemporains, (surtout quand il s'agit du droit spécifique hérité de la période 1871-1918) parlent de l'Alsace-Moselle ; hors du cadre administratif cette dénomination est rarement évoquée même si celle-ci est plus pertinente.
Le territoire ne comportait pas que des pays de langue ou de dialecte germanique. En effet la frontière linguistique passait au nord de la frontière territoriale dans une ville que les uns appelaient Thionville et les autres Diedenhofen. Des villes comme Metz (cité natale du poète Verlaine), Château-Salins, Vic-sur-Seille (cité natale du peintre Georges de la Tour) et Dieuze (cité natale du compositeur Gustave Charpentier, du mathématicien Charles Hermite, du peintre Émile Friant et du critique d'art Edmond About) étaient complètement francophones. Les hautes vallées de la Weiss (Orbey) et de la Liepvrette (Sainte-Marie-aux-Mines) forment le pays welche d'Alsace et sont d'ancienne tradition francophone.
Le présent article aborde plus la vision alsacienne de l'annexion et de son retour, parfois douleureux dans le système national français, avec une approche plus sociologique qu'historique. Il cherche à montrer comment les Alsaciens ont traversé le dernier tiers du dix-neuvième siècle ainsi que le vingtième.
[modifier] Le "Reichsland", la terre d'Empire
[modifier] Administration de 1871 à 1918
L'Alsace-Lorraine est divisée en 3 districts (Bezirke) :
- Haute-Alsace, chef-lieu Colmar, correspond à l'actuel Haut-Rhin. Le territoire de Belfort n'a pas été annexé par l'Allemagne d'après le traité de Francfort et a donné l'actuel département en 1925.
- Basse-Alsace, chef-lieu Strasbourg, correspond à l'actuel Bas-Rhin, avec quelques villages pris à l'ancien département des Vosges (cantons de Schirmeck et Saales).
- Lorraine, chef-lieu Metz, correspond à l'actuelle Moselle, mais formée par une partie de l'ancien département Moselle (amputée de son quart ouest) et une partie de l'ancien département de la Meurthe (environ un quart nord-Est). Les parties n'ayant pas été annexés seront par la suite fusionnées en un seul département : la Meurthe-et-MoselleImage:Flag of the Republic of Alsace-Lorraine.svg
À la tête de chaque district se trouve un président (Bezirkspräsident) équivalant à un préfet français.
Après la loi du 4 juillet 1879 un gouverneur (Statthalter) est nommé par l'empereur. Il gouverne et administre l'Alsace-Lorraine et réside à Strasbourg.
L'Alsace-Lorraine envoie 15 députés au Reichstag.
En 1874 est créée la Délégation (Landesausschuß), une sorte de parlement provincial.
Une nouvelle constitution est votée par le Reichstag le 27 mai 1911, accordant une plus grande autonomie au territoire.
La nouvelle administration entreprend une germanisation des toponymies lorraines et des toponymies alsaciennes.
[modifier] L'esprit de revanche français
[modifier] L'émigration des optants
Une clause du traité de Francfort permet aux Alsaciens-Lorrains la possibilité de conserver la nationalité française s'ils quittent la région avant le 1er octobre 1872. Ils furent environ 100 000 à en bénéficier et à opter pour la France. Pour tous ces migrants, c'est un déchirement de quitter leur terre, leur maison, leur pays. Beaucoup s'installeront autour de Belfort et près de Nancy, en Lorraine non-annexée ; d'autres iront en Algérie. L'Alsace-Lorraine perd des entrepreneurs, des jeunes bien formés comme Alfred Dreyfus, mais aussi des universitaires brillants promis à un riche avenir comme Fustel de Coulanges, Hippolyte Bernheim ou Albin Haller. Ils quittent l'université de Strasbourg ; tandis que le premier va à Paris, les deux derniers rejoignent l'université de Nancy. De même des acteurs de l'École de Nancy comme Jacques Grüber, les frères Daum, Émile Friant ou encore Louis Hertaux (collaborateur de d'Émile Gallé) viennent des territoires annexés, ils insufflent à l'Art nouveau dans cette ville un esprit tout-à-fait particulier. C'est la ville de Nancy dont la population s'accroît notablement et son université qui bénéficieront le plus de ces arrivées et qui devront leur développement et leur dynamisme à l'apport de ces émigrés.
[modifier] L'immigration allemande en Alsace-Lorraine
L'Alsace et la Moselle n'ont pas été, après la fin du Völkerwanderung, des terres d'immigration et de mélange des peuples, du moins pas plus que d'autres provinces françaises. Certes après des moments troublés comme la Guerre de Trente Ans, des nouveaux venus ont pu chercher fortune là où la population avait diminué; encore s'agissait-il souvent d'hommes seuls qui trouvaient à se marier sur place, ce qui indique qu'ils n'arrivaient pas dans un désert et étaient destinés à s'assimiler en peu de temps : en Alsace, le père venu d'Outre-Vosges s'appelait Gérardin, le fils signait déjà Schirardin et en deutsche Schrift, ce qui n'a rien d'étonnant pour des gens qui savaient à peine lire et qui ne connaissaient pas l'orthographe de leur patronyme. Dans le même temps, dans les Vosges les Waldner othographiaient leur nom Valdenaire. Une fois la paix revenue, une natalité vigoureuse comblait rapidement les vides et, dès le XVIIIe siècle, réapparaissait dans les campagnes une forte pression démographique. Après les guerres napoléoniennes et le retour des soldats démobilisés la crise devint aiguë, aggravée par de mauvaises récoltes ; 1817 est l'année de la faim (en dialecte alsacien le Hungersjohr) ; les Alsaciens fuient, que ce soit vers l'Amérique ou vers la Russie, où les tsars s'efforcent d'attirer des colons germanophones pour aller grossir les rangs des Allemands de la Volga. Ils doivent donner l'exemple aux moujiks, mais surtout Catherine II, elle-même d'origine allemande, leur donne le droit d'exercer leurs libertés religieuses. Une partie quittera la Russie quand les tsars tenteront de les enrôler dans l'armée et de les russifier, tandis que les autres seront quasiment exterminés par Staline. En 1827 le nouveau Code forestier restreint de façon draconienne les anciens droits d'usage et c'est un nouvel exode de gens affamés qui espèrent trouver du pain ailleurs. Autre saignée en 1846 avec la maladie de la pomme de terre.
Dans le même temps, des immigrants, essentiellement germanophones, sont venus régulièrement en Alsace et on voit assez comment l'immigration massive d'Allemands en Alsace-Lorraine après 1871 représente un bouleversement complet. Autant les Français répugnaient à s'installer dans ces régions, autant les Allemands y voient un pays de cocagne ; quand ils sont en Alsace, ils se retrouvent en des lieux où tout leur semble allemand mais agrémenté en même temps d'un je ne sais quoi, d'un art de vivre, d'une touche à la française. À la fois séduits et inquiets devant la culture des Welsches<ref>Expression du dialecte alsacien servant à désigner les francophones.</ref>, si différente de la leur, ils voient dans la femme alsacienne un juste milieu entre l'ennuyeuse épouse teutonne et la Parisienne frivole (selon le cliché d'Offenbach), tandis que la Lorraine leur échappe totalement. L'impression est évidemment moins nette au début quand ils sont à Metz, mais la ville connaît alors, du fait d'une émigration vers la France et d'une immigration allemande massive, un bouleversement complet de son peuplement : rapidement les germanophones y deviennent majoritaires tandis qu'un urbanisme d'Outre-Rhin donne à la ville un caractère prussien qui frappe encore aujourd'hui. Au reste, ne disait-on pas que Guillaume II préférait Metz, où il se sentait bien accueilli, à Strasbourg où il sentait toujours l'hostilité de la population ?
Comme avant 1870, on ne voit pas de colonisation agricole: toutes les terres sont occupées. C'est seulement vers la fin de la Première Guerre mondiale que les germanisateurs de la marche occidentale (en allemand Westmark) songeront à morceler les grandes propriétés agricoles pour y installer des paysans d'Outre-Rhin, sans d'ailleurs avoir réfléchi qu'il faudrait d'abord expulser les fermiers et les métayers qui les cultivaient. Ouvriers et fonctionnaires déferlent en revanche sur le territoire annexé, à la fois pour l'administrer et pour lui procurer la main-d'œuvre que réclame l'industrialisation qui s'accélère (car elle avait déjà commencé sous le régime français) et qui est caractérisée par sa dissémination à travers les zones rurales. Les populations rurales, qu'un trop maigre lopin ne serait pas arrivé à faire vivre, trouvent ainsi le complément indispensable qui leur permet de ne pas abandonner la terre.
C'est surtout en Lorraine allemande (c'est-à-dire la partie nord de la Lorraine annexée) que l'immigration est massive et aussi qu'elle se voit. En Alsace, le fils d'immigré badois se distinguait à peine de l'autochtone, et même Hansi le reconnaissait dans un album écrit vers la fin de sa vie. Au contraire toute la région francophone située entre le charbon de la Sarre et le fer de Briey voit se multiplier les usines alors que la population est déjà minée par la dénatalité ; il faut faire appel à l'immigration, ce sont des Italiens et des Polonais qui arrivent. Au XXe siècle encore, quand dans certaines localités une discussion devenait un peu vive au conseil municipal, l'argumentation pouvait se poursuivre en italien.
[modifier] L'Alsace-Lorraine de 1871 à 1914
L'opposition au régime prussien était largement répandue, mais reposait sur des motifs très différents et parfois contradictoires. La haute bourgeoisie d'affaires, majoritairement protestante et libérale, voyait d'un mauvais œil cet Empire autoritaire où l'influence des junkers (aristocrates terriens d'origine prussienne) était encore considérable ; le clergé catholique, qui tenait en main sa paysannerie, redoutait le mauvais exemple, le periculum perversionis, que l'existence d'un souverain protestant pouvait donner à ses fidèles (n'avait-on pas vu, au début de la guerre de 1870, des curés badois faisant prier pour le succès des armées françaises ?). Au total le régime prussien pouvait compter surtout sur la paysannerie des villages protestants homogènes, comme dans le Kochersberg, l'Alsace Bossue et l'Outre-Forêt, autour de Wissembourg.
Un flot d'immigrants allemands, souvent fort patriotes envers leur pays d'origine, vint s'établir dans ce qu'ils pensaient être un pays frère enfin libéré. Contrairement à ce qu'affirmaient des romans comme Les Oberlé de René Bazin ou Colette Baudoche de Maurice Barrès, les nouveaux venus trouvaient très facilement à se marier, d'autant plus qu'il s'agissait souvent de fonctionnaires occupant des postes relativement élevés et donc de partis intéressants.
Pour autant cette immigration n'eut pas l'effet assimilateur escompté par l'occupant: malgré leur patriotisme, ces Allemands n'en privilégiaient pas moins chez les candidates au mariage celles qui possédaient une bonne culture française ; ils faisaient bruyamment l'éloge de la solide Hausfrau germanique, mais c'est à leurs amis qu'ils recommandaient d'épouser ce genre de femme. Il en résulta que dans nombre de ménages mixtes les enfants parlaient allemand avec leur père et français avec leur mère, si bien qu'il leur était difficile de haïr la culture française et ils n'auraient pas chanté le Lied célèbre du poète nationaliste Ernst Moritz Arndt qui comprend ces vers :
«
Das ist des Deutschen Vaterland,
Wo Zorn vertilgt den welschen Tand,
Wo jeder Franzmann heißet Feind,
Wo jeder Deutsche heißet Freund.
» </blockquote>
«
La patrie allemande,
C'est là où l'on se débarrasse de la futilité française,
C'est là où l'on donne le nom d'ennemi à tout Français,
C'est là où l'on donne le nom d'ami à tout Allemand.
» </blockquote>
Le sentiment français resta encore très fort, au moins pendant les quinze premières années d'annexion. Lors des élections au Reichstag, les 15 députés de 1874, 1881, 1884 (sauf un) et 1887 furent dits députés protestataires, car exprimant au Parlement leur opposition à l'annexion par la motion de 1874 "Plaise au Reichstag décider que les populations d'Alsace-Lorraine qui, sans avoir été consultées, ont été annexés à l'Empire germanique par le Traité de Francfort, soient appelées à se prononcer spécialement sur cette annexion." <ref> Assemblée Nationale http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/deputes-protestataires.asp </ref>
[modifier] La situation à la veille de la Guerre et son évolution
Quand éclate la guerre de 1914, l'image de l'Allemand dans l'opinion française est bien loin de ce qu'elle deviendra au bout de quelques mois. Dans les lycées de garçons, c'est plus de la moitié des élèves qui étudient la langue allemande contre à peine de plus de 40% pour l'anglais. Après le désastre de 1870 qu’on attribue à l'incompétence des généraux, mais aussi à l'ignorance linguistique des français, c’est désormais la langue à connaître pour eux. Parlant des écrivains qui possédaient bien l'allemand entre 1871 et 1914, Paul Lévy écrit : « Si autrefois il fallait péniblement rechercher quelques personnages parlant l'allemand, désormais toute énumération devient impossible parce que trop longue et forcément incomplète. » Et après avoir cité de nombreux écrivains il ajoute: « Mais pour connaître l'ampleur véritable des connaissances allemandes des savants français, il faudrait fouiller les bibliographies de toutes les publications de l'époque, quelle qu'en soit la branche. Enfin, il faudrait aussi nommer tous ceux qui ont traduit en français des œuvres allemandes. »
Avec ses cours souveraines et ses princes, l'Empire Allemand et son voisin l'Empire Austro-Hongrois sont des réservoirs de bons partis pour la noblesse de France ou d'Angleterre et vice-versa. Avoir des fils qui, en cas de guerre, porteront l'uniforme bavarois, autrichien, saxon, voire prussien, voilà qui effraie moins une jeune fille de l'aristocratie que la perspective de devoir épouser un roturier. Ne dit-on pas que la Reine Victoria, qui a épousé le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, est la grand-mère de l'Europe ? Au reste la langue française est si répandue dans les châteaux que le dépaysement est bien léger.
En Alsace la situation de la langue française est paradoxale : officiellement elle est combattue et on la pourchasse dans les inscriptions publiques mais, victimes de l'illusion romantique, les dirigeants s'imaginent qu'il suffit que le peuple reste fidèle au parler germanique. Le français devient alors la langue chic, celle que parlent entre eux tous ceux qui ont les moyens de la faire apprendre à leurs enfants, et même parmi eux des Allemands. En 1908 un député au Landesausschuss parle de familles allemandes d'Audun-le-Tiche qui envoient leurs enfants à l'école au Luxembourg voisin pour qu'ils puissent y apprendre le français.
Plus précisément, une loi de mars 1872 décrète que la langue commerciale officielle est l'allemand. Cependant dans les secteurs où la population est principalement francophone les annonces et décrets publics doivent fournir une traduction française. Dans une autre loi de 1873, l'utilisation du français comme langue commerciale a été autorisée pour les administrations de Lorraine et les administrations des arrondissements partiellement ou totalement de langue française. Une loi sur l'enseigenement de 1873, demande à ce que dans les secteurs germanophones l'enseignement soit fait exclusivement en allemand tandis que dans les secteurs francophones, l'enseignement soit fait en français.
C'est que connaître le français est alors indispensable pour faire figure dans le monde. Pour une jeune fille à marier, une bonne éducation française est l'atout décisif; dans nombre de familles on parle allemand avec son père et français avec sa mère: Robert Ernst, qui fut le dernier maire allemand de Strasbourg et qui était nazi bon teint, avait reçu une éducation de ce genre et en dénonçait les dangers.
Ce snobisme du français chez les Allemands, cette estime de l’allemand en France, nuancé d'une défiance du prussien, vont être balayés par la haine que développera la guerre de 1914-18. Ce sont quatre années d'un conflit interminable qui ont créé une véritable haine ethnique: à défaut de voir les troupes avancer, on essayait de compenser sa frustration par une surenchère d'agressivité verbale. Le drame, c'est qu'on introduisait dans l'esprit du peuple des idées absurdes, dont il ne pouvait se défaire une fois les armes déposées.
En France, la langue allemande se vit la cible d'attaques. « Dans la Revue de l'enseignement des langues vivantes des années 1915 à 1918, écrit Paul Lévy il y a eu des controverses passionnées pour et contre l'enseignement de l'allemand. » Encore s'agit-il de spécialistes qui, même emportés dans le tourbillon, s'efforcent de garder un certain bon sens et, le plus souvent, concluent en disant que l'allemand sera toujours nécessaire, même s'ils lui dénient la moindre valeur littéraire. Dans les revues destinées au grand public on ne s'embarrassait d'aucune réflexion sérieuse. Dans son numéro du 1er mai 1915, en pleine guerre, l'Illustration va jusqu'à voir dans l'allemand « l'idiome de la force brutale, excellemment approprié aux besognes viles et dégradantes, aux ordres de meurtres, d'incendie et de pillage… » On lit encore : « Sous la bière qui l'empâtait, le sang qu'elle aime et dont elle a la soif est revenu la teinter », et voilà la bière elle-même devenue suspecte. La conclusion était sans équivoque : « Cette langue n'est plus tolérable pour nous. La voir écrite nous outrage et nous exaspère. L'entendre et la parler sont un cruel supplice. Aussi le serment a-t-il été déjà prononcé par quelques-uns de bannir après la guerre la langue allemande non seulement du programme de nos études, mais de partout. Qu'elle soit chassée de France, de nos cerveaux et de nos bouches comme le pire des fléaux! »
[modifier] Pendant la Grande Guerre
Dès le début de la Première Guerre mondiale, Français et Allemands multiplièrent comme à plaisir maladresses et vexations à l'égard des Alsaciens-Lorrains, mais les seconds, étant sur place, possédaient sur leurs rivaux une avance irrattrapable. Des Alsaciens vivant en France se virent arrêtés et traînés dans des camps sous les crachats de la population ; dans les villages où les Français pénétraient on arrêtait d'ailleurs à tort et à travers, raflant parfois de vieux combattants médaillés de 1870. Les Allemands devaient faire mieux encore : l'incident de Saverne avait persuadé le Haut-Commandement que la population tout entière était violemment hostile à l'Allemagne et qu'il fallait la terroriser pour la faire tenir tranquille pendant le temps des hostilités.
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Du fait de la proximité du front, on fut amené à loger l'armée chez l'habitant, dans des conditions qui s'apparentaient à des dragonnades. Évidemment tous ceux qui possédaient une mauvaise réputation, c'est-à-dire qui étaient suspects de francophilie, furent les mieux servis sous ce rapport. L'interdiction de parler français en public accrut encore l'exaspération des autochtones, depuis longtemps habitués à mêler de français la conversation ; or un seul mot, fût-il aussi innocent que « Bonjour », valait une amende <ref>On lit dans le journal de Spindler dès le 26 octobre 1914 : « Puis il me recommande de ne pas parler français. Les rues sont infestées de mouchards, hommes et femmes, qui touchent des primes et font arrêter les passants pour un simple merci dit en français. Il va sans dire que ces mesures excitent l'esprit blagueur du peuple. Une femme du marché, qui probablement ignorait jusqu'à ce jour que bonchour et merci étaient français, est prise à partie par une dame allemande parce qu'elle a répondu à son Guten Tag par un bonchour! Alors la bonne femme, les poings sur les hanches, interpelle sa cliente: « Maintenant j'en ai plein le dos de vos bêtes d'histoires ! Savez-vous quoi?… ici, une invite très ordurière… Et ça, est-ce aussi du français?» (Jetz grad genua mit dene dauwe Plän! Wisse Sie was? Leeke Sie mich… ! Esch des am End au franzêsch?)</ref> Les Allemands immigrés crurent faire preuve de patriotisme en participant à la traque : ils avaient l'oreille aux aguets pour dénoncer à la police tout ce qu'ils entendaient dans la langue maudite. La population se retrouvait ainsi divisée entre une minorité toute-puissante et une majorité qui ne pouvait que garder son poing dans sa poche et attendre l'heure de la vengeance <ref> On peut voir dans L'Alsace pendant la guerre comment l'exaspération de la population s'accroît peu à peu, mais dès le 29 septembre 1914 Spindler entend une phrase caractéristique : «… Le tapissier H., qui remet en état les matelas de la maison Ott me disait ce matin: « Si seulement c'était la volonté de Dieu que nous redevenions français et que ces damnés Schwowebittel soient f… hors du pays ! Et puis, vous savez, il y a des chances que cela arrive. » C'est la première fois depuis la guerre que j'entends un homme du peuple exprimer franchement ce vœu. »</ref>
Considéré comme suspect, le soldat alsacien était évidemment envoyé sur le front russe où l'attendaient les missions les plus dangereuses. Les permissions lui étaient accordées plus difficilement qu’aux autres soldats <ref>En mai 1918 les députés Peirotes, Boehle et Fuchs posèrent cette question au chancelier : « « Malgré les ordres émanant du Ministère de la Guerre, levant la suspension générale des permissions pour les soldats de l'armée allemande, les soldats alsaciens-lorrains n'obtiennent que très rarement les permissions auxquelles ils ont droit. M. le Chancelier a-t-il connaissance de cet état de choses et est-il prêt à faire le nécessaire pour que les soldats d'origine alsacienne-lorraine soient traités de la même façon que le sont les soldats des autres provinces de l'Empire ? »</ref> De toute façon, même s’il obtenait sa permission, le soldat alsacien devait attendre trois semaines pour que la gendarmerie locale fît une enquête sur sa famille. En juin 1918 le député Boehle protesta contre la façon dont on s'y prenait : « À Strasbourg, ce fut longtemps un sergent de ville quelconque qui fut désigné pour faire cette enquête. Ce dernier tenait compte de tous les démêlés que l'intéressé avait pu avoir dans le passé avec la police, et tout fut interprété dans un sens politique. » S’il habitait trop près de la frontière suisse, on craignait trop qu'il tentât de déserter et il devait rester au Pays de Bade, où l'on donnait généreusement à sa famille le droit de venir le voir (Mulhäuser Volkszeitung du 8 juin 1918).
[modifier] L'entre-deux guerres
[modifier] La politique d'assimilation
La réintégration des départements annexés dans le giron de la France ne s'est pas fait sans douleur et sans maladresse de la part de l'administration.
Charles Spindler évoque ces mots qu'aurait dit en 1918 à un Alsacien qui manifestait beaucoup d'enthousiasme un Français « de l'intérieur » : « Vous avez été jusqu'ici mal gouvernés et bien administrés, attendez-vous désormais à être mal gouvernés et encore plus mal administrés.» La réalité devait si possible dépasser la prévision, dégradant fortement l'image de la France au sein de la population. Il s’agit d’ailleurs d'une idée que tous les Alsaciens ont entendue, sous une forme ou une autre. Voici, dans Souvenirs de Jadis et de Naguère, ce que nous rapporte Robert Heitz, grand patriote français qui fut condamné à mort par les Nazis :
«
Quelques jours après l'entrée des troupes, un lointain cousin par alliance vint nous rendre visite. C'était Auguste Spinner qui, ayant été, en 1909, le promoteur du monument français de Wissembourg, dont l'inauguration avait donné lieu à des manifestations violentes de patriotisme anti-allemand, avait dû quitter sa petite ville pour se réfugier à Nancy, et qui rentrait comme officier français. Connaissant, lui, les réalités françaises, inquiet de notre enthousiasme excessif, il voulut nous faire entendre raison. « Vous serez très bien avec les Français, mais il ne faut pas vous laisser faire. Montrez les dents, s'il le faut : ce sera indispensable, croyez-moi' ».
Ébahis, indignés, nous eûmes vite fait de juger cet importun : « Spinner est, lui aussi, devenu un Boche. » » </blockquote>
Une des premières mesures fut de diviser la population en quatre selon son origine : ceux qui sans l’annexion de 1871 auraient été français reçurent une carte A marquée de tricolore, ceux dont un parent était allemand, ou encore les allemands conjoints d’Alsaciens-Lorrains, furent munis d’une carte B, les étrangers eurent droit à une carte C et les Allemands enfin reçurent la carte D. Ce tri, uniquement fondé sur les origines, ne tenait ainsi aucun compte du sentiment de l'individu, son patriotisme pouvant être totalement indépendant de ses origines. Quelqu'un eut l’idée de placer une carte B dans la main de la statue de Jean Baptiste Kléber, le grand héros alsacien : il n’aurait pas en effet mérité plus.
Malgré la chute brutale de la monnaie allemande les titulaires de carte A purent lors du changement de monnaie recevoir l’argent français au taux ancien : 1,25 F pour 1 Mark ; ceux qui n’avaient que la carte D ne reçurent qu’un peu plus de 0,80 F pour la même somme, ce qui n’était pas un taux de spoliation, contrairement à ce qui a été dit, mais simplement le cours normal.
Dès l'armistice l'Alsace-Lorraine vit s'installer «les revenants», des fils d'Alsaciens qui, en 1871, avaient opté pour la France. Leurs parents leur avaient transmis de la Heimat (patrie, terre natale) perdue une idée mythique qui ne correspondait pas à la réalité; revenus en force au pays ils ne prétendaient pas moins en être les plus purs représentants, considérant parfois comme des traîtres ceux qui avaient préféré rester. A côté de « La Dernière Classe », il faut lire dans Les Contes du Lundi <ref> que l'on trouvera dans Gallica sous le titre La fantaisie et l'histoire et également librement téléchargeable et lisible ici.</ref> le conte « La vision du juge de Colmar ». Dans l'Alsace pendant la Guerre Charles Spindler laisse même voir le fossé mental qui le sépare après quatre ans de guerre de son ami Laugel, un Alsacien réfugié en France dès août 1914.
C'est sans la moindre hésitation que Laugel, « revenu de Paris investi de pouvoirs assez étendus » confie aux second « le principe que l'administration française compte appliquer en Alsace » : « Tous les Allemands devront évacuer le pays, sauf de nombreuses exceptions ; tous les Alsaciens pourront rester sauf de rares exceptions ».
Dès l'entrée des troupes françaises le pillage des magasins allemands commença, regardé d'un œil débonnaire par les nouvelles autorités : Spindler nous montre une populace prête à piller la maison du notaire allemand d'Obernai que la simple vue d'un planton mis en faction devant la porte suffit à disperser la foule.
Enfin, un certain nombre d'Allemands furent expulsés brutalement, contraints à passer le pont du Rhin à pied avec les seuls bagages qu'ils pouvaient porter personnellement, tandis qu'un « comité d'adieu », composé de voyous, les molestait au passage. Combien ont dû quitter l'Alsace dans ces conditions ? Il est bien difficile de le savoir, d'autant plus que les uniques témoignages furent ceux de spectateurs ou de personnes y ayant participé, aucun expulsé n'ayant pris la plume pour commenter cette humiliation.
Quoi qu'il en soit, ces images restèrent gravées non seulement dans l'imaginaire allemand, mais surtout dans l'imaginaire du public, d'autant plus que Hansi, dessinateur populaire par la suite, immortalisa ces scènes. Ces malheureux passant le pont du Rhin n'ont été au plus que quelques centaines (ce qui est déjà inadmissible), mais ils sont devenus dans l'inconscient collectif des cohortes interminables et on en trouve un écho dans Les Alsaciens ou les deux Mathilde, une série télévisée présentant l'histoire récente de l'Alsace. Ces expulsions se sont déroulées de façon beaucoup plus dramatiques et brutales que les départs de 1871.
Beaucoup ont cependant relativisé ces humiliations en soulignant qu'elles avaient lieu immédiatement après une guerre où les troupes allemandes s'étaient conduites dans les régions occupées avec force brutalité. On observera aussi que, si on lit le témoignage d'Allemands expulsés, on ne voit jamais qu'ils aient trouvé Outre-Rhin de difficultés à se loger alors que les villes françaises du Nord-Est étaient en ruines.
Pour s'être passée en règle générale dans des conditions moins dramatiques, l'expulsion des Allemands se déroula dans un mélange d'injustice et d'anarchie. Alors qu'en 1871 les nouvelles autorités avaient laissé en place les prélats nommés par le gouvernement français, Mgr Benzler, évêque allemand de Metz, qui se mêlait pourtant fort peu de politique, fut brutalement chassé. L'évêque de Strasbourg, Mgr Fritzen, déjà malade, put au moins se retirer au couvent de la Toussaint où il mourut l'année suivante. On le remplaça par Mgr Ruch, de père alsacien (et protestant !), mais qui ne connaissait ni l'allemand ni le dialecte, tout en promettant cependant de s'instruire du mieux qu'il put.
Dans son journal Philippe Husser note le 17 décembre 1918 : «… Environ deux mille Vieux-Allemands, agents de police, fonctionnaires, sont expulsés et conduits en auto de l'autre côté du Rhin. Parmi eux, le collègue Schillinger avec sa famille. Il paraît qu'il a dénoncé des gens. D'autres convois suivront. On a procédé à des fouilles. Il est permis d'emporter seulement une malle et une somme de 300 marks.»
On estime que jusqu'au traité de Versailles 200 000 Allemands furent renvoyés Outre-Rhin ; la moitié d'entre eux put revenir par la suite grâce à la pression exercée par les États-Unis. Cette réintégration fut dénoncée par les ultra-patriotes Hansi et Émile Hinzelin qui qualifièrent de « Français de Wilson » ces expulsés rentrés au pays et leur attribuèrent la responsabilité des troubles autonomistes, pour lesquels les historiens s'accordent aujourd'hui à rejeter la responsabilité sur les erreurs du gouvernement français. Ne rentrèrent en fait que ceux qui étaient décidés à « jouer le jeu » et ils firent preuve de la plus grande discrétion.
C'est qu'en fait, dans une société aussi fermée que la société alsacienne, où l'étranger (le hergeloffener, celui qui est venu d'ailleurs) est mal accepté, les minoritaires ont facilement tendance à chercher appui auprès du gouvernement central.
Beaucoup plus virulents en revanche furent d’authentiques Alsaciens qui souvent s’étaient opposés à l’Allemagne et avaient défendu la double culture, et que le gouvernement français avait expulsés en 1918 ou 1919 parce qu’ils s’opposaient aux mesures brutales d’assimilation, c’était le cas d’Eugène Ricklin, ancien président du landtag, ou du baron Zorn de Bulach appartenant à une des plus grandes familles alsaciennes.
[modifier] La francisation de l'enseignement
L'épuration du corps enseignant apparut aux gouvernants français comme une nécessité et même comme une urgence. Du jour au lendemain on demanda aux maîtres de faire cours en français; ceux qui en étaient incapables se voyaient, suivant l'humeur de l'inspection et les protections dont ils bénéficiaient, chassés de leur chaire ou envoyés en stage « à l'Intérieur », sans qu'on hésitât à s'en prendre à des Alsaciens. Revenons à Philippe Husser, il écrit au 1er février : « Ont été relevés de leurs fonctions à compter d'aujourd'hui, MM. Roell, Schmitz père et fils, puis les sœurs Neurohr, Mlle Gard, etc. La direction de l'école centrale revient dorénavant à M. Guignot, un maître soldat. M. Kühlmann vient d'être révoqué, semble-t-il. Il paraît qu'il s'est compromis dans quelque vilaine affaire. Mais j'ignore tout. Mme Schlienger aussi est relevée de ses fonctions et attend le jour de son expulsion », et au 26 : « Aujourd'hui paraît encore une longue liste de collègues révoqués. »
Lui-même attend philosophiquement que le couperet s'abatte sur lui, ancien rédacteur en chef de la très pro-allemande Schulzeitung, mais paradoxalement il reste en place ; sa fille est même envoyée en stage à l'Intérieur, ce qui est considéré comme une faveur qui fait enrager les patriotes chauvins. Comme tant d'autres, cependant, il doit provisoirement subir la présence d'un maître-assistant, plus jeune et beaucoup moins expérimenté que lui, mais qui jouit de l'avantage de parler français.
Pour remplacer le personnel révoqué, on fit appel à des enseignants « de l'Intérieur », qui souvent ne connaissaient ni l'alsacien ni l'Alsace. Placer un maître devant des élèves hébétés qui ne comprenaient pas un mot de ce qu'il disait apparaissait alors comme le fin du fin de la pédagogie : c'était la méthode directe dont Paris attendait des merveilles. S'il s'était encore agi de maîtres expérimentés ! Mais après l'hécatombe de la guerre on en était réduit à prendre ce qu'on trouvait. On cite une malheureuse normalienne fraîche émoulue de dix-huit ans, originaire du Midi protestant, qui se trouva projetée ainsi dans un village particulièrement isolé d'Alsace du nord où seuls le pasteur et sa femme connaissaient le français ; elle en fut réduite à aller pleurer auprès d'eux tous les soirs jusqu'à ce que, au bout d'un an, on la renvoyât chez elle.
Plus grave encore, dans un pays où les convictions religieuses apparaissaient à chacun comme inséparables de son identité, fut l'envoi d'instituteurs qui se proclamaient hautement laïcs, voire athées. Philippe Husser rapporte que l'un d'eux se retrouva devant une classe vide, les parents ayant refusé de lui confier leurs enfants. Et à ce personnel de fortune, beaucoup moins capable que celui qu'il était amené à remplacer, on proposait pour l'attirer des primes dont les maîtres autochtones étaient privés. Il en résultait des tensions entre le cadre national et le cadre local, tensions qui persistèrent même après que ces distorsions de salaire eurent pris fin. Un vieux professeur rapportait que dans son lycée, vers les années 1930, la salle des professeurs était divisée en deux clans entre lesquels, il essayait de jouer les bons offices.
Les premières victimes furent évidemment les élèves, et comme il se doit les plus faibles. Dans les milieux aisés on avait conservé l'usage du français, et même si pendant la guerre on se contentait de l'éviter en public. Dans tout milieu un peu cultivé ou aspirant à la culture, on s'efforçait de donner aux enfants l'occasion de parler français. Le changement de langue y fit moins de dégâts qu'on imagine. Une fille de pasteur raconte comment ses parents, vivant en milieu rural, ne lui parlèrent que le français jusqu'à ce qu'elle fût en âge d'aller à l'école, après quoi ils retournèrent au dialecte.
Mais dans les écoles de campagne on frisa vite à la catastrophe : la plupart des maîtres, qui parlaient fort mal, étaient incapables d'enseigner une langue qu'ils connaissaient à peine à des élèves qui l'ignoraient complètement. Et si les élèves s'en tiraient mieux le résultat pouvait être pire car ils se moquaient ouvertement de leur instituteur. « Je vous interdis de rier ! (sic) » hurlait un malheureux à sa classe déchaînée, à laquelle il fournissait ainsi le plus puissant motif de rire. À la fin des années vingt on a été obligé d'interroger en alsacien les apprentis candidats à des examens professionnels : incapables désormais de s'exprimer en allemand, ils n'arrivaient toujours pas à parler français.
Cette offensive contre le dialecte n'est pas spécifique à l'Alsace, à la même époque les petits Bretons ou les petits Occitans sont punis s'ils parlent leur langue. Ailleurs, comme en Lorraine romane le patois a tellement regressé qu'une telle lutte n'est pas nécessaire.
[modifier] La dernière offensive laïque
L’offensive laïque de 1924 n’avait fait que troubler inutilement l’Alsace-Lorraine et Painlevé, qui avait succédé à Herriot en 1925, avait tout de suite mis ses projets en veilleuse. Revenu au pouvoir en 1932, Herriot avait préféré continuer la politique d’apaisement qui s’esquissait depuis le départ de Poincaré. Mais après la victoire du Front populaireFront Populaire, en 1936, Blum crut le moment venu de revenir à la politique d’assimilation.
Il commença par prolonger la scolarité obligatoire jusqu’à quatorze ans par les lois du 9 et 11 août 1936. Cette mesure fut plutôt accueillie favorablement en Alsace-Lorraine car depuis 1871 c’était l’âge légal de sortie du système scolaire ; on étendait simplement la même mesure aux filles, ce que les protestants avaient dès le début demandé, et cela donnait à tous les enfants la possibilité de se présenter au Certificat d’Études, examen qui avait alors une réelle valeur.
Mais le 22 octobre 1936 les décrets d’application prévirent dans le cas de l’Alsace-Lorraine une prolongation d’un an pour les garçons, prolongation qui aboutissait simplement à garder un an de plus des enfants déjà munis du Certificat d’Études et qui n’étaient pas destinés à aller plus loin. Les élus protestèrent auprès du gouvernement en lui représentant les conséquences néfastes d’une pareille mesure, particulièrement en Moselle où la barrière des Vosges n’existait pas : un petit Nancéien de quatorze ans pourrait ainsi entrer en apprentissage à Metz, tandis que le petit Messin du même âge devrait attendre une année de plus et trouverait la place prise à l’issue de sa scolarité.
Dans sa lettre du 30 janvier 1937 au sénateur Eugène Muller, Blum reconnut à demi-mot qu’il s’agissait d’un chantage : comme les élèves Alsaciens-Lorrains avaient des cours d’allemand et des cours de religion qui alourdissaient leur programme, il était normal de leur imposer une année supplémentaire pour qu’ils pussent tout assimiler : il y avait risque de surmenage ! Qu’on renonçât à ces cours et la scolarité obligatoire serait ramenée à quatorze ans. Il réconciliait ainsi dans la même hostilité envers sa politique les germanophiles et les cléricaux.
Le 21 juin 1937 Blum démissionna et Chautemps mit en veilleuse les décrets contestés en attendant le verdict du Conseil d’État qui les annula à la fin de l’année. L’offensive, là encore, n’avait été qu’un coup d’épée dans l’eau, mais la crédibilité de la France était atteinte une nouvelle fois en Alsace-Lorraine.
[modifier] L'échec de la résistance à la francisation
Le problème, c'est que cette bannière commune n'existait pas. Chaque Alsacien pouvait très bien savoir ce qu'il voulait, mais ils étaient loin de vouloir tous la même chose. Parmi les adversaires de la France les communistes étaient parmi les plus virulents et ils n'hésitaient pas à réclamer la sécession; mais leurs dirigeants qui, de Paris, répercutaient les ordres de Moscou, leur interdisaient les alliances de classes contre-nature, c'est-à-dire avec les catholiques. Pendant un temps Charles Hueber réussit à passer outre, grâce à la protection de Marcel Cachin, et il n'hésita pas à conclure avec eux des ententes ponctuelles; cependant, quand grâce aux voix des cléricaux il réussit en 1929 à conquérir la mairie de Strasbourg, ses chefs parisiens ironisèrent contre les Herz-Jesu-Kommunisten et l'exclurent du Parti. Il ne resta plus aux dissidents qu'à évoluer peu à peu vers le nazisme après la prise de pouvoir par Hitler.
Le drame de l’autonomisme, c’est que la haute bourgeoisie, francophile et francophone avant 1914, l'était restée après la guerre. C’est d’ailleurs un point qui fait réfléchir, que le monde du commerce et de l’industrie n’ait éprouvé aucune nostalgie pour l’Allemagne malgré son avance industrielle. Quant à la moyenne et à la petite bourgeoisies, elles regardaient au-dessus d’elle et cultivaient leur caractère français dans leur désir de progresser socialement. Les germanophiles, d’ailleurs, n’avaient pas assez de mépris quand ils parlaient de la bourgeoisie à laquelle ils reprochaient d’avoir trahi ses origines : le reproche est récurrent chez Pierri Zind et on le retrouve encore constamment dans ce qu’il reste aujourd’hui de presse autonomiste.
Qu’il existât tout de même une bourgeoisie germanophile, même minoritaire, le fait est incontestable, mais Pierri Zind et les rapports administratifs qu’il cite s’accordent à montrer qu’elle se constituait de médecins, de pharmaciens, de notaires, de pasteurs, d’enseignants… quelques-uns pouvaient être à l’aise mais ils n’en restaient pas moins des notabilités seulement locales et qui manquaient singulièrement de prestige. Dans le village protestant de Voeglinshoffen, le cœur battait encore pour l’Allemagne ; lors de l’inauguration du monument aux morts on refusa de chanter la Marseillaise puisque ce n’était pas l’hymne sous lequel on avait combattu, et l’on entonna « Ich hatt’einen Kameraden » ; il n’y avait en somme dans la commune qu’un seul francophile, passablement chauvin… mais c’était le Maire. Les paysans avaient beau réprouver ses idées, ils ne s’imaginaient pas votant pour quelqu’un d’autre et se faisant représenter par un rustre ridicule.
Enfin, avec l’avènement d’Hitler, le prestige culturel de l’Allemagne prit un nouveau coup. Il n’était plus question de s’appuyer sur les grands écrivains dont les livres alimentaient les bûchers. Au bord de la Méditerranée, Sanary-sur-Mer devenait une petite capitale du monde intellectuel allemand en exil (on trouvera, en allemand, un intéressant article du Spiegel <ref>Spiegel</ref>). À la Hunebourg dont il voulait faire un centre de rayonnement du germanisme, Fritz Spieser inculquait aux jeunes que leurs parents lui confiaient des chants et des danses folkloriques à haute dose, mais il ne pouvait rien leur proposer pour nourrir leur esprit.
[modifier] La Seconde Guerre mondiale
[modifier] L'exode
La Seconde Guerre mondiale frappa l’Alsace-Lorraine dans sa chair beaucoup plus cruellement que le reste de la France notamment par les bombardements répartis dans toutes les couches de la population, mais en Alsace–Lorraine les victimes furent aussi et surtout des hommes jeunes, qui furent mobilisés contre leur gré par l'Allemagne nazie, pour se battre contre l’URSS sur le front de l'est.
Les épreuves commencèrent dès 1939 ; le gouvernement avait prévu qu’en cas de guerre les populations vivant entre la ligne Maginot et la frontière allemande seraient évacuées pour les mettre à l’abri ; mais rien n’avait été vraiment prévu pour les accueillir ; dès le début de septembre on força ces habitants à gagner, parfois à pied, des gares des Vosges, en ne prenant avec eux que ce qu’ils pouvaient porter à la main ou traîner dans des voiturettes de fortune. Heureux ceux qui possédaient une auto et qui, disposant de suffisamment d’argent, avaient pu s’acheter une maison dans le sud-ouest de la France.
On les répartit sans trop d’organisation, surtout dans le Limousin où la population regardait d’un œil mauvais ces nouveaux arrivants qu’elle appelait des « yaya », puisqu’on les entendait dire « Ja » pour « Oui ». Ces gens, souvent habitués à un certain confort en Alsace, durent s’installer dans des granges en ruines ou dans des masures insalubres. Évidemment les plus jeunes se débrouillaient mieux et l’on vit des enfants qui, au bout de quelques semaines, parlaient l'occitan limousin avec leurs camarades.
Cette différence entre les générations a faussé les points de vue quand, au bout de cinquante ans, on s’est décidé à faire parler les survivants. Les plus âgés étaient morts et ceux qui témoignaient devant les journalistes évoquaient avec émotion leur enfance : certains y avaient noué des amitiés et revenaient régulièrement pour leurs vacances ; malheureusement ceux qui avaient à l’époque le plus souffert n’étaient plus là pour en parler. Et comme on n’aime pas faire remonter dans sa mémoire les mauvais souvenirs, ils n’en avaient jamais fait le sujet de leur conversation, si bien qu’il ne reste pour évoquer tous ces drames que quelques lettres jaunies, dans la mesure où l’on était capable d’exprimer sa douleur sur le papier.
On comprend dans ces conditions que, la débâcle terminée et l’armistice signé, tant d’Alsaciens aient eu envie de rentrer chez eux ; ils avaient bien vu que les gens de l'intérieur ne les considéraient pas comme de véritables Français et maintenant ils s’entendaient dire : « Vous avez de la chance, vous les Alsaciens, vous êtes toujours du côté des vainqueurs ». Aucun ne se faisait d’illusion sur les intentions de l’Allemagne vis-à-vis de l’Alsace-Lorraine, mais ils s’imaginaient qu'ils retrouveraient l’Allemagne d’avant 1914 où, après tout, on arrivait à vivre. De plus, ces contacts forcés avec des Français de la France profonde avaient fait se demander aux Alsaciens s’il s’agissait vraiment de compatriotes. Là encore la situation est différente pour les Lorrains.
[modifier] Une partie intégrante du IIIe Reich
C’est seulement de retour chez eux que les Alsaciens s’aperçurent que tout avait changé. Le gouvernement allemand n’hésitait pas à proclamer son admiration pour la politique d’assimilation que la France avait menée après 1918 et il se déclarait prêt à la mettre en œuvre en sens inverse ; c’est-à-dire qu’il s’apprêtait à recommencer les mêmes mesures, mais avec une deutsche Gründlichkeit (une minutie allemande) qui les rendrait irrémédiables. Les troupes allemandes avaient libéré ceux qu’on appelait les Nanziger (Nancéiens), des Alsaciens partisans de l’Allemagne et qui avaient été un long moment internés à Nancy ; mis à part Karl Roos, il s’agissait partiellement de doux rêveurs, qui s’imaginaient une Alsace à la fois allemande et démocratique, espérant naïvement qu’on les mettrait à la tête de leur terre « libérée ». On les écarta et on plaça en haut lieu des hommes sûrs, c’est-à-dire des nazis allemands qui ne connaissaient rien de l’Alsace. Ainsi la rue princiaple de Mulhouse qui s'appelle la rue du Sauvage fut rebaptisée quelques jours Adolf-Hitler-Straße. Colmar dut s'appeler Kolmar.
En tout cas il faut remarquer que, dès le début, la population alsacienne adopta une attitude réservée par rapport aux Allemands. Marie-Joseph Bopp a pu avoir sous les yeux un rapport secret du Hilfsdienst, organisation alsacienne au service des Nazis, et en a fait un résumé. On s'y plaint que, lorsque des Alsaciens discutent entre eux de politique, ils se taisent immédiatement dès que s'approche un membre connu du Hilfsdienst. Les Alsaciens facétieux remplacèrent la phrase de salut qu'on leur imposait par celle moins signifiante de « Ein Liter » (ce qui signifie « un litre »).
Dans les départements annexés, une résistance armée locale se développe indépendamment de la résistance intérieure française dans le reste de la France.
[modifier] Héritage
De nos jours encore, l'Alsace et la Moselle conservent un statut spécial lié à la conservation d'acquis antérieurs à 1914. Rappelons que le vote des femmes, qui ne fut établi en Allemagne qu'en 1919, ne concerna pas les trois départements, et les habitantes des dits départements durent attendre, avec les autres Françaises, 1945 pour s'exprimer politiquement.
Une conséquence de la dernière guerre est la faiblesse politique de la gauche dans la région. Malgré ses engagements, l’URSS a longtemps retenu au camp de Tambov dans des conditions abominables, les malgré-nous alsaciens et mosellans, incorporés de force dans la Wehrmacht et qui souvent s’étaient volontairement rendus ; il en est résulté un effondrement du Parti communiste français qui, dans le cadre d’un scrutin uninominal, privait le Parti socialiste français du renfort de voix nécessaires au deuxième tour. L’opposition traditionnelle entre électorat catholique et électorat protestant s’est donc reportée sur une opposition centristes-gaullistes, qui tend à s'effacer au profit d'une opposition extrême droite et droite démocratique. L'Alsace est en 2006, l'une des deux seules régions françaises gouvernées par un exécutif de droite. Concernant la Moselle, notons cependant que la gauche reste implantée dans certaines cités industrielles à tradition rouge, mais est sujette à un effritement, suite aux grandes restructurations<ref>Le département de la Moselle compte huit députés UMP pour deux députés PS.</ref>.
[modifier] Quelques sources
Traditionnellement, à ceux qui voulaient s'informer sur l'âme alsacienne, on conseillait Psychanalyse de l'Alsace, de Frédéric Hoffet. L'ouvrage a aujourd'hui beaucoup vieilli : incapable d'expliquer l'Alsace d'aujourd'hui, très différente de celle qu'il décrit (le dialecte a presque complètement disparu chez les jeunes, qui de plus ne savent presque plus l'allemand), il n'explique pas mieux celle d'hier car il passe (volontairement ?) sous silence un point essentiel : l'opposition entre catholiques et protestants. La communauté juive qui étaient essentiellement localisées dans les villes a de plus beaucoup souffert lors de la Seconde Guerre mondiale et en est sortie très affaiblie.
Cette opposition, au contraire, jusqu'alors tabou, est au cœur de la thèse du professeur Alfred Wahl, Confession et comportement dans les campagnes d'Alsace et de Bade, 1871-1939 (1980) qui a fait sensation lors de sa parution. Une phrase a fait date : « Les protestants et les catholiques constituaient finalement deux groupes associés géographiquement ayant cependant conservé leur identité propre. La confession, l'histoire vécue formaient le vecteur de la solidarité quasi-nationale et de la cohésion sociale ». Le grand public, pour lequel cet ouvrage est difficilement accessible, trouvera une présentation plus abordable dans Petites haines ordinaires : histoire des conflits entre catholiques et protestants en Alsace (2004), du même auteur, qui confie son expérience personnelle dans la préface. En collaboration avec Jean-Claude Richez, spécialiste de l'histoire culturelle et des mentalités en Alsace, il a écrit La vie quotidienne en Alsace entre France et Allemagne, 1850-1950 (1993), ouvrage très clair et très complet.
Sans contester une telle interprétation pour le reste de l'Alsace, Bernard Klein s'est penché dans La vie politique en Alsace Bossue et dans le pays de la Petite Pierre sur le cas particulier de l'Alsace Bossue, ce morceau de Lorraine que la Révolution a rattaché au Bas-Rhin, et il a montré la persistance entre les deux guerres d'un sentiment anti-français et d'un attachement à l'Allemagne qui transcendaient les confessions. Il montre aussi l'attitude brutale de l'administration française, avec pressions administratives et suppressions de journaux. Bien que l'auteur se présente comme un « chercheur-militant », ce qui inquiète pour son objectivité, l'ouvrage est bien documenté et constitue une monographie solide. Ce n'est que dans un appendice que le militant l'emporte peut-être sur le chercheur lorsqu'il se penche sur le fait que, dans cette petite région très anti-française, Jean-Marie Le Pen est venu en tête aux élections présidentielles de 1988 avec plus du quart des voix, tandis que l'Alsacien Antoine Waechter qui représentait les écologistes avoisinait 10% ; il y voit une persistance du malaise d'autrefois qui aurait conduit les électeurs les moins intelligents à voter Le Pen et les plus sages à voter écologiste. Il ne faut pas oublier que les générations ne sont plus les mêmes, que les femmes ne votaient pas avant la guerre et qu'il n 'y a pas toujours un Alsacien candidat à l'éléction présidentielle.
Les oppositions religieuses, linguistiques ou nationales sont relativisées dans L'Alsace des notables par François Igersheim qui insiste sur les oppositions de classes et montre la bourgeoisie soucieuse de préserver ses privilèges sous tous les régimes. Cette conception marxiste ne séduira pas tout le monde, mais l'auteur est un historien reconnu et le livre est solide. On trouvera à la fin de l'ouvrage, sous forme d'index, des petites biographies qui, malgré leur brièveté, n'omettent rien d'essentiel.
Alfred Wahl a enrichi d'une préface et de notes le Journal d'un Instituteur alsacien tenu entre 1914 et 1951 par Philippe Husser. La lecture en est indispensable à qui souhaiterait explorer plus avant le vécu de la population durant cette période.
Pendant la guerre de 1914-18, Charles Spindler a tenu un journal très détaillé. Son honnêteté intellectuelle est incontestable et, le 2 juin 1926, Husser reconnaît avec quelque jalousie que l'auteur ayant disposé de relations plus étendues a écrit un livre plus intéressant que le sien. Il ajoute (ce qui est faux) que l'ouvrage n'est pas d'une totale franchise, l'auteur l'ayant rédigé en vue de sa publication : en fait c'est l'insistance de son ami André Hallays qui a d'abord fait publier quelques extraits dans la Revue des Deux-Mondes puis, en livre indépendant, la partie allant de 1914 à 1919. Le reste est toujours inédit et entre les mains de sa famille.
Aux premiers jours de l'occupation nazie en Alsace, Marie-Joseph Bopp a commencé lui aussi à écrire un journal de guerre, qui n'a été publié qu'en 2004, aux Éditions de la Nuée Bleue, sous le titre Ma ville à l'heure nazie. Lui aussi rapporte ce qu'il entend sans pouvoir toujours le garantir. Le 14 octobre 1940 il écrit ainsi: « Mon élève Chenet est revenu à Colmar. À Rouffach, on a examiné une dernière fois les dossiers : puisque son père, français de l'Intérieur, est mort, on a permis à la veuve alsacienne de rentrer avec les siens à Colmar. On prétend que les Allemands exigent que si la partie alsacienne d'un couple divorce, alors elle pourrait rester. La femme alsacienne divorcée devrait alors au bout d'un an se remarier avec un Deutschstämmig, un Allemand, si elle a moins de quarante ans. C'est incroyablement diabolique, on ne peut pas le croire, mais ce serait bien dans la manière nazie. »
Dans ses Souvenirs le Prince Alexandre de Hohenlohe, qui fut haut-fonctionnaire en Alsace a laissé des pages qui montrent de profondes intuitions. On tirera peu, au contraire, des Denkwürdigkeiten écrits par son père.
Le Malaise alsacien 1919-1924, de Geneviève Baas, publié en 1972, est un honnête travail de diplôme d'études supérieures. On y trouvera surtout des reproductions d'articles de journaux et de livres écrits à l'époque.
Tout au contraire, Jean Haubenestel, un chercheur particulièrement obstiné, a réussi à se faire remettre de vieux documents de famille grâce auxquels il a publié des brochures qui nous montrent la façon de sentir et de penser de la population. Les Malgré-Nous d'Ernolsheim contiennent des lettres poignantes, mais on ne négligera pas L'Oncle d'Amérique qui évoque les rapports des émigrés d'Outre-Atlantique avec leur famille restée au pays, ni Active, propre, honnête, sur les bonnes alsaciennes de Paris.
Le point de vue autonomiste, et même séparatiste, est défendu avec passion par Pierri Zind dans Elsass-Lothringen, nation interdite. Publié en 1979, ce livre est surtout intéressant pour faire sentir les siècles qui se sont écoulés en quelques années, pour reprendre l'expression de Michelet. Les discours enflammés qu'il y reproduit et qui entre les deux guerres pouvaient agiter toute l'Alsace et, voici trente ans, éveillaient encore un certain écho, n'ameuteraient pas aujourd'hui dix personnes à Strasbourg.
La lecture des albums de Hansi offre un certain éclairage sur la question, en particulier Le Professeur Knatschké, dont l'influence a été considérable sur les idées que les Français se sont forgées de l'Alsace-Lorraine.
Si on a les éditions en main, on comparera les Contes et Légendes d'Alsace, d'Émile Hinzelin, tels qu'ils ont paru en 1913, et ce qu'ils sont devenus dès 1915.
Du même, L'Alsace, la Lorraine et la Paix ; pour cet auteur, assimilationniste convaincu, tous les problèmes viennent des agissements de l'Allemagne; s'il y a eu quelques erreurs, dit-il, elles sont déjà réparées. Pas un mot sur la crise autonomiste de 1924, issue de l'offensive laïque d'Herriot; il est vrai que l'auteur, à la fois franc-maçon et ami de nombreux curés, ne s'attarde pas dans les questions gênantes. Ce livre, publié en 1929, l'année où Strasbourg et Colmar portaient à leur tête des municipalités autonomistes, et qui s'efforce pourtant de peindre la réalité en rose, montre l'abîme d'incompréhension qui séparait l'Alsace-Lorraine et la France.
On consultera les mémoires, qui permettent de pénétrer dans les mentalités:
- Hans-Otto Meissner : Straßburg, o Straßburg
- Elly Heuss-Knapp : Ausblick vom Muensterturm: Erlebtes aus d. Elsass u. d. Reich
- Jean Egen : Les Tilleuls de Lautenbach
- Jean Schlumberger : Éveils
- Pierre Durand : En passant par la Lorraine, s.d. (1945), rapporte des détails intéressants.
- Friedrich Lienhard : Westmark, nous montre sous une forme romancée l'état d'esprit des Allemands et des Alsaciens germanophiles aux derniers temps de la première guerre mondiale. Publié à l'origine en caractères gothiques, l'ouvrage a été récemment réimprimé en caractères « normaux ».
Les Loups noirs, de Bernard Fischbach et Roland Oberlé (1990), nous montrent une survivance du séparatisme dans les années soixante-dix, avec la tentative avortée d'une campagne de terrorisme. La deuxième partie du livre, « Aspects de l'autonomisme alsacien » contient de nombreux et intéressants documents.
Sur la question des Malgré-Nous, l'ouvrage essentiel est :
Eugène Riedweg, Les Malgré-Nous, Éditions du Rhin, 1995
Les Malgré-Nous et le drame d'Oradour, Le procès de Bordeaux, Éditions du Rhin, Strasbourg, 2003, de Jean-Laurent Vonau est plus particulièrement consacré au procès des incorporés de force de 1953, qui est considéré en Alsace comme une monstruosité juridique.
Les deux livres de Paul Lévy, Histoire linguistique d'Alsace et de Lorraine et La langue allemande en France sont remplis d'anecdotes et de documents fort bien choisis.
Enfin on recourra sans cesse au Nouveau Dictionnaire de Biographies Alsaciennes, dont chaque article est rédigé par les meilleurs spécialistes. Il remplace avantageusement le Dictionnaire de biographie des hommes célèbres de l'Alsace, d'Édouard Sitzmann, paru en 1909 et qui a fait l'objet d'une réédition en 1973.
[modifier] Liens externes
Sur la question des mariages transfrontaliers entre Alsaciens et Allemands à Strasbourg entre 1871 et 1914, on consultera sur le site de l’Université de Marburg les pages que lui consacre M. François Uberfill, professeur à l’Université Marc-Bloch de Strasbourg 1. Contrairement aux impressions que pourraient nous laisser des mémoires comme Straßburg, o Straßburg de Hans-Otto Meissner, les mariages entre fonctionnaires allemands et alsaciennes étaient fort rares, et il était exceptionnel qu’un instituteur se mariât sur place pendant les vingt premières années au moins.
[modifier] Références
<references />
[modifier] Voir aussi
[modifier] Articles connexes
- Alsace-Moselle
- Obligation scolaire en Alsace-Moselle
- Droit local en Alsace et en Moselle
- Uti possidetis juris
- Annexions de l'Alsace-Lorraine
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